Introduction : une seconde mission
Le chapitre 3 du livre de Yona est celui où la mission s'accomplit enfin. Yona, qui avait fui la présence d'Hachem, était descendu dans un navire et avait été englouti par le poisson, revient sur la terre ferme, et la parole d'Hachem lui est adressée pour la seconde fois. Dès lors, nous suivons le parcours de techouva de Ninive - toute une ville de nations qui s'éveille aux paroles d'un seul prophète. Nous suivrons l'ordre des versets, à la lumière des explications du Malbim, enrichies des enseignements de nos Sages et du Radak.
וַיְהִי דְבַר־יְהֹוָה אֶל־יוֹנָה שֵׁנִית לֵאמֹר׃ קוּם לֵךְ אֶל־נִינְוֵה הָעִיר הַגְּדוֹלָה וּקְרָא אֵלֶיהָ אֶת־הַקְּרִיאָה אֲשֶׁר אָנֹכִי דֹּבֵר אֵלֶיךָ׃ - La parole d'Hachem fut adressée à Yona pour la seconde fois en ces termes : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et proclame-lui le message que Je te dis. »
« Selon la parole d'Hachem » - une prophétie seule, sans réprimande
וַיָּקׇם יוֹנָה וַיֵּלֶךְ אֶל־נִינְוֵה כִּדְבַר יְהֹוָה וְנִינְוֵה הָיְתָה עִיר־גְּדוֹלָה לֵאלֹהִים מַהֲלַךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים׃ - Yona se leva et alla à Ninive, selon la parole d'Hachem. Or Ninive était une ville grande devant Dieu, d'une marche de trois jours.
Que signifie « selon la parole d'Hachem » ? Lors de sa première mission, Yona n'avait reçu l'ordre que de leur adresser des paroles de réprimande, sans qu'aucune prophétie de châtiment ne lui fût confiée. À présent, Hachem lui ordonne de transmettre une prophétie explicite : « Encore quarante jours, et Ninive sera renversée ! » Yona hésita : devait-il prononcer également la réprimande qui lui avait été ordonnée au départ, ou seulement la prophétie ? Estimant que le décret était déjà scellé et que la réprimande ne servirait plus à rien, il agit « selon la parole d'Hachem » - tel qu'Hachem venait de lui parler à cet instant, en ne délivrant que la prophétie. Il ne prononça donc pas les paroles de réprimande de la première mission.
« Une grande ville devant Dieu » - deux explications : soit une ville immense et importante aux yeux de Dieu ; soit, selon l'usage biblique où toute chose dont on veut souligner la grandeur démesurée est associée au Nom divin (comme « les montagnes de Dieu » ou « la flamme de Yah »), pour exprimer qu'elle était prodigieusement vaste.
Pourquoi Yona a-t-il attendu une journée de marche ?
וַיָּחֶל יוֹנָה לָבוֹא בָעִיר מַהֲלַךְ יוֹם אֶחָד וַיִּקְרָא וַיֹּאמַר עוֹד אַרְבָּעִים יוֹם וְנִינְוֵה נֶהְפָּכֶת׃ - Yona commença à pénétrer dans la ville le parcours d'un jour ; il proclama et dit : « Encore quarante jours, et Ninive sera renversée ! »
En apparence, si la traversée de la ville demandait trois jours de marche, pourquoi Yona n'a-t-il pas commencé à proclamer son message dès son entrée ? Le Malbim explique cela de façon remarquable : s'il avait proclamé « encore quarante jours » dès la lisière de la ville, les habitants des confins seraient arrivés au quarante-et-unième jour, et constatant que Ninive n'était pas encore détruite, ils auraient prétendu que le prophète avait menti. De plus, proclamer la prophétie à travers toute la ville prenait trois jours, ce qui aurait rendu le décompte flou. C'est pourquoi Yona s'est rendu jusqu'au centre de la ville pour y proclamer son avertissement : ainsi le compte était précis, et les quarante jours étaient comptés à partir du jour où la proclamation retentit en son centre.
Pourquoi les habitants de Ninive ont-ils cru ?
וַיַּאֲמִינוּ אַנְשֵׁי נִינְוֵה בֵּאלֹהִים וַיִּקְרְאוּ־צוֹם וַיִּלְבְּשׁוּ שַׂקִּים מִגְּדוֹלָם וְעַד־קְטַנָּם׃ - Les hommes de Ninive crurent en Dieu ; ils publièrent un jeûne et se vêtirent de sacs, depuis le plus grand d'entre eux jusqu'au plus petit.
A priori, cela est surprenant : un homme arrive et proclame « Encore quarante jours et Ninive est détruite » - pourquoi le croiraient-ils ? Les rêveurs ne manquent pas, les illuminés ne manquent pas, et les insensés encore moins. Le Radak explique : les hommes du navire se trouvaient à ce moment-là dans la ville, et ils racontèrent tout ce qui s'était passé. Quand ils apprirent que de tels miracles s'étaient produits pour cet homme en raison de sa mission, ils comprirent qu'il s'agissait bien d'une mission divine.
