Livre de Jérémie, chapitre 22. « Ainsi parle Hachem : Descends dans la maison du roi de Juda, et là tu prononceras cette parole ». Le Radak explique que nous avons déjà vu précédemment cette prophétie transmise à la maison de David : « Rendez la justice dès le matin ». Il avait déjà été enjoint à la maison de David de rendre la justice dès le matin, avec droiture et intégrité. À présent, Il lui dit : Je veux que tu leur transmettes cette prophétie alors qu'ils sont encore dans leurs demeures, en leur promettant le bien ; peut-être que si le bâton n'a pas fonctionné, la carotte portera ses fruits. « Et tu diras : Écoute la parole d'Hachem, roi de Juda, assis sur le trône de David, toi, tes serviteurs et ton peuple qui entrez par ces portes ». Adresse-toi aux rois, c'est-à-dire à la maison royale, et dis-leur : « Écoute la parole d'Hachem, roi de Juda, assis sur le trône de David ». « Qui entrez par ces portes », cela fait référence aux portes de la Azara (le parvis du Temple), ou bien, comme l'explique le Radak, aux portes du palais royal, selon son explication précédente. Et tu leur tiendras alors le discours suivant.
Le Malbim explique que cela ressemble à un père ayant décrété la mort de son fils, mais qui cherche ensuite toutes sortes de motifs et de mérites pour tenter malgré tout de le sauver ou d'annuler le décret. Précédemment, nous avons vu qu'il avait essayé de leur trouver un remède : le respect du Chabbat. Peut-être que le Chabbat leur servirait de protection. Or, nous avons vu qu'ils sortaient faire du commerce hors de la ville ; il leur disait donc d'observer le Chabbat. À présent, il leur propose un autre remède encore, dans l'espoir que cela les aide : qu'ils pratiquent le droit et la justice.
Le Rambam, dans le Guide des Égarés, cité par le Malbim, explique que la Torah est venue conférer à l'homme la perfection tant dans ses conceptions que dans sa conduite : ne pas avoir d'opinions erronées et adopter une ligne de conduite droite. Le Chabbat, explique le Malbim d'après le Rambam, confère à l'homme la rectitude des conceptions. Que sont des opinions erronées ? Ceux qui croyaient par exemple à l'éternité du monde, ceux qui croyaient en l'existence de plusieurs divinités, ou encore que le monde était dépourvu de D.ieu, toutes sortes de thèses hérétiques. L'altération des idées est une altération de la foi. Le Chabbat procure à l'homme la perfection de la pensée, car en observant le Chabbat, l'homme proclame que le Saint, béni soit-Il, a créé son monde en six jours et S'est reposé le septième jour. Quiconque observe le Chabbat possède la plénitude doctrinale. Quant à celui qui ne respecte pas le Chabbat, la Halakha craint qu'il ne soit assimilé à un non-juif. Pourquoi ? Parce que bien souvent, cela découle d'une hérésie : il ne croit pas en Celui qui a dit et le monde fut. Son statut halakhique devient donc comparable à celui d'un non-juif : son vin devient du vin de libation (yayin néssekh), et s'il abat une bête ou une volaille, la viande devient névéla (impropre à la consommation). D'où cela provient-il ? D'une perversion de la pensée. Le Chabbat offre donc à l'homme la perfection des conceptions, la foi que le Saint, béni soit-Il, a créé le monde, l'a renouvelé et le gouverne.
La justice, quant à elle, parachève la conduite. C'est la justice qui confère sa perfection à la conduite, car lorsque l'homme mène ses actions avec droiture et équité, sa conduite est rectifiée. Ainsi, le conseil donné à présent est le suivant : peut-être est-il encore possible d'écarter le malheur qui vous menace, si ce n'est par le Chabbat que je vous ai conseillé auparavant, du moins par le droit et la justice.
« Ainsi parle Hachem : Rendez le droit et la justice, délivrez le spolié de la main de l'oppresseur ; et l'étranger, l'orphelin et la veuve, ne les maltraitez pas, ne leur faites pas violence, et ne versez pas de sang innocent en ce lieu ». « Ainsi parle Hachem : Rendez le droit et la justice » : Hachem leur dit que le moyen d'échapper aux malheurs est d'exercer le droit et la justice. Comme nous l'avons déjà vu, « Sion sera rachetée par le droit, et ses repentis par la justice » ; c'est donc par ce biais que viendra la rédemption. Par voie de conséquence, lorsque vous pratiquez le droit et la justice, vous ne lésez assurément ni l'étranger, ni l'orphelin, ni la veuve. À plus forte raison ne les dépouillez-vous pas, et à plus forte raison encore ne versez-vous pas de sang innocent. Et de la formulation négative, on déduit l'affirmative : s'ils ne pratiquent pas le droit et la justice, ils commettent tout cela à la fois. Ils répandent le sang innocent, ils oppriment, ils volent et causent tous les désastres. C'est pourquoi Il leur dit : pratiquez le droit et la justice, et délivrez ainsi le spolié de la main de l'oppresseur. Le Radak explique que le terme « achouk » désigne l'oppresseur. Si vous sauvez le spolié de la main de l'oppresseur, que vous ne maltraitez ni ne dépouillez l'étranger, l'orphelin et la veuve, et ne versez pas de sang innocent en ce lieu...
