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Chapitre 1 - La sainteté de Chir HaChirim - Deuxième partie

Dans cette partie, nous achevons l'étude du premier chapitre de Chir HaChirim, du verset 6 jusqu'à la fin. La fiancée - Kenesset Israël, l'Assemblée d'Israël - s'excuse pour son teint noirci, expliquant qu'il s'agit d'un état passager dû à ceux qui l'ont entraînée dans la faute. Elle se tourne ensuite vers le Berger pour lui demander comment Il la fera paître au milieu des loups en exil, et reçoit pour réponse de suivre les traces de ses pères. Par la suite, le texte décrit l'amour du Saint béni soit-Il lors de l'ouverture de la mer Rouge et du butin de la mer, la déchéance lors du veau d'or, l'expiation apportée par les offrandes du Tabernacle (le Mishkan) et la louange du Mishkan lui-même.

« Ne me regardez pas parce que je suis noirâtre » - Un défaut passager
אַל־תִּרְאוּנִי שֶׁאֲנִי שְׁחַרְחֹרֶת שֶׁשְּׁזָפַתְנִי הַשָּׁמֶשׁ בְּנֵי אִמִּי נִחֲרוּ־בִי שָׂמֻנִי נֹטֵרָה אֶת־הַכְּרָמִים כַּרְמִי שֶׁלִּי לֹא נָטָרְתִּי׃ - « Ne me regardez pas parce que je suis noirâtre, parce que le soleil m'a brunie : les fils de ma mère se sont irrités contre moi, ils m'ont établie gardienne des vignes ; ma propre vigne, je ne l'ai pas gardée. »

Rachi explique : « Ne me regardez pas » - ne me regardez pas avec mépris. Le verbe voir exprime ici un regard dédaigneux et humiliant, comme dans le verset : « Il frappa les gens de Beth Chémech parce qu'ils avaient regardé l'Arche de l'Éternel » - ils l'avaient contemplée avec irrévérence, comme pour dire : qui T'a irrité pour que Tu partes, et qui T'a apaisé pour que Tu reviennes ? C'est en ce sens que Kenesset Israël s'exprime : ne me regardez pas avec mépris parce que je suis noirâtre, car cette noirceur et cette laideur ne sont pas innées depuis le sein de ma mère, mais proviennent du hâle du soleil - or une telle noirceur s'efface aisément et la peau blanchit dès qu'on se tient à l'ombre.

En d'autres termes : ne vous focalisez pas sur mon imperfection, car elle est éphémère. On voulut un jour nommer l'un des grands de la génération au poste de rabbin de la ville, mais certains hésitaient : il est encore jeune, âgé de vingt-trois ou vingt-cinq ans à peine, comment pourrait-il devenir notre rabbin ? Il leur répondit : le seul défaut que vous me trouvez est ma jeunesse, et je puis vous assurer d'une chose - ce défaut est passager. C'est précisément ce que déclare ici la bien-aimée : ma noirceur n'est pas une tare indélébile, ce n'est qu'un simple coup de soleil, et il suffit de demeurer quelque temps à l'ombre pour retrouver sa blancheur.

« Les fils de ma mère se sont irrités contre moi » - ce sont les Égyptiens parmi lesquels j'ai grandi, ceux qui sont montés avec moi au sein de la multitude mélangée (le 'Erev Rav) et qui m'ont pervertie en proclamant : « Voici tes dieux, Israël ! » Le terme « nakharou » se rattache à la notion de brûlure, comme dans « son cuivre est brûlant » ou « le dessèchement des fleuves », et correspond à l'expression « 'haron af » qui désigne l'échauffement et l'ardeur nés de la colère. Il s'avère ainsi que ce sont les fils de ma mère qui m'ont noircie, consumée et rendue basanée, en m'incitant et en me séduisant au point qu'« ils m'ont établie gardienne des vignes » - c'est là que le soleil m'a brûlée et que j'ai été noircie, car ils m'ont amenée à pratiquer l'idolâtrie.

