Introduction
Nous nous trouvons dans la seconde partie du chapitre 10 de Yirmiyahou, dans la continuité du grand reproche adressé à l'idolâtrie. Le prophète a mis en contraste deux réalités : d'un côté, Hachem, Dieu de vérité, Dieu vivant et Roi de l'univers ; de l'autre, l'idole - une bûche de bois recouverte d'or, totalement dénuée de consistance. Dans les versets qui s'ouvrent à nous, le prophète poursuit et montre que c'est précisément sur un point précis que s'effondrent tous les sages et tous les idolâtres : la venue des pluies. De là, il passe à la description de la destruction imminente, au cri du prophète sur la brisure de son peuple, et à la prière qui clôture le chapitre.
« Tout homme est stupide faute de savoir » - L'échec des sages face au mystère de la pluie
נִבְעַר כָּל אָדָם מִדַּעַת הֹבִישׁ כָּל צוֹרֵף מִפָּסֶל כִּי שֶׁקֶר נִסְכּוֹ וְלֹא רוּחַ בָּם׃ - Tout homme est stupide faute de savoir, tout orfèvre rougit de sa statue, car son idole de fonte n'est que mensonge, et il n'y a point de souffle en elles.
« Tout homme est stupide faute de savoir » - dans le sens de « L'homme stupide ne sait pas, et l'insensé ne comprend pas cela ». Tout être humain est trop borné pour saisir Sa sagesse, béni soit-Il, Son intelligence et les actes d'Hachem. « Tout orfèvre rougit de sa statue » - chaque orfèvre aura honte de l'idole qu'il a façonnée : fabriquer une statue et la qualifier de divinité alors qu'elle ne possède aucune force ! Y a-t-il parmi les vanités des nations quelqu'un pour faire tomber la pluie ? Quel idolâtre est capable, avec l'aide de ses dieux, de faire descendre la pluie ? L'orfèvre qui a façonné la statue durant de longues heures et des journées entières éprouvera de la honte, car il constatera que « son idole de fonte n'est que mensonge, et il n'y a point de souffle en elles ».
Le Radak, ainsi que Rachi, expliquent que « nisko » (sa fonte) vient de la racine de « masseha » (revêtement), qui désigne une couverture, un placage recouvrant la face. Comme nous l'avons vu plus haut, on prenait une grande statue en bois (car une idole entièrement en or massif coûtait trop cher) et on la recouvrait d'or. Cela créait une double impression : d'une part, on croyait que la statue était en or pur, et d'autre part, elle suscitait l'admiration et l'émerveillement de ceux qui contemplaient cette imposante figure dorée. C'est à ce sujet que le prophète déclare : il deviendra évident pour lui qu'il a recouvert son idole d'or pour un pur mensonge, et qu'il n'y a en elle aucun souffle - ce fut un travail inutile et sans le moindre profit.
Le Malbim explique : tous les spécialistes de la nature sont incapables de comprendre comment Hachem a agencé ces lois pour qu'elles demeurent constantes et équilibrées avec une telle précision, permettant ainsi à la pluie de toujours tomber en son temps, selon les besoins de la terre, avec mesure et proportion. Ses propos sont particulièrement éclairants, car jusqu'à aujourd'hui, rien n'a changé. Les scientifiques ne disposent d'aucun barème fiable pour déterminer combien de pluie tombera, de quel type, en quelle quantité et à quel moment précis. Leurs prévisions annuelles se révèlent décevantes année après année, ce qui ne les empêche nullement d'en publier de nouvelles, bien qu'ils n'aient aucune clé réelle pour fixer de telles données, et ils sont surpris à chaque fois.
On se souvient de l'année de la guerre du Golfe, qui succédait à deux années de sécheresse. Les experts prévoyaient une année aride : après deux ans sans eau, avec le réchauffement climatique et d'autres facteurs similaires, il n'y aurait sans doute pas de pluie. En réalité, des précipitations si diluviennes s'abattirent que de véritables lacs se formèrent et qu'il devint impossible de circuler sur les routes à travers tout le pays. Tous les scientifiques gardèrent alors un silence embarrassé, incapables de fournir la moindre explication. On comprend ainsi qu'il existe des phénomènes qui dépassent tout simplement leur savoir. Quand pleuvra-t-il, comment et en quelle quantité ? Ce sont là des choses qui relèvent exclusivement de Sa Providence divine. D'autres paramètres peuvent être anticipés ou estimés, mais concernant la pluie, ils sont totalement démunis de compréhension.
Comment est née l'idolâtrie : ce qui n'a pas d'explication était attribué à des forces supérieures
Le Malbim poursuit : lorsque les observateurs ont étudié les cycles de la nature, ils se sont efforcés de donner à chaque chose une explication naturelle, en particulier pour les phénomènes constants et répétitifs - le lever et le coucher du soleil, le mois et l'année, les éclipses solaires et lunaires. Il s'agit de phénomènes périodiques, dont on sait qu'ils surviennent à intervalles réguliers, et la position du soleil et de la lune permet d'expliquer le mécanisme en jeu. Les chercheurs ont toujours tenté d'enfermer toutes les forces du monde dans le cadre strict de la nature : une pression d'un côté, une pression de l'autre, la rotation de la Terre, la pression barométrique et tout un jargon technique - « donnez-moi une feuille de papier et je vous expliquerai comment cela fonctionne, il n'y a là aucun miracle ni aucun mystère ».
Mais face à la pluie, ils se retrouvent dans l'impasse. Après tout, rien n'a changé : la mer reste la même mer, le soleil le même soleil, le vent le même vent. Alors pourquoi pleut-il une fois, et une autre fois non ? Quel changement s'est opéré dans la nature ? Même avec un crayon et du papier pour aligner des calculs, on ne trouve aucune explication rationnelle. Dès lors, les phénomènes pour lesquels ils ne parvenaient pas à établir de lois naturelles furent attribués à des mystères et à des forces supérieures - et c'est ainsi qu'ils en vinrent à vénérer ces mêmes forces. D'où vient la pluie ? Faute d'explication naturelle, c'est le signe d'une force supérieure, et il faudrait donc rendre un culte à l'idole chargée des sphères célestes. Tout ce qui restait sans explication était ainsi imputé aux démons, à des puissances occultes ou aux astres.
