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Chapitre 8 - Aspiration à la délivrance et conclusion - 1ère partie

Le chapitre 8 est le huitième et dernier chapitre de Chir Hachirim. Comme nous l'avons constaté tout au long de la Méguila, Chir Hachirim dépeint Knesset Israël comme une bien-aimée envers son bien-aimé ; une épouse qui, à un certain moment, a failli, s'est égarée et a été répudiée. Depuis lors, tout son chant est une mélodie d'aspiration aux jours heureux et à l'immense proximité qu'elle partageait avec son bien-aimé, ainsi qu'une supplication pour revenir à cette époque bénie. L'ouverture de notre chapitre constitue également une demande de proximité renouvelée.

« Puisses-tu être pour moi comme un frère » - Une proximité sans honte
מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי יוֹנֵק שְׁדֵי אִמִּי אֶמְצָאֲךָ בַחוּץ אֶשָּׁקְךָ גַּם לֹא יָבֻזוּ לִי׃ - Puisses-tu être pour moi comme un frère, allaité aux seins de ma mère ! Si je te rencontrais dehors, je t'embrasserais, et nul ne me mépriserait.

Rachi explique : « Puisses-tu être pour moi comme un frère » - puisses-tu venir me consoler, à la manière de Yossef envers ses frères qui lui avaient pourtant fait du mal, et à propos duquel il est dit : « Il les consola et parla à leur cœur ». On pourrait s'interroger : il existe pourtant des liens de parenté plus étroits que celui d'un frère, comme celui d'une fille ou d'une mère, pourquoi donc mentionner précisément un frère ? À cela, Rachi répond que la comparaison ne porte pas ici sur l'intensité de la proximité, mais sur sa nature : Knesset Israël se compare aux frères de Yossef. Bien qu'ils lui aient fait du tort, il leur a pardonné et les a réconfortés. C'est ainsi qu'elle implore : Maître du monde, pardonne-moi de T'avoir irrité, et rapproche-moi de Toi à nouveau.

Sur les mots « allaité aux seins de ma mère », le texte usuel de Rachi ne commente pas. Cependant, dans l'édition du Houmach HaKeter - où la version de Rachi est d'une extrême précision et où l'on trouve souvent la version exacte qui résout les difficultés de formulation chez Rachi -, figure un ajout : « Allaité aux seins de ma mère : c'est-à-dire comme mon frère issu de la même mère ». En d'autres termes, « Puisses-tu être pour moi comme un frère » exprime une fraternité absolue, comme si tous deux avaient tété aux mêmes seins, ce qui constitue l'expression de la plus intime proximité fraternelle.

Le Metsoudat David offre une remarquable explication au sens littéral : « Ceci fait également partie des paroles de l'amante » - l'épouse adresse ses mots à son bien-aimé et déclare : je désire ardemment t'embrasser sur la place publique, au vu de tous, mais j'ai honte d'être couverte de mépris. Si seulement tu étais pour moi comme un petit frère qui tète encore aux seins de ma mère, car une sœur n'a nulle honte à embrasser son nourrisson de frère sur les places publiques. Alors, si je te rencontrais dehors, je pourrais t'embrasser et assouvir mon désir, sans que personne ne me méprise.

À ce propos : un rabbin célébrait un jour le mariage d'un couple moderne et insouciant, et à l'issue des kidouchin, le marié et la mariée s'embrassèrent publiquement. Le rabbin prit un air désapprobateur. Le marié lui demanda : quel est le problème, cher rabbin, n'est-elle pas désormais ma femme ? Le rabbin lui répondit : certes, elle est bien ta femme, mais la Torah s'achève sur les mots « aux yeux de tout Israël ». Il est des choses qui n'ont de place que dans l'intimité la plus discrète, et non « aux yeux de tout Israël ».

Quant au sens allégorique, poursuit le Metsoudat David : puissent disparaître les causes qui m'empêchent de Te servir avec intégrité. Knesset Israël espère en son bien-aimé et dit : si seulement je pouvais Te servir d'un service parfait, car je pourrais alors m'adonner à la Torah et aux mitsvot partout où je vais, sur la place publique comme au grand jour, sans éprouver la moindre honte. C'est là le sens de : « Si je te rencontrais dehors, je t'embrasserais, et nul ne me mépriserait ».

