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Chapitre 4 - Le jugement des nations dans la vallée de Yéhoshaphat

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Introduction : de quoi traite ce chapitre

Le quatrième chapitre de Yoël est celui qui clôt le livre, et son grand thème est le jour du jugement des nations pour ce qu'elles ont fait subir à Israël, parallèlement à la délivrance de Yehouda et de Jérusalem. Avant même d'aborder les versets, il convient de rappeler une divergence fondamentale parmi les commentateurs quant à l'époque visée par cette prophétie. Ibn Ezra rapporte : « À cause de ce verset, beaucoup ont pensé que la prophétie concerne l'avenir » - c'est-à-dire que beaucoup ont compris que « dans ces jours-là » désigne la fin des temps, « et peut-être en est-il ainsi ». Mais il cite au nom de Rabbi Moshé que la prophétie fait référence à l'époque du roi Yéhoshaphat, lorsque la crainte d'Hachem s'abattit sur toutes les nations entourant Jérusalem, qui lui apportèrent des présents, et qu'à son époque les captifs des temps de ses ancêtres revinrent. Selon cette approche, « et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhoshaphat » renvoie au rassemblement des enfants de Moab, d'Amon et de Séir qui vinrent faire la guerre à Yéhoshaphat, lequel disposait d'une armée très puissante issue de Yehouda et de Binyamin ; ce lieu fut appelé « la vallée de la Bénédiction » et nommé d'après le roi « la vallée de Yéhoshaphat ». Ibn Ezra rattache ainsi l'ensemble du chapitre à l'époque de Yéhoshaphat. Nous suivrons pour notre part la voie des autres commentateurs, selon laquelle tout le chapitre traite de l'avenir, de la guerre de Gog et Magog à la fin des temps.

« Je ramènerai les captifs de Yehouda et de Jérusalem » - et qu'en est-il des dix tribus ?

כִּי הִנֵּה בַּיָּמִים הָהֵמָּה וּבָעֵת הַהִיא אֲשֶׁר אָשִׁיב אֶת שְׁבוּת יְהוּדָה וִירוּשָׁלִָם׃ - Car voici qu'en ces jours et en ce temps-là, lorsque Je ramènerai les captifs de Yehouda et de Jérusalem.

Le sens est le suivant : lorsque viendra la fin des temps et qu'Hachem délivrera Yehouda et Jérusalem. Or, on peut se demander : pourquoi n'a-t-il pas mentionné les dix tribus ? Nos Sages sont en effet partagés sur la question de savoir si les dix tribus sont destinées à revenir, et nous retenons qu'elles reviendront bel et bien. Pourquoi donc ne sont-elles pas mentionnées ? Le Malbim explique que la tribu de Yehouda constitue l'essentiel, c'est pourquoi elle est mentionnée. Le Radak ajoute : puisque le Machia'h est issu de la tribu de Yehouda et qu'il s'agit ici de la délivrance, c'est pour cette raison que la tribu de Yehouda est nommée. Quant à Jérusalem, elle est mentionnée parce qu'elle est la capitale, le siège de la royauté, et aussi parce que c'est là que se déroulera la guerre de Gog et Magog et que les nations s'y rassembleront. Il s'ensuit que la mention exclusive de Yehouda et de Jérusalem ne signifie nullement que les autres tribus et les autres villes d'Israël ne seront pas délivrées : toutes seront délivrées.

« Parce qu'ils les ont dispersés parmi les nations » - les nations qui ont surenchéri sur leur mission

וְקִבַּצְתִּי אֶת כָּל הַגּוֹיִם וְהוֹרַדְתִּים אֶל עֵמֶק יְהוֹשָׁפָט וְנִשְׁפַּטְתִּי עִמָּם שָׁם עַל עַמִּי וְנַחֲלָתִי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר פִּזְּרוּ בַגּוֹיִם וְאֶת אַרְצִי חִלֵּקוּ׃ - Je rassemblerai toutes les nations et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhoshaphat ; et là, J'entrerai en jugement avec elles au sujet de Mon peuple et de Mon héritage, Israël, qu'elles ont dispersé parmi les nations, et elles ont partagé Ma terre.

Le Malbim explique : le Saint, béni soit-Il, fera en sorte que toutes les nations se rassemblent en Terre sainte, conformément à la prophétie de Yé'hezkel sur la guerre de Gog et Magog. Il y est expliqué que les enfants d'Édom se lèveront pour combattre les enfants d'Ishmaël - c'est la première étape ; puis les enfants d'Ishmaël combattront les enfants d'Édom - seconde étape. Alors le Saint, béni soit-Il, les fera descendre dans la vallée de Yéhoshaphat, appelée aussi « la vallée de la multitude de Gog », et c'est là que tomberont ceux qui doivent tomber. Et pourquoi est-elle appelée la vallée de Yéhoshaphat ? En raison de l'expression : « J'entrerai en jugement avec elles là-bas » (Venichpatti 'imam sham) - car c'est là qu'Hachem leur demandera des comptes au sujet de Son peuple et de Son héritage, pour tous les méfaits que les nations nous ont infligés au fil des générations.

Mais on pourrait s'interroger : puisque le Saint, béni soit-Il, a Lui-même décrété l'exil contre nous, pourquoi les nations devraient-elles en payer le prix ? N'est-il pas dit : « Achour est la verge de Ma colère » ? Il n'était qu'un instrument employé par Hachem pour nous frapper, et nous méritions bien cette punition ! La réponse réside dans ce verset : « Je ne M'étais courroucé qu'un peu, mais ils ont contribué au malheur ». Ils ont fait preuve d'une sévérité extrême dans l'accomplissement de leur mission, l'appliquant avec la plus stricte rigueur, bien au-delà de ce qui leur était demandé, et ne se sont pas contentés du minimum.

C'est précisément ce que signifie : « Qu'elles ont dispersé parmi les nations ». Il avait été décrété pour Israël de se retrouver parmi les nations, mais la dispersion elle-même relève de la cruauté de ces rois. Nous sommes arrivés en Espagne et nous y étions posés - ils sont venus, nous en ont chassés et nous ont dispersés dans de nombreux pays, et il en fut ainsi de chaque lieu où nous sommes arrivés. L'exil nous avait été décrété, mais cette dispersion incessante parmi les nations, cela, c'est vous qui l'avez provoquée.

