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Chant I - Parabole - La sortie de la bien-aimée vers le désert - 1re partie

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Introduction : La démarche du Malbim dans le Cantique des Cantiques

Dans la longue introduction, nous avons étudié les fondements de l'approche du Malbim. Pour celui qui a préféré l'ignorer pour aborder directement les versets, nous en résumerons ici brièvement le fil directeur. Le fondement est le suivant : l'homme abrite en lui les forces du corps et les forces de l'âme. Le roi Salomon dans la parabole représente les forces corporelles, tandis que la bien-aimée incarne les forces de l'âme - la part spirituelle et divine en Salomon, c'est-à-dire la Néchama. Le bien-aimé (le Dod) est le Saint, béni soit-Il, et l'âme languit et s'élance sans cesse vers Lui, cherchant à se délier des entraves du corps matériel et physique avec tous ses désirs et ses délices, le dédaignant pour s'unir à son bien-aimé.

La parabole elle-même : le roi Salomon a pris pour épouse une femme qui était déjà mariée à un berger, et son cœur demeure fidèle à ce berger. Bien que Salomon s'efforce de lui faire goûter à tous ses plaisirs et ses délices, à ses palais et ses divertissements, rien de tout cela ne la touche, et elle aspire ardemment à retrouver le berger demeuré au désert. Celui-ci s'approche du palais, épie ses pas, regarde à travers les treillis et la guette, et de temps à autre, elle s'enfuit pour le rejoindre. Mais les filles de Jérusalem, qui représentent en quelque sorte les forces de Salomon, interviennent pour la ramener au palais. Jusqu'à la cinquième fois, où elle parvient à s'échapper définitivement pour s'unir à son bien-aimé, l'époux de sa jeunesse.

Le sens allégorique : l'âme de Salomon s'élève à chaque fois dans la prophétie vers le Saint, béni soit-Il. Le poème se divise en cinq parties, car à cinq reprises l'âme de Salomon s'est détachée des liens du corps pour s'unir par la prophétie au Saint, béni soit-Il, qui est le berger de la parabole, et les forces corporelles la ramenaient en arrière au terme de la vision prophétique. Cela s'est produit quatre fois, et la cinquième fois - lors du décès de Salomon - l'union entre l'âme et le Saint, béni soit-Il, devint absolue et définitive, sans que les forces du corps ne puissent plus la retenir.

Nous aborderons tout d'abord la première partie selon le sens de la parabole, puis nous verrons comment les versets s'articulent avec le sens allégorique. Nous ne procèderons pas d'un seul trait pour l'ensemble du livre, afin de ne pas perdre de vue le lien entre la parabole et l'allégorie, mais par étapes successives, afin de bien saisir la parabole face au sens profond.

« Chir Hachirim » - Un cantique composé de cinq chants

שִׁיר הַשִּׁירִים אֲשֶׁר לִשְׁלֹמֹה׃ (א,א) - Cantique des cantiques, de Salomon.

Le Malbim explique : c'est un cantique divisé en cinq chants, et c'est pourquoi il est nommé « Cantique des cantiques » - un chant qui réunit l'ensemble des chants de Salomon.

« Qu'il me baise des baisers de sa bouche » - L'ardent désir de la bien-aimée pour son bien-aimé

יִשָּׁקֵנִי מִנְּשִׁיקוֹת פִּיהוּ כִּי־טוֹבִים דֹּדֶיךָ מִיָּיִן׃ (א,ב) - Qu'il me baise des baisers de sa bouche ! Car tes amours sont meilleures que le vin.

Le berger, le bien-aimé, attend derrière la porte et le montant de l'entrée son épouse emmenée au palais de Salomon pour être l'une de ses femmes. Il se tient là, en attente ; elle perçoit sa présence et sait qu'il se trouve dans les parages. C'est alors qu'elle languit et s'écrie : puisse-t-il s'approcher de moi face à face, puisse-t-il me prodiguer des baisers d'amour !

« Tes amours » (Dodekha) : expression marquant l'amour, comme dans « le temps des amours » ('Et dodim), c'est-à-dire l'époque de l'amour et de l'union, une idée d'affection et de proximité. Et elle dit : « Car tes amours sont meilleures que le vin » - mon amour pour toi m'est plus doux que le vin exquis qui m'est servi ici au palais. Il y avait certes dans le palais de Salomon une abondance immense, mais il s'agissait d'une abondance matérielle, et je préfère ton amour dans l'humble dénuement du berger aux fastes des palais de Salomon.