Que signifie « gardienne des vignes » ? Rachi explique que dans l'Écriture, les dirigeants et protecteurs sont parfois désignés par le terme de vignes, comme il est dit : « Et Je lui donnerai ses vignes dès là », ce que le Targoum traduit par « J'instituerai pour elle ses guides », ou encore : « Il ne prendra pas le chemin des vignes ». Autrement dit : ils m'ont asservie comme gardienne et servante d'autres puissances, de régisseurs et de forces intermédiaires ; « mais ma propre vigne, je ne l'ai pas gardée » - mon véritable Protecteur, Celui qui me nourrit et pourvoit à mes besoins, le Saint béni soit-Il, c'est Lui que j'ai délaissé ; de même, j'ai abandonné la foi héritée de mes pères pour adopter des cultes étrangers. Et le texte insiste à nouveau : cette noirceur n'est que temporaire, et son origine réside chez ceux qui m'ont fait trébucher.

« Dis-moi, toi que mon âme aime » - Le troupeau parmi les loups
הַגִּידָה לִּי שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי אֵיכָה תִרְעֶה אֵיכָה תַּרְבִּיץ בַּצׇּהֳרָיִם שַׁלָּמָה אֶהְיֶה כְּעֹטְיָה עַל עֶדְרֵי חֲבֵרֶיךָ׃ - « Dis-moi, toi que mon âme aime, où tu fais paître, où tu fais reposer le troupeau à midi ? Car pourquoi serais-je comme une femme voilée près des troupeaux de tes compagnons ? »

Rachi : le Roua'h HaKodech (l'Esprit divin) revient à présent pour la comparer à un troupeau chéri de son berger. Le peuple d'Israël est appelé troupeau, et le Saint béni soit-Il est le Berger - c'est pourquoi nous disons : « Notre Père, notre Berger ». Même les dirigeants d'Israël sont appelés dans les prophéties « les pasteurs d'Israël », et des prophéties entières dénoncent le fait que le Saint béni soit-Il a confié Son troupeau à des pasteurs, mais que ceux-ci se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau.

Kenesset Israël - la communauté d'Israël tout entière - Lui dit, telle une femme s'adressant à son époux : dis-moi, toi que mon âme aime, comment feras-Tu paître Ton troupeau au milieu de ces loups, parmi les nations auprès desquelles nous vivons dans un danger perpétuel, et comment le feras-Tu reposer à midi - dans cet exil qui est un temps de détresse (tsara) pour eux, tout comme le midi est un moment d'épreuve pour le troupeau ? Le milieu du jour est l'heure la plus éprouvante pour les bêtes : elles sont en plein champ, accablées par un soleil de plomb, privées de repos. De plus, le mot « Tsohorayim » (midi) contient les lettres de « Tsara » (détresse).

« Car pourquoi serais-je comme une femme voilée » - et si Tu demandes en quoi cela Te concerne, puisque c'est nous qui nous sommes attiré l'exil ? Elle répond à cela : il n'est pas digne de Ton honneur que je sois comme une personne en deuil, voilant sa lèvre supérieure et pleurant sur son troupeau « près des troupeaux de tes compagnons » - c'est-à-dire auprès des autres bergers, les nations païennes qui s'appuient sur d'autres divinités et sont dirigées par des rois et des princes. Il y a là une humiliation et un déshonneur pour le Berger Lui-même, s'Il n'a pas le pouvoir de guider Son troupeau et qu'il se trouve livré à d'autres pasteurs. C'est là toute la gravité du 'Hiloul Hachem (profanation du Nom divin) produit lorsqu'Israël n'accomplit pas Sa volonté, car les nations prétendent alors que Dieu n'a pas la force de sauver Son peuple - on les frappe, on les opprime, et Il ne vient pas les délivrer.

