Dans la partie précédente, nous avons suivi la démarche de l'Alter Rebbe au chapitre 30 : l'homme doit faire un bilan intérieur véritable et placer ses propres efforts dans le assé tov (accomplir le bien) en face du combat que mène le kal chebekalim (le plus léger des légers) dans le sour méra (s'écarter du mal). Nous allons maintenant nous arrêter sur les mots mêmes que choisit l'Alter Rebbe, et voir comment il conduit celui qui étudie jusqu'au bitouch authentique, ce travail de brisure de l'ego.
« המלך » : le Roi
Le Roi, c'est le Saint béni soit-Il. C'est le Roi qui a ordonné le sour méra, et c'est le Roi qui a ordonné le assé tov. Dès lors que l'homme considère les mitsvot comme les lois du Roi et Ses ordres, la différence entre les deux s'efface : ceci est l'ordre du Roi, et cela aussi est l'ordre du Roi. Si le kal chebekalim n'a pas résisté à la tentation et a transgressé l'ordre du Roi dans le sour méra, et que l'homme décrète à son sujet qu'il est un racha (un méchant), qu'il sache que lui non plus n'a pas fait ce que le Roi a ordonné dans le assé tov : il a donc transgressé, exactement dans la même mesure, la parole du Roi. Voilà ce qui se cache dans ce mot : « le Roi ».
« הקדוש » : le Saint, c'est-à-dire le séparé
Le sens littéral du mot kadoch est : séparé, mis à part. Un roi qui ordonne à ses sujets est séparé du peuple : il ne se réduit pas à leur niveau et n'ordonne pas par implication affective, mais parce qu'il en a décidé ainsi, et combien plus encore lorsqu'il s'agit du Saint béni soit-Il. Entre des hommes qui se situent sur une même échelle de valeurs, l'un ordonne à son prochain parce qu'il estime que c'est juste et profitable ; celui qui ordonne s'investit alors dans le monde de celui qui reçoit l'ordre, et l'on peut dire d'un commandement qu'il a été davantage pensé pour toi, et d'un autre qu'il importe moins. Mais lorsqu'il s'agit du Roi saint et séparé, Il n'ordonne pas parce que telle chose serait plus grave et telle autre plus légère, mais parce que telle est Sa volonté de Roi. Il n'y a donc aucune différence entre une petite chose et une grande chose : Il est « unique et singulier ».
Le bilan intérieur avance ici d'un cran supplémentaire : non seulement l'homme n'a pas le droit de juger le kal chebekalim, mais il se trouve lui-même exactement au même niveau que lui, puisque lui non plus ne tient pas bon face à ses propres difficultés et à ses propres tentations.
Jusqu'ici, deux exemples ont été donnés : d'abord celui de la prière, puis celui de l'étude de la Torah. L'Alter Rebbe en ajoute maintenant un troisième.
« וכן בשאר מצוות ובפרט בדבר שבממון » : de même dans les autres mitsvot, et en particulier dans ce qui touche à l'argent
Que l'homme fasse son bilan sur sa conduite dans les autres mitsvot, et en particulier dans ce qui touche à l'argent, « כמו עבודת הצדקה וכהאי גוונא », « comme le service de la tsedaka et autres choses semblables ». Donne-t-il ce qu'il est tenu de donner, le dixième ou le cinquième, avant même de parler de ce qui dépasse l'obligation ? Et combien plus encore lorsqu'on lui demande de donner au-delà. Parfois, quand l'homme se regarde honnêtement sur ce point, il découvre qu'il s'agit là d'un combat véritablement immense.
Même dans le sour méra, l'homme n'est pas accompli
Et plus encore : celui qui fait un bilan sincère découvrira que même dans les domaines qui relèvent du sour méra il n'est pas accompli, et pas seulement dans le assé tov. Dans les mots de l'Alter Rebbe : « יכול כל איש משכיל למצוא בנפשו שאינו סר לגמרי מרע בכל מכל כל », « tout homme doué de discernement peut trouver en son âme qu'il ne s'écarte pas entièrement du mal, bekol mikol kol ».
