Après le résumé que nous avons fait de ce qui a été étudié jusqu'ici dans le chapitre 37, poursuivons l'étude du chapitre.
L'Alter Rebbe écrit : שכח נפש החיונית המתלבשת באותיות הדיבור בתלמוד תורה ותפילה וכיוצא בהן, או מצוות מעשיות (« car la force de la nefesh hachiyounit, l'âme vitale, qui se revêt dans les lettres de la parole lors de l'étude de la Torah, de la prière et de ce qui leur ressemble, ou dans les mitzvot pratiques »). Autrement dit : lorsqu'un homme étudie la Torah avec sa bouche ou accomplit une mitzva concrète, il y a là une force, une énergie, qui lui a donné la capacité de le faire.
Et quelle est la source de cette force ? הרי כל גידולו וחיותו מהדם, שהוא מקליפת נוגה ממש (« car toute sa croissance et sa vitalité proviennent du sang, qui vient littéralement de klipat noga »). Le sang qui circule dans le corps tire son origine de klipat noga.
Qu'est-ce que klipat noga ?
Comme cela a déjà été mentionné au début du Tanya, tout ce qui, dans le monde, n'est pas sainteté est klipa (« écorce »). Mais à l'intérieur même de la klipa, il existe deux catégories :
Klipat noga : « noga » vient du mot lumière, c'est une klipa qui a le pouvoir, par les voies justes, de se retourner et d'être intégrée dans la sainteté.
Les trois klipot impures : comme les aliments interdits et ce qui leur ressemble, qui n'ont aucune possibilité de s'élever vers la sainteté.
Le sang qui circule dans l'homme, tant qu'il n'a pas été employé pour la sainteté, n'est pas de la sainteté : il est donc klipa. Mais il s'agit de klipat noga, car il possède la capacité de s'élever vers le haut.
L'Alter Rebbe poursuit : שהן כל אוכלין ומשקין שאכל ושתה ונעשו דם, שהיו תחת ממשלתה וינקו חיותם ממנה (« ce sont tous les aliments et boissons qu'il a mangés et bus et qui sont devenus du sang, lesquels étaient sous sa domination et puisaient d'elle leur vitalité »). Cet aliment que l'homme a mangé était auparavant un animal, un veau ou un poulet, et il relève de klipat noga. L'énergie qui circulait dans ces aliments avant qu'il ne les consomme venait de klipat noga, et voilà qu'il l'a maintenant introduite dans son corps : elle est restée klipat noga. À partir de là, tout dépend de l'homme. S'il utilise cette énergie, à Dieu ne plaise, pour transgresser la volonté du Créateur, il la fait descendre plus bas encore. Mais ici, il est question du cas où il s'en est servi pour une chose bonne, pour accomplir une mitzva.
Alors : ועתה היא מתהפכת מרע לטוב ונכללת בקדושה (« et maintenant elle se retourne du mal vers le bien et est intégrée dans la sainteté »). Klipat noga est du mal, car, comme cela a été expliqué au début du Tanya, il n'existe pas d'état « neutre » : c'est soit de la sainteté, soit de la klipa. Et si c'est de la klipa, c'est donc du mal, sauf qu'il s'agit d'un mal qui peut se transformer en bien.
Et tout cela s'opère על ידי כח נפש החיונית הגדל ממנה, שנתלבש באותיות אלו או בעשייה זו (« par la force de l'âme vitale qui grandit d'elle, et qui s'est revêtue dans ces lettres ou dans cet acte »). L'énergie s'est revêtue dans les lettres de la prière et de l'étude, ou dans l'accomplissement de la mitzva. Il se trouve donc que tous ces animaux, tous ces champs et ces eaux qui ont finalement abouti à ce morceau de pain et à cette bouteille d'eau, tout cela était klipat noga, et en s'en servant pour le bien, l'homme les a tous tirés vers le haut.
La responsabilité qui accompagne l'usage de notre énergie pour accomplir la volonté du Créateur ne nous engage donc pas seulement envers nous-mêmes : c'est une responsabilité envers tout un système, qui attend précisément cette action. Par un seul petit acte, l'homme élève un monde entier.