« Et elles ont partagé Ma terre » : ils ont considéré Israël comme s'il était la propriété financière des nations, et ils ont partagé la terre comme s'ils l'avaient acquise et qu'elle leur appartenait. Dès la déclaration Balfour et le partage de la terre qui a suivi, ils ont agi ainsi : cette portion pour les Juifs, et cette portion pour les Arabes. Parce qu'ils considéraient Israël comme leurs esclaves - or « ce qu'acquiert un esclave appartient à son maître » -, ils sont venus faire main basse sur la Terre sainte et se sont pris pour ses propriétaires. Le Saint, béni soit-Il, déclare : cela, Je ne leur ai pas donné, et c'est sur cela que J'entre en jugement avec eux.

« Et ils ont livré l'enfant pour une prostituée »

וְאֶל עַמִּי יַדּוּ גוֹרָל וַיִּתְּנוּ הַיֶּלֶד בַּזּוֹנָה וְהַיַּלְדָּה מָכְרוּ בַיַּיִן וַיִּשְׁתּוּ׃ - « Sur Mon peuple ils ont jeté le sort ; ils ont livré le jeune garçon pour une prostituée et ont vendu la jeune fille pour du vin, et ils ont bu. »

« Sur Mon peuple ils ont jeté le sort » - ils ont également considéré la personne même des enfants d'Israël comme une valeur marchande. Ils ont capturé les Juifs, chaque prisonnier devenant à leurs yeux un bien commercialisable, et ils ont tiré au sort pour désigner qui obtiendrait tel homme comme esclave et telle femme comme servante. Ils les méprisaient au point que « ils ont livré le jeune garçon pour une prostituée » : lorsque le non-Juif allait voir la prostituée, il lui donnait l'enfant juif en guise de salaire ; le jeune garçon était ravalé au rang d'un objet sans valeur servant de monnaie d'échange. « Et ont vendu la jeune fille pour du vin » : lorsqu'il voulait boire du vin, il cédait la jeune captive en paiement de sa boisson. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : n'est-il pas légitime que Je les juge pour de tels actes ?

Tyr et Sidon : des représailles sans aucune légitimité

וְגַם מָה אַתֶּם לִי צֹר וְצִידוֹן וְכֹל גְּלִילוֹת פְּלָשֶׁת הַגְּמוּל אַתֶּם מְשַׁלְּמִים עָלָי וְאִם גֹּמְלִים אַתֶּם עָלַי קַל מְהֵרָה אָשִׁיב גְּמֻלְכֶם בְּרֹאשְׁכֶם׃ - « Et que Me voulez-vous aussi, Tyr et Sidon, et toutes les contrées de Philistie ? Est-ce un salaire que vous Me rendez, ou prenez-vous l'initiative contre Moi ? Bien vite, promptement, Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête ! »

Les nations entre les mains desquelles Israël avait été livré étaient l'Assyrie et Babylone, et elles aussi seront jugées pour avoir outrepassé leur mandat. Mais vous, Tyr, Sidon et toutes les contrées de Philistie, Israël ne vous a jamais été livré ; il y a donc d'emblée un grief contre vous : qui vous a permis de leur faire du mal ?

Le Malbim distingue ici trois expressions. « Mechalem guemoul » (rendre une rétribution) qualifie celui qui a subi un mal de la part d'autrui et lui rend la pareille, mal pour mal ; ce paiement intervient toujours en réaction à ce qu'on lui a fait auparavant. « Gomel guemoul », sans notion de paiement, désigne celui qui fait du mal à autrui par pure malveillance et rancœur intérieure, alors même que l'autre ne lui a rien fait. Enfin, « mechiv guemoul » (restituer la rétribution) ressemble au premier terme, à ceci près que la restitution s'effectue exactement selon la même mesure et dans le même domaine. Lorsqu'on s'acquitte d'un paiement, on peut payer dans une autre monnaie : l'ennemi a noyé nos enfants dans le Nil, et Hachem le punira par le feu. Mais lorsqu'on restitue la pareille, la sanction est identique : il a noyé nos enfants dans le Nil, et Hachem le noie dans la mer Rouge. C'est ce que dit le verset dans les Lamentations : « Rends-leur leur rétribution » (Tachiv lahem guemoul) - qu'Hachem tire vengeance d'eux selon la mesure exacte de ce qu'ils nous ont fait, montrant ainsi clairement qu'il s'agit du juste châtiment du mal qu'ils nous ont infligé.

Dès lors, la formule du verset s'éclaire. « Est-ce un salaire que vous Me rendez » - vous aurais-Je fait le moindre tort pour que vous exerciez des représailles contre Moi ? Quel mal vous ai-Je causé pour que vous capturiez Mes enfants et les asservissiez ? Et si vous prétendez qu'il ne s'agit nullement d'une compensation, « ou prenez-vous l'initiative contre Moi » - c'est-à-dire par pure méchanceté et par haine gratuite, Hachem déclare : « Bien vite, promptement, Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête ». Je n'attendrai pas le Jour du Jugement final à la fin des temps, comme pour les autres nations ; c'est immédiatement que Je réclamerai des comptes. Et c'est exactement ce qui advint : dès l'époque d'Alexandre le Grand, Tyr, Sidon et la Philistie furent détruites et réduites à une désolation perpétuelle, recevant sur-le-champ leur rétribution.

« Vous avez pris Mon argent et Mon or » - et la vente des enfants aux Grecs

אֲשֶׁר כַּסְפִּי וּזְהָבִי לְקַחְתֶּם וּמַחֲמַדַּי הַטֹּבִים הֲבֵאתֶם לְהֵיכְלֵיכֶם׃ - « Vous qui avez pris Mon argent et Mon or, et avez transporté dans vos temples Mes joyaux les plus précieux. »

Le texte détaille ici leurs autres méfaits. « Vous avez pris Mon argent et Mon or » - Je ne vous avais point livré leurs biens, comme ils avaient été abandonnés à Nabuchodonosor ; vous vous en êtes emparés de votre propre initiative. « Et Mes joyaux les plus précieux » - vous avez pillé ce qu'il y avait de plus beau et de plus précieux pour l'emporter dans vos palais.