« בכל מכל כל »
Quelle est la précision de cette expression, que l'on trouve aussi dans le Birkat Hamazon ? On pourrait croire qu'il s'agit d'une simple tournure de style, que l'on emploie « bekol mikol kol » quand on veut dire d'une chose qu'elle englobe toutes les situations. Mais il y a là une précision. La Guemara dans le traité Baba Batra enseigne : « שלושה לא שלט בהן יצר הרע, ואלו הן: אברהם יצחק ויעקב, דכתיב בהו בכל מכל כל », « trois hommes sur lesquels le yetser hara n'a pas eu de prise : Avraham, Yits'hak et Yaakov, car il est écrit à leur sujet bekol, mikol, kol », c'est-à-dire qu'ils étaient accomplis en tout. Et Rachi indique où ces expressions ont été dites à leur sujet :
Pour Avraham : « וה' ברך את אברהם בכל », « et Hachem bénit Avraham en tout ».
Pour Yits'hak : « ואוכל מכל », « et j'ai mangé de tout ».
Pour Yaakov : « וכי יש לי כל », « car j'ai tout ».
Rachi explique que ces expressions laissent entendre qu'il ne leur manquait aucun bien. « Bekol mikol kol » signifie donc : dans toutes les situations.
Mais pourquoi l'Alter Rebbe emploie-t-il précisément la formule liée aux trois Patriarches ? La Kabbale et la 'Hassidout expliquent que les trois Avot correspondent à trois midot : Avraham au 'hessed (la bonté), Yits'hak à la guevoura (la rigueur), et Yaakov au tiféret, qui est la dimension de la vérité, comme il est dit : « תיתן אמת ליעקב, חסד לאברהם », « Tu donneras la vérité à Yaakov, la bonté à Avraham ». Dès lors, lorsque l'homme ne tient pas bon dans une épreuve qui touche au domaine du 'hessed, ou à celui de la guevoura, ou à celui du tiféret et de la vérité, il n'est pas « bekol mikol kol » : il n'est pas accompli, ni dans l'un, ni dans l'autre, ni dans le troisième, ou du moins pas dans l'un d'eux.
Et aussitôt l'Alter Rebbe donne des exemples, là « שצריך למלחמה עצומה », « où il faut un combat immense », « כערך הנ"ל, ואפילו פחות מערך הנ"ל », « de l'ordre mentionné plus haut, et même d'un ordre moindre » :
« להפסיק באמצע שיחה נאה », « s'interrompre au milieu d'une conversation agréable » : il ne s'agit pas, à Dieu ne plaise, d'une chose interdite, mais d'une conversation plaisante que l'homme a du plaisir à poursuivre ; simplement, ce n'est pas le moment : il y a là du bitoul Torah, ou bien il doit courir à la prière. Une conversation agréable relève du domaine du 'hessed, qui est de l'ordre du don, et s'en retenir est un combat.
« לספר בגנות חברו », « raconter ce qui est au détriment de son prochain » : l'homme a une histoire savoureuse à raconter sur son ami et il lui est très difficile de se retenir. Raconter le mal d'autrui relève déjà du domaine de la guevoura, et l'épreuve est ici de tenir bon sans trébucher.
« אפילו גנאי קטן וקל מאוד », « même un dénigrement petit et très léger » : lorsque la chose est minime, l'homme se permet davantage et se dit en lui-même : je n'ai rien raconté de grave sur lui, cela n'a aucune importance.
« ואף שהוא אמת », « et même si c'est vrai » : c'est ici qu'apparaît la ligne de la vérité, celle de Yaakov. L'homme ne s'apprête pas à dire un mensonge, mais une chose vraie et indiscutable, et malgré cela il doit se retenir.
« ואפילו כדי לנקות את עצמו », « et même pour se disculper » : même s'il parle parce que, à défaut, on le soupçonnera d'avoir fait la chose lui-même, et qu'ainsi il se lave de tout soupçon, et que pour cette raison il se le permet, qu'il se retienne malgré tout.
Le récit de la Guemara : « כלך מלשון הרע »
Pour comprendre l'exemple que rapporte l'Alter Rebbe, une introduction halakhique s'impose. L'écriture d'un guet obéit à des règles extrêmement précises, jusqu'au détail de l'aspect du document et du nombre de lignes à y écrire. Lorsqu'un cohen donne un guet à sa femme, la halakha prescrit un « guet mekouchar », un acte « noué » : on écrit une ligne, on la replie et on la coud, on écrit une autre ligne et on la noue de nouveau ; son écriture est longue et compliquée. Quelle en est la raison ? Tout homme qui a répudié sa femme et le regrette peut la reprendre ; mais un cohen a interdiction d'épouser une divorcée et ne pourra pas la reprendre. On a donc alourdi et allongé l'écriture de son guet, afin qu'il ait le temps de se raviser et de regretter.