Et Rachi explique « Si je te rencontrais dehors, je t'embrasserais » : je trouverais Tes prophètes s'exprimant en Ton nom, et je les étreindrais et les embrasserais. En effet, lorsqu'il s'agit du Saint béni soit-Il, qui sont Ses représentants dans ce monde qu'il est possible d'étreindre et d'embrasser ? Ce sont les prophètes. Et pourquoi « dehors » ? Parce que les prophètes prophétisaient sur les places publiques, au marché supérieur et au marché inférieur, dans des lieux d'exposition où la foule entendait leur voix. Et lorsque j'étreins et embrasse Tes prophètes, c'est pour ainsi dire la parole de D.ieu que j'embrasse.

« Et nul ne me mépriserait » - Rachi : je savais également que l'on ne me mépriserait pas, car Ton amour mérite amplement que Ta bien-aimée aille de lieu en lieu pour le rechercher. C'est-à-dire que mon amour envers Toi est si immense qu'il justifie que la bien-aimée aille courtiser son aimé pour l'embrasser. Ainsi, Knesset Israël recherche la proximité du Saint béni soit-Il afin de renouer le lien avec Lui, pour que nos jours soient renouvelés comme jadis.

« Je t'amènerais dans la maison de ma mère » - L'ardent désir du Beth Hamikdach
אֶנְהָגְךָ אֲבִיאֲךָ אֶל בֵּית אִמִּי תְּלַמְּדֵנִי אַשְׁקְךָ מִיַּיִן הָרֶקַח מֵעֲסִיס רִמֹּנִי׃ - Je te guiderais, je t'amènerais dans la maison de ma mère, tu m'enseignerais ; je t'abreuverais d'un vin parfumé, du suc de mes grenades.

« Dans la maison de ma mère » - Rachi explique : c'est le Beth Hamikdach (le Temple). Nous aspirons à la reconstruction du Temple, car c'est là que se réalisera l'union parfaite. Nous avons déjà mentionné que le Saint des Saints est appelé le « Beth Hamitot » (la chambre nuptiale), car c'est là, pour ainsi dire, le lieu de l'union entre le Saint béni soit-Il et Sa Présence divine (la Chekhina), le lieu de l'union totale entre l'assemblée d'Israël (Knesset Israël) et le Créateur, l'aspect de « la pleine lune » - l'état le plus parfait de communion entre nous et Hachem. « Tu m'instruirais » - de même que Tu avais coutume de m'enseigner dans la Tente d'assignation (Ohel Moëd), ainsi feras-Tu dans le Beth Hamikdach.

« Je te ferais boire d'un vin parfumé » - ce sont les libations (nessakhim), les vins que l'on répandait sur l'autel (le Mizbéa'h). « Du moût de mes grenades » - Rachi explique : un vin doux. Et il convient de bien peser ses termes : il ne s'agit pas littéralement de jus de grenade, car aucun fruit ni aucune substance sucrée ne pouvait monter sur l'autel - « car vous ne ferez fumer aucun levain, aucun miel en sacrifice consumé pour l'Éternel », et toute cette notion de douceur et de fruits, symbole des plaisirs matériels, n'y montait point (à l'exception des prémices, les Bikkourim, que l'on élevait puis redescendait). L'idée est plutôt que ce vin est comparé au suc des grenades douces : un vin particulièrement liquoreux et délectable. Tel est le sens profond.

« Sa main gauche est sous ma tête » et le serment des filles de Jérusalem
שְׂמֹאלוֹ תַּחַת רֹאשִׁי וִימִינוֹ תְּחַבְּקֵנִי׃ - Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m'enlace.
הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם מַה תָּעִירוּ וּמַה תְּעֹרְרוּ אֶת הָאַהֲבָה עַד שֶׁתֶּחְפָּץ׃ - Je vous en conjure, filles de Jérusalem : pourquoi éveilleriez-vous, pourquoi troubleriez-vous cet amour, avant qu'il ne le désire ?

Remarquons bien : au verset 3, Rachi ne fait que citer le verset sans commentaire, ce qui est sa manière d'indiquer que ce verset constitue une introduction à la suite et doit être lu conjointement avec le verset suivant. De fait, Rachi commente ces deux versets d'un seul tenant : Knesset Israël tourne son discours vers les nations et déclare : bien que je me lamente, que je gémisse en disant « Que n'es-tu pour moi comme un frère ! » et que j'aspire à retrouver cette plénitude passée, malgré tout « sa main gauche est sous ma tête » : mon Bien-Aimé me soutient et Il est mon appui dans mon exil. Le Saint béni soit-Il continue de me porter et de m'accompagner. C'est pourquoi « je vous en conjure », filles de Jérusalem, pourquoi éveilleriez-vous ou contesteriez-vous - car cela ne vous servira à rien.