L'histoire est connue : lorsque Christophe Colomb arriva en Amérique, les indigènes le capturèrent et l'emprisonnèrent. Colomb, versé dans l'astronomie, savait qu'une éclipse solaire allait se produire. Il leur déclara : « Si vous ne me libérez pas, demain je vous retire le soleil ». Le lendemain, l'éclipse eut lieu ; ils le firent sortir avec de grands honneurs et le prirent pour une divinité. Lui connaissait la date de l'éclipse grâce à ses calculs et les menaça en conséquence, mais à leurs yeux, cet homme détenait des pouvoirs divins. Il en alla de même en toute circonstance : chaque fois que les hommes observaient un phénomène échappant au cadre ordinaire de la nature et à l'explication logique, ils l'attribuaient aussitôt à des puissances divines, ce qui les conduisit à sombrer dans l'idolâtrie et à vénérer des statues.
Le Malbim explique : à présent, le prophète leur dit que lorsqu'on observe la sagesse d'Hachem et la manière dont le Saint, béni soit-Il, produit la pluie, on constate que cette chose dépasse l'entendement humain. L'homme ne peut la comprendre ni lui trouver d'explication purement naturelle, et même les partisans de la vanité ne peuvent l'attribuer à leurs idoles. Même ces hommes vains, qui rattachent tout aux statues, ne trouveront ici aucune explication. « Tout orfèvre a honte de son idole taillée » - s'il lui adresse des prières pour obtenir la pluie, il saura que sa statue de métal n'est que mensonge.
Le Malbim précise qu'il y discernera trois défauts majeurs. Premièrement, il n'a rien à espérer quant à l'exaucement de sa prière, car les promesses des adorateurs de Baal sont mensongères : ce n'est après tout qu'un morceau de bois, taillé et recouvert d'or ; d'où tirerait-il un quelconque savoir, et comment pourrait-il énoncer quoi que ce soit en son nom ? C'est le sens de « sa statue fondue n'est que mensonge ». Deuxièmement, « et il n'y a point de souffle en elles » - il n'a aucun souffle de vie : comment cette idole saurait-elle quoi que ce soit, et d'où se préoccuperait-elle de vous donner la pluie ou quoi que ce soit d'autre ?
Le troisième défaut réside dans le fait que certaines réalités de la nature étaient autrefois considérées comme des forces occultes ou singulières, c'est-à-dire des phénomènes étonnants dépourvus d'explication naturelle à l'époque. Aujourd'hui, nous en comprenons beaucoup, à commencer par l'aimant, qui était jadis perçu comme une merveille incompréhensible. On rapporte ainsi que pour séduire le peuple et l'entraîner dans la faute de Yarov'am, on suspendait les veaux d'or grâce à la force magnétique, de sorte qu'ils flottaient entre ciel et terre. Les spectateurs s'exclamaient : « Voyez, il y a ici une force spirituelle, regardez ce veau en lévitation ! », sans soupçonner qu'un champ magnétique le maintenait en l'air. Parfois, on attachait des fils au sol avec un puissant aimant au-dessus, et la statue était attirée vers le haut, semblant flotter comme une montgolfière retenue par des cordes : d'où venait cette force ? Ou bien l'on plaçait deux aimants, l'un en bas et l'autre en haut, et la statue se stabilisait exactement au milieu. Quoi qu'il en soit, ces phénomènes passaient alors pour des vertus mystérieuses : comment cela fonctionne-t-il ? Nul ne le savait, c'était la vertu propre à l'aimant. Et c'est à cela que le prophète fait écho : même une telle force singulière leur fait totalement défaut.
« Ils sont vanité » - Quatre correspondances face à quatre attributs
הֶבֶל הֵמָּה מַעֲשֵׂה תַּעְתֻּעִים בְּעֵת פְּקֻדָּתָם יֹאבֵדוּ׃ - Ils sont vanité, une œuvre de duperie ; au temps de leur châtiment, ils périront.
« Ils sont vanité » - tous leurs actes ne sont que supercherie et illusion, ils ne possèdent aucune vertu cachée. « Au temps de leur châtiment, ils périront » - lorsqu'Hachem leur demandera des comptes, ils disparaîtront.
Le Malbim souligne avec précision que ces expressions correspondent point par point à ce qui a été énoncé plus haut au sujet du Saint, béni soit-Il. Il a été dit : « Mais Hachem est un Dieu de vérité » - et en contraste pour l'idole : « sa statue fondue n'est que mensonge ». Il a été dit : « Il est un Dieu vivant » - et en face : « et il n'y a point de souffle en elles », aucune trace de vie. Il a été dit : « et un Roi éternel » - et en face : « ils sont vanité », incapables de régner sur eux-mêmes, à plus forte raison sur le monde. Il a été dit : « Devant Sa colère la terre tremble » - et en contraste : non seulement personne ne s'émeut devant elles, mais elles-mêmes seront anéanties : « au temps de leur châtiment, ils périront ».
Le Radak explique, dans la lignée de ce que nous avons vu plus haut pour « disparaîtront de la terre » : « leur châtiment » (pekoudatam) signifie le moment où Hachem châtiera Babylone. Babylone fut en effet détruite par la Médie et la Perse, et c'est alors que survint le châtiment des idoles : « Bel s'affaisse, Névo s'écroule ». Bel était la divinité de Babylone, celle en laquelle ils croyaient, et le verset dit à leur sujet : « Leurs idoles sont remises aux bêtes et aux animaux » - on démantela leur dieu en morceaux pour le charger sur des bêtes de somme, afin de le fondre et d'en réutiliser le métal et l'or pour leurs propres besoins.
Telle était la coutume : lorsqu'une nation en conquérait une autre, elle détruisait aussitôt ses divinités. Que voulait-on prouver par là ? Que notre dieu est fort et que le leur n'est rien. Ils s'emparaient donc immédiatement des dieux du peuple vaincu, les brisaient, les détruisaient, les concassaient et utilisaient tout leur or à leurs propres fins. C'est le sens de : « Ils sont vanité, une œuvre de duperie » - quand Je sévirai contre Babylone, ce sera aussi l'heure du châtiment de ses idoles, « au temps de leur châtiment, ils périront ».
