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Chapitre 46 - La grandeur du Roi et la descente vers l'homme

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Dans la partie précédente, nous avons dressé le tableau de la grandeur du Roi : à quel point Il est élevé et exalté, et comment des anges sans limite, dans des mondes sans limite, ne sont que néant devant Lui. Voyons maintenant ce que ce Roi, avec toute cette grandeur, est allé faire.

L'Alter Rebbe poursuit à partir des anges : « וכולם שואלים », et tous demandent. Or les anges sont innombrables. Si nous pouvions entendre le grand tumulte qui traverse tous les mondes, nous entendrions tous les anges crier et poser une seule et même question : « איה מקום כבודו », où est le lieu de Sa gloire ? Où se trouve le Saint béni soit-Il, où est Sa révélation ? Les anges ne voient pas, mais ils comprennent que tout ce qu'ils saisissent et ressentent n'est qu'une marge, de petites notes en bas de page. C'est pourquoi ils demandent : où est le lieu de Sa gloire ?

Et la réponse vient : « ועונים מלא כל הארץ כבודו », toute la terre est remplie de Sa gloire. Sur la terre, ici en bas, dans le monde matériel. Et pourquoi vouloir Le chercher précisément en bas ? « הם ישראל עמו », car c'est ici que se trouve Son peuple, Israël. Le Saint béni soit-Il aime Son peuple et veut être avec lui ; Il S'est donc donné à lui et l'a tiré des immondices. Le Roi en personne a dit : c'est justement celui qui gît dans les ordures que Je prends, et c'est avec lui que Je veux être. Et tous les grands anges s'étonnent : Il les a tous quittés pour le Juif simple d'en bas.

Dans la langue de l'Alter Rebbe : « כי הניח הקב"ה את העליונים ואת התחתונים ולא בחר בכולם כי אם בישראל עמו, והוציאם ממצרים ערות הארץ - מקום הזוהמא והטומאה - לא על ידי מלאך ולא על ידי כו', אלא הקב"ה בכבודו ובעצמו ירד לשם, כמו שכתוב 'וארד להצילו וגו''», car le Saint béni soit-Il a délaissé les êtres d'en haut comme ceux d'en bas, Il n'a choisi aucun d'entre eux sinon Israël Son peuple, et Il les a fait sortir d'Égypte, la nudité de la terre, le lieu de la souillure et de l'impureté, non par un ange ni par un séraphin, mais le Saint béni soit-Il Lui-même, dans Sa gloire et Son essence, y est descendu, comme il est écrit : « et Je suis descendu pour le délivrer ».

[Dans le même esprit, la Guemara raconte que lorsque Moché monta recevoir la Torah pour Israël, les anges demandèrent aussitôt : « que vient faire un né de femme parmi nous ? » Que fait-il ici, et comment vient-il recevoir la Torah ? Ils ne pouvaient concevoir que l'essentiel de tout, le « trésor caché », le Saint béni soit-Il le donne justement aux Juifs d'en bas. Et pourtant c'est bien ainsi qu'Il a fait : Il a délaissé les mondes supérieurs et les mondes inférieurs, Il n'a choisi ni ange ni monde, mais Israël Son peuple.]

Arrêtons-nous ici. Dans un mois, nous serons assis au soir du Séder et nous lirons ce passage de la Haggadah : « לא על ידי מלאך ולא על ידי שרף », non par un ange, non par un séraphin. Seulement, l'auteur de la Haggadah appuie cela sur un autre verset : « ועברתי בארץ מצרים בלילה הזה », et Je passerai dans le pays d'Égypte en cette nuit, « Moi et non un ange, Moi et non un séraphin ». Pourquoi donc l'Alter Rebbe s'écarte-t-il du texte de la Haggadah ? Même s'il reprend la même idée et la formule bien connue, « le Saint béni soit-Il dans Sa gloire et Son essence », il cite un autre verset : « וארד להצילו ». En quoi ce verset est-il plus fort et plus adapté à notre sujet ?