וּבְנֵי יְהוּדָה וּבְנֵי יְרוּשָׁלַ‍ִם מְכַרְתֶּם לִבְנֵי הַיְּוָנִים לְמַעַן הַרְחִיקָם מֵעַל גְּבוּלָם׃ - « Et les fils de Juda et les fils de Jérusalem, vous les avez vendus aux fils des Grecs, afin de les éloigner de leur frontière. »

Voilà qui est bien plus grave encore que le vol de l'argent. L'argent, vous l'avez pris pour votre jouissance, et les enfants, vous les avez réduits en esclavage dans un but de profit ; on peut au moins comprendre qu'un homme agisse par intérêt matériel. Mais quel bénéfice aviez-vous à aller les vendre dans une contrée aussi lointaine ? Une telle démarche ne procède que de l'animosité et de la haine pure : « afin de les éloigner de leur frontière ».

La rétribution exacte : les Juifs de Grèce achèteront les Tyriens

הִנְנִי מְעִירָם מִן הַמָּקוֹם אֲשֶׁר מְכַרְתֶּם אֹתָם שָׁמָּה וַהֲשִׁבֹתִי גְמֻלְכֶם בְּרֹאשְׁכֶם׃ - Voici que Je les réveille du lieu où vous les avez vendus, et Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête.

Nous avons dit que la rétribution s'exécute selon la même mesure exacte, et c'est bien ce qui arrivera. Lorsque les Grecs vinrent et détruisirent Tyr et Sidon, ils emmenèrent les enfants des Tyriens et des Sidoniens en Grèce. Et qui s'y trouvait déjà depuis bien longtemps ? Les Juifs, car ce sont précisément les Tyriens et les Sidoniens qui nous avaient vendus à la Grèce. Il se trouve donc que les Tyriens et les Sidoniens sont désormais vendus aux Juifs installés en Grèce.

וּמָכַרְתִּי אֶת בְּנֵיכֶם וְאֶת בְּנוֹתֵיכֶם בְּיַד בְּנֵי יְהוּדָה וּמְכָרוּם לִשְׁבָאיִם אֶל גּוֹי רָחוֹק כִּי יְהֹוָה דִּבֵּר׃ - Et Je livrerai vos fils et vos filles aux mains des enfants de Juda, et ils les vendront aux Sabéens, à une nation lointaine, car l'Éternel a parlé.

Ce sont ces mêmes Juifs que vous aviez vendus à la Grèce qui vous achèteront, et ils vous vendront aux Sabéens - le royaume de Saba, une nation lointaine. Mesure pour mesure : vous aviez agi ainsi afin de « les éloigner de leur territoire », et vous serez maintenant vendus à Saba, bien loin de vos frontières, subissant ainsi votre châtiment par les mains mêmes des Juifs.

Remarque textuelle : le Radak écrit « לשבאיים » - avec un 'hirik sous l'alef et un youd quiescent. Mais dans la version massorétique sous nos yeux, le texte porte « לִשְׁבָאיִם », l'alef étant quiescent et le youd portant le 'hirik. L'opuscule « Massoret Chaoul » relève qu'il s'agit d'une coquille d'impression dans le texte du Radak, car dans son ouvrage « Mikhlol », le Radak lui-même cite le verset selon la graphie de notre texte actuel.

Retour à la guerre de Gog : trois campagnes

קִרְאוּ זֹאת בַּגּוֹיִם קַדְּשׁוּ מִלְחָמָה הָעִירוּ הַגִּבּוֹרִים יִגְּשׁוּ יַעֲלוּ כֹּל אַנְשֵׁי הַמִּלְחָמָה׃ - Proclamez ceci parmi les nations : préparez la guerre ! Réveillez les vaillants guerriers, qu'ils s'approchent, qu'ils montent, tous les hommes de guerre !

Ici se referme la parenthèse consacrée aux peuples de Tyr et de Sidon, et le prophète revient au sujet principal : les nations que D.ieu rassemble dans la vallée de Yéhochafat afin d'exercer Sa justice pour les souffrances démesurées qu'elles nous ont infligées. « Proclamez ceci parmi les nations, préparez la guerre » - les peuples se mobiliseront pour monter au combat.

Le Malbim explique : J'ai déjà explicité dans le livre d'Ézéchiel, aux chapitres 32, 38 et 39 (et l'on pourra consulter les cours consacrés à Ézéchiel où ces questions sont développées plus en détail, ainsi que la prophétie de Zacharie sur Gog et Magog, qui est encore plus détaillée), qu'à la fin des temps, les nations s'éveilleront pour conquérir la terre : les enfants d'Édom viendront infliger un terrible massacre aux enfants d'Égypte, qui partagent la foi des Ismaélites. Ensuite, les Ismaélites se lèveront pour se venger des enfants d'Édom et leur causeront de lourdes pertes et d'immenses destructions. Puis, les Édomites reviendront une seconde fois affronter les enfants d'Ismaël et les décimeront. On dénombre ainsi trois campagnes : lors de la première, Édom frappe Ismaël ; lors de la seconde, Ismaël frappe Édom ; et lors de la troisième, Édom prend sa revanche sur Ismaël.

C'est sur cette première campagne qu'il est dit ici : « Réveillez les vaillants guerriers, qu'ils s'approchent, qu'ils montent, tous les hommes de guerre » - les héros, maîtres des tactiques militaires et pleins de bravoure. Remarquons que pour la deuxième campagne, il n'est plus fait mention de héros, car cette élite aura déjà péri au cours de la première.

