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Chir Hachirim III - Allégorie - La deuxième révélation - Partie 5

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Introduction : de ce qui descend d'en haut vers ce qui monte d'en bas

Jusqu'à cette étape dans le Cantique des Cantiques, l'attachement entre le Bien-aimé et la bien-aimée était décrit à travers la perception prophétique, qui est essentiellement une marque d'amitié divine : le Saint, béni soit-Il, descend du haut vers le bas et nous dévoile Sa bienveillance. À partir d'ici est dépeint un service d'une autre nature : celui apporté par le Temple (Beth HaMikdach), dont l'essence est l'amour qui se trouve ici-bas et s'élève vers le Haut. Nous offrons un sacrifice à Koudcha Berikh Hou, l'âme s'éveille par des actes concrets et élève tout vers le haut. La prophétie, en elle-même, est quelque chose qui descend d'en haut vers le bas ; mais lorsqu'il y a le Beth HaMikdach, c'est nous qui éveillons l'amour vers le Ciel, et l'initiative vient de nous.

« Que tes amours sont belles » - la louange des sentiments, et non seulement de l'essence

מַה־יָּפוּ דֹדַיִךְ אֲחֹתִי כַלָּה מַה־טֹּבוּ דֹדַיִךְ מִיַּיִן וְרֵיחַ שְׁמָנַיִךְ מִכׇּל־בְּשָׂמִים׃ (ד, י) - « Que tes amours sont belles, ma sœur, ô fiancée ! Combien ton amour est meilleur que le vin, et le parfum de tes huiles plus suave que tous les aromates ! »

« Que tes amours sont belles » - combien ton amour est beau, ma sœur, ô fiancée. Le Malbim fait remarquer : notez que jusqu'à présent, Il ne louait que son essence même - « Que tu es belle, ma compagne » - en décrivant sa nature profonde. À présent, Il décrit ses sentiments à elle envers Lui, les émotions de l'âme envers Koudcha Berikh Hou. Pourquoi ? Parce que jusqu'ici, Il s'unissait à elle par la perception spirituelle de l'âme, tandis que maintenant, Il s'unit à elle par le service divin, par le Beth HaMikdach, par les actes qu'elle accomplit et par l'amour qui émane d'elle vers Lui - des actes matériels et terrestres qui créent un lien avec la Présence divine.

« Combien ton amour est meilleur que le vin » - combien ton amour surpasse le vin. Le Malbim explique qu'il se peut qu'il s'agisse du vin au sens littéral : la ferveur de l'âme dans l'amour d'Hachem est bien meilleure et bien plus intense que l'ivresse de l'âme après quelques coupes de vin. Même si certains s'enflamment grandement par le vin, s'échauffent et s'embrasent à son feu, le feu de l'enthousiasme et de la proximité dans le service d'Hachem est bien supérieur et plus précieux. L'amour d'Hachem n'est pas un amour étranger, matériel ou superficiel, mais un amour intérieur, une réalité toute spirituelle.

Et selon le sens plus profond : nous avons déjà appris d'après le Malbim que le vin fait allusion à la perception prophétique. L'âme dit à Koudcha Berikh Hou : l'immense amour qui jaillit vers Toi est plus grand que l'atteinte de la prophétie. C'est-à-dire que lorsqu'un homme développe en lui-même l'amour pour le Saint, béni soit-Il, c'est un degré plus élevé que lorsque le Saint, béni soit-Il, réside sur lui et lui insuffle la prophétie. La prophétie est quelque chose qui vient de l'extérieur vers soi, tandis que l'amour d'Hachem provient de soi vers Lui - non pas de Lui vers toi, mais une démarche qui t'appartient pour t'attacher à Lui.

« Et le parfum de tes huiles plus suave que tous les aromates » - le parfum et l'élévation que nous atteignons par la ferveur dans le service d'Hachem sont meilleurs que tous les aromates. Les aromates font toujours allusion aux compréhensions intellectuelles et spéculatives, aux fruits de la méditation et de la réflexion ; mais l'huile qui se déverse par l'amour d'Hachem représente une perception par le Roua'h HaKodech, sans qu'il soit nécessaire d'analyser et de conceptualiser. On s'attache directement à Koudcha Berikh Hou, sans avoir besoin de tous les préambules intellectuels pour parvenir à cette communion et à cette union.

