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Chapitre 1 - La sainteté de Chir Hachirim - Première partie

Introduction : la démarche de Rachi dans Chir Hachirim

Dans l'étude du Tanakh, nous avons l'habitude de suivre le Malbim partout où se trouve son commentaire, et c'est d'ailleurs ainsi que nous avons déjà étudié Chir Hachirim. Cependant, le Malbim adopte une approche tout à fait singulière dans Chir Hachirim : il ne suit pas la voie traditionnelle des autres commentateurs, mais explique que la bien-aimée (la Ra'aya) représente l'âme de Salomon qui l'a quitté - cette âme si élevée qu'il possédait autrefois, et qui aspire ardemment à retrouver les niveaux spirituels qu'il avait atteints auparavant. C'est pourquoi nous souhaitons à présent étudier Chir Hachirim selon la ligne classique : celle des Midrachim, du Targoum, de Rachi et des commentateurs du sens littéral, qui traite tout entière du lien et de l'union entre Knesset Israël - la bien-aimée - et le Bien-Aimé (le Dod) - le Saint, béni soit-Il. Et il convient de remarquer que Rachi, dont le commentaire sur les Nevi'im et Ketouvim est d'ordinaire très concis (contrairement à son vaste commentaire sur le 'Houmach), s'étend au contraire longuement et développe son propos précisément dans Chir Hachirim.

Verset 1 : Chir Hachirim acher liChlomo
שִׁיר הַשִּׁירִים אֲשֶׁר לִשְׁלֹמֹה׃ - Le cantique des cantiques, de Salomon.

Deux questions se posent sur la formulation du verset. Premièrement, pourquoi n'est-il pas dit « de Salomon, fils de David » ? En effet, lorsqu'on mentionne le nom d'un sage, on a coutume de le désigner par le nom de son père. Deuxièmement, pourquoi « le cantique des cantiques » et non « le cantique de Salomon » ? Il est pourtant dit : « et ses cantiques furent au nombre de mille et cinq », et non pas « le cantique de son cantique ». Cette formulation requiert explication.

Rachi explique : « Nos Maîtres ont enseigné que tout Salomon mentionné dans Chir Hachirim est saint : il s'agit du Roi à qui appartient la paix (Mélekh chéhachalom chélo) ». On comprend ainsi pourquoi il n'est pas dit « fils de David » : parce qu'il ne s'agit nullement de Salomon, fils de David. Le terme « Salomon » est ici une allégorie (machal), car tout Chir Hachirim est une allégorie, et il désigne le Roi à qui appartient la paix - le Saint, béni soit-Il. Quant à l'expression « Cantique des cantiques », elle signifie le chant qui s'élève au-dessus de tous les chants, le chant d'excellence entre tous les chants, adressé au Saint, béni soit-Il, par son assemblée et son peuple, Knesset Israël.

C'est à ce sujet que Rabbi Akiva déclara : « Le monde entier ne valait pas le jour où Chir Hachirim fut donné à Israël, car tous les Écrits sont saints (et selon d'autres versions : tous les cantiques sont saints), mais Chir Hachirim est le Saint des Saints ». Il n'y eut pas de jour aussi exceptionnel que celui où Chir Hachirim fut accordé. Et l'on raconte au sujet de Rabbi Akiva que lorsqu'il lisait Chir Hachirim le Chabbat, sachant jusqu'où s'élèvent ces paroles, ses yeux versaient des larmes, tant il communiait avec la nostalgie ardente contenue dans Chir Hachirim et avec l'immensité de sa grandeur.

Et Rabbi Elazar ben Azaria donna une parabole : c'est comparable à un roi qui prit une mesure (sé'ah) de blé et la confia à un boulanger. Il lui dit : « Produis-moi tant de fleur de farine - la farine la plus pure, tant de son ordinaire, tant de gros son, et cuis-moi à partir de cela une miche de pain purifiée et excellente ». De même, tous les Écrits sont saints, mais Chir Hachirim est ce pain d'élite, tamisé et parfait : le Saint des Saints, tout entier empreint de crainte du Ciel et d'acceptation du joug de Sa royauté.