L'explication du Kouzari : Examine et sonde - et tu découvriras le subterfuge
Le Radak rapporte au nom du sage auteur du Kouzari une autre interprétation de l'expression « au temps de leur châtiment (pekoudatam), ils périront » : le terme « pekida » se rattache ici à la notion d'investigation et d'examen approfondi. Si vous les scrutez et les examinez de près, ils se réduiront à néant, à l'image d'un objet contrefait dont un examen attentif démasque la supercherie. En revanche, le domaine divin, plus on le scrute, plus on le découvre pur comme de l'or. Ce sujet a été développé longuement lors de l'étude du Sefer HaKouzari ; nous l'expliquerons ici brièvement.
En matière d'artifice et d'illusion, prenons l'exemple d'un prestidigitateur. Tout ce qu'accomplit un magicien relève d'une forme d'illusionnisme, et personne ne s'imagine qu'il possède de véritables pouvoirs surnaturels. Lorsque le magicien dévoile enfin le secret de son numéro, on se dit : « Évidemment, c'est un tour tout simple ! » - une fois qu'on a compris. Mais auparavant, on ignore d'où il fait jaillir des colombes, comment il flotte dans les airs ou comment il transperce des boîtes contenant des personnes : tout cela semble proprement miraculeux. Il en va de même pour l'idole : on tente de donner l'impression qu'elle agit et exerce une influence, mais « au temps où on les examine » - dès que l'on mène l'enquête et qu'on les passe au crible, on démasque le trucage, l'artifice, la contrefaçon et le subterfuge utilisés. Tandis que pour la réalité divine, plus on l'examine, plus on découvre qu'il s'agit d'or véritable : sans fard, sans artifices ni faux-semblants, car Hachem Dieu est vérité, répandant Ses bienfaits sur toutes Ses créatures, Hachem Tsevaot est Son Nom.
« Telle n'est pas la part de Jacob »
לֹא כְאֵלֶּה חֵלֶק יַעֲקֹב כִּי יוֹצֵר הַכֹּל הוּא וְיִשְׂרָאֵל שֵׁבֶט נַחֲלָתוֹ יְהֹוָה צְבָאוֹת שְׁמוֹ׃ - Telle n'est pas la part de Jacob, car c'est Lui qui a tout formé, et Israël est la tribu de Son héritage ; l'Éternel des armées est Son Nom.
La part de Jacob ne ressemble en rien à ces idoles qui sont le lot des nations. Le Radak explique : Hachem est le Créateur de tout, Israël est la tribu de Son héritage, et nous ne servons nul autre que le Saint, béni soit-Il. Ils sont la tribu de Son héritage, car c'est eux que le Saint, béni soit-Il, a choisis pour héritage ; ils sont Sa part et Son domaine. Et bien que nous ayons été exilés de notre terre, nous n'avons pas abandonné notre D.ieu - nous continuons de croire en Lui d'une foi parfaite, reconnaissant et proclamant que « l'Éternel des armées est Son Nom », le Maître des armées d'en haut et d'en bas, et que tout provient exclusivement de Lui.
Le Radak souligne un point important : toutes ces paroles furent transmises par le prophète Jérémie aux anciens d'Israël partis en exil à Babylone, lors du premier exil avec Yehoyakhin. Tout a commencé par « Kidna teimroun lehom » (« Ainsi leur direz-vous ») - voici ce que vous répondrez aux nations qui tentent de vous convaincre d'adorer des idoles. Jusqu'ici s'étend le message qu'il charge les anciens d'Israël de transmettre aux nations : leur divinité n'a aucune consistance, nous n'y croyons pas et ne la reconnaissons point, et il n'y a qu'un seul grand D.ieu dans les cieux, qui est la part de Jacob, le Créateur de tout, et Israël est la tribu de Son héritage, l'Éternel des armées est Son Nom. Tout cela, dites-le aux nations qui cherchent à vous séduire par l'idolâtrie.
Le Malbim explique qu'ici le prophète revient au point de départ, où il disait : « N'apprenez pas la voie des nations ». Et pourquoi ? Parce que la part de Jacob ne réside pas en de telles choses. Le Saint, béni soit-Il, nous a accordé des forces spirituelles, et Il est Lui-même le Créateur. Le peuple d'Israël ne croit pas aux forces auxquelles croient les nations, car même selon leur propre conception, elles ne pensent pas que la statue soit le Créateur - elle canalise peut-être des influences, mais elle n'est pas le Créateur. De plus, ajoute le Malbim, même selon leurs adorateurs, chacune d'elles n'est préposée qu'à un seul domaine. Comme nous l'avons déjà mentionné, ils croyaient en une multiplicité de divinités, chacune régissant un domaine précis : le dieu de la mer, le dieu de la terre, le dieu de la guerre, de l'amour, de la haine, de la paix, etc. - chacun responsable ponctuellement de son propre département. Alors qu'Hachem, Lui, est le Créateur de tout.
« Et Israël est la tribu de Son héritage » - et ne crains pas qu'Hachem nous ait livrés sous leur autorité et leur tutelle. Le peuple d'Israël n'est pas soumis aux influences astrales, mais relève exclusivement du sceptre de l'héritage d'Hachem béni soit-Il. Et Son Nom est « l'Éternel des armées », ce qui signifie qu'Il domine toutes les armées pour en disposer selon Sa volonté.
Le Malbim remarque avec précision : pourquoi mentionner à la fois « la part de Jacob » et « Israël » ? Nous avons déjà expliqué à plusieurs reprises qu'« Israël » évoque la grandeur et la noblesse, tandis que « Jacob » se rattache au talon (ékèv), c'est-à-dire au niveau le plus modeste. Dès lors, soit il s'agit des élites par rapport à ceux qui le sont moins, soit il s'agit de la tribu de Juda par rapport aux dix tribus déjà exilées et dispersées parmi les nations, lesquelles sont qualifiées de « Jacob ». « Telle n'est pas la part de Jacob », et Israël - à savoir la tribu de Juda - constitue véritablement la tribu de Son héritage, car ils Lui sont bien plus attachés et liés ; ils sont donc Son héritage à titre particulier et bénéficient d'une providence directe.
« Ramasse de la terre ta marchandise »
אִסְפִּי מֵאֶרֶץ כִּנְעָתֵךְ יֹשֶׁבֶת בַּמָּצוֹר׃ - Ramasse de la terre ta marchandise, toi qui es assise dans la forteresse !
