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Chant I - Parabole - Le départ de la bien-aimée vers le désert - 2e partie

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Introduction : la fin du premier chant

Dans le passage qui s'offre à nous, nous accompagnons la bien-aimée à un tournant décisif : jusqu'à présent, elle était entourée des filles de Jérusalem et ne pouvait s'adresser à son bien-aimé, c'est pourquoi elle leur parlait (« Ne me regardez point parce que je suis noiraude »). À présent, libérée de leur présence, elle s'adresse directement au bien-aimé de l'autre côté du mur, lui demande des indications pour parvenir jusqu'à lui, s'enfuit de la cour du roi, s'isole avec lui - puis finit par être ramenée de force au palais de Chlomo. C'est ici, au verset 7 du chapitre 2, que s'achève le premier chant. Il convient de souligner que Chir HaChirim n'est pas structuré selon une division juive traditionnelle, mais selon la division générale des chapitres du Tanakh, qui est d'origine chrétienne. C'est pourquoi, dans notre étude, nous ne nous référons pas aux chapitres mais aux chants - et, comme l'explique le Malbim, le livre est composé de cinq chants.

« Dis-moi où tu mènes paître, où tu fais reposer » - La demande de repères

הַגִּידָה לִּי שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי אֵיכָה תִרְעֶה אֵיכָה תַּרְבִּיץ בַּצָּהֳרָיִם שַׁלָּמָה אֶהְיֶה כְּעֹטְיָה עַל עֶדְרֵי חֲבֵרֶיךָ׃ (א, ז) - Dis-moi, toi que chérit mon âme, où tu mènes paître ton troupeau, où tu le fais reposer à midi ; car pourquoi serais-je comme une femme voilée errant auprès des troupeaux de tes compagnons ?

La bien-aimée dit à son bien-aimé : je veux m'enfuir d'ici et te rejoindre, mais comment reconnaître l'endroit où tu te trouves ? Le Malbim explique que le berger passe par deux situations différentes. « Faire paître » (ro'é) - lorsqu'il conduit les bêtes à la recherche d'un pâturage pour se nourrir. « Faire reposer » (marbits) - du verbe revats, être couché : à l'heure de midi, sous un soleil brûlant, le berger cherche un lieu ombragé où le troupeau peut se coucher et s'abriter. Autre distinction : pendant le pâturage, chaque berger mène son troupeau dans un endroit distinct, tandis qu'au moment du repos, tous les bergers se rassemblent en un même lieu offrant de l'ombre.

Selon cette explication, le verset prend tout son sens : dis-moi où tu mènes paître tes bêtes, et si je ne t'y trouve pas, dis-moi où tu les fais reposer à midi - cet autre endroit, à l'ombre. Les mots « chalama éhyé khe'otya » constituent une proposition incise, et la lecture continue du verset est donc : « où fais-tu reposer ton troupeau à midi près des troupeaux de tes compagnons » - quel est ce lieu où tu fais reposer tes bêtes aux côtés des troupeaux de tes confrères, comme le font habituellement les troupeaux qui se regroupent pour le repos.

Et que signifie cette proposition incise ? « Chalama éhyé khe'otya » - 'otya dérive de la racine évoquant le fait d'être enveloppé ou couvert, comme celui qui revêt un manteau. Pourquoi devrais-je rester ici, confinée sous les tentures de Chlomo, cloîtrée dans ses palais et ses appartements ? Je veux quitter cet endroit, alors dis-moi où tu fais paître et où tu fais reposer tes bêtes, afin que je puisse te rejoindre et m'unir à toi. Le Malbim propose une autre interprétation : 'otya peut également être rattaché à l'idée d'égarement ou de frénésie, à l'image du rapace (ayit) qui fond sur les cadavres pour déchirer sa proie - c'est-à-dire : pourquoi devrais-je errer ici comme éperdue et affolée ?

« Sors sur les traces du troupeau » - Deux conseils pour s'évader

אִם לֹא תֵדְעִי לָךְ הַיָּפָה בַּנָּשִׁים צְאִי לָךְ בְּעִקְבֵי הַצֹּאן וּרְעִי אֶת גְּדִיֹּתַיִךְ עַל מִשְׁכְּנוֹת הָרֹעִים׃ (א, ח) - Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, sors sur les traces du troupeau et fais paître tes chevrettes près des demeures des bergers.

