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Chir HaElef - La dimension allégorique - L'esprit hylique

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Introduction : La supplique de l'âme devant son Créateur pour sa jeune sœur

Nous parvenons à la conclusion de Chir HaChirim selon le Malbim, dans sa dimension poétique et allégorique. Le Malbim nous décrit ici comment l'âme épanche sa prière devant le Saint, béni soit-Il, en faveur de sa jeune sœur. Et qui est cette jeune sœur dans le sens allégorique ? C'est l'esprit hylique. L'âme implore le Roi de la prendre elle aussi, afin qu'elle ne demeure pas attachée au corps et ne périsse point avec lui. Plus loin, nous entendrons la réponse d'Hachem, qu'Il soit béni, ainsi que la réponse de l'esprit.

Qu'est-ce que « l'esprit hylique » ?

Pour bien comprendre ces propos, il convient d'expliciter ce qu'est l'esprit hylique. C'est une expression employée par les anciens penseurs et philosophes, que l'on retrouve dans nos ouvrages. Le Rambam écrit dans ses Huit Chapitres que l'homme est qualifié de microcosme en raison de sa faculté rationnelle, qui correspond à l'intellect hylique (potentiel). Le terme « hylique » désigne toujours l'élément primordial, la matière première originelle. Le Ramban fait référence à la matière hylique première à partir de laquelle le Saint, béni soit-Il, a créé l'ensemble du monde. L'intellect hylique exprime donc le potentiel intellectuel avec lequel l'homme a été créé : l'intellect brut et premier, et le Rambam précise qu'il a le statut de la matière. En regard de celui-ci se trouvent l'intellect acquis ou l'intellect émané, qui relèvent de la forme. L'intellect hylique englobe également la faculté de parole innée de l'homme, tandis que l'intellect acquis constitue une force plus spirituelle venant influencer et éclairer cet intellect premier.

Si nous voulons traduire cette notion dans les termes des kabbalistes, plus proches de notre sensibilité que le langage philosophique : l'intellect hylique correspond au niveau du Roua'h (l'esprit). Le Roua'h est la composante la plus liée au corps, et constitue, comme nous l'avons expliqué, l'intermédiaire entre le Néfèch et la Néchama. Et lorsqu'on évoque l'intellect acquis, et plus encore l'intellect émané, il s'agit d'une dimension relevant de la Néchama : une réalité spirituelle supérieure qui descend et se déploie depuis les mondes célestes jusqu'à l'esprit présent ici-bas dans le corps. Le Roua'h représente la part la plus attachée à la matière et la plus dense, tandis que la Néchama incarne la dimension la plus pure et la plus élevée.

אָחוֹת לָנוּ קְטַנָּה וְשָׁדַיִם אֵין לָהּ, מַה נַּעֲשֶׂה לַאֲחֹתֵנוּ בַּיּוֹם שֶׁיְּדֻבַּר בָּהּ׃ (ח, ח) - Nous avons une jeune sœur qui n'a point encore de mamelles ; que ferons-nous pour notre sœur, le jour où il sera question d'elle ? (8, 8)

L'âme s'adresse pour ainsi dire au Saint, béni soit-Il : Maître du monde, nous avons une jeune sœur, qui est l'âme hylique liée au corps physique. Cette dimension n'est pas éternelle comme l'est la Néchama. Elle est attachée au corps et s'éteint avec lui, s'altérant avec ses défaillances et souffrant de ses imperfections. Lorsque le corps est enseveli, cette composante de l'esprit, qui constitue un niveau inférieur à celui de la Néchama, périt avec la matière. Nous laissons pour l'instant de côté la conception des kabbalistes sur ce point, qui présente quelques nuances.

L'œuvre alchimique : le raffinement de l'esprit

Le Malbim explique que par la rectitude des actes, par l'étude de la Torah et par le service divin, s'opère en elle une véritable œuvre alchimique. En quoi consiste cette œuvre ? Il est possible d'accomplir sur l'esprit des opérations comparables à l'alchimie afin de le raffiner. Les anciens alchimistes prenaient un métal brut, comme l'argent, pour le purifier et en séparer les scories ; c'est pourquoi, pour évoquer la purification spirituelle, on parle d'œuvre alchimique. En d'autres termes, on peut élever cette dimension de l'esprit, si étroitement rattachée au corps, afin qu'elle devienne semblable à la Néchama spirituelle, qui retourne à son Créateur en se séparant de l'enveloppe corporelle. Ainsi, l'esprit ne demeure pas asservi à la matière : par cette alchimie sacrée, cette âme hylique liée au corps se purifie, accède au bien éternel, acquiert le statut d'une substance immatérielle et séparée à l'instar de la Néchama, et bénéficie elle aussi d'une existence éternelle.