« Que le faible dise : Je suis un héros »

כֹּתּוּ אִתֵּיכֶם לַחֲרָבוֹת וּמַזְמְרֹתֵיכֶם לִרְמָחִים הַחַלָּשׁ יֹאמַר גִּבּוֹר אָנִי׃ - Forgez vos socs de charrue en épées et vos serpes en lances ! Que le faible dise : « Je suis un héros ! »

Tous ceux qui maniaient l'épée ont déjà péri, et il ne reste plus d'armes. Que faire ? On prend le soc de charrue, on le martèle - on le taille et on l'aiguise - jusqu'à ce qu'il puisse servir d'épée ; et ce sont les paysans qui partiront au combat. « Vos serpes » (mazmerotekhem) - la serpette est, comme l'explique le Radak, l'outil avec lequel on coupe les sarments de vigne, et l'on en fera des lances. Puisque les guerriers d'élite ont déjà succombé lors de la première campagne, il ne reste plus que des hommes affaiblis munis d'armes de fortune, et « que le faible dise : Je suis un héros ».

Le Radak fait remarquer : observez qu'à l'époque de paix qui succédera à la guerre, une prophétie exactement inverse a été formulée : « Ils forgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes ». Ici, on transforme le soc en épée et la serpe en lance, mais à l'avenir, lorsque le Tout-Puissant anéantira la mort à tout jamais, ce sera l'inverse. On peut également comprendre ces descriptions à la lumière de notre époque - sans prétendre qu'il s'agisse dès à présent de la guerre de Gog, toute notre époque semble illustrer cette réalité : la vague des attaques au couteau, les attentats perpétrés avec des moyens de fortune, les engins explosifs artisanaux. Il ne s'agit pas ici d'un arsenal sophistiqué, mais d'armes improvisées avec lesquelles on vient semer la mort.

« Ouchou ouvaou » - Un hapax et son déchiffrement

עוּשׁוּ וָבֹאוּ כָל הַגּוֹיִם מִסָּבִיב וְנִקְבָּצוּ שָׁמָּה הַנְחַת יְהֹוָה גִּבּוֹרֶיךָ׃ - Hâtez-vous et venez, toutes les nations d'alentour, et rassemblez-vous ! Là, Éternel, abats Tes guerriers !

Toutes les nations restantes iront livrer une troisième bataille, celle d'Édom contre Ishmaël. Remarquez bien qu'il n'y aura ici aucun acte de bravoure : « Han'hat Hachem guiborekha » - le terme « han'hat » évoque la descente et l'abaissement, comme dans l'expression « mi na'hat » (qui descend), désignant ce qui est inférieur et déchu. Il n'y aura plus de héros, tous seront réduits à l'impuissance.

Et quel est le sens du mot « Ouchou » ? Le Malbim écrit : « Ein lo réa » (il n'a pas de semblable). C'est là une règle fondamentale pour tout étudiant du Tanakh : la méthode traditionnelle pour élucider le sens d'un mot consistait à en chercher une occurrence analogue dans les Écritures - ce que l'on effectue de nos jours à l'aide d'une concordance ou d'outils numériques, mais que les Anciens conservaient en mémoire. Par exemple, si l'on ignore le sens du mot « 'av », mais qu'on trouve dans un autre verset « 'av he'anan », on comprend immédiatement que « 'avim » désigne des nuages. C'est une déduction logique tirée d'un passage où le contexte est plus explicite. En revanche, lorsqu'un mot est qualifié d'« orphelin de semblable » - un hapax absolu dans tout le Tanakh sous toutes ses formes (ce que la Massore signale par la lettre Lamed, pour « leit ») -, impossible de se référer à un autre texte. Dès lors, comment procéder ? D'abord, on cherche à le déduire du contexte immédiat ; ensuite, on essaie de le rapprocher, parfois par une analogie subtile, de racines comparables.

Premièrement, par le contexte : « Ouchou ouvaou kol hagoyim missaviv » - le mot étant coordonné à « ouvaou » (venez) et au regroupement des nations, il signifie de toute évidence se rassembler. C'est ainsi que l'interprètent le Malbim et le Radak : « ouchou » équivaut à « rassemblez-vous ». Reste à savoir pourquoi le texte a choisi ce terme précis. Selon le Malbim, « ouchou » se rattache à « 'ash », la mite ou l'insecte fragile (« ka'ash »), car le rassemblement d'hommes faibles et vulnérables est nommé « ouchou » ; voilà pourquoi le prophète n'a pas écrit « yikavtsou » ou « heassfou ». Le Radak le rattache pour sa part à « 'Ash, Kessil et Kima » (les constellations d'étoiles, Job 9, 9) : de même que les étoiles se regroupent en amas, « ouchou » signifie rassemblez-vous. Remarquez que ces deux explications demeurent audacieuses : le symbole d'un insecte chétif est ici surprenant, et s'il s'agit d'une constellation, pourquoi avoir choisi « 'Ash » plutôt que Kessil ou Kima ? Mais cela illustre à merveille la démarche d'élucidation des termes rares du texte sacré.

Rachi adopte une voie différente. Il cite Menahem ben Sarouq, selon lequel « ouchou » correspond à « 'houchou » (hâtez-vous). Comment l'expliquer ? Il faut faire appel à une règle linguistique majeure : les lettres partageant un même point d'articulation peuvent fréquemment permuter. Les cinq organes phonétiques sont : les dentales (Dalet, Tet, Lamed, Noun, Tav), les labiales (Beth, Vav, Mem, Pé), les palatales (Guimel, Youd, Kaf, Qof), les gutturales (Alef, Hé, 'Het, 'Ayin) et les sifflantes (Zaïn, Samekh, Shin/Sin, Resh, Tsadé). En grammaire hébraïque, les lettres de même famille s'interchangent volontiers. Ainsi, si l'on remplace le 'Ayin par le 'Het, toutes deux étant des gutturales, on obtient « 'houchou » (hâtez-vous). Toutefois, le Targoum Yonatan traduit par « yitkanchoun » (qu'ils se réunissent), or l'autorité du Targoum Yonatan prime souvent aux yeux de Rachi ; le Radak et le Malbim s'accordent donc avec cette ancienne tradition araméenne qui y voit un terme de rassemblement. Rachi propose alors une autre étymologie : le mot dériverait de « éshet barzel » (une barre de fer forgé), désignant un bloc de métal dense et compact. Nous voici devant trois explications, chacune reliant ce vocable à une acception distincte : le faible insecte, la constellation stellaire, ou la masse unie du fer forgé.

