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Chapitre 15 - Quand bien même Moché et Chmouël se présenteraient - Deuxième partie

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Introduction : De la consolation du prophète au réconfort divin

Dans cette partie du chapitre, nous parvenons à un tournant : Jérémie s'est lamenté sur son sort - « Malheur à moi, ma mère, de ce que tu m'as enfanté, homme de querelle et homme de dispute pour tout le pays » - et le Saint, béni soit-Il, lui répond. Sa mission est ingrate : il désire apporter le bien au peuple, mais ne récolte en retour que pierres et hostilité. C'est à cela que répond Hachem, ouvrant la voie à tout un dialogue entre le prophète et son Créateur sur sa souffrance, sa prophétie et son avenir.

« Si Je ne t'ai pas réservé pour le bien » - Le serment d'Hachem pour sauver le prophète
אָמַר יְהֹוָה אִם־לֹא שֵׁרִיתִיךָ לְטוֹב אִם־לוֹא הִפְגַּעְתִּי בְךָ בְּעֵת רָעָה וּבְעֵת צָרָה אֶת־הָאֹיֵב׃ (יא) - L'Éternel a dit : En vérité, Je te préserverai pour le bien ; en vérité, J'amènerai l'ennemi à te supplier au temps du malheur et au temps de la détresse. (11)

La formule « im lo » est une expression de serment, et Rachi en cite plusieurs exemples. En d'autres termes : Je jure de te préserver pour le bien. « Chéritikha » : Rachi explique, au nom de Menahem, l'un des premiers grammairiens, que ce mot découle de « chéerit » (le reste, la postérité). Bien que J'aie décrété « et Je livrerai leurs restes au glaive », toi, le prophète, tu n'es pas inclus dans ce décret ; ton reste sera voué au bien, tu seras sauvé.

« En vérité, J'amènerai l'ennemi à te supplier au temps du malheur et au temps de la détresse » : que signifie « J'amènerai l'ennemi à te solliciter » (hifgati bekha) ? Nevouzaradan est venu trouver Jérémie pour lui déclarer : tu es libre, je n'ai aucun grief contre toi. En effet, Jérémie avait réprimandé le peuple avec justesse, leur ordonnant de se soumettre au joug du roi de Babylone et de ne point se rebeller. Aux yeux du souverain babylonien, c'était une action bienveillante, car Jérémie n'encourageait pas le peuple à combattre jusqu'à la dernière goutte de sang. Il savait qu'il s'agissait d'un décret d'Hachem, et que la volonté divine imposait l'exil et l'acceptation de la justice céleste, seule voie pour mériter la miséricorde. Le roi n'avait donc aucun reproche contre lui et lui laissa toute liberté. « Hifgati » évoque l'insistance : l'ennemi lui-même viendra te supplier et t'inciter à partir libre.

Le Malbim s'interroge : pourquoi ce redoublement, « au temps du malheur et au temps de la détresse » ? « Au temps du malheur » renvoie à l'époque de la destruction du Temple, quand Nevouzaradan traita Jérémie avec bienveillance. « Au temps de la détresse » se rapporte à la période consécutive à l'assassinat de Guedaliahou ben Ahikam, où les hommes d'Israël qui s'étaient opposés au prophète vinrent chercher la paix auprès de lui et solliciter ses conseils. Ils constatèrent que toutes ses prédictions s'étaient réalisées, mesurèrent sa grandeur et comprirent qu'il n'avait jamais cherché que leur bien. En ces deux circonstances critiques, Jérémie verra ses détracteurs reconnaître son autorité.

Rachi cite une autre interprétation au nom de Dounach, partagée par le Radak : « chéritikha » correspond à l'expression araméenne « machré kitrin » - celui qui dénoue les liens. On retrouve cette racine dans la formule « cherouyim lakhem » utilisée par les Séfarades pour signifier qu'une chose est permise, déliée. Par ailleurs, le terme « moutar » porte ce double sens : on raconte qu'un voyageur voulait monter dans un train avec son chien, et l'employé lui dit en jouant sur les mots : « attaché c'est permis, détaché c'est interdit ». De même, « chéritikha » exprime la délivrance des fers, comme lorsque Nabuchodonosor lui fit dire : je t'ai libéré de tes chaînes, j'ai délié tes liens et tu es libre d'aller où bon te semble.

« Le fer brisera-t-il le fer » - Le fer venu du Nord
הֲיָרֹעַ בַּרְזֶל בַּרְזֶל מִצָּפוֹן וּנְחֹשֶׁת׃ (יב) - Le fer peut-il briser le fer venu du Nord et le cuivre ? (12)

L'expression « hayaroa barzel » signifie : le fer ordinaire peut-il ébranler et briser le fer ? Pour rompre le fer, il faut un élément plus robuste que lui. Le fer brise le bois, car dans leur affrontement, le fer l'emporte ; en revanche, le fer ordinaire ne brise pas le fer, tout comme un verre ne brise pas un autre verre - lequel briserait l'autre ? Mais un verre trempé brise le verre ordinaire, et l'acier trempé entame le fer ordinaire ; une mèche ne perce le fer que parce qu'elle a été trempée. La question posée est donc : quel fer est en mesure d'en briser un autre ? Et la réponse est : « le fer venu du Nord et le cuivre ».

Rachi explique que le fer en provenance du Nord est plus dur que tout autre fer. Israël a certes été comparé au fer - « ils sont tous des calomniateurs, du cuivre et du fer », et il fut dit à Jérémie : « Je t'établis comme une colonne de fer et un mur d'airain » - mais le fer de Nabuchodonosor, venu du Nord, est bien plus dur que le leur et parviendra à les soumettre. Une autre explication suggère : Pharaon qui vient à votre secours, dur comme le fer, pourrait-il terrasser Nabuchodonosor, lui qui est tel un fer venu du Nord et allié au cuivre ? Le terme « cuivre » symbolise la puissance et l'inflexibilité : un front d'airain, des boucliers de cuivre, le cuivre et le fer. Israël s'est tourné vers Pharaon pour solliciter son aide, or Pharaon n'était qu'un roseau brisé ; ils s'imaginaient pourtant qu'il écraserait Nabuchodonosor. Le prophète leur réplique : comment un simple fer pourrait-il briser un fer venu du Nord doublé de cuivre ?

