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Chapitre 37 - La grandeur extraordinaire de la mitsva de tsedaka

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Dans la partie précédente, nous avons appris que la descente de l'âme dans le corps a pour but de réparer le corps et la nefesh hachiyounit (l'âme vitale), et que la finalité de tout cela est la dirah betachtonim, une demeure pour Hachem dans les mondes inférieurs; c'est précisément pour cela que le corps est l'essentiel. L'Alter Rebbe poursuit à présent et explique la grandeur de la tsedaka.

La grandeur de la tsedaka :

L'Alter Rebbe enchaîne : « ובזה יובן » (« et par là on comprendra ») - c'est-à-dire que par tout ce que nous avons appris jusqu'ici, à savoir que la finalité de tout est l'acte et la dirah betachtonim, on comprendra « מה שהפליגו רבותינו ז"ל במאוד מאוד במעלת הצדקה » (« à quel point nos Sages, de mémoire bénie, ont exalté la grandeur de la tsedaka ») - pourquoi les Sages d'Israël, dans la Guemara et ailleurs, font-ils de la tsedaka un éloge aussi démesuré. On pourrait rassembler une multitude de paroles de nos Sages dont l'idée commune est que la tsedaka est la plus grande chose qui soit. « ואמרו ששקולה כנגד כל המצוות » (« et ils ont dit qu'elle équivaut à toutes les mitsvot »).

Autre illustration de son importance : « ובכל תלמוד ירושלמי היא נקראת בשם 'מצווה' סתם » (« et dans tout le Talmud de Jérusalem, elle est appelée simplement du nom de “mitsva” ») - partout où le Talmud Yerouchalmi dit « mitsva », il s'agit de la tsedaka. Elle est importante à tel point qu'il n'est même pas besoin de la nommer : si quelqu'un dit « je vais faire une mitsva », on ne lui demande pas laquelle - « la mitsva », c'est la tsedaka.

Pour quelle raison la tsedaka est-elle appelée « mitsva » tout court ?

La raison est simple, et elle découle de tout ce que nous avons étudié jusqu'ici : la finalité de toutes les mitsvot est de réparer ce monde-ci, de réparer et d'affiner la matérialité. Dès lors, par un calcul tout simple, la mitsva dont la réparation s'étend aux espaces les plus vastes, c'est la mitsva de tsedaka : aucune autre mitsva n'agit sur une telle étendue.

Dans les mots de l'Alter Rebbe : « מפני שהיא עיקר המצוות מעשיות » (« parce qu'elle est l'essentiel des mitsvot pratiques ») - de toutes les mitsvot pratiques, où l'essentiel est l'acte, la tsedaka est celle qui en constitue le cœur, « ועולה על כולנה » (« et elle les surpasse toutes ») - par la puissance avec laquelle elle affine l'acte et la matérialité. Et la raison en est : « שכולן הן רק להעלות נפש החיונית להשם » (« car toutes n'ont pour but que d'élever la nefesh hachiyounit vers Hachem »).

Dans chaque mitsva ne se revêt qu'une seule force :

Prenons l'exemple de la mitsva de tefilin : le Juif qui met les tefilin sanctifie par là son bras gauche (le bras droit venant assister l'opération) et sa tête - mais le ventre, la jambe et les oreilles ne participent pas à l'action des tefilin. Et il en va ainsi de chaque mitsva : elle agit sur certains organes vitaux précis, sur certaines parties du corps et de la nefesh hachiyounit.

[Il ne s'agit pas ici de l'effet de la mitsva dans les mondes supérieurs, dont nous ne traitons pas en ce lieu, mais bien du corps physique et de la vitalité qui l'habite, sur lesquels la mitsva est censée agir.]