Rachi commente, citant le Targoum : « Cachez et rentrez de la terre vos marchandises ». Le mot « kin'atèkh » dérive de Kena'an (Canaan), terme qui désigne les marchands - comme dans « Canaan tient en main des balances trompeuses », ou « il n'y aura plus de Cananéen [marchand] ». Selon cette interprétation, « ramasse de la terre ta marchandise » signifie : cache tes biens face à l'ennemi. Rachi rapporte également une autre explication, selon laquelle « kin'atèkh » découle de hakhna'ah, la soumission et l'abaissement : toi, Jérusalem, qui es à présent assiégée, tu seras soumise et humiliée plus bas encore que la terre, courbée et rabaissée - telle sera ton humiliation.
Le Radak explique qu'il ne s'agit pas du tout de nous, mais d'une apostrophe adressée à Babylone. Vous, Babylone, vous vous enorgueillissez aujourd'hui aux dépens d'Israël, car vous êtes les maîtres et Israël est foulé sous vos pieds ; c'est pourquoi vous leur ordonnez de servir des idoles et les contraignez à l'idolâtrie. C'est pourquoi Hachem déclare : « Ramasse de la terre ta soumission » - cette domination par laquelle tu soumettais les peuples, retire-la ; tu n'auras plus la force de les asservir. Et le terme « ramasse » (ispi) est employé au sens de « retire ta main » (essof yadékha), comme lorsqu'on voulut consulter les Ourim véToumim et que, voyant le temps manquer, on dit : « Retire ta main et partons, n'attendons plus ». Il en va de même ici : Babylone qui soumets Israël, retire tes mains d'eux !
Et selon le Radak, « assise dans la forteresse » s'applique également à Babylone : « matsôr » évoque un lieu fortifié, la puissance de leurs villes, de leurs cités et de leurs tours. Toi qui es assise dans une forteresse et te sens à l'abri au point de croire que nul ne pourra t'atteindre, sache qu'en fin de compte, la coupe passera aussi sur toi : « Fille de Babylone promise au ravage... Heureux qui saisira tes nourrissons et les brisera contre le roc ! » Ton heure viendra également, comme nous savons que la fin de Babylone survint par la Perse et la Médie.
Le Malbim explique que cette interpellation s'adresse à la fille de Juda : pourquoi te soumets-tu à d'autres peuples ? Pourquoi te soumets-tu à l'armée des cieux ? Cela s'inscrit dans la continuité de ce qui précède : le Saint, béni soit-Il, gouverne l'univers tout entier et les idoles sont dénuées de tout pouvoir. « Ramasse de la terre ta soumission » - cesse de te soumettre à ces forces illusoires et à ces faux dieux. « Toi qui habites dans le siège » - car ils se trouvaient véritablement assiégés et dans la détresse - rassemble ta soumission envers ces puissances ; bien au contraire, devant qui convient-il de se soumettre ? Uniquement devant le Maître du monde.
« Voici que Je lance à la fronde les habitants du pays »
כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה הִנְנִי קוֹלֵעַ אֶת יוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ בַּפַּעַם הַזֹּאת וַהֲצֵרֹתִי לָהֶם לְמַעַן יִמְצָאוּ׃ - Car ainsi parle l'Éternel : Voici, cette fois Je vais lancer à la fronde les habitants du pays, et Je vais les serrer de près afin qu'ils trouvent.
« Kole'a » (Je lance) - au sens de projeter une pierre avec une fronde. De la même manière, chaque nation sera arrachée et expulsée de son territoire, et pas seulement le peuple d'Israël. Selon le Radak, qui estime que ce passage s'adresse à Babylone, le sens est le suivant : ne tirez aucun orgueil du malheur d'Israël, car vous aussi êtes destinés à être propulsés hors de votre pays et à partir en exil ; pourquoi donc vous croyez-vous tellement au-dessus du peuple d'Israël ? Jérémie prophétisa de même au sujet d'Édom et de Moab : tous furent frappés par Nabuchodonosor, puis Nabuchodonosor lui-même fut châtié, et Babylone fut conquise au début du règne du fils de son fils. Le fils de Nabuchodonosor était Evil-Merodach, et le fils de ce dernier était Balthazar ; et comme on le sait, « cette nuit-là fut tué Balthazar » - on constate donc que la tranquillité de Babylone n'était qu'éphémère.
« Et Je vais les serrer de près afin qu'ils trouvent » - le Radak explique au nom de son père : afin qu'ils trouvent de nombreuses détresses, jusqu'à ce que chacun d'eux s'écrie « Malheur à moi ! » en constatant qu'Israël est frappé. C'est-à-dire qu'ils comprendront que notre sort rejaillit sur eux et que nos souffrances entraînent les leurs, et ils diront alors : « Malheur à moi sur ma brisure, ma blessure est cuisante ».
Ibn Ezra propose une autre explication : Hachem suscitera contre eux des frondeurs qui les traqueront et les réduiront aux abois. Les habitants fuiront pour se terrer dans un même lieu afin d'échapper aux tireurs, et comme ils seront très nombreux à s'y cacher, l'endroit deviendra trop étroit. C'est le sens de « Je vais les serrer de près » - sous la menace des tireurs qui les recherchent, ils s'entasseront dans un espace exigu. « Afin qu'ils trouvent » - or c'est précisément ce regroupement qui permettra aux frondeurs de les débusquer ; se trouvant tous concentrés au même endroit, il sera aisé pour l'ennemi de les massacrer. Ils s'étaient enfuis et dissimulés pour ne pas être trouvés, et le Saint, béni soit-Il, déclare : bien au contraire, ce sera « afin qu'on les trouve ».
Le Malbim propose une explication différente, estimant que l'avertissement s'adresse au peuple d'Israël et non à Babylone : sachez que tout le mal qui s'abat sur vous ne provient pas de l'alignement des astres, ni des idoles auxquelles vous croyiez, mais exclusivement de Hachem. « Voici que Je lance à la fronde » - Je vais vous projeter hors de vos frontières comme au creux d'une fronde, et là-bas Je vous réduirai à l'étroit. Et pourquoi ? « Afin qu'ils trouvent » - afin qu'ils Me trouvent lorsqu'ils Me chercheront. Ici, sur leur terre, ils ne Me cherchent pas et ne Me trouvent pas ; mais une fois en exil, ils chercheront Hachem, ainsi qu'il est écrit : « L'Éternel vous dispersera parmi les peuples... et de là-bas, tu chercheras l'Éternel ton Dieu, et tu Le trouveras ».