La parabole de la moisson, du pressoir et de la cuve - Les trois campagnes

יֵעוֹרוּ וְיַעֲלוּ הַגּוֹיִם אֶל עֵמֶק יְהוֹשָׁפָט כִּי שָׁם אֵשֵׁב לִשְׁפֹּט אֶת כָּל הַגּוֹיִם מִסָּבִיב׃ - Que les nations s'éveillent et montent vers la vallée de Yéhochafat, car c'est là que Je siégerai pour juger toutes les nations d'alentour !
שִׁלְחוּ מַגָּל כִּי בָשַׁל קָצִיר בֹּאוּ רְדוּ כִּי מָלְאָה גַּת הֵשִׁיקוּ הַיְקָבִים כִּי רַבָּה רָעָתָם׃ - Lancez la faucille, car la moisson est mûre ! Venez, foulez, car le pressoir est plein, les cuves débordent, tant leur perversité est grande !

À présent, le prophète revient et décrit les trois guerres sous forme de parabole et d'allégorie. La première étape : les nations ressemblent à des céréales encore sur pied, alors que tous sont encore assis paisiblement sur leur terre. C'est alors qu'ordre est donné, pour ainsi dire, aux moissonneurs : « Jetez la faucille, car la moisson est mûre » - allez moissonner cette récolte, la mesure de leurs fautes est comble et le moment est venu de châtier les nations.

La deuxième étape : « Venez, descendez, car le pressoir est plein ». Ici, il ne s'agit plus de blé sur pied ; ils ont déjà subi une première guerre et ont été fauchés, et ils sont désormais semblables à des raisins vendangés et déposés dans le pressoir - le lieu où l'on rassemble les grappes pour les fouler. Hachem dit : le temps du foulage est venu ; après la moisson, le moment est venu de tirer vengeance d'eux plus durement encore.

La troisième étape : « Les cuves débordent, car leur malice est grande ». À présent, ils sont comme des raisins déjà foulés, mais dont il faut encore tirer le vin. En effet, on foulait le raisin dans une cuve creusée dans le sol, d'où le jus s'écoulait vers une fosse inférieure, séparant ainsi le vin des pellicules et des pépins. Ils ont déjà traversé deux guerres, ils ont déjà été foulés, mais n'ont pas encore été séparés des pépins et de la peau - c'est à ce propos qu'il est dit : « les cuves débordent » (hachikou haykavim), faites couler le vin vers la cuve. « Car leur malice est grande » - c'est parce que leur méchanceté est si immense que l'ordre est donné de les fouler et de les écraser, à l'instar du verset : « Au pressoir j'ai foulé seul... je les ai foulés dans ma colère et je les ai écrasés dans ma fureur », expression de ce qu'Hachem infligera aux nations pour tout le mal qu'elles nous ont causé.

Et quel est le sens de « hachikou » ? Le Malbim explique que cela vient de la racine « machké » (boisson) - les cuves se sont remplies de boisson. D'autres expliquent, comme nous l'avons vu plus haut, que lorsque le vin s'écoule du bassin supérieur où l'on foule vers la cuve inférieure, il produit un clapotis (chakchouk). D'autres encore y voient le sens de contact (hachaka), à l'image du procédé par lequel on met en contact des récipients pour les purifier, créant une jonction entre le liquide intérieur et extérieur pour purifier ainsi l'eau du récipient.

La vallée du jugement tranché (Émek Ha'harouts)

הֲמוֹנִים הֲמוֹנִים בְּעֵמֶק הֶחָרוּץ כִּי קָרוֹב יוֹם יְהֹוָה בְּעֵמֶק הֶחָרוּץ׃ - Des foules, des foules dans la vallée de la sentence, car le jour de l'Éternel est proche dans la vallée de la sentence.

Des foules innombrables se rassembleront dans la vallée de Yéhochafat. Cette vallée porte ce nom en référence au jugement (michpat), car Hachem y traduira les nations en justice pour examiner qui est innocent et qui est coupable, qui a fait du mal à Israël. Ensuite, elle sera appelée « la vallée du jugement tranché » (Émek Ha'harouts). Pourquoi ? Le Malbim explique : parce que leur verdict a déjà été tranché et scellé (ne'herats dinom) pour être voués à la destruction. C'est le sens de la répétition dans le verset : une fois que leur sort a été tranché dans cette vallée, le « jour d'Hachem est proche » pour les anéantir, et le châtiment est immédiat. Une autre explication, rapportée par le Radak, précise que ce lieu est ainsi nommé parce qu'Hachem y taillera en pièces les nations, les rendant tailladées et découpées (car le terme « 'harouts » évoque ce qui porte des entailles) ; c'est une image de leur châtiment.

« Le soleil et la lune s'obscurcissent » - L'annulation des influences célestes

שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ קָדָרוּ וְכוֹכָבִים אָסְפוּ נָגְהָם׃ - Le soleil et la lune se sont assombris, et les étoiles ont retiré leur éclat.

Le Malbim explique : les déterminations astrales et célestes seront abolies. Le Malbim soutient cette approche en de nombreux endroits : lorsqu'Hachem accomplit un miracle, Il annule l'influence du système céleste (horaat hamaarekhet) - la conduite régie par les constellations selon laquelle fonctionne la nature - et dirige le monde d'une manière surnaturelle. Tel est le sens de l'expression : « le soleil et la lune se sont assombris, et les étoiles ont retiré leur éclat ». Il n'est pas obligatoire d'entendre ces termes au sens littéral, bien que nous ayons vu au chapitre précédent certains commentateurs expliquer textuellement qu'il s'agira d'un jour d'obscurité ; selon le Malbim, dès lors que les influences du soleil et de la lune n'agissent plus, parce que la direction du monde n'obéit plus aux lois de la nature et des astres, cela s'appelle en soi un obscurcissement - ils ne transmettent plus leur influx dans la conduite de la création.

« De Sion rugit l'Éternel, et de Jérusalem Il fait entendre Sa voix »

וַיהֹוָה מִצִּיּוֹן יִשְׁאָג וּמִירוּשָׁלִַם יִתֵּן קוֹלוֹ וְרָעֲשׁוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ וַיהֹוָה מַחֲסֶה לְעַמּוֹ וּמָעוֹז לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Et l'Éternel rugit de Sion, de Jérusalem Il fait retentir Sa voix, le ciel et la terre tremblent ; mais l'Éternel est un refuge pour Son peuple, une forteresse pour les enfants d'Israël.

