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Quatrième chant - Parabole - L'oubli du bien-aimé et son éloignement

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Introduction : le quatrième chant dans la parabole

Nous abordons à présent le quatrième chant de Chir Hachirim. Ce chant s'ouvre sur le verset « Je dors, mais mon cœur veille », et s'achève par le verset « Son palais n'est que douceur, et tout en lui est désirable ; tel est mon bien-aimé, tel est mon compagnon, ô filles de Jérusalem ». À partir de là commence un nouveau sujet : « Où est allé ton bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? », etc. Dans ce cours, nous nous consacrerons uniquement à la parabole, selon l'explication du Malbim.

Rappelons d'abord la trame allégorique générale de tout le livre. La parabole met en scène une femme que le roi Salomon a prise pour épouse, bien qu'elle fût en réalité déjà mariée à un berger, qui faisait paître son troupeau dans une contrée lointaine. Salomon l'a emmenée dans son palais pour ainsi dire contre son gré, et la bien-aimée s'y sent constamment prisonnière, cherchant à rejoindre son amour, son époux le berger resté là-bas avec ses brebis. Jusqu'ici, nous l'avons vue s'enfuir à maintes reprises pour retrouver son bien-aimé, tandis que les filles de Jérusalem, qui représentent les suivantes de Salomon, la poursuivent pour la ramener au palais.

Cependant, explique le Malbim, la ligne directrice de ce quatrième chant est que ce lien s'est brisé. La bien-aimée a oublié son compagnon pendant de longs jours. Soudain, le palais s'est mis à lui plaire, et elle n'est plus attirée par cet attachement permanent qu'elle entretenait avec son bien-aimé. Jusqu'au jour où celui-ci, son époux chéri, vient frapper à sa porte. Voyant qu'elle ne vient plus et ne fuit plus le palais pour le rejoindre, il prend lui-même l'initiative de renouer le contact : il s'avance et frappe à la porte. Mais elle n'a pas voulu lui ouvrir. Et lorsqu'elle s'est enfin levée pour le faire, son bien-aimé s'était déjà esquivé et avait disparu, et elle ne le trouva plus.

« Je dors, mais mon cœur veille » - Les coups frappés à la porte

אֲנִי יְשֵׁנָה וְלִבִּי עֵר, קוֹל דּוֹדִי דוֹפֵק, פִּתְחִי־לִי אֲחֹתִי רַעְיָתִי יוֹנָתִי תַמָּתִי, שֶׁרֹּאשִׁי נִמְלָא־טָל קְוֻצּוֹתַי רְסִיסֵי לָיְלָה. (ה, ב) - « Je dors, mais mon cœur veille. C'est la voix de mon bien-aimé qui frappe : Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles des gouttes de la nuit. » (5, 2)

« Je dors » : cela signifie, explique le Malbim, qu'elle est endormie dans son lit et ne s'éveille plus vers son bien-aimé comme autrefois. Elle n'éprouve plus cet élan de courir à sa rencontre. Néanmoins, « mon cœur veille » : le cœur garde encore un souvenir de son fiancé, de cet époux berger resté au loin. C'est alors qu'elle entend soudain « la voix de mon bien-aimé qui frappe » - le voilà qui frappe à la porte et supplie : « Ouvre-moi, ma sœur », ma tête est couverte de rosée, je me tiens dehors exposé à la rosée et aux gouttes de la nuit, ouvre et fais-moi entrer.

Les prétextes de la bien-aimée

פָּשַׁטְתִּי אֶת־כֻּתׇּנְתִּי אֵיכָכָה אֶלְבָּשֶׁנָּה, רָחַצְתִּי אֶת־רַגְלַי אֵיכָכָה אֲטַנְּפֵם. (ה, ג) - « J'ai ôté ma tunique, comment la revêtirais-je ? J'ai lavé mes pieds, comment les souillerais-je ? » (5, 3)

La bien-aimée lui répond par des prétextes : j'ai déjà ôté ma tunique, comment pourrais-je la remettre ? En termes contemporains, elle dirait : j'ai déjà pris ma douche, je ne peux plus sortir, je ne veux pas attraper froid. De même, « j'ai lavé mes pieds » : vais-je me lever pieds nus pour ouvrir la porte et salir mes pieds ?

דּוֹדִי שָׁלַח יָדוֹ מִן־הַחֹר וּמֵעַי הָמוּ עָלָיו. (ה, ד) - « Mon bien-aimé a avancé sa main par l'ouverture, et mes entrailles ont frémi pour lui. » (5, 4)

Le bien-aimé passe sa main par le trou de la serrure, tentant d'ouvrir lui-même la porte. C'est alors que « mes entrailles ont frémi pour lui » : la bien-aimée a ressenti un ardent désir de s'unir à son bien-aimé.