Chir Hachirim - Un livre sans sens littéral

Il est rapporté au nom des Anciens, ainsi qu'au nom de Rabbi Israël Salanter (et très probablement déjà avant lui), que Chir Hachirim diffère de tous les Écrits que nous connaissons. Dans tous les Nevi'im et Ketouvim, même ceux composés sous forme de poésie, il existe un sens littéral (pechat) qui relate une histoire concrète. En revanche, Chir Hachirim ne comporte pas de sens littéral en soi. Lorsqu'on lit : « Qu'il me baise des baisers de sa bouche, car tes caresses sont meilleures que le vin », on ne peut l'interpréter platement comme un événement historique profane et raconter une anecdote humaine. Il n'y a pas ici de sens littéral profane : Chir Hachirim tout entier est d'emblée purement saint.

La chose est comparable aux expressions « les yeux de l'Éternel » ou « la main de Dieu » : personne ne prétend qu'il existe là un sens littéral selon lequel le Saint, béni soit-Il, posséderait des yeux et des mains. Dès l'origine, ces termes ont été rédigés comme une métaphore, afin de rendre les choses perceptibles à l'entendement humain. Il en va de même ici : Chir Hachirim a été conçu d'emblée comme une allégorie (machal), afin d'exprimer une réalité spirituelle élevée. Malgré tout, Chir Hachirim raconte bel et bien une histoire : une histoire d'amour entre le Bien-Aimé et Sa bien-aimée. C'est en ce sens que l'on parle ici de « sens littéral » : comprendre la trame de la parabole pour accéder ensuite au sens allégorique profond (le nimchal). Simplement, la parabole n'a aucune valeur autonome en elle-même, et cela ne ressemble pas au principe habituel selon lequel « un verset ne s'écarte jamais de son sens littéral », où l'on étudie l'histoire concrète du texte. Ici, l'intérêt porté à l'allégorie ne vise qu'à éclairer le nimchal, car l'allégorie n'a pas été conçue comme un simple récit, mais uniquement pour révéler la profondeur spirituelle qu'elle renferme.

Verset 2 : Yichakéni minchikot pihou
יִשָּׁקֵנִי מִנְּשִׁיקוֹת פִּיהוּ כִּי־טוֹבִים דֹּדֶיךָ מִיָּיִן׃ - Qu'il me baise des baisers de sa bouche, car tes caresses sont meilleures que le vin.

Rachi explique : "C'est le chant qu'elle prononce durant son exil et son veuvage : puisse le roi Salomon me baiser des baisers de sa bouche comme autrefois." Rachi mentionne ici un point fondamental qui nous accompagnera tout au long du livre : le discours qui se présente à nous est celui d'une femme veuve qui se souvient de sa jeunesse d'antan. C'est un récit postérieur aux événements : Knesset Israël se trouve à présent en exil, et elle parle avec nostalgie des jours glorieux qu'elle a vécus avec son bien-aimé, avec le Saint béni soit-Il. "Qu'il me baise des baisers de sa bouche" : puissé-je mériter à nouveau ces baisers qui existaient alors entre moi et le bien-aimé.

Et pourquoi est-il dit précisément "les baisers de sa bouche" ? Rachi explique : "Car il y a des endroits où l'on embrasse sur le dos de la main et sur l'épaule, mais moi je désire et j'aspire à ce qu'il agisse avec moi comme au commencement, comme un fiancé envers sa fiancée, bouche à bouche." C'est le baiser qui exprime le degré d'union le plus élevé, le niveau des "nechikin" dont parle le saint Zohar. C'est pourquoi il est dit ici "qu'il me baise" (yishakéni) et non avec la lettre lamed comme il est d'usage dans le texte biblique : "Yaakov embrassa Rachel", "approche-toi et embrasse-moi", qui désignent un baiser qui n'est pas sur la bouche. Ici le baiser est direct, bouche à bouche, et il représente le degré de proximité le plus élevé avec le Saint béni soit-Il, au mont Sinaï.

