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Chapitre 4 - L'éloge de la beauté de la bien-aimée - Partie 1

Introduction : le chant d'éloge du bien-aimé pour sa bien-aimée

Le chapitre 4 du Shir HaShirim est un chapitre d'éloge. Le bien-aimé se tient debout et loue sa bien-aimée, membre après membre, et dans le sens allégorique, le Saint béni soit-Il se tient debout et loue l'assemblée d'Israël. Le chapitre poursuit directement la fin du chapitre précédent : nous avons parlé là-bas du "jour de ses noces et du jour de la joie de son cœur", du huitième jour de l'inauguration et des offrandes apportées devant le Nom béni soit-Il, "un plat d'argent du poids de cent trente", et c'est sur cela que vient maintenant l'éloge. Il est important de garder à l'esprit tout au long du chapitre la règle que Rachi répète : tous les éloges ici sont exprimés "dans le langage de la beauté d'une femme", à l'image de l'éloge d'une femme aimée par son fiancé, et nous en apprenons le sens allégorique concernant l'assemblée d'Israël.

Verset 1 : "Que tu es belle, ma bien-aimée"
הִנָּךְ יָפָה רַעְיָתִי הִנָּךְ יָפָה, עֵינַיִךְ יוֹנִים מִבַּעַד לְצַמָּתֵךְ, שַׂעְרֵךְ כְּעֵדֶר הָעִזִּים שֶׁגָּלְשׁוּ מֵהַר גִּלְעָד׃ - Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle, tes yeux sont des colombes derrière ton voile, tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres dévalant du mont Guilead.

Rachi explique : "Il les a loués et désirés, et leurs offrandes lui furent agréables". Le Saint béni soit-Il loue Israël et les désire, c'est-à-dire qu'Il accepte leurs offrandes avec faveur. C'est la suite directe de ce jour de la joie de son cœur : le Nom dit pour ainsi dire, comme c'était beau ce que tu as fait alors, ma bien-aimée, comme cela était agréable devant Moi.

Aussitôt, Rachi poursuit et anticipe ce qui vient plus tard (ce qu'a déjà remarqué le Siftei 'Hakhamim), et il rapporte le "jusqu'à ce que le jour respire" du verset 6 : "jusqu'à ce qu'ils fautent devant Moi aux jours de 'Hofni et Pin'has". Rachi veut achever ce qu'il a commencé : le Nom nous a loués, nous a désirés, et nos offrandes lui furent agréables, jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que le jour respire, jusqu'à ce qu'ils fautent aux jours de 'Hofni et Pin'has. Ils se sont comportés dans la Tente d'assignation, dans le Michkan, avec mépris, en firent un lieu de nourriture et de convoitise, et par là causèrent un grand dommage : à la fois dans le rapport de tout Israël à la question des offrandes, et dans les lois de l'offrande, quand il est permis de prendre des parts de l'offrande. Ils causèrent une grande corruption, et à partir de ce moment les offrandes ne lui furent plus agréables.

Maintenant Rachi revient expliquer le verset dans son ordre. "Tes yeux sont des colombes" - "tes teintes, ton apparence et ta ressemblance sont comme cette colombe qui s'attache à son partenaire, et lorsqu'on l'égorge elle ne se débat pas mais tend le cou, ainsi as-tu donné l'épaule pour supporter mon joug et ma crainte". Remarquez : "tes yeux" ici n'est pas au sens de l'œil comme organe, mais au sens de l'apparence, comme "l'aspect du cristal" - teinte et apparence. Et en quoi l'assemblée d'Israël ressemble-t-elle à la colombe ? En deux qualités : la première, que la colombe s'attache à son partenaire. La seconde, que tout animal résiste au moment de l'abattage, c'est pourquoi on l'attache et on fait des actions pour qu'il ne bouge pas, tandis que la colombe tend son cou pour l'abattage. C'est l'expression du fait que l'assemblée d'Israël a donné l'épaule pour supporter le joug du Nom et sa crainte, et était prête à subir tueries, abattages et pogroms tout au long des générations - "car c'est pour Toi que nous sommes tués tout le jour".