Pour bien saisir la teneur de ce serment, revenons aux explications de Rachi là où il apparaît pour la première fois, au chapitre 2, verset 7 : Je vous en conjure - vous, les nations du monde - « par les gazelles ou les biches des champs », que vous deveniez une proie sans défense, livrées en pâture comme les gazelles et les biches, si vous tentez d'éveiller ou de perturber l'amour qui m'unit à mon Bien-Aimé pour le dénaturer, le remplacer ou m'inciter à me laisser séduire par vous. « Avant qu'elle ne le désire » (« Ad chété'hpats ») - tant que cet amour subsiste, tant qu'Il me désire et que je Le désire ; tout comme l'expression « tant que le roi est dans son entourage » signifie pendant qu'il y est, de même « tant que dure ce désir ». C'est-à-dire : tant que mon amour est ancré dans mon cœur et qu'Il me désire, ne cherchez pas à me détourner de mon amour pour mon Bien-Aimé.

Et venons-en à la précision fondamentale : que signifient les termes « Im ta'irou vé-im té'orrou » (« si vous éveillez et si vous troublez ») ? Rachi explique : « Im ta'irou » signifie si vous suscitez la haine, à l'image des expressions « Vayehi érakha » et « Oufechréh lé'arakh ». « Vayehi érakha » - Chemouel (Samuel) avait dit à Chaoul (Saül) que le Saint béni soit-Il avait déjà donné la royauté à un autre et qu'Il était, pour ainsi dire, devenu ton ennemi (« érakha » issu de la notion d'inimitié). « Que le songe soit pour ceux qui te haïssent et son interprétation pour tes ennemis » (« lé'arakh ») - Daniel avait dit cela à Nabuchodonosor au sujet du rêve prédisant qu'il serait chassé de son royaume comme une bête des champs. Or, nous avions déjà expliqué que Daniel s'adressait en réalité au Saint béni soit-Il en formulant ce vœu contre les ennemis d'Hachem, tandis que Nabuchodonosor pensait qu'il parlait de ses propres ennemis à lui. « Vé-im té'orrou » vient de la racine de contestation (ir'our), comme l'expression talmudique « celui qui conteste la propriété d'un champ » (ha'orer al hassadé), et non du mot réveil. En clair : il ne vous servira à rien de tenter de semer la haine entre moi et l'Éternel (HaMakom), pas plus qu'il ne vous servira de contester la proximité et l'amour qui nous unissent.

« Qui est celle-ci qui monte du désert »
מִי זֹאת עֹלָה מִן הַמִּדְבָּר מִתְרַפֶּקֶת עַל דּוֹדָהּ תַּחַת הַתַּפּוּחַ עוֹרַרְתִּיךָ שָׁמָּה חִבְּלַתְךָ אִמֶּךָ שָׁמָּה חִבְּלָה יְלָדַתְךָ׃ - Qui est celle-ci qui monte du désert, appuyée contre son Bien-Aimé ? Sous le pommier je t'ai réveillé, là où ta mère t'a enfanté dans les douleurs, là où elle a souffert pour te donner le jour.

« Qui est celle-ci » - Rachi commente : le Saint béni soit-Il et Son tribunal céleste disent au sujet de l'assemblée d'Israël : « Qui est celle-ci, combien est-elle précieuse, elle qui s'est élevée depuis le désert, comblée de tant de bienfaits ! » Le mot « monte » (ola) ne signifie pas ici une simple montée géographique vers la terre d'Israël, mais bien une élévation spirituelle : c'est au désert qu'elle s'est élevée par le don de la Torah et son attachement à la Chekhina, et Son affection pour elle est manifeste aux yeux de tous - et pourtant, la voilà encore en exil ! Il y a là une exclamation d'étonnement : comment se peut-il que celle qui s'est élevée à un tel degré dans le désert soit encore assujettie à l'exil ?