« Chémen tourak chemékha » - La perception par le parfum

לְרֵיחַ שְׁמָנֶיךָ טוֹבִים שֶׁמֶן תּוּרַק שְׁמֶךָ עַל־כֵּן עֲלָמוֹת אֲהֵבוּךָ׃ (א,ג) - À l'odeur de tes parfums exquis, ton nom est une huile qui s'épanche ; c'est pourquoi les jeunes filles t'ont aimé.

Bien que je ne te voie pas et que je ne te ressente pas physiquement, je perçois néanmoins ton parfum. Dans l'Antiquité, on s'enduisait le corps d'huile parfumée, et le baume d'Afersimon lui-même, à la senteur si exceptionnelle, était une huile. Les essences aromatiques d'autrefois étaient des corps gras. « À l'odeur de tes parfums exquis » désigne cette huile précieuse dont la fragrance se répand au loin. « Ton nom est une huile qui s'épanche » : nous n'avons d'accès à toi que par la renommée de ton saint Nom, à l'image d'un homme qui transvase une huile ou un baume d'un flacon à un autre, et dont le parfum embaume les alentours. C'est ce que dit la bien-aimée : je ne rencontre pas mon bien-aimé directement, mais je respire son parfum, je ressens sa présence à travers cette odeur qui se diffuse au loin.

« C'est pourquoi les jeunes filles t'ont aimé » : les « alamot » (jeunes filles) se situent à un degré plus élevé que les simples « banot » (filles), et elles t'aiment parce qu'elles discernent ta grandeur et ta valeur intrinsèque. Et si, par la seule force de ce parfum qui se diffuse au loin, elles aspirent déjà à s'attacher à toi, à plus forte raison en serait-il ainsi si elles te rencontraient face à face.

« Entraîne-moi, nous courrons après toi » - L'appel à la libération du palais

מׇשְׁכֵנִי אַחֲרֶיךָ נָּרוּצָה הֱבִיאַנִי הַמֶּלֶךְ חֲדָרָיו נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בָּךְ נַזְכִּירָה דֹדֶיךָ מִיַּיִן מֵישָׁרִים אֲהֵבוּךָ׃ (א,ד) - Entraîne-moi, nous courrons après toi ! Le roi m'a introduite dans ses appartements ; exultons et réjouissons-nous en toi, célébrons ton amour plus délicieux que le vin ; c'est avec droiture qu'on t'aime.

La rencontre directe avec toi se situe à un niveau infiniment plus élevé que la simple perception de la bonne odeur de tes parfums. C'est pourquoi la bien-aimée implore son bien-aimé : « Entraîne-moi, nous courrons après toi » - délivre-moi de cet enfermement, de ces appartements de Chlomo où je suis recluse, et lorsque je serai libre, je te rencontrerai face à face. « Nous courrons », au pluriel : moi-même ainsi que ces jeunes filles qui sont mes compagnes, lesquelles représentent, dans le sens allégorique (le Nimchal), les forces de l'esprit et de l'âme : la 'Hokhma, la Bina, le Da'at, les facultés supérieures de l'intellect.

Et pourquoi demandé-je d'être libérée ? « Le roi m'a introduite dans ses appartements » : je suis enfermée dans les appartements de Chlomo, de pièce en pièce, sans possibilité de m'en échapper par mes propres forces. C'est pourquoi je te demande d'intervenir : « Entraîne-moi à ta suite » - saisis-moi et fais-moi sortir de cette clôture où je suis enfermée. Dès lors, lorsque je serai libre, « nous exulterons et nous nous réjouirons en toi », car la joie que je trouve auprès de toi surpasse infiniment celle des appartements de Chlomo, faite des plaisirs et des convoitises qu'il m'offre en son palais.