« Car si vraiment vous accomplissez cette parole, alors entreront par les portes de cette maison des rois siégeant pour David sur son trône, montés sur des chars et des chevaux, lui, ses serviteurs et son peuple ». Si vous agissez ainsi, Je vous promets que des rois franchiront les portes de cette maison : de la descendance de David viendront des rois dignes de régner, « des rois siégeant pour David sur son trône ». Des rois légitimes, non pas un souverain comme Hérode, mais un roi authentiquement issu de la lignée de David. « Siégeant pour David sur son trône, montés sur des chars » - un char digne d'un roi - « et des chevaux » qui tirent l'attelage, symboles de grandeur et de puissance.
Soit dit en passant, j'ai vu un jour au sujet - me semble-t-il - du Gaon Rav Chmouel Rozovsky, qu'il préférait toujours marcher à pied. Lorsqu'on lui en demanda la raison, il répondit que parmi les désirs que Rabbénou Tam énumère dans le Sefer HaYachar - bien qu'il ne soit pas absolument certain que Rabbénou Tam en soit l'auteur, c'est la tradition admise -, il mentionne dix formes de passions, dont l'une est « le désir de la monture » (ta'avat hamèrkhav). Vous entendez ? L'homme aime monter à cheval, à dos d'âne, rouler en voiture, tenir un volant, diriger une charrette, peu importe : c'est la passion du véhicule. Que fait-on pendant l'intersession estivale (ben hazemanim) ? On emmène les enfants faire du karting, des jeeps, des quads, que sais-je encore ! Un jeune garçon, quelle est la première chose qu'il a en tête ? Le permis de conduire, n'est-ce pas ? « Mon père, mon père, char d'Israël et ses cavaliers ! » C'est la première requête : « Papa, la voiture, donne-moi les clés ! » Il y a là une véritable passion, et il est fascinant de voir que Rabbénou Tam en parlait déjà il y a 800 ans, décrivant le plaisir immense qu'éprouve l'homme à être assis dans un véhicule. De nos jours, c'est encore plus marqué : chacun recherche une carrosserie climatisée, rutilante, le dernier cri, sans quoi sa passion n'est pas convenablement assouvie. Quoi qu'il en soit, comprenons que cela reflète un rang et une grandeur, et c'est pourquoi l'homme y aspire. Le texte dit donc qu'il y aura des rois siégeant sur le trône de David, montés sur des chars et des chevaux, selon l'usage royal. Alors « lui, ses serviteurs et son peuple », tous entreront avec lui, investis de l'autorité souveraine ; vous mériterez d'entrer dans cette maison. Comment ? Si vous pratiquez la justice, car c'est là le remède pour ne pas sombrer dans la déchéance.
« Mais si vous n'écoutez pas ces paroles, J'en jure par Moi-même, dit Hachem, cette maison deviendra une ruine ». Si vous n'écoutez pas ces paroles, Je jure au nom d'Hachem que cette maison sera réduite en ruines. De quelle maison s'agit-il ? Si nous parlions plus tôt des portes de la Azara, il est question ici du Beth HaMikdach ; mais si nous parlions des portes du palais royal, « cette maison deviendra une ruine » désigne la demeure du roi.
« Car ainsi parle Hachem sur la maison du roi de Juda : Tu es pour Moi Galaad, le sommet du Liban ; pourtant, Je te réduirai en désert, en villes inhabitées ». Galaad : de qui parle-t-on ici ? Rachi cite le Targoum Yonatan : « Tu es pour Moi Galaad, le sommet du Liban » - tu M'es cher comme le sanctuaire qui s'élève au sommet des montagnes ; pourtant Je ferai de toi un désert. Selon Rachi, « Tu es Galaad » renvoie au Temple. Pourquoi le Temple est-il appelé Galaad ? Parce que de là émanent le baume et la guérison pour le monde entier. Le Temple procure la guérison au monde entier. Quel est le lien avec Galaad ? Le verset dit : « N'y a-t-il point de baume en Galaad ? » C'est de Galaad que l'on importait le baume, le remède curatif. Dès lors, lorsqu'on voulait désigner un lieu de guérison, on le qualifiait de Galaad. Le Temple est la source de guérison pour le monde entier.
