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Chapitre 2 - La prière de Yona dans les entrailles du poisson

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Introduction : Yona dans les entrailles du poisson

Le deuxième chapitre du livre de Yona est celui de la prière. Yona est englouti dans la mer, descend dans les abîmes, et de là - depuis l'endroit le plus bas et le plus obscur - il élève sa prière. Le Malbim nous dévoile la structure de cette prière et le sens de chaque mot, tandis que nos Sages, dans les Pirké de-Rabbi Éliézer, ajoutent une description extraordinaire de ce que Yona a contemplé lors de son voyage sous-marin. Suivons le fil des versets.

« Vayman Hachem dag gadol » - Une renaissance
וַיְמַן יְהֹוָה דָּג גָּדוֹל לִבְלֹעַ אֶת יוֹנָה, וַיְהִי יוֹנָה בִּמְעֵי הַדָּג שְׁלֹשָׁה יָמִים וּשְׁלֹשָׁה לֵילוֹת. - Et l'Éternel assigna un grand poisson pour engloutir Yona, et Yona demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits.

« Vayman » : Hakadoch Baroukh Hou l'a désigné, l'a préparé. Il y a eu ici un grand miracle : le poisson a avalé Yona tout entier, sans le broyer ni lui briser les os. Et un autre miracle encore : l'être humain a besoin d'oxygène, or comment Yona a-t-il pu survivre dans les entrailles du poisson sans air ?

Le Malbim explique : Yona était passible de mort, puisqu'il avait refusé d'accomplir la parole d'Hachem. Dès lors, cet événement est considéré pour lui comme une véritable renaissance. Et de même que le fœtus vit et subsiste dans le sein de sa mère durant neuf mois sans respirer comme le reste des hommes, de même Yona - tel un fœtus dans les entrailles du poisson - a pu y subsister longuement.

« Mime'é hadaga » - D'un poisson mâle à une femelle
וַיִּתְפַּלֵּל יוֹנָה אֶל יְהֹוָה אֱלֹהָיו מִמְּעֵי הַדָּגָה. - Et Yona pria l'Éternel, son D.ieu, depuis les entrailles du poisson.

Dans le premier verset, il est écrit « dag » (au masculin) et dans le second « daga » (au féminin). Qu'est-ce qui a changé ? Les commentateurs expliquent : au début, Yona se trouvait dans le ventre d'un poisson mâle, où il avait de la place, était à son aise, et profitait même de la situation. Hakadoch Baroukh Hou dit alors : il faut mettre Yona sous pression pour qu'il commence à implorer Mon secours. Hachem ordonna au poisson de le recracher, et un poisson femelle vint l'avaler. Quel était l'avantage de la femelle ? Elle portait en elle d'innombrables œufs, rendant l'espace particulièrement étroit et oppressant pour Yona. C'est de là, du fond de cette détresse, qu'il s'écrie : « Et Yona pria l'Éternel, son D.ieu, depuis les entrailles de la poissonne ».

Le Malbim explique quant à lui que le terme « daga » désigne une collectivité, un groupe et une pluralité, comme dans l'expression « vehadaga acher bayeor meta » - les innombrables poissons qui se trouvaient dans le fleuve. Selon cette approche, l'intention de nos Sages ici ne renvoie pas simplement à un poisson femelle, mais à un poisson qui contenait en lui une multitude d'alevins - une femelle portant sa progéniture, au milieu de laquelle grouillaient de très nombreux petits poissons.

Les trois parties de la prière
וַיֹּאמֶר: קָרָאתִי מִצָּרָה לִי אֶל יְהֹוָה וַיַּעֲנֵנִי, מִבֶּטֶן שְׁאוֹל שִׁוַּעְתִּי שָׁמַעְתָּ קוֹלִי. - Et il dit : Dans ma détresse, j'ai invoqué l'Éternel et Il m'a exaucé ; du sein du séjour des morts j'ai appelé au secours, Tu as entendu ma voix.