« Des rayons de miel distillent » - l'acte, la parole et la pensée

נֹפֶת תִּטֹּפְנָה שִׂפְתוֹתַיִךְ כַּלָּה דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ וְרֵיחַ שַׂלְמֹתַיִךְ כְּרֵיחַ לְבָנוֹן׃ (ד, יא) - « Des rayons de miel distillent de tes lèvres, ô fiancée ; le miel et le lait sont sous ta langue, et le parfum de tes vêtements est comme l'odeur du Liban. »

À présent, le Bien-aimé loue la fiancée pour son rapprochement de Dieu à travers trois aspects, car le service d'Hachem se déploie sur trois plans : l'action, la parole et la pensée. Dans l'action - la pose des Téfilines, la Tsedaka, l'enveloppement dans les Tsitsit, l'allumage des lumières de 'Hanouka ou de Chabbat ; et à l'inverse, les transgressions par l'acte comme la consommation de porc. Dans la parole - l'étude de la Torah, la prière, les paroles d'encouragement qui réconfortent les cœurs brisés et relèvent les humbles ; et à l'opposé, les paroles interdites comme le Lachon Hara'. Dans la pensée - les dix remémorations que l'on évoque, la méditation sur le Divin, la réflexion sur la grandeur du Créateur du monde face au néant de l'homme ; et l'étude de la Torah peut également s'exercer par la pensée, lorsque l'on médite sur son étude, que l'on se heurte à une difficulté et que l'on élabore une réponse.

Nous avons déjà abordé le domaine de la pensée à propos de « Que tes amours sont belles, ma sœur, ô fiancée », où nous avons vu qu'il constitue le cœur du principe des sacrifices - la mesure dans laquelle nous sommes proches d'Hachem et désireux de la proximité du Bien-aimé. À présent, Il évoque la parole, c'est-à-dire la Torah et la Téfila.

« Tes lèvres distillent la douceur du rayon de miel, ô fiancée » - le suc du miel s'écoule de tes lèvres. Le Malbim explique qu'il y a une différence essentielle entre la lèvre (safa) et la langue (lachon), notion sur laquelle il s'est déjà longuement étendu à maintes reprises dans son commentaire sur les Proverbes. Les lèvres sont extérieures, et la lèvre exprime une parole extérieure ; la langue, en revanche, est toujours intérieure, et elle exprime la parole intérieure et intellectuelle. Avec les lèvres, l'homme peut exprimer extérieurement des propos auxquels son esprit n'adhère pas - selon l'expression « parler du bout des lèvres » ; mais une chose véritable et profonde s'exprimera toujours par la métaphore de la langue. C'est pourquoi le verset poursuit : « Du miel et du lait sont sous ta langue ».

Le miel et le lait : la réparation des étincelles du végétal et de l'animal

Et voyez combien le sens allégorique est admirable. Les abeilles extraient le miel du cœur des fleurs : il s'avère donc que le miel provient du règne végétal. Le lait, en revanche, provient de l'animal - la Guémara enseigne que le sang le plus pur se transforme et devient du lait. Les maîtres anciens ont divisé l'âme en trois degrés : l'âme végétative, l'âme vitale et l'âme parlante (intellective). L'âme végétative représente le niveau le plus bas, le simple fait de la vitalité organique chez l'homme, et c'est le niveau du « Nefech » ; l'âme vitale correspond au « Roua'h », le principe d'action et de mouvement, intermédiaire entre le Nefech et l'âme parlante ; et au-dessus du Roua'h se trouve la « Néchama », un degré d'une très grande élévation.

Le Malbim enseigne : les raisons profondes des mitsvot et des sacrifices, selon leur dimension intérieure, ont pour but de trier et d'élever les étincelles de sainteté présentes dans le minéral, le végétal et l'animal. Dans les enseignements sur la réincarnation des âmes (les guilgoulim), on explique longuement comment, par l'acte de manger, l'homme répare les étincelles de sainteté contenues dans les aliments : une étincelle sainte se trouve dans une feuille de laitue, et lorsque vous la consommez avec la bénédiction requise, vous la réparez, et il s'agit parfois d'âmes réincarnées. Il en va de même pour l'animal : on accomplit la che'hita selon la règle, on récite la bénédiction sur l'abattage rituel, on recouvre le sang pour le gibier et la volaille, on consomme la viande en récitant les bénédictions, et l'on opère ainsi la réparation. Il apparaît donc que l'homme détient le pouvoir, par l'âme végétative et l'âme animale qui l'animent, d'élever tant le règne végétal que le règne animal.