Et voici ce que raconte la Guemara dans le traité Baba Batra (début du chapitre 10) : « ההוא מקושר דאתא לקמיה דרבי », un guet mekouchar fut présenté devant Rabbi Yehouda Hanassi. Rabbi dit : « אין זמן בזה », « il n'y a pas de date là-dessus » ; or un guet sans date est invalide, et ici aucune date n'apparaissait. Son fils, Rabbi Chimon, lui dit : « שמא בין קשריו מובלע », « peut-être est-elle dissimulée entre les nœuds ». Rabbi ouvrit, regarda, et trouva effectivement la date inscrite. Une certaine gêne se lut sur le visage de Rabbi de ne pas avoir trouvé la date, et du même coup une sorte de soupçon pesa sur Rabbi Chimon, comme si le guet avait été mal rédigé. Rabbi Chimon lui dit : « לא אנא כתבי, יהודה חייטא כתבי », « ce n'est pas moi qui l'ai écrit, c'est Yehouda le tailleur ». Rabbi lui répondit : « כלך מלשון הרע », « écarte-toi du lachon hara ».
Immédiatement après, la Guemara rapporte un second récit, et cette fois du côté positif : un jour, Rabbi Chimon était assis devant son père et ils lisaient un livre de Tehilim écrit à la main. Rabbi dit : « כמה מיושר כתב זה », « comme cette écriture est régulière », et il loua la beauté du tracé. Rabbi Chimon lui dit : « לא אנא כתבי, יהודה חייטא כתבי », « ce n'est pas moi qui l'ai écrit, c'est Yehouda le tailleur », autrement dit : cet éloge ne me revient pas. Rabbi lui répondit : « כלך מלשון הרע ».
La Guemara demande : « בשלמא התם איכא לשון הרע », dans le premier récit on comprend, puisqu'il a dit du mal de celui qui avait écrit ; mais ici, quel lachon hara y a-t-il ? Et la Guemara répond que c'est « משום דרב דימי », à cause de l'enseignement de Rav Dimi, frère de Rav Safra, qui disait : « לעולם אל יספר אדם בטובתו של חברו, שמתוך טובתו בא לידי רעתו », « que l'homme ne raconte jamais le bien de son prochain, car de son bien on en vient à son mal ». Même de l'éloge d'une personne il ne faut pas faire une affaire, car dès que l'un commence à louer, un autre risque de se laisser entraîner et de dire : « n'exagérons pas, ce n'est pas tout à fait ainsi », et aussitôt on lui trouvera d'autres traits à son désavantage.
Il convient de relever, dans le premier récit, que le fait même de dire « ce n'est pas moi qui l'ai écrit » comportait un dénigrement du scribe, comme si lui-même aurait écrit correctement et qu'aucune erreur ne se serait glissée ; car ce scribe avait dissimulé la date entre les nœuds au point que même Rabbi ne l'avait pas trouvée, alors que, même dans un guet noué, la date doit figurer à un endroit déterminé, et il l'avait cachée plus qu'il ne fallait.
Et pourquoi l'Alter Rebbe précise-t-il que « Rabbi Chimon dit à son père, notre saint maître », alors que la Guemara elle-même ne dit pas qu'il s'agissait de son père ? Parce qu'ici il y avait matière à argument : s'il ne le dit pas à son père, celui-ci pensera que son fils a lui-même écrit le guet et sera peiné de son erreur ; tandis que s'il lui dit qu'un autre l'a écrit, l'esprit du père sera apaisé de savoir que son fils ne s'est pas trompé, et il y a peut-être même là un honneur rendu à son père. Et pourtant son père lui a répondu : « כלך מלשון הרע ». C'est pourquoi l'Alter Rebbe renvoie à la Guemara, où figurent les deux récits, celui du côté négatif et celui du côté positif.
« וכהאי גוונא כמה מילי דשכיחא טובא », « et de ce genre, bien des choses fort fréquentes » : à l'image de ces exemples, il existe quantité de situations très courantes dans lesquelles l'homme découvrira qu'il ne se retient pas là où il devrait se retenir ; et tout particulièrement dans le domaine de « se sanctifier dans ce qui lui est permis », qui selon certaines opinions est une mitsva positive de la Torah, comme il est dit « קדושים תהיו », « vous serez saints », et « והתקדשתם », « vous vous sanctifierez ». Et même si l'on dit qu'il ne s'agit que d'une obligation rabbinique, « les paroles des Sages sont plus graves que les paroles de la Torah ».