Et dans ses termes : « אין לך מצווה שנפש החיונית מתלבשת בה כל כך כמצוות הצדקה » (« il n'est pas de mitsva dans laquelle la nefesh hachiyounit se revête autant que dans la mitsva de tsedaka ») - car dans la tsedaka, c'est la nefesh hachiyounit tout entière qui se trouve. L'explication est simple : « שבכל המצוות אין מתלבש בהן רק כוח אחד מנפש החיונית » (« car dans toutes les mitsvot ne se revêt qu'une seule force de la nefesh hachiyounit »), « וזה רק בשעת מעשה המצווה לבד » (« et cela uniquement au moment de l'accomplissement de la mitsva »). Autrement dit, dans l'accomplissement de chaque mitsva n'est investie qu'une force déterminée, et l'on peut même identifier quelle énergie y a été investie; et encore cette énergie n'est-elle dirigée vers la mitsva qu'au moment où on l'accomplit : sitôt terminée, ces mêmes forces s'orientent vers d'autres canaux.

Celui qui donne la tsedaka du fruit de son labeur :

Un homme donne dix chekels à la tsedaka. D'où lui sont-ils venus ? De son travail et de son salaire. Et combien de forces a-t-il investies dans ce travail : arriver à l'heure, accomplir sa tâche comme il faut, y réussir, tenir son poste jusqu'à la fin du mois et toucher l'intégralité de son salaire. Il s'y est investi tout entier, littéralement, avec toute son énergie.

Dans les mots de l'Alter Rebbe : « בצדקה, שאדם נותן מיגיע כפיו, הרי כל כוח נפשו החיונית מלובש בעשיית מלאכתו או עסק אחר שנשתכר בו מעות אלו » (« dans la tsedaka que l'homme donne du fruit de son labeur, toute la force de sa nefesh hachiyounit est revêtue dans le travail ou l'activité par lesquels il a gagné cet argent »). Dans cette piécette qu'il donne, il est présent tout entier, « וכשנותנן לצדקה - הרי כל נפשו החיונית עולה להשם » (« et lorsqu'il la donne à la tsedaka, toute sa nefesh hachiyounit s'élève vers Hachem »). Celui qui a réellement peiné pour son argent ressent, au moment où il le sort de sa poche pour la tsedaka, qu'on lui prend un morceau de vie : car c'est bien de la vie qu'il y a investie.

Ailleurs dans le Tanya, il est expliqué que même celui qui donne le maasser (le dixième) ou le houmech (le cinquième) entraîne avec ce don l'intégralité de son salaire, les cent pour cent. Car par ce don il déclare que tout appartient au Saint béni soit-Il : « Maître du monde, je Te donne de ce qui est à Toi, car tout est à Toi, et les quatre-vingt-dix pour cent qui me restent, je viens de les recevoir à nouveau de Toi en cadeau. » Ce n'est pas le don de celui qui dirait « les quatre-vingt-dix pour cent sont à moi et je consens à T'en céder dix », mais tout l'inverse : tout est à Toi, et c'est Toi qui m'as rendu les quatre-vingt-dix.

Et cela est dit explicitement dans le Houmach avec le commentaire de Rachi : lorsqu'un homme ne donne pas le maasser, les rôles s'inversent - le Saint béni soit-Il dit : s'il en est ainsi, Je prendrai les quatre-vingt-dix pour Moi et Je te laisserai les dix.

Celui qui donne de ce pour quoi il n'a pas peiné :

Et qu'en est-il de celui qui ne jouit pas du fruit de son labeur, par exemple celui qui a reçu un cadeau et donne la tsedaka de ce cadeau ? (Le retraité n'est d'ailleurs pas un exemple exact, puisque sa pension lui vient de la peine des dizaines d'années précédentes.) Où donc, dans un tel don, se trouve toute sa vie ?

Là aussi, même si ce n'est pas avec la même intensité que chez celui qui donne du fruit de son labeur, on retrouve exactement la même chose : « וגם מי שאינו נהנה מיגיעו, מכל מקום, הואיל ובמעות אלו היה יכול לקנות חיי נפשו החיונית - הרי נותן חיי נפשו להשם » (« et même celui qui ne jouit pas du fruit de son labeur, puisque avec cet argent il aurait pu acheter la vie de sa nefesh hachiyounit, donne donc la vie de son âme à Hachem »). Nul besoin d'aller chercher des situations extrêmes : un homme se trouve dans un endroit où il doit absolument boire, et un verre d'eau coûte quelques chekels; parfois, quelques chekels à peine lui rendent sa vitalité. Il se trouve donc que la valeur de ces chekels, c'est la vie; et même s'il n'a pas investi sa vie pour les obtenir, ils valent malgré tout une vie. Et lorsqu'il les donne à la tsedaka, il a donné l'équivalent d'une vie.

