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Chapitre 23 - La Torah au-dessus de tous les mondes

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Nous avons appris que toutes les combinaisons de lettres du Tanakh sont la sagesse infinie du Saint béni soit-Il. Il en découle que chaque niveau de lecture que l'on étudie dans la Torah, quel qu'il soit, relie celui qui l'étudie, à cet instant même, à la sagesse divine de façon absolue.

Le niveau le plus simple, c'est celui de l'enfant qui lit un 'Houmach vocalisé et à qui l'on explique le sens des mots. Au-dessus, il y a un niveau plus profond : le kri et le ktiv, les combinaisons de lettres et de mots, ainsi que les méthodes de drach de la Guemara, où des mots sont reliés entre eux au-delà de leur sens littéral. Et pourtant, même celui qui n'étudie que le niveau le plus élémentaire étudie la sagesse du Saint béni soit-Il et s'unit réellement à elle. On ne lui dit pas : « Tu n'as saisi que l'extérieur, et tant que tu n'as pas étudié la profondeur tu n'as rien entre les mains. » Au contraire : quel que soit le niveau que l'homme saisit, c'est une Torah entière qu'il a saisie.

Une image pour l'expliquer : quelqu'un achète un appareil électrique dans un magasin et sait à quoi il sert, à enregistrer, à cuire, à faire cuire du pain. C'est vrai, c'est bien la fonction de l'appareil. Ce même appareil, entre les mains d'un spécialiste en électronique, apparaît tout autrement : lui ne voit ni la cuisson, ni l'enregistrement, mais les circuits et les connexions, c'est-à-dire la sagesse déposée dans l'appareil. Et ainsi de suite, pour celui qui regarde à un niveau encore plus profond. Le regard du premier est-il erroné ? Il est juste à cent pour cent à son niveau, et le regard du second est juste à cent pour cent au sien.

Il en va de même, toutes proportions gardées, pour la Torah : chaque niveau est de la Torah à cent pour cent.

Il vaut la peine de noter que ce point, écrit ici dans le Tanya, fut l'un des reproches adressés par les Mitnagdim, les opposants à la 'Hassidout, aux disciples du Baal Chem Tov. Car une opinion répandue voulait que l'homme ne se relie au Saint béni soit-Il que lorsqu'il étudie la Torah en profondeur, qu'il y développe des raisonnements subtils, qu'il en comprend la profondeur et qu'il s'y consacre vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; mais celui qui lit la Torah à un niveau simple, ou qui se contente de dire des Tehilim parce qu'il n'est pas capable de davantage, son service n'aurait aucune valeur. Vient alors l'enseignement de la 'Hassidout, ici dans le Tanya : la Torah est sagesse divine, et les combinaisons de lettres du Tanakh en font partie. Le Juif qui dit des Tehilim parce qu'il n'en sait pas plus s'unit à cet instant même, par la force de la parole qui sort de sa bouche, à la sagesse divine elle-même, et de façon pleine et entière. Cela heurtait l'oreille des Mitnagdim, mais c'est précisément là le point : le Juif doit connaître la grandeur de la Torah.

Dans la ligne suivante, l'Alter Rebbe conclut par le point même sur lequel il avait ouvert le chapitre : « וזהו שכתוב דאורייתא וקודשא בריך הוא כולא חד », « et c'est ce qui est écrit : la Torah et le Saint béni soit-Il sont entièrement un ». Expression bien plus profonde que celle employée dans les Tikouné Zohar au sujet des mitsvot, « ולא אברין דמלכא לחוד כפיקודין », « et non pas seulement les membres du Roi, comme les commandements » : la Torah n'est pas seulement « les membres du Roi », elle est « entièrement un ». Il achève ainsi l'explication de la différence entre la Torah et les mitsvot.

La révélation de la volonté suprême sans aucune occultation de la face :

Rappel de ce que nous avons appris aux chapitres 21 et 22 : la parole divine n'est pas comme la parole de l'homme. Quand un homme parle, sa parole sort de lui et s'en détache ; mais la parole du Saint béni soit-Il reste unie à Lui même après être sortie, pour ainsi dire. C'est pourquoi, dans Sa parole, le Créateur se montre de façon révélée, sans hester panim, sans occultation de la face. Dans la parole qui a créé les créatures, « par la parole de D.ieu les cieux ont été faits », il existe un état d'occultation, produit par tous les tsimtsoumim que l'Alter Rebbe a longuement expliqués au chapitre 22 ; mais la parole divine qu'est la Torah, elle, est la révélation de la volonté divine sans aucune occultation.