Et pourquoi l'homme ne ressent-il rien de tout cela ? « אלא שכל אלו וכיוצא בהן הן מעוונות שאדם דש בהן בעקביו », « mais toutes ces choses et leurs semblables font partie des fautes que l'homme foule de ses talons » : il n'y prête pas attention et se dit en lui-même : j'ai dit un mot, ce n'est rien, je ne suis pas devenu pour autant un homme mauvais ; « ונעשו כהיתר מחמת שעבר ושנה », « et elles sont devenues comme permises à force d'avoir été répétées ».
Les trois étapes du bilan intérieur
Que l'homme ne méprise pas le kal chebekalim, car il se trouve dans une situation difficile et dans un combat immense.
Non seulement il ne faut pas le mépriser, mais l'homme et le kal chebekalim se situent exactement au même niveau : de même que celui-ci ne tient pas bon dans ses épreuves, de même l'homme ne tient pas bon dans les siennes, dans le assé tov, dans la prière, dans l'étude et dans la tsedaka ; et plus encore, même dans le sour méra il n'est pas accompli.
L'étape principale et décisive, par laquelle l'Alter Rebbe conclut le chapitre : l'homme est pire que lui, et c'est pour cela qu'il est dit « הוי שפל רוח בפני כל אדם », « sois humble d'esprit devant tout homme », humble même devant lui.
Une fois les deux premières étapes acceptées, l'homme devient un récipient capable de recevoir la troisième. Dans les mots de l'Alter Rebbe : « ואם הוא יודע ספר ומחזיק בתורת ה' וקרבת אלוקים יחפץ - גדול עוונו מנשוא, ואשמתו גדלה בכפלי כפליים במה שאינו נלחם ומתגבר על יצרו בערך ובחינת מלחמה עצומה הנ"ל », « et s'il est un homme d'étude, attaché à la Torah de Hachem, et qu'il désire la proximité de Dieu, sa faute est trop grande pour être portée, et sa culpabilité est redoublée et redoublée encore, du fait qu'il ne combat pas et ne domine pas son penchant à la mesure et selon la dimension du combat immense évoqué plus haut ». Le Juif qui étudie la Torah et en connaît la valeur, qui désire de tout son cœur être proche du Saint béni soit-Il avec une grande intensité, sa culpabilité est doublement redoublée lorsqu'il ne combat pas et ne surmonte pas son yetser à la mesure du combat qui a été décrit.
« יותר מאשמת קל שבקלים מיושבי קרנות הרחוקים מה' ותורתו, ואין אשמתם גדולה כל כך במה שאינם כובשים יצרם הבוער כאש להבה מפני פחד ה' המבין ומביט בכל מעשיהם ובוחן כליות ולב », « plus que la culpabilité du plus léger des légers, de ceux qui traînent aux coins des rues, éloignés de Hachem et de Sa Torah ; leur culpabilité n'est pas si grande de ne pas dompter leur penchant qui brûle comme une flamme de feu par crainte de Hachem qui comprend et observe tous leurs actes et sonde les reins et le cœur ». Ce kal chebekalim ne comprend rien à tout cela : il ne sait pas ce qu'est une mitsva, ce qu'est une faute, ce qu'est la Torah. Même si le Saint béni soit-Il observe tous ses actes et sonde les reins et le cœur, lui-même ne le sait pas et ne le ressent pas ; sa culpabilité n'est donc pas si grande de ne pas dompter son penchant qui brûle comme une flamme. « כאשמת כל הקרוב הקרוב אל ה' ואל תורתו ועבודתו », « comme la culpabilité de celui qui est plus proche, toujours plus proche, de Hachem, de Sa Torah et de Son service », laquelle est bien plus grande, car lui sait que le Saint béni soit-Il le regarde, et il comprend la puissance de la Torah.
On raconte qu'il y avait, il y a quelque quatre-vingts ans, une petite ville de 'hassidim dont tous les habitants étaient des Juifs observants, et où pas un seul magasin n'ouvrait le Chabbat. Un cordonnier s'y trouvait, qui eut l'audace d'ouvrir son échoppe le Chabbat. En ce temps-là, les impies étaient déjà au pouvoir, et le fait de protester devant lui pour qu'il ferme était considéré comme de la propagande religieuse et pouvait mettre celui qui protestait en véritable danger de mort. Les gens passaient et serraient les dents ; cela leur faisait très mal qu'un Juif brise ainsi la barrière, et ils n'avaient rien en leur pouvoir.
