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Chapitre 28 - Vaincre le yétser et l'élever

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Nous voici au chapitre 28 du Tanya, page 35a (page 69). Ce chapitre constitue la troisième étape d'un même sujet, que nous suivons depuis le chapitre 26 et qui va ici trouver sa conclusion : comment déraciner, annuler et chasser la tristesse du cœur de l'homme. Après avoir appris, au début du chapitre 26, que la tristesse est une chose profondément négative (on ne peut servir Hachem d'aucune manière, ni avancer où que ce soit, lorsqu'on se trouve dans une telle chute), l'Alter Rebbe se met à détailler plusieurs types de tristesse, et pour chacun il explique comment y faire face.

Résumé de ce que nous avons appris jusqu'ici :

  • Au chapitre 26 : la tristesse qui vient d'un manque dans les choses matérielles, il n'y a aucune raison de s'en attrister. La tristesse qui vient de la situation spirituelle, cela dépend du moment où elle surgit : si elle tombe sur lui pendant son travail et ses affaires, qu'il se dise que ce n'est pas le moment, et c'est le signe qu'elle ne vient pas du bon côté ; mais si elle tombe sur lui pendant l'étude de la Torah ou la prière, cette tristesse-là est positive, à condition qu'il lui fixe un temps, une heure propice, et qu'il s'assoie alors pour faire son bilan intérieur, au lieu qu'elle l'envahisse ainsi, sans aucune préparation.

  • Au chapitre 27 : il s'agit de l'homme dont la tristesse ne vient pas de son état spirituel général, mais du fait que lui tombent sans cesse de mauvaises pensées, des désirs, des pensées étrangères qui le harcèlent, au point qu'il a du mal à supporter ce combat permanent et qu'il se dit : « Jusqu'à quand peut-on vivre ainsi ? » À cela l'Alter Rebbe répond : des désirs et des pensées étrangères te tombent dessus au milieu de ton travail et de tes affaires ? Ne sois pas triste, réjouis-toi au contraire d'avoir reçu l'occasion d'accomplir un commandement positif, « קדושים תהיו », « soyez saints », c'est-à-dire que l'homme se sanctifie lui-même, et un commandement négatif, « ולא תתורו אחרי לבבכם », « et vous n'explorerez pas à la suite de votre cœur » (pour le commandement positif, il y était surtout question de la nourriture).

Dans notre chapitre 28, relativement court, l'Alter Rebbe traite de l'homme dont la tristesse vient de ce que des pensées étrangères lui tombent dessus précisément à l'heure de la prière. Chaque fois, dès qu'il commence à prier, tous ses problèmes remontent et le submergent : toutes ses affaires, tous ses souvenirs, toutes ses pensées, et de là il tombe dans la tristesse. Pourquoi cela lui arrive-t-il, et quelle attitude adopter face à ces pensées qui le dérangent et le harcèlent au milieu de la prière ou de l'étude de la Torah : c'est l'objet de ce chapitre.

[Et qu'en est-il de la tristesse qui vient d'un événement qui lui est arrivé, à lui ou à l'un de ses proches ? Comme cela a été expliqué au chapitre 26, pour ce qui le concerne lui-même, il doit savoir que tout ce qui vient d'En Haut est bon ; et certainement, lorsqu'il arrive quelque chose à autrui, il convient d'avoir pitié de lui et de partager sa peine, et c'est une chose positive, à condition de savoir quand y penser, et non pendant la prière ni au beau milieu du service de Hachem.]

Venons-en au texte du chapitre :

« ואפילו אם נופלים לו הרהורי תאוות ושאר מחשבות זרות בשעת העבודה בתורה או בתפלה בכוונה » : « et même s'il lui tombe des pensées de désir et d'autres pensées étrangères pendant le service, dans la Torah ou dans la prière avec kavana ». Un homme s'apprête à prier avec kavana, et c'est justement à l'heure de la prière que toutes les pensées étrangères se mettent à défiler devant lui (nous reviendrons sur le sens du mot « étrangères »).

On connaît l'expression du Zohar : « שעת צלותא, שעת קרבא », l'heure de la prière est une heure de guerre. On trouve une chose semblable dans les paroles de Yaakov Avinou au sujet de Chekhem : « אשר לקחתי מיד האמורי בחרבי ובקשתי », « que j'ai prise de la main de l'Emori par mon épée et par mon arc ». Au sens simple, l'épée et l'arc sont des armes de guerre, tandis qu'Onkelos traduit « בצלותי ובבעותי », par ma prière et par ma supplication. La prière est une guerre, et c'est pourquoi c'est précisément à son heure que montent ces pensées et ces réflexions étrangères.