"Derrière ton voile, tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres" - Rachi dit que cet éloge est à l'image de l'éloge d'une femme aimée par son fiancé : "à l'intérieur de tes ornements, tes cheveux sont beaux et brillent d'un éclat et d'une blancheur comme les poils de chèvres blanches qui descendent des montagnes et dont les poils brillent de loin". "Ton voile" est la couverture et les ornements que les femmes mettaient sur leurs cheveux, une sorte de coiffe faite de nœuds, à travers laquelle les cheveux apparaissent brillants de loin.

Et l'exemple dans le sens allégorique : "à l'intérieur de tes camps et de tes demeures, même les gens vides parmi toi me sont chers comme Ya'akov et ses fils qui dévalèrent pour descendre du mont Guilead lorsque Lavan les rattrapa là-bas". C'est-à-dire ceux qui sont intérieurs et cachés, qui ne sont pas vus et ne sont pas importants aux yeux des gens, eux aussi me sont chers comme Ya'akov et ses fils. Et une autre explication apportée par Rachi au nom du Midrach Shir HaShirim : "comme ceux qui firent la guerre à Midian de l'autre côté du Jourdain, qui est au pays de Guilead" - ces gens vides parmi toi me sont précieux et importants comme ces armées aux jours de Moché, qui étaient tous des justes.

Grammaire de "mibaad" et de "tsamatékh"

Rachi précise le mot "mibaad" : "c'est un terme signifiant de l'intérieur, car la plupart des occurrences de 'baad' dans l'Écriture désignent une chose qui fait écran et protège contre une autre chose". "וּבְעַד כּוֹכָבִים יַחְתֹּם" - le Saint béni soit-Il est comme un écran et un sceau face aux étoiles. "הָאָרֶץ בְּרִיחֶיהָ בַעֲדִי" - la terre me barre le chemin. "הַבְעַד עֲרָפֶל יִשְׁפּוֹט" - à travers la nuée obscure qui fait barrière, là Il juge. Si tel est le cas, "mibaad" désigne celui qui se trouve à l'intérieur de cet écran et regarde à travers lui, comme dans l'expression que nous employons : je regarde à travers les volets, à travers le rideau. Ainsi ici aussi : les cheveux se trouvent à l'intérieur et apparaissent à travers le voile.

"Tsamatékh" - "un terme désignant la chose qui resserre les cheveux pour qu'ils ne s'échappent pas au dehors, c'est le filet et les ornements". Il ne s'agit pas d'une tresse nattée comme nous en avons l'habitude, mais d'un terme de resserrement : le filet que les femmes mettaient sur leur tête afin de resserrer les cheveux pour qu'ils ne se dispersent pas.

Rachi ajoute : "On ne peut pas expliquer tsamatekh comme venant du mot tsomet (jonction), avec un tav faisant partie de la racine du mot, car s'il en était ainsi le tav devrait porter un daguech". La preuve est simple : prenons le mot "chabbat", dont le tav est radical. Lorsqu'on y ajoute un hé pour le féminin ou un vav pour le masculin, le tav est renforcé : "חַגָּהּ, חָדְשָׁהּ וְשַׁבַּתָּהּ", "עֹלַת שַׁבַּת בְּשַׁבַּתּוֹ", avec un tav marqué d'un daguech. Si la racine du mot était "tsomet", il faudrait dire "tsammatékh" avec un tav daguéché. Et puisque le tav est raphé (sans daguech), il vient nécessairement à la place d'un hé, et la racine est "tsama" (natte). Comment le hé s'est-il transformé en tav ? Selon l'usage de la langue : chifha (servante) - chifhatekh, chifhata ; ama (servante) - amato, amata ; erva (nudité) - ervato, ervata. Ainsi tsama - tsamato, tsamata, tsamati, tsamatekh, et tout cela quand le tav est raphé.