Remarquez la précision du Malbim : de Sion Il « rugira », et de Jérusalem Il fera seulement « entendre Sa voix ». Sion désigne généralement le mont du Temple, le lieu du Sanctuaire, d'où émanera la conduite de justice et de jugement par laquelle Hachem jugera les nations. Le « rugissement » est un cri puissant, à l'opposé d'une voix basse - élever la voix avec force et vigueur. En revanche, « faire entendre Sa voix » signifie simplement émettre un son, à l'opposé du silence. On distingue ainsi trois degrés : le silence, faire entendre sa voix, et rugir. C'est pourquoi à Sion, où réside l'essence de la Chekhina, Hachem rugira et portera Sa voix au loin jusqu'à ce qu'elle retentisse dans le monde entier et que Sa royauté domine sur tout ; tandis que dans le reste de Jérusalem, qui n'a pas le même degré de sainteté que le mont du Temple, Il ne rugira certes pas d'une voix immense, mais Il fera entendre Sa voix - là aussi se manifestera la conduite divine.

Et sous l'effet de ce rugissement, « les cieux et la terre tremblent ». Comme nous l'avons expliqué pour « le soleil et la lune s'obscurcissent », il en va de même ici : dans l'ordre naturel, les cieux et la terre sont les vecteurs qui transmettent et font descendre l'abondance dans le monde ; or, lorsqu'il n'y aura plus de conduite naturelle mais une conduite purement spirituelle, les cieux, la terre et tout l'ordre matériel trembleront pour ainsi dire, parce qu'ils cesseront leur fonctionnement habituel, et tout relèvera désormais d'une direction spirituelle venant d'Hachem.

« Mais Hachem est un refuge pour Son peuple, une forteresse pour les enfants d'Israël » : en tant qu'ils sont Son peuple, Il sera pour eux un refuge, afin de les préserver de tout malheur et d'empêcher le mal de les atteindre. Et en tant qu'ils sont « les enfants d'Israël » - ce qui correspond à leur niveau le plus élevé, évoquant la noblesse et la souveraineté - Il sera pour eux une forteresse, leur permettant de triompher par la puissance d'Hachem. Or, la forteresse est supérieure au simple refuge : le refuge consiste à s'abriter à l'ombre d'une protection sans avoir de force propre, tandis que la forteresse procure puissance et vigueur, à l'image du verset « rendez la force à Dieu ».

« Et vous saurez » - une connaissance supérieure à la foi

וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי יְהֹוָה אֱלֹהֵיכֶם שֹׁכֵן בְּצִיּוֹן הַר קָדְשִׁי וְהָיְתָה יְרוּשָׁלִַם קֹדֶשׁ וְזָרִים לֹא יַעַבְרוּ בָהּ עוֹד׃ - Et vous saurez que Je suis l'Éternel votre Dieu, résidant à Sion, Ma montagne sainte ; Jérusalem sera sainte, et les étrangers n'y passeront plus jamais.

Vous parviendrez à une connaissance claire et évidente. Jusqu'à présent, cela relevait de la foi, or la connaissance va bien au-delà de la foi : c'est une connaissance tangible, comme il est dit plus haut : « Et vous saurez que Je suis au milieu d'Israël ». Et parce que vous constaterez que Je réside à Sion, Ma sainte montagne, et que Ma Chekhina y demeure continuellement, la sainteté de Jérusalem deviendra manifeste : « Jérusalem sera sainte », « et les étrangers n'y passeront plus jamais » - car les étrangers qui la traversent profanent sa sainteté. Bien plus encore : Sion sera encore plus sainte, au point que même les enfants d'Israël n'y entreront pas sans nécessité. En effet, Sion est le mont du Temple et le lieu du Sanctuaire, où même un Israélite n'a pas le droit d'entrer partout : il faut d'abord être en état de pureté, et au-delà du parvis d'Israël, l'accès lui est interdit. Il s'avère ainsi que Sion est plus sainte et plus élevée que le reste de Jérusalem.

« Et une source jaillira de la maison d'Hachem »

וְהָיָה בַיּוֹם הַהוּא יִטְּפוּ הֶהָרִים עָסִיס וְהַגְּבָעוֹת תֵּלַכְנָה חָלָב וְכָל אֲפִיקֵי יְהוּדָה יֵלְכוּ מָיִם וּמַעְיָן מִבֵּית יְהֹוָה יֵצֵא וְהִשְׁקָה אֶת נַחַל הַשִּׁטִּים׃ - Et en ce jour-là, les montagnes ruisselleront de vin nouveau, les collines découleront de lait, tous les cours d'eau de Juda seront remplis d'eau, et une source jaillira de la maison de l'Éternel pour arroser la vallée de Chittim.

L'abondance sera si prodigieuse que les montagnes ruisselleront de jus sucré grâce à la profusion de fruits doux, et les collines découleront de lait en raison de l'abondance du bétail et des troupeaux. « Tous les cours d'eau de Juda seront remplis d'eau » : jusqu'à présent régnait un manque d'eau, on envisageait même d'importer de l'eau de Turquie, et à Jérusalem en particulier sévit une pénurie car elle manque de sources. Or, non seulement l'eau coulera à flot en Juda, mais la maison d'Hachem elle-même deviendra une source qui jaillira et se répandra vers l'extérieur jusqu'à atteindre la vallée de Chittim.

Selon l'avis de Rav Saadia Gaon, tel que le rapporte le Malbim, il s'agit du Jourdain, qui est le cours d'eau le plus proche de Chittim. Rachi, quant à lui, explique le texte selon son sens littéral. Ézéchiel et Zacharie ont déjà prophétisé au sujet de cette source, et l'expression d'une source jaillissant de la maison d'Hachem apparaît dans d'autres passages. Certains y ont trouvé une allusion concrète : il y a quelques années, de l'eau a commencé à jaillir sur le mont du Temple près de la mosquée Al-Aqsa, et l'on ne parvenait pas à tarir ce flux ni à le colmater. Certains ont vu là une préfiguration de cette source qui commencera à jaillir à Jérusalem pour s'écouler jusqu'aux abords de Chittim, comme il est précisé là-bas qu'il s'agira d'eaux montant d'abord aux chevilles, avant de couler en un torrent immense.