"Car tes caresses sont meilleures que le vin" : Rachi explique : "Car tes caresses me sont meilleures que tout festin de vin et que tout plaisir et toute joie." "Tes caresses" (dodékha) signifie toujours ton amour. Et c'est une expression hébraïque, car tout festin de plaisir et de joie est désigné par le nom du vin, comme il est dit : "vers la maison du festin de vin", "ils ne boiront pas de vin en chantant", "la lyre, la harpe, le tambourin, la flûte et le vin sont à leurs festins".

Et le sens allégorique, selon les mots de Rachi : "On dit son équivalent parce qu'Il leur a donné Sa Torah et a parlé avec eux face à face" : "Je suis" et "Tu n'auras pas", nous les avons entendus de la bouche de la Puissance, "bouche à bouche Je lui parle". Cette parole est comme un baiser, directement de Lui vers nous. "Et ces caresses leur sont encore plus douces que tout délice, et ils ont l'assurance de Sa part qu'Il se manifestera encore à eux, pour leur expliquer le secret de ses raisons et de ses mystères cachés, et ils implorent Sa face pour qu'Il accomplisse Sa parole." C'est-à-dire que nous attendons que Hachem nous dévoile le secret des raisons de la Torah et de ses mystères, et nous implorons Sa face pour qu'Il accomplisse Sa parole. Voilà le sens de "qu'il me baise des baisers de sa bouche" : de ces baisers que j'ai mérités, qu'il me baise à nouveau maintenant, qu'il me dévoile les secrets de la Torah et ses mystères.

Verset 3 : au parfum de tes huiles agréables
לְרֵיחַ שְׁמָנֶיךָ טוֹבִים שֶׁמֶן תּוּרַק שְׁמֶךָ עַל־כֵּן עֲלָמוֹת אֲהֵבוּךָ׃ - Au parfum de tes huiles agréables, ton nom est une huile qui se répand, c'est pourquoi les jeunes filles t'ont aimé.

Il y a ici une difficulté : qui loue-t-elle, le bien-aimé ou ses huiles ? La chose ressemble à quelqu'un qui veut louer son ami et dit de lui qu'il est venu avec un parfum de qualité : loues-tu ton ami ou la maison de parfumerie ? De plus, pourquoi "au parfum de tes huiles agréables" et non "tes huiles sont agréables" ?

Rachi explique : "Un bon renom est nommé d'après la bonne huile", selon les mots du verset "un bon renom vaut mieux qu'une bonne huile". Et il faut remarquer qu'il ne s'agit pas ici de sortes d'huiles comme l'huile d'olive ou l'huile de soja, mais de sortes de parfums, des huiles parfumées. Et le sens de la chose : l'huile fait allusion à un bon renom, car lorsque tu ouvres le parfum, son odeur se diffuse au loin, et ainsi se répand le bon renom d'une personne. Il en va certes de même pour un mauvais renom, mais la supériorité est "un bon renom vaut mieux qu'une bonne huile" : le bon renom est meilleur que la bonne huile dont l'odeur se perçoit au loin.

Et quand le bon renom du Saint béni soit-Il est-il parvenu au loin ? Rachi dit : "Lorsque les extrémités de la terre en ont senti l'odeur, elles qui ont entendu ta bonne renommée quand tu as accompli des prodiges en Égypte." Et une partie des miracles se sont produits aussi dans les autres pays : lorsque la mer s'est fendue, toutes les eaux du monde se sont fendues, et lorsque le Saint béni soit-Il a dit "Je suis" et "Tu n'auras pas", Il a réduit au silence tous les êtres vivants et toute chose dans le monde, et tout s'est tu. Ces événements qui se sont produits en Égypte étaient une bonne huile dont l'odeur sort et se diffuse au loin.