Le Radak explique que « hayeroa » (הֲיָרֹעַ) vient de la même racine que « Teroyem avec un sceptre de fer » (תְּרֹעֵם בְּשֵׁבֶט בַּרְזֶל), au sens de briser (leroa). Et soit dit en passant, en lashon hakodesh, les racines de « briser » (ra'a) et de « compagnon » (réa) ne partagent pas les mêmes lettres par hasard. Nous avons l'habitude d'écrire « réa » avec un youd, mais à l'origine, le mot s'écrit sans youd. Quel est le lien entre le compagnon (réa) et le brisement (roa) ? « Réjouis pleinement les compagnons bien-aimés » (Saméakh tesamakh ré'im ha-ahouvim) : nous qualifions le marié et la mariée de « ré'im », et pour qu'ils soient de véritables compagnons, nous disons : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère ». Pour créer une véritable communion, il faut briser toutes ses autres attaches exclusives. On ne peut pas être le camarade inséparable de ses amis, des gens du quartier, et en même temps de sa femme ; l'une de ces relations finira par se briser. Et l'inverse est tout aussi vrai : une femme ne peut pas être en fusion totale avec toutes ses amies et être en même temps pleinement liée à son mari, car tôt ou tard un conflit éclatera et la question se posera de savoir quelle loyauté passe en premier. Pour qu'une alliance authentique voie le jour, l'homme doit distendre et rompre ses autres attaches - « l'homme quittera » - et par là même « s'attachera à sa femme ».

Le Radak répond ainsi : « du fer du nord et de l'airain » - si le fer est allié au cuivre, c'est le fer le plus résistant. Ils pensaient pouvoir résister à Nevoukhadnetsar sous prétexte qu'eux aussi étaient comparables à du fer, mais le prophète leur réplique : vous faites erreur, lui est un fer renforcé de cuivre, et il vient du nord, car c'est du nord que le malheur déferlera.

Le Malbim explique que les versets précédents constituaient une sorte de parenthèse : ils venaient exprimer la détresse de Yirmiyahou - comment pouvait-il prophétiser des paroles aussi dures contre son peuple et contre Jérusalem ? Le prophète y décrivait sa rude épreuve, la haine qu'on lui vouait et le fait qu'il était devenu un homme de discorde et de querelle. À présent, le texte revient au sujet abordé plus haut : « et leur reste, Je le livrerai au glaive ». Ils plaçaient leur confiance en l'Égypte, s'imaginant que Pharaon leur viendrait en aide, mais en fin de compte il ne les aida point ; et même après la destruction du Temple, lorsqu'ils descendirent en Égypte contre l'ordre divin transmis par le prophète, le glaive de Nevoukhadnetsar les y rattrapa. C'est à ce propos qu'il leur dit : un fer ordinaire, à savoir Pharaon, pourra-t-il briser Nevoukhadnetsar, qui est semblable à un fer venu du nord ?

Et le Malbim ajoute une explication remarquable sur l'expression « un fer venu du nord » : il s'agit de l'aimant. Pourquoi l'appelle-t-on ainsi ? Parce que lorsqu'on oriente une aiguille aimantée, elle se tourne invariablement vers le nord. Ce fer s'oriente toujours selon l'axe nordique, et il possède une force et un pouvoir d'attraction sur le fer ordinaire qu'il attire à lui - c'est un fer qui domine le fer et qui a prise sur lui. Et il s'y ajoute « et de l'airain », pour illustrer l'appui des puissantes nations environnantes, dures et fortes comme le cuivre. Le Malbim précise : ne sois pas surpris que les esprits éclairés et inspirés aient connu sa propriété de s'orienter vers le nord, chose qui était alors ignorée de tous. Et de fait, nous trouvons chez nos Sages, de mémoire bénie, que l'une des fautes de Guéhazi fut d'avoir suspendu une pierre d'aimant au-dessus des veaux d'or de Yarov'am : Yarov'am avait fabriqué ces veaux, et Guéhazi en assura la renommée en plaçant un puissant aimant au-dessus d'eux ; les veaux étaient ainsi attirés vers le haut et semblaient flotter dans les airs aux yeux du peuple, ce qui donnait l'illusion qu'ils possédaient une force divine surnaturelle. Le peuple ne comprenait pas qu'il s'agissait d'un aimant, car ils ignoraient ce phénomène secret. Mais les sages et les esprits instruits connaissaient parfaitement ses propriétés et son orientation vers le nord.

« Tes richesses et tes trésors, Je les livrerai au pillage » - Un butin sans prix
חֵילְךָ וְאוֹצְרוֹתֶיךָ לָבַז אֶתֵּן לֹא בִמְחִיר וּבְכׇל־חַטֹּאותֶיךָ וּבְכׇל־גְּבוּלֶךָ׃ (יג) - Tes richesses et tes trésors, Je les livrerai au pillage, sans aucun prix, et pour tous tes péchés, sur tout ton territoire. (13)

« Tes richesses » (kheilekha), ce sont les biens matériels, et tes trésors, Je les abandonnerai au pillage, ils appartiendront tous aux pillards. « Et pour tous tes péchés » - c'est en châtiment de toutes tes fautes que tu subiras cela. « Sur tout ton territoire » - parce qu'ils avaient érigé des idoles dans toutes leurs frontières, comme l'explique Rachi ; et le Radak ajoute que les péchés ne se limitaient pas à un seul endroit, mais que les hauts lieux (bamot) s'étendaient à l'ensemble du territoire.