C'est là tout le sens de : « Tes lèvres distillent la douceur du rayon de miel, ô fiancée, le miel et le lait sont sous ta langue » : le miel issu du végétal et le lait issu de l'animal font allusion au pouvoir de l'âme d'opérer ces réparations par ses actes - par la parole, qui relève des lèvres, et par la pensée, qui constitue une parole plus intérieure, au niveau de la langue. Nous avons en nous la force de réparer les étincelles de sainteté tombées sous l'emprise des forces d'impureté, par une pensée sanctifiée et par une parole sainte.

« Et le parfum de tes vêtements est comme l'odeur du Liban » : l'action des mitsvot

Le dernier aspect est celui de l'action concrète. Le Malbim explique : les actes constituent le vêtement extérieur, et c'est là « le parfum de tes vêtements ». La pensée et la parole sont plus élevées, tandis que ce qui est purement extérieur, c'est l'action. Cependant, l'acte dépend intimement de la pensée : on peut mettre les téfilines avec des intentions spirituelles sublimes - et c'est alors une mitsva grandiose et immense ; et l'on peut aussi les poser machinalement, sans aucune intention - cela reste une mitsva, mais d'un niveau bien inférieur. C'est plus manifeste encore pour un acte susceptible de s'interpréter de deux façons, comme le don de la tsédaka ou d'autres actes similaires, où tout dépend de l'intention qui anime l'acte.

Et l'action extérieure, l'accomplissement concret des mitsvot dans la matière, est « comme l'odeur du Liban ». Le Liban (Levanon), comme on le sait, désigne le Beth Hamikdach - qui blanchit (malbine) les fautes d'Israël - et cela renvoie à la bonne odeur qui montait des sacrifices. De même que le parfum du Temple avait pour fonction d'attirer et d'unir la sainte Présence divine (la Chekhina) ici-bas dans ce monde, nos actes concrets rapprochent de nous le Bien-Aimé, le Saint béni soit-Il, pour qu'Il s'unisse à nous ici-bas.

« Un jardin clos » : une âme préservée de toute atteinte étrangère

גַּן נָעוּל אֲחֹתִי כַלָּה גַּל נָעוּל מַעְיָן חָתוּם׃ (ד, יב) - « Jardin clos, ma sœur, ô fiancée ; onde close, source scellée ! » (4, 12)

Le texte décrit à présent l'âme : l'âme de Salomon est sainte et sublime, comparable à « une vierge qu'aucun homme n'a connue ». Et quelle est l'impureté de l'âme ? Ce sont les « divinités étrangères », qui correspondent aux forces du mauvais penchant : la pulsion du désir et la pulsion d'emportement - la colère et la convoitise, comme le Gaon de Vilna l'expose longuement en maints endroits. Lorsque les forces négatives extérieures n'ont aucune prise sur l'âme, elle est appelée une vierge qu'aucun homme n'a connue, et elle se compare à un « jardin clos » - un jardin où nul étranger n'a pénétré et dont nul ne s'est approché.

Et ce n'est pas tout. À l'intérieur du jardin se trouve une source, et sur l'orifice de la source repose généralement un dôme de pierre ou un réservoir. C'est pourquoi le texte répète : « une onde close » (gal naoul) - gal ayant le sens de réservoir d'eaux vives, comme dans le verset relatif à Otniel ben Kenaz : « Elle reçut les sources supérieures et les sources inférieures ». Il en résulte que non seulement le jardin est fermé de l'extérieur, mais que le réservoir d'où jaillit l'eau est lui aussi verrouillé. Bien plus encore : c'est « une fontaine scellée » - la source elle-même, située sous le réservoir et qui en constitue l'origine jaillissante, est elle aussi scellée. En d'autres termes, aucun étranger ne s'en est approché, ni en parole, ni en pensée, ni en acte ; l'âme de Salomon est demeurée pure de toute souillure, marquée du sceau du Divin et de la sainteté, telle qu'elle se trouvait dans sa sainte demeure auprès du Saint béni soit-Il.