« Ôtiyah » : comme une femme en deuil qui se voile jusqu'à la moustache, en référence au verset « et il se couvrira la moustache ». Le pleureur s'enveloppait la tête d'un vêtement et en rabattait le pan sur son visage jusqu'à couvrir sa lèvre supérieure, et nos Sages ont déduit de là que la personne en deuil doit garder le silence et justifier le décret divin. De nos jours, cette coutume est presque inconnue, et seuls les Juifs yéménites la pratiquent encore pendant la période de deuil.

Et dans la métaphore, les « bergers » représentent les princes célestes : chaque nation possède son ange protecteur dans les Cieux. Lorsque nous nous trouvons en Terre d'Israël, « terre sur laquelle l'Éternel, ton Dieu, a constamment les yeux, depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin », l'abondance divine découle directement de Lui, béni soit-Il, sans transiter par les ministres d'en haut. Mais lorsque nous sommes dispersés parmi les nations, l'abondance passe par l'intermédiaire du prince céleste de chaque peuple. Tel est le sens de « près des troupeaux de tes compagnons » : non point qu'ils soient, à Dieu ne plaise, les égaux du Saint, béni soit-Il, mais ils sont Ses délégués, faisant eux aussi office de bergers. De là ce cri du cœur : jusqu'à quand serai-je comme une femme en deuil paissant auprès d'autres pasteurs, et pourquoi ne me conduirais-Tu pas Toi-même ?

« Sors sur les traces du troupeau » - La réponse du Berger
אִם־לֹא תֵדְעִי לָךְ הַיָּפָה בַּנָּשִׁים צְאִי־לָךְ בְּעִקְבֵי הַצֹּאן וּרְעִי אֶת־גְּדִיֹּתַיִךְ עַל מִשְׁכְּנוֹת הָרֹעִים׃ - Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, sors sur les traces du troupeau, et fais paître tes chevreaux près des demeures des bergers.

Telle est la réponse du Berger : si tu ne sais où aller pour faire paître ton troupeau, ô la plus belle des femmes, alors que le Berger a cessé de les guider - c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, les a envoyés en exil - « sors sur les traces du troupeau ». Regarde les empreintes laissées sur le chemin par le bétail, là où leurs pas sont visibles (ce que Rachi traduit en vieux français par « traces »). On retrouve fréquemment ce terme dans les Écritures : « et Tes traces ne furent plus reconnues », « le talon de tes pieds », « à leurs trousses », etc. Quiconque s'égare cherche les traces et les empreintes laissées au sol, comprend que c'est par là que l'on est passé, et emprunte ce même chemin. « Et fais paître tes chevreaux près des demeures des bergers » : parmi les campements des autres pasteurs auprès desquels tu te trouves.

Et le sens allégorique est le suivant : si tu ne sais pas, Ma communauté et Mon assemblée, la plus belle des femmes - la plus belle des nations, car les nations sont appelées les « filles de Jérusalem » et la communauté d'Israël en est la plus resplendissante - comment te conduire et échapper à l'emprise de tes oppresseurs sans que tes enfants ne périssent au milieu d'eux, observe les voies de tes premiers pères qui ont reçu Ma Torah et observé Mes prescriptions et Mes commandements. Marche sur leurs pas, car ils t'ont laissé des traces et des repères sur la route. En récompense de cela, tu pourras faire paître tes chevreaux sous la tutelle des princes des nations, et tu assureras ta subsistance et ta survie parmi eux, bien que tu ne sois plus sur ta terre.

Certains commentateurs expliquent également que les « demeures des bergers » désignent les guides d'Israël, les maîtres de la Torah qui en assurent la transmission, dont il faut suivre la voie. Partout où l'on a omis de faire paître les chevreaux auprès des demeures de ces bergers, l'Histoire nous montre ce qu'il en est advenu : d'abord l'assimilation, suivie d'un antisémitisme effroyable, d'apostasies forcées, de massacres, de pogroms et de persécutions, comme ce fut le cas lors de l'expulsion d'Espagne ou durant l'horrible Shoah en Europe. Chaque fois que les demeures des bergers ont été délaissées, la souffrance, les drames et les persécutions ont surgi.