"Ton nom est une huile qui se répand" : Rachi explique : "Ton nom est appelé une huile qui se répand, en ce que l'on dit de toi : tu es une huile qui se répand continuellement, de sorte que ton odeur agréable sort au loin. Car telle est la nature de l'huile parfumée : tant qu'elle est dans une fiole scellée son odeur ne se diffuse pas ; on l'ouvre et on verse son huile dans un autre récipient, alors son odeur se diffuse." Quiconque observe verra : un parfum fermé, tu ne le sens pas ; ouvre-le et son odeur se diffuse. C'est pourquoi il n'est pas dit simplement "huile" mais "une huile qui se répand" : ton nom n'est pas simplement une huile, mais une huile qui se verse d'un récipient à un autre et dont l'odeur se diffuse au loin.

"C'est pourquoi les jeunes filles t'ont aimé" : et qui sont ces jeunes filles qui ont aimé Hachem à la suite des miracles et sont venues se joindre à nous ? Rachi rapporte : "Yitro est venu en apprenant tout ce qui s'était passé et s'est converti ; de même Rahav la prostituée a dit 'car nous avons appris comment Il a asséché', et par cela : 'car Hachem votre Dieu est Dieu dans les cieux'." Vois à quel point ce parfum a diffusé son odeur au loin, au point que des non-juifs sont venus et se sont rapprochés du peuple d'Israël.

Et que signifie l'expression "almot", qui reviendra encore de nombreuses fois par la suite ? Rachi dit : "almot, ce sont des jeunes filles vierges", c'est-à-dire des célibataires non mariées, "car le verset a comparé Dieu à un jeune homme dont la bien-aimée le chérit, et selon l'allégorie, les jeunes filles sont les nations". Autrement dit, la parabole est ici celle d'un jeune homme et d'une jeune fille dont la bien-aimée le chérit, et l'épouse est Knesset Israël ; par conséquent, l'ensemble des jeunes filles représente l'ensemble des nations. "Les jeunes filles t'ont aimé" : l'ensemble des nations se sont éveillées de ce fait pour venir et se rapprocher de Dieu, et parmi elles vint Yitro et parmi elles vint Ra'hav, mais l'éveil fut général même chez les autres nations.

Verset 4 : Entraîne-moi à ta suite, courons
מָשְׁכֵנִי אַחֲרֶיךָ נָּרוּצָה הֱבִיאַנִי הַמֶּלֶךְ חֲדָרָיו נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בָּךְ נַזְכִּירָה דֹדֶיךָ מִיַּיִן מֵישָׁרִים אֲהֵבוּךָ׃ - Entraîne-moi à ta suite, courons ; le roi m'a fait entrer dans ses appartements, réjouissons-nous et exultons en toi, nous évoquerons tes amours plus que le vin ; avec droiture ils t'ont aimé.

Il y a ici une contradiction au sein du verset : celui qui court, on n'a pas besoin de l'entraîner, et si l'on doit l'entraîner, c'est qu'il ne court pas. C'est pourquoi Rachi explique : "J'ai entendu de tes envoyés une allusion, quand tu as dit de m'entraîner, et moi j'ai dit : à ta suite courons, pour être ton épouse". Autrement dit : tu ne m'as pas encore entraînée, mais j'ai compris par allusion que tu cherches à m'entraîner, et aussitôt j'ai dit : point besoin de m'entraîner, je courrai de moi-même.

"Le roi m'a fait entrer dans ses appartements, réjouissons-nous et exultons en toi" : voici une difficulté supplémentaire. Elle raconte le passé et l'évoque avec nostalgie, et elle aurait dû dire "je me suis réjouie et j'ai exulté en toi". Pourquoi emploie-t-elle le futur ? Rachi explique : "Aujourd'hui encore, j'ai joie et allégresse de m'être attachée à toi". Cette même joie demeure encore en moi, et bien que je sois aujourd'hui dans mon veuvage, cet attachement à toi lors du mont Sinaï et la proximité divine que j'ai eue sont une source de joie jusqu'à ce jour. Car même si nous sommes en exil et même si nous nous sommes éloignés, nous sommes restés avec la Torah et avons mérité la proximité divine.

"Nous évoquerons tes amours plus que le vin" : "aujourd'hui encore, dans un veuvage de vivante, j'évoquerai toujours tes premières amours, plus que tout festin de délices et de joie". Rachi a déjà expliqué que le vin vient faire allusion au festin et à la joie, et Knesset Israël dit : ton premier amour m'est plus précieux que tout festin de délices et de joie.