Que signifie « sans prix » (lo vim'hir) ? Le Radak explique : les pillards seront si nombreux qu'on ne donnera aucune contrepartie pour le butin. Quand une chose a-t-elle un prix ? Lorsqu'il y a une demande et que l'offre est inférieure à la demande, le prix monte. Mais une chose que l'on trouve partout ne vaut rien, à l'image de l'air : l'offre étant surabondante, il n'a pas de prix. De la même manière, le pillage sera si massif que tous viendront se servir sans compter, et quiconque voudra vendre du butin se verra répondre : nous en avons déjà bien assez, nous n'en avons nul besoin. L'expression « sans prix » est toujours synonyme d'extrême déchéance, comme dans « vous serez vendus (...) et nul n'achètera » - tant il y aura d'esclaves d'Israël que plus personne ne voudra les acquérir.

C'est dans ce sens que nous avions déjà expliqué l'expression « et le pauvre pour une paire de chaussures ». Pourquoi ont-ils vendu Yossef, manquaient-ils donc de chaussures ? Ils pensaient en réalité que livrer Yossef gratuitement aurait constitué la pire des humiliations, car le céder « sans prix » signifiait qu'il ne valait absolument rien, au point de ne même pas réclamer d'argent en échange. Pour lui épargner cet outrage, ils exigèrent au moins une somme d'argent. Dès lors, pourquoi leur en a-t-on tenu rigueur ? Parce que quitte à agir ainsi, il ne fallait au moins pas tirer un profit personnel de cet argent, puisque son unique but était d'éviter l'humiliation de Yossef. Pourquoi être allé acheter des chaussures avec cette somme ? À l'instant où un intérêt personnel et une jouissance matérielle s'y sont mêlés, toute l'action s'est trouvée compromise, même si à l'origine la démarche de réclamer de l'argent pour leur frère procédait d'une intention digne.

Le Malbim donne une autre interprétation de l'expression « sans prix » : il arrive qu'un ennemi vienne s'emparer de biens dans le seul but de faire du butin et d'amasser des richesses, or ici telle n'est pas la finalité première - ils viendront en conséquence de vos fautes et non par simple cupidité matérielle. Ses propos laissent également entendre que « sans prix » signifie « non pas pour acquérir » : parfois, un ennemi s'empare d'un bien tout en payant, vous refusez de vendre mais il prend et vous indemnise ; or ici, il viendra piller et spolier sans aucune intention de payer la valeur de ce qu'il dérobe.

« Et Je ferai passer tes ennemis dans un pays que tu n'as point connu »
וְהַעֲבַרְתִּי אֶת־אֹיְבֶיךָ בְּאֶרֶץ לֹא יָדָעְתָּ כִּי־אֵשׁ קָדְחָה בְאַפִּי עֲלֵיכֶם תּוּקָד׃ (יד) - Et Je ferai passer tes ennemis dans un pays que tu n'as point connu, car un feu s'est allumé dans Ma colère, c'est contre vous qu'il brûlera. (14)

Ce verset est surprenant au sens littéral : Je ferai passer tes ennemis dans un pays que tu ne connais pas - en quoi cela me dérange-t-il que des ennemis y passent ? Le Radak explique que « et oyvekha » (tes ennemis) équivaut à « el oyvekha » (vers tes ennemis), à la manière de « veher'ah et hakohen », qui signifie « vers le cohen ». Le sens du verset est donc : Je te ferai passer vers tes ennemis dans une terre que tu ne connaissais pas. Et il faut savoir qu'une terre inconnue est toujours pire qu'une terre connue : dans un pays que l'on connaît, on maîtrise la langue, les lieux, et l'on peut s'en sortir ; mais lorsqu'on exile un homme dans un pays qu'il ne connaît absolument pas - ni le climat, ni la langue, ni la mentalité -, c'est la pire des épreuves.

Il convient de noter qu'il ressort du Targoum Yonatan qu'il ne lisait pas avec un rech mais avec un dalet - « veha'avadti » (et je vous asservirai) -, puisqu'il traduit par : « et vous serez asservis à vos ennemis ». Cependant, le Radak écrit que ce n'est pas la version exacte, et que dans les livres précis, il est écrit « veha'avarti » (avec un rech).

Le Malbim explique : même après la destruction, lorsque vous descendrez en Égypte, ne croyez pas que vous pourrez y être sauvés, car Nevoukhadnetsar les a poursuivis jusqu'en Égypte. « Et je ferai passer tes ennemis » - Je ferai passer les ennemis à ta poursuite, et lorsque tu fuiras vers une terre que tu ne connaissais pas, là aussi son épée t'atteindra. Et pourquoi ? « Car un feu s'est allumé dans ma colère, il brûlera sur vous » - puisque le feu est allumé, il brûlera toujours, aussi bien après la destruction que dans votre fuite.

« Souviens-Toi de moi et visite-moi » - La prière du prophète
אַתָּה יָדַעְתָּ יְהֹוָה זׇכְרֵנִי וּפׇקְדֵנִי וְהִנָּקֶם לִי מֵרֹדְפַי אַל־לְאֶרֶךְ אַפְּךָ תִּקָּחֵנִי דַּע שְׂאֵתִי עָלֶיךָ חֶרְפָּה׃ (טו) - Tu le sais, Éternel ! Souviens-Toi de moi, visite-moi et venge-moi de mes persécuteurs ! Ne m'emporte pas par Ta longanimité ; sache que c'est pour Toi que je supporte l'opprobre.

Le Malbim explique : après avoir entendu de la part d'Hachem que son avenir serait pour le bien, le prophète demande que le Saint, béni soit-Il, se hâte de punir ceux qui se dressent contre lui et veulent le tuer, comme il avait déjà prié auparavant pour qu'Il leur fasse payer leurs actes. « Ne m'emporte pas par Ta longanimité » - bien que Tu sois patient envers ce qu'ils pèchent contre Toi, ne sois pas patient envers ce qu'ils pèchent contre moi ; qu'il ne se produise pas une situation où je serais emporté de ce monde à cause de Ta patience envers eux, mais punis-les afin qu'ils n'aient pas de répit pour réussir, entre-temps, à m'atteindre.