C'est en ce sens que le prophète Jérémie déclarait : « Dresse des poteaux routiers, place des signaux, prends garde à la chaussée ». Lorsque l'on souhaite retrouver le chemin du retour, on y place des repères ; ces signaux (tamrourim) étaient à l'origine des palmiers plantés pour baliser la voie. Tout cela vise à préserver en nous la mémoire vivante que nous sommes les enfants d'Avraham, d'Yits'hak et de Ya'akov, et qu'il nous incombe de suivre cette même voie sans jamais nous en écarter, afin de rester fidèlement attachés à Lui, béni soit-Il.

« À ma cavalerie parmi les chars de Pharaon » - L'affection lors de l'ouverture de la mer Rouge
לְסֻסָתִי בְּרִכְבֵי פַרְעֹה דִּמִּיתִיךְ רַעְיָתִי׃ - À ma cavalerie attelée aux chars de Pharaon, je t'ai comparée, ma compagne.

Rachi explique que la lettre lamed préfixée à « sousati » exprime ici une circonstance de temps, tout comme dans « au bruit qu'Il fait entendre, une abondance d'eaux » qui signifie au moment où retentit Sa voix, ou encore le lamed de « pour l'odeur de tes parfums », c'est-à-dire au moment où tes parfums embaument. Il en va de même ici : au moment où Ma cavalerie affrontait les chars de Pharaon.

« À ma cavalerie » (sousati) : il s'agit d'une nombreuse troupe de chevaux rassemblée de Mes armées célestes pour fondre sur les chars de Pharaon et te sauver, ainsi qu'il est dit : « Tu as foulé la mer avec tes chevaux », c'est-à-dire une multitude de coursiers. Nous retrouvons cette même image chez le prophète Élisée, dont le serviteur vit des chars et des chevaux de feu ; le Saint, béni soit-Il, se manifeste ainsi pour ainsi dire avec Ses chars, Ses légions angéliques prenant l'apparence de coursiers. En vieux français, Rachi glose ce terme par « cavalerie », qui désigne un ensemble de chevaux : il ne s'agit donc point d'une jument isolée au singulier, mais bien de « mes chevaux ».

« Dimmitikha rayati » - Je t'ai fait taire de tes cris, de la racine signifiant le silence et l'apaisement, comme il est dit : « Hachem combattra pour vous, et vous, gardez le silence » ; et Rachi mentionne avoir trouvé cette interprétation dans des recueils de Agada. Autre explication : « Dimmitikha rayati » - c'est là que J'ai montré à tous que tu es Ma compagne, car le Saint, béni soit-Il, est venu nous délivrer, révélant ainsi le lien indéfectible qui nous unit à Lui. Autre lecture encore : « Dimmitikha » (terme évoquant la parure) se rapproche du sens de ressemblance, comme dans le verset « ils ont pensé me tuer » (ils m'ont rendu semblable à un mort) - c'est-à-dire que là-bas, Je t'ai ornée de magnifiques parures et t'ai façonnée à l'image de Ma bien-aimée.

« Tes joues sont belles au milieu des rangées » - Les parures du butin de la mer
נָאווּ לְחָיַיִךְ בַּתֹּרִים צַוָּארֵךְ בַּחֲרוּזִים׃ - Tes joues sont gracieuses dans les rangées de perles, ton cou dans les colliers.

« Dans les rangées » (batorim) - des rangées de boucles d'oreilles et de diadèmes d'or, ornements disposés en rangées successives, y compris sur le front ; et le mot « tor » désigne une rangée, comme dans l'expression « roch tor », le début d'un rang. « Ton cou dans les colliers » - des colliers d'or et des perles fines enfilées sur des cordons d'or, provenant du butin de la mer. C'est là, lors de la sortie d'Égypte, que les Enfants d'Israël se sont parés du butin d'Égypte et de celui de la mer Rouge.