Le Malbim explique que cette prière se divise en trois parties, correspondant à trois étapes. La première partie - lorsque les marins l'ont jeté du navire à la mer : un péril mortel, une frayeur terrible, il a désespéré de vivre et était certain de mourir - puis est venu le poisson qui l'a englouti, et il a compris qu'Hachem l'avait sauvé. La deuxième partie - quand le poisson l'a recraché et qu'il a compris à nouveau qu'il était sur le point de périr, et la femelle poisson est venue et l'a avalé. La troisième partie - après que la femelle poisson l'a avalé et qu'il a commencé à être à l'étroit, selon le verset « dans ta détresse, toutes ces choses t'atteindront », alors, sans autre issue, il s'est mis à prier le cœur brisé et a déclaré : je suis prêt à accomplir ce qu'Hachem m'ordonne.

C'est pourquoi il commence par un constat général : « De ma détresse j'ai invoqué Hachem, et Il m'a exaucé » - pour les deux fois où il a été jeté à la mer, tant par les marins que par le poisson qui l'a recraché dans l'eau, et les deux fois j'ai appelé, et Hachem m'a répondu et sauvé. « Du sein du Chéol j'ai imploré du secours » - et à présent je me trouve dans les entrailles de la femelle poisson, un lieu comparable au Chéol, au Guéhinom, oppressant et étroit, et de là je crie à l'aide, avec la certitude que « Tu as entendu ma voix » et que Tu me feras sortir d'ici également.

Le détail : le jet à la mer
וַתַּשְׁלִיכֵנִי מְצוּלָה בִּלְבַב יַמִּים וְנָהָר יְסֹבְבֵנִי, כָּל מִשְׁבָּרֶיךָ וְגַלֶּיךָ עָלַי עָבָרוּ. - Tu m'as jeté dans l'abîme, au cœur des mers, et le courant m'entourait ; tous Tes brisants et toutes Tes vagues ont passé sur moi.

Yona commence à présent à détailler. Il avait d'abord dit : « De ma détresse j'ai invoqué Hachem » - et quand cela s'est-il produit ? Lorsqu'on m'a jeté du navire. « Tu m'as jeté dans l'abîme, au cœur des mers » - j'ai été précipité depuis le navire au cœur même des flots, dans une frayeur terrible, « et le courant m'entourait, tous Tes brisants et toutes Tes vagues ont passé sur moi ».

וַאֲנִי אָמַרְתִּי נִגְרַשְׁתִּי מִנֶּגֶד עֵינֶיךָ, אַךְ אוֹסִיף לְהַבִּיט אֶל הֵיכַל קָדְשֶׁךָ. - Et moi je disais : J'ai été banni de devant Tes yeux ! Pourtant, je contemplerai encore Ton saint Sanctuaire.

À cet instant, j'ai pensé que j'avais été banni - au sens d'être répudié - de devant Tes yeux. Mais lorsque j'ai vu le poisson venir m'avaler tout en restant en vie, j'ai compris que « je contemplerai encore Ton saint Sanctuaire » : Tu ne m'as pas rejeté loin de Ta présence, et j'aurai encore le mérite de revoir le Sanctuaire de Ta sainteté et de subsister.

« Les eaux m'ont environné » - lorsque le poisson l'a recraché
אֲפָפוּנִי מַיִם עַד נֶפֶשׁ, תְּהוֹם יְסֹבְבֵנִי, סוּף חָבוּשׁ לְרֹאשִׁי. - Les eaux m'ont submergé jusqu'à l'âme, l'abîme m'a encerclé, les roseaux étaient noués autour de ma tête.

Il décrit ici la deuxième étape - lorsque le poisson l'a recraché dans la mer, que les flots l'ont de nouveau submergé jusqu'à l'âme et qu'il a derechef désespéré de vivre. « Les roseaux étaient noués autour de ma tête » (Souf 'havouch lerochi) - les maîtres rapportent que le poisson l'a fait voyager par la mer Rouge (Yam Souf), et de là l'a conduit vers Ninive. Selon l'explication du Malbim : les eaux situées au-dessus des abîmes sont appelées « Souf », et comme je me trouvais au fond des abîmes et que la mer de Souf était au-dessus de moi, cette mer se trouvait pour ainsi dire nouée comme un bandeau autour de ma tête.