Le bien-aimé berger lui répond : pour t'enfuir de la cour du roi et me rejoindre, tu as besoin de deux choses. La première, savoir où je me trouve. La seconde, des stratagèmes et de la ruse pour que les gardes ne s'aperçoivent pas de ta fuite - car, comme nous le verrons par la suite, dès qu'ils s'aperçoivent de son évasion, ils partent immédiatement à sa recherche.

Face à la première inquiétude, il répond : « Sors sur les traces du troupeau » - si tu suis les sentiers et les empreintes du bétail, tu me rattraperas et tu arriveras là où je fais paître. Et face à la seconde : « et fais paître tes chevrettes près des demeures des bergers » - déguise-toi en bergère et fonds-toi parmi les bergers et les bergères. De cette façon, tu passeras inaperçue au milieu d'eux, personne ne soupçonnera que tu viens du palais royal, et même lorsqu'on viendra te chercher, nul n'imaginera que tu es l'épouse du roi.

« À ma jument attelée aux chars de Pharaon » - Paroles d'amour lors de l'intimité

לְסֻסָתִי בְּרִכְבֵי פַרְעֹה דִּמִּיתִיךְ רַעְיָתִי׃ (א, ט) - À ma cavale parmi les attelages de Pharaon, je te compare, ma bien-aimée.

Le Malbim explique : après qu'il lui a indiqué la manière de le retrouver, elle s'enfuit effectivement et parvient jusqu'à lui. Désormais réunie avec son bien-aimé, celui-ci lui adresse des paroles d'amour. La voyant parée de précieux bijoux, de perles et d'or, il lui dit : à mes yeux, tu es comme ma jument unique que Salomon aurait prise pour l'atteler à ses chars. Car il est bien connu que les haras d'Égypte furent acquis par Salomon, qui devint ainsi le plus grand marchand de chevaux ; il obtint le monopole du commerce équin auprès de Pharaon, roi d'Égypte, et parce qu'il était son gendre - ayant épousé sa fille -, il y obtint tous les privilèges. Son bien-aimé lui dit alors : bien que Pharaon et Salomon possèdent d'innombrables chevaux et attelages, et que tout ce commerce soit entre ses mains, c'est précisément ma jument à moi qu'il est venu prendre.

נָאווּ לְחָיַיִךְ בַּתֹּרִים צַוָּארֵךְ בַּחֲרוּזִים׃ (א, י) - Tes joues sont gracieuses sous les parures, ton cou au milieu des rangs de perles.

Tu ressembles aux montures de Salomon, richement parées de bijoux. Aujourd'hui encore, certains investissent des fortunes dans leurs véhicules, avec toutes sortes d'équipements et d'enjoliveurs luxueux - à chaque époque ses montures et ses investissements ! Et il lui dit : tes joues sont belles comme ces rangées d'or fixées sur les joues des chevaux, et ton cou est orné de colliers de perles semblables à ceux que l'on passait à leur cou.

תּוֹרֵי זָהָב נַעֲשֶׂה לָּךְ עִם נְקֻדּוֹת הַכָּסֶף׃ (א, יא) - Nous te ferons des parures d'or, incrustées de points d'argent.

Le bien-aimé lui dit : quand tu vivais à mes côtés, tu n'avais rien de tel. Tu n'avais que de modestes points d'argent, ni bijoux d'or ni riches parures, seulement de petites perles - car avec moi tu vivais dans le dénuement, n'étant qu'un simple berger. Et voilà que je constate qu'on t'a fait des parures d'or : alors qu'avec moi tu n'avais que des points d'argent, ici, Salomon t'a fait confectionner des colliers d'or.

« Mon nard a exhalé son parfum » - La réponse de la bien-aimée : je n'ai point convoité la table royale

עַד שֶׁהַמֶּלֶךְ בִּמְסִבּוֹ נִרְדִּי נָתַן רֵיחוֹ׃ (א, יב) - Pendant que le roi est à son banquet, mon nard a exhalé son parfum.

Ici, explique le Malbim, la bien-aimée répond à son tour : sache que maintenant que j'ai quitté la cour du roi Salomon, je puis te l'avouer - même lorsque le roi m'a fait asseoir à son banquet, dans son palais et devant sa table somptueuse, je n'ai point convoité ses délices ni ses mets raffinés. « Mon nard » : le nard est une essence parfumée ; c'est le parfum de mon bien-aimé qui exhalait sa senteur. Autrement dit : j'étais certes assise au milieu de tout ce faste, mais ce qui montait à mes narines n'était ni la nourriture ni les festins servis devant moi, mais bien le nard de mon bien-aimé - c'est vers lui que va tout mon désir.