« Sache que c'est pour Toi que je supporte l'opprobre » - Maître du monde, s'ils m'insultent, c'est pour Toi que je porte cet opprobre, à cause de Tes prophéties et de Tes réprimandes. Personnellement, qu'ont-ils contre moi ? S'ils me persécutent, c'est uniquement parce que je suis Ton représentant. Il en découle deux choses : premièrement, cela constitue une exigence accrue envers le Saint, béni soit-Il, de sauver Yirmiyahou, puisque tout ce qu'il accomplit est pour la gloire d'Hachem. Et deuxièmement, cela décuple la gravité de leur faute : celui qui le combat à titre personnel commet une faute, mais celui qui le combat parce qu'il est l'émissaire du Saint, béni soit-Il, voit sa faute aggravée au décuple.

« Tes paroles se sont trouvées et je les ai dévorées » - La prophétie comme une trouvaille
נִמְצְאוּ דְבָרֶיךָ וָאֹכְלֵם וַיְהִי דְבָרְךָ לִי לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחַת לְבָבִי כִּי־נִקְרָא שִׁמְךָ עָלַי יְהֹוָה אֱלֹהֵי צְבָאוֹת׃ (טז) - Tes paroles se sont trouvées et je les ai dévorées, et Ta parole a été pour moi une allégresse et la joie de mon cœur, car Ton Nom est proclamé sur moi, Éternel, Dieu des armées !

Le Malbim explique : le prophète méritait la prophétie grâce à une préparation préalable. Lorsqu'il souhaitait s'y préparer, il faisait appel à un musicien - « Et tandis que le musicien jouait, la main de l'Éternel fut sur lui » -, car la musique conduit l'homme à la joie, et la prophétie ne réside que dans la joie. Les prophètes prenaient tambourin et flûte pour éveiller l'esprit prophétique. Mais Yirmiyahou prophétisait constamment des malédictions et des calamités, des prophéties qui plongent le prophète dans la tristesse et le deuil ; il ne pouvait donc pas se préparer de lui-même à la prophétie. Comment aurait-il pu s'amener à la joie pour annoncer des visions de destruction ? Il est impossible de se réjouir et de proclamer dans l'allégresse que tous périront et que femmes et enfants seront livrés à l'épée.

C'est pourquoi, explique le Malbim, la prophétie de Yirmiyahou ne lui parvenait que lorsqu'Hachem avait besoin de l'envoyer ; alors, la parole d'Hachem - là où résident la force et l'allégresse - faisait descendre sur lui l'exultation et la joie. À l'image d'un homme qui boit du vin : on ne dit pas qu'il était joyeux et que c'est pour cela qu'il a bu, mais que c'est la consommation du vin qui engendre la joie. Il en va de même ici : c'est parce que le Saint, béni soit-Il, lui apportait la prophétie que la joie naissait en lui, et il devenait ainsi digne et prêt à recevoir la parole d'Hachem.

Mais dès que la prophétie prenait fin et que cette source spirituelle infinie s'interrompait, il redevenait consterné et affligé par la teneur même du message reçu, rempli de visions de ruine et de malheurs, que le prophète semblait voir de ses propres yeux. La prophétie achevée, cette source jaillissante de joie se tarissait, et de quoi restait-il entouré ? De visions pénibles et effroyables de massacre et de carnage.

Et c'est ce qu'il dit : « Tes paroles ont été trouvées » - la parole me parvient comme quelqu'un qui trouve un objet perdu par inadvertance (be-hesse'h ha-da'at), et non par ma propre préparation, car je ne peux pas me préparer dans la joie à recevoir des paroles si dures. Une trouvaille survient à l'improviste, nul ne part en quête d'une trouvaille fortuite. « Et je les ai dévorées » - quand je recevais la prophétie, j'étais semblable à un homme affamé de pain qui s'en empare avidement, je les assimilais avec joie. « Et Ta parole est devenue pour moi une allégresse et la joie de mon cœur » - la parole elle-même a suscité en moi une allégresse et une joie afin que je puisse recevoir la prophétie, car sans cela, c'est impossible. « Car Ton nom est invoqué sur moi » - par un éveil d'En-Haut ; ce n'est pas moi qui ai agi, mais c'est Toi qui as proclamé Ton Nom sur moi, et je n'avais pas d'allégresse ni de joie préalables qui y auraient conduit.

« Je ne me suis point assis dans le cercle des amuseurs »
לֹא־יָשַׁבְתִּי בְסוֹד־מְשַׂחֲקִים וָאֶעְלֹז מִפְּנֵי יָדְךָ בָּדָד יָשַׁבְתִּי כִּי־זַעַם מִלֵּאתָנִי׃ (יז) - Je ne me suis point assis dans l'assemblée des rieurs pour m'y réjouir ; sous l'effet de Ta main, je me suis assis solitaire, car Tu m'as rempli d'indignation. (17)

Le Malbim poursuit : je n'ai pas accompli d'actions menant à la joie. Nous avons vu le cas du musicien, et l'on peut aussi s'asseoir dans le cercle de personnes qui se divertissent, parmi des gens joyeux et rieurs, et parvenir ainsi à la joie. Le prophète déclare : je ne me suis point assis dans l'assemblée des amuseurs pour m'égayer afin que, par la joie, la prophétie vienne à moi. « Sous l'effet de Ta main, je me suis assis solitaire » - « Ta main » désigne la prophétie, comme dans l'expression « et la main de l'Éternel fut sur lui ». En raison de Ta prophétie, je me tenais constamment à l'écart, et la raison en est : « car Tu m'as rempli d'indignation » - la prophétie me remplissait de courroux et de fureur face au malheur et aux épreuves terribles que j'entrevoyais, et par conséquent, même après la prophétie, je ne pouvais goûter à la joie, mais je demeurais plongé dans la tristesse et l'affliction.