Le Radak donne une autre explication : lorsque le poisson se déplaçait dans les profondeurs de la mer, des roseaux se sont accrochés à sa tête, à la manière d'un bateau en mouvement auquel s'accrochent des branchages. Et Yona dit « les roseaux étaient noués autour de ma tête » - c'est-à-dire autour de la tête du poisson, car il s'identifie désormais à lui, puisqu'il se trouve en lui, et la tête du poisson est devenue comme la sienne propre.

« Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes »
לְקִצְבֵי הָרִים יָרַדְתִּי, הָאָרֶץ בְּרִחֶיהָ בַעֲדִי לְעוֹלָם, וַתַּעַל מִשַּׁחַת חַיַּי יְהֹוָה אֱלֹהָי. - Jusqu'à la base des montagnes je suis descendu, la terre et ses verrous s'étaient refermés sur moi pour toujours ; mais Tu as fait remonter ma vie de la fosse, Éternel mon Dieu.

Ici, il décrit qu'il se trouvait au fond de l'abîme sous les montagnes. Par endroits, la mer continue et descend sous la terre, à l'image des eaux souterraines qui s'infiltrent sous les montagnes - et parfois une source jaillit à l'intérieur de la montagne, car les eaux des profondeurs montent sous pression et s'écoulent vers l'extérieur. Yona déclare : Hakadosh Baroukh Hou m'a conduit à l'intérieur de ce poisson jusque sous la terre ; « jusqu'à la base des montagnes je suis descendu » - du terme désignant l'assise, la coupe des montagnes ; c'est sous cet endroit que je suis descendu, au plus profond de l'abîme.

« La terre et ses verrous s'étaient refermés sur moi pour toujours » - la terre au-dessus de moi agissait comme un verrou qui s'enferme, car dans une telle situation, le poisson ne peut pas relever la tête et n'a aucune issue ; les montagnes et la terre se referment sur moi. Et malgré cela : « mais Tu as fait remonter ma vie de la fosse, Éternel mon Dieu », Tu m'as tout de même tiré de cette détresse, tout comme il avait dit au début : « De ma détresse j'ai invoqué l'Éternel, et Il m'a répondu ».

« Quand mon âme défaillait en moi » - la prière au cœur de l'angoisse
בְּהִתְעַטֵּף עָלַי נַפְשִׁי אֶת יְהֹוָה זָכָרְתִּי, וַתָּבוֹא אֵלֶיךָ תְּפִלָּתִי אֶל הֵיכַל קָדְשֶׁךָ. - Quand mon âme défaillait en moi, je me suis souvenu de l'Éternel, et ma prière est parvenue jusqu'à Toi, vers Ton sanctuaire saint.

Il explique à présent ce qu'il entendait par « du sein du Shéol j'ai crié » : tellement j'étais à l'étroit à cause des alevins dans le ventre de la femelle poisson, « je me suis souvenu de l'Éternel » - je me suis rappelé de prier, de faire téchouva et de promettre que je m'apprête à partir accomplir ce que l'Éternel ordonne, que j'irai à Ninive. « Et ma prière est parvenue jusqu'à Toi, vers Ton sanctuaire saint » - ma prière a été accueillie dans le Sanctuaire de l'Éternel, et c'est grâce à cela qu'Hakadosh Baroukh Hou a fait en sorte que la femelle poisson me recrache à proximité de Ninive. Et pourquoi mentionner ici « Ton sanctuaire saint » ? Serait-il arrivé au Beth Hamikdach ? Il n'y a pourtant pas de mer au Beth Hamikdach ! Nous le verrons par la suite d'après les paroles des Pirké de-Rabbi Éliézer.

« Ceux qui s'attachent à des vanités illusoires » - deux explications
מְשַׁמְּרִים הַבְלֵי שָׁוְא חַסְדָּם יַעֲזֹבוּ. - Ceux qui s'attachent à des vanités illusoires abandonnent leur fidélité.

De qui s'agit-il ? Le Radak explique qu'il s'agit des marins du navire : ils étaient des idolâtres, « s'attachant à des vanités illusoires » - c'est la vanité et le néant qu'ils vénèrent. Yona déclare : je sais qu'une fois tirés d'affaire, dès que le navire a cessé d'être battu par les flots, « ils abandonnent leur fidélité » - ils délaisseront cette piété qu'ils avaient promise. N'avaient-ils pas crié et promis d'offrir des sacrifices et de prononcer des vœux ? Je sais pourtant qu'ils retourneront à leur idolâtrie. Mais moi, je ne suis pas comme eux.