« Grande est la tsedaka, car elle rapproche la Guéoula » :

Il ressort donc que la tsedaka porte en elle le poids de cercles très larges qui sont remis à Hachem. Et puisque la finalité de toutes les mitsvot est de sanctifier le monde, et que la finalité de cette sanctification du monde est d'amener les jours du Machia'h et la résurrection des morts, lesquels dépendent de « nos actes et de notre service divin », il en résulte que chaque mitsva sanctifie une part du monde, et qu'une autre mitsva en sanctifie une part supplémentaire; or, comme la tsedaka en sanctifie les cercles les plus larges, elle est la mitsva qui rapproche la Guéoula plus que toute autre.

« ולכן אמרו רז"ל שמקרבת את הגאולה » (« et c'est pourquoi nos Sages ont dit qu'elle rapproche la Guéoula ») - car la tsedaka sanctifie toujours davantage de parts du monde, et amène ainsi, finalement, la finalité d'une demeure pour Lui dans les mondes inférieurs. Et dans ses termes : « לפי שבצדקה אחת מעלה הרבה מנפש החיונית, מה שלא היה יכול להעלות ממנה כל כך כוחות ובחינות בכמה מצוות מעשיות אחרות » (« parce que par un seul acte de tsedaka il élève une grande part de sa nefesh hachiyounit, bien plus de forces et d'aspects qu'il n'aurait pu en élever par plusieurs autres mitsvot pratiques »). C'est pourquoi une seule mitsva de tsedaka équivaut à de nombreuses autres mitsvot : parce qu'elle a le pouvoir de sanctifier et d'élever de nombreuses parts du monde.

Nous restons donc dans la même idée et dans la même ligne : la finalité de tout est de sanctifier le bas, le physique et le matériel, et cela par les mitsvot pratiques, « laassoto », « pour le faire ». C'est ainsi que l'Alter Rebbe l'a expliqué également au chapitre 35, où il rapporte longuement les paroles du yenouka (le jeune enfant) dans le Zohar : quelle est l'huile de la lampe qui maintient la flamme ? Les bonnes actions. Il n'a pas dit « la Torah », mais a souligné précisément les bonnes actions - car la Torah agit sur la strate spirituelle de l'âme, dans la pensée et la parole, tandis que les mitsvot pratiques agissent sur la strate matérielle de l'âme.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris pourquoi le Talmud de Jérusalem a coutume d'appeler la tsedaka simplement « la mitsva » : parce qu'elle est l'essentiel des mitsvot pratiques et qu'elle les surpasse toutes. Dans chaque mitsva ne se revêt qu'une seule force de la nefesh hachiyounit, et encore seulement au moment de l'accomplissement de la mitsva; tandis que dans la tsedaka, que ce soit chez celui qui donne du fruit de son labeur, dont toutes les forces de la nefesh hachiyounit sont revêtues dans le travail par lequel il a gagné cet argent, ou chez celui qui donne de ce pour quoi il n'a pas peiné, puisque avec cet argent il aurait pu acheter la vie de sa nefesh hachiyounit, c'est toute sa nefesh hachiyounit qui s'élève vers Hachem. De là, la tsedaka sanctifie de larges cercles du monde, et c'est pourquoi « grande est la tsedaka, car elle rapproche la Guéoula ».

Dans la partie suivante, nous aborderons la question que soulève l'Alter Rebbe : si tel est le cas, pourquoi disons-nous chaque matin « l'étude de la Torah équivaut à toutes » - et « à toutes » veut dire même à la tsedaka ? À première vue, cette phrase contredit l'affirmation selon laquelle l'acte est l'essentiel. Or il n'y a assurément pas de contradiction dans la Torah : l'un complète l'autre - et comment, nous l'apprendrons avec l'aide d'Hachem dans la suite.