Le chapitre 60 d'Isaïe est un chapitre de pure lumière. Le prophète s'adresse à Jérusalem et lui annonce le rayonnement de la lumière de la délivrance : une lumière qui ne brillera pas seulement pour elle-même, mais pour le monde entier. Les nations et les rois afflueront vers elle, ses fils reviendront de loin, et tous les peuples de la terre apporteront leurs richesses et leurs offrandes au Temple de Dieu. Suivons l'ordre des versets pour découvrir les explications du Radak et du Malbim, ainsi que les admirables finesses de la langue sacrée qui s'y révèlent.
ק֥וּמִי א֖וֹרִי כִּ֣י בָ֣א אוֹרֵ֑ךְ וּכְב֥וֹד יְהֹוָ֖ה עָלַ֥יִךְ זָרָֽח׃ - Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l'Éternel s'est levée sur toi.
Le Radak explique que le prophète s'adresse ici à Jérusalem en lui disant : « Lève-toi, resplendis » - « resplendis » (ori) est un impératif, c'est-à-dire fais briller ta lumière, car ta lumière est venue et la gloire de Dieu s'est levée sur toi. « Ta lumière est venue » signifie que le temps de ta délivrance est arrivé, car l'homme plongé dans la détresse ressemble à celui qui se trouve dans l'obscurité, et lorsque survient le salut, c'est comme si la lumière se levait sur lui.
Cependant, une difficulté se pose, et le Radak la soulève : l'expression « ba orekh » (ta lumière est venue) semble comparable à « ba hachémech » (le soleil est venu), qui désigne le coucher du soleil. Dès lors, « car ta lumière est venue » signifierait « ta lumière s'est couchée », ce qui contredirait tout le propos ! Il aurait fallu dire : « Lève-toi, resplendis, car ta lumière s'est levée (zara’h orekh) », et non « est venue ».
Le Radak répond : en effet, « car ta lumière est venue » signifie que s'est éteinte la lumière éphémère de ce monde-ci, et qu'à sa place t'est accordée la lumière du monde futur, infiniment plus grandiose et éclatante. En d'autres termes : la lumière matérielle a disparu, et une lumière spirituelle incomparable t'est désormais réservée. On en trouve la preuve plus loin dans le chapitre : « Le soleil ne te servira plus de lumière le jour » - la clarté du soleil n'est donc qu'une lueur faible et terne comparée à la lumière future, la lumière divine. De même, la prophétie annonce : « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus vive, comme la lumière des sept jours » - preuve que la lumière actuelle n'est que bien faible, et qu'en échange nous recevrons une clarté immense et infinie.
Le Malbim explique que l'épreuve se caractérise par l'obscurité et les ténèbres, et voici que le prophète ordonne à Jérusalem : jaillis de cette pénombre pour rayonner, non seulement pour toi-même, mais pour le monde entier. « Lève-toi, resplendis » - diffuse ta lumière à toutes les nations, « car ta lumière est venue » - car tu possèdes désormais la lumière du salut, à la fois matériel et spirituel.
Il ne s'agit nullement d'une répétition stylistique, mais de deux réalités distinctes : il y a notre lumière propre - « car ta lumière est venue », et il y a la lumière que le Saint, béni soit-Il, répand sur nous - « et la gloire de l'Éternel s'est levée sur toi ». C'est là la lumière de la Gloire céleste, la manifestation divine qui repose sur Ses prophètes et sur les rescapés fidèles. En somme : il y a une lumière intrinsèque, et il y a la lumière de la prophétie, que le Saint, béni soit-Il, fait resplendir sur les survivants que l'Éternel appelle.
Quant à la question soulevée par le Radak - comment peut-on employer « ba orekh » s'il s'agit d'un lever et non d'un coucher - le Malbim affirme que l'interrogation ne se pose même pas, et que celui qui raisonne ainsi n'a pas analysé le terme avec suffisamment de rigueur. Et qui maîtrisait la langue sainte avec autant de précision que le Malbim ?