« Tes rejets sont un verger de grenadiers » - Ce que renferme le jardin

שְׁלָחַיִךְ פַּרְדֵּס רִמּוֹנִים עִם פְּרִי מְגָדִים כְּפָרִים עִם־נְרָדִים׃ נֵרְדְּ וְכַרְכֹּם קָנֶה וְקִנָּמוֹן עִם כׇּל־עֲצֵי לְבוֹנָה מֹר וַאֲהָלוֹת עִם כׇּל־רָאשֵׁי בְשָׂמִים׃ (ד, יג-יד) - « Tes rejets sont un verger de grenadiers avec des fruits exquis, des troènes avec du nard ; nard et safran, roseau odorant et cannelle, avec tous les arbres à encens, myrrhe et aloès, avec tous les principaux aromates. » (4, 13-14)

À présent, le Bien-Aimé s'approche du jardin clos et commence à louer ce qu'il renferme. Dans ce jardin se trouvent des fruits bons à manger - « un verger de grenadiers » - et des végétaux à l'arôme délicieux - « des troènes avec du nard ».

Nous avons déjà vu que le rôle des sacrifices (Korbanot) était de faire résider la Chekhina dans le Temple, comme cela a été longuement expliqué d'après le Kouzari, et le Malbim le rappelle ici : « Mon offrande, Mon pain pour Mes combustions » - le Saint, béni soit-Il, a-t-Il besoin de pain ? La nourriture et la boisson s'appliquent-elles à Lui ? C'est évidemment une métaphore. Si l'on nous demande quelle est la source de notre vitalité, nous répondrons : la Néchama (l'âme). Il est clair pour chacun de nous qu'au moment où l'âme s'en va, l'homme n'est plus qu'un cadavre gisant dans la tombe. Et que se passerait-il si un homme ne mangeait pas pendant une semaine ? Il mourrait. Est-ce donc l'âme qui se nourrit de nourriture matérielle ? L'âme relève de réalités spirituelles et élevées : qu'il étudie la Torah toute la semaine, et l'âme aura sa subsistance ! En réalité, il existe un lien étroit entre le corps et l'âme : l'âme ne mange pas et ne tire pas sa substance de l'aliment, mais elle réside dans le corps ; or, le corps a besoin de nourriture, et l'âme ne peut résider là où il n'y a point de corps. Dès lors, lorsque le corps ne mange pas, cela a un impact sur l'âme, sans qu'il faille pour autant se méprendre et croire que l'âme a besoin de nourriture.

Il en va de même dans notre sujet : le Saint, béni soit-Il, réside dans le Temple. Peut-on concevoir qu'Il ait besoin de nourriture ? Mais lorsque l'on accomplit les Mitsvot requises, on assure l'existence de la dimension matérielle ici-bas - le Temple, les sacrifices et le service des Cohanim - et lorsque le corps est complet et en harmonie, l'âme peut y résider : le Saint, béni soit-Il, fait alors descendre et résider Sa Chekhina dans le Beth Hamikdach.

D'où deux aspects distincts : l'aspect de la nourriture - « Mon offrande, Mon pain pour Mes combustions », et l'aspect de l'odeur - « une odeur agréable ». Les sacrifices correspondent à la nourriture, tandis que l'encens (la Ketoret) correspond à l'odeur. La Ketoret dégage une senteur particulièrement suave et crée un « Kitra », qui signifie en araméen un lien, une union. Le saint Zohar enseigne que la Ketoret relie tous les mondes et établit une union entre la dimension spirituelle, la sainte Chekhina, et le Temple. Il apparaît ainsi que la nourriture est le symbole du service corporel - les Mitsvot concrètes que nous accomplissons avec le corps -, tandis que l'odeur est la métaphore de la perception divine - l'étude de la Torah et la prophétie qui repose sur le prophète.

C'est ainsi qu'Il décrit le jardin : il renferme des éléments comestibles - « un verger de grenadiers » -, qui correspondent aux 613 Mitsvot accomplies dans l'action, à l'instar de la nourriture qui est matérielle : la pose des Téfilines, la fixation de la Mézouza et d'autres actes similaires. Et pourquoi précisément des grenades ? Il est connu que la grenade contient 613 grains (ne cherchez pas à vérifier dans nos grenades actuelles, sans doute un peu amoindries, mais c'est ainsi rapporté dans les livres saints). De là vient l'adage : « Même les gens simples sont remplis de Mitsvot comme la grenade », car la grenade compte 613 grains.