Le Radak explique : ma joie ne provient pas des divertissements ni des gens qui s'amusent et festoient, mais Ta parole est la joie de mon cœur, comme il est dit : « Ta parole est devenue pour moi une allégresse ». Pour transposer cela à notre époque : il est des personnes qui, pour se réjouir, ont besoin de se rendre à un mariage avec une musique assourdissante, et d'autres qui disent : « Donne-moi une page de Guémara, et tu me procureras la plus grande des joies ». C'est ce que dit Jérémie : je n'ai besoin d'aucun artifice extérieur pour atteindre la joie, car ma joie découle de la parole d'Hachem ; la véritable joie est celle de l'intellect. Lorsqu'on expose à un esprit éclairé une idée lumineuse ou un raisonnement novateur, cela le réjouit bien plus que la danse et la musique - les choses de l'esprit et de l'intelligence lui procurent une joie bien plus profonde.

Une autre forme de réjouissance, précise le Radak, est celle du corps, et je ne me suis nullement adonné à de tels plaisirs. Non seulement je ne me réjouissais pas avec eux, mais ils ne constituaient même pas une compagnie pour moi : « je me suis assis solitaire » - je m'isolais dans ma demeure sans chercher le moins du monde la société de ces amuseurs. Et le Targoum traduit « car Tu m'as rempli d'indignation » : « car Tu m'as rempli d'une prophétie de malédiction », c'est-à-dire de calamités.

Le Radak avance une autre explication pour « sous l'effet de Ta main » : « Ta main » s'entend comme Ton coup, selon l'expression « voici que la main de l'Éternel sera sur ton bétail », qui désigne un fléau et un coup. Dès lors, « sous l'effet de Ta main, je me suis assis solitaire » signifie : en raison des coups - car on l'outrageait, on le bafouait et on le frappait, ainsi qu'il est dit : « J'ai livré mon dos à ceux qui me frappent, et mes joues à ceux qui m'arrachent la barbe ; je n'ai pas dérobé mon visage aux outrages et aux crachats ». Et pourquoi cela est-il appelé « Ta main » ? Parce que c'est en vertu de la prophétie et des paroles que je transmets en Ton Nom qu'on me frappe. Selon ce sens, « Ta main » ne désigne pas la prophétie elle-même, mais la main qui châtie.

« Pourquoi ma douleur est-elle perpétuelle ? » - Quatre sortes de maux
לָמָּה הָיָה כְאֵבִי נֶצַח וּמַכָּתִי אֲנוּשָׁה מֵאֲנָה הֵרָפֵא הָיוֹ תִהְיֶה לִי כְּמוֹ אַכְזָב מַיִם לֹא נֶאֱמָנוּ׃ (יח) - Pourquoi ma douleur est-elle perpétuelle, et ma plaie incurable, refusant de guérir ? Serais-Tu pour moi comme une source trompeuse, comme des eaux infidèles ? (18)

« Incurable » (anousha) - Rachi explique que ce mot vient de la racine désignant la maladie, comme dans « vayé'anash » (et il tomba malade), à propos du fils de Bat-Chéva. « Serais-Tu pour moi comme une source trompeuse » (akzav) - comme un homme dont l'appui vient à manquer : je compte sur quelque chose, mais ce sur quoi je comptais cesse de me dispenser ses bienfaits. Un « torrent trompeur » (na'hal akzav) dérive également du mot « kezav » (mensonge, déception), la lettre aleph étant une lettre formative supplémentaire, comme c'est le cas pour de nombreux mots, ainsi que l'écrit le Radak. Un na'hal akzav est un cours d'eau qui semble promettre ses eaux et vient à tarir. Le prophète s'exclame : j'ai placé ma confiance en Toi, et le soutien sur lequel je m'appuyais semble s'être interrompu, la preuve en étant que Tu me laisses souffrir entre leurs mains et leur donnes le pouvoir de me tourmenter.

Le Radak explique le sens profond de ces paroles : dans la mesure où Hachem lui avait dit au début de sa mission prophétique : « Et Moi, voici que Je t'établis aujourd'hui en ville forte, en colonne de fer et en remparts d'airain », Jérémie avait compris que désormais cesseraient toutes les souffrances, les tribulations et les persécutions. Et bien qu'il lui eût été dit explicitement : « Ils combattront contre toi », Jérémie pensait qu'il s'agirait d'une lutte ponctuelle et temporaire qui prendrait fin, après quoi il demeurerait tel une colonne de fer et un rempart d'airain. Mais lorsqu'il constata que les persécutions ne prenaient point fin et devenaient au contraire de plus en plus pressantes, il s'écria : Maître du monde, pourquoi ma douleur est-elle perpétuelle ? J'étais persuadé que cette épreuve cesserait, or je constate qu'elle n'a pas de fin et qu'elle est constante. « Et ma plaie incurable » - puissante et pesante.

Le Malbim propose une explication différente : l'indignation qui emplit l'âme du prophète est semblable à une blessure et à une douleur intérieure dans son être. Selon cette lecture, il n'est pas question ici des souffrances infligées par les gens d'Anatot ni des persécutions du peuple, mais des tourments intérieurs qui l'assaillent au moment de la prophétie et lorsqu'il entend l'annonce de ces terribles malheurs - il s'agit de la douleur de l'âme. Cette souffrance était redoutable et déchirante, car son amour pour son peuple était immense, et entendre de telles calamités s'abattre sur les siens le brisait totalement. C'est à ce sujet qu'il s'écrie : « Pourquoi ma douleur est-elle perpétuelle ? ».

Le Malbim rapporte au nom d'Abarbanel que les maladies se divisent en quatre catégories. Il y a les affections anciennes, chroniques, qui ne comportent ni douleur ni danger - un mal chronique qu'un homme porte en lui ; on lui demande : souffres-tu ? Non. En meurt-on ? Non. Mais il vit avec. Il y a des maux douloureux mais sans péril, qui ne sont ni anciens ni constants, comme les maux de dents ou d'oreilles - une vive souffrance, mais dont on ne meurt pas, et ce n'est pas une douleur qu'on traîne pendant vingt ans, elle va et vient. Il y a de nouvelles maladies, indolores mais d'une extrême gravité, que D.ieu nous en préserve. Par exemple, une grave infection : on demande au malade s'il a mal quelque part, il répond : non, peut-être un peu de fièvre. Et c'est là le plus redoutable, car la douleur est un signal d'alarme ; en l'absence de douleur, le danger est d'autant plus grand, et faute de soins immédiats, le pronostic vital peut être engagé, à D.ieu ne plaise, en l'espace d'un ou deux jours.