"Avec droiture ils t'ont aimé" : Rachi explique : "un amour intense, un amour droit sans détour, dans le sens de 'le tortueux deviendra droit et les aspérités des vallées', que nous t'avons aimé, moi et mes ancêtres, en ces jours-là". Lorsque l'amour est un amour d'intérêt, un amour lié à une chose, ce n'est pas un amour de droiture mais un amour de détour. Cela ressemble à quelqu'un qui rencontre son ami et déverse sur lui des louanges, jusqu'à ce que l'autre lui dise : parle franchement, que veux-tu de moi ? Pourquoi te jettes-tu sur moi aujourd'hui avec des paroles de louange ? C'est un amour tordu. Mais "droiture" désigne un amour droit sans détours, dans le sens de "le tortueux deviendra droit" : un endroit où il y a des montagnes et des vallées deviendra une plaine. Et le terme "ils t'ont aimé" au pluriel se rapporte aussi aux ancêtres, qui l'aimèrent alors d'un amour pur et parfait. Voilà pour le sens simple selon son contexte.

Le sens profond : la bonté de jeunesse et la joie de la Torah

Et selon l'allégorie, Rachi dit : "ils évoquent devant lui la bonté de leur jeunesse, l'amour de leurs épousailles, leur marche à sa suite dans le désert, terre de sécheresse et d'ombre de mort, sans même s'être préparé de provisions, et ils crurent en lui et en son envoyé" (Moché Rabbénou) "et ils ne dirent pas : comment sortirons-nous au désert, lieu sans semence ni nourriture, mais ils allèrent à sa suite, et il les fit entrer à l'intérieur des appartements de ses nuées enveloppantes". Voilà le sens de "le roi m'a fait entrer dans ses appartements" : les appartements des nuées de gloire.

"Et pour cela ils se réjouissent et exultent en lui aujourd'hui encore" : c'est le sens de "réjouissons-nous et exultons en toi", car aujourd'hui encore je me réjouis de ce que tu as fait pour moi alors, "même dans leur pauvreté et leur détresse". Bien qu'aujourd'hui je n'en aie pour ainsi dire plus rien, et que je sois aujourd'hui en exil dans la pauvreté et la détresse, "et ils se délectent de la Torah, et là ils évoquent ses amours plus que le vin et la droiture de leur amour pour lui". Car après tout cet amour nous sommes restés avec la Torah, et il nous est resté une voie pour nous attacher à Lui, béni soit-Il. Comme l'écrit le Néfech Ha'Haïm, celui qui étudie la Torah s'attache à Lui dans Son essence même, car le Saint béni soit-Il et la Torah sont Un.

De là on comprend fort bien pourquoi nous disons "réjouissons-nous et exultons en toi" au futur, car l'étude de la Torah est une occupation de joie, comme l'ont dit nos Sages qu'un homme doit étudier la Torah dans la joie. Il ressort donc : grâce à la délectation que nous procure la Torah, nous nous réjouissons et exultons, et cela nous rappelle ton amour, "nous évoquerons tes amours plus que le vin", et à quel point "avec droiture ils t'ont aimé", à quel point l'amour entre nous fut un amour droit et intense, un amour de droiture sans détour. Par l'étude de la Torah, nous nous rappelons ce même amour et nous revenons nous y attacher.

Verset 5 : Je suis noire mais belle
שְׁחוֹרָה אֲנִי וְנָאוָה בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם כְּאָהֳלֵי קֵדָר כִּירִיעוֹת שְׁלֹמֹה׃ - Je suis noire mais gracieuse, filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon.

Arrêtons-nous d'abord sur la difficulté que présente cette image : le verset énonce des choses qui se contredisent. D'un côté "je suis noire" - je me suis salie, et de l'autre "gracieuse". D'un côté "comme les tentes de Kédar", qui sont des lieux méprisables, et de l'autre "comme les tentures de Salomon", qui sont ce qu'il y a de plus beau et de plus admirable.