« Appuyée contre son Bien-Aimé » (« mitrapékèt ») - elle s'unit à son Bien-Aimé, proclamant qu'elle est Sa compagne et qu'elle Lui demeure attachée. Rachi rapporte qu'en langue arabe, le terme « rifqa » (ou rifqat) désigne une troupe ou une compagnie liée ensemble, d'où le sens de « mitrapékèt » : celle qui s'attache et fait corps avec son Bien-Aimé.

« Sous le pommier je t'ai réveillé » - ainsi parle-t-elle en suppliant, portée par l'amour de son bien-aimé : souviens-toi qu'au pied du mont Sinaï, dressé au-dessus de ma tête telle une pomme - lorsqu'Il renversa la montagne sur eux comme une cuve -, c'est là que je t'ai réveillé. Et cette expression relève de la tendresse d'une épouse de jeunesse, qui éveille son bien-aimé durant la nuit sur sa couche, l'étreint et l'embrasse. C'est-à-dire : c'est là que mon amour pour Toi s'est éveillé, Maître du monde ; rappelle-Toi en ma faveur de ces mérites où régnait entre nous une telle proximité.

« C'est là que ta mère t'enfanta dans la douleur » - Knesset Israël en tant que mère

« C'est là que ta mère t'enfanta dans la douleur » - nous avons déjà expliqué que le Saint, béni soit-Il, a appelé Knesset Israël « Sa mère », car c'est là qu'elle est devenue pour Lui comme une mère. Rachi nous renvoie à son commentaire du chapitre 3, verset 11 : « Filles de Sion » - des fils qui Lui sont distingués par la brit mila, les téfilines et les tsitsit ; « par la couronne dont sa mère l'a couronné » - c'est la Tente d'assignation (Ohel Moëd), parée de diverses teintes, d'azur (tekhelet), de pourpre (argaman) et d'écarlate (tola'at chani). Rabbi Ne'honiya a dit : Rabbi Chimon bar Yo'haï demanda à son maître Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi : « Serait-il possible que tu aies entendu de ton père le sens de : "dont sa mère l'a couronné" ? » Il lui répondit : « Parabole d'un roi qui avait une fille unique qu'il aimait par-dessus tout ; il ne cessa de lui témoigner son amour jusqu'à l'appeler "ma fille", comme il est dit : "Écoute, ma fille, et regarde" ; puis il ne cessa de lui témoigner son amour jusqu'à l'appeler "ma sœur", comme il est dit : "Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne" ; et il ne cessa de lui témoigner son amour jusqu'à l'appeler "ma mère", comme il est dit : "Prêtez-Moi attention, Mon peuple, et toi Ma nation, écoute-Moi" - ne lis pas "Ma nation" (ouleoumi), mais "et Ma mère" (oul'imi). » Aussitôt, Rabbi Chimon bar Yo'haï se leva et l'embrassa sur la tête.

Nous avons déjà souligné ce principe d'après le Nefech Ha'Haïm : comment concevoir que nous soyons comme une mère pour le Saint, béni soit-Il ? L'image est celle d'une mère qui guide son fils, l'enfant écoutant sa voix et se conformant à ses volontés. De même, en un sens, toutes les clés de la direction des mondes supérieurs ont été remises entre nos mains : ce qui est tranché ici-bas est décrété dans les Cieux ; un acte que nous accomplissons ici-bas fait descendre une effusion (chéfa) dans tous les mondes, et contraint pour ainsi dire le Saint, béni soit-Il, à agir par la voie du bienfait ; et si, à Dieu ne plaise, nous fautons, nous Le contraignons pour ainsi dire à agir par la retenue du bienfait, causant dommages, épreuves et souffrances. Il s'ensuit que nous dirigeons et guidons l'ensemble des mondes - et c'est là la dimension de « ma mère ».

Par cela, nous avons également expliqué la formule de la Haggada : « S'Il nous avait approchés du mont Sinaï et ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi » - à propos de laquelle le Maharam Benet et d'autres demandent : quelle utilité y aurait-il eu à une simple excursion au Sinaï sans la Torah ? La précision réside en fait dans le mot « nous » : le Saint, béni soit-Il, aurait certes donné la Torah, mais pas à nous de telle sorte que nous n'ayons aucun pouvoir de décision sur elle. Or, à présent qu'Il « nous a donné la Torah », nous en sommes devenus les dépositaires et les maîtres : ce que les Sages tranchent ici-bas constitue la Halakha, et dans les Cieux on applique ce qui est statué ici ; au Ciel, on valide l'intercalation des années et la fixation des mois selon ce qui est arrêté ici-bas. Le fait qu'un homme soit passible de retranchement (kareth) pour avoir mangé du 'hamets dépend de la proclamation du mois et de l'année par les hommes. Tout est fixé par les Sages d'ici-bas. Telle est la dimension de « ta mère ».