Comme il est rapporté, le prophète Jérémie leur dit à propos du verset « Sur les fleuves de Babylone, là-bas nous nous sommes assis et nous avons pleuré » : Par ma vie, si vous aviez versé un seul pleur avant l'exil, vous n'auriez jamais été déportés. C'est donc précisément là-bas, au bord des fleuves de Babylone, qu'ils se mirent à pleurer devant Hachem. C'est précisément l'expulsion et la fronde qui les a dispersés parmi les nations qui les ont conduits à rechercher Hachem.
« Malheur à moi sur ma brisure ! » - Brisure extérieure et blessure intérieure
אוֹי לִי עַל שִׁבְרִי נַחְלָה מַכָּתִי וַאֲנִי אָמַרְתִּי אַךְ זֶה חֳלִי וְאֶשָּׂאֶנּוּ׃ - Malheur à moi sur ma brisure ! Ma blessure est douloureuse ; et moi qui disais : Ce n'est là qu'une maladie, et je la supporterai !
Le prophète évoque ici le châtiment des habitants du pays, et même celui des autres nations, en s'écriant : « Malheur à moi sur ma brisure ! » Mais si le malheur frappe aussi les autres peuples, pourquoi pousse-t-il cette plainte ? La réponse est la suivante : certes, le châtiment atteint les autres nations, mais qui est frappé en premier ? Le peuple d'Israël. Ce sont eux qui reçoivent les premiers coups. « Ma blessure est douloureuse (nahla makati) » - c'est une blessure qui rend malade. Je pensais qu'il s'agissait d'un mal supportable, « et moi qui disais : Ce n'est là qu'une maladie et je la supporterai », mais voilà que je constate qu'il s'agit d'une souffrance intolérable, comme le verset poursuit : « Ma tente est dévastée ».
Le Malbim explique que le prophète pleure sur la ruine de son peuple et proclame : sachez que cette brisure procède de la Providence divine, émanant de Lui, béni soit-Il, par hachgaha pratit ; ils se sont détournés de Hachem, et c'est pourquoi « malheur à moi sur ma brisure ! » Cette déchirure présente deux aspects tragiques : d'une part, une brisure extérieure ; et d'autre part, « ma blessure est douloureuse » - une plaie interne, profondément cuisante. En effet, un homme peut essuyer un coup superficiel dont il est aisé de guérir ; mais si la blessure est interne, s'il s'agit d'un mal intérieur, le danger est infiniment plus redoutable. « Et moi qui disais : Ce n'est là qu'une maladie » - je pensais n'être atteint que de ce mal précis, un mal passager, « et je la supporterai », je parviendrai à l'endurer, conformément au Targoum Yonathan « vééssabrané ». Or je m'aperçois désormais que je souffre de maux multiples et profonds, bien plus graves, qu'il est impossible de supporter.
אׇהֳלִי שֻׁדָּד וְכׇל מֵיתָרַי נִתָּקוּ בָּנַי יְצָאֻנִי וְאֵינָם אֵין נֹטֶה עוֹד אׇהֳלִי וּמֵקִים יְרִיעוֹתָי׃ - Ma tente est dévastée, et tous mes cordages sont rompus ; mes fils m'ont quitté et ne sont plus ; il n'y a plus personne pour dresser ma tente et pour relever mes tentures.
« Ma tente est dévastée » : elle m'a été enlevée et pillée. Et quand bien même je voudrais dresser une autre tente, « tous mes cordages sont rompus » : les cordes qui retiennent la tente sont déjà tranchées. Et même si je trouvais des cordages pour l'arrimer à nouveau, « mes fils m'ont quitté et ne sont plus » : ils sont partis loin de moi et n'existent plus, si bien qu'« il n'y a plus personne pour dresser ma tente », il n'y a plus aucune raison de la relever. Ce verset illustre à quel point la brisure extérieure était terrible, avant d'aborder plus loin « ma blessure est douloureuse » - la brisure intérieure, ce coup interne qui me rend malade.
« Car les pasteurs ont été insensés »
כִּי נִבְעֲרוּ הָרֹעִים וְאֶת יְהֹוָה לֹא דָרָשׁוּ עַל כֵּן לֹא הִשְׂכִּילוּ וְכׇל מַרְעִיתָם נָפוֹצָה׃ - Car les pasteurs ont été insensés et n'ont pas cherché l'Éternel ; c'est pourquoi ils n'ont pas réussi, et tout leur troupeau s'est dispersé.
Tout cela - le pillage de la tente, la rupture des cordages, la disparition des enfants et l'absence de quiconque pour dresser la tente - pour quelle raison est-ce arrivé ? Parce que les pasteurs ont été insensés, dénués de raison et de sagesse, et qu'il n'y a plus personne pour tendre la tente. Et qui sont ces pasteurs ? Yehoyakhin et Tsidkiyahou, qui étaient les rois, car les souverains sont appelés pasteurs. C'est ainsi que traduit le Targoum Yonatan : « Les rois ont agi avec folie ». « Ils n'ont point réussi » (lo hiskilou), au sens de succès, comme il est dit : « Et David réussissait dans toutes ses voies ». Et puisque Yehoyakhin et Tsidkiyahou n'ont pas cherché Hachem, ils n'ont pas réussi dans leur règne, à l'opposé de Yoshiyahou qui, lui, chercha Hachem et connut le succès. « Et tout leur troupeau s'est dispersé » : le peuple, ce troupeau qu'ils conduisaient, a été dispersé dans l'exil.
Le Malbim explique : le fait qu'ils n'aient pas agi avec sagesse pour préserver la tente et le troupeau est la cause directe de la dispersion de leurs ouailles. En d'autres termes, si leurs actes avaient été droits, la tente et le troupeau auraient été sauvegardés, et leur troupeau ne se serait pas dispersé - c'est-à-dire qu'il n'y aurait pas eu d'exil.
« Une rumeur retentit, voici qu'elle approche »
קוֹל שְׁמוּעָה הִנֵּה בָאָה וְרַעַשׁ גָּדוֹל מֵאֶרֶץ צָפוֹן לָשׂוּם אֶת עָרֵי יְהוּדָה שְׁמָמָה מְעוֹן תַּנִּים׃ - Une rumeur retentit, voici qu'elle approche, un grand fracas venu du pays du nord, pour réduire les villes de Juda en désolation, en repaire de chacals.