C'est comme cette plaisanterie au sujet d'un homme qui cherchait une place de stationnement à Tel-Aviv. Il tourne en rond pendant vingt minutes dans les mêmes rues sans rien trouver. Il s'exclame : « Maître du monde, trouve-moi une place, j'ai absolument besoin de me garer, cinquante shekels pour la tsédaka ! » À peine a-t-il fini de prononcer ces mots qu'il aperçoit une voiture qui quitte son stationnement. Il dit alors : « Maître du monde, ce n'est plus la peine, je me suis débrouillé tout seul. » C'est précisément cela, « ceux qui s'attachent à des vanités illusoires » : ils font des promesses à l'heure de la détresse, et dès que l'épreuve est passée, ils oublient tout.

Mais le Malbim explique que ce verset ne s'applique pas aux marins, mais aux habitants de Ninive. Yona dit : je suis prêt à aller accomplir ce que Tu m'as ordonné, j'irai à Ninive - mais les gens de Ninive « s'attachent à des vanités illusoires », ils croient aux idoles. « Abandonneraient-ils leur infamie ? » : sur un ton interrogatif, est-il envisageable qu'ils abandonnent leur idolâtrie ? « H'asdam » vient ici dans le sens d'opprobre, comme dans « c'est une honte (h'essed hou) » - abandonneront-ils leur turpitude ? Il est certain qu'ils ne feront pas téchouva de leur idolâtrie, et même s'ils s'en repentaient, ce ne serait que temporaire et ils retourneraient bien vite à leur folie. Dès lors, à quoi cela servira-t-il ?

« Mais moi, avec des chants de reconnaissance, je T'offrirai des sacrifices »
וַאֲנִי בְּקוֹל תּוֹדָה אֶזְבְּחָה לָּךְ, אֲשֶׁר נָדַרְתִּי אֲשַׁלֵּמָה, יְשׁוּעָתָה לַיהֹוָה. - Mais moi, c'est avec une voix d'action de grâces que je t'offrirai des sacrifices ; ce que j'ai voué, je l'accomplirai. Le salut appartient à l'Éternel !

Yona déclare : moi, je ne suis pas comme eux. « Avec une voix d'action de grâces je t'offrirai des sacrifices » - pour m'avoir sauvé ; « ce que j'ai voué, je l'accomplirai » - j'ai promis et fait le vœu d'aller à Ninive, et j'irai. Et pourquoi précisément « avec une voix d'action de grâces » ? Car l'une des quatre catégories de personnes qui doivent rendre grâce comprend les navigateurs qui descendent en mer ; or j'ai vogué sur la mer, et de surcroît, j'ai couru un immense danger.

Et bien que je craigne que Ninive n'apporte des malheurs au peuple d'Israël - car dès l'instant où j'irai leur adresser des reproches, ils feront Téchouva, et le Saint, béni soit-Il, se servira d'eux comme d'un bâton contre Israël en disant : voyez, j'ai envoyé un prophète à ces nations païennes et elles ont immédiatement changé de voie, alors que vous, non ! ce qui constitue un lourd réquisitoire contre Israël. Malgré tout, « le salut appartient à l'Éternel » : je pars conformément à l'ordre divin, et à l'Éternel appartient la délivrance ; Il sauvera Israël de toutes ses détresses et veillera à ce qu'aucun malheur n'en découle.

Et il vomit Yona sur la terre ferme
וַיֹּאמֶר יְהֹוָה לַדָּג וַיָּקֵא אֶת יוֹנָה אֶל הַיַּבָּשָׁה. - L'Éternel parla au poisson, et il vomit Yona sur la terre ferme.

Et sur quelle distance le poisson le transporta-t-il ? Nos Sages disent : neuf cent soixante-cinq parsaot - près de mille kilomètres. Non pas à pied, mais à l'intérieur du poisson, semblable à un navire, à une sorte de sous-marin. Et le Malbim fait remarquer une allusion à leurs propos : la valeur numérique (Guématria) des mots « ויאמר ה' לדג ויקא את יונה » s'élève à 965, précisément la distance indiquée par nos Sages.