תּוֹרֵי זָהָב נַעֲשֶׂה־לָּךְ עִם נְקֻדּוֹת הַכָּסֶף׃ - Nous te ferons des rangées d'or avec des pointes d'argent.

Une question se pose : le texte aurait dû dire « Je t'ai fait » ; pourquoi s'exprime-t-il au pluriel et au futur ? Rachi l'explique : Moi et Mon tribunal céleste avons tenu conseil avant l'arrivée de Pharaon, décidant que Je l'inciterais et affermirais son cœur afin qu'il te poursuive avec tous les plus précieux trésors de ses réserves, dans le but de te confectionner ces rangées de parures d'or. En d'autres termes, avant même que Pharaon ne se lance à leur poursuite, le dessein avait été arrêté - car qui se serait engagé dans une expédition suicidaire pour poursuivre Israël après tous les fléaux subis ? - et J'ai endurci son cœur pour qu'il sorte avec tous ses trésors, afin que tu reçoives ces rangées d'or. C'est pourquoi le verset s'énonce au pluriel et au futur : il rapporte ce qui fut décrété lors de cette délibération préalable, et tout cela pour accomplir la promesse faite à Avraham Avinou : « Et après cela, ils sortiront avec de grands biens ».

« Avec des pointes d'argent » - qui s'ajoutent à ce qui se trouvait déjà entre tes mains lors de la sortie d'Égypte, car le butin de la mer dépassait en valeur celui d'Égypte. Cela ne signifie pas qu'en Égypte ils n'avaient emporté que de l'argent, car le verset précise bien : « des objets d'argent, des objets d'or et des vêtements » ; mais l'argent et l'or sont ici une allégorie : le butin d'Égypte est comparable à de l'argent face au butin de la mer, semblable à de l'or, bien plus précieux. Les dépouilles d'Égypte provenaient de ce qu'une femme empruntait à sa voisine ou à sa logeuse - et que peut bien détenir une voisine ? - alors que Pharaon mobilisa la totalité de ses trésors, des richesses accumulées par les rois d'Égypte depuis des siècles, ainsi que ce que Yossef avait amassé. « Des pointes d'argent » renvoie aussi à des pièces d'argent finement ciselées et chamarrées, soulignant l'extraordinaire variété du butin.

« Tant que le Roi est à Sa table » - La faute du Veau d'or
עַד־שֶׁהַמֶּלֶךְ בִּמְסִבּוֹ נִרְדִּי נָתַן רֵיחוֹ׃ - Tant que le Roi était à Sa table, mon nard a exhalé son odeur.

Knesset Israël s'exprime et reconnaît : Tout cela est vrai, Tu m'as comblée de bienfaits et je T'ai rendu le mal. Alors que le Roi était encore assis à table au banquet de Ses noces - le mont Sinaï fumait encore de la Révélation, quarante jours à peine s'étaient écoulés - « mon nard a exhalé son odeur », manière pudique de dire qu'il a empesté : alors même que la Présence divine résidait au Sinaï, j'ai commis la faute du Veau d'or.

Et pour quelle raison le verset dit-il « a exhalé son odeur » plutôt que « a empesté » ou « est devenu fétide » ? Rachi explique qu'il s'agit d'une expression d'affection, la Torah préférant un langage digne et mesuré (lachon nekiya). Voir également Rachi dans le traité Chabbat (chapitre Rabbi Akiva), où il note que l'affection se manifeste par le fait de ne pas avoir écrit « empesté ». Cependant, d'après les Tossafot, la délicatesse d'expression réside dans l'emploi du verbe « a donné » (natan) plutôt que « a perdu son odeur », car des mots grossiers n'auraient de toute façon pas été employés ; or l'Écriture aurait pu dire « mon nard a perdu son parfum ». En choisissant le verbe « donner », porteur d'une connotation noble, le texte enseigne que la tendresse du Créateur envers Son peuple demeure inaltérée.

« Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe » - L'expiation par le Michkan
צְרוֹר הַמֹּר דּוֹדִי לִי בֵּין שָׁדַי יָלִין׃ - Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins.

Mon bien-aimé a agi envers moi comme quelqu'un qui porte un sachet de myrrhe sur son cœur et me dit : voici ce sachet qui répandra un parfum encore plus agréable que le premier que tu as perdu. C'est ainsi que le Saint, béni soit-Il, S'est réconcilié avec Israël après la faute du veau d'or et leur a offert une expiation pour leur péché, en disant : faites une offrande pour le Mishkan, et que l'or du Mishkan vienne expier l'or du veau. Ce que vous vous êtes empressés d'apporter en or pour le veau, apportez-le à présent pour le Mishkan.

« Il repose entre mes seins » - bien que je Lui aie été infidèle, Il a résolu d'y faire Sa demeure. Au sens littéral, les femmes plaçaient ce sachet de parfums entre leurs seins ; au sens allégorique, le lieu de la Shekhina se trouve entre les deux barres de l'Arche, et la Guémara enseigne que les barres de l'Arche pressaient et faisaient saillie contre le Parokhet, apparaissant comme les deux seins d'une femme. C'est ainsi que du mal est sorti le bien : de la brèche causée par le veau d'or, nous avons mérité les secondes Tables et la présence de la Shekhina parmi nous, dans le Mishkan.

אֶשְׁכֹּל הַכֹּפֶר דּוֹדִי לִי בְּכַרְמֵי עֵין גֶּדִי׃ - Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné, dans les vignes d'Ein Guédi.

« Une grappe de henné » - il existe un parfum nommé kofer (le henné), comme dans « le henné avec le nard », et il se présente sous forme de grappes. « Dans les vignes d'Ein Guédi » - c'est un nom de lieu, où cette plante abonde. Or, les vignes étaient un lieu d'affection et d'amour : il n'y eut pas de jours plus joyeux pour Israël que le 15 Av et Yom Kippour, où les filles d'Israël sortaient danser dans les vignes ; de même trouvons-nous à l'époque de Shaoul, après que la tribu de Binyamin eut failli disparaître, qu'ils allèrent dans les vignes - c'était donc là que se concluaient les unions.

Au sens allégorique, Rachi cite la Agada selon laquelle ces vignobles produisaient des fruits quatre ou cinq fois par an ; c'est là l'image des multiples pardons et rémissions que le Saint, béni soit-Il, accorda à Israël pour les nombreuses épreuves par lesquelles ils L'éprouvèrent dans le désert. Chaque fois ils fautaient, et chaque fois Il leur pardonnait à nouveau, à l'image de ces vignes d'Ein Guédi qui portent du fruit de nombreuses fois dans l'année.

« Que tu es belle, ma compagne » - Paroles d'apaisement
הִנָּךְ יָפָה רַעְיָתִי הִנָּךְ יָפָה עֵינַיִךְ יוֹנִים׃ - Que tu es belle, ma compagne, que tu es belle, tes yeux sont des colombes.

La communauté d'Israël déclare : j'avais honte de mes égarements, mais Lui m'a réconfortée par des paroles d'apaisement en disant « J'ai pardonné selon ta parole », et te voici belle. Belle - car tes yeux sont des colombes. Une fiancée aux yeux laids exige que l'on examine tout son corps ; mais si ses yeux sont gracieux, son corps n'a besoin d'aucun examen. Et sur le plan éthique : le mauvais œil et l'étroitesse de vue sont le signe que tous les traits de caractère méritent d'être vérifiés, alors que le bon œil est la qualité la plus noble chez l'homme, et quiconque l'a acquise est déjà un réceptacle pour toutes les vertus.