Le Radak explique : cette voix que nous entendons, ce grand fracas porteur de nouvelles terrifiantes, est semblable au tumulte venu du pays du nord. Et quel est ce tumulte ? Dans Ézéchiel (21, 24), il est exposé que Nabuchodonosor quitta son pays et se tint à la croisée des chemins pour pratiquer la divination, c'est-à-dire pour jeter un sort : vers où dois-je marcher maintenant, contre les enfants d'Ammon ou contre Jérusalem ? Et le sort tomba sur Jérusalem. Comme nous l'avons vu, de telles consultations se faisaient à l'aide de flèches tirées aux quatre vents, et la flèche désigna Jérusalem, ainsi que par d'autres pratiques semblables. Ils avaient coutume d'user de présages divinatoires pour y trouver l'indication de la direction à suivre et de la décision à prendre.
« Une rumeur retentit, voici qu'elle approche » : la nouvelle annonçant que Nabuchodonosor s'est mis en route. Vient ensuite « un grand fracas », car il s'avance avec toutes ses armées, ce qui soulève un tumulte immense. Et quel est son dessein ? « Pour réduire les villes de Juda en désolation, en repaire de chacals » : le sort est déjà tombé sur Jérusalem, et sa marche se dirige vers elle. « Un repaire de chacals » : un endroit où logent les chacals, or ces animaux n'habitent que dans des lieux dévastés, sans âme qui vive et vidés de toute présence humaine ; c'est là que les chacals viennent s'établir.
« La voie de l'homme ne lui appartient point »
יָדַעְתִּי יְהֹוָה כִּי לֹא לָאָדָם דַּרְכּוֹ לֹא לְאִישׁ הֹלֵךְ וְהָכִין אֶת צַעֲדוֹ׃ - Je sais, Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, qu'il n'appartient pas à l'homme qui marche de diriger ses pas.
Il y a deux approches pour comprendre cette parole. Le Radak, au nom de son père, explique qu'il s'agit d'une déclaration relative à Nabuchodonosor : Maître du monde, les projets de Nabuchodonosor sont de venir ici, de détruire Jérusalem et d'en faire un lieu de désolation, un repaire de chacals ; pourtant, il hésitait sur la direction à prendre, et c'est la divination qui l'a guidé vers Jérusalem. Mais « Je sais, Éternel, que la voie de l'homme ne lui appartient pas » - « à l'homme » déterminé, c'est-à-dire Nabuchodonosor. Je sais, Maître du monde, que cela ne vient pas de lui ; ce n'est pas lui qui fixe la destination ni lui qui décide où aller, la chose n'est pas en son pouvoir, et il est entre Tes mains de modifier sa volonté. « Ni à l'homme qui marche de diriger ses pas » - de même, tout homme qui s'engage sur un chemin n'est pas maître de préparer son pas ; il ignore quel sera son pas suivant, il ignore de quoi demain sera fait et ne sait pas comment les événements vont se dérouler par la suite. Il sait ce qu'il fait en partant, mais un instant plus tard, cela échappe déjà à son contrôle, car c'est par l'Éternel que les pas de l'homme sont affermis, et tout provient de Lui, béni soit-Il ; là où ses pas le mènent selon la volonté divine, c'est là qu'il arrivera.
Dès lors, c'est une prière que le prophète adresse au Saint, béni soit-Il : de grâce, Maître du monde, arrête Nabuchodonosor, ne le fais pas venir ici ; puisque cela ne procède pas de lui mais de Toi, il est entre Tes mains et en Ton pouvoir de le freiner avant qu'il n'arrive jusqu'ici.
C'est également ce qui ressort de Rachi, qui rapporte deux explications. La première : « La voie de l'homme ne lui appartient pas » - le mauvais penchant que Tu as créé en lui le détourne du droit chemin. La seconde : nul homme n'a le pouvoir de faire réussir sa voie si ce n'est par Ton ordre, et par conséquent, l'ennemi n'a pas le pouvoir de détruire Ta Maison par lui-même. Selon cette vue, on rejoint les propos du Radak : Nabuchodonosor n'a pas en lui le pouvoir de détruire Ton Sanctuaire, tout repose entre Tes mains ; par conséquent, Maître du monde, arrête-le, de grâce, un instant avant.
En revanche, le Metsoudat David - tout comme il ressort de la première explication de Rachi - explique qu'il s'agit d'un argument formulé par les enfants de Juda : Toi, Maître du monde, Tu sais que la voie de l'homme ne lui appartient pas, c'est-à-dire que nul ici n'a véritablement affermi sa voie pour suivre le chemin d'Hachem. « Ni à l'homme qui marche » - on ne trouvera parmi nous personne qui marchait en dirigeant ses pas selon la droiture, conformément aux commandements d'Hachem ; ils ont marché au hasard des circonstances, au gré des événements fortuits, sans s'engager résolument dans la voie divine. Cela concorde avec la première explication de Rachi, selon laquelle le mauvais penchant que Tu as créé en l'homme le détourne de la voie : ils se sont laissé entraîner par les désirs de leur cœur et ont manqué de maîtrise pour marcher dans la voie d'Hachem.
Le Malbim explique : « Car la voie de l'homme ne lui appartient pas » - le choix même de la voie à suivre n'appartient pas à l'homme mais à Hachem ; et même s'il a choisi une voie, « ni à l'homme qui marche de diriger ses pas » - la marche et le pas effectifs proviennent également d'Hachem. Il y a ici deux niveaux : la direction et le but, l'endroit où l'on souhaite parvenir - et c'est « la voie de l'homme ne lui appartient pas », car le choix lui-même dépend de l'aide divine ; et la seconde étape, la marche concrète - « à l'homme qui marche de diriger ses pas », car l'affermissement du pas provient aussi d'Hachem. Selon cette perspective, le Malbim rejoint l'approche du Radak : ainsi, Maître du monde, Tu peux l'empêcher d'agir ; bien que son projet soit de venir à Jérusalem, détourne-le vers Rabat des enfants d'Amon, cette autre destination entre lesquelles il hésitait - il est en Ton pouvoir de l'envoyer là-bas.