Pirké de-Rabbi Éliézer : le voyage de Yona dans les abîmes

Dans les Pirké de-Rabbi Éliézer (chapitre 9), le périple et l'expérience vécue par Yona dans les entrailles du poisson sont décrits. Rabbi Tarfon enseigne : le terme « Vayéman » exprime une désignation ; ce poisson était assigné depuis les six jours de la Création pour engloutir Yona. Yona pénétra dans sa gueule comme un homme entre dans une grande synagogue, et il s'y tint debout ; les deux yeux du poisson lui servaient de fenêtres lumineuses. C'était comme dans un sous-marin : il se tenait dans le poisson et observait à travers ses deux yeux comme on regarde par une fenêtre, voyant tout ce qui se passait au-dehors - et cela se déroulait dans le premier poisson.

Rabbi Méïr dit : une perle précieuse était suspendue dans les entrailles du poisson et éclairait Yona comme le soleil qui brille de tout son éclat à midi. C'est à l'image de ce que nous trouvons chez Noa'h, qui disposait d'une pierre lumineuse dans l'arche. Et ne vous étonnez pas de la présence d'une perle dans le ventre d'un poisson, car chez Yossef Mokir Chabbat également, un joyau se trouvait dans les entrailles d'un poisson. Yona voyait ainsi tout ce qui se trouvait dans la mer et dans les abîmes, comme il est dit : « Une lumière est semée pour le juste ».

Le poisson dit à Yona - et il convient de savoir ici que lorsque le texte mentionne que le poisson parle, il ne s'agit pas de l'animal lui-même mais du prince céleste préposé au poisson, l'ange qui le dirige, car le poisson a la bouche pleine d'eau et ne parle point - il lui dit : ne sais-tu pas que mon heure est venue d'être dévoré par la gueule du Léviathan ? En d'autres termes : tu as trouvé refuge auprès de moi, mais je suis aujourd'hui le repas du Léviathan, et tu es venu prendre part à ce festin !

Yona lui répondit : mène-moi auprès de lui, et je nous sauverai tous les deux de sa gueule. Il le conduisit alors auprès du Léviathan. Yona dit au Léviathan : c'est pour toi que je suis descendu observer ta demeure dans la mer ; bien plus, je descendrai un jour pour passer une corde dans ta langue et te faire monter pour le grand banquet des justes dans le monde à venir. Yona lui montra alors le sceau d'Avraham - la Brit Mila - ; le Léviathan regarda, vit, et s'enfuit devant Yona à une distance de deux jours de marche, uniquement parce qu'il le vit marqué de l'alliance d'Avraham Avinou.

Yona dit au poisson : je t'ai sauvé de la gueule du Léviathan, à présent acquitte ta dette : montre-moi ce qu'il y a dans la mer et dans les abîmes, fais-moi faire une visite guidée ! Le poisson lui montra alors le grand courant des eaux océaniques, comme il est dit : « Un fleuve m'environnait » ; il lui montra les sentiers de la mer Rouge où étaient passés les enfants d'Israël, comme il est dit : « Le jonc enserrait ma tête » ; il lui montra l'endroit où se brisent les lames de la mer et d'où jaillissent les vagues, comme il est dit : « Tous tes brisants et tes flots ont passé sur moi » ; il lui montra les colonnes de la terre sur leurs assises - les fondations du globe terrestre - comme il est dit : « La terre et ses verrous étaient sur moi » ; il lui montra les profondeurs du Chéol, comme il est dit : « Tu as fait remonter ma vie de la fosse », car la fosse (Cha'hat) désigne le Guéhinnom ; et il lui montra le Guéhinnom, comme il est dit : « Du ventre du Chéol j'ai imploré » ; et il existe plusieurs degrés dans le Guéhinnom : Cha'hat, Chéol, Arka, Douma - puissions-nous être préservés de tout malheur.