Quant à la mitzva elle-même : אשר הן הן פנימיות רצונו יתברך בלי שום הסתר פנים (« car elles sont la dimension intérieure de Sa volonté, sans aucune occultation de la Face »), car dans la mitzva on voit la volonté divine en pleine révélation. וחיותן נכלל גם כן באור אין סוף ברוך הוא שהוא רצונו יתברך (« et leur vitalité est elle aussi intégrée dans la lumière du Ein Sof, béni soit-Il, qui est Sa volonté »). La vitalité de tous ces aliments qui ont aidé l'homme à accomplir la volonté du Créateur est intégrée dans la volonté divine. ובחיותן נכלל ועולה גם כן כח נפש החיונית, ועל ידי זה תעלה גם כן כללות קליפת נוגה, שהיא כללות החיות של עולם הזה הגשמי והחומרי (« et dans leur vitalité se trouve également intégrée et élevée la force de l'âme vitale, et par cela s'élèvera aussi l'ensemble de klipat noga, qui est l'ensemble de la vitalité de ce monde physique et matériel »). Lorsque le peuple d'Israël accomplira toutes les mitzvot et utilisera pour le bien toute l'énergie qu'il a reçue, c'est le monde physique et matériel tout entier qui s'élèvera.
La part personnelle de chaque Juif :
Que nul ne dise : comment moi, petit homme, pourrais-je réparer un monde si immense ? Sur cela, nous avons appris dans les Pirkei Avot : « Il ne t'incombe pas d'achever le travail, mais tu n'es pas libre de t'en dispenser. » Depuis la faute d'Adam, par laquelle une souillure est descendue dans le monde, la tâche de le réparer nous est confiée, et chaque Juif y a sa part à lui : une part qu'il est tenu de réparer, et que personne au monde ne peut réparer à sa place.
Et comme il est dit : « Nul homme ne touche à ce qui est destiné à son prochain. » De même que nous croyons que nul ne peut prendre la parnassa (la subsistance) de son prochain, que la parnassa que le Créateur a destinée à un homme n'appartient qu'à lui, et qu'il ne gagnera jamais une seule pièce de plus que ce qui lui a été fixé, ainsi en est-il de la parnassa spirituelle : nul homme ne touche à ce qui incombe à son prochain.
Et comment l'homme saura-t-il où se situe ce qu'il doit réparer ? Peut-être sa part se trouve-t-elle sur un lopin de terre lointain en Australie, alors que lui se trouve ici ? À ce sujet il est dit : « De Hachem sont affermis les pas de l'homme. » Le Saint béni soit-Il conduit chacun vers le lieu où il doit arriver. Et même lorsqu'il semble à l'homme qu'il s'est trompé de chemin, qu'il est arrivé dans un endroit qu'il n'avait pas prévu ou qu'il s'est retrouvé dans une escale imprévue, il ne s'est pas trompé : il est arrivé là où il a une mission. Le Baal Chem Tov laisse entendre que la seule présence d'un Juif en un lieu y introduit déjà de la sainteté ; et s'il y récite une bénédiction, y prie, y dit un verset ou y accomplit un acte de sainteté, il se peut qu'il ait ainsi achevé sa mission en ce lieu, et que ce soit précisément pour cela qu'il y a été envoyé. Et s'il ne le fait pas cette fois-ci, il y reviendra une autre fois, car il lui faut accomplir ce qui lui incombe. Et lorsque chacun accomplira sa part, ce sera la réparation et la perfection du monde entier.
Dans les mots de l'Alter Rebbe : כאשר כל הנשמה ונפש האלוקית שבכל ישראל, המתחלקת בפרטות לשישים ריבוא (« lorsque toute la neshama et l'âme divine qui sont en tout Israël, laquelle se divise en détail en six cent mille »). Lorsque les enfants d'Israël sortirent d'Égypte, la Torah indiqua leur nombre : six cent mille hommes (et dans le détail, trois mille cinquante de plus). Cette répartition n'est pas fortuite, elle relève de la Providence d'en haut : ce sont des âmes générales, et le Créateur a envoyé ces six cent mille âmes pour réparer le monde, lequel comporte six cent mille parties, chaque âme ayant sa part à elle.
Et si l'on s'étonne : le registre de la population compte pourtant bien plus de six cent mille Juifs ! L'Alter Rebbe expliquera plus loin qu'il existe six cent mille âmes générales, et que chacune d'elles se subdivise en ramifications, en détails et en détails de détails. Il en va de même pour les parties du monde qui réclament un raffinement : il y a de grandes parties générales, et il y a des détails et des détails de détails.