Le Malbim précise la nuance entre les termes « Adam » et « Ich » : « Adam » désigne l'être humain du point de vue de son intellect, en tant qu'être doué de raison et de libre arbitre - l'homme d'élite. C'est à ce sujet qu'il est dit « la voie d'Adam ne lui appartient pas » : même s'il s'imagine avoir choisi après réflexion et avec préméditation, sache que cela vient d'Hachem. En revanche, « Ich » découle de la racine « Yéch » (l'existence, l'être) ; toute créature vivante est appelée Ich au titre de son existence, et ce terme peut même s'appliquer aux animaux. Dès lors, « ni à l'homme (Ich) qui marche de diriger ses pas » s'applique aussi aux bêtes : aucune entité de la création ne dirige ses propres pas, chaque pas provient d'Hachem.
« Châtie-moi, Éternel, mais selon la justice »
יַסְּרֵנִי יְהֹוָה אַךְ בְּמִשְׁפָּט אַל בְּאַפְּךָ פֶּן תַּמְעִטֵנִי׃ - Châtie-moi, Éternel, mais selon la justice, non dans Ta colère, de peur que Tu ne me réduises à rien.
Le Radak cite le commentaire de Rabbénou Yona, selon lequel le prophète s'exprime ici, pour ainsi dire, au nom du peuple d'Israël. Voyant Nabuchodonosor marcher contre le pays de Juda pour tout dévaster, il dit : Maître du monde, je sais que c'est là une réprimande pour nous, destinée à nous corriger. Dès lors, je Te demande : châtie-moi « selon la justice », c'est-à-dire dans la stricte mesure du droit et de l'équité, et non selon ce qui s'applique lors d'une grande colère ardente. Car lorsqu'éclate une grande fureur, l'attribut de rigueur risque, à Dieu ne plaise, de tout anéantir. « Non dans Ta colère, de peur que Tu ne me réduises à rien » - n'agis pas dans la colère et le courroux, car alors Tu me réduirais à néant, au point de cesser d'exister en tant que peuple et nation.
Le Malbim explique : je demande que les souffrances soient appliquées selon la justice et proportionnées à la faute, car la fureur ne distingue pas entre le bon et le mauvais, et lorsque la colère sévit, elle ne fait point de différence entre les justes et les impies. Mais lorsque cela se fait selon la justice, celui qui mérite une punition la reçoit, et celui qui ne la mérite pas est épargné.
« Déverse Ton courroux sur les nations »
שְׁפֹךְ חֲמָתְךָ עַל הַגּוֹיִם אֲשֶׁר לֹא יְדָעוּךָ וְעַל מִשְׁפָּחוֹת אֲשֶׁר בְּשִׁמְךָ לֹא קָרָאוּ כִּי אָכְלוּ אֶת יַעֲקֹב וַאֲכָלֻהוּ וַיְכַלֻּהוּ וְאֶת נָוֵהוּ הֵשַׁמּוּ׃ - Déverse Ton courroux sur les nations qui ne Te connaissent point, et sur les familles qui n'invoquent pas Ton Nom, car elles ont dévoré Jacob, elles l'ont dévoré et consumé, et ont dévasté sa demeure.
Suite de la supplication : Maître du monde, au lieu d'envoyer Nabuchodonosor contre nous, envoie-le vers Rabba des fils d'Amon. Agis envers nous selon la justice, et s'il doit y avoir fureur, courroux et colère : déverse Ta fureur sur les nations qui ne Te connaissent point et sur les familles des royaumes qui n'invoquent pas Ton Nom.
Le Radak explique : bien qu'Israël ait fauté, ils ne sont pas totalement sortis de Ton domaine ; ils ne se sont pas assimilés à un autre peuple, ils restent distincts des idolâtres, observent encore la majorité des mitsvot, invoquent Ton Nom et prient devant Toi. Et même s'ils ont encore besoin de faire techouva et que nous savons qu'ils ont corrompu leurs actes, l'espoir n'est pas perdu pour autant et il subsiste parmi eux des hommes pieux. Dès lors, si Ta volonté est d'exprimer Ta colère et Ton courroux : déverse Ta fureur sur les nations qui ne Te connaissent point. Et que signifie « familles » ? Les nations, car un peuple est appelé une famille, comme il est écrit : « וְאִם מִשְׁפַּחַת מִצְרַיִם לֹא תַעֲלֶה » (Et si la famille d'Égypte ne monte pas).
« Car ils ont dévoré Jacob » - bien que les nations soient le bâton de la colère du Saint, béni soit-Il, comme il est dit d'Assur : « שֵׁבֶט אַפִּי » (le bâton de Ma colère), c'est-à-dire l'instrument de Son courroux, et que nul ne puisse nous frapper à moins que cela ne soit mérité selon le jugement divin - malgré tout, Maître du monde, Tu ne T'es irrité qu'un peu et ils ont prêté main-forte au malheur. Ces nations ont fait preuve d'une sévérité excessive avec le bâton de Ta colère. C'est là le grief retenu contre les nations, que l'on retrouve également à propos de Pharaon et en d'autres occasions : a priori, si Assur est le bâton de la colère divine, il n'a fait qu'accomplir la volonté d'Hachem et mériterait même une récompense, n'étant qu'un instrument entre Ses mains - pourquoi donc serait-il puni pour avoir exécuté ce décret ? La réponse est qu'ils ont aggravé la sentence et ont ajouté de leur propre chef au malheur décrété.
Le Malbim apporte une précision : « Qui ne Te connaissent point » - certains parmi eux connaissaient Hachem, mais « n'ont pas invoqué Ton Nom », car bien qu'ils Le connussent, ils n'invoquaient pas le Nom d'Hachem mais celui du Baal. Il remarque en outre : l'acte de dévorer est mentionné à maintes reprises - « ils ont dévoré Jacob, ils l'ont dévoré et l'ont anéanti ». D'abord il a dévoré, puis ils l'ont dévoré, et enfin ils l'ont anéanti. Après avoir mangé à sa guise pour son plaisir, il l'a entièrement détruit, et cet anéantissement total prouve qu'il y avait là une pure malveillance visant l'extermination. Car lorsqu'un homme mange, on suppose que c'est pour son propre intérêt ; mais lorsqu'il anéantit, cela relève d'une cruauté gratuite, c'est pourquoi il est dit « et ils l'ont anéanti » totalement, « et ils ont dévasté sa demeure ».