Et voici l'image : J'ai pardonné ta faute et te voilà belle - belle par Naassé (« nous ferons ») et belle par Nishma (« nous écouterons »), belle par les mérites des Pères et belle par tes propres actes. De là vient ce redoublement : « Que tu es belle, que tu es belle ». Et pourquoi ? « Car tes yeux sont des colombes » - il se trouve en toi des Justes qui se sont attachés à Moi comme cette colombe qui, dès lors qu'elle reconnaît son compagnon, ne le quitte plus pour s'unir à un autre. Les colombes elles-mêmes sont un signe distinctif des Justes : là où se trouvent des Justes abondent les colombes, alors qu'en d'autres lieux rôdent les corbeaux. Et lorsque l'on dit de deux personnes qu'elles sont comme deux colombes, on exprime la profondeur du lien et de l'union qui les unit.

Il en fut ainsi pour les enfants de Lévi : « Tous les fils de Lévi se rassemblèrent auprès de lui » - ils ne s'égarèrent point dans la faute du veau d'or et ne laissèrent pas non plus les autres s'abandonner au mal, mais se levèrent et frappèrent les fauteurs. Et plus encore : tu es belle par l'œuvre du Mishkan, comme il est dit : « Moïse vit tout le travail, et voici qu'ils l'avaient exécuté... et Moïse les bénit » - il leur adressa des louanges, car par l'édification du Mishkan, Israël répara la faute du veau d'or.

« Que tu es beau, mon bien-aimé » - Louange du Mishkan
הִנְּךָ יָפֶה דוֹדִי אַף נָעִים אַף־עַרְשֵׂנוּ רַעֲנָנָה׃ - Te voici beau, mon bien-aimé, et plein de délices ! Notre lit lui-même est verdoyant.

Elle répond : la beauté n'est pas la mienne, mais la Tienne ; c'est Toi qui es beau. « Plein de délices » - car Tu as pardonné mes fautes et Tu as fait résider Ta Présence divine (Chekhinah) en mon sein. C'est là la louange relative à la descente du feu divin, ainsi qu'il est dit : « Tout le peuple le vit et poussa des cris de joie ». Au début, Aharon s'inquiétait : le feu ne descend pas, peut-être ai-je commis une faute et ne suis-je pas digne ? Et il dit à Moché : pourquoi m'as-tu fait venir pour que je sois humilié ? Mais dès que le feu descendit, il devint évident que le Saint, béni soit-Il, avait pardonné notre faute et avait fait résider Sa Chekhinah parmi nous.

« Notre lit lui-même est verdoyant » - grâce à Ta douceur, notre couche est florissante par nos fils et nos filles, qui se rassemblent tous vers Toi en ce lieu, comme il est dit : « Toute l'assemblée se réunit ». Et le Tabernacle est appelé « notre couche », c'est-à-dire un lit, ainsi qu'il est dit : « Voici la couche de Chlomo », ce qui fait allusion au Temple ; et il est dit de même à propos de Yoach : « Dans la chambre des lits qui se trouve dans la Maison de l'Éternel » - ainsi nommé car c'est là que le peuple d'Israël croît et se multiplie. Tout comme la chambre nuptiale est le lieu de l'union intime, le Temple est le lieu de communion entre l'assemblée d'Israël (Knesset Israël) et le Saint, béni soit-Il.

Le Midrach enseigne : tout comme ce lit n'est fait que pour la procréation, de même, avant que le Temple ne fût édifié, toute la communauté ne comptait ensemble que quatre myriades - à l'image de ceux qui montèrent de l'exil de Babylone à l'époque d'Ezra et de Néhémie, quarante à cinquante mille seulement - mais une fois le Temple bâti, ils se multiplièrent abondamment, selon les paroles de la Guémara qui rapporte que de Gévat à Antipatris, il y avait soixante myriades de bourgades, et chacune d'elles comptait le double du nombre des Hébreux sortis d'Égypte.