Dans les Igrot Kodech figure une lettre où cette question est posée au Rebbe, et voici sa réponse : l'auteur de la Haggadah vient expliquer la raison pour laquelle le Saint béni soit-Il n'a pas envoyé d'ange, à savoir que l'Égypte est un lieu impur et abject, où un ange n'aurait pas tenu. L'Alter Rebbe, lui, ne cherche pas ici à expliquer qu'aucun ange n'a été envoyé parce qu'il en aurait été incapable, mais à souligner l'amour du Saint béni soit-Il pour Israël : pourquoi est-Il descendu Lui-même ? Parce qu'Il aime Son peuple et veut descendre jusqu'à lui. Voilà pourquoi il ne cite pas le verset de la Haggadah, mais un autre.

Le verset « וארד להצילו » est dit au buisson ardent, lorsque le Saint béni soit-Il parle à Moché : « J'ai bien vu la misère de Mon peuple en Égypte, J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs, car Je connais ses douleurs, et Je suis descendu pour le délivrer de la main de l'Égypte et pour le faire monter de ce pays vers un pays bon et vaste. » Ces versets collent exactement à notre sujet dans le Tanya : ils décrivent l'homme gisant dans son abaissement, dans les immondices, et la descente du Saint béni soit-Il en personne pour le sauver et l'élever, par amour. En revanche, le verset « et Je passerai dans le pays d'Égypte en cette nuit » peut se comprendre autrement : non pas à cause de l'amour pour Israël, mais parce qu'un ange ne peut tenir dans l'abaissement d'un tel lieu. L'Alter Rebbe s'écarte donc du texte de la Haggadah et choisit précisément le verset qui exprime l'amour pour le peuple.

L'Alter Rebbe poursuit : « כדי לקרבם אליו בקירוב ויחוד אמיתי, בהתקשרות הנפש ממש, בבחינת נשיקין פה לפה לדבר דבר ה' זו הלכה », afin de les rapprocher de Lui d'une proximité et d'une union véritables, dans un attachement de l'âme elle-même, dans l'aspect des nechikin, baiser bouche à bouche, en prononçant la parole de D.ieu, « c'est la halakha ». Le Saint béni soit-Il veut rapprocher Israël de Lui et l'unir à Lui dans un attachement de l'âme même, un lien véritable de l'ordre du baiser bouche à bouche. Et où nous donne-t-Il, pour ainsi dire, la possibilité de L'embrasser ? Dans la parole, lorsque nous disons la parole de D.ieu. Le Saint béni soit-Il S'est introduit dans la Torah et dit à l'homme : de ta propre bouche, prononce la parole de D.ieu. Et quand l'homme dit la parole de D.ieu, et cette parole est D.ieu Lui-même, il Lui est réellement uni.

« ואתדבקות רוחא ברוחא היא השגת התורה וידיעת רצונו וחכמתו, דכולא חד ממש », et l'attachement d'un souffle à un souffle, c'est la compréhension de la Torah et la connaissance de Sa volonté et de Sa sagesse, car tout est véritablement un. Il ne s'agit plus seulement d'une parole prononcée, mais d'un lien de l'intériorité : lorsque l'homme fait entrer la Torah dans son intelligence et qu'il sait la Torah, c'est son intériorité même qui s'unit. Et puisque le Saint béni soit-Il et Sa sagesse sont un, et que le Saint béni soit-Il et Sa volonté sont un, dès l'instant où l'homme se relie à Sa volonté, il a embrassé le Roi.