« Avec des fruits exquis » - cela relève toujours du domaine de la nourriture, mais de même qu'il y a un plat principal, des accompagnements et un dessert, les « fruits exquis » (Megadim) désignent les douceurs servies à la fin du repas. Si le repas principal représente les 613 Mitsvot de la Torah, ces douceurs symbolisent les barrières protectrices (Séyagim), les avertissements, les Mitsvot d'ordre rabbinique et les ordonnances de nos Sages.

Face à cela, pour le parfum : « des troènes avec du nard ». Et le Malbim fait remarquer : si vous comptez, il y a ici dix espèces odorantes, correspondant aux composants de l'encens du Temple. Et si l'on s'étonne : n'étaient-ils pas onze, en incluant le galbanum (Helbena) ? On ne compte pas ici le galbanum, car dans un instant le texte décrira la Bien-Aimée comme exempte de tout défaut et de toute imperfection, or le galbanum symbolise un manque, puisque son odeur est mauvaise. Voici donc le décompte : troènes, nards, nard, safran, roseau odorant, cannelle, arbres à encens, myrrhe, aloès, principaux aromates - soit dix. Et du fait que « nards » et « nard » sont mentionnés séparément - d'abord « des troènes avec du nard [au pluriel] », puis « nard et safran » -, on comprend qu'ils sont comptés pour deux. Par là, Il énumère la perfection singulière de la Bien-Aimée, de cette âme d'élite : elle possède à la fois les actes matériels et les perceptions divines, qui sont à l'image du parfum suave de l'encens.

« Source des jardins » - L'âme jaillissant d'elle-même

מַעְיַן גַּנִּים בְּאֵר מַיִם חַיִּים וְנֹזְלִים מִן־לְבָנוֹן׃ (ד, טו) - « Source des jardins, puits d'eaux vives et ruissellements du Liban. » (4, 15)

Après avoir décrit la grandeur du jardin - la Torah et les Mitsvot que le Saint, béni soit-Il, nous a données pour nous rapprocher de Lui -, Il dépeint à présent la source qui abreuve ce jardin. Le Malbim explique : la source qui irrigue le jardin est l'essence même de l'âme et sa sainteté, une source jaillissant d'elle-même. Il existe le puits, qui contient le plus souvent des eaux accumulées ; en revanche, la source est constamment jaillissante. L'âme a la capacité de devenir une source vive et une fontaine de sagesse.

L'exemple en est Avraham Avinou, qui accomplit la Torah tout entière. On a demandé : d'où Avraham Avinou savait-il comment accomplir toute la Torah ? D'une manière générale, Chem et Éver étaient encore vivants et il les a certainement rencontrés, et Noa'h est mort alors qu'Avraham était déjà dans ce monde, comme le mentionne Ibn Ezra - de sorte qu'il n'a point grandi dans un isolement total. Quoi qu'il en soit, il est écrit que ses deux reins étaient comme deux sources jaillissantes. Cela signifie qu'il est possible d'appréhender le Divin par l'âme elle-même, par ses propres facultés, par des perceptions divines qui jaillissent de son intériorité. Lorsque l'âme est élevée et attachée en sa racine à sa Source suprême, elle peut elle-même atteindre de telles intuitions. C'est là le sens de « et mon âme le sait fort bien » : parfois un homme éprouve un sentiment, une intuition profonde ; on lui demande qui le lui a révélé, et il répond qu'il l'ignore, qu'il le ressent tout simplement - et il s'avère ensuite que c'était exactement cela. L'âme n'est point limitée, elle est spirituelle et extrêmement élevée, et douée de perceptions immenses.

Il en va de même chez les Tsaddikim et les grands maîtres d'Israël : lorsqu'on leur demande d'où ils tiennent cela, ils répondent « et mon cœur me le dit ». On a déjà mentionné l'endroit où Rachi emploie cette expression « et mon cœur me le dit » - à propos de l'éphod, et nous avons expliqué par le passé que cela était lié au fait qu'il avait vu des femmes chanter à cheval, comprenant qu'on le lui avait montré du Ciel parce qu'il s'y trouvait un enseignement.

Il s'ensuit qu'il y a ici « une source des jardins, un puits d'eau vive » - quelque chose qui jaillit de l'intériorité, car l'âme est une parcelle divine d'en haut, attachée en sa racine aux mondes et aux perceptions spirituelles supérieures, et les recevant de la sainte source « dont les eaux ne tarissent jamais », selon les termes du Malbim.