Et il lui montra les dessous du sanctuaire de Hachem - il l'amena sous le Temple (Beit Hamikdash) - comme il est dit : « Je suis descendu jusqu'aux fondements des montagnes ». De là nous apprenons que Jérusalem repose sur sept montagnes. Il y vit la pierre de fondation (Even Hachetiya) scellée dans les abîmes, et il y vit les fils de Kora'h debout en train de prier au-dessus d'elle. Ils dirent à Yona : te voilà sous le sanctuaire de Hachem, prie et tu seras exaucé sur-le-champ - car tu te trouves ici près de la pierre de fondation, qui est le centre du monde. Et c'est ce que nous expliquions : sous la terre ferme il y a de l'eau, et le poisson le conduisit sous la terre jusqu'à ce que le Beit Hamikdash se trouve juste au-dessus de lui - et c'est le sens de : « et ma prière est parvenue jusqu'à Toi, dans Ton saint sanctuaire », car le poisson l'amena véritablement jusque-là.

Yona dit au poisson : arrête-toi là où tu te tiens, car je désire prier - tout comme on jette l'ancre. Le poisson s'arrêta, et Yona commença à prier devant le Saint, béni soit-Il, en disant : Maître de l'univers, Tu es appelé Celui qui fait mourir et qui fait vivre ; mon âme a atteint le seuil de la mort, rends-moi la vie ! Et il ne fut exaucé que lorsque cette parole franchit ses lèvres : « ce que j'ai voué, je l'accomplirai » - ce que j'ai promis pour préparer le Léviathan devant Toi au jour du salut d'Israël, comme il est dit : « Mais moi, d'une voix de reconnaissance, je T'offrirai des sacrifices ». Aussitôt, le Saint, béni soit-Il, fit signe au poisson et il vomit Yona sur la terre ferme, ainsi qu'il est dit : « Hachem parla au poisson, et il vomit Yona sur la terre ferme ».

Les marins virent tous les signes, les miracles et les grands prodiges que le Saint, béni soit-Il, avait accomplis avec Yona ; ils se levèrent et chacun d'eux rejeta ses divinités, comme il est dit : « Ceux qui s'attachent à de vaines illusions abandonnent leur source de bienveillance » - ils abandonnèrent leur idolâtrie. Ils retournèrent à Yafo, montèrent à Jérusalem et se circoncirent, comme il est dit : « Alors ces hommes éprouvèrent une grande crainte envers Hachem, ils offrirent un sacrifice à Hachem ». Offrirent-ils véritablement un sacrifice ? Pourtant, il n'y avait pas encore de Temple ! Il s'agit en réalité du sang de la circoncision, qui équivaut au sang d'un sacrifice : ils se circoncirent eux-mêmes, et cela fut considéré comme une offrande. « Et ils firent des vœux » - chacun s'engagea à consacrer ses enfants et tout ce qu'il possédait au Dieu de Yona ; ils firent ces vœux et les accomplirent. Et c'est à leur sujet qu'il est dit : ce sont des convertis sincères (Guéreï Tsedek).

En conclusion :

Le chapitre 2 relate la prière de Yona depuis les profondeurs des abîmes. Le Malbim la divise en trois étapes : le jet par-dessus bord et l'engloutissement par le poisson mâle, l'expulsion par celui-ci et l'ingestion par le poisson femelle, puis l'oppression et l'étroitesse dans les entrailles de cette dernière qui l'amenèrent au brisement du cœur et à la prière. Yona reconnaît que le Saint, béni soit-Il, l'a exaucé à chaque étape ; il dépeint le gouffre, la mer des Joncs au-dessus de sa tête, sa descente jusqu'aux fondements des montagnes et la terre refermée sur lui comme un verrou. Il prend alors sur lui : « ce que j'ai voué, je l'accomplirai » - j'irai à Ninive, bien que je craigne une accusation contre Israël, et « le salut appartient à Hachem ». Et nos Sages dans les Pirké de-Rabbi Éliézer révèlent que le poisson lui fit parcourir 965 parassot, lui montra les merveilles des abîmes et le plaça même sous le sanctuaire de Hachem, près de la pierre de fondation (Even Hachetiya) - et c'est de là que sa prière fut agréée, et de là qu'il fut rejeté sur la terre ferme pour accomplir sa mission.