Ghil et Sim'ha - Joie renouvelée et joie constante

Comme nous l'avons déjà vu à plusieurs reprises, le terme « Ghil » exprime toujours une joie jaillissante et renouvelée, tandis que « Sim'ha » désigne une joie stable et permanente. C'est pourquoi la bien-aimée dit « Naguila venismé'ha bakh » : au moment même de la rencontre, il y aura une joie vive et spontanée - « Naguila » -, puis, une fois unie à toi, cette joie deviendra une félicité constante et durable - « Venismé'ha bakh ».

La joie du corps - Une joie illusoire

Et pourquoi sera-ce une joie véritable ? Parce que la joie authentique que je trouve auprès de toi est bien supérieure à celle des appartements de Chlomo. En effet, la joie des appartements de Chlomo, souligne le Malbim, n'a rien d'une grandeur réelle : elle est purement illusoire. Si l'on transpose cela un instant au Nimchal : l'âme se laisse ici attirer par les sollicitations corporelles, mais les plaisirs du corps ne sont que des illusions trompeuses et non des jouissances véritables.

Et d'où le savons-nous ? Dès qu'un homme assouvit son désir, il s'aperçoit soudain que la réalité n'a rien à voir avec ce qu'il s'imaginait. Le Yetser Hara lui avait dépeint la chose sous les couleurs les plus séduisantes, et finalement, il découvre que ce n'est pas du tout ce qu'on lui promettait. Qu'est-il apparu ? Qu'il y avait là une immense part d'illusion. Le mauvais penchant séduit l'homme par la force de l'imagination - c'est là l'une de ses armes les plus puissantes : il colore la faute en rose, fait miroiter à quel point ce sera bon, savoureux et merveilleux, et à la fin, l'homme réalise qu'on ne lui a vendu que des illusions.

C'est précisément ce qu'enseigne le Ben Ich 'Haï : prenez le mot « Olam » (monde) et observez ses lettres cachées : 'Ayin s'écrit avec Youd et Noun, Vav avec Vav, Lamed avec Mem et Dalet... réunissez le tout et vous obtenez « Dimyonim » (illusions). Ce monde-ci est un monde d'illusions, et le Yetser Hara y fait commerce de chimères. Regardez comment on nous présente une image, comment on nous vend un produit : on vous montre des céréales aux éclats de noix de pécan, et vous vous imaginez qu'il y en a cinquante pour cent ; mais quand vous ouvrez la boîte, vous constatez qu'il y en a peut-être cinq pour cent. Il en va de même pour le Yetser Hara : l'image paraît magnifique, impressionnante et très attrayante, mais une fois confronté à la réalité, on s'aperçoit que la promesse était trompeuse, qu'on vous a vendu une illusion. Toutes les affaires de ce monde ne sont donc qu'illusions, et c'est pourquoi la véritable joie réside dans « Nous nous égayerons et nous réjouirons en Toi », car la réjouissance dans le palais de Salomon n'est qu'une joie illusoire.

« Mecharim ahevoukha » - Amour direct et amour indirect

« Nous évoquerons tes amours plus que le vin » - ton amour me sera plus précieux que le vin et que les délices offerts dans le palais de Salomon, « car c'est en droiture qu'ils t'aiment (mecharim ahevoukha) ». Et que signifie « mecharim » ? De façon directe, par opposition à une voie détournée.

Lorsqu'on parle de l'amour de Salomon, c'est-à-dire de l'attrait de l'âme pour la matérialité, il ne s'agit pas d'un amour intrinsèque, mais d'un amour indirect. En effet, quand un homme aime les plaisirs de ce monde, il n'aime pas la chose en elle-même, mais le bien, l'agrément et l'utilité qu'elle lui procure - les effets qui en découlent, et non l'objet lui-même. Dès lors qu'il en tire satisfaction, il s'en désintéresse aussitôt.

On dit souvent que l'homme aime la nourriture. Mais la parabole bien connue pose la question : le pêcheur aime-t-il vraiment les poissons ? S'il les aimait, pourquoi les mangerait-il ? Il leur assène un coup sur la tête - est-ce ainsi que l'on traite ce que l'on aime ? La matérialité n'est pas une chose que nous aimons en soi, mais un moyen de combler nos désirs ; il s'agit donc d'un amour indirect. Il en fut de même pour Amnon et Tamar : « Et il l'aima » - mais de quel amour s'agissait-il ? De pulsion et de recherche de satisfaction personnelle. La preuve en est qu'aussitôt l'acte consommé, la haine qu'il lui voua surpassa l'amour qu'il lui portait auparavant. Cela nous enseigne que nous croyons aimer, mais qu'il ne s'agit pas d'un amour véritable pour l'être en soi, seulement d'un amour pour le profit et le plaisir qu'on en retire.