Un exemple de la division en généralités et en détails : les 288 étincelles
La Kabbale explique que la quantité d'étincelles qu'il faut rassembler pour réparer le monde est chiffrée : chaque étincelle a son numéro, et chacune doit revenir à sa place. Le total des étincelles dispersées dans le monde est de רפ"ח, deux cent quatre-vingt-huit, et une allusion s'en trouve au tout début de la Torah : « ורוח אלוקים מרחפת על פני המים » (« et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux ») : le mot מרחפת se compose des lettres מ"ת רפ"ח, car les 288 étincelles sont pour ainsi dire tombées et se sont dispersées, et elles sont cachées dans chaque chose du monde, dans chaque klipat noga du monde.
Et plus encore : parmi ces 288, à l'époque où Israël se trouvait en Égypte, ces six cent mille hommes avaient déjà réussi à en rassembler la majeure partie, ר"ב étincelles (deux cent deux). C'est à cela que fait allusion le verset « וגם ערב רב עלה אתם » (« et aussi une multitude mélangée monta avec eux ») : le mot רב a pour valeur numérique 202, correspondant à ce qu'ils avaient rassemblé. Il ne restait donc que quatre-vingt-six étincelles. Et l'on s'est étonné : si deux cent deux étincelles ont été rassemblées en deux cent dix ans, pourquoi le rassemblement des quatre-vingt-six restantes prend-il des milliers d'années ? La réponse est qu'ici aussi il y a de grandes étincelles générales, dont chacune se disperse en détails et en détails de détails : il y a des étincelles générales, comme celles de David le roi, de Salomon et des prophètes, et il y a des étincelles particulières.
Les 613 mitzvot : évacuer la saleté et introduire les beaux ustensiles
Et comment chaque âme accomplit-elle sa part ? תקיים כל נפש פרטית כל תרי"ג מצוות התורה (« lorsque chaque âme particulière accomplira l'ensemble des 613 mitzvot de la Torah »). En accomplissant les 613 mitzvot, l'homme achève ce qui lui incombe. Et les 613 mitzvot se divisent en deux groupes : trois cent soixante-cinq interdictions (mitzvot « lo taassé ») et deux cent quarante-huit commandements positifs (mitzvot « assé »).
L'Alter Rebbe donne dans le Likoutei Torah une parabole : pour faire entrer un roi dans un palais ou dans une demeure, deux actions sont nécessaires. D'abord, évacuer la saleté ; ensuite, y introduire de beaux ustensiles et du mobilier. On ne peut renoncer ni à l'une ni à l'autre : on n'introduit pas de beaux ustensiles dans un endroit sale, et il ne suffit pas d'évacuer la saleté sans introduire de beaux ustensiles.
Il en va de même pour faire entrer le Roi, le Saint béni soit-Il, dans notre demeure, dans notre part du monde (dirah betachtonim, une demeure dans les mondes inférieurs) :
Les trois cent soixante-cinq interdictions : veiller sur les limites afin qu'il n'y ait pas de saleté dans la demeure. Dans chacun de ces trois cent soixante-cinq canaux, une klipa attend, le yetzer hara, dont tout le but est de puiser : sucer le sang, saisir l'énergie divine qui est dans l'homme et l'entraîner vers le mal. Et chaque chute par laquelle l'homme transfère, à Dieu ne plaise, son énergie de ce côté-là revient à salir le palais du Roi, à prendre l'énergie d'un Juif et à la remplir de souillure.
Les deux cent quarante-huit commandements positifs : introduire le mobilier, la lumière et les beaux ustensiles, pour embellir le lieu et le sanctifier.
En résumé : dans cette partie, nous avons appris que la force de l'âme vitale qui se revêt dans les lettres de la parole, dans la Torah et la prière, ou dans l'accomplissement des mitzvot, tire toute sa croissance et sa vitalité du sang, dont la source est klipat noga : la klipa qui a le pouvoir de se retourner du mal vers le bien et d'être intégrée dans la sainteté. Nous avons vu que, dans l'accomplissement de la mitzva, la vitalité des aliments est intégrée dans la volonté divine, et qu'avec elle s'élève l'ensemble de klipat noga, qui est l'ensemble de la vitalité du monde physique. Nous avons également appris que chaque Juif a une part personnelle dans la réparation du monde, que nul ne touche à ce qui incombe à son prochain, et que le Saint béni soit-Il dirige les pas de l'homme vers le lieu où se trouve sa part. Nous nous sommes arrêtés sur la division des six cent mille âmes générales en détails et en détails de détails, sur les 288 étincelles, et sur les deux volets des 613 mitzvot, à l'image de l'évacuation de la saleté et de l'introduction des beaux ustensiles dans le palais du Roi.
Dans la partie suivante, nous poursuivrons les propos de l'Alter Rebbe, qui développera l'explication de la part personnelle de chaque Juif dans la réparation du monde.