Et voici le sens profond : le lieu du Temple est le point d'épanchement de toute abondance, car toute la bénédiction des mondes supérieurs descend et se transmet à travers le Beth HaMikdach. Les Sages ont affirmé que si les nations avaient su quelle bénédiction leur parvenait grâce à l'existence du Temple, non seulement elles ne l'auraient pas détruit, mais elles auraient placé des gardes tout autour pour s'assurer qu'aucun mal ne l'atteigne. C'est de là que jaillit toute bénédiction matérielle et spirituelle, et c'est de là également que provient la fertilité et la multiplication d'Israël. C'est aussi la portée profonde de l'expression « la chambre des lits », qui fait allusion à l'union des attributs divins supérieurs, laquelle descend et influe sur notre monde d'en bas, déversant l'abondance sur l'ensemble des mondes.

קוֹרוֹת בָּתֵּינוּ אֲרָזִים רַהִיטֵנוּ בְּרוֹתִים׃ - Les poutres de nos demeures sont des cèdres, nos lambris sont des cyprès.

C'est ici la louange du Sanctuaire. Il ne s'agit nullement de nos habitations privées, ni d'une villa ni d'un pavillon, mais bien des charpentes du Temple et du Tabernacle : « Les poutres de nos demeures sont des cèdres », tout comme Chlomo bâtit la Maison divine et fit venir pour cela les artisans les plus experts dans l'art de bâtir en cèdre.

« Nos lambris » (rahitéinou) - Rachi commente : j'ignore s'il s'agit de planches ou de verrous, mais je sais que dans la langue de la Michna nous avons appris : « Les meubles (rahitéi) de la maison d'un homme témoignent contre lui », c'est-à-dire les objets familiers et les boiseries de la maison. « Des cyprès » (bérotim) - le Targoum les définit comme « kisséi goulmich », kisséi signifiant planches et goulmich étant le nom de l'arbre, et la majorité des commentateurs l'expliquent comme étant des cyprès, une essence d'arbre particulière. D'après l'autre explication, bérotim viendrait du mot verrous (barihim), et « rahitéinou » désignerait alors les portes - car la Guémara enseigne que « rahit » signifie porte, du fait qu'on accourt vers elle lorsqu'on y frappe, le terme rehitah évoquant la course, comme dans « dans les rigoles, dans les auges d'eau » où l'eau court avec vivacité. Il s'agirait donc des portes pourvues de leurs verrous. Rachi présente ces deux interprétations comme deux lectures possibles du verset, et c'est ainsi que s'achève le premier chapitre de Chir HaChirim.

En conclusion :

À la fin du premier chapitre se dévoile toute la trame des relations entre le Saint, béni soit-Il, et l'Assemblée d'Israël : elle présente d'abord ses excuses en soulignant que sa noirceur n'est qu'une souillure passagère causée par « les fils de ma mère » qui l'ont entraînée dans la faute, et elle supplie de savoir comment elle pourra paître en exil au milieu des loups et sous la domination des puissances des nations ; et Il lui répond que la seule voie de salut consiste à marcher sur les traces du troupeau, dans les voies des Patriarches qui reçurent la Torah et observèrent les commandements. De là, le texte évoque l'affection manifestée lors de l'ouverture de la mer Rouge et les parures du butin de la mer, la faute du veau d'or formulée avec retenue et tendresse, ainsi que l'expiation opérée par l'or du Tabernacle, jusqu'à ce que le Bien-Aimé revienne lui dire : « Te voici belle, ma compagne », et fasse résider Sa Présence divine parmi nous. Le chapitre se clôt par la louange du Sanctuaire et du Temple - « notre lit est verdoyant » -, lieu de communion intime entre Israël et le Saint, béni soit-Il, d'où se diffusent la bénédiction et l'abondance dans tous les mondes.