Le Malbim ajoute, d'après les maîtres de la Kabbale, que le Roua'h demeure dans le Gan Éden inférieur. C'est ce que nous soulignions : il n'est pas tout à fait exact de prétendre qu'il reste dans la dépouille, car le Roua'h est lui aussi d'essence spirituelle. Dans le corps ne subsiste qu'une étincelle résiduelle de vie, la « kista de'hayouta », selon l'expression des kabbalistes. L'on pourra approfondir cela dans les enseignements sur la réincarnation, là où sont explicités les niveaux de Néfèch, Roua'h et Néchama : la nature de cette étincelle résiduelle, sa présence dans les ossements, le concept de « hevela degarmei » et son rôle. L'esprit véritable, en revanche, se détache bel et bien du corps, à cette différence près avec la Néchama : tandis que la Néchama s'élève jusqu'au Gan Éden supérieur, le Roua'h, lui, accède au Gan Éden inférieur.

Et les initiés savent que dans le Gan Éden inférieur, il est également question de « le cultiver et le garder » (le'ovda oulechomrah). Il faut savoir qu'il existe une forme d'accomplissement des mitsvot même après la mort, précisément dans ce Gan Éden inférieur. Ainsi l'enseignent les kabbalistes : ce verset s'applique aussi à cette demeure spirituelle, où subsiste une modalité d'accomplissement des mitsvot.

Dès lors, expliquent les maîtres de la Kabbale, le Roua'h demeure dans le Gan Éden inférieur tandis que la Néchama divine s'élève vers les hauteurs. Et lorsque la Néchama désire redescendre, le Roua'h lui sert de manteau, d'enveloppe protectrice, lui permettant de descendre et de dispenser son influence ici-bas. Le Malbim cite à ce sujet de nombreuses sources, qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer en totalité : dans le Zohar sur A'haré Mot (page 70a) au long, Chémot (page 13), Michpatim (99), Térouma (136), Vayakhel, ainsi que dans Sitré Torah sur Lekh Lekha. Ce principe se trouve exposé en maints passages du Zohar et des écrits kabbalistiques.

« Et elle n'a point de seins » - Le Roua'h reçoit et ne dispense pas

C'est pourquoi la Néchama vient et dit : nous avons une petite sœur, qui correspond au Roua'h. Mais « elle n'a point de seins », et nous avons déjà expliqué que les seins représentent la dispensation, l'influence active. Elle n'a pas le pouvoir de dispenser, car, comme nous l'avons précisé, il s'agit d'un intellect à l'état potentiel, né avec le corps ; il reçoit des influences mais n'en dispense pas lui-même, il ne fait que recevoir. Or nous avons dit que les seins désignent celui qui dispense, qui accorde.

« Que ferons-nous pour notre sœur, le jour où il sera parlé d'elle ? » - De même que nous avons vu que l'âme, c'est-à-dire la Néchama de Chlomo, a été recueillie auprès du Roi suprême en quittant le corps de Chlomo, la Néchama s'interroge : que ferons-nous pour le Roua'h le jour où son heure viendra de quitter le corps, où l'on parlera de lui et où il sera emmené dans la maison du Roi ? Comment garantir qu'il subsistera lui aussi pour l'éternité, sans rester attaché au corps matériel, au corps de Chlomo, pour descendre avec lui dans la tombe ? Comment faire pour qu'il devienne semblable à la Néchama, toute spirituelle, qui retourne vers sa demeure supérieure ?

אִם חוֹמָה הִיא נִבְנֶה עָלֶיהָ טִירַת כָּסֶף, וְאִם דֶּלֶת הִיא נָצוּר עָלֶיהָ לוּחַ אָרֶז׃ (ח, ט) - Si elle est une muraille, nous bâtirons sur elle un palais d'argent ; mais si elle est une porte, nous la barricaderons avec des planches de cèdre.

