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Chapitre 25 - Le karet et le bienfait de la techouva

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Avant de poursuivre dans le texte de l'Alter Rebbe, achevons le sujet traité dans la partie précédente: celui du karet. « Karet » signifie que la corde est réellement tranchée: par ses actes, l'homme a provoqué une véritable coupure. Et pourtant, il n'est pas perdu pour autant: même celui qui a transgressé des interdits passibles de karet reste juif, et il lui est possible de réparer sa situation et de rentrer à nouveau à l'intérieur. C'est ce que disent nos Sages au sujet de ceux qui sont passibles de karet ou de peine capitale par le beit din: la techouva et Yom Kippour suspendent, et les souffrances achèvent de purifier. Voilà le côté positif de la chose: le retour est toujours possible.

Cela dit, on ne peut pas séparer les deux moitiés du verset. « Car cette chose est très proche de toi » n'est pas dit indépendamment de « pour l'accomplir »: le verset est un tout, « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, pour l'accomplir ». La proximité existe à chaque instant et à chaque heure, mais si elle n'aboutit pas à « l'accomplir », à quoi sert d'être proche?

Venons-en au texte du chapitre: « וזהו שכתוב כי קרוב אליך הדבר מאד » (« et c'est le sens du verset: car cette chose est très proche de toi »). C'est la conclusion de tout le développement, et c'est là l'intention du verset. Le mot « très » vient souligner qu'il ne s'agit pas d'une proximité ordinaire: en un seul instant, l'homme peut s'élever mi-bira amikta le-igra rama, du puits le plus profond au toit le plus élevé, immédiatement et sur place.

« שבכל עת ובכל שעה בידו של אדם וברשותו להעביר רוח שטות והשכחה מקרבו » (« à chaque instant et à chaque heure, il est au pouvoir de l'homme et en son ressort d'écarter de lui l'esprit de folie et l'oubli »). Il s'agit de ce roua'h chtout, cet esprit de folie dont nous avons parlé, qui souffle à l'homme qu'il ne s'est rien passé, qu'il n'y a eu aucune coupure, qu'il est un bon juif et que tout va bien. C'est cet esprit qui lui donne la force de continuer à fauter et qui l'apaise en lui faisant croire qu'il n'a pas besoin de faire techouva. Or, à chaque instant, il est en son pouvoir d'écarter cet esprit de folie et de se dire: vais-je vraiment me couper, à D.ieu ne plaise, si je transgresse la volonté de D.ieu? Mais moi, je veux au contraire continuer à accomplir! Et de même pour « l'oubli »: il arrive qu'un juif oublie quel est son but dans ce monde, et il est en son pouvoir d'écarter de lui cet oubli également.

Il ne s'agit pas ici de transmettre des connaissances ou de l'information, mais de prendre cet esprit de folie logé entre ses membres et de le rejeter loin de soi. Et bien qu'un tel processus semble à première vue exiger du temps, l'Alter Rebbe affirme que « à chaque instant et à chaque heure, cela est en son pouvoir et en son ressort »: tout dépend de lui, à chaque seconde.

« ולזכור ולעורר אהבתו לה' אחד המסותרת בודאי בלבבו בלי שום ספק » (« et de se souvenir et d'éveiller son amour pour D.ieu Un, qui est certainement caché dans son coeur, sans aucun doute »). Tout homme peut, à chaque instant et à chaque heure, se souvenir et éveiller en lui l'amour pour D.ieu Un qui se trouve déjà en lui. S'il lui fallait créer un amour nouveau, cela exigerait du temps, de la hitbonenout, de la réflexion, jusqu'à parvenir à éveiller le sentiment. Mais puisque cet amour existe déjà dans son coeur, il ne lui reste qu'à souffler dessus pour en raviver la braise, et cela, il en est capable à tout moment.

Il est vrai que l'ahava messoutérèt, l'amour caché, comporte elle-même des niveaux, et qu'on ne peut pas à tout moment l'éveiller à son degré le plus élevé. Mais de façon générale, ces paroles s'adressent à chaque juif: il y a assurément, dans son coeur, un amour caché pour le Saint béni soit-Il.

« וזהו שכתוב ובלבבך » (« et c'est le sens de: et dans ton coeur »). C'est pourquoi le verset ne dit pas seulement « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche, pour l'accomplir », mais ajoute « et dans ton coeur »: l'homme peut, à chaque instant, éveiller aussi son coeur. Et pourquoi le mot bilvavekha est-il écrit avec deux « beit », au pluriel, comme s'il y avait deux coeurs? Parce qu'il y a bien ici deux coeurs:

  • Le coeur qui aime: à chaque instant et à chaque heure, l'homme peut éveiller l'amour de D.ieu caché dans son coeur, et cet amour le poussera à courir accomplir les mitsvot et à faire encore une bonne action.