Le Radak, quant à lui, explique que « Galaad, sommet du Liban » s'applique à la maison royale de Juda, qui est à la tête du royaume d'Israël. Tu étais pour Moi comme Galaad. Que signifie « comme Galaad » ? Nous savons que les montagnes situées en Transjordanie orientale s'appelaient les monts de Galaad, du nom d'une ville centrale nommée Galaad qui donna son nom à toute la contrée. De même, tu es pour Moi à la tête du royaume d'Israël : tout comme Galaad dominait les monts de la Transjordanie orientale, la maison de Juda est à la tête de tout le peuple d'Israël. Sion et Jérusalem dominent toute la terre d'Israël. De même, tu as été le « sommet du Liban », la terre d'Israël étant également appelée Liban, comme dans : « Permets-moi de passer pour voir cette bonne montagne et le Liban ». Le verset lui dit donc : toi qui étais le sommet du Liban et semblable à la métropole de Galaad, Je te réduirai en désert ; Je rendrai les montagnes autour de toi comme si elles n'avaient jamais été peuplées. C'est le sens de : « si Je ne te réduis en désert », la tournure « im lo » exprimant toujours un serment dans la langue biblique, comme dans « Im lo chiviti vedomamti » et ailleurs.
Le Malbim explique pour sa part que l'expression « Tu es pour Moi Galaad, le sommet du Liban » signifie : même si tu M'étais comme Galaad, réputée pour être une terre peuplée, une terre de délices et d'une grande fertilité (nous savons que Galaad était une terre de pâturages, d'une exceptionnelle qualité de sol), et même si tu étais comme le sommet du Liban, couvert de cèdres majestueux et donc foisonnant d'habitants, Il lui dit malgré tout : « Je te réduirai en désert ». S'adressant au roi de Juda, Il lui annonce qu'Il le transformera en désert, aux antipodes de Galaad qui est un lieu habité et fertile. De même, ce seront des « villes inhabitées », à l'opposé du Liban florissant. Il y a donc là une prophétie adressée à la maison royale de Juda, avertissant que s'ils ne changent pas de voie, le malheur s'abattra inexorablement sur eux.
« Et Je consacrerai contre toi des destructeurs, chacun avec ses armes ; ils couperont tes cèdres d'élite et les jetteront au feu ». « Et Je consacrerai contre toi des destructeurs, chacun avec ses armes ». Que signifie « J'ai consacré » (vekidachti) ? Nous avons souvent expliqué que sanctifier ou consacrer provient de la racine « kadoch » qui exprime la désignation, la préparation. Quand un homme dit à une femme : « Te voici consacrée à moi », cela signifie : tu m'es réservée, à moi et à nul autre. De même, une femme prostituée est appelée « kedécha » parce qu'elle est prédisposée à la débauche. Ainsi, « kidéche » signifie désigner, assigner. « Je consacrerai contre toi des destructeurs » : Je désignerai des destructeurs pour venir te ravager. « Ils couperont tes cèdres d'élite » : quel est le rapport avec les cèdres, de quels cèdres s'agit-il ? Les cèdres poussent au Liban ! En vérité, puisque Je t'ai comparé au Liban, Je dis qu'ils abattront tes cèdres comme on abat ceux du Liban. « Ils couperont tes cèdres d'élite et les jetteront au feu ». « Chacun avec ses armes » (ich vekhélav) : chacun avec ses engins de destruction, ses outils de démolition, les instruments lourds apportés pour briser le palais. Ils détruiront tes plus beaux cèdres. Le Radak explique pourquoi le texte mentionne ici les cèdres : les rois bâtissaient leurs palais, tout comme le Beth HaMikdach, lambrissés de cèdre. Le revêtement intérieur des murs n'était pas en acajou, mais en bois de cèdre. Dès lors, lorsque des destructeurs viendront anéantir la maison de Juda et le palais royal, ils couperont ces cèdres de choix dont étaient lambrissés les murs, et les jetteront au feu : tout ce qu'ils démonteront et arracheront de ta demeure sera livré aux flammes, comme il est écrit : « Il brûla la maison d'Hachem et la maison du roi ». Nous voyons malheureusement que cette prophétie s'est accomplie dans toute sa rigueur.