צְרוֹר הַמֹּר דּוֹדִי לִי בֵּין שָׁדַי יָלִין׃ (א, יג) - Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe qui repose entre mes seins.

Elle décrit la façon dont elle a ressenti cette bonne odeur de deux manières différentes. La première : les femmes avaient coutume de porter entre leurs seins un sachet de myrrhe odoriférant - une petite bourse de tissu remplie d'aromates qui dégageait une senteur continue. La bien-aimée dit alors : cette fragrance qui m'accompagne et s'exhale me rappelle ton souvenir ; chaque fois que je respire ce parfum sur moi, c'est comme s'il émanait de toi, « il repose entre mes seins », et je me souviens constamment de toi.

אֶשְׁכֹּל הַכֹּפֶר דּוֹדִי לִי בְּכַרְמֵי עֵין גֶּדִי׃ (א, יד) - Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d'Ein Guédi.

Le « kofer » (henné) est une sorte de parfum, selon l'expression du verset « le henné avec le nard ». Et le second sens : je respire la grappe de henné, qui exhale son parfum au loin, depuis les vignes d'Ein Guédi - de l'endroit même où tu te trouves. De là-bas, ton parfum se diffuse au loin et parvient jusqu'à moi. Elle exprime ainsi deux sortes d'effluves : le parfum qui se trouve auprès de moi me rappelle ton souvenir, et le parfum qui émane de toi m'empêche de t'oublier.

« Hinakh yafa » - Deux sortes de beauté

הִנָּךְ יָפָה רַעְיָתִי הִנָּךְ יָפָה עֵינַיִךְ יוֹנִים׃ (א, טו) - Te voici belle, ma compagne, te voici belle, tes yeux sont des colombes !

Le bien-aimé lui répond : tu es belle à mes yeux pour deux raisons. La première - « Te voici belle, ma compagne » : ce que tu viens de me décrire montre que tu es toujours ma compagne ; bien que tu aies séjourné dans le palais de Chlomo et qu'il t'ait comblée de tous les biens, tu m'es restée fidèle. En cela, tes actes sont très beaux à mes yeux, car tu ne t'es pas laissé séduire par les désirs et les délices du roi Chlomo. Et la seconde - « Te voici belle, tes yeux sont des colombes » : par toi-même, tes yeux sont semblables à des colombes, car les colombes, comme on le sait, ne regardent que leur compagnon et n'en cherchent point d'autre.

Au fond des choses, il y a ici deux sortes de beauté : une beauté qui réside dans les yeux de celui qui regarde, et une beauté universellement reconnue. La Guémara dit : « La grâce d'une femme est aux yeux de son mari » - cela ne signifie pas nécessairement qu'elle soit belle aux yeux de tous, mais qu'elle a trouvé grâce à ses yeux, la preuve en étant qu'il l'a épousée ; que ce soit pour sa personne ou pour ses biens, peu importe, en tout cas elle a trouvé grâce à ses yeux. En revanche, il existe une grâce qui n'est pas subjective mais fait l'unanimité, comme pour « Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient » - un consensus. C'est ce que lui dit le bien-aimé : d'une part, « Te voici belle, ma compagne », du point de vue du lien qui nous unit, car tu n'as pas cédé aux avances de Chlomo et je suis resté présent dans tes pensées et dans ton cœur ; et d'autre part, « Te voici belle », d'une beauté que tous reconnaissent - « tes yeux sont des colombes », car tout comme la colombe n'a d'yeux que pour son compagnon, de même tu n'as d'yeux que pour ton époux.

« Notre couche est verdoyante » - Une demeure dans la forêt

הִנְּךָ יָפֶה דוֹדִי אַף נָעִים אַף עַרְשֵׂנוּ רַעֲנָנָה׃ (א, טז) - Te voici beau, mon bien-aimé, et charmant ! Notre couche aussi est verdoyante.

Après qu'il lui a dit « Te voici belle, ma compagne », elle lui répond : « Te voici beau, mon bien-aimé » - par ton apparence, la beauté du visage étant une chose extérieure. « Et charmant » - par ta perfection intérieure, car un homme « charmant » (na'im) est une personne dont la compagnie est agréable, l'homme accompli aux vertus remarquables. Et elle ajoute : voici venu le moment de nous unir. Jusqu'à présent, je reposais sur des lits d'or et d'argent dans le palais royal, mais à présent, « notre couche est verdoyante » - où sommes-nous ? Dans la forêt, dans les champs ; que possédons-nous ? Une couche faite de branches fraîches et verdoyantes. C'est à présent l'heure des amours, le moment de nous retrouver dans l'intimité.