קַמְתִּי אֲנִי לִפְתֹּחַ לְדוֹדִי, וְיָדַי נָטְפוּ־מוֹר וְאֶצְבְּעֹתַי מוֹר עֹבֵר עַל כַּפּוֹת הַמַּנְעוּל. (ה, ה) - Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, et de mes mains a dégoutté la myrrhe, et de mes doigts une myrrhe fluide sur les poignées du verrou. (5, 5)

La bien-aimée décide enfin de faire le premier pas et de se lever pour ouvrir à son bien-aimé. Ses mains ruisselaient de myrrhe, qui s'est déposée sur les poignées du verrou lorsqu'elle l'a touché, ce qui illustre pour ainsi dire tout son désir et son élan vers cette union.

« Et mon bien-aimé s'était esquivé, avait disparu »

פָּתַחְתִּי אֲנִי לְדוֹדִי וְדוֹדִי חָמַק עָבָר, נַפְשִׁי יָצְאָה בְדַבְּרוֹ, בִּקַּשְׁתִּיהוּ וְלֹא מְצָאתִיהוּ, קְרָאתִיו וְלֹא עָנָנִי. (ה, ו) - J'ai ouvert à mon bien-aimé, mais mon bien-aimé s'était esquivé, avait disparu ; mon âme défaillait quand il parlait ; je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a point répondu. (5, 6)

Lorsqu'elle ouvre enfin, le bien-aimé s'est déjà esquivé et s'en est allé. Il avait sans doute attendu suffisamment longtemps, et voyant que personne n'ouvrait, il s'est levé et est parti. Le Malbim explique : il s'est irrité contre elle et a passé son chemin, c'est-à-dire qu'il lui en voulait de ne pas avoir ouvert lorsqu'il frappait à sa porte. « Mon âme défaillait quand il parlait » : son âme s'est troublée lorsqu'elle l'a entendu proférer des paroles dures à son égard en partant, lui reprochant d'avoir délaissé son bien-aimé. « Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a point répondu ».

מְצָאֻנִי הַשֹּׁמְרִים הַסֹּבְבִים בָּעִיר הִכּוּנִי פְצָעוּנִי, נָשְׂאוּ אֶת־רְדִידִי מֵעָלַי שֹׁמְרֵי הַחֹמוֹת. (ה, ז) - Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont trouvée, ils m'ont frappée, ils m'ont blessée ; les gardes des remparts m'ont arraché mon voile. (5, 7)

Elle essaie de sortir de la ville pour retrouver peut-être son bien-aimé, mais les gardes qui font la ronde dans la ville la frappent, la blessent et lui arrachent son voile, le manteau qui la couvrait. Les gardes des remparts l'empêchent de sortir pour s'unir à nouveau et s'isoler avec son bien-aimé.

« Car je suis malade d'amour » - Le secret se dévoile

הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם, אִם־תִּמְצְאוּ אֶת־דּוֹדִי מַה־תַּגִּידוּ לוֹ, שֶׁחוֹלַת אַהֲבָה אָנִי. (ה, ח) - Je vous en conjure, filles de Jérusalem : si vous trouvez mon bien-aimé, que lui direz-vous ? Que je suis malade d'amour. (5, 8)

C'est alors que l'affaire s'ébruite : la femme du roi, ou la concubine du roi - nous parlons bien sûr au sens de la parabole -, qui réside dans le palais de Chlomo, n'est pas véritablement attachée au palais, et a un fiancé ou un époux, un berger quelque part au loin. La chose ayant été divulguée, elle ne voit plus la nécessité de la cacher ; c'est pourquoi elle confie son secret précisément aux filles de Jérusalem, qui jusqu'alors l'éloignaient de son union avec son bien-aimé. Elle les adjure : si vous trouvez mon bien-aimé, dites-lui que je suis malade d'amour. C'est-à-dire : qu'il ne m'en veuille pas et ne soit pas courroucé contre moi, car mon âme s'est troublée à ses reproches lorsqu'il est parti en tenant des propos sévères. Dites-lui que je désire ardemment poursuivre notre lien.

La question des filles de Jérusalem : « Qu'a donc ton bien-aimé de plus qu'un autre ? »

מַה־דּוֹדֵךְ מִדּוֹד הַיָּפָה בַּנָּשִׁים, מַה־דּוֹדֵךְ מִדּוֹד שֶׁכָּכָה הִשְׁבַּעְתָּנוּ. (ה, ט) - Qu'a donc ton bien-aimé de plus qu'un autre bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? Qu'a ton bien-aimé de plus qu'un autre, pour que tu nous adjures ainsi ? (5, 9)

Pourquoi cette répétition de l'expression « Que vaut ton bien-aimé de plus qu'un autre » (Ma dodekh mi-dod), formulée à deux reprises ? En effet, le terme « dodim » exprime à la fois l'amour et la personne de l'aimé ou de l'époux, comme dans l'expression « le temps des amours » (et dodim). Il s'avère donc qu'elles lui posent deux questions distinctes. La première question, « Que vaut ton amour de plus qu'un autre, ô la plus belle des femmes ? » : pourquoi estimes-tu qu'il s'agit là d'un amour si exceptionnel ? En quoi ton amour diffère-t-il de tous les autres ? La seconde question, « Que vaut ton bien-aimé de plus qu'un autre, pour nous adjurer ainsi ? » : ici, il s'agit du bien-aimé en tant qu'époux et fiancé. En quoi ton fiancé est-il différent de tous les autres, au point de nous faire prêter un tel serment ? Ce n'est assurément pas une chose ordinaire. Il en ressort qu'il y a là un amour d'exception et un bien-aimé d'exception, et c'est sur ces deux points qu'elles l'interrogent : quelle est la nature de cet amour unique, et qui est donc ce bien-aimé hors du commun ?