« Et de nombreuses nations passeront près de cette ville, et ils diront l'un à l'autre : Pourquoi Hachem a-t-Il agi ainsi envers cette grande ville ? » « De nombreuses nations passeront près de cette ville » : elles passeront aux abords de la ville et seront frappées de stupeur : pourquoi Hachem a-t-Il infligé un tel sort à cette grande cité ? Il fallait assurément que leurs fautes fussent immenses pour mériter un tel châtiment. Et voici ce qu'elles répondront : « Et ils diront : C'est parce qu'ils ont abandonné l'alliance d'Hachem, leur D.ieu, qu'ils se sont prosternés devant d'autres dieux et les ont servis ». Le châtiment survient parce qu'ils ont rompu l'alliance d'Hachem, se sont prosternés devant les idoles et les ont vénérées ; voilà la cause d'un châtiment si terrible.
« Ne pleurez pas celui qui est mort, ne pleurez pas celui qui est mort et ne vous lamentez pas sur lui ; pleurez, pleurez celui qui s'en va, car il ne reviendra plus et ne verra plus la terre de sa naissance ». Sur qui est-il dit de ne pas pleurer le mort ? Les commentateurs expliquent que le mort désigne Yehoyakim. Au sujet de Yehoyakim, il est écrit qu'il mourut devant la porte : alors qu'on le traînait pour l'emmener en exil, il expira devant la porte de la ville. Ne pleurez donc pas ce mort de la maison de David, Yehoyakim, mort en chemin. Pourquoi ? Parce que son sort est bien plus enviable que celui des survivants ! Celui qui est mort a, pour ainsi dire, bénéficié d'une faveur : il s'est affranchi de l'épreuve sans souffrir davantage. Ne pleurez pas le défunt et ne vous lamentez pas sur lui (« al tanoudou lo »). Hocher la tête (« lanoud ») était le geste de compassion ou de deuil par lequel on secouait la tête de droite à gauche, comme nous l'avons déjà vu, en signe de douleur. Pour celui qui est mort, ne pleurez pas et ne hochez pas la tête. Pour qui faut-il pleurer ? « Pleurez, pleurez celui qui s'en va, car il ne reviendra plus ». Qui est celui qui s'en va ? Yehoyakhine et Tsidkiyahu. Tous deux partent en exil et n'en reviendront jamais. « Et ne verra plus la terre de sa naissance » s'applique à Yékhine, qui n'aura pas le privilège de revoir sa terre natale, car il fut exilé à Babylone où il mourut après 37 ans d'emprisonnement. C'est sur cet homme-là, qui s'en va sans jamais revenir ni revoir son pays natal, qu'il convient de pleurer, et non sur celui qui est mort, car ce dernier a échappé au pire.
Rachi écrit : Déduisez de là que la mort de Yehoyakim - bien qu'il soit dit de lui : « Son cadavre sera jeté à la chaleur du jour et à la gelée de la nuit » - fut plus douce, malgré l'opprobre d'un corps abandonné aux intempéries, que la vie de Yehoyakhine, au sujet duquel il est dit : « Sa pension était une pension perpétuelle servie par le roi ». Tu as une pension quotidienne assurée, tu es pourvu, mais tu es en exil et sous le joug de Nabuchodonosor ! Mieux valait donc subir la mort de Yehoyakim que mener l'existence de Yehoyakhine. Le Malbim, quant à lui, explique que « ne pleurez pas celui qui est mort » se rapporte à Chalom, le quatrième fils de Yochiyahu, mentionné dans le premier livre des Chroniques au chapitre 3, où son sort ultime n'est pas précisé. Lorsque Yehoyakim fut conduit à Babylone et mourut aux portes de la ville, certains expliquent que Chalom fut exilé à Babylone pour ne pas contester la royauté de Tsidkiyahu. Comme Chalom, fils de Yochiyahu, appartenait à la lignée royale, on craignait qu'il ne revendique le trône face à Tsidkiyahu. C'est pourquoi le verset dit : ne pleurez pas sur Yehoyakim qui est mort, mais seulement sur Chalom qui part en exil et ne reviendra plus. Selon le Malbim, « celui qui s'en va » ne désigne donc ni Yehoyakhine ni Tsidkiyahu, mais Chalom, quatrième fils de Yochiyahu.
Au verset suivant, nous verrons que le Radak explique que Chalom, fils de Yochiyahu, était selon nos Sages nul autre que Yehoyakhine, qui portait deux noms ; et bien qu'il soit son petit-fils, les petits-enfants sont considérés comme des enfants. Nous examinerons cela au verset suivant.