"Cheguelchou" : non pas, comme on a l'habitude de le comprendre, un terme de glissement, mais Rachi explique : "qui se sont dénudées". La preuve : "guibéah" (chauve) est traduit par le Targoum "gueloch", et "gabahto" est traduit "guelichouté". Le sens : lorsque le troupeau est couché sur la montagne, celle-ci paraît velue et couverte de leur laine, et quand les bêtes en descendent, la montagne se retrouve dénudée et dépouillée d'elles. Voilà "cheguelchou méhar Guilad" : les chèvres ont pour ainsi dire rasé la montagne en la quittant.

Verset 2 : "שִׁנַּיִךְ כְּעֵדֶר הַקְּצוּבוֹת"
שִׁנַּיִךְ כְּעֵדֶר הַקְּצוּבוֹת שֶׁעָלוּ מִן הָרַחְצָה, שֶׁכֻּלָּם מַתְאִימוֹת וְשַׁכֻּלָה אֵין בָּהֶם׃ - Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues qui remontent du bain, toutes semblables l'une à l'autre, et aucune parmi elles n'est privée de sa jumelle.

"Cet éloge lui aussi s'exprime dans le langage de la beauté d'une femme", souligne Rachi : "tes dents sont fines, blanches et rangées dans leur ordre comme la laine et l'ordre du troupeau de brebis". Des dents grossières ne sont pas belles, c'est pourquoi il loue la finesse, la blancheur et l'ordre. Et nous avons ici la source de ce que tout le monde recherche aujourd'hui : la blancheur des dents comme éloge.

Et pourquoi précisément des brebis ? "Celles qui sont choisies parmi le reste du bétail avec soin et compte, confiées à un berger sage et honnête pour veiller sur leur laine, dont on fait des étoffes précieuses, et qu'on garde dès leur naissance pour que la laine ne se salisse pas, et qu'on lave de jour en jour". À leur époque, quand on voulait préserver la laine pour en faire des étoffes précieuses (des vêtements coûteux), on confiait les brebis à un berger sage, qui ne les faisait pas paître parmi les épines et ne les installait pas dans un lieu sale, car si la laine se salit il est très difficile de la blanchir. Et la Guemara rapporte qu'on habillait même la brebis d'un tissu, on l'enveloppait, pour que la laine reste propre. On les garde dès leur naissance, alors que la laine est la plus blanche et la plus propre, et on les lave chaque jour, pour qu'aucune saleté impossible à ôter ne s'incruste en elles.

"Chekoulam matimot" (toutes semblables) : "du terme mtom (intégrité), 'ein mtom bivsari' (il n'y a rien d'intact dans ma chair), c'est-à-dire intactes". "Mtom" est un endroit intact, un lieu entier, et donc "ein mtom bivsari" signifie qu'il n'y a en moi aucun endroit sain, que je suis tout meurtri. Et "matimot" veut dire qu'elles sont toutes entières et intactes. "Vechakoula ein bahem" : "aucun manque ni défaut n'est en elles", chikoul avec un kaf, dans le sens de manque, comme "dov chakoul" (une ourse privée de ses petits).

Et le sens allégorique : l'image se rapporte aux vaillants d'Israël, qui déciment et dévorent leurs ennemis autour d'eux avec leurs dents, et qui pourtant s'écartent du vol au sein d'Israël et de l'immoralité, afin de ne pas se salir par la faute. Cet éloge s'applique tout particulièrement aux douze mille hommes qui firent campagne contre Midian : "avec soin et compte" au sens propre. "Toutes semblables" : pas un seul d'entre eux ne fut soupçonné d'immoralité, comme il est dit "et il ne manqua pas un homme d'entre nous", et même pour une simple pensée du cœur ils apportèrent leur expiation. Et ils ne furent pas non plus soupçonnés de vol, car l'Écriture témoigne à leur sujet "et ils prirent tout le butin et l'apportèrent à Moché et au Cohen Elazar", et aucun d'eux ne s'appropria une seule vache ni un seul âne, mais ils apportèrent tout le butin. Il n'y avait donc en eux aucun manque ni aucun défaut.