Le prophète vient alors déclarer : pour ma part, mon dossier médical rassemble absolument tous ces maux. Il est des maladies qui s'accompagnent de souffrance - « Pourquoi ma douleur », j'éprouve de la souffrance. Il en est dont la douleur n'est pas constante - « ma douleur est perpétuelle », chez moi la souffrance ne cesse jamais. Il est des affections douloureuses et permanentes mais sans danger mortel - « et ma plaie incurable ». Et il est des maux qui, au moins, vont et viennent - « elle refuse de guérir », c'est une plaie installée pour durer, sans aucun remède. Il s'avère ainsi que toutes les sortes de maux m'ont frappé à la fois.

En outre, ajoute le prophète : je ne suis pas comme les autres prophètes dont l'inspiration prophétique est constante dès lors qu'ils s'y préparent ; pour moi, la prophétie ne se manifeste que par intermittence, et qui plus est, elle est vouée à cesser tout à fait - car après la destruction du Temple, la prophétie de Yirmiyahou a pris fin. C'est le sens de « Serais-Tu pour moi comme une source trompeuse » - la prophétie ressemble à une source tarie, « des eaux peu sûres » - même lorsqu'elle se manifeste, elle est présente une fois et absente la suivante ; ce n'est pas le cas des autres prophètes, qui se disposent à la prophétie et la reçoivent. Yirmiyahou se lamente donc ici, selon le Malbim, sur sa condition éprouvante tant sur le plan moral que sur le plan de sa mission prophétique et de la douleur qui étreint son âme face au sort d'Israël.

« Si tu reviens, Je te ramènerai » - La réponse de D.ieu au prophète
לָכֵן כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אִם־תָּשׁוּב וַאֲשִׁיבְךָ לְפָנַי תַּעֲמֹד וְאִם־תּוֹצִיא יָקָר מִזּוֹלֵל כְּפִי תִהְיֶה יָשֻׁבוּ הֵמָּה אֵלֶיךָ וְאַתָּה לֹא־תָשׁוּב אֲלֵיהֶם׃ (יט) - C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel : Si tu reviens, Je te ramènerai et tu te tiendras devant Moi ; et si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme Ma bouche. Eux reviendront vers toi, mais toi, tu ne retourneras pas vers eux. (19)

Rachi explique : puisque j'endure toutes ces épreuves, ainsi m'a parlé l'Éternel. « Si tu reviens » - si vous, Israël, faites techouva, « et Je te ramènerai » - et moi, le prophète, je vous ramènerai devant le Saint béni soit-Il, et D.ieu me dit : « devant Moi tu te tiendras » - tu te tiendras en permanence en Ma présence. « Et si tu tires le précieux du vil » - si tu fais émerger un être précieux et élevé à partir d'un individu vil. Le terme « zolel » (vil) n'a pas ici le sens de glouton (« zolel vesove »), mais dérive de la notion de ce qui est déprécié, méprisé, comme dans les versets « je suis devenue vile » et « tous ceux qui l'honoraient l'ont méprisée » ; le contraire de précieux est vil, et le contraire d'honorable est abject. En d'autres termes : rapproche les hommes du service divin, et d'un être déchu, fais une âme précieuse. Dès lors - « tu seras comme Ma bouche » : tu édicteras un décret et il s'accomplira, et si le Saint béni soit-Il décrète une sentence, tu auras la force de l'annuler. Ce qui sortira de ta bouche aura la même portée que ce qui émane de la bouche divine.

« Eux reviendront vers toi, mais toi, tu ne retourneras pas vers eux » - Rachi et le Radak expliquent qu'il y a là un avertissement adressé au prophète. Il subsiste toujours un danger lorsqu'un homme s'approche des impies dans le but de les ramener : qui influencera qui ? Vas-tu les attirer à toi, ou vont-ils t'entraîner dans leur voie ?

On raconte à ce propos qu'un des grands maîtres d'Israël avait un disciple en poste rabbinique dans une communauté. On lui offrit un rabbinat ailleurs - une communauté bien plus vaste, assortie d'un bien meilleur salaire, mais où les gens étaient très éloignés de la Torah et de la crainte du Ciel. Hésitant, il alla prendre conseil auprès de son maître, qui lui répondit : il vaut mieux refuser, c'est un endroit qui risque de te faire déchoir spirituellement. Quelque temps plus tard, ayant déjà quitté son premier poste et manquant de subsistance, il revint trouver son maître en disant qu'il n'avait plus le choix et manquait de pain. Le rav lui dit alors : accepte la place, mais veille à demeurer d'une fermeté absolue pour ne pas te laisser entraîner par eux. Ils entretinrent une correspondance où le disciple décrivait la situation désolante, l'abandon spirituel, les mœurs déréglées qui régnaient partout et la peine qu'il avait à agir, confiant ses amertumes. Après un certain temps, les lettres cessèrent. Plusieurs années plus tard, le rav le croisa et s'enquit : comment vont les choses ? L'élève répondit : Baroukh Hachem, la situation s'est apaisée, tout va beaucoup mieux. Le rav lui répliqua : je crains fort que ce « Baroukh Hachem » ne signifie point qu'ils ont changé pour devenir comme toi ; ce qui m'inquiète au plus haut point, c'est que c'est toi qui es devenu comme eux - ce qui s'y passe ne te scandalise plus, tu as appris à composer, à fermer les yeux et à tolérer. Et voilà qui est profondément alarmant.

C'est ainsi que ce rav interprétait le verset : « On espérait la paix, et rien de bon n'arrive » - tu espères la paix, une concorde issue de l'amélioration des fidèles qui s'entendraient désormais avec leur rabbin, mais l'Écriture t'avertit : « et rien de bon n'arrive ». « Un temps de guérison, et voici la terreur ! » - tu t'imagines qu'il y a eu guérison et que les esprits se sont assagis, mais en réalité une chose effroyable s'est produite : le rabbin lui-même est devenu semblable à eux. Dès lors, il se met à chercher constamment leur agrément, leur délivrant des décisions halakhiques sur mesure ; pour chaque question délicate, les fidèles disposent désormais d'un rabbin dont ils savent d'avance qu'avec lui « tout passe » : allez donc lui poser la question ! « Tout vous est permis, tout vous est accessible » - un rabbin arrangeant, pourvu d'une Torah élastique, et tout semble merveilleux.