Mais avant de poursuivre, il convient d'examiner une autre explication citée par le Radak au nom de nos Sages. Nos Sages enseignent : « Ne pleurez pas le mort et ne vous lamentez pas sur lui » - ne pleurez pas le mort à l'excès et ne vous lamentez pas au-delà de la mesure. Il y a là une directive générale : il est interdit de s'obstiner dans l'affliction pour un défunt (« mitkaché al méto »). Il s'agit d'une personne frappée par un deuil qui refuse toute consolation, ne cessant de pleurer et de se lamenter. Il faut savoir qu'une telle attitude comporte un grave danger. La Guémara affirme que quiconque s'obstine dans le deuil finit par enterrer un autre mort, à D.ieu ne plaise. S'obstiner dans la peine équivaut à insinuer qu'Hachem manquerait de miséricorde : « Regarde ce qu'Il m'a fait », attirant ainsi sur soi les rigueurs célestes et provoquant un nouveau drame. J'ai connu une personne qui s'obstinait démesurément dans son deuil. Un homme pieux lui avait fait remarquer que cela était interdit, qu'il fallait cesser car cela ne pouvait qu'attirer le malheur. Mais non : un an plus tard, ils refusaient toujours d'être consolés, ne parlaient que de ce disparu et pleuraient sans cesse. C'était une mère dont le fils avait été tué. Un an et demi plus tard, sa fille, une femme d'une quarantaine d'années, fut frappée par une infection foudroyante et s'éteignit elle aussi en peu de temps, qu'Hachem nous préserve. Après cela, elle ne dit plus un mot, ni sur son fils, ni sur sa fille. Voyez combien il faut être vigilant : l'homme doit parfois subir coup sur coup pour se ressaisir. C'est ce dont nos Sages nous avertissent : « Ne pleurez pas le mort et ne vous lamentez pas sur lui ». Il y a une limite au deuil : trois jours pour les pleurs, sept jours pour l'oraison funèbre, trente jours pour le repassage des vêtements et la coupe de cheveux. Sur qui convient-il de pleurer ? « Pleurez, pleurez celui qui s'en va ». Qu'est-ce que « celui qui s'en va » ? Nos Sages expliquent : celui qui s'en va sans laisser d'enfants. Celui-là mérite véritablement des pleurs, car il n'a pas laissé de descendance. Mais pour celui qui a laissé des enfants, ne pleurez pas avec excès, car s'obstiner démesurément revient à se poser en être plus compatissant que le Créateur, transformant ces larmes en une forme de défiance envers le Saint, béni soit-Il.
« Car ainsi parle Hachem au sujet de Chalom, fils de Yochiyahu, roi de Juda, qui régna à la place de Yochiyahu son père, et qui est sorti de ce lieu : Il n'y retournera plus jamais ». Qui est ce Chalom fils de Yochiyahu ? Selon le Radak, comme mentionné, Chalom est Yehoyakhine. Selon Rachi, Chalom est Tsidkiyahu, désigné dans les Chroniques par « le quatrième, Chalom » - le quatrième dans l'ordre d'accession au trône parmi les descendants de Yochiyahu : d'abord régna Yeho'ahaz, puis Yehoyakim, puis Yehoyakhine, et enfin Tsidkiyahu. Tsidkiyahu est ainsi le quatrième et porte le nom de Chalom. Et l'expression « qui est sorti de ce lieu » signifie : lorsqu'il sortira de ce lieu, il n'y reviendra plus. Selon Rachi, Chalom est donc Tsidkiyahu. Le Radak soutient quant à lui qu'il s'agit de Yehoyakhine, et bien qu'il fût son petit-fils, les petits-enfants sont assimilés aux enfants, d'où cette appellation. Néanmoins, le Radak rapporte également l'enseignement de nos Sages identifiant Chalom à Tsidkiyahu, comme l'indique Rachi. Une troisième opinion est celle d'Ibn Ezra, selon lequel Chalom est Yeho'ahaz, qui mourut en Égypte, comme cela est expliqué dans le livre des Rois et dans les Chroniques selon les commentaires du Radak.
« Car au lieu où on l'a exilé, là il mourra, et ce pays, il ne le reverra plus jamais ». Au lieu même où il a été déporté, là il mourra. Et « ce pays, il ne le reverra plus jamais » signifie que non seulement il ne reviendra pas à Jérusalem, mais qu'il n'aura plus jamais la chance de contempler l'ensemble de la terre d'Israël ; il n'y retournera d'aucune manière.