Toutefois, le Malbim ajoute une interprétation allégorique : puisque « de Sion sortira la Torah et la parole d'Hachem de Jérusalem », et que la Torah comme la foi sont comparées à l'eau, le texte vient nous enseigner qu'un flux immense de Torah se répandra depuis ce lieu vers le monde entier. Et pourquoi mentionner précisément Chittim ? Chittim est connu pour être le lieu où Israël s'est laissé aller à la débauche avec les filles de Moab et s'est attaché à Baal-Péor, ce qui constitua l'origine des fautes pour la maison d'Israël. Une source viendra donc purifier cette faute originelle : une source jaillissant du Temple et du Saint des Saints, qui purifiera la souillure née dans la vallée de Chittim et fera disparaître du monde toutes les déviances de l'idolâtrie et de la débauche - une source spirituelle qui purifiera le monde entier.

L'Égypte et Édom - les deux nations dominantes jusqu'à la délivrance

מִצְרַיִם לִשְׁמָמָה תִהְיֶה וֶאֱדוֹם לְמִדְבַּר שְׁמָמָה תִּהְיֶה מֵחֲמַס בְּנֵי יְהוּדָה אֲשֶׁר שָׁפְכוּ דָם נָקִיא בְּאַרְצָם׃ - L'Égypte deviendra une désolation, et Édom sera réduit en un désert désolé, à cause de la violence faite aux enfants de Juda, dont ils ont versé le sang innocent dans leur pays.

L'Ibn Ezra fait remarquer que l'Égypte mentionnée ici n'est pas l'Égypte antique, mais une autre Égypte, car il est bien connu que Sennachérib a confondu et déplacé les nations. Le Radak demande pourquoi le verset mentionne précisément l'Égypte et Édom, et il répond qu'il s'agit des deux nations qui dominent depuis de longs siècles et qui continueront de dominer jusqu'à l'époque de la Délivrance : les Ismaélites et l'empire romain, qui est Édom. C'est exactement la réalité jusqu'à nos jours : la lutte entre les enfants d'Édom - qui englobe la chrétienté dans son ensemble, l'Amérique et la Russie - et les enfants d'Ismaël, incluant Daech, le Hezbollah, Assad et l'ensemble des pays arabes. C'est là le quatrième animal que Daniel a vu en vision, la bête qui clôt la période de l'exil, et c'est aussi le sens des pieds de la statue vue par Daniel, faits d'argile et de fer, caractéristiques de ces nations (point développé plus longuement dans les cours sur le livre de Daniel).

Et pourquoi mentionne-t-il l'Égypte alors qu'il s'agit des Ismaélites ? Parce que l'épouse d'Ismaël était égyptienne, comme il est dit : « et sa mère lui prit une femme du pays d'Égypte », et sa mère Agar elle-même était égyptienne. Bien qu'à l'origine l'Égypte descende de Cham, le lien avec Ismaël est patent, et jusqu'à nos jours les Égyptiens sont intimement liés à Ismaël. Quant à Édom, c'est l'empire romain qui a détruit le Temple, et la plupart d'entre eux descendaient d'Édom : l'empereur était édomite, de même que tous les souverains romains après lui étaient issus des peuples d'Édom. Même si de nombreux peuples se sont mêlés à eux, puisque Sennachérib a confondu les nations, on se fonde sur l'élément dominant. Il en va de même lorsqu'on parle de l'Allemagne comme du lieu d'Amalek : tous les Allemands sont-ils pour autant amalécites ? Non. Nous savons que la descendance d'Amalek s'est assimilée en Allemagne, cette « Germanie d'Édom » évoquée dans les Midrashim ; mais affirmer avec certitude que chaque Allemand est un amalécite, nous ne le pouvons pas. Ici aussi, le texte s'adresse à la nation dans sa globalité.

Ces nations ont fait le mal : les unes envers les tribus de Juda et de Benjamin qui furent exilées parmi elles et dont elles versèrent le sang comme de l'eau ; et Édom, qui est l'empire de Rome, détruisit le second Temple par l'intermédiaire de Titus l'impie, versa leur sang comme de l'eau et les exila parmi les nations. Et puisque ces paroles s'appliquent à notre propre exil, le texte ne mentionne que Juda. En effet, comme l'explique le Radak, les dix tribus furent exilées par le roi d'Assyrie et ne sont pas revenues jusqu'à ce jour ; elles ne se trouvèrent point sous la domination de ces nations-là, mais parvinrent à Hala'h, à Habor et au fleuve de Gozân, sans jamais tomber aux mains d'Édom et d'Ismaël. C'est pourquoi le verset ne les mentionne pas.

Le Malbim ajoute que « l'Égypte » mentionnée ici englobe tous les fidèles de la religion des Ismaélites, et ne désigne pas seulement l'Égypte en tant que nation particulière. Car les premiers dévastateurs du premier Temple furent l'Assyrie et Babylone, et ceux-ci sont ensuite passés sous la même croyance que l'Égypte. En effet, quelle est aujourd'hui la foi de Babylone ? Ils sont musulmans, issus de la sphère d'Ismaël. Et quelle est celle de la Perse ? Musulmans, d'Ismaël. On voit donc que l'Assyrie et Babylone sont rattachées à la religion d'Ismaël et sont entrées sous la foi de l'« Égypte ».

C'est de là que partira la première guerre de Gog : les fils d'Édom marcheront contre les fils d'Ismaël et les anéantiront, et c'est le sens de « l'Égypte deviendra une désolation » - la première phase. Ensuite, les Ismaélites se dresseront contre les fils d'Édom et les détruiront à leur tour, ce qui correspond à « et Édom sera réduit en un désert désolé » - la seconde phase. Et pourquoi y a-t-il également un compte à régler avec Édom ? Parce qu'ils ont détruit le second Temple par l'intermédiaire de Titus. C'est pourquoi le verset précise : « à cause de la violence faite aux enfants de Juda » - pour le tort causé aux enfants de Juda lors des deux destructions : celle du premier Temple par l'Assyrie et Babylone, rattachées à terme à Ismaël comme nous l'avons expliqué, et celle du second Temple par Titus, issu d'Édom. Dès lors, ils se frapperont mutuellement, et c'est ainsi qu'Hachem tirera vengeance de ceux « dont ils ont versé le sang innocent dans leur pays ».