Or, il s'agissait ici d'un prophète, et pourtant le Saint béni soit-Il le met en garde : « Eux reviendront vers toi, mais toi, tu ne retourneras pas vers eux ». Comme l'exprime le Radak : veille scrupuleusement à ne pas te rallier à leur mauvaise conduite dans tes efforts auprès d'eux, de peur qu'ils ne te fassent fléchir par l'abondance de leurs prétentions. Les méchants auraient pu égarer le prophète et l'entraîner à leur suite ; c'est pourquoi D.ieu lui enjoint : déploie des efforts auprès d'eux, mais que ce soient eux qui reviennent vers toi, et garde-toi de retourner vers eux - c'est à toi de les attirer vers ton niveau, et non à eux de t'abaisser au leur.

Le Radak propose une autre explication pour les mots « et si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme Ma bouche », à la lumière du Targoum : « tu accompliras la volonté de Ma parole ». Selon ce sens, il ne s'agit pas de la promesse que ses décrets s'accompliront ou qu'il aura le pouvoir d'annuler les décrets divins, mais plutôt : tu seras l'exécuteur de Ma parole et de Ma volonté, tout comme Ma bouche a parlé et ordonné - tu seras fidèle à Mon vouloir.

Le Radak interprète par ailleurs « si tu reviens, Je te ramènerai » d'une manière différente de Rachi. Alors que Rachi comprenait que le prophète ramenait le peuple, le Radak y discerne un grief adressé au prophète lui-même. Le prophète avait prononcé des paroles audacieuses et dures à l'égard du Saint béni soit-Il : « Pourquoi ma douleur est-elle perpétuelle », « ma plaie incurable », « serais-Tu pour moi comme une source trompeuse, des eaux peu sûres » - laissant entendre, pour ainsi dire : Maître du monde, Tu m'as déçu. Le Saint béni soit-Il lui dit alors : « Si tu reviens » - c'est toi, Yirmiyahou, qui dois revenir sur de tels propos ; tu as parlé contre Moi de façon inconvenante en affirmant que Je serais pour toi comme une source trompeuse, et tu as commis une faute à Mon égard. Si tu reviens sur tes déclarations et exprimes ton repentir, « Je te ramènerai » - Je t'accueillerai avec clémence et te pardonnerai, et « devant Moi tu te tiendras » comme auparavant. Il ne s'agit pas ici d'une incitation faite au prophète en faveur du peuple, mais d'une rigoureuse exigence du Saint béni soit-Il formulée à l'adresse du prophète lui-même.

Et que signifie « devant Moi tu te tiendras » ? Le Radak explique que le terme « se tenir » désigne la prière, et nous le trouvons également appliqué à la louange et à la prophétie : « Quand bien même Moché et Chemouel se tiendraient devant Moi », « Et Avraham se tenait encore devant l'Éternel ». L'expression « se tenir debout » se rapporte toujours au prophète, et son sens est de se tenir en prière ou de recevoir la prophétie. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : si tu fais téchouva, tu pourras continuer à te tenir debout et à recevoir de Moi la prophétie, mais tu dois te repentir des paroles que tu as proférées à l'égard du Ciel.

Le Malbim - qui a expliqué que la plainte du prophète portait sur la raison pour laquelle sa prophétie différait de celle des autres prophètes, n'étant pas constante mais intermittente comme une source trompeuse, et sur son incapacité à accéder à la prophétie par la joie - interprète la réponse en conséquence. Il suit la ligne de Rachi selon laquelle « si tu reviens » signifie : si tu ramènes le peuple à la téchouva, mais « Je te ramènerai » ne s'applique pas au peuple. En effet, selon Rachi, une difficulté surgit : le Saint, béni soit-Il, dit au prophète « si tu reviens », c'est-à-dire si tu fais faire téchouva au peuple, puis « et Je te ramènerai », c'est-à-dire Je vous ramènerai ; d'abord, c'est une redondance, et ensuite, on passe de la parole d'Hachem adressée au prophète à celle adressée au peuple. C'est pourquoi le Malbim explique : « si tu reviens » équivaut à « si tu fais revenir » - si tu ramènes le peuple par la téchouva, « Je te ramènerai » vers la prophétie permanente. Tu désires une prophétie constante ? Ramène-les dans le droit chemin et tu auras une prophétie continue, et c'est là le sens de « devant Moi tu te tiendras » - une présence constante à Son service.

Et si tu ne parviens pas à un tel résultat, du moins « si tu sépares le précieux du vil » - en détachant les âmes intègres de celles des impies, en réussissant à opérer une distinction au sein du peuple entre les justes et les méchants - alors « tu seras comme Ma bouche », selon l'explication de Rachi : tu décréteras une chose et elle s'accomplira pour toi, et ce que tu diras se réalisera comme si cela émanait de la bouche même d'Hachem.

C'est aussi une réponse, souligne le Malbim, à sa plainte selon laquelle sa prière n'était pas exaucée. Nous avons en effet vu plus haut la sécheresse par laquelle s'ouvrait le chapitre, et il demandait : Maître du monde, j'ai prié, pourquoi ma prière reste-t-elle sans réponse ? À présent, il reçoit sa réponse : si tu parviens à ramener le peuple à la téchouva, tu décréteras et la chose s'accomplira - tu demanderas la pluie et la pluie tombera. Voilà la réponse à ses deux questions : pourquoi ma prière n'est-elle pas acceptée, et pourquoi ma prophétie est-elle discontinue ?