Et dans les mots de l'Alter Rebbe : « ומאחר שרצון העליון המיוחד באין סוף ברוך הוא בתכלית היחוד הוא בגילוי לגמרי ולא בהסתר פנים כלל וכלל בנפש האלקית ולבושיה הפנימים שהם מחשבתה ודבורה באותה שעה שאדם עוסק בדברי תורה - הרי גם הנפש ולבושיה אלו מיוחדים ממש באין סוף ברוך הוא באותה שעה בתכלית היחוד, כיחוד דבורו ומחשבתו של הקדוש ברוך הוא במהותו ועצמותו כנ"ל ». « Et puisque la volonté suprême, unie à l'Infini béni soit-Il de l'union la plus parfaite, est entièrement révélée, sans la moindre occultation de la face, dans la nefesh haelokit et ses vêtements intérieurs que sont sa pensée et sa parole, à l'heure où l'homme s'occupe de paroles de Torah, alors cette âme et ces vêtements sont eux aussi réellement unis à l'Infini béni soit-Il, à cette heure-là, de l'union la plus parfaite, à l'image de l'union de la parole et de la pensée du Saint béni soit-Il avec Son essence, comme expliqué plus haut. »

Lorsque le Juif étudie la Torah par la pensée, la volonté divine se trouve révélée dans sa pensée et dans la réflexion de son esprit ; et lorsqu'il prononce des paroles de Torah, la parole de D.ieu se trouve révélée dans sa bouche, sans aucune occultation. À l'instant même où l'homme étudie la Torah, il est un avec le Saint béni soit-Il au niveau le plus élevé qui soit. Dans les mitsvot, l'homme n'est pas un avec Lui au sens plein : il l'est par le bittoul, à la manière de membres ; tandis que dans l'étude de la Torah, c'est Lui-même qui se trouve dans l'esprit de celui qui étudie.

De là se comprend aussi l'expression « de l'étude qui n'est pas pour elle-même on vient à l'étude pour elle-même » : à l'intérieur même du « pas pour elle-même » se trouve déjà le « pour elle-même », car « כי אין שום דבר נפרד », « car rien n'est séparé », et il n'existe pas d'état de séparation d'avec le Saint béni soit-Il, « כי אם בהסתר פנים כנ"ל », « sinon par l'occultation de la face, comme expliqué plus haut ». Si un homme faute, à D.ieu ne plaise, un état d'occultation se crée chez lui dans cet acte ; mais du fait qu'en cet instant il ne faute pas mais étudie la Torah, son étude est en pleine révélation, sans aucune occultation.

« ולא עוד, אלא שיחודם הוא ביתר שאת ויתר עוז מיחוד אור אין סוף ברוך הוא בעולמות העליונים, מאחר שרצון העליון הוא בגילוי ממש בנפש ולבושיה העוסקים בתורה, שהרי הוא הוא התורה עצמה ». « Bien plus : leur union est d'une intensité et d'une force supérieures à l'union de la lumière de l'Infini béni soit-Il dans les mondes supérieurs, puisque la volonté suprême est réellement révélée dans l'âme et ses vêtements qui s'occupent de Torah, car Il est Lui-même la Torah. »

La révélation divine qui se trouve dans l'esprit ou dans la bouche de l'homme à l'heure où il s'occupe de Torah est au-dessus de tout l'ordre du hishtalshelous, l'enchaînement descendant des mondes, et même au-dessus du monde d'Atsilout. Les mondes supérieurs, les anges, les séraphins, les 'hayot hakodech et tout ce qui s'y déroule, n'ont pas la moindre parcelle de cette révélation et de cette intensité de lien avec la Divinité dont jouit le Juif lorsqu'il étudie la Torah. La raison en est que tous les mondes relèvent de la volonté extérieure, et qu'il n'est pas d'union plus grande que celle de la Torah. Et même si nous ne le ressentons pas, et la raison en sera expliquée plus loin, voilà ce qui se passe réellement : dans la force de la parole de celui qui étudie, le Créateur se trouve au sommet de Sa révélation.