Le Saint, béni soit-Il, répond : si elle est une muraille, si elle est restée forte comme une muraille close, si les pulsions et les désirs n'ont pas exercé d'emprise sur elle alors qu'elle résidait dans le corps de Chlomo, nous bâtirons sur elle un palais d'argent. Nous l'amènerons au Gan Éden, dans ce palais ardemment désiré par les justes. Mais si elle est une porte, si elle a ouvert ses battants, telle une porte tournant sur ses gonds en direction de Chlomo, de la matérialité et des désirs, nous la barricaderons d'une planche de cèdre : nous la placerons dans un cercueil fait de cèdre et nous la ferons descendre dans la tombe, et elle se décomposera avec le corps dans la sépulture, comme nous l'avons expliqué.

אֲנִי חוֹמָה וְשָׁדַי כַּמִּגְדָּלוֹת, אָז הָיִיתִי בְעֵינָיו כְּמוֹצְאֵת שָׁלוֹם׃ (ח, י) - Je suis une muraille, et mes seins sont comme des tours ; alors j'ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.

Le Roua'h répond et dit : je suis une muraille. J'ai été forte comme une muraille fortifiée face au penchant, et le penchant n'a pas dominé sur moi. « Et mes seins sont comme des tours » - les seins expriment ici la force de la colère et la force du désir, ces deux forces puissantes qui résident en l'homme, et elles sont restées chez moi fortes comme des tours. Je n'ai pas laissé le mauvais penchant s'en emparer, je ne l'ai pas laissé les exploiter et les dévoyer vers la matérialité, vers la colère, la convoitise et les affaires terrestres. « Comme des tours » - le mauvais penchant n'a pas pu les atteindre.

« Alors j'ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix » - j'ai fait la paix avec le mauvais penchant. Quand l'homme lutte contre le Yetser Hara, il est dans une guerre perpétuelle, mais lorsque le Yetser cesse de l'assaillir, il n'y a plus de guerre. J'ai été comme celle qui trouve la paix : il ne me combattait plus, à tel point que je l'ai entraîné lui-même vers le service d'Hachem, au point qu'il a scellé une alliance avec moi pour servir le Saint, béni soit-Il. « Et mon cœur est vide au-dedans de moi » - j'utilise toutes les forces du penchant pour Le servir « de tout votre cœur », y compris avec le mauvais penchant. Et comment sert-on le Saint, béni soit-Il, avec le mauvais penchant ? On prend les choses mêmes dont le mauvais penchant se sert pour la matière et on les oriente vers la spiritualité. L'homme éprouve du désir : il le dirige vers le service d'Hachem. L'homme a de la fougue et de l'énergie, qui auraient pu l'amener à commettre de nombreuses fautes : il les consacre à l'étude de la Torah et à l'accomplissement des mitsvot. Toutes les forces dont le Yetser se servait pour m'entraîner vers la matière et la terre à terre, désormais, il a fait la paix avec moi et les mobilise pour m'aider dans le service d'Hachem.

כֶּרֶם הָיָה לִשְׁלֹמֹה בְּבַעַל הָמוֹן, נָתַן אֶת הַכֶּרֶם לַנֹּטְרִים, אִישׁ יָבִא בְּפִרְיוֹ אֶלֶף כָּסֶף׃ (ח, יא) - Chlomo avait une vigne à Baal-Hamon ; il confia la vigne à des gardiens, chacun devait apporter pour son fruit mille pièces d'argent.

Le Roua'h raconte ici comment il a conclu la paix avec le mauvais penchant sans plus avoir de conflit avec lui, et comment le Yetser n'a pas réussi à le détourner de la proximité d'Hachem et de Son service. Regardez : « Chlomo avait une vigne à Baal-Hamon ». Nous avons déjà expliqué par le passé que les actions qu'un homme accomplit pour atteindre un but s'apparentent à la plantation d'une vigne : tout comme on plante une vigne pour en obtenir la finalité, c'est-à-dire le raisin dont on tirera le vin, de même les démarches orientées vers un but sont appelées la plantation d'une vigne. Chlomo possédait une vaste vigne, c'est-à-dire une multitude d'actions et d'entreprises dans lesquelles il s'investissait, touchant à la sagesse, à la connaissance et à l'accomplissement des mitsvot. « À Baal-Hamon » - le maître d'une multitude, tant ses actes, ses activités et ses mitsvot étaient innombrables.