Verset 3 : "כְּחוּט הַשָּׁנִי שִׂפְתוֹתַיִךְ"
כְּחוּט הַשָּׁנִי שִׂפְתוֹתַיִךְ וּמִדְבָּרֵךְ נָאוֶה, כְּפֶלַח הָרִמּוֹן רַקָּתֵךְ מִבַּעַד לְצַמָּתֵךְ׃ - Tes lèvres sont comme un fil écarlate et ta parole est agréable, ta tempe est comme un quartier de grenade à travers ta natte.

Rachi : "tes lèvres sont belles pour promettre et tenir leur promesse, comme le firent les espions envers Rahav la prostituée, à qui ils dirent 'ce cordon de fil écarlate' etc., et ils tinrent leur promesse". Les lèvres expriment la parole, et l'éloge est que cette parole est fidèle : vous lui avez promis que là où se trouverait le fil écarlate viendrait le salut pour sa famille, et vous avez tenu parole. C'est pourquoi précisément "comme un fil écarlate" : signe que tes paroles sont paroles de vérité et que tu tiens ta promesse.

"Oumidbarekh naavé" : certains se trompent en y lisant le terme midbar (désert), mais il n'en est rien : "midbarekh" est un terme de parole, de la même racine que "hanidbarim bakh etsel hakirot" (ceux qui parlent de toi le long des murs), "az nidberou yiré Hachem" (alors se sont entretenus ceux qui craignent Hachem). C'est-à-dire : ta parole est belle.

« Comme une tranche de grenade est ta tempe » - ici non plus, le sens n'est pas celui que l'on donne couramment à ce mot dans le langage parlé. Rachi explique : « Ta "raka" désigne le haut du visage près des yeux, ce que la Guémara appelle "romané de-apé" (les grenades du visage), qui ressemblent à un quartier d'une demi-grenade vu de l'extérieur, rouge et arrondi ». Il s'agit des pommettes sous les yeux, de ce relief près du nez semblable à l'extérieur d'une tranche de grenade, rouge et rebondi (le terme "segalgal" signifie ici arrondi, et non violet), à l'image des femmes qui mettent du fard sur leurs joues. C'est là une louange de la beauté de la femme.

Et le sens allégorique : « Nos Maîtres ont expliqué : même les êtres les plus vides parmi toi sont remplis de mitsvot comme une grenade ». Et cela aussi se trouve « derrière ton voile », à l'intérieur de tes tresses : ceux qui se trouvent à l'intérieur, cachés et méconnus, qui ne paient pas de mine et ne semblent pas posséder de mérites - eux aussi sont remplis de mitsvot comme une grenade.

Verset 4 : « Comme la tour de David est ton cou »
כְּמִגְדַּל דָּוִיד צַוָּארֵךְ בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת, אֶלֶף הַמָּגֵן תָּלוּי עָלָיו כֹּל שִׁלְטֵי הַגִּבֹּרִים׃ - Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour servir de modèle d'architecture ; mille boucliers y sont suspendus, tous les carquois des vaillants guerriers.

Rachi : « Une taille élancée est une parure chez la femme ». La Guémara enseigne en effet qu'une petite taille trapue est un défaut de beauté, tandis qu'une posture droite et élancée est une grâce. « Et l'image employée : comme la tour de David, qui est la forteresse de Sion, lieu de force, d'acropole et de bastion, tel est ton cou : c'est la Chambre de pierre de taille (Lichkat HaGazit), qui était la force et le rempart d'Israël ». Le mot « ofel » désigne lui aussi un lieu fortifié, un poste d'où l'on combat.