En revanche, l'amour envers le Saint, béni soit-Il, est un amour essentiel et désintéressé : on L'aime pour Son essence même. Non pas parce que cela m'est profitable, non pas pour ce que j'en retire ou ce que j'y gagne, mais parce qu'Hachem est l'Essence même du bien. C'est pourquoi l'âme déclare : « Mecharim ahevoukha » - l'amour voué au Saint, béni soit-Il, est un amour direct, fondé sur la perfection intrinsèque du Bien-Aimé ; tandis que l'amour envers Salomon, c'est-à-dire envers les plaisirs matériels, n'est qu'un amour indirect, à travers lequel l'âme cherche uniquement à assouvir ses pulsions et ses désirs personnels.

« Noire suis-je, mais pleine de grâce » - Une noirceur purement extérieure

שְׁחוֹרָה אֲנִי וְנָאוָה בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם כְּאׇהֳלֵי קֵדָר כִּירִיעוֹת שְׁלֹמֹה׃ (א,ה) - « Je suis noire mais gracieuse, ô filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon. » (1, 5)

Afin que les filles de Jérusalem qui l'entourent dans le palais ne s'aperçoivent pas qu'elle s'adresse à son Bien-Aimé, la Bien-Aimée (la Raya) se tourne vers elles pour leur parler. Elle leur dit : sachez que, bien que j'aie l'air noircie - car elle était bergère, et c'est en gardant le troupeau que le soleil l'a brûlée -, ma noirceur n'est pas comparable à celle d'un homme à la peau noire de naissance. Cette dernière est une noirceur naturelle qu'on ne saurait effacer, tandis que chez moi, si je parais noircie au dehors, « je suis pleine de grâce » au-dedans : dès que disparaîtra la cause, l'effet disparaîtra également. Ma noirceur n'est due qu'au hâle du soleil, et dès que je ne serai plus exposée à cette brûlure, elle s'effacera complètement.

« Comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon » - les tentes de Kédar sont des tentes nomades du désert, noircies par l'intense réverbération du soleil ; pourtant, il est possible de les laver pour les rendre propres et immaculées comme les tentures de Salomon. C'est ainsi que la Bien-Aimée propose une parabole sur elle-même : bien que vous me voyiez noircie, cette obscurité n'est ni intérieure ni inhérente à ma nature. De même que les tentes de Kédar peuvent être lavées pour devenir aussi éclatantes que les tentures de Salomon, de même je serai purifiée, et vous verrez alors combien je suis gracieuse.

« Parce que le soleil m'a brûlée » - La garde des vignes

אַל־תִּרְאוּנִי שֶׁאֲנִי שְׁחַרְחֹרֶת שֶׁשְּׁזָפַתְנִי הַשָּׁמֶשׁ בְּנֵי אִמִּי נִחֲרוּ־בִי שָׂמֻנִי נֹטֵרָה אֶת־הַכְּרָמִים כַּרְמִי שֶׁלִּי לֹא נָטָרְתִּי׃ (א,ו) - « Ne me regardez pas avec mépris parce que je suis noirâtre, car le soleil m'a brunie ; les fils de ma mère se sont irrités contre moi, ils m'ont établie gardienne des vignes, mais ma propre vigne, je ne l'ai point gardée. » (1, 6)

Ne croyez pas que je sois noire par essence ; ma noirceur n'est qu'extérieure : « car le soleil m'a brunie » (chéchzifatni hachémech). Et fait remarquable : que signifie au juste la racine chizouf (le hâle, le bronzage) ? Le Malbim explique qu'en Lachone Hakodech, chazaf renvoie à la vue, au regard, comme dans : « l'œil du vautour ne l'a point aperçu » (lo chezafato ein aya), ou « son œil l'a fixé » (eino chezafato). En d'autres termes, l'œil qui scrute et contemple est dit chozef. Ici, la Bien-aimée s'exprime de manière poétique : le soleil m'a dévisagée, le soleil a longuement posé son regard sur moi, et c'est pour cette raison que je suis devenue noirâtre.