Et la raison en est : « שהרי הוא התורה עצמה », « car Il est la Torah elle-même ». Il ne faut pas comprendre qu'il y aurait d'un côté le Créateur et de l'autre une Torah qui serait la Sienne et qu'Il aurait donnée à l'homme ; mais, selon la formule bien connue, Il est le connaissant, le connu et la connaissance elle-même. Et comme nous l'avons rappelé, nos Sages expliquent le mot « Anokhi » qui ouvre les Dix Commandements : « ana nafchi ktavit yehavit », « Moi-Même Je Me suis écrit et Je Me suis donné ». La Torah, c'est Lui-même. Et dès lors, celui qui étudie la Torah a auprès de lui le Saint béni soit-Il en personne.

Les mondes supérieurs ne sont pas capables de contenir la révélation du Créateur Lui-même, et ils la reçoivent par le biais de tsimtsoumim et de descentes ; l'homme, lui, en est capable, et précisément à cause de sa déficience : parce qu'il ne voit pas et ne ressent pas ce qui se passe, il a la force de le porter.

Une image : celui qui veut faire passer un diamant d'un million de dollars d'un pays à un autre, ou même d'une personne à une autre dans la même ville, et qui tient à ce qu'il arrive à destination, le confiera à un messager qui ignore ce que contient l'enveloppe, et il la lui remettra avec la plus grande simplicité, comme on tend un sachet qui vaut à peine dix centimes. Le messager le transportera tranquillement et poursuivra son chemin. Mais si on lui explique qu'il s'agit d'un diamant d'un million de dollars et qu'on l'avertit d'y faire attention, il passera tout le trajet à le sortir et à le rentrer, à vérifier s'il est tombé ou non, s'il est encore là ou non, et à force d'émotion à l'idée de porter un million de dollars dans sa poche, il finira par ne plus savoir où il l'a mis. C'est justement de ne pas savoir ce que l'on tient qui permet de porter avec soi la chose la plus grande qui soit : « son défaut est sa réparation ». Telle est notre situation.

« וכל העולמות העליונים מקבלים חיותם מאור וחיות הנמשך מהתורה שהיא רצונו וחכמתו יתברך, כדכתיב כולם בחכמה עשית », « et tous les mondes supérieurs reçoivent leur vitalité de la lumière et de la vie qui découlent de la Torah, qui est Sa volonté et Sa sagesse, comme il est écrit : Tu les as tous faits avec sagesse ». Tous ont été faits à partir de Sa sagesse, selon l'expression « Il a regardé dans la Torah et a créé le monde ». Et comme nous l'avons mentionné dans les cours précédents, la Torah agit sur les mondes : le roi David a dit « Tes lois ont été pour moi des chants », d'où l'on apprend que tous les mondes sont influencés par la Torah. Il en ressort que le monde a été créé à partir de la Torah, qu'il vit de la Torah et qu'il est influencé par la Torah, et que chaque heure où l'homme étudie la Torah il provoque un flux d'abondance dans tous les mondes, selon la formule connue des Pirké Avot « sache ce qu'il y a au-dessus de toi », avec l'explication du Maguid de Mézritch : sache que tout ce qui se déroule en haut vient de toi, et que par ton étude et tes actes c'est toi qui produis tout cela.

« ואם כן החכמה שהיא התורה למעלה מכולם », « et s'il en est ainsi, la sagesse, qui est la Torah, est au-dessus de tous ». La Torah est au-dessus de tous les mondes. Les mondes reçoivent le résultat qui découle de la Torah, alors que le Juif reçoit dans son esprit la Torah elle-même, ce qui est infiniment au-dessus de tous les mondes.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que chaque niveau de l'étude de la Torah est pleinement sagesse divine, et que même la simple récitation des Tehilim unit le Juif à la sagesse divine, point qui figurait parmi les reproches des Mitnagdim à la 'Hassidout. Nous nous sommes arrêtés sur l'expression du Zohar « דאורייתא וקודשא בריך הוא כולא חד », qui dépasse l'expression « איברין דמלכא » employée pour les mitsvot ; sur le fait que la volonté suprême se révèle dans la nefesh haelokit et ses vêtements pendant l'étude, sans la moindre occultation de la face, et que leur union est donc « d'une intensité et d'une force supérieures » à l'union de la lumière de l'Infini dans les mondes supérieurs, car « Il est la Torah elle-même » et « ana nafchi ktavit yehavit ». Et nous avons vu que c'est précisément l'homme, à cause de son manque de perception, qui est capable de porter cette révélation, tandis que les mondes supérieurs reçoivent leur vitalité de la lumière qui découle de la Torah, la Torah étant au-dessus de tous.

Dans la partie suivante, nous aborderons la question suivante : pourquoi l'homme ne ressent-il pas cette révélation immense à l'heure où il s'occupe de Torah ?