« Bâtie pour servir de modèle (talpiyot) » - « construite pour la beauté, afin que tous la contemplent pour s'instruire de ses formes et de l'élégance de sa structure ; ce mot dérive de la racine de "malfénou mibahemot arets" (qui nous instruit par les bêtes de la terre) ». « Malfénou » signifie « qui nous enseigne », comme dans l'expression « A'aléfkha 'hokhma » (je t'enseignerai la sagesse), « A'aléfkha bina » (je t'enseignerai l'intelligence) - en arabe aussi, le verbe enseigner dérive de cette racine. Et comme nos Sages ont dit : si la Torah n'avait pas été donnée, nous aurions appris à ne pas voler auprès de la fourmi et la pudeur auprès du chat - c'est là le sens de « nous instruit par les bêtes de la terre ». Et si l'on demande pourquoi il est écrit « talpiyot » avec un Tav au début, Rachi répond : « Le Tav de talpiyot est comparable au Tav de tarmit (tromperie) et de tavnit (structure) » - « tavnit » vient de la racine de « construction » auquel s'ajoute un Tav, « tarmit » vient de la ruse et prend un Tav, et il en va de même ici.

Il s'avère donc que le cou figure le Sanhédrin, qui se tient pour ainsi dire au niveau du cou du Temple, formant la force et le rempart d'Israël à l'instar de la tour de David. Et de même que tous contemplent la tour pour admirer sa splendeur et l'art de sa structure, de même tous apprennent auprès du Sanhédrin la droiture et le jugement qu'ils rendent.

« Mille boucliers y sont suspendus » - « telle est la coutume des princes, de suspendre leurs boucliers et leurs armes le long des murailles des tours ». Ce n'étaient pas des tableaux que l'on accrochait aux murs des forteresses, mais des boucliers et des « chalatim ». Et que sont ces « chalatim » ? « Des carquois dans lesquels on place des flèches », comme dans le verset : « Aiguisez les flèches, remplissez les carquois (chalatim) » - remplissez les carquois de flèches pour le combat. « Et à cela ressemble la Chambre de pierre de taille d'où émane la décision de justice, car la Torah est un bouclier pour Israël ».

« Et l'on peut aussi expliquer "Élef ha-maguen" (mille boucliers) au sens du "bouclier du millième", en référence au verset "la parole qu'Il ordonna pour la millième génération" ». Au sens littéral, on aurait compris mille boucliers, mais Rachi vient préciser : le bouclier du millième, c'est-à-dire non pas mille boucliers, mais le bouclier rattaché au nombre mille. Cela fait allusion à la Torah, qui relève de cet aspect du millième : le verset ne signifie pas qu'Il a ordonné une parole pour mille générations, mais qu'à la millième génération, la Torah fut donnée. Ainsi, le Sanhédrin juge selon la Torah, et la Torah est « le bouclier du millième », une protection pour Israël.

« Tous les carquois des vaillants guerriers » - « nous trouvons que les disciples sont appelés du nom de flèches et de carquois, comme il est dit : "Comme des flèches dans la main d'un guerrier, tels sont les fils de la jeunesse ; heureux l'homme qui en a rempli son carquois" ». La jeunesse est la période où l'homme remplit son carquois de flèches : qu'il ne gaspille pas ses jeunes années dans l'oisiveté ou dans la poursuite des plaisirs, mais qu'il en garnisse son carquois et demeure attaché à Hachem, béni soit-Il. Comme on le sait, l'étude accomplie dans sa jeunesse est une étude qui se conserve, semblable à une écriture tracée sur du papier neuf, tandis que celui qui étudie dans sa vieillesse éprouve plus de peine à retenir et doit répéter sans cesse pour mémoriser. Ce qui s'ancre en l'homme dans sa jeunesse y demeure pour toujours. Heureux les disciples, ces « carquois des vaillants guerriers », qui dès leur jeunesse s'assoient pour étudier la Torah.