Et que signifie « des ruissellements du Liban » ? Le Liban (Levanon) renvoie toujours à la blancheur (lavan), qui fait allusion au Temple qui blanchit les fautes d'Israël. Et comme on le sait, toutes les perceptions spirituelles proviennent de là. C'est ainsi que le prophète Jérémie répondit à Platon, lorsque celui-ci le vit se lamenter sur la destruction du Temple et lui dit : « Sied-il à un sage de pleurer sur la ruine d'une maison de pierres ? » Jérémie lui dit : « Pose-moi n'importe quelle question que tu as. » Il lui posa toutes ses questions et Jérémie lui répondit sur tout, et Platon fut émerveillé par cette sagesse prodigieuse. Jérémie lui dit alors : « Toute cette sagesse provient de ces pierres-là. » C'est-à-dire de cette source, du Beth Hamikdach, d'où l'influx descend vers l'âme intelligente. Il s'avère donc que l'âme est comparable à une source des jardins et à un puits d'eau vive, et d'où cela jaillit-il ? « Des ruissellements du Liban » - du Beth Hamikdach, qui est la source d'abondance de tous les mondes et d'où elle se déverse sur les âmes.

« Réveille-toi, vent du nord, et viens, vent du midi » - Les souffles de l'âme

עוּרִי צָפוֹן וּבוֹאִי תֵימָן הָפִיחִי גַנִּי יִזְּלוּ בְשָׂמָיו יָבֹא דוֹדִי לְגַנּוֹ וְיֹאכַל פְּרִי מְגָדָיו׃ (ד, טז) - Réveille-toi, vent du nord, et viens, vent du midi ! Souffle sur mon jardin, que ses parfums se répandent ! Que mon bien-aimé vienne en son jardin, et qu'il en mange les fruits délicieux !

À présent, l'âme ordonne aux souffles de s'éveiller, ce qui est une métaphore des impulsions intérieures de l'homme - ce que l'on appelle « aller selon l'esprit de chacun ». Il y a une force qui s'éveille, un enthousiasme et un élan ardent ; cet élan peut être orienté vers les choses de sainteté, ou bien, à Dieu ne plaise, vers le contraire : l'exaltation des passions.

Le Malbim explique : tous les traits de caractère qui procèdent du bon penchant sont comparés au vent du sud. Le vent du sud est le souffle orienté vers la droite, car quiconque se tient face à l'est a le sud à sa droite. Or, on sait que la Ménorah se trouvait au sud, et elle symbolise la sagesse et la Torah : « Celui qui veut acquérir la sagesse, qu'il se tourne vers le sud ». En revanche, le nord : « Du nord débordera le malheur », et d'autre part « Du nord vient l'or », qui fait référence aux richesses matérielles ; généralement, la plupart des riches habitent au nord (à Pardès Katz ce n'est pas tout à fait le cas, mais on comprend en tout cas que le nord symbolise davantage la richesse matérielle et la fortune), et la Table (Choul'han) se dressait au nord.

C'est pourquoi il est dit : « Réveille-toi, vent du nord » - éveiller le service divin à travers le souffle du nord n'est pas chose aisée, car naturellement ce n'est pas sa pente spontanée. Le sud est plus direct, correspondant à la sainteté, à la Ménorah et à la Torah. Mais faire en sorte que l'énergie jaillissant du côté nord conduise au service d'Hachem exige un véritable éveil, d'où « réveille-toi ». En revanche, pour le sud, il est dit : « et viens, vent du midi », car l'aspiration à la sainteté et au service de Dieu s'y trouve déjà naturellement ; il n'est donc pas nécessaire de l'éveiller, mais seulement de l'appeler à venir.

« Souffle sur mon jardin, que ses parfums se répandent » - les souffles, qui sont les facultés de l'âme, éveilleront l'être intérieur et l'amèneront à l'amour d'Hachem et au désir ardent de Sa présence, jusqu'à ce que s'écoulent les aromates - allégorie des bonnes actions, qui s'élèvent comme une odeur agréable devant Dieu et éveillent l'amour du Bien-Aimé. C'est là le principe de l'élévation des eaux féminines (Mayim Noukvine - Ma"n) dans la Kabbale : des actions que nous accomplissons et par lesquelles nous éveillons la Volonté suprême envers nous, après quoi cette Volonté suprême déverse sur nous abondance et sainteté.

