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Chapitre 44 - L'amour comme héritage reçu d'en haut

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Nous sommes au chapitre 44 du Likoutei Amarim, page 63b (page 126), à la toute première ligne. Comme nous nous trouvons au beau milieu d'un développement, commençons par un résumé de ce que nous avons appris dans les chapitres précédents et lors du dernier cours, puis nous poursuivrons à partir de là.

Notre sujet est l'amour de D.ieu : le Juif doit éveiller dans son coeur un amour tel qu'il le pousse à accomplir la Torah et les mitsvot. Nous avons vu qu'il existe différents degrés dans cet amour, et notamment deux degrés principaux :

  • Ahavat olam, l'amour né du monde : un amour qui naît de la contemplation de l'homme sur le monde, sur la création et sur la façon dont chaque détail de l'existence vient à l'être depuis le Créateur. Ces contemplations ont été exposées longuement dans les chapitres 42 et 43, et elles éveillent dans le coeur l'amour du Saint béni soit-Il. On l'appelle ahavat olam parce qu'il naît du monde, de la réflexion sur les choses du monde.

  • Ahava rabba, le grand amour : un amour que l'homme reçoit d'en haut, en cadeau. C'est le Saint béni soit-Il qui lui donne l'éveil et l'attirance vers la Divinité. Ce cadeau n'est accordé qu'à celui qui l'a précédé par une perfection dans son propre travail.

Lequel des deux est le plus élevé : ahavat olam ou ahava rabba ?

Nous avons rappelé au cours précédent que chacun possède un avantage que l'autre n'a pas :

  • L'avantage de l'ahava rabba : sa puissance est immense, presque sans limite. Dès lors que l'homme a reçu ce cadeau d'en haut, l'élan qui jaillit de cet éveil reçu est d'une intensité illimitée.

  • L'avantage de l'ahavat olam : l'homme comprend et sait exactement vers quoi il est attiré. Dans l'ahava rabba, au contraire, il se trouve dans un éveil et un enthousiasme, mais il n'a rien à quoi se raccrocher, puisque cela ne vient pas de lui mais d'une lumière reçue d'en haut. Tandis que lorsqu'il contemple, comprend par ses propres forces et parvient ainsi à l'amour, il sait précisément vers quoi il est attiré et ce qu'il veut. Certes, cet amour a le défaut d'être limité, puisqu'il est sa propre création ; mais avec la limite vient un avantage : c'est quelque chose d'ordonné et de défini.

Au chapitre 44, l'Alter Rebbe ouvre en expliquant qu'il existe un amour qui réunit les deux genres à la fois : il ressemble à l'ahava rabba et il ressemble à l'ahavat olam. Et à l'intérieur même de cet amour, il y a deux degrés.

L'Alter Rebbe cite le verset « נַפְשִׁי אִוִּיתִיךָ בַּלָּיְלָה », « Mon âme, je T'ai désiré durant la nuit ». Son sens : Maître du monde, Tu es mon âme, c'est Toi qui me fais vivre et qui me donnes tout ce que j'ai ; et puisque Tu es mon âme, dès lors « je T'ai désiré », j'éprouve un désir pour Toi et je suis attiré vers Toi.

D'où le Juif tient-il la capacité d'en arriver à ressentir que le Créateur est son âme ? C'est un héritage qu'il détient, un cadeau reçu d'Avraham, Yits'hak et Yaakov. Tout Juif naît juif, et reçoit dans son âme cette puissance intérieure inscrite dans sa nature juive : la capacité d'éveiller un amour pour le Créateur parce qu'Il est son âme.

Cependant, s'il ne l'éveille pas et ne fait rien pour cela, cet amour restera enfoui dans les profondeurs de son coeur, et il n'aura même pas conscience de son existence. Pour qu'il se révèle en lui, il doit y réfléchir et l'éveiller (nous verrons d'ailleurs que la contemplation n'est pas l'unique voie, et qu'il existe aussi des chemins plus faciles).

Et lorsque cet amour s'éveille, à quoi ressemble-t-il ? D'un côté, c'est sa propre contemplation qui l'a éveillé, et en cela il ressemble à l'ahavat olam. De l'autre côté, il ne crée rien du tout : il ne fait que réveiller une chose qui existe déjà en lui comme un cadeau d'en haut, et en cela il ressemble à l'ahava rabba. Il réunit donc les deux avantages : une grande puissance, puisqu'il existe du fait même de sa nature juive ; et, à côté de cela, une définition claire de ce vers quoi il est attiré, puisque c'est lui qui a éveillé et révélé ce sentiment.

Concrètement, comment ce « je T'ai désiré » se traduit-il ?

L'expression dit : « אוֹרַיְיתָא וְקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא כּוּלָּא חַד », la Torah et le Saint béni soit-Il sont entièrement un. Le Saint béni soit-Il se trouve dans la Torah. Par conséquent, si un homme éprouve véritablement un désir pour le Créateur et cherche à se lier à Lui, qu'il étudie la Torah : c'est l'étude de la Torah qui relie l'homme au Saint béni soit-Il.