Verset 5 : Les deux seins - les deux Tables qui se correspondent
שְׁנֵי שָׁדַיִךְ כִּשְׁנֵי עֳפָרִים תְּאוֹמֵי צְבִיָּה, הָרוֹעִים בַּשּׁוֹשַׁנִּים׃ - Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle, qui paissent parmi les lys.

Dans le sens allégorique, les deux seins qui t'allaitent sont Moché et Aharon. Le verset est également interprété comme faisant référence aux deux Tables de la Loi, qui sont « des jumeaux d'une gazelle » : les cinq commandements de la première table correspondent aux cinq commandements de la seconde. Ainsi, par exemple, celui qui vole finira par être contraint de prêter serment et trébuchera aussi dans le faux serment ; il n'avait peut-être pas l'intention d'en arriver là, mais il finit par sombrer également dans le parjure.

« Souviens-toi » correspond à « Tu ne porteras point de faux témoignage » : car celui qui profane le Chabbat porte un faux témoignage contre son Créateur, en affirmant qu'Il ne s'est pas reposé lors du Chabbat de la Création. En effet, s'il n'y a pas de cessation le septième jour, il n'y a pas eu de création en six jours, et il se trouve ainsi renier l'œuvre de la Création. Il convient de remarquer qu'à notre époque, la réalité a changé : beaucoup transgressent par désir ou habitude et ont le statut d'enfants captifs ignorant la loi ; ils n'ont aucune intention de se rebeller contre Hachem. Une personne peut ainsi faire le Kiddouch puis partir en promenade ou à un match pendant Chabbat, sans y voir la moindre contradiction : c'est une question d'éducation. C'est pourquoi on ne peut pas la considérer comme reniant l'œuvre de la Création, ce qui a également des implications halakhiques quant à l'association au minyan et à d'autres questions débattues par les décisionnaires. Mais dans le principe originel, lorsque l'homme ne respecte pas le Chabbat, c'est comme s'il déclarait que le Saint, béni soit-Il, ne s'était pas reposé le septième jour, et s'Il ne s'est pas reposé, Il n'a pas non plus créé le monde.

« Honore » correspond à « Tu ne convoiteras point » : car celui qui convoite finira par engendrer un fils qui le méprisera et honorera un autre que son père. Il a convoité une femme qui n'était pas la sienne et a commis l'adultère avec elle, et elle a enfanté un fils. L'enfant est bien son fils, mais le mari l'ignore, la femme ne veut pas qu'il le sache, et peut-être même ignore-t-elle de qui elle est tombée enceinte. L'enfant grandit dans ce foyer et honore celui qui n'est pas son père, tandis qu'il risque de croiser son véritable père au marché, de se disputer avec lui et même de le maudire, car à ses yeux, ce n'est que « ce type du marché ». Voilà comment les Tables sont « les jumeaux d'une gazelle », parfaitement accordées et parallèles l'une à l'autre.

« Qui paissent parmi les roses »

Rachi commente : « Qui font paître leur troupeau parmi les roses et les guident sur un chemin aisé et droit ». L'expression « qui paissent » renvoie aux deux pasteurs, Moché et Aharon, qui sont les seins allaitant Israël : ils nous mènent paître parmi les roses, sur une voie agréable, aisée et droite.