Que signifie « tsom » (jeûne) ? Le Radak rapporte au nom de son père : tsom vient du terme de rassemblement, comme « tsomèt » (carrefour) - un endroit où se rassemblent plusieurs axes de circulation, ou comme « tsomèt haguidim » (la jonction des tendons) - un endroit où se rejoignent de nombreux tendons. Un « jour de jeûne » est un jour de rassemblement, où tous se réunissent pour s'éveiller à la téchouva. Et comme lors de cette assemblée on jeûnait également, le terme « tsom » en est venu à désigner le jeûne lui-même par extension.
Ils crurent sans demander de signe ni de prodige, et commencèrent aussitôt à prier, revêtirent des sacs et jeûnèrent. Mais remarquez bien : ils n'avaient pas encore fait téchouva. Ils avaient appris qu'un malheur approchait et s'étaient mis à prier, mais la téchouva implique un changement d'actes - et cela, ils ne l'avaient pas encore accompli.
Le roi se lève de son trône
וַיִּגַּע הַדָּבָר אֶל־מֶלֶךְ נִינְוֵה וַיָּקׇם מִכִּסְאוֹ וַיַּעֲבֵר אַדַּרְתּוֹ מֵעָלָיו וַיְכַס שַׂק וַיֵּשֶׁב עַל־הָאֵפֶר׃ - La nouvelle parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre.
C'est ici que commence le véritable changement. La nouvelle parvient jusqu'au roi, et le roi ne se contente pas de prier : il change de voie. Il ôte son manteau d'apparat, couvre son corps d'un sac et s'assied sur la cendre. Et qui était ce roi ? Nos Sages disent : Pharaon. Pharaon vécut très longtemps et régna sur Ninive. En entendant de telles paroles, il se dit : cela, je le connais déjà. Une fois déjà, j'ai voulu faire l'habile face au Saint, béni soit-Il, et j'ai reçu plus que mon compte de plaies. À présent, quand on vient lui annoncer « Encore quarante jours », il ne prend aucun risque et change immédiatement d'attitude.
« Et qu'ils crient vers Dieu avec force »
וַיַּזְעֵק וַיֹּאמֶר בְּנִינְוֵה מִטַּעַם הַמֶּלֶךְ וּגְדֹלָיו לֵאמֹר הָאָדָם וְהַבְּהֵמָה הַבָּקָר וְהַצֹּאן אַל־יִטְעֲמוּ מְאוּמָה אַל־יִרְעוּ וּמַיִם אַל־יִשְׁתּוּ׃ - Il fit proclamer et dire dans Ninive, par décret du roi et de ses grands : Que ni homme ni bête, gros ou menu bétail, ne goûte à rien, ne paisse point et ne boive point d'eau !
Le roi diffusa un décret appelant à la téchouva. Bien que le peuple eût déjà commencé à prier, il leur dit deux choses : premièrement, la prière ne suffit pas, il faut une téchouva. Deuxièmement, il faut également affliger les bêtes. Et la Guémara demande : si l'homme a fauté, en quoi la bête a-t-elle fauté ?
וְיִתְכַּסּוּ שַׂקִּים הָאָדָם וְהַבְּהֵמָה וְיִקְרְאוּ אֶל־אֱלֹהִים בְּחׇזְקָה וְיָשֻׁבוּ אִישׁ מִדַּרְכּוֹ הָרָעָה וּמִן־הֶחָמָס אֲשֶׁר בְּכַפֵּיהֶם׃ - Qu'hommes et bêtes se couvrent de sacs, qu'ils crient vers Dieu avec force, et que chacun revienne de sa mauvaise voie et de la violence qui est dans ses mains.
« Et qu'ils crient vers Dieu avec force » - ils cherchaient, pour ainsi dire, à arracher avec force à Hachem l'annulation du décret. Que firent-ils ? Ils enfermèrent les mères à part et les petits à part, afin que les animaux se mettent à gémir. C'est pourquoi il est dit « Qu'hommes et bêtes se couvrent de sacs et qu'ils crient vers Dieu » - la bête criait elle aussi vers Dieu : quand la vache voyait qu'on éloignait son veau, et quand les petits voyaient qu'on les séparait de leurs mères, tous se mirent à beugler et à crier. Voilà ce qu'est la « force ». Et ils disaient : Maître du monde, si Tu ne prends pas pitié de nous, nous ne prenons pas pitié d'eux.