Certes, l'expression « ba hachémech » désigne le coucher du soleil, mais uniquement lorsqu'il est question du corps céleste lui-même. Pourquoi ? Parce que le soleil émerge le matin à l'orient et poursuit sa course vers l'occident. Lorsqu'il « arrive » (vient), c'est-à-dire lorsqu'il atteint sa destination finale, c'est le coucher du soleil. Mais ici, le texte ne parle pas du soleil, il parle de la lumière. Or, quelle est la nature de la lumière ? La lumière « vient » lorsque ses rayons atteignent l'objet éclairé. Après tout, chaque objet perçu par nos yeux n'est visible que parce que les rayons lumineux le frappent et sont captés par notre vue. Ainsi, à propos d'un être ou d'un lieu illuminé, on dit : « la lumière est venue sur lui » - la lumière a accompli sa trajectoire et a atteint l'objet qu'elle était destinée à éclairer.
Il s'avère ainsi que pour le soleil, le terme de « venue » (bi'ah) exprime le coucher, tandis que pour la lumière, la « venue » exprime le rayonnement, exactement le contraire. Dès lors, le verset prend tout son sens : « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue », car la lumière est parvenue à l'endroit précis où elle devait parvenir.
« Ta lumière » désigne, comme nous l'avons dit, la lumière intrinsèque, tandis que « la gloire de l'Éternel s'est levée sur toi » correspond à la lumière de la prophétie. Et pourquoi est-elle qualifiée ainsi ? Parce que nous sommes comparables à la lune face au soleil. La lune ne possède aucune lumière propre : elle ne fait que refléter la lumière du soleil. Il en est de même pour « la gloire de l'Éternel s'est levée sur toi » - à l'image du soleil qui brille sur la lune.
Dès lors, on comprend aussi l'expression employée plus loin : « et des rois, à l'éclat de ton aurore » (nogah zar'hekh). En effet, le terme « nogah » désigne toujours un rayonnement où l'on ne perçoit pas le corps lumineux lui-même, mais seulement le halo qui l'entoure. On ne dira jamais « le nogah du soleil », car le soleil possède sa propre lumière - il est source de lumière ; mais pour la lune, le terme « nogah » est parfaitement approprié. Il en va de même pour nous : nous ne possédons rien par nous-mêmes, mais c'est la gloire de Hashem qui brille sur nous. C'est le sens de l'enseignement de nos Sages : « Le visage de Moshé est semblable à la face du soleil, et le visage de Yéhochou'a est semblable à la face de la lune » - Yéhochou'a, comme les autres prophètes, se trouve au rang de récepteur, tandis que Moshé Rabbénou atteint un niveau infiniment plus élevé, comparable au soleil. « Et des rois, à l'éclat de ton aurore » - les nations marcheront elles aussi vers cette lumière de la prophétie.
כִּֽי־הִנֵּ֤ה הַחֹ֙שֶׁךְ֙ יְכַסֶּה־אֶ֔רֶץ וַעֲרָפֶ֖ל לְאֻמִּ֑ים וְעָלַ֙יִךְ֙ יִזְרַ֣ח יְהֹוָ֔ה וּכְבוֹד֖וֹ עָלַ֥יִךְ יֵרָאֶֽה׃ - Car voici que l'obscurité couvrira la terre, et un brouillard épais les peuples ; mais sur toi se lèvera l'Éternel, et Sa gloire apparaîtra sur toi.
Le Radak explique que l'obscurité et le brouillard épais sont une métaphore des épreuves, et que « sur toi se lèvera l'Éternel, et Sa gloire apparaîtra sur toi » doit s'entendre comme : « et dans Sa gloire, Il apparaîtra sur toi », c'est-à-dire que la gloire de Hashem se révélera sur toi.