« Il confia la vigne à des gardiens » - ces gardiens sont les fils et les filles de Jérusalem, les facultés du corps. Tous veillaient sur la vigne et prenaient part à son travail : les facultés intellectuelles gardaient « les ceps de la spéculation et des concepts », selon l'expression du Malbim, c'est-à-dire que les facultés de Chlomo se consacraient aux réalités spirituelles, tandis que les forces vitales gardaient les grappes, le travail de l'accomplissement des mitsvot. Et chacun recevait pour son fruit mille pièces d'argent - et le mot « kessef » (argent), comme nous l'avons expliqué, dérive de « kissouf », ces choses auxquelles aspire ardemment l'être humain.

כַּרְמִי שֶׁלִּי לְפָנָי, הָאֶלֶף לְךָ שְׁלֹמֹה וּמָאתַיִם לְנֹטְרִים אֶת פִּרְיוֹ׃ (ח, יב) - Ma vigne à moi est devant moi : les mille sont pour toi, Chlomo, et deux cents pour ceux qui en gardent le fruit.

Le Roua'h dit : cette grande vigne est ma vigne à moi. J'ai accompli la Torah et les mitsvot pendant que j'étais auprès de Chlomo, et c'est pourquoi la récompense du labeur, de l'approfondissement intellectuel et de la méditation de la Torah doit me rester acquise pour l'éternité, à moi, le Roua'h, et ne pas demeurer dans le corps ; je dois m'élever tout comme la Néchama s'élève et atteint les mondes supérieurs. « Ma vigne à moi est devant moi » : la récompense de la vigne acquise par Chlomo, c'est-à-dire ce que le corps a acquis par le service de la Torah et des mitsvot, se tient devant moi, selon le verset : « Et ta justice marchera devant toi ». J'ai veillé scrupuleusement à accomplir tous les commandements d'Hachem.

« Les mille sont pour toi, Chlomo » : le corps et ses forces ont eux aussi peiné dans la vigne, eux aussi se sont investis dans la Torah et les mitsvot, et leur rétribution ne sera pas lésée non plus. Nos Sages disent bien que le corps lui aussi se relèvera à la fin des jours. Pourquoi ? Parce que le corps s'est lui aussi efforcé et a travaillé, c'est pourquoi la résurrection des morts lui revient également. « Les mille sont pour toi, Chlomo », c'est le corps en lui-même, et les fruits de la vigne sont les mitsvot et les bonnes actions, qui appartiendront tant au corps qu'à l'âme inférieure, qui est la dimension du Roua'h. « Et deux cents pour ceux qui gardent son fruit » : ce sont les forces vitales qui ont préservé les grappes du labeur et des mitsvot. De même, il est rapporté dans le Midrach HaNéélam qu'il n'y a pas un juste qui étudie la Torah qui ne possède deux cents mondes et aspirations pour la Torah ; ainsi, il y a ici « deux cents pour ceux qui gardent son fruit », pour quiconque a accompli la Torah et les mitsvot.

Le Roua'h soutient ainsi : bien que j'aie résidé dans le corps de Chlomo, toute ma préoccupation était la proximité d'Hachem et Son service ; il m'incombe donc assurément de m'élever avec la Néchama. De même que la Néchama atteint les mondes supérieurs pour recevoir sa récompense, ainsi me revient-il d'y parvenir. Je n'ai pas été comme une porte ouverte au corps de Chlomo et à ses désirs, mais bien au contraire, j'ai été comme un palais d'argent, une muraille et un rempart ; il m'incombe donc de m'élever avec la Néchama.

הַיּוֹשֶׁבֶת בַּגַּנִּים חֲבֵרִים מַקְשִׁיבִים לְקוֹלֵךְ הַשְׁמִיעִנִי׃ (ח, יג) - « Toi qui habites dans les jardins, des compagnons prêtent l'oreille à ta voix : fais-la-moi entendre ! » (8, 13)

Telle est la réponse d'Hachem au Roua'h. La Néchama retourne au faisceau des vivants et demeure attachée au D.ieu des esprits pour l'éternité, mais le Roua'h, comme nous l'avons expliqué, reste dans le Gan Éden inférieur. Il y a la dimension du Gan Éden supérieur, propre à la Néchama, et celle du Gan Éden inférieur, le niveau en dessous, propre au Roua'h. Ce n'est qu'en certaines occasions qu'il a le privilège de s'élever : il existe une élévation des mondes, comme l'expliquent les kabbalistes, et le Roua'h a alors le privilège de monter par moments vers des degrés plus élevés, pendant les Chabbatot et les Yom Tov ; il a alors véritablement le privilège de contempler la lumière d'Hachem à un niveau supérieur à celui du Gan Éden inférieur.