Qui sait ? Il reviendra
מִי־יוֹדֵעַ יָשׁוּב וְנִחַם הָאֱלֹהִים וְשָׁב מֵחֲרוֹן אַפּוֹ וְלֹא נֹאבֵד׃ - « Qui sait ? Peut-être Dieu Se ravisera-t-Il et reviendra-t-Il de l'ardeur de Sa colère, et nous ne périrons pas. »
Le roi leur dit : « "Qui sait - qu'il revienne". Celui qui a conscience d'avoir commis une faute, qu'il s'en repente. "Et Dieu Se ravisera" : s'il s'en repent, Hachem renoncera au malheur qu'Il envisageait de faire s'abattre sur nous, "et Il reviendra de l'ardeur de Sa colère, et nous ne périrons point". Il apparaît ainsi que nous avons un recours par la techouva. »
« De la violence qui est dans leurs mains » - La restitution du vol
Nos Sages expliquent : jusqu'où est allée leur techouva ? Même celui qui avait volé une poutre à son prochain de nombreuses années auparavant et l'avait déjà scellée dans sa construction est allé démolir le bâtiment et abattre l'étage pour en extraire la poutre et la restituer à son propriétaire. À ce point-là ! Soit dit en passant, en Israël, une telle obligation n'existe pas : il y a la « Takkanat hachavim » (l'institution en faveur des repentants), selon laquelle si un homme a déjà fixé la poutre dans un édifice, il en rembourse la valeur financière et n'a pas besoin de démolir sa maison. Car autrement, l'homme désespérerait de faire techouva en se disant : « Quoi, vais-je détruire ma maison ? » Mais chez les nations, cette institution n'existe pas, et il faut restituer l'objet lui-même.
« Et Dieu vit... qu'ils revenaient de leur mauvaise voie »
וַיַּרְא הָאֱלֹהִים אֶת־מַעֲשֵׂיהֶם כִּי־שָׁבוּ מִדַּרְכָּם הָרָעָה וַיִּנָּחֶם הָאֱלֹהִים עַל־הָרָעָה אֲשֶׁר־דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת־לָהֶם וְלֹא עָשָׂה׃ - « Dieu vit leurs actes, car ils s'étaient détournés de leur mauvaise voie ; et Dieu Se repentit du malheur qu'Il avait résolu de leur infliger, et Il ne le fit pas. »
Au début, nous avons vu qu'ils s'étaient contentés de regretter et de prier, sans changer de comportement, mais il est dit ici « car ils s'étaient détournés de leur mauvaise voie » - ils ne se sont pas contentés de revêtir des sacs et de proclamer un jeûne. Il y a là un enseignement moral capital, et c'est l'une des raisons pour lesquelles on lit ce livre à Yom Kippour. Nos Sages font remarquer : il n'est pas dit « Et Dieu vit leurs sacs », ni « Et Dieu vit leur jeûne », mais « Dieu vit leurs actes, car ils s'étaient détournés de leur mauvaise voie ». Ce qui est exigé de l'homme, c'est de modifier ses actes. L'abstinence, le jeûne, les prières et les vidouyim de Yom Kippour sont admirables, mais la vraie question est de savoir ce que l'on en retire pour la suite : continue-t-on comme l'an passé, ou change-t-on de voie ? Eux ont véritablement changé de voie et ont restitué concrètement le vol, et c'est pourquoi « Dieu Se repentit ».
Et pourquoi ont-ils été sauvés alors qu'ils demeuraient dans l'idolâtrie ?
Le Malbim fait remarquer : ils n'ont fait techouva que pour le vol, mais ne sont pas revenus de l'idolâtrie et ont continué à la pratiquer. Pourquoi Hachem les a-t-Il malgré tout sauvés ? Parce que si ce malheur avait été décrété d'après l'ordre céleste naturel, c'est-à-dire par le cours des astres, il se serait abattu sur eux quoi qu'il arrive. Mais ce châtiment avait été décrété par la Providence divine (hachgaha), et cette Providence était intervenue précisément à cause de la faute du vol. Dès lors qu'ils ont réparé le vol, le Saint béni soit-Il écarte le malheur par Sa pleine Providence.
En résumé :
Yona part pour sa seconde mission et transmet uniquement la prophétie « selon la parole d'Hachem », en attendant d'atteindre le cœur de la ville pour que le décompte des quarante jours soit exact. Les habitants de Ninive croient, grâce au témoignage des marins du navire, et proclament un jeûne - un jour de rassemblement - mais ils se contentent au début de prières et de sacs. Le roi, qui n'est autre que Pharaon ayant vécu très longtemps, comprend que cela ne suffit pas et décrète la techouva pour les hommes comme pour les bêtes, une clameur fervente et la restitution du vol, allant jusqu'à démolir un édifice. Et le texte en témoigne : « Dieu vit leurs actes, car ils s'étaient détournés de leur mauvaise voie » - non point le sac ni le jeûne, mais le changement de conduite. Tel est le message de Yom Kippour : non pas seulement ce que l'on accomplit le jour du jeûne, mais ce que l'on en emporte avec soi pour l'avenir.