La suite du verset précise aussi le moment : « durant la nuit ». Prenons pour exemple le sentiment qu'a l'homme d'aimer sa propre âme et d'aimer vivre. Quand le ressent-il le plus intensément ? À l'heure de l'épreuve : lorsqu'il est malade, que D.ieu préserve, ou lorsqu'il voit ses affaires se resserrer et qu'il ignore ce qui adviendra. C'est alors que la volonté de vivre s'éveille en lui de toute sa force, alors que dans les jours ordinaires il ne la sent pas.

Il en va de même dans le service de D.ieu : si le Créateur est véritablement son âme, s'il Le désire et cherche à se lier à Lui, alors, même si la nuit est le temps du sommeil et qu'il pourrait en apparence attendre l'aube ou le lever du soleil pour se lever, prier et aller étudier, le fait qu'il ressente que c'est là « mon âme » l'empêche de se retenir : il se lève au milieu de la nuit et part étudier. Celui qui ne ressent pas cela a un temps pour l'étude et un temps pour le sommeil ; mais quand il s'agit de son âme, même la nuit, même à l'heure où il est en principe dispensé et où la Halakha lui permet de dormir, il fera tout pour courir vers cette chose.

À ce propos, on raconte l'histoire d'un jeune homme qui entra en ye'hidout chez le Rebbe, et que le Rebbe encouragea à étudier la 'hassidout. Le Rebbe lui expliqua que lorsqu'un Juif étudie la 'hassidout, la dimension intérieure de la Torah, comme notre étude du Tanya, cela l'éveille à l'étude de la Torah. Le Rebbe donna l'image d'un fils unique qui n'a pas vu son père depuis longtemps, et à qui parvient soudain la nouvelle que, dans quelque temps, il aura l'occasion de le rencontrer. Il brûle d'impatience pour l'instant où il pourra voir son père et le serrer dans ses bras. Il ne demande rien à recevoir de lui, il n'a aucun intérêt personnel en jeu ; il ne veut qu'une seule chose : étreindre son père et être avec lui. Un Juif qui ressent que le Saint béni soit-Il est sa vie même, telle doit être son impatience pour l'étude de la Torah : comme celui qui va à la rencontre de son père. Et cela, le Juif le reçoit de l'étude de la dimension intérieure de la Torah, la 'hassidout.

Ce jeune homme demanda alors au Rebbe : et l'étude de la 'hassidout suffit-elle ? (Car on peut étudier la 'hassidout sans pour autant parvenir à ce ressenti.) Le Rebbe lui répondit : j'ai vu des Juifs sur qui l'étude de la 'hassidout a agi de cette manière. Autrement dit, il est effectivement possible qu'un homme étudie la 'hassidout sans y parvenir automatiquement, s'il n'intériorise pas les choses ; mais le Rebbe a dit explicitement qu'il avait vu comment l'étude de la 'hassidout amène l'homme à ce sentiment intérieur.

Voilà le premier degré, celui de « נַפְשִׁי אִוִּיתִיךָ בַּלָּיְלָה » : un amour auquel l'homme accède grâce à la nature divine qu'il a reçue en héritage des Patriarches, et qu'il révèle en éveillant en lui-même la contemplation du fait que le Créateur est son âme.

Le second degré : « כִּבְרָא דְּאִשְׁתַּדַּל בָּתַר אֲבוֹי וְאִימֵּיהּ », « comme un fils qui se dévoue pour son père et sa mère ». Ce degré est plus élevé et plus puissant que celui de « mon âme, je T'ai désiré », et lui aussi nous a été légué en héritage et se trouve dans la nature de chaque Juif : tel un fils qui se donne du mal pour ses parents, qui veut agir pour eux et qui est prêt à faire pour eux plus qu'il ne pense à lui-même, une véritable messirout nefesh, don de soi.

La différence entre les deux : lorsqu'un homme pense « mon âme », il dit en somme : je T'aime parce que Tu es mon âme, Tu veilles sur moi, Tu me remplis, Tu es ma vie. Cet amour construit et parachève sa propre réalité. Mais il existe un degré plus élevé, où il est prêt à donner jusqu'à son âme, comme le fils qui se livre entièrement pour son père et sa mère.

Ce degré aussi, le Juif peut et doit l'éveiller dans son coeur ; et lorsqu'il y parvient, d'un côté il ressemble à l'ahavat olam, puisqu'il y a réfléchi ; et de l'autre côté il est comme l'ahava rabba, puisqu'il s'agit d'un héritage reçu d'en haut.

En résumé : dans cette partie, nous avons revu les deux degrés étudiés au chapitre 43 : l'ahavat olam, qui naît de la contemplation du monde et dont l'avantage est d'être définie et ordonnée, et l'ahava rabba, qui vient en cadeau d'en haut et dont l'avantage est sa puissance illimitée. De là, nous sommes passés au chapitre 44, où l'Alter Rebbe expose un amour qui réunit les deux, puisqu'il s'agit d'un héritage des Patriarches que l'homme éveille par sa contemplation : le degré de « נַפְשִׁי אִוִּיתִיךָ בַּלָּיְלָה », qui se traduit par l'étude de la Torah et par l'empressement à y courir même la nuit ; et le degré de « כִּבְרָא דְּאִשְׁתַּדַּל בָּתַר אֲבוּהִי וְאִימֵּיהּ », le don de soi d'un fils pour ses parents.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons les paroles de l'Alter Rebbe et nous verrons que la contemplation n'est pas l'unique voie pour éveiller cet amour : il existe aussi des chemins plus faciles.