קֹרוֹת בָּתֵּינוּ אֲרָזִים רַהִיטֵנוּ בְּרוֹתִים׃ (א, יז) - Les poutres de nos demeures sont des cèdres, nos lambris sont des cyprès.

Et dans ce lieu où nous nous isolons, je n'ai pas de palais comme celui de Chlomo, ni de lits d'or et d'argent comme dans ses appartements. Quelle est donc ma maison ? « Les poutres de nos demeures sont des cèdres » - les cèdres qui poussent ici dans la forêt constituent la charpente de notre maison. « Nos lambris [rahiténou] sont des cyprès » - les rehatim sont l'endroit où l'eau court, comme dans le verset « dans les auges [barehatim], dans les abreuvoirs », du terme évoquant la course (meroutsa). Certes, dans la langue de nos Sages, « rahit » désigne la porte, et la Guémara explique qu'on l'appelle ainsi parce qu'on court toujours vers elle ; mais nous trouvons aussi « rehatim » pour désigner les auges, où l'eau s'écoule également avec rapidité.

Et le sens métaphorique : les « bérotim » sont des cyprès, et certains expliquent qu'il ne s'agit pas nécessairement du cyprès, mais d'arbres aux larges branchages. En effet, nous reposons au cœur de la forêt sur notre couche verdoyante, et si la pluie venait à tomber, quelle serait notre gouttière ? Qu'est-ce qui détournerait l'eau loin de nous ? Ce sont ces arbres aux larges ramures, dont le feuillage dense déverse l'eau tout autour de nous et nous abrite pour que la pluie ne nous atteigne pas.

« Je suis le narcisse du Sharon, la rose des vallées »

אֲנִי חֲבַצֶּלֶת הַשָּׁרוֹן שׁוֹשַׁנַּת הָעֲמָקִים׃ (ב, א) - Je suis le narcisse du Sharon, la rose des vallées.

La bien-aimée poursuit : Je ressemble au narcisse qui pousse dans le Sharon et à la rose qui croît dans les vallées. Le Malbim explique : le narcisse ('havatselet) est une plante pourvue de racines semblables à un oignon, qui ne dégagent pas d'odeur puissante, mais portent à leur sommet une fleur magnifique. Quand le soleil se lève, le narcisse s'oriente vers lui ; quand le soleil est au zénith, il lève sa corolle vers le ciel ; et quand le soleil se couche, il s'incline vers le couchant - comme ces fleurs qui suivent la course du soleil. Cette fleur s'épanouit particulièrement dans la plaine du Sharon et face au soleil, dans un endroit baigné de lumière. En revanche, la rose (chochana) est une fleur odorante, qui exhale le parfum accumulé précisément au coucher du soleil ; c'est pourquoi elle s'épanouit davantage dans les lieux ombragés.

Dès lors, ses paroles s'éclairent : « Je suis le narcisse du Sharon » - j'aime le repos, demeurer dans le Sharon et déployer mes magnifiques pétales devant le soleil levant. Et qui est ce soleil ? C'est toi, mon bien-aimé. Tu es mon bien-aimé, tu es le soleil, et ta lumière rejaillit sur moi ; je me délecte d'être sous ton rayonnement, là où tu m'éclaires et m'influences, et c'est alors que ma beauté se révèle. Mais lorsque les filles de Jérusalem viennent me saisir pour me ramener au palais du roi Salomon, lorsque je retourne dans la vallée et dans l'ombre - où je suis captive - j'exhale alors le doux parfum que j'ai reçu du soleil. Je ressemble alors à la rose, qui commence à donner sa bonne odeur précisément au coucher du soleil.

En d'autres termes : les filles de Jérusalem ne percevront mon doux parfum, ma droiture morale et mes nobles vertus, que lorsque je serai revenue au palais de Salomon. Il y a sans doute là aussi un enseignement pour l'âme humaine : une personne aigrie, qui vit continuellement dans le mal-être, laisse transparaître cet état dans son comportement ; en revanche, après une période d'épanouissement, sa conduite devient également meilleure. C'est ce qu'elle exprime : après m'être unie à mon bien-aimé, même lorsqu'on me ramènera au palais, je continuerai à diffuser mon parfum, semblable à la rose des vallées qui embaume même à l'ombre.