Et si vous constatez que cette noirceur a pénétré quelque peu à l'intérieur et ne reste pas purement superficielle, c'est parce que « les fils de ma mère se sont irrités contre moi » (nikharou-vi). Le terme 'harah évoque la brûlure et l'embrasement, comme dans 'hara apo (sa colère s'enflamma), 'harone af (l'ardeur du courroux), ou « comme celui qui habite les lieux brûlés du désert » (késékhen 'harérim bamidbar). Nikharou-vi signifie donc : mes os se sont desséchés et consumés sous l'effet du soleil. Et pourquoi ? Parce que les fils de ma mère « m'ont établie gardienne des vignes » ; je demeurais constamment au milieu des vignes, ma peau s'est hâlée et brûlée, et voilà pourquoi je suis aujourd'hui noirâtre.

« Ma propre vigne, je ne l'ai point gardée » - je n'ai pas veillé sur ma propre beauté, car toute mon attention était absorbée par la garde des vignes qu'on m'avait confiées. De ce fait, j'ai négligé mon apparence et je suis devenue noirâtre. Telle est ma situation actuelle, mais comme nous l'avons souligné, ce n'est pas un état intérieur, seulement une apparence extérieure.

Précision du texte : « notérah » et non « chomrah »

Remarquons le choix des termes : « ils m'ont établie gardienne (notérah) des vignes, ma propre vigne, je ne l'ai point gardée (natarti) ». Le Malbim relève qu'en Lachone Hakodech, il existe une distinction nette entre le verbe natar et les verbes chamar ou natsar. Chamar et natsar s'appliquent à des réalités matérielles et tangibles, tandis que natar se rapporte toujours à une notion abstraite ou spirituelle, comme dans l'expression « garder rancune » (natar lo eivah). On peut dire : « veille sur l'animal » (tichmor et habéhémah), mais pour un sentiment intime du cœur, on n'emploiera pas le terme de garde au sens ordinaire (chemirah). À l'inverse, la racine netirah ne s'applique pas aux objets matériels, mais uniquement aux concepts abstraits.

Dès lors, l'expression semble a priori surprenante : « ils m'ont établie gardienne (notérah) des vignes » - or, une vigne est une réalité matérielle ! Le texte n'aurait-il pas dû employer « chomrah des vignes » ou « notsrah des vignes » ? Le Malbim répond : puisque toute la portée de Chir Hachirim repose sur l'allégorie et la métaphore, et que cette allégorie traite de réalités spirituelles, le texte a délibérément choisi un terme spirituel, une expression réservée aux réalités abstraites. En vérité, la vigne mentionnée ici n'est point un vignoble terrestre, mais une dimension spirituelle. Tel est le sens profond de « gardienne des vignes », comme nous le comprendrons en développant l'allégorie.

En résumé :

Nous avons abordé le premier chapitre selon la méthode du Malbim : Chlomo représente les forces du corps, la Bien-aimée (la Ra'ayah) est l'âme (Néchamah), et le Bien-aimé (Dod), le Berger, est le Saint béni soit-Il. Dans les premiers versets, l'âme aspire à son Bien-aimé - « Qu'il m'embrasse des baisers de sa bouche », préférant Son amour à tous les vins du palais ; pour l'heure, elle ne Le perçoit que comme un parfum diffusé au loin - « Ton nom est une huile qui se répand » ; et elle Le supplie de l'attirer et de la faire sortir des chambres où elle est confinée - « Entraîne-moi, à ta suite nous courrons », car la joie corporelle n'est qu'illusion et son amour n'est qu'indirect, tandis que l'amour du Créateur est authentique et direct - « C'est avec droiture qu'ils t'aiment ». Enfin, elle s'adresse aux filles de Jérusalem pour leur enseigner que la noirceur attachée à elle par l'ardeur du soleil et la garde des vignes n'est pas intrinsèque, mais purement extérieure ; et tout comme les tentes de Kédar seront lavées pour devenir comme les tentures de Chlomo, de même est-elle appelée à être purifiée et à resplendir dans toute sa beauté.