Le Malbim nuance la distinction entre les deux : l'obscurité (h'oshekh) est une absence totale de lumière, tandis que le brouillard épais ('arafel) est constitué de vapeurs et de fumées qui saturent l'air, y compris lorsque le soleil brille. C'est un phénomène connu : brouillard et soleil peuvent coexister (généralement le soleil dissipe la brume, de sorte que cela ne dure guère, mais il n'y a là aucune contradiction intrinsèque). Le brouillard est un nuage descendu au sol : la lumière peut y être présente, mais la brume l'empêche d'éclairer pleinement. L'obscurité, en revanche, est une absence absolue de lumière.
Dès lors, le prophète s'adresse à deux catégories de nations. Il y a des peuples qui relèvent de « l'obscurité couvrira la terre » - une obscurité absolue, des païens idolâtres sur lesquels la lumière de Hashem n'a jamais brillé. Et il y a des nations qui ne sont pas totalement plongées dans les ténèbres, mais dont la foi et la religion sont enveloppées d'un brouillard, à l'image des descendants d'Yichmaël. Chez eux, il ne s'agit pas d'une obscurité totale, car ils croient en Hashem, et ils sont à cet égard préférables aux chrétiens - comme nous l'avons vu dans le Séfer HaKouzari - puisqu'il n'y a pas chez eux de trinité impure, c'est-à-dire qu'ils ne relèvent pas de l'idolâtrie ('avodah zarah). Mais sont-ils parvenus à la vérité ? Pas encore. Leur croyance même en cet impur qu'ils considèrent comme leur prophète, prétendant qu'il aurait reçu une prophétie de Hashem, constitue déjà un égarement. De plus, ils professent une erreur fondamentale quant au libre arbitre : le musulman affirme « koulo min Allah » - tout vient de Dieu, et l'homme ne maîtrise rien. C'est une déformation complète, car le judaïsme enseigne clairement : « Tu sauras en ce jour et tu graveras dans ton cœur » et « Tu choisiras la vie » - l'homme a véritablement le choix de faire le bien ou le mal. Quoi qu'il en soit, ils ne sont pas comme les adorateurs d'idoles ou ceux qui offrent de l'encens à une vache ; ils croient en Hashem, mais restent néanmoins enveloppés dans le brouillard.
Face à ces deux états survient la consolation : face à « l'obscurité couvrira la terre », où le soleil brille par son absence totale, répond « mais sur toi se lèvera l'Éternel » - pour nous, ce sera un véritable lever de soleil du Saint béni soit-Il. Et face à « un brouillard épais les peuples », où le soleil existe mais demeure voilé par la brume, répond « et Sa gloire apparaîtra sur toi » : la gloire de Hashem nous parviendra et se rendra visible sur nous, sans brume pour entraver son rayonnement, mais ouvertement, dans une prophétie parfaite ; œil à œil, ils contempleront la gloire de Hashem révélée à Ses prophètes, sans aucun écran séparateur.
וְהָלְכ֥וּ גוֹיִ֖ם לְאוֹרֵ֑ךְ וּמְלָכִ֖ים לְנֹ֥גַהּ זַרְחֵֽךְ׃ - Et des nations marcheront à ta lumière, et des rois, à l'éclat de ton aurore.
Le Radak explique qu'il s'agit de l'une des prophéties décrivant la fin des temps, à l'instar de ce verset : « Des peuples nombreux iront en disant : Venez, montons à la montagne de l'Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu'Il nous enseigne Ses voies et que nous marchions dans Ses sentiers ». Il convient d'y ajouter également le verset de Zacharie : « Et des peuples nombreux et de puissantes nations viendront chercher l'Éternel des armées à Jérusalem et implorer la face de l'Éternel... Ainsi parle l'Éternel des armées : En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront le pan de l'habit d'un homme judéen en disant : Nous voulons aller avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous ! ».
Le Malbim souligne une nuance : « Des nations marcheront à ta lumière » - cela désigne la masse des peuples des nations, qui marchera vers la lumière de la Torah. En revanche, les rois, qui occupent un rang supérieur, marcheront « à l'éclat de ton aurore », c'est-à-dire vers la lumière divine et Sa gloire mentionnées dans le verset précédent. La lumière de la Torah ne leur suffira pas ; ils aspireront à