C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, S'adresse au Roua'h et lui dit : toi qui habites dans les jardins, c'est-à-dire dans le Gan Éden inférieur, où demeure le Roua'h lorsqu'il a été juste. Je ne peux pas t'élever là-haut, car tu as des compagnons qui prêtent l'oreille. Et qui sont ces compagnons qui prêtent l'oreille à ta voix ? C'est le Néfech qui se trouve au-dessous de toi. Car la Néchama monte au Gan Éden supérieur tandis que le Roua'h demeure dans le Gan Éden inférieur, étant lié au Néfech, le niveau inférieur, la partie directement attachée au corps, car « le sang est le Néfech ». Tu as des compagnons qui prêtent l'oreille à ta voix, et tu es lié au corps qui repose dans la tombe ; il ne t'est donc pas possible de te détacher entièrement et d'atteindre les mondes supérieurs.

Mais qu'en est-il alors ? « Fais-la-moi entendre ». Le Saint, béni soit-Il, lui dit : fais-moi entendre ta voix à des moments propices. C'est-à-dire pendant les Chabbatot et les Yom Tov, où le Roua'h a lui aussi le privilège de s'élever selon le principe de l'élévation des mondes ; fais-la-moi alors entendre par moments. Mais une union permanente, par laquelle le Roua'h monterait au Gan Éden supérieur, est impossible, car il est attaché au Néfech qui est lui-même lié au corps ; ayant un lien avec les réalités d'en bas, il ne peut s'élever totalement.

בְּרַח דּוֹדִי וּדְמֵה לְךָ לִצְבִי אוֹ לְעֹפֶר הָאַיָּלִים עַל הָרֵי בְשָׂמִים׃ (ח, יד) - « Fuis, mon bien-aimé, et sois semblable à la gazelle ou au faon des biches, sur les montagnes d'aromates ! » (8, 14)

Le Roua'h conclut alors en disant : fuis, mon bien-aimé, vers Ta demeure céleste, puisque Toi, le Saint, béni soit-Il, ne T'unis pas à moi de manière constante. Et pourquoi ? En raison des « compagnons qui prêtent l'oreille », car le Roua'h a des compagnons ici-bas, ces degrés proches de la matière que représente le Néfech. Mais comme nous l'avons expliqué, la gazelle et le faon tournent toujours la tête en arrière ; nous avons déjà mentionné que dans les représentations, lorsqu'on dessine le faon, on le dépeint toujours la tête tournée sur le côté, regardant vers l'arrière. De même, le Roua'h dit : Maître du monde, sois semblable à la gazelle ou au faon des biches ; même si Tu T'éloignes, tourne au moins de temps à autre Ta tête vers moi, sur les montagnes d'aromates, reviens vers moi de temps à autre et d'une visite à l'autre.

C'est ainsi que le Malbim conclut son commentaire sur Chir HaChirim. Mais il nous reste encore une dernière partie, intitulée l'Allégorie du forgeron et du serrurier (Mélitsat Ha'Harach VéHaMasguer), que nous aborderons dans le prochain chapitre.

En résumé :

En conclusion de Chir HaChirim, l'âme exprime son inquiétude pour la « petite sœur », le Roua'h primordial lié au corps et privé de puissance d'action, de crainte qu'il ne périsse avec la dépouille. La réponse du Saint, béni soit-Il : si elle est une muraille, si elle a résisté au penchant au mal, nous bâtirons sur elle un palais d'argent ; et si elle est une porte, nous la calfeutrerons de planches de cèdre et elle descendra dans la tombe. Et le Roua'h répond : je suis une muraille, et mes seins - la force de la colère et celle du désir - sont comme des tours que le penchant n'a pas conquises, au point que j'ai fait la paix avec lui et que j'ai mobilisé ses forces au service d'Hachem. Quant à la vigne de Chlomo, l'ensemble de ses actions, de sa sagesse et de ses mitsvot, sa récompense se tient devant moi : les mille pour le corps, et deux cents pour ceux qui gardent son fruit. Enfin, la réponse d'Hachem : toi qui habites dans les jardins, dans le Gan Éden inférieur, tu es encore liée au Néfech et au corps et ne peux connaître une élévation permanente, mais « fais-la-moi entendre » par moments, lors des Chabbatot et des Yom Tov grâce à l'élévation des mondes. D'où l'ultime supplique du Roua'h : fuis, mon bien-aimé, mais tourne néanmoins la tête vers moi, semblable à la gazelle et au faon, d'une visite à l'autre.