Le Malbim explique également que l'on peut rapporter cela à Rabba des fils d'Amon, ennemis jurés de Juda. La Guémara qualifie d'ailleurs les Ammonites et les Moabites de « mauvais voisins », car ce sont eux qui conseillaient aux nations le moment propice pour attaquer et conquérir le peuple d'Israël. Une autre explication rapporte ces termes à Nabuchodonosor, qui monta trois fois contre Jérusalem, comme l'enseignent nos Sages : ils furent exilés la septième année, la huitième année et la dix-huitième année. Il y eut en effet plusieurs exils : d'abord les deux tribus et demie installées de l'autre côté du Jourdain, puis la Samarie, c'est-à-dire les dix tribus, et enfin le royaume de Juda. Et même l'exil de Juda s'est déroulé par étapes, et non en une seule fois : d'abord l'exil des artisans et des serruriers (Haharach Véhamasguérot), puis l'exil de la population modeste, et enfin il ne resta plus rien après l'assassinat de Guedalia ben Ahikam. Ainsi, « ils ont dévoré Jacob, ils l'ont dévoré et l'ont anéanti » correspond aux trois vagues d'exil sous Nabuchodonosor.
« Déverse Ta fureur » - Réponse aux belles âmes
Certaines belles âmes se sentent mal à l'aise face à ce verset. Et d'où le connaissent-elles ? De la Haggada de Pessa'h. Il ne s'agit même pas de ceux qui se sont composé une Haggada alternative dans les kibboutzim ou autres milieux de ce genre, mais de ceux qui conservent en apparence le texte traditionnel et demandent néanmoins : « Déverse Ta fureur sur les nations » - comment est-ce concevable ? Ne vivons-nous pas désormais dans un village planétaire, où l'État d'Israël est reconnu au sein du concert des nations ? Pourquoi donc déverser sur elles la fureur et les anéantir ?
Tout d'abord, ce n'est là qu'hypocrisie et sensiblerie, car à la première occasion où ils ont le pouvoir de nous anéantir, c'est précisément ce qu'ils font. Et même si on les entend employer un langage « politiquement correct », quiconque sait ce qu'ils portent au fond du cœur et ce dont ils sont capables lorsqu'ils en ont l'opportunité le constate aisément : c'est exactement l'histoire de l'Europe. L'Europe s'exprime de manière policée, mais il y a quelques décennies à peine, elle a montré ce dont elle était capable dès lors qu'elle tombait le masque pour révéler sa véritable nature. Aujourd'hui, ils tentent d'agir contre nous par le biais de l'ONU, par des boycotts et divers moyens visant à nous entraver, mais s'ils le pouvaient, ils rouvriraient les fours crématoires. Chacun sait combien les Polonais, les Hongrois et les Ukrainiens - de simples particuliers, en apparence - ont prêté main-forte à la machine nazie, que leur nom soit effacé, pour exterminer les Juifs, et avec quel zèle désintéressé ils ont dénoncé, livré et massacré des Juifs. Il ne faut pas être naïf.
Mais fondamentalement, la question ne se pose même pas. Quiconque lit le texte constate qu'immédiatement après « Déverse Ta fureur sur les nations qui ne Te connaissent point et sur les familles qui n'invoquent pas Ton Nom », il est précisé : « Car ils ont dévoré Jacob, ils l'ont dévoré et anéanti, et ont dévasté sa demeure ». De quelles nations s'agit-il ? De celles qui ont dévoré Jacob, de celles qui ont cherché à nous détruire. S'il existe un homme au Rwanda avec lequel nous n'avons aucun lien, en quoi cela nous concernerait-il, et pourquoi Hachem déverserait-Il Sa fureur sur lui ? Nous n'avons aucun intérêt à cela, bien au contraire : n'est-il pas écrit que tous Le connaîtront, du plus grand au plus petit, et que le monde sera réparé sous la souveraineté du Tout-Puissant ? Rabbénou Yérouham de Mir enseignait d'ailleurs que le monde ne sera parfait et réparé que lorsque l'homme le plus éloigné et le plus grossier reconnaîtra Hachem. Nous ne cherchons nullement l'anéantissement des nations, ce n'est pas là notre but ; notre seul souhait est qu'elles ne nous empêchent pas de servir Hachem. Dès lors, lorsque nous implorons « Déverse Ta fureur sur les nations », nous visons ces peuples qui ont dévoré Jacob et dévasté sa demeure, ceux qui nous tourmentent, nous persécutent et nous oppriment. Et lorsque le Saint, béni soit-Il, exercera Sa justice contre eux : « וְהִתְגַּדִּלְתִּי וְהִתְקַדִּשְׁתִּי לְעֵינֵי גּוֹיִם רַבִּים » (Je Me grandirai et Je Me sanctifierai aux yeux de nations nombreuses). Quand cela adviendra-t-il ? Au jour grand et redoutable du Jugement, lorsqu'un feu consumera tous les persécuteurs et tous ceux qui ravagent la vigne de Jacob ; c'est alors véritablement que Son Nom béni sera grandi et sanctifié dans le monde. C'est là, au fond, toute notre prière.
En conclusion :
Dans cette partie du chapitre, le prophète souligne le gouffre absolu séparant Hachem des idoles : tous les savants de la nature sont incapables de percer le mystère de la pluie, et chaque orfèvre est confondu par son idole, pur artifice mensonger, dépourvu de souffle et de toute vertu spirituelle, voué à périr au jour du châtiment - face à Hachem qui est Vérité, Vie, Roi de l'univers et Créateur de toutes choses. « Telle n'est pas la part de Jacob », et Israël est la tribu de Son héritage, soustraite aux lois astrales pour relever de Sa seule providence. De là, le prophète se tourne vers la ruine imminente : rassemble ton bagage, car voici que Je catapulte au loin les habitants du pays afin qu'ils Me retrouvent dans l'exil ; puis il pleure sur la brisure extérieure et la blessure intérieure provoquées par des bergers insensés qui n'ont pas cherché Hachem. Il conclut par la prise de conscience que « la voie de l'homme ne lui appartient pas » - les pas mêmes de Nabuchodonosor étant dirigés d'En Haut. C'est pourquoi il implore : corrige-moi avec mesure et non avec colère, et déverse Ta fureur sur ceux qui ont dévoré Jacob, l'ont anéanti et ont ravagé sa demeure.