On connaît l'histoire de ce Juif qui avait fait des affaires avec le seigneur du lieu, le poritz, et l'avait trompé. Il vint ensuite chez son Rebbe, très inquiet, craignant que le poritz ne découvre l'affaire et ne lui fasse ceci et cela, et il ne savait pas comment s'en sortir. Le Rebbe lui dit : « Ton poritz, ne t'inquiète pas, il ne remarquera pas que tu l'as trompé. » Pourquoi ? Parce qu'il ne prie pas. Un Juif qui prie, c'est à l'heure de la prière que toutes ses affaires lui reviennent en mémoire ; mais celui qui ne prie pas n'a aucun moment où toutes les pensées remontent devant lui, et donc il ne remarquera rien.

Mais en fin de compte, les pensées montent et troublent l'homme. Que faire, alors qu'il se tient là, son siddour à la main, en pleine prière ?

« אל ישית לב אליהן, אלא יסיח דעתו מהן » : « qu'il n'y prête pas attention, mais qu'il en détourne son esprit ». Cette phrase est, pourrait-on dire, le titre même du chapitre. Dès l'instant où la pensée monte, qu'il n'entreprenne pas de la combattre, de la repousser par la pensée, ni de chercher pourquoi elle lui est tombée dessus et d'où elle vient, mais qu'il en détourne son esprit et se concentre sur la pensée de la prière. Telle est la règle que l'homme doit connaître : chaque fois qu'une pensée perturbatrice lui tombe dessus pendant la prière, ne pas y prêter attention, ne pas essayer de la repousser, ne pas s'enfoncer dans la question de savoir d'où elle vient, mais continuer sa route.

Et l'Alter Rebbe ajoute : « וגם אל יהא שוטה לעסוק בהעלאת המידות של המחשבה זרה », « et qu'il ne soit pas non plus assez sot pour s'occuper de l'élévation des midot de la pensée étrangère ».

Qu'est-ce donc que « l'élévation des midot » de la pensée étrangère ?

Cette notion apparaît dans les livres des tsadikim : dans les écrits du Baal Chem Tov, chez le Maguid de Mezritch, dans le Meor Enayim du tsadik de Tchernobyl et en bien d'autres endroits. L'homme à qui tombe une pensée étrangère fait le compte de sa provenance, car toute pensée est reliée à l'une des midot (les attributs). Une pensée d'amour a sa racine dans la midda de 'hessed ; une pensée de peur et de crainte a sa racine dans la midda de guevoura. Il se dira donc : voici que m'arrive une pensée étrangère relevant du domaine du 'hessed et de l'amour ; je vais donc éveiller en moi l'amour de Hachem et utiliser cet élan d'amour étranger pour l'amour du Créateur. Il se trouve ainsi que j'ai élevé la pensée étrangère vers la sainteté, et que j'ai transformé la direction négative en direction positive.

Or il semble y avoir ici une contradiction : l'Alter Rebbe enseigne de détourner son esprit de la pensée, tandis que ces livres écrivent que lorsqu'une pensée étrangère tombe, il ne faut justement pas en détourner son esprit, mais au contraire s'en occuper et voir comment l'élever vers le bien.

Ainsi, par exemple, le Baal Chem Tov explique la michna bien connue des Pirké Avot : « איזהו גיבור, הכובש את יצרו », « quel est le héros ? Celui qui maîtrise son yétser. » Et le Baal Chem Tov demande : il aurait été apparemment plus juste de dire « qui est un héros ? » Le mot « איזהו », « lequel », indique qu'il existe plusieurs sortes de héros, et que la question est de savoir lequel d'entre eux est le véritable héros.

Et il explique que la michna fait allusion à ceci : il y a des tsadikim à qui, lorsque des pensées qui ne sont pas bonnes leur tombent dessus, se contentent de les repousser et d'en détourner leur esprit ; mais le héros, c'est « celui qui maîtrise son yétser » : il prend le yétser qui vient à lui, s'en rend maître, le chevauche et l'élève vers le bien. Non pas détourner son esprit, mais au contraire conquérir le yétser et l'élever. Ainsi parle le Baal Chem Tov.

En résumé : nous avons dégagé dans cette partie l'enchaînement des sujets dans les chapitres 26 à 28 : de la tristesse venant des choses matérielles et spirituelles, en passant par la tristesse venant des pensées étrangères pendant les affaires, jusqu'au chapitre 28, qui traite des pensées étrangères tombant sur l'homme pendant la Torah et la prière, moment qui est une « שעת קרבא », une heure de guerre. La directive de l'Alter Rebbe est de ne pas leur prêter attention mais d'en détourner son esprit, et même de ne pas s'occuper de « l'élévation des midot » de la pensée étrangère, selon la voie exposée dans les livres des tsadikim et dans les paroles du Baal Chem Tov sur « quel est le héros ? Celui qui maîtrise son yétser ».

Comment la directive de l'Alter Rebbe s'accorde-t-elle avec cette voie de la maîtrise du yétser et de son élévation, et à qui ces paroles s'adressent-elles : c'est ce que nous verrons dans la suite du chapitre.