Et où le Roi nous étreint-Il ? « וגם בבחינת חיבוק, הוא קיום המצות מעשיות ברמ"ח אברין, דרמ"ח פיקודין הן רמ"ח אברין דמלכא כנז"ל », et aussi dans l'aspect de l'étreinte : c'est l'accomplissement des mitzvot pratiques par les 248 membres, car les 248 commandements sont les 248 membres du Roi, comme il a été dit plus haut. Chaque mitzva qu'un Juif accomplit est une étreinte du Roi : celui qui s'enveloppe du talit ou met les tefilin, le Roi l'étreint tout entier. Quand un homme étreint son prochain, il le saisit tout entier ; ainsi le Saint béni soit-Il nous saisit, pour ainsi dire, tout entiers : les 248 mitzvot qu'Il nous a données sont, si l'on peut dire, Ses 248 membres, et c'est par elles qu'Il nous étreint.

« ודרך כלל נחלקים לשלש בחינות », et de façon générale elles se divisent en trois catégories. Les 248 mitzvot se répartissent en trois groupes, et c'est par eux que l'étreinte se révèle dans sa totalité :

  • La droite : les mitzvot relevant du 'hessed, telles le bras droit, pour ainsi dire.

  • La gauche : les mitzvot relevant de la rigueur, le din, telles le bras gauche.

  • Le milieu : les mitzvot relevant de la miséricorde, les ra'hamim, l'aspect du corps.

Et dans la langue du chapitre : « ימין ושמאל ואמצע שהם חסד דין רחמים, תרין דרועין וגופא וכו' », droite, gauche et milieu, qui sont 'hessed, din et ra'hamim, les deux bras et le corps, selon la formulation du Pata'h Eliyahou. Telle est l'étreinte du Roi, qui prend le peuple d'Israël et l'élève.

Et cette méditation ne porte pas seulement sur ce qui s'est passé il y a trois mille ans : chaque jour, l'homme doit ressentir comme s'il était sorti d'Égypte aujourd'hui même. À chaque instant où il est capable de se relever des immondices et de s'occuper de Torah, le Roi l'étreint.

Et si un Juif médite là-dessus et y prête attention, quel sentiment doit-il rendre au Roi ? Le Roi a tout quitté et a déclaré qu'Il voulait précisément le petit Juif d'en bas, à qui Il veut Se donner entièrement. Que ressentira cet homme à l'égard du Roi ? Comme nous l'avons dit plus haut : une véritable kelot hanefech, une âme qui se consume. Telle est l'amour que le Juif doit éveiller dans son cœur, rendre amour pour amour, selon le verset « comme dans l'eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l'homme à l'homme ».

Dans les chapitres précédents, il était demandé à l'étudiant de comprendre des concepts et d'être capable de méditer ; cette méditation était donc le lot d'un homme d'un niveau élevé, ou du moins de celui qui possède une force de réflexion. Plus l'homme était bas, plus il lui était difficile de méditer sur ce qui y était expliqué. Dans notre chapitre, c'est l'inverse : plus l'homme est bas, plus il est un bon réceptacle pour parvenir à l'amour de D.ieu. Car plus il est bas, plus il ressent la distance ; et si le Roi a pris jusqu'à lui et lui a donné la possibilité d'être étreint par Lui, combien doit-il L'aimer ! C'est donc précisément ici que « la chose est tout près de toi, très très près ».

Et comment cela s'accorde-t-il avec le fait que le Tanya soit le « livre des bénonim », des hommes intermédiaires ? Il y a bien des degrés dans le bénoni, et ce livre enseigne comment devenir bénoni : il prend le Juif le plus simple, le plus bas des plus bas, et lui dit : viens, deviens bénoni, laisse là tes bêtises et relie-toi au Roi. Tu as une occasion, et c'est toi que le Roi veut. Et celui qui ressent son abaissement est le premier réceptacle pour cela. C'est là le point de ce chapitre.

Lors du cours précédent, nous avons parlé de la pitié que mérite l'âme, et du fait que partout où l'homme va, il entraîne le Roi avec lui : quelle pitié pour cette âme descendue si bas, que l'homme traîne derrière lui dans tous ses actes. Nous avons aussi rapporté ce que le Rebbe écrivit à un Juif : en allant dans un lieu qui ne convient pas, c'est le Rebbe lui-même qu'il entraîne avec lui. Par hachga'ha pratit, j'ai vu cette semaine une explication magnifique du 'Hatam Sofer qui complète ce point, cette fois du côté positif.