Rachi explique : "vous, mes compagnes" - c'est-à-dire mes amies - "que je ne sois pas dépréciée à vos yeux, même si mon mari m'a délaissée à cause de la noirceur qui est en moi". Ne me méprisez pas si vous voyez que mon mari m'a abandonnée parce que je me suis abîmée, altérée et noircie. "Car si je suis noire, c'est parce que le soleil m'a hâlée, mais je suis gracieuse par la belle forme de mes membres". Autrement dit, du point de vue de la couleur, je suis noire, mais la forme de mes membres est une forme pleine de beauté. "C'est-à-dire, si je suis noire comme les tentes de Kédar qui noircissent à cause des pluies, car elles sont toujours dressées dans les déserts" - ce sont les tentes des Arabes - "il m'est facile de me laver pour devenir comme les tentures de Salomon", c'est-à-dire que je me nettoie facilement.

Et voici le sens profond : "c'est là une image : la Communauté d'Israël dit aux nations : je suis noire par mes actes, mais je suis belle par les actes de mes pères, et même parmi mes propres actes il y en a de beaux". Car si l'on dit "gracieuse", cela semble se rapporter à elle-même, et c'est pourquoi Rachi précise qu'en effet elle possède elle aussi de belles actions : "si j'ai en moi la faute du Veau, j'ai aussi en regard le mérite d'avoir reçu la Torah". Ne regardez pas seulement le défaut, la noirceur qui s'est attachée à moi, mais regardez aussi la beauté qui est en moi, le "nous ferons et nous entendrons".

Qui sont les "filles de Jérusalem"

"Et il appelle les nations 'filles de Jérusalem', parce qu'elle est destinée à devenir une métropole pour toutes, comme l'a prophétisé Ye'hezkel : 'et je te les donnerai pour filles', comme 'Ekron et ses filles'". Cette expression - "filles de Jérusalem" - nous accompagnera tout au long du Cantique des Cantiques, et elle désigne les nations. Et "filles" n'a pas ici un sens biologique de mère et de filles, mais comme dans "Ekron et ses filles", dont la traduction est "ses environs" - les villes satellites. Lorsqu'il y a une ville centrale, les faubourgs et les villages qui l'entourent sont appelés "ses filles". De même "les filles de Yéhouda se réjouissent" - il ne s'agit pas des filles de Yéhouda, mais des villages des villes de Yéhouda.

Et pourquoi les nations sont-elles comparées aux villages qui entourent Jérusalem ? Parce que Jérusalem est destinée à devenir une métropole pour toutes, même pour les nations : elle sera la ville centrale, et ses "filles" sont les villes qui l'entourent, où viendront habiter même des membres des nations. Et ici la Communauté d'Israël s'adresse aux filles de Jérusalem, aux nations, pour qu'elles ne viennent pas lui trouver un défaut.

La recherche du défaut dans la Communauté d'Israël au fil des générations

Comme on le sait, les nations ont toujours cherché des défauts dans la Communauté d'Israël, et en particulier le christianisme, afin de dire que Dieu les a abandonnés et s'en est choisi d'autres. Le christianisme a bâti sur cela tout son système : comme si le Saint béni soit-Il avait rejeté le peuple d'Israël et l'ancienne alliance, et s'était fait une nouvelle alliance. C'est pourquoi remarquez qui sont nos plus grands adversaires : les chrétiens. L'islam le fait à grand bruit et à grand fracas, mais les chrétiens sont comme le porc qui tend ses sabots en disant : je suis pur. Chez eux tout se fait de manière "politiquement correcte" : par la Cour de La Haye, par l'ONU, par des résolutions, tout est censé être ordonné et légal. Mais l'endroit où bouillonne la plus grande haine, c'est bien là, chez les peuples d'Édom.