« 'Hiblatekha » (t'enfanta dans la douleur) - Rachi explique qu'il s'agit des douleurs de l'enfantement ('hevlé yoleda). Dans le texte de Rachi que nous avons communément, il est écrit : « des douleurs te sont venues de toi », ce qui est très difficile à comprendre ; mais en vérifiant dans l'édition du Keter, la version exacte est : « des douleurs lui sont venues de toi ». C'est-à-dire que les douleurs n'étaient pas en lui, mais en elle - puisqu'elle est considérée comme une mère qui l'a enfanté, et c'est à cause de lui que ces douleurs lui sont venues. Tout comme dans le verset « Mes fils m'ont quittée » (yetsaouni), qui signifie « sont sortis de moi », de même « 'hiblatekha » signifie qu'elle a éprouvé des douleurs à cause de toi, selon la même construction grammaticale.

« Pose-moi comme un sceau sur ton cœur » - Car l'amour est fort comme la mort
שִׂימֵנִי כַחוֹתָם עַל לִבֶּךָ כַּחוֹתָם עַל זְרוֹעֶךָ כִּי עַזָּה כַמָּוֶת אַהֲבָה קָשָׁה כִשְׁאוֹל קִנְאָה רְשָׁפֶיהָ רִשְׁפֵּי אֵשׁ שַׁלְהֶבֶתְיָה׃ - Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l'amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses traits sont des traits de feu, une flamme de l'Éternel.

« Pose-moi comme un sceau » - Rachi explique : au nom de cet amour, scelle-moi sur ton cœur afin de ne pas m'oublier. Le sceau sur le cœur est une métaphore du souvenir gravé dans le cœur et la pensée, à l'image des téfilines placés face au cœur, que l'homme a constamment à l'esprit et par lesquels il se remémore le Saint, béni soit-Il, et l'accomplissement de Ses commandements. Ainsi supplions-nous : grave-nous comme un sceau sur Ton cœur, en un lieu qui ne quittera jamais Ta pensée, afin que Tu ne nous oublies point.

« Et tu verras que l'amour est fort comme la mort » - l'amour dont je t'ai aimé est assez puissant pour égaler la mort que j'ai subie pour toi. Mon amour est si ardent que je suis prête à mourir pour lui, comme l'enseignent nos Sages : « Pourquoi sors-tu pour être exécuté ? - Parce que j'ai circoncis mon fils » ; « Pourquoi sors-tu pour être exécuté ? - Parce que j'ai respecté le Chabbat », ainsi qu'il est dit : « Car c'est pour Toi que nous sommes mis à mort tous les jours ».

« La jalousie est inflexible comme le séjour des morts » - Rachi commente : c'est l'animosité et l'acharnement que les nations ont conçus contre moi par jalousie, à cause de Toi. Quiconque tente véritablement de sonder les racines de l'antisémitisme n'y trouvera aucune cause rationnelle ou logique, aucun motif recevable expliquant pourquoi on parle matin, midi et soir d'Israël. Celui qui veut entendre parler d'atrocités dans le monde en trouvera d'infinies aux quatre coins du globe ; celui qui se rendrait en Afrique pourrait remplir les journaux télévisés du matin au soir : massacres, exterminations, personnes jetées vivantes dans des fleuves pour s'y noyer, villages bombardés faisant parfois cent ou deux cents morts d'un coup - et nul ne s'en soucie. Mais s'il s'est trouvé un quartier général de terroristes au sein d'une école, aussitôt le monde entier s'embrase. Qu'il y ait une affaire « al-Dura » et la terre entière ne parle plus que de cela, et peu importe qu'il s'avère ensuite que tout était fabriqué, cela n'intéresse plus personne : le gros titre a déjà fait le tour du monde.