  • Le coeur qui craint: et à chaque instant et à chaque heure, il peut éveiller la crainte de D.ieu cachée dans son coeur, et cette crainte le préservera de trébucher et de transgresser.

« ונכלל בה גם דחילו » (« et y est incluse également la crainte »). L'expression « et dans ton coeur » englobe non seulement l'amour mais aussi la dé'hilou, la crainte, et le juif peut éveiller ces deux directions à chaque instant. « דהיינו שלא ליפרד בשום אופן מיחודו ואחדותו יתברך » (« c'est-à-dire de ne se séparer en aucune façon de Son unité et de Son unicité, béni soit-Il »), comme nous l'avons étudié aux chapitres 20 et 21 en expliquant ce que sont Son yi'houd et Son a'hdout. En vérité, il est impossible de se séparer réellement de Son unité, mais dans son ressenti et dans ses actes, l'homme peut créer un état où il est comme séparé, et d'un tel état il ne veut à aucun prix. Et lorsqu'on lui rappelle que toute transgression de la volonté divine le sépare, il refusera de la commettre « אפילו במסירות נפש ממש » (« même au prix d'un véritable don de soi »): il sera prêt à donner sa vie pour ne pas transgresser même une chose légère, parce qu'il ne veut pas être séparé.

« בלי שום טעם ושכל מושג אלא בטבע אלקי » (« sans aucune raison ni intelligence saisissable, mais par une nature divine »). La messirout néfech ne repose pas sur la logique, et celui qui est prêt à donner sa vie ne le fait pas à l'issue d'un calcul de profits et de pertes, mais simplement parce qu'il en est ainsi et pas autrement. De même qu'un homme protège sa propre vie, ou qu'un parent protège la vie de son enfant: lorsque le danger est devant ses yeux, il ne tient compte d'aucune logique et accomplit même des actes parfaitement irrationnels, dans un dévouement total. Ainsi le juif doit-il aller, avec un dévouement total, préserver son lien avec le Saint béni soit-Il, par la force de cette nature divine qui est en lui.

« וכל שכן בשבירת התאוות הקלה מיסורי מיתה » (« et à plus forte raison pour briser les désirs, ce qui est plus léger que les souffrances de la mort »). On ne lui demande pas de mourir, mais seulement de briser un désir: continue de vivre, simplement ne fais pas cette chose qui va contre la volonté du Créateur. « שקרוב אליו הדבר יותר לכבוש היצר » (« car il lui est bien plus proche de maîtriser son penchant »). Il est infiniment plus facile et plus accessible de dominer son yetser et de briser un désir que de mourir. Et s'il est prêt à mourir pour la sanctification du Nom divin, ne serait-il pas prêt à se retenir cinq minutes devant une chose qui n'est qu'un simple désir?

Et sur ce point, en matière de sour mera, s'écarter du mal, il n'y a aucune différence: qu'il s'agisse du désir pour des choses graves ou « אפילו מעבירה קלה של דברי סופרים » (« même d'une transgression légère d'ordre rabbinique »). Par exemple, les Sages ont établi qu'on ne s'attable pas pour un repas avant la prière d'arvit. À première vue, quelle importance? Mais même s'il a très faim et que son désir se heurte à la décision des Sages, s'il se rappelle qu'en s'asseyant pour manger il se coupe du Saint béni soit-Il, puisqu'il a transgressé une volonté exprimée par les divrei sofrim, il comprendra que briser ce désir est infiniment plus léger qu'un don de soi effectif, et ce souvenir lui donnera la force de se retenir « שלא לעבור על רצונו ית' » (« pour ne pas transgresser Sa volonté, béni soit-Il »).

Et pourquoi une telle gravité? « מאחר שנפרד בה מיחודו ואחדותו כמו בעבודה זרה ממש בשעת מעשה » (« puisque par là il se sépare de Son unité et de Son unicité, exactement comme par l'idolâtrie, au moment de l'acte »). Du point de vue de la coupure elle-même, il n'y a aucune différence entre une petite chose et une grande; toute la différence porte sur le dommage causé, mais la coupure en tant que telle est comparable à celui qui plonge la tête du roi dans des latrines. Qu'importe alors la taille des latrines, et qu'importe que ce soit pour un instant ou pour plus longtemps? Il n'y a là aucune différence.

Dans les lignes qui suivent, l'Alter Rebbe entre dans la tête de l'homme qui s'apprête à trébucher et qui calcule: « J'ai envie de manger avant arvit, et après tout, que va-t-il se passer? C'est une faute légère, et j'ai appris que d'une faute légère on peut revenir rapidement. Au moment de l'acte je serai séparé, mais juste après je rebrancherai le fil et tout rentrera dans l'ordre. » À cela l'Alter Rebbe répond: « והרי גם בעבודה זרה יכול לעשות תשובה אחר כך » (« or, même pour l'idolâtrie, il pourrait faire techouva ensuite »). Même celui qui a servi des idoles peut faire techouva, et pourtant il ne viendrait à l'esprit de personne de se livrer à l'idolâtrie pendant cinq minutes en se disant qu'il fera techouva après. Et si dans ce cas il ne fait pas ce calcul, pourquoi est-il prêt, ici, à transgresser en s'appuyant dessus?

On objectera peut-être, du côté du fauteur: dans l'idolâtrie, je n'ai aucune garantie de réussir à revenir, puisque « ואף שהאומר אחטא ואשוב - אין מספיקין כו' » (« et bien que celui qui dit: je fauterai et je reviendrai, on ne lui en donne pas la possibilité »), le Saint béni soit-Il ne l'assiste pas au moment où il voudra revenir. (Car celui qui fait techouva s'imagine avoir décidé de lui-même et ne comprend pas que son retour aussi vient de ce que le Saint béni soit-Il le pousse.) À cela l'Alter Rebbe répond: « היינו שאין מחזיקים ידו להיות לו שעת הכושר לעשות תשובה » (« cela signifie qu'on ne le soutient pas en lui ménageant le moment propice pour faire techouva »): on ne l'aide pas, mais la porte n'est pas fermée pour autant, « אבל אם דחק השעה ועשה תשובה - אין לך דבר שעומד בפני התשובה » (« mais s'il force l'heure et fait techouva, rien ne résiste à la techouva »). Et malgré cela, même si l'on garantissait d'avance à quelqu'un qu'en insistant il réussira à revenir, nul ne dirait « je fauterai et je reviendrai » à propos de l'idolâtrie. Alors pourquoi, pour des fautes légères, fait-il ce calcul? Un tel calcul ne devrait tout simplement pas effleurer l'esprit.

« ואף על פי כן כל איש ישראל מוכן ומזומן למסור נפשו על קדושת השם שלא להשתחוות לעבודה זרה אפילו לפי שעה ולעשות תשובה אחר כך » (« et malgré cela, tout homme d'Israël est prêt et disposé à donner sa vie pour la sanctification du Nom, afin de ne pas se prosterner devant une idole, même momentanément, quitte à faire techouva ensuite »). Tout homme, même le plus léger des légers, mourra pour la sanctification du Nom plutôt que de trébucher ne serait-ce qu'un instant, et il ne dira pas « ce n'est pas si grave, je reviendrai après ». Et même si on lui promettait qu'avec cette idolâtrie la réparation lui est assurée, qu'un taxi l'attendra aussitôt pour l'emmener au séminaire et à toutes les conférences qui le ramèneront à la techouva, il refuse purement et simplement d'entrer dans une telle situation.

Et pourquoi? « והיינו מפני אור ה' המלובש בנפשם כנ"ל » (« et cela, à cause de la lumière divine revêtue dans leur âme, comme expliqué plus haut »). La néchama divine ne veut pas être coupée. Quand il s'agit d'idolâtrie, l'homme sait qu'il y a là une coupure et il déclare: je ne suis pas prêt à être coupé. Or, pour toute autre faute, la coupure est exactement la même. Et même si on lui disait qu'il ne s'agit que d'une idolâtrie de cinq minutes, pas plus, il répondrait: en matière de coupure, il n'y a pas de « cinq minutes »; personne n'accepte qu'on lui tranche la tête pour cinq minutes.

« שאינו בבחינת זמן ושעה כלל אלא למעלה מהזמן ושליט ומושל עליו כנ"ל » (« car elle n'est nullement de l'ordre du temps et de l'heure, mais au-dessus du temps, le dominant et le gouvernant, comme expliqué plus haut »). Le Saint béni soit-Il est au-dessus du temps, et c'est pourquoi une coupure d'une seule seconde peut équivaloir à une coupure éternelle, puisque là-haut il n'y a pas de temps du tout. Du point de vue de l'homme, cela paraît un instant fugace, mais là-haut c'est l'éternité; il se peut donc que cette coupure d'une minute soit plus grave que mille autres choses. Il n'y a là aucun calcul possible, et c'est ce que l'homme doit savoir: toute faute, quelle qu'elle soit, relève d'une seule et même loi.

Et voilà le sens littéral de « car cette chose est très proche de toi »: l'homme doit garder constamment cette réalité devant les yeux. Chaque paragraphe du Choul'han Aroukh, il le verra écrit en grosses lettres « idolâtrie », et chaque endroit où il est écrit « interdit », il se le traduira ainsi: idolâtrie. C'est cette vision-là qui lui donnera la force.

Pourquoi donc « celui qui dit: je fauterai et je reviendrai, on ne lui en donne pas la possibilité »? On trouve à ce sujet plusieurs explications:

  1. La porte ouverte: à qui l'on dit « nous t'avons fait sortir, mais nous avons laissé la maison ouverte, elle n'est pas verrouillée », celui-là ne ressent aucune pression: pourquoi me presser? La maison est ouverte de toute façon, je resterai dehors encore une heure, puis deux, et il se laissera toujours entraîner par une tentation de plus. En revanche, si on lui dit « tu es sorti, nous avons verrouillé la porte et tu n'entres plus », il cherchera par tous les moyens une ouverture, une faille, pourvu qu'il rentre. Celui qui dit « je fauterai et je reviendrai » se dit en réalité: « ma porte est toujours ouverte ». C'est pourquoi on ne lui en donne pas la possibilité: il n'a pas l'élan qui le pousserait à revenir immédiatement, et cela même le fait fauter encore et encore.

  2. Il n'y a rien pour l'éveiller: on fait techouva parce qu'au moment de la faute on n'avait pas conscience de ce qui se passait, et qu'on nous révèle ensuite un secret nouveau: qu'il existe une chose telle que la techouva, qu'il est possible de se relier à nouveau, et qu'il n'est pas bon d'être coupé. L'homme en est bouleversé, éveillé, et il revient. Mais celui qui connaît ce secret en permanence et faute en le sachant, il n'y a rien avec quoi l'éveiller, rien à lui révéler qui l'élèverait; à tout ce qu'on lui dira il répondra « je sais, je connais », et rien ne le touchera, puisqu'au moment même de la faute il savait déjà tout.

  3. Il n'a pas le sentiment d'avoir vraiment fauté: celui qui faute de toute son âme et qui soudain se ressaisit en s'écriant « oï, qu'ai-je fait! » sent qu'il doit absolument revenir. Mais celui qui annonce d'avance « je fauterai et je reviendrai » se dit: même quand j'ai fauté, je n'ai pas fauté entièrement, puisque je savais que je reviendrais, et je n'ai pas voulu de toutes mes forces me couper. Dès lors il ne se sent pas si éloigné et n'a pas conscience de devoir revenir. Dans le même esprit, le Rambam, dans les Hilkhot Techouva, dresse la liste des choses dont il est très difficile à l'homme de revenir, précisément parce qu'il ne considère pas son acte comme grave.

Le point commun à toutes ces approches: avoir la techouva en tête au moment même de la faute referme la porte devant l'homme, et c'est lui-même qui la referme. À l'inverse, celui qui ne raisonne pas ainsi, et qui, lorsqu'on lui dit « sache-le, tu t'es coupé », s'effraie et s'écrie « comment, je me suis coupé? Je dois revenir immédiatement! », celui-là reviendra bien plus vite.

En résumé: dans cette partie, nous avons étudié la suite du chapitre 25, où l'Alter Rebbe explique « car cette chose est très proche de toi » dans son sens littéral: à chaque instant et à chaque heure, il est au pouvoir de l'homme et en son ressort d'écarter de lui le roua'h chtout et l'oubli, de se souvenir et d'éveiller l'amour certainement caché dans son coeur, et avec lui la crainte, afin de ne pas se séparer de Son unité et de Son unicité, même au prix d'un véritable don de soi, sans aucune raison ni intelligence saisissable, mais par la nature divine qui est en lui. Et à plus forte raison lorsqu'il s'agit de briser un désir, ce qui est plus léger que les souffrances de la mort, et même pour un interdit léger d'ordre rabbinique, puisque au moment de l'acte l'homme se sépare de Son unité et de Son unicité exactement comme par l'idolâtrie. Nous avons également appris qu'il ne faut pas se fier au calcul « je fauterai et je reviendrai », car même pour l'idolâtrie la techouva reste possible et pourtant nul n'y consent, fût-ce pour un instant; et puisque la lumière divine est au-dessus du temps, il n'existe, dans la coupure, aucun calcul de « momentanément ». Enfin, nous avons expliqué trois raisons pour lesquelles celui qui dit « je fauterai et je reviendrai » ne reçoit pas la possibilité de revenir.

Et si l'on oublie, il faut étudier le Tanya encore et encore, afin de remettre ces vérités devant nos yeux et de ne pas les oublier. C'est cela qui nous gardera toujours reliés, avec l'aide de D.ieu.

Dans la partie suivante, nous traiterons des différents niveaux que comporte l'amour caché.

Chapitre 25 - Le karet et le bienfait de la techouva · Tanya · ליקוטי אמרים