Et face à sa plainte concernant la persécution constante des méchants, le Saint, béni soit-Il, lui dit : tu n'as rien à craindre d'eux. Craindrais-tu qu'ils prennent le dessus et t'amènent à approuver leurs actes, au point que tu cesses de prophétiser contre eux sous leur contrainte ? Sache-le : « Eux reviendront vers toi, mais toi, tu ne retourneras pas vers eux ». Selon le Malbim, il ne s'agit pas ici d'un avertissement mais d'une promesse : non seulement ils ne réussiront pas à te corrompre, mais Je te promets formellement qu'ils reviendront vers toi, sans jamais pouvoir t'attirer vers eux.

« Et Je ferai de toi, pour ce peuple, une muraille d'airain fortifiée »
וּנְתַתִּיךָ לָעָם הַזֶּה לְחוֹמַת נְחֹשֶׁת בְּצוּרָה וְנִלְחֲמוּ אֵלֶיךָ וְלֹא־יוּכְלוּ לָךְ כִּי־אִתְּךָ אֲנִי לְהוֹשִׁיעֲךָ וּלְהַצִּילֶךָ נְאֻם־יְהֹוָה׃ (כ) - « Et Je ferai de toi, pour ce peuple, une muraille d'airain fortifiée ; ils combattront contre toi, mais ils ne l'emporteront pas sur toi, car Je suis avec toi pour te sauver et pour te délivrer, parole de l'Éternel. » (20)

Aurais-tu peur qu'ils ne te tuent ? C'est à cela que répond ce verset. Ton problème venait du fait que tu croyais que Je t'avais promis un combat court et éphémère. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : sache qu'il n'en sera pas ainsi. Je n'ai pas promis que cela prendrait fin rapidement, mais « ils combattront contre toi » - Je t'avertis qu'ils continueront à lutter. Et c'est tout à fait logique, car le Saint, béni soit-Il, n'interfère pas avec le libre arbitre ; s'ils veulent combattre, ils combattront. Ce qui est garanti, en revanche, c'est que le Saint, béni soit-Il, protège Son prophète. Mais intervenir dans le libre arbitre pour faire en sorte que nul ne lève le petit doigt contre toi, cela, Je ne l'ai jamais promis, pas plus que Je n'ai fixé de limite dans le temps ; c'est toi qui avais mal compris la promesse, d'où ton désarroi. En vérité : « ils combattront contre toi, mais ils ne l'emporteront pas sur toi, car Je suis avec toi pour te sauver et pour te délivrer » - par une providence constante, Je te délivrerai de leurs mains.

וְהִצַּלְתִּיךָ מִיַּד רָעִים וּפְדִתִיךָ מִכַּף עָרִצִים׃ (כא) - « Et Je te délivrerai de la main des méchants, et Je te rachèterai de la poigne des violents. » (21)

Et même lorsqu'ils se ligueront contre toi pour te faire du mal - « Je te délivrerai de la main des méchants », Je te sauverai de leur emprise. Et même si tu tombes déjà entre leurs mains, comme nous le verrons plus loin lorsqu'ils le jetteront au cachot pour le faire mourir - « et Je te rachèterai », comme nous le verrons plus tard lorsqu'Éved-Mélekh l'Éthiopien sauvera Yirmiyahou. C'est-à-dire que même s'ils prennent le dessus, te causent du tort et que tu te retrouves captif entre leurs mains, le Saint, béni soit-Il, affirme : Je te délivrerai d'eux, ce qui représente une épreuve bien plus ardue.

Et le Malbim examine avec précision la langue sainte : « Je te délivrerai de la main des méchants, et Je te rachèterai de la poigne des violents » - il y a là en apparence une répétition : délivrer et racheter, main des méchants et poigne des violents. Quelle est la différence ? La « main » (yad) désigne ce qui est simplement posé sur la main, tandis que la « poigne » (kaf) implique une saisie ferme dans le creux de la main. Dès lors, celui qui est seulement sous la main peut être délivré, mais celui qui est enserré dans la poigne ne peut être simplement sauvé : il nécessite un rachat - une démarche bien plus complexe et ardue. C'est pourquoi, face à la poigne, il est dit « Je te rachèterai », car les tyrans sont plus puissants et redoutables, et dans ce cas un simple sauvetage ne suffit pas : il faut un véritable rachat, comme s'il fallait verser une rançon. Le Saint, béni soit-Il, déclare : même si tu te trouves sous l'emprise de l'ennemi puissant, Je te rachèterai et Je te sauverai de la main de ces ennemis redoutables.

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre, le Saint, béni soit-Il, répond à la lamentation de Yirmeyahou. Tout d'abord par un serment : « Si Je ne t'ai pas réservé pour le bien » - ton avenir sera préservé pour le bien, et tu seras épargné par le décret ; Nevouzaradan te libérera au moment de la destruction, et même tes opposants d'Israël viendront solliciter ton conseil au temps de la détresse, après l'assassinat de Guedaliahou. Ensuite, il apparaît clairement que le peuple n'a aucun appui : ni Pharaon ni leur propre force ne tiendront face au « fer du nord et à l'airain » - Nevoukhadnetsar, dont le fer est puissant et attire à sa suite comme un aimant ; leur fortune et leurs trésors seront livrés au pillage sans contrepartie, tant les pillards et les péchés sont nombreux, et l'ennemi les fera passer vers une terre que tu ne connaissais pas. Face à cela, le prophète exprime sa douleur : sa prophétie lui parvient de manière inattendue, comme une trouvaille faite par mégarde, car il ne peut se préparer dans la joie à des prophéties de colère ; il se tient solitaire, et toutes sortes de maux l'ont atteint - douleur, tourment perpétuel, blessure incurable qui refuse de guérir. Et à tout cela vient la réponse : ramène le peuple à la techouva, sépare le précieux du vil, et alors ta prophétie perdurera, ta prière sera exaucée, et tu décréteras une chose et elle s'accomplira pour toi ; et en attendant - qu'eux reviennent vers toi, mais toi ne retourne pas vers eux, car Je suis avec toi telle une muraille d'airain fortifiée, pour te délivrer de la main des méchants et te racheter de l'emprise des tyrans.