La réponse de la bien-aimée : la louange du bien-aimé

דּוֹדִי צַח וְאָדוֹם דָּגוּל מֵרְבָבָה. רֹאשׁוֹ כֶּתֶם פָּז, קְוֻצּוֹתָיו תַּלְתַּלִּים שְׁחֹרוֹת כָּעוֹרֵב. עֵינָיו כְּיוֹנִים עַל־אֲפִיקֵי מָיִם, רֹחֲצוֹת בֶּחָלָב יֹשְׁבוֹת עַל־מִלֵּאת. לְחָיָו כַּעֲרוּגַת הַבֹּשֶׂם מִגְדְּלוֹת מֶרְקָחִים, שִׂפְתוֹתָיו שׁוֹשַׁנִּים נֹטְפוֹת מוֹר עֹבֵר. יָדָיו גְּלִילֵי זָהָב מְמֻלָּאִים בַּתַּרְשִׁישׁ, מֵעָיו עֶשֶׁת שֵׁן מְעֻלֶּפֶת סַפִּירִים. שׁוֹקָיו עַמּוּדֵי שֵׁשׁ מְיֻסָּדִים עַל־אַדְנֵי־פָז, מַרְאֵהוּ כַּלְּבָנוֹן בָּחוּר כָּאֲרָזִים. חִכּוֹ מַמְתַקִּים וְכֻלּוֹ מַחֲמַדִּים, זֶה דוֹדִי וְזֶה רֵעִי בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם. (ה, י-טז) - Mon bien-aimé est éclatant et vermeil, distingué entre dix mille. Sa tête est d'or pur, ses boucles sont ondulées, noires comme le corbeau. Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux d'eau, baignées dans le lait, posées près de flots abondants. Ses joues sont comme un parterre d'aromates, des terrasses de parfums ; ses lèvres sont des roses d'où coule une myrrhe exquise. Ses mains sont des cylindres d'or incrustés de chrysolithes ; son corps est un chef-d'œuvre d'ivoire couvert de saphirs. Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc posées sur des socles d'or fin ; son aspect est majestueux comme le Liban, imposant comme les cèdres. Son palais est toute douceur, et tout en lui est désirable. Tel est mon bien-aimé, et tel est mon compagnon, ô filles de Jérusalem ! (5, 10-16)

Elle leur livre une description longue et détaillée de ce bien-aimé si particulier, pour conclure : « Tel est mon bien-aimé, et tel est mon compagnon » - trouveriez-vous un autre aimé et compagnon semblable au mien ? Vous me demandez : « Que vaut ton bien-aimé de plus qu'un autre, ô la plus belle des femmes ? », pourquoi mon amour est si exceptionnel et ce que mes sentiments ont d'unique ? Je viens de vous dépeindre combien mon bien-aimé est extraordinaire, et cela même exprime l'immensité de l'amour que j'ai pour lui.

Il convient de remarquer que, dans la parabole (machal), le Malbim n'explique pas toutes ces descriptions une par une, mais se contente d'indiquer de façon générale qu'elle leur dépeint les louanges de son bien-aimé. En revanche, dans le sens allégorique (nimchal), comme nous le verrons par la suite, chacun de ces détails revêt une signification précise et reçoit une explication.

En conclusion :

Le quatrième chant, au niveau de la parabole, décrit une rupture : la bien-aimée a oublié son bien-aimé durant de longs jours, s'est accoutumée au palais et ne s'éveille plus vers lui. C'est le bien-aimé lui-même qui prend l'initiative du rapprochement et frappe à sa porte, mais elle le repousse sous des prétextes de confort. Lorsqu'elle se réveille enfin et se lève pour ouvrir, il a déjà disparu et passé son chemin, et son âme défaillit en entendant ses paroles sévères. Dès lors, elle part à sa recherche, subit les coups des gardes des remparts, et finit par confier son secret aux filles de Jérusalem, les adjurant de faire savoir à son bien-aimé qu'elle est malade d'amour. Celles-ci lui posent deux questions - ce que son amour a de particulier et ce que son bien-aimé a d'unique - et elle leur répond par une longue description de ses louanges, qu'elle conclut ainsi : « Tel est mon bien-aimé, et tel est mon compagnon, ô filles de Jérusalem ».