La Guemara raconte qu'avant son départ de ce monde (la fin du passage est citée dans le Tanya au chapitre 41), Rabbi Yo'hanan ben Zakaï dit à ses disciples : « je ne sais pas sur quel chemin on me conduit ». Selon le sens simple, deux chemins s'ouvrent devant lui, le gan eden et le guehinom, et il ne sait pas vers lequel on le mène. Ses disciples lui demandèrent : « notre maître, bénis-nous », et il leur dit : « qu'il soit Sa volonté que la crainte du Ciel soit sur vous comme la crainte d'un être de chair et de sang ».

Le 'Hatam Sofer explique : Rabbi Yo'hanan ben Zakaï n'avait aucun doute sur l'endroit où on le conduisait ; il se connaissait et savait que sa place était au gan eden. Mais c'est à ses disciples qu'il s'adressait, et s'il faisait là un bilan sur lui-même, quel rapport avec eux ? Voici donc ce qu'il leur disait : tant que j'étais avec vous et que je vous influençais, tant que vous me voyiez de vos yeux, je veillais à ce que vous soyez comme il faut, et je savais que je serais toujours en un bon endroit, puisque vous aussi vous y seriez. Mais maintenant que je pars vers un autre monde et que vous restez seuls, alors que je reste pour toujours attaché à vous, si vous faites des bêtises, je m'y retrouverai moi aussi, car je suis entraîné à votre suite. Tel est le sens de « je ne sais pas sur quel chemin on me conduit » : je ne sais pas sur quel chemin, vous, vous me conduirez, vers le gan eden ou vers un autre lieu.

C'est alors que les disciples demandèrent : « notre maître, bénis-nous », et il répondit : « qu'il soit Sa volonté que la crainte du Ciel soit sur vous comme la crainte d'un être de chair et de sang ». Tant que j'étais de chair et de sang, ma crainte était sur vous, car vous me voyiez de vos yeux ; maintenant que je serai au Ciel, une rupture risque de se produire. Qu'il soit Sa volonté que vous sentiez que je suis encore avec vous, que vous veilliez sur moi et ne m'entraîniez pas dans des lieux où je ne veux pas arriver. Cette explication admirable s'ajuste exactement au point dont nous avons parlé au cours précédent.

Pour résumer : dans cette partie, nous avons appris que tous les anges demandent « où est le lieu de Sa gloire ? », et que la réponse est : « toute la terre est remplie de Sa gloire », en bas, auprès d'Israël. Le Saint béni soit-Il a délaissé les mondes d'en haut et ceux d'en bas, Il a choisi Israël Son peuple et Il est descendu en personne le sauver de la nudité de la terre. Nous nous sommes arrêtés sur la précision de l'Alter Rebbe, qui cite justement le verset « et Je suis descendu pour le délivrer » plutôt que celui de la Haggadah, afin de souligner l'amour pour Israël et non l'incapacité de l'ange. Puis sur les nechikin, les baisers : prononcer la parole de D.ieu, comprendre la Torah et connaître Sa volonté et Sa sagesse ; et sur le 'hibouk, l'étreinte : l'accomplissement des mitzvot pratiques, les 248 commandements correspondant aux 248 membres du Roi, répartis en droite, gauche et milieu. Nous avons vu enfin la nouveauté du chapitre : c'est précisément celui qui est bas qui est le meilleur réceptacle pour l'amour de D.ieu, et c'est pourquoi « la chose est tout près de toi, très très près » ; voilà le « livre des bénonim », qui invite le Juif le plus simple à se relier au Roi. Pour finir, nous avons rapporté l'explication du 'Hatam Sofer sur les paroles de Rabbi Yo'hanan ben Zakaï, qui complète le sujet étudié au cours précédent.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons et développerons cette idée.