En quelque sorte, l'âme s'adresse aux forces qui l'habitent : réveille-toi, vent du nord - l'énergie issue du nord doit être stimulée pour le service divin ; et viens, vent du midi - le souffle venant du sud est déjà éveillé de lui-même, il ne reste plus qu'à l'appeler. Dès lors, « souffle sur mon jardin » - à l'image d'un verger planté d'arbres embaumants : lorsqu'un souffle d'air les traverse, leur parfum s'exhale au loin. Et quand les aromates s'écoulent et que la fragrance se diffuse au-dehors : « que mon bien-aimé vienne en son jardin, et qu'il en mange les fruits délicieux ». Le Roua'h Hakodech repose alors sur l'âme de l'homme, l'amour d'Hachem s'éveille envers nous grâce à nos bonnes actions dont le parfum rayonne au loin, et le Saint béni soit-Il vient et mange de Ses fruits exquis. Et « les fruits de ses délices », selon les termes du Zohar : « ce sont les sacrifices offerts devant Lui », c'est-à-dire qu'Il agrée nos offrandes et les mitsvot que nous accomplissons, qui constituent l'aspect de « Mon offrande, Mon pain », comme une nourriture offerte au Saint béni soit-Il, pour ainsi dire.

« Je suis venu dans mon jardin » - La réponse du Bien-Aimé

בָּאתִי לְגַנִּי אֲחֹתִי כַלָּה אָרִיתִי מוֹרִי עִם־בְּשָׂמִי אָכַלְתִּי יַעְרִי עִם־דִּבְשִׁי שָׁתִיתִי יֵינִי עִם־חֲלָבִי אִכְלוּ רֵעִים שְׁתוּ וְשִׁכְרוּ דּוֹדִים׃ (ה, א) - Je suis venu dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée ; j'ai récolté ma myrrhe avec mon baume, j'ai mangé mon rayon avec mon miel, j'ai bu mon vin avec mon lait. Mangez, compagnons, buvez et enivrez-vous d'amours !

Ce verset apparaît dans notre texte au début du chapitre 5, mais selon le Malbim, il ne marque pas le commencement du chapitre suivant, mais bien la conclusion du précédent. « Je suis venu dans mon jardin » est la réponse du Bien-Aimé suprême, le Saint, béni soit-Il, à l'âme : tu as éveillé les forces spirituelles en toi pour le service divin, « réveille-toi, aquilon, et viens, brise du midi », afin que mon bien-aimé entre dans son jardin - et à la suite de tes bonnes actions, l'esprit de sainteté (Roua'h HaKodesh) vient reposer sur l'âme. C'est là l'union intime de la bien-aimée avec son Bien-Aimé.

C'est à ce propos que le Midrash enseigne : « Je suis venu dans mon jardin » - à l'origine, la Présence divine (la Chekhina) résidait principalement ici-bas. En d'autres termes, dans l'ordre naturel et par défaut de la Création, la Chekhina se trouve en haut, et ce n'est que lorsque nous accomplissons des actes pour nous sanctifier qu'elle descend résider parmi nous ici-bas. « Je suis venu dans mon jardin » - elle ne se trouve pas ordinairement dans le jardin, mais elle y vient à la suite de nos actes.

« J'ai récolté ma myrrhe avec mon baume » - j'ai recueilli le parfum de la myrrhe, c'est-à-dire du service de l'âme et de ses actions, qui constituent une odeur agréable devant le Saint, béni soit-Il, et Il déclare pour ainsi dire : j'ai pris plaisir à cette bonne odeur. Plus précisément, explique le Malbim, la myrrhe et les aromates font allusion aux forces spirituelles issues de l'âme vitale (Nefech Ha'Hayanit), celle qui insuffle la vie et le mouvement à l'homme, correspondant au niveau de « Roua'h » parmi les trois degrés Nefech, Roua'h et Nechama. La preuve en est que la myrrhe était extraite d'un animal des Indes, de sa sueur ou de son sang, comme nous l'avons vu plus haut - elle correspond donc à l'âme vitale, source de vitalité et de mouvement, à l'image de l'animal.