Un jour, le machpia de la yechiva entra, s'assit avec les bahourim et leur dit : « Aujourd'hui je suis passé dans la rue et j'ai vu ce cordonnier ouvrir le Chabbat, et comme cela fait mal », et il éclata en sanglots. Tous les élèves étaient persuadés qu'il pleurait sur la profanation du Chabbat et sur la brèche qui se faisait là. Quand il se fut calmé, il leur dit : « Je vais vous expliquer ce qui fait si mal. Ce Juif ne sait pas ce qu'est le Chabbat, il n'en comprend ni la sainteté ni le sens. Mais moi, qui étudie et qui sais ce qu'est le Chabbat, ce qu'est une mitsva et ce qu'est la sainteté, est-ce que je garde le Chabbat comme il le faut ? Est-ce que je le fais avec l'intensité qui m'est demandée ? » Tout le monde regarde celui qui n'est pas en ordre, et certes il n'est pas en ordre, sauf qu'il ne comprend même pas qu'il ne l'est pas ; tandis que nous, qui savons, si nous ne vivons pas le Chabbat avec sainteté et avec une intensité accrue, notre gravité est plus grande que la sienne. C'est exactement ce que dit ici l'Alter Rebbe.
Nos Sages ont dit de même au sujet de 'A'her, Elicha ben Avouya, ainsi surnommé : « שידע בכבודי », « il connaissait Ma gloire » ; il connaissait la gloire du Saint béni soit-Il et malgré cela il est allé contre Lui, et c'est pourquoi sa faute est la plus grave. Pour la même raison, nos Sages ont dit des gens du peuple sans instruction que « les fautes volontaires leur deviennent comme des fautes involontaires » : celui qui agit volontairement alors qu'il est un am haarets, sa transgression volontaire est comme une transgression par inadvertance, car il ne comprend pas la portée de la chose, tandis que celui qui sait, lui, comprend.
On comprend dès lors : « הוי שפל רוח בפני כל אדם », « sois humble d'esprit devant tout homme ». Et tout cela vient compléter ce que nous avons appris dans les chapitres précédents : l'homme souffre d'un rétrécissement du cœur, il ne comprend pas pourquoi son cœur ne s'éveille pas, et il lui faut se briser lui-même. Comment cette brisure se fait-elle, et qu'est-ce que le bitouch ? Ce chapitre apporte un bitouch très sérieux : l'homme se regarde et voit qu'il se tient au milieu du chemin, d'un long chemin, et qu'il ne doit pas s'imaginer être déjà arrivé. C'est cette conclusion qui donne à l'homme le bitouch véritable, et c'est elle qui ouvre son cœur pour qu'il s'éveille comme il convient au service de Hachem.
En résumé : dans cette partie, nous avons étudié la précision contenue dans « les mitsvot du Roi saint » : puisque les deux ordres, sour méra et assé tov, sont des ordres du Roi, et que le Roi est saint et séparé et ordonne parce que telle est Sa volonté et non parce qu'une chose serait plus grave qu'une autre, il n'y a pas de différence entre le petit et le grand, et donc l'homme et le kal chebekalim sont au même niveau. Nous nous sommes arrêtés sur le bilan intérieur dans les autres mitsvot, et en particulier dans ce qui touche à l'argent, et sur le fait que même du côté du sour méra l'homme ne « s'écarte pas entièrement du mal, bekol mikol kol », selon l'expression de la Guemara à propos d'Avraham, Yits'hak et Yaakov, qui correspondent au 'hessed, à la guevoura et au tiféret. Nous avons vu les exemples : s'interrompre au milieu d'une conversation agréable, et s'abstenir de dénigrer son prochain même d'un petit dénigrement, même si c'est vrai et même pour se disculper, selon la parole de Rabbi à son fils : « כלך מלשון הרע ». Et nous sommes enfin arrivés à l'étape décisive : la culpabilité de celui qui est proche de Hachem, de Sa Torah et de Son service est bien plus grande, et de là : « sois humble d'esprit devant tout homme », et le bitouch véritable.
Dans la partie suivante, avec l'aide de Hachem, nous poursuivrons avec le chapitre suivant du Tanya, dans la continuité de la démarche de l'Alter Rebbe dans le service du cœur.