« Pour toujours » face à « de génération en génération »

וִיהוּדָה לְעוֹלָם תֵּשֵׁב וִירוּשָׁלִַם לְדוֹר וָדוֹר׃ - Mais Juda sera habitée pour toujours, et Jérusalem de génération en génération.

À l'origine, Éphraïm s'était séparé de Juda et de Jérusalem, mais à la fin, ils se réuniront ; Juda ne connaîtra plus jamais l'exil, et Jérusalem ne sera plus jamais détruite. Quelle est alors la différence entre « pour toujours » (le'olam) et « de génération en génération » (ledor vador) ? Le Malbim explique, comme il le fait en plusieurs endroits du Tanakh, que « le'olam » désigne le temps éternel et indivisible : l'éternité absolue. Il est impossible de parler de l'éternité en termes de division : l'éternité demeure l'éternité, une permanence qui transcende le temps. En revanche, « dor vador » évoque une réalité fragmentée : une génération suivie d'une autre génération, au fil des âges. Par conséquent, l'établissement de Juda sera immuable, « sera habitée pour toujours » ; tandis que le peuplement de Jérusalem évoluera au fil des générations : chaque époque apportera de nouveaux habitants, et de génération en génération, la ville s'élèvera en éclat et en splendeur. C'est pourquoi il est dit « de génération en génération », car à Jérusalem, le changement se manifestera toujours dans le sens d'une élévation.

Le verset conclusif : « Et Je purifierai leur sang que Je n'avais pas purifié »

וְנִקֵּיתִי דָּמָם לֹא נִקֵּיתִי וַיהֹוָה שֹׁכֵן בְּצִיּוֹן׃ - Dussé-Je pardonner, leur sang, Je ne le pardonnerais pas, alors que l'Éternel a Sa résidence à Sion !

Rachi explique : même si Je devais innocenter les nations du reste de leurs fautes et des maux qu'elles ont commis au cours de l'histoire, quant au sang des enfants de Juda, Je ne les en tiendrais point quittes, et elles en paieront le prix intégral. Et quand cela adviendra-t-il ? « Et l'Éternel réside à Sion ».

Le Radak explique : « Et J'acquitterai » - Je tiendrai les nations pour quittes de l'argent et de l'or qu'elles ont pillés, car Israël finira lui aussi par leur prendre de l'or et de l'argent, de sorte qu'il y aura une compensation en la matière. Mais pour le sang qu'elles ont versé, Je ne les en acquitterai point : ce sera une vie pour une vie, elles-mêmes ou leurs descendants après elles. En d'autres termes, tout l'or et tout l'argent qu'elles offriraient en compensation du sang d'Israël qu'elles ont répandu, Je ne l'accepterai pas, et Je ne tiendrai pas le sang d'Israël pour vengé tant que Je n'aurai pas tiré rétribution des nations en leur ôtant la vie.

Et le Malbim explique : dans la mesure où la guerre de Gog et Magog n'implique qu'Édom et Ichmaël, qu'en sera-t-il des autres nations qui n'appartiennent ni à Édom ni à Ichmaël, mais qui nous ont opprimés et ont versé notre sang ? Où aura lieu leur chute et d'où viendra la rétribution ? À ce sujet, Hachem déclare : « Et Je purifierai leur sang que Je n'avais pas purifié » : par la suite, Je réclamerai aussi le sang versé par ceux que Je n'avais pas châtiés jusqu'alors lors de la guerre de Gog, car ils n'en faisaient pas partie et Je n'avais pas encore tiré vengeance d'eux ; désormais, Je leur ferai rendre des comptes. Et quand cela se produira-t-il ? Après qu'« Hachem résidera à Sion », Il jugera alors les autres crimes de sang et exercera Sa justice contre ces peuples.

En conclusion :

Le chapitre 4 de Yoël déploie devant nous le grand jour du Jugement des nations : Hachem rassemble tous les peuples dans la vallée de Yéhochafat et entre en procès avec eux pour avoir dispersé Israël, partagé sa terre, tiré au sort ses enfants et vendu un jeune garçon pour une prostituée et une fillette pour du vin. Tyr, Sidon et la Philistie, aux mains desquelles Israël n'avait pourtant jamais été livré, ont reçu leur châtiment sans attendre, dès l'époque d'Alexandre le Grand, et les enfants de Juda vendus aux Grecs ont eux-mêmes racheté leurs vendeurs pour les revendre aux Sabéens - une rétribution rigoureusement équivalente, mesure pour mesure. Sont ensuite dépeintes les trois phases de la guerre de Gog et Magog opposant Édom et Ichmaël, à travers la métaphore de la moisson, du pressoir et de la cuve, au terme desquelles s'ouvre la « vallée de la Décision » où leur sentence est irrévocablement scellée. Dès lors, les lois de l'ordre cosmique s'effacent, Hachem rugit depuis Sion et fait retentir Sa voix depuis Jérusalem, se faisant un refuge pour Son peuple et une forteresse pour les enfants d'Israël. Jérusalem est sanctifiée et nul étranger n'y passera plus ; les montagnes ruisselleront de vin nouveau et une source jaillira du Temple d'Hachem - une source de Torah qui viendra purifier la toute première faute d'Israël commise à Chitim. L'Égypte et Édom, ces deux puissances prédominantes jusqu'à la rédemption, s'anéantiront mutuellement, tandis que Juda demeurera habité à jamais et Jérusalem de génération en génération. Et le prophète conclut : Hachem ne tiendra pas quitte le sang d'Israël tant qu'Il n'aura pas tiré vengeance de quiconque nous a persécutés. Puisse Hachem nous dévoiler bientôt la délivrance éternelle, amen et amen.