« J'ai mangé mon rayon avec mon miel » - cela correspond à l'âme végétative (Nefech HaTsomé'hat), l'échelon le plus élémentaire qui assure l'existence biologique de l'homme. L'âme végétative est symbolisée par le rayon et le miel, issus du nectar des fleurs. Pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, dit : de tes bonnes actions, je retire un profit - bien évidemment, Il n'a besoin d'aucun profit, le sens étant cette agréable odeur et l'agrément trouvé devant Lui pour faire résider Sa Chekhina ici-bas. Et par quel intermédiaire ? Par les mitsvot liées au manger et au boire, qui correspondent à l'âme végétative - comme la consommation des sacrifices, ou les repas de Chabbat et des jours de fête. En revanche, les mitsvot liées aux vertus et aux forces de la vie animale - la prière et l'étude de la Torah - relèvent de la dimension de la myrrhe.

Et au-dessus de tout se trouve le degré supérieur, l'âme intellective ou parlante, appelée Nechama. Si les premières composantes restent liées au corps, la Nechama, elle, transcende la matière corporelle et est comparée au vin et au lait - comme il est dit : « Venez, achetez sans argent, sans rien payer, du vin et du lait ». C'est pourquoi il est écrit : « J'ai bu mon vin avec mon lait », ce qui représente l'effusion de bénédiction et de générosité divine sur toute l'existence, car le vin symbolise toujours la plus haute appréhension spirituelle.

« Mangez, compagnons » - de qui s'agit-il ? Des mondes spirituels. Et de quoi se nourrissent-ils ? De nos actions ici-bas, à travers ces trois dimensions : « ma myrrhe avec mon baume », qui correspond au Roua'h ; « mon rayon avec mon miel », qui correspond à la partie inférieure, le Nefech ; et « mon vin avec mon lait », issu des œuvres de la Nechama, selon l'aspect du vin. Grâce à ces actions, le Saint, béni soit-Il, dit : « Mangez, compagnons » - c'est une nourriture spirituelle pour les mondes supérieurs, comme cela a été longuement expliqué au sujet du Nefech Ha'Haïm. Il ajoute alors : « Buvez et enivrez-vous d'amours ! » - car tous les autres mondes se nourrissent également de cette force : par la force du Temple, des sacrifices et du service des âmes, une effusion divine se répand sur tous les mondes inférieurs.

Conclusion du troisième chant

Le Malbim conclut : ici, le Bien-Aimé suprême retourne vers Sa sainte demeure, et la noble fiancée réintègre le corps physique et s'endort en son sein, sans se souvenir de son Bien-Aimé pendant de longs jours - et c'est ainsi que s'achève le troisième chant. C'est l'étape où le roi Salomon connut une régression : le Bien-Aimé céleste retourna à Sa demeure, et la rencontre ainsi que l'union intime entre l'âme de Salomon et le Saint, béni soit-Il, prirent fin. Dans le quatrième chant, nous verrons comment s'amorce une nouvelle tentative pour renouer ce lien comme à l'origine.

En résumé :

Dans cette section, nous passons de l'attachement venu d'en Haut - la prophétie - à l'attachement que nous éveillons d'en bas par le service du Temple. « Que tes caresses sont belles » loue les sentiments de l'âme envers son Bien-Aimé, car son amour est meilleur que le vin et que tous les aromates. « Tes lèvres distillent la douceur du rayon » englobe les trois plans du service divin : la parole (les lèvres), la pensée (la langue) et l'action (« le parfum de tes vêtements est comme l'odeur du Liban »), tandis que le miel et le lait évoquent la force de l'âme à élever les étincelles dans le règne végétal et animal. « Un jardin verrouillé » dépeint une âme dont aucun étranger n'a approché ; « tes surgeons sont un verger de grenadiers » représente les 613 mitsvot de la Torah ainsi que les mitsvot d'institution rabbinique qu'elle renferme, et les dix espèces odoriférantes correspondent aux ingrédients de l'encens ; et « source des jardins » symbolise la faculté de perception émanant de l'âme elle-même, enracinée dans le Liban, c'est-à-dire le Temple. Enfin, l'âme en appelle aux vents qui l'habitent, « Réveille-toi, aquilon, et viens, brise du midi », jusqu'à ce que la bonne odeur de ses actions se diffuse et éveille l'amour du Bien-Aimé, qui répond : « Je suis venu dans mon jardin » - la Chekhina descend et réside dans le monde d'en bas grâce à nos actions, et l'effusion divine se répand sur tous les mondes. C'est sur ces mots que se clôt le troisième chant.