« Malheur à celui qui bâtit sa maison sans justice et ses étages supérieurs sans droit, qui fait travailler son prochain pour rien et ne lui donne pas son salaire ! Qui dit : Je me bâtirai une maison spacieuse et des chambres hautes aérées, qui y perce des fenêtres, la lambrisse de cèdre et la peint de vermillon ». « Malheur à celui qui bâtit sa maison sans justice et ses étages supérieurs sans droit ». À qui s'adresse ce verset ? Rachi et le Radak s'accordent à dire qu'il vise Yehoyakim. Yehoyakim était un impie, et le prophète le dépeint comme quelqu'un qui a bâti sa demeure au mépris de la justice. Que signifie bâtir sa maison sans justice ? Le Malbim explique que Yehoyakim s'est fait construire un palais royal à moindres frais. Comment construit-on à bon marché ? En omettant de payer les ouvriers : c'est très économique ! Yehoyakim a fait ériger son palais sans rétribuer les artisans. Il a donc bâti sa demeure sans justice. Remarquez que d'après la Halakha, le salaire d'une location d'ouvrage n'est exigible qu'au terme du travail. Ainsi, tant que les ouvriers sont à l'œuvre, le maître d'ouvrage n'est pas tenu de les payer selon la stricte loi. S'agissant d'un contrat d'entreprise (au forfait), l'entrepreneur ne perçoit sa rémunération qu'à l'achèvement des travaux. Telle est la règle halakhique formelle. Cependant, selon la justice (« tsédek »), qui va au-delà de la stricte lettre de la loi (« lifnim michourat hadine »), il convenait de leur verser des acomptes au fur et à mesure de l'avancement. C'est pourquoi le verset dit : « Il bâtit sa maison sans justice » - la justice consistait à faire preuve de mansuétude en payant pendant la construction. « Et ses étages supérieurs sans droit » : quand termine-t-on une maison ? Lorsqu'on érige l'étage supérieur. Dès que le dernier étage est achevé, le paiement devient immédiatement exigible selon la loi stricte (« michpat »). Refuser de payer à ce stade n'est plus seulement un manque d'équité, c'est une violation flagrante du droit, car la Halakha exige de s'acquitter de la dette dès l'ouvrage achevé.
Puis : « qui fait travailler son prochain pour rien et ne lui donne pas son salaire ». Le Malbim fait la distinction entre le salaire convenu (« sakhar ») et la rémunération de la tâche accomplie (« po'al »). Le salaire correspond à l'accord préalable conclu entre les parties : voilà le travail, voici le montant stipulé. Mais il existe aussi la valeur de l'ouvrage réalisé : même si aucun tarif n'a été fixé d'avance, rétribue-moi d'après ce que j'ai produit. Le verset souligne : « il fait travailler son prochain pour rien » : non seulement il ne lui accorde pas de salaire parce qu'il n'avait rien convenu d'avance, mais « il ne lui donne pas son salaire d'activité » (po'alo). Même si l'ouvrier dit : « Très bien, nous n'avions rien fixé, évaluons le travail fourni et paie-moi en conséquence », il refuse tout paiement. Voilà jusqu'où allait la méchanceté de Yehoyakim. Le Radak rapporte au nom de son père que « son salaire » (po'alo) signifie le fruit de son labeur : il privait l'ouvrier de la rémunération qui lui revenait de droit.
« Qui dit : Je me bâtirai une maison spacieuse et des chambres hautes aérées, qui y perce des fenêtres, la lambrisse de cèdre et la peint de vermillon ». « Une maison spacieuse » (beth midot) : une demeure immense. Tout comme on appelle les géants « des hommes de haute stature » (anché midot), parce que leur carrure impressionnante suscite immédiatement l'envie de les mesurer, de même un édifice gigantesque est qualifié de maison de grandes dimensions. « Et des chambres hautes aérées » (mérova'him) : le Radak rapporte une première explication selon laquelle cela signifie de vastes pièces, tandis que le Malbim explique que le terme renvoie au passage de l'air (« roua'h »), des pièces largement ventilées grâce à de grandes ouvertures pour rafraîchir la demeure. « Qui y perce des fenêtres » : il a agrandi les ouvertures pour laisser entrer la lumière et l'air. « La lambrisse de cèdre » : couverte et habillée de boiseries de cèdre. « Et la peint de vermillon » : les murs étaient ornés de motifs peints avec un pigment précieux appelé vermillon. Quel est le sens de ce tableau ? Le Malbim souligne que cela révèle toute la scélératesse de Yehoyakim : qu'on ne s'imagine pas qu'il manquait de toit ! Il possédait déjà une demeure, mais il voulut un palais fastueux, des pièces démesurées et des fenêtres imposantes, engagé dans des dépenses extravagantes aux dépens des pauvres ouvriers qui travaillaient pour rien sans jamais être payés.