Mais il faut se souvenir d'une chose : les roses ont aussi des épines. Lorsque Moché et Aharon guidaient Israël, il y avait le puits, la manne et les nuées de gloire, tout était merveilleux - mais au moindre écart, ils se heurtaient aux épines : ici « le feu de l'Éternel s'embrasa parmi eux », là vingt-quatre mille morts, ici les murmurateurs, là les serpents brûlants. Ce n'est pas sans raison que la chose est comparée à des roses : vivre dans la proximité de Dieu représente une abondance immense, mais c'est aussi extrêmement exigeant. Cela réclame de se maintenir constamment à un haut niveau spirituel, et le moindre faux pas entraîne aussitôt des revers. C'était également la raison pour laquelle ils finirent par rejeter la manne : la manne dévoilait leurs fautes. La manne était une chose sublime, mais il n'est pas agréable de vivre constamment sous l'œil d'une caméra : au moindre écart, va chercher ta manne le lendemain dans les montagnes.

Le rav Galinsky citait souvent à propos du verset « Il t'a fait souffrir, Il t'a fait endurer la faim et t'a nourri de la manne » : en apparence, c'est contradictoire, s'Il les a nourris de manne, en quoi les a-t-Il fait souffrir et affamés ? En réalité, voici ce qui se passait : un homme s'asseyait hier entre Min'ha et Maariv avec un ami et parlait de politique, colportant du lachon hara sur l'un et sur l'autre. Le matin venu, il cherche sa portion de manne près de sa porte, et rien. Il regarde au loin, rien non plus, et comprend qu'il doit aller errer dans les collines pour la trouver. Il se souvient : « Malheur, hier j'ai parlé du lachon hara ! » Il dit alors à sa femme : « Aujourd'hui, c'est Chovavim, on jeûne ! » - l'essentiel étant qu'elle ne lui demande pas ce qu'il a bien pu faire la veille pour que la portion ne soit pas devant la maison. Elle lui demande : « Comment cela, Chovavim ? Nous sommes pourtant au mois de Tichri ! » Il lui répond : « Ils l'ont avancé cette année. » C'est ainsi que s'explique « Il t'a fait souffrir, Il t'a fait endurer la faim et t'a nourri de la manne » : parfois, pour pouvoir manger la manne, il fallait jeûner, car il lui était trop pénible d'aller chercher sa nourriture sous les yeux de tous, révélant ainsi sa honte. C'est cela, « qui paissent parmi les roses » : agréable et splendide comme une rose, mais entourée d'une haie d'épines. Si l'on s'écarte un peu, on s'écorche.

En conclusion :

Dans ce chapitre, le Saint, béni soit-Il, fait l'éloge de la communauté d'Israël à la manière dont une femme est louée par son fiancé, et chaque membre représente une louange allégorique : « Tes yeux sont des colombes » - l'attachement indéfectible au conjoint et la disposition au don de soi ; la chevelure à travers le voile - même les personnes simples et effacées en Israël sont chères à Ses yeux, à l'image de Yaakov et de ses fils ou des armées envoyées contre Madian ; les dents comme un troupeau de brebis tondues - les vaillants d'Israël qui se sont préservés du vol et de l'immoralité, « sans qu'aucun homme ne manque parmi nous » ; le fil d'écarlate - la fidélité de la parole et le respect des promesses ; le quartier de grenade - les personnes en apparence vides parmi toi qui sont remplies de mitsvot comme une grenade ; la tour de David - la Chambre de pierre de taille et le Sanhédrin, pour qui la Torah est un bouclier ainsi que pour Israël, et les talmidé 'hakhamim qui sont les flèches des héros ; et les deux seins - Moché et Aharon, ainsi que les deux Tables de la Loi qui se répondent parfaitement. Enfin, « qui paissent parmi les roses » : une conduite agréable et droite, pourvu que nous nous rappelions que la proximité de Dieu exige aussi que nous soyons à la hauteur.

Et tout cela « jusqu'à ce que le jour décline » - jusqu'à ce qu'ils pèchent à l'époque de 'Hofni et Pin'has, moment où les sacrifices cessèrent d'être agréés devant Lui. Nous apprenons de là à quel point tout ce grand éloge dépend de nos actes, et combien sont chers aux yeux de Dieu même les plus simples et les plus discrets du peuple, eux qui sont également remplis de mitsvot comme une grenade.