« Comme une rose parmi les épines » - La mise en garde du bien-aimé

כְּשׁוֹשַׁנָּה בֵּין הַחוֹחִים כֵּן רַעְיָתִי בֵּין הַבָּנוֹת׃ (ב, ב) - Telle une rose parmi les épines, telle est ma bien-aimée parmi les jeunes filles.

Le bien-aimé lui dit : au milieu des filles de Jérusalem, tu ressembles à une rose parmi les épines. La tige de la rose, comme on le sait, est garnie d'aiguillons - quiconque a déjà tenu une tige de rose sait qu'elle est entourée d'épines - et quand la rose se mêle aux ronces, celles-ci l'abîment. C'est pourquoi je te préviens : tu dois garder la tête haute et ne pas te mêler aux épines. Et qui sont ces épines ? Ce sont les filles de Jérusalem, qui tentent constamment de la ramener vers Salomon et d'éveiller en elle l'attachement et l'amour pour lui, alors que son cœur appartient à son époux, quelque part dans le désert. Sois vigilante : relève la tête, afin que les épines ne blessent pas la rose.

« Comme un pommier parmi les arbres de la forêt » - La réponse de la bien-aimée

כְּתַפּוּחַ בַּעֲצֵי הַיַּעַר כֵּן דּוֹדִי בֵּין הַבָּנִים בְּצִלּוֹ חִמַּדְתִּי וְיָשַׁבְתִּי וּפִרְיוֹ מָתוֹק לְחִכִּי׃ (ב, ג) - Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes : j'ai ardemment désiré son ombre et m'y suis assise, et son fruit est doux à mon palais.

La bien-aimée lui répond : toi aussi, parmi les jeunes gens, tu es comme un pommier parmi les arbres de la forêt. Les arbres de la forêt sont imposants et le pommier est bas ; ils le dissimulent sous leurs branchages et par leur hauteur, et pourtant, il se distingue encore parmi eux grâce à sa bonne odeur. « J'ai ardemment désiré son ombre et m'y suis assise » - cela renvoie au parfum délicieux qu'il diffuse. De plus, sa singularité réside dans son fruit, doux à mon palais.

Ce qui signifie : lorsque je suis avec toi - « et son fruit est doux à mon palais », je goûte au fruit lui-même. Et lorsque je suis loin de toi - « j'ai ardemment désiré son ombre et m'y suis assise », même là où je me trouve auprès de Salomon, ton parfum me parvient. En termes simples, elle lui répond : ne crains pas que les épines n'abîment la rose, ni que les filles de Jérusalem ne m'entraînent vers le désir de Salomon. Tu n'as rien à craindre : tu es comme un pommier parmi les arbres de la forêt ; quand je suis avec toi, je savoure ton fruit, et quand je suis loin de toi, ton parfum qui s'exhale au loin attire mon cœur pour que je te reste attachée.

« Il m'a conduite à la maison du vin » - Le sommet de l'attachement

הֱבִיאַנִי אֶל בֵּית הַיָּיִן וְדִגְלוֹ עָלַי אַהֲבָה׃ (ב, ד) - Il m'a introduite dans la maison du vin, et sa bannière sur moi, c'est l'amour.

La bien-aimée s'exprime : après que les deux amants ont échangé toutes ces paroles, le bien-aimé l'a prise et l'a conduite à la maison du vin. Et quelle est cette bannière qu'il a déployée sur elle ? L'amour. C'est l'amour qui forme l'étendard dressé entre eux.

סַמְּכוּנִי בָּאֲשִׁישׁוֹת רַפְּדוּנִי בַּתַּפּוּחִים כִּי חוֹלַת אַהֲבָה אָנִי׃ (ב, ה) - Soutenez-moi avec des flacons de vin, ranimez-moi avec des pommes, car je suis malade d'amour.

Les « ashishot » sont des récipients de verre remplis de vin, des coupes de vin, comme l'explique Ibn Ezra. « Ranimez-moi avec des pommes » - garnissez ma couche de pommes exhalant une bonne odeur, car il était d'usage, lorsqu'une personne était malade, de placer autour d'elle des pommes et des aromates parfumés pour favoriser sa guérison. « Car je suis malade d'amour » - puisque je languis d'amour, tel est le remède dont j'ai besoin, car mon attachement pour mon bien-aimé est infini.

שְׂמֹאלוֹ תַּחַת לְרֹאשִׁי וִימִינוֹ תְּחַבְּקֵנִי׃ (ב, ו) - Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m'enlace.

Et ce n'est pas seulement moi qui lui voue mon amour, mon bien-aimé m'accorde lui aussi sa tendresse : sa main gauche soutient ma tête, et sa droite m'enlace.