Et c'est là une prophétie explicite de la Torah : « Parmi ces nations tu n'auras point de repos, et la plante de tes pieds ne trouvera pas de relâche », « Et tu seras un sujet de stupéfaction, de proverbe et de raillerie (chénina) » - et Rachi d'expliquer : on parlera sans cesse de toi (yechanenou bekha). Tous les journaux télévisés ne s'ouvriront que sur toi, toutes les universités, toutes les manifestations : Israël, Israël, Israël. C'est précisément le sens de « la jalousie est inflexible comme le séjour des morts » : cette animosité et cette querelle perpétuelle des nations, « car les nations m'ont jalousée et se sont acharnées contre moi à cause de Toi ». Hachem nous a choisis, nous sommes le peuple élu, et même s'ils ont oublié la raison originelle de leur combat, c'est là le véritable motif de cette haine depuis toujours. Comme l'ont dit nos Sages : pourquoi cette montagne s'appelle-t-elle Sinaï ? Parce que c'est de là qu'est descendue la haine (sin'a) chez les peuples du monde. À la suite du don de la Torah, et selon le verset « Et J'ai pris Ésaü en haine », une animosité est descendue sur les nations ; Hachem aime le peuple d'Israël, et c'est de là qu'est née la haine des nations à notre égard.

Et sur le mot « קנאה » (jalousie / zèle), Rachi ajoute qu'il s'agit d'une emprise du cœur poussant à la vengeance. La kin'ah exprime toujours l'attitude de celui qui agit sous le coup d'un bouillonnement et d'une vive émotion, à l'instar de Pin'has qui fit preuve de zèle pour l'honneur d'Hachem. Cela peut être pour la gloire divine, tout comme il peut s'agir d'un homme cherchant à se venger de celui qui a blessé son honneur - mais il s'agit toujours d'un saisissement du cœur, d'un élan jaillissant du sentiment et du tréfonds du cœur afin de tirer vengeance.

« רשפיה רשפי אש שלהבתיה » (ses étincelles sont des étincelles de feu, une flamme divine) - Rachi explique : des étincelles d'un feu ardent issues de la puissance de la flamme du Guehinom. Rachi ne s'étend pas ici, mais ailleurs, il explique que lorsque le suffixe « Yah » fait partie d'un mot, il vient exprimer sa grandeur et son intensité suprême - comme dans « ma'apelyah », une obscurité divine et impénétrable. Il en va de même pour « chalhévétyah » : une flamme prodigieuse, d'une puissance infinie, la flamme la plus ardente qui soit.

Rachi apporte en outre une précision sur la cantillation (les te'amim) : l'accent du Zakef Gadol placé sur « richpé » nous enseigne que le mot « ech » (feu) est rattaché à « chalhévétyah », pour signifier : le feu de chalhévétyah. Autrement dit, il ne faut pas lire « richpé ech, chalhévétyah », mais bien « richpé - ech chalhévétyah ». En effet, le Zakef Gadol est un accent disjonctif dans toutes les traditions de lecture - yéménites, séfarades et ashkenazes - qui marque une pause après le mot « richpé » ; dès lors, « ech chalhévétyah » forment une seule et même expression liée.

En résumé :

L'ouverture de ce dernier chapitre est un appel à la proximité : « מי יתנך כאח לי » (Puisses-tu être pour moi comme un frère) - que Tu me consoles et me pardonnes à l'image de Yossef envers ses frères, et que notre amour soit manifeste et sans retenue, au point que je m'adonne à la Torah et aux mitsvot partout où je chemine. « אביאך אל בית אמי » (Je t'amènerais dans la maison de ma mère) - l'ardente aspiration au Beth Hamikdach, lieu de l'union parfaite. « שמאלו תחת ראשי » (Sa main gauche sous ma tête) - même en exil, mon Bien-Aimé me soutient, et c'est pourquoi « השבעתי אתכם » (Je vous en conjure) : il sera vain pour les nations de chercher à nous éloigner ou à ébranler notre amour. « מי זאת עולה מן המדבר » (Qui est celle-ci qui monte du désert) - l'admiration devant la communauté d'Israël, élevée par le don de la Torah et l'attachement à la Présence divine, qui traverse encore l'exil en évoquant l'amour de sa jeunesse au pied du mont Sinaï et son statut de « mère » régissant les mondes. Enfin, « שימני כחותם » (Mets-moi comme un sceau) : un amour fort comme la mort, pour lequel nous donnons notre vie et qui suscite la provocation des nations, un amour fait d'étincelles de feu divin.