« Règneras-tu parce que tu te mesures au cèdre ? Ton père n'a-t-il pas mangé et bu, tout en exerçant le droit et la justice ? Alors il fut heureux ». Le prophète lui demande : « Règneras-tu ? » Rachi explique : Penses-tu prolonger tes jours sur ton trône ? Crois-tu que ta royauté soit éternelle pour te permettre d'opprimer ainsi tes sujets ? Tu cherches à imposer ton autorité suprême sans partage. Seul celui qui envisage un règne durable cherche à asseoir son pouvoir par la force. Mais s'il est évident que la royauté va t'être retirée sous peu, que la ville entière s'apprête à partir en exil, à être détruite et brûlée, à quoi bon étaler cette puissance éphémère ? Vois plutôt la conduite de ton père Yochiyahu : il mangeait et buvait, tout en pratiquant le droit et la justice, et il s'en est bien trouvé ! Il a vécu avec humilité, a profité de la vie et a connu le bonheur tous ses jours. Le Radak explique « parce que tu te mesures au cèdre » : parce que tu te complais à bâtir des édifices somptueux en bois de cèdre. Que signifie « ton père n'a-t-il pas mangé et bu » ? Le Radak précise que le prophète lui dit : Je ne te reproche pas de manger et de boire, je ne jalouse nullement tes plaisirs légitimes. Si tu pratiquais le droit et la justice, mange et bois à satiété, pourvu que tu agisses avec droiture !
Vois en effet ton père Yochiyahu : il mangeait et buvait selon le rang des rois, jouissait de ses biens légitimes, tout en exerçant le droit et la justice, et il en fut heureux toute sa vie. Il n'y a aucun mal à se nourrir et à se réjouir, pourvu que tout soit acquis par des voies droites et justes. Toi, en revanche, tu manges et bois aux dépens d'autrui, sur le dos des ouvriers qui ont bâti ton palais et que tu as dépouillés. Tes festins sont empreints d'oppression et de violence. Pourquoi n'imites-tu pas ton père qui mangeait, buvait, et pratiquait la justice ?
Une autre explication avance que Yehoyakim avait coutume de jeûner pour expier ses mauvaises actions. Il multipliait les forfaits puis s'infligeait des jeûnes pour s'en laver. On connaît ces individus qui n'apparaissent qu'une fois l'an, à Yom Kippour, achètent l'ouverture de l'Arche sainte pour dix mille dollars et s'imaginent être quittes envers le Maître du monde jusqu'à l'année suivante. Yehoyakim jeûnait continuellement en pensant que ces mortifications compenseraient ses exactions. Le prophète lui dit alors : Ton père mangeait et buvait, tout en observant le droit et la justice ! Mange, bois, mais agis avec droiture ; ne jeûne pas pour aller ensuite voler autrui !
On raconte qu'un homme fortuné vint un jour trouver l'un des grands maîtres 'hassidiques. Le Rabbi, sachant qu'il s'agissait d'un avare notoire, lui demanda : « Que manges-tu habituellement ? » L'homme répondit : « Je ne recherche aucun plaisir terrestre ; je me contente de pain noir et de quelques olives ». Le Rabbi s'exclama : « Comment peux-tu vivre ainsi ? Tu dois manger des volailles grasses, des viandes de choix, selon les biens dont Hachem t'a comblé ! » L'homme en fut stupéfait, surtout venant d'un maître réputé pour son ascétisme. Une fois le visiteur parti, le chamach demanda au Rabbi : « Pourquoi lui avoir ordonné de faire de tels festins ? » Le Rabbi expliqua : « Vois-tu, si cet homme mange des viandes raffinées, il se résoudra peut-être à donner du pain noir aux pauvres. Mais s'il ne mange lui-même que du pain noir, il estimera que des pierres suffisent aux indigents ! Qu'il commence par bien se nourrir lui-même, et il comprendra les besoins d'autrui ».
Il est des circonstances où il vaut mieux que l'homme mange convenablement, pourvu qu'il accomplisse le droit et la justice. Le 'Hida raconte dans Ma'agal Tov que lors de ses voyages, il fit étape à Tunis chez un érudit local. Lorsqu'on apporta le repas du maître de maison, le 'Hida fut stupéfait par la quantité astronomique de nourriture sur le plateau : « Comment tout cela va-t-il entrer ? » L'hôte mangea tout sans rien laisser. Mais aussitôt après, il ouvrit une Guémara et étudia toute la nuit sans la moindre interruption, avec une assiduité extraordinaire. Le 'Hida fit alors cette réflexion : « Son étude est à la mesure de son appétit ». Il fallait bien alimenter le moteur ! Il s'est rassasié, puis il a étudié avec ferveur. Il ne s'est pas affalé sur son lit après un lourd repas. Ainsi, le prophète reproche à Yehoyakim : Ton père mangeait, mais il rendait la justice ; toi, tu t'infliges des privations tout en commettant des iniquités !