« Si vous éveillez ou si vous provoquez » - Le serment de la bien-aimée

הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלִַם בִּצְבָאוֹת אוֹ בְּאַיְלוֹת הַשָּׂדֶה אִם תָּעִירוּ וְאִם תְּעוֹרְרוּ אֶת הָאַהֲבָה עַד שֶׁתֶּחְפָּץ׃ (ב, ז) - Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des champs : n'éveillez pas, ne provoquez pas l'amour avant qu'il ne le désire !

Mais ici, le lien est interrompu, car les filles de Jérusalem arrivent pour ramener la bien-aimée vers le palais royal. Elles s'approchent d'elle afin de la reconduire au palais, et elle leur adresse ce serment : je vous en conjure. Les termes « lehaïr » et « le'orer » semblent signifier la même chose, mais le Malbim explique qu'il n'en est rien. « Lehaïr » signifie susciter la haine et l'inimitié, et plusieurs versets l'attestent explicitement. Chez Shmouel, il est dit à Shaoul : « Hachem s'est détourné de toi et Il est devenu ton ennemi (arekha) » - « arekha » désignant ton ennemi. De même dans Daniel : « Que le songe s'applique à tes ennemis, et son explication à tes adversaires (le'arakha) » - que le Saint béni soit-Il assigne ce rêve à tes ennemis et sa signification à tes adversaires. Et à qui Daniel disait-il cela ? À Belshatsar ; c'est ainsi qu'il lui interpréta le songe (et l'on peut, ce qui est d'ailleurs très recommandé, revoir les cours sur Daniel).

Selon cette lecture : « Si vous éveillez » - n'introduisez pas d'inimitié dans ce grand amour qui m'unit à mon époux. « Ou si vous provoquez » - ne tentez pas non plus d'amplifier artificiellement cet amour. Car entre deux êtres qui s'aiment, précise le Malbim, aucun étranger ne doit s'immiscer : n'en retranchez rien et n'y ajoutez rien. L'amour s'éveillera de lui-même comme il se doit ; n'essayez ni de le diminuer, ni de le forcer.

Et puisqu'il n'y a personne dans ce désert, par qui peut-elle faire prêter serment ? C'est pourquoi elle déclare : je vous adjure par les gazelles et par les biches des champs, afin qu'elles soient les témoins, les avertisseurs et les gardiennes de ce serment. De la même façon qu'on dit : « Je prends à témoin contre vous les cieux et la terre », en adjurant par ce qui servira de témoin. Ici, nous n'avons point de témoins humains, je prends donc à témoin ce qui nous entoure - les gazelles ou les biches des champs - afin que vous ne détruisiez pas cet amour et ne cherchiez pas non plus à le forcer.

C'est à cet instant précis que le bien-aimé s'est éclipsé, et la bien-aimée fut reconduite dans les appartements de Shlomo. Le Malbim conclut : ici s'achève le premier chant. Dès lors, nous nous tournerons vers la parabole pour comprendre le sens allégorique (le nimchal) - quel est ce processus spirituel qui s'est déroulé ici entre l'âme, le Saint béni soit-Il et le roi Shlomo.

En résumé :

Dans ce passage, la Bien-aimée parachève son parcours de fuite et d'union : elle demande à son Bien-aimé des repères - où fait-il paître et où fait-il reposer son troupeau à midi -, et il lui répond par deux conseils : suivre les traces du troupeau et se déguiser en bergère. Lorsqu'elle parvient à lui, il fait son éloge en la comparant à sa cavale parmi les attelages de Pharaon, parée de rangs d'or, et elle témoigne que, même à la table du roi, elle n'a point convoité ses mets, mais seulement la fragrance du nard de son Bien-aimé, qui l'accompagne de l'intérieur (le sachet de myrrhe) et de l'extérieur (la grappe de henné). Il loue sa double beauté - la beauté de la fidélité et la beauté harmonieuse de « tes yeux sont des colombes » -, et elle lui répond par la description d'une demeure sylvestre : des poutres de cèdre et des lambris de cyprès. De là : la rose du Sharon face au lys des vallées, la mise en garde de « comme un lys parmi les épines » et la réplique « comme un pommier parmi les arbres de la forêt », pour atteindre enfin le sommet de l'attachement dans la maison du vin, malade d'amour, et le serment « n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour » - qu'aucun étranger n'approche cet amour, sans rien y retrancher ni rien y ajouter. C'est ici, au moment où les bien-aimés se séparent, que s'achève le premier chant.