Voyez ce qui se passe dans les universités. Il y a eu un déclencheur qui a fait éclater cette bulle, et voyez quelles expressions y ont prononcées les doyens et les responsables, et quelle haine se révèle lorsqu'un Juif y arrive. Ces gens qui sont censés être les instruits, ceux qui ne devraient pas faire preuve de racisme, tout à coup on découvre à quel point l'antisémitisme est ancré chez eux dans le sang des générations. Et cela a toujours été leur affaire : piquer le peuple d'Israël - Dieu vous a abandonnés, vous avez fait le Veau, voyez combien vous vous êtes corrompus, combien vous vous êtes révoltés contre Lui, Dieu vous a déjà rejetés. Tant que nous existons, c'est une épine à leurs yeux, et si nous réussissons, cela retire totalement le sol sous les pieds du christianisme, car à quoi bon le christianisme si le peuple d'Israël demeure attaché à Dieu ? Il s'avère alors qu'ils sont une fiction et une sorte de contrefaçon.

Et nous avons déjà mentionné ici par le passé que le pape, en son temps, ne voulait pas venir en terre d'Israël après la reconquête du pays, car cela contredisait les prophéties chrétiennes : il y a cinq cents ans, l'un des archevêques disait que la preuve qu'Israël était devenu odieux aux yeux de Dieu était qu'il ne reviendrait jamais dans son pays. Or voici que nous sommes revenus. C'est pourquoi il n'est pas venu, il n'a pas vu, et donc de son point de vue nous ne sommes pas revenus. À un certain moment il est arrivé jusqu'au pont d'Allenby et n'a pas voulu le traverser. Au début ils disaient : cela ne s'appelle pas revenir en terre d'Israël, puisqu'ils ne sont pas revenus à Jérusalem ; et après que nous soyons revenus aussi à Jérusalem, que diront-ils encore ? C'est pourquoi ils feront tout pour aider nos ennemis à nous anéantir, pourvu qu'il ne leur reste aucune difficulté et qu'ils n'aient aucune incompréhension : le Saint béni soit-Il désirerait-il encore le peuple d'Israël ? Non, un tel peuple n'existe pas, le voici qui s'en va et disparaît d'ici.

Et en réalité, comme nous l'avons vu, dès cette époque les filles de Jérusalem cherchaient des défauts dans la Communauté d'Israël et dans le peuple d'Israël, et c'est ainsi qu'elles ont trouvé en eux le manquement de la faute du Veau et tout le reste dont elles les accusent devant Lui. Et à cela la Communauté d'Israël répond : je suis noire mais gracieuse - si j'ai en moi la faute du Veau, j'ai aussi en regard le mérite d'avoir reçu la Torah, et il m'est facile de me laver et de devenir comme les tentures de Salomon.

En résumé :

Nous avons ouvert l'étude de Chir HaChirim selon la voie de nos Sages, du Targoum et de Rachi - le chant d'amour unissant Knesset Israël au Saint, béni soit-Il. Nous avons appris que le « Chlomo » dont il est question est le Roi à qui appartient la paix, et que ce livre est le Saint des Saints, semblable au pain pur de fleur de farine tamisée dans la parabole de Rabbi Elazar ben Azaria ; qu'il s'agit d'un livre qui ne comporte pas de sens littéral ordinaire comme les autres livres, mais qui constitue tout entier une allégorie conçue dès l'origine pour exprimer son sens profond. Knesset Israël, dans son exil et son veuvage, se remémore avec ferveur les baisers de bouche à bouche de la révélation au Sinaï et les implore de nouveau - le dévoilement des mystères et des secrets de la Torah ; elle se souvient du parfum de la bonne huile du Saint, béni soit-Il, qui s'est répandu dans le monde par les merveilles d'Égypte et qui a attiré Yitro et Ra'hav tout en éveillant les nations ; de sa course à Sa suite dans le désert par pure foi, et de son accession aux chambres intérieures des nuées de gloire - une joie qui subsiste encore aujourd'hui à travers les délices de la Torah. Enfin, elle répond aux nations qui cherchent en elle un défaut : je suis noire par mes actes mais belle par les œuvres de mes pères, et face à la faute du Veau d'or, je possède le mérite de l'acceptation de la Torah, et il m'est aisé d'être purifiée pour redevenir éclatante comme les tentures de Chlomo.