C'est en ce sens qu'il lui demande : « Règneras-tu parce que tu te mesures au cèdre ? » Le Malbim souligne que le fait que Yochiyahu mangeait et buvait constitue ici un éloge remarquable : même au moment où il était à table, il s'interrompait pour rendre la justice dès qu'un justiciable se présentait. Il ne disait pas : « Ne me dérangez pas, je suis en train de dîner ». « Il mangeait et buvait, et il exerçait le droit et la justice » : manger et boire n'étaient pas pour lui une fin en soi. Il acceptait d'être dérangé pendant son repas pour trancher un litige, « car alors il fut heureux ». Le véritable bonheur d'un souverain ne réside pas dans son confort personnel, mais dans le bien-être de son peuple. Ton père a agi dignement, non point comme toi.
« Il a jugé la cause du pauvre et de l'indigent, alors tout allait bien. N'est-ce pas là Me connaître ? dit Hachem ». Vois combien ton père prenait à cœur la défense de l'opprimé. Ne crois pas qu'il n'interrompait son repas que pour des affaires d'État prestigieuses ou des dossiers complexes : non, au milieu de son déjeuner, il suspendait tout pour écouter la cause du miséreux et de l'orphelin, sans les renvoyer aux tribunaux subalternes. « Alors tout allait bien » : son véritable bonheur ne venait pas de son festin, mais de la justice qu'il rendait, de la rectitude avec laquelle il dirigeait son peuple. « N'est-ce pas là Me connaître ? dit Hachem ». C'est là le signe éclatant qu'il Me connaissait, comme il est écrit : « Car ce n'est pas pour les hommes que vous jugez, mais pour Hachem, qui est avec vous dans le jugement ». Lorsque l'homme prend conscience que le jugement appartient à D.ieu, il devient le partenaire du Tout-Puissant dans la conduite du monde ; voilà la joie authentique, bien supérieure aux délices d'un repas.
« Mais tes yeux et ton cœur ne sont tournés que vers ton profit illégitime, pour verser le sang innocent, et pour pratiquer l'oppression et la violence ». Vois l'abîme qui te sépare de lui : « tes yeux et ton cœur ne sont tournés que vers ton profit illégitime », tu es dévoré par la soif de l'argent et la spoliation. « Pour verser le sang innocent, et pour pratiquer l'oppression et la violence ». Le terme « méroutsa » désigne le broyage des faibles (comme l'explique Rachi), briser autrui corporellement, comme dans : « De qui ai-je exigé, qui ai-je maltraité ? » L'oppression relève de la spoliation financière, tandis que « méroutsa » s'attaque à l'intégrité physique : faire trimer les gens sans les payer, les frapper pour accélérer la cadence, briser leur corps par la contrainte. À cela s'ajoute le meurtre : « pour verser le sang innocent », exécuter sans jugement ni droit. C'est à ce sujet qu'il est écrit dans les Chroniques : « Quant au reste des actes de Yehoyakim, aux abominations qu'il commit et à ce qui fut trouvé contre lui, ils sont consignés dans le livre des rois d'Israël et de Juda » - ce livre, explique le Radak, désignant le livre de Jérémie lui-même, où sont détaillées toutes les turpitudes de Yehoyakim.
Le Malbim analyse cette formule : « tes yeux et ton cœur ne sont tournés que vers ton profit illégitime ». Les yeux représentent la perception sensorielle extérieure, et le cœur la pulsion intérieure. Nos Sages enseignent que l'œil et le cœur sont les deux entremetteurs du péché : l'œil voit et le cœur convoite. Chez toi, ces deux complices fonctionnent à plein régime, constamment braqués sur le lucre. Tu n'accomplis jamais le moindre geste pour l'intérêt général ; chaque action n'est dictée que par une question : « Qu'est-ce que j'y gagne ? » Un pur politicien égoïste. Rien dans tes pensées ni dans tes actes n'est désintéressé. En outre, « pour verser le sang innocent » : alors que le devoir sacré du monarque est de réclamer le sang innocent et d'en châtier les meurtriers afin d'asseoir le pays sur la justice (« un roi affermit le pays par la justice »), toi, non seulement tu laisses les crimes impunis, mais tu verses toi-même le sang innocent. Et au lieu de réprimer l'extorsion et la brutalité, c'est toi-même qui les infliges. Tout cela constitue le préambule annonçant le châtiment qui va fondre sur toi.