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Chapitre 23 - Introduction et synthèse : la parole divine et le hester panim

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Nous arrivons au chapitre 23 du Tanya, qui se trouve au folio 28a (page 55). Ce chapitre prolonge directement les chapitres précédents, et tout particulièrement les deux qui le précèdent, où nous avons appris que dans la parole divine, c'est-à-dire la force divine qui se révèle, il existe différents niveaux :

  • Au chapitre 21, nous avons étudié le niveau auquel la parole divine se révèle aux prophètes : cette parole est appelée « les dix paroles de la création » (assara maamarot), et de même toute la Torah, les Prophètes et les Hagiographes que les prophètes ont perçus dans leur vision prophétique. Tout cela est une révélation divine désignée du nom de « parole » (dibour) : « Et Dieu parla à Moché en disant ».

  • Au chapitre 22, nous avons appris que dans cette force divine appelée « parole » il y a des tsimtsoumim (contractions) et des descentes, au point que se forment des occultations et des dissimulations, le « hester panim haelyonim », la dissimulation du Visage d'en haut. De là naissent des créatures basses et obscures, qui se ressentent comme une existence autonome : c'est ce qu'on appelle « elokim acherim », d'autres dieux.

Dans la continuité de cela, l'Alter Rebbe nous dit qu'à la lumière de ce que nous avons appris au chapitre précédent, nous comprendrons bien mieux la supériorité de la Torah par rapport aux mitsvot, ainsi que la supériorité des mitsvot par rapport à tout le reste du monde. Il y a bien une différence entre la Torah et les mitsvot, et elle ressort de la précision même des expressions du Zohar qu'il va citer.

Une explication de la différence entre la Torah et les mitsvot a déjà été donnée au début du Tanya : le chapitre 4 en apporte un premier éclairage, et au chapitre 5 l'Alter Rebbe consacre un chapitre entier à la grandeur exceptionnelle de la Torah, qui entoure l'intellect tandis que l'intellect l'entoure, et qui est comparable à une nourriture pénétrant jusqu'à l'intérieur, alors que les mitsvot ne sont qu'un vêtement. Ici viendra une explication supplémentaire, plus profonde et plus large : quelle est la différence entre la Torah et les mitsvot, et surtout en quoi la Torah est-elle supérieure aux mitsvot. L'Alter Rebbe commencera d'abord par expliquer la grandeur des mitsvot, et ce n'est qu'ensuite qu'il passera à la grandeur de la Torah.

Commençons par le texte du chapitre : « ועם כל הנ"ל », « et avec tout ce qui précède », c'est-à-dire avec tout ce qui a été expliqué dans les chapitres précédents, « יובן ויבואר היטב בתוספת ביאור מה שאמרו בזוהר דאורייתא וקודשא בריך הוא כולא חד », « on comprendra et on expliquera parfaitement, avec un surcroît d'explication, ce que disent les sages dans le Zohar : la Torah et le Saint béni soit-Il sont entièrement un ». Le Zohar exprime ici la grandeur de l'étude de la Torah dans les termes les plus extraordinaires qui soient : la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu'un. « ובתיקונים פירשו », « et dans les Tikounim il est expliqué » : dans les Tikouné Zohar, lorsqu'il s'agit des mitsvot, l'expression employée est quelque peu différente, « דרמ"ח פיקודין אינון רמ"ח אברין דמלכא », « les 248 commandements sont les 248 membres du Roi », les membres du Saint béni soit-Il.

Quelle est donc la différence entre l'expression « evarin demalka », les membres du Roi, employée au sujet des mitsvot, et l'expression « koula chad », tout est un, employée au sujet de la Torah ?

L'explication commence par les mitsvot. Et pourquoi précisément 248 ? Parce que ce sont les 248 commandements positifs, qui correspondent à l'action active de l'homme, tandis que les 365 interdits sont passifs : il s'agit de ce que l'homme ne fait pas. (Il va de soi que les mitsvot comportent des ramifications, des mesures de précaution instituées par les Sages et des coutumes, mais la base reste les 248 commandements positifs.) Les 365 interdits, eux, correspondent aux tendons, et ce point sera traité au chapitre 24 ; le chapitre 23 porte sur la différence entre la Torah et les 248 commandements positifs.

Pour comprendre pourquoi les mitsvot sont appelées « membres », prenons l'analogie du corps humain : les membres servent d'instruments à travers lesquels se révèle la force de l'homme. La force d'écrire se révèle dans la main, la force de marcher dans la jambe, et ainsi de suite. Les membres sont donc des réceptacles pour les forces de l'âme, et il nous faut comprendre quel est le rapport entre le membre, c'est-à-dire le réceptacle, et la force de l'âme qui l'illumine.

[Il vaut la peine de le noter : la Michna détaille précisément les 248 membres, et il existe des parties du corps, très importantes en elles-mêmes, qui ne figurent pas dans cette liste et ne sont pas appelées « membres », comme les intestins et même le cœur. Comme la suite nous le fera mieux comprendre, un « membre » désigne une partie du corps qui accomplit sa fonction de manière volontaire : l'homme veut, et aussitôt l'action se fait. En revanche, les parties du corps qui fonctionnent de façon involontaire, indépendamment de la volonté de l'homme, n'entrent pas dans la catégorie des membres.]

Dans les mots de l'Alter Rebbe, la raison pour laquelle les mitsvot sont appelées membres est celle-ci : « לפי שהמצוות הן פנימיות רצון העליון וחפצו האמיתי המלובש בכל העולמות עליונים ותחתונים להחיותם », « parce que les mitsvot sont l'intériorité de la Volonté suprême et Son désir véritable, qui se revêt dans tous les mondes, supérieurs et inférieurs, pour leur donner vie ».

Tout ce qui se produit dans le monde existe évidemment par la volonté divine, et rien n'arrive sans elle. Mais il faut distinguer entre l'intériorité de la volonté, qui est le « désir véritable », et des choses qui se font elles aussi par volonté, sans pour autant constituer le désir véritable en la matière.

Prenons l'exemple d'un homme qui veut construire une maison : sa volonté intérieure, essentielle et véritable, est d'avoir un toit sous lequel habiter. Pour parvenir à ce but, une foule de détails interviennent au cours de la construction : les matériaux, les travaux, l'enduit extérieur et intérieur, toute la décoration. Il veut tout cela, car s'il ne le voulait pas il ne l'aurait ni commandé ni payé. Seulement, cette volonté-là est une volonté extérieure, une volonté annexe que la volonté intérieure entraîne à sa suite ; et s'il pouvait atteindre son but sans ces détails, il y renoncerait peut-être.

Il en va de même pour la volonté divine : la volonté intérieure, essentielle, celle pour laquelle tout a été créé, ce sont la Torah et les mitsvot. Les 248 commandements positifs qu'un Juif accomplit sont l'intériorité de la volonté divine, Son désir véritable. Il y a certes une volonté divine dans les mondes innombrables, et en particulier dans le monde matériel où nous nous trouvons, sans quoi ils n'existeraient tout simplement pas. Mais la volonté divine dans les mondes est une volonté extérieure, alors que la volonté véritable, ce sont les mitsvot.

Cela rejoint ce que nous avons évoqué en étudiant le chapitre 1 du Tanya : la vitalité par laquelle l'homme ressent sa propre existence et son « moi » provient de la nefesh habahamis (l'âme animale), tandis que du côté de l'âme divine il y a un bittul total, un effacement complet devant la divinité. Et l'exemple qui y était apporté : un homme a, grâce à Dieu, un bras en bonne santé, et il y pose les tefilin. Deux regards s'offrent à lui :

  1. Il peut ressentir : j'ai un bras en bonne santé, c'est très bien, et puisque j'ai vu que la Torah prescrit de mettre les tefilin, je pose les tefilin sur le bras que j'ai déjà.

  2. Ou bien il peut adopter un regard juste et bien plus profond : il y a dans la Torah la mitsva de mettre les tefilin ; or comment les poser s'il n'y a pas de bras sur lequel les poser ? C'est donc pour cela que le Saint béni soit-Il m'a donné un bras, afin que la pose des tefilin soit possible.

La question est de savoir ce qui est l'essentiel et ce qui vient au service de quoi : le bras est-il la réalité première et véritable, sur laquelle on vient maintenant revêtir la mitsva des tefilin, ou bien l'inverse, la mitsva des tefilin est-elle le but et la finalité pour laquelle tout a été créé ? C'est bien cela l'intériorité de la volonté : le Saint béni soit-Il veut qu'il y ait pose des tefilin pour la pose des tefilin elle-même. Puisqu'il est écrit dans la Torah « tu les attacheras comme un signe sur ton bras », le bras a été créé pour cela, et la peau de l'animal a été créée pour cela, et ainsi de suite.

[Et l'on ne peut pas objecter que l'homme précède la mitsva : la Torah précède le monde de deux mille ans, et toute la notion de mitsvot existait déjà avant la création. Elle existe également à des niveaux supérieurs qui ne se trouvent pas dans ce monde matériel, même si la finalité se situe précisément ici, dans le monde matériel.]

La réalité des mitsvot est donc la volonté véritable, intérieure et finale, et le monde entier se conduit en fonction des mitsvot. Dans les mots du chapitre, tous les mondes : « כי כל חיותם ושפעם », « car toute leur vitalité et leur abondance », toute la vitalité qui existe dans le monde et toute l'abondance que le monde reçoit, « תלוי במעשה המצוות של התחתונים כנודע », « dépend de l'accomplissement des mitsvot par les êtres d'en bas, comme on le sait ».

Quelle est la différence entre « leur vitalité » et « leur abondance » ? Il est expliqué que la « vitalité » est le flux de vie que le monde reçoit de façon régulière et ordonnée, « temidim kesidram », de manière continue ; et lorsque vient un jour particulier, Chabbat ou une fête, le monde reçoit une abondance supplémentaire par rapport à l'ordinaire. Or ce supplément vient à la suite de la mitsva accomplie, par le mérite du Chabbat et par le mérite de la fête. Ce n'est pas que le Chabbat vient s'ajouter à un monde déjà existant et déjà pourvu d'abondance, c'est l'inverse : le Chabbat est le but, et l'existence même de l'abondance dans le monde est due au Chabbat et à la fête.

Ce point est développé bien plus longuement dans les parties suivantes du Tanya, en particulier dans l'Iguéret Hakodech, où figure toute une lettre consacrée au roi David, qui se louait de la Torah et disait : « Tes lois ont été pour moi des chants dans la maison de mon exil ». L'Alter Rebbe y explique longuement que le roi David se louait du fait que ce sont les mitsvot qui donnent l'abondance à la création : chaque détail de la création se déplace d'un côté ou de l'autre en fonction de l'acte d'un Juif. Un Juif met des tefilin cachères dont toutes les lettres sont en ordre, et par cela il fait descendre toutes les lumières et toute l'abondance ; qu'il manque une seule lettre dans les tefilin, et l'influx et tout le reste s'arrêtent.

En résumé : à l'ouverture du chapitre 23, sur la base de ce que nous avons appris aux chapitres 21 et 22 concernant les niveaux de la parole divine et le hester panim, l'Alter Rebbe vient expliquer, avec un surcroît d'explication, la différence entre la Torah et les mitsvot. Au sujet de la Torah, le Zohar dit « orayta vekoudcha brich hou koula chad », la Torah et le Saint béni soit-Il sont entièrement un ; au sujet des mitsvot, les Tikounim disent « ramach pikoudin inoun ramach evarin demalka », les 248 commandements sont les 248 membres du Roi. Les mitsvot sont comparées à des membres, des réceptacles à travers lesquels la force se révèle, parce qu'elles sont l'intériorité de la Volonté suprême et Son désir véritable, qui se revêt dans tous les mondes, supérieurs et inférieurs, pour leur donner vie, et parce que toute la vitalité et toute l'abondance des mondes dépendent de l'accomplissement des mitsvot par les êtres d'en bas.

Dans la partie suivante, nous approfondirons l'analogie des membres et l'explication du rapport entre le réceptacle et la force de l'âme qui l'illumine, et de là nous nous élèverons vers l'explication de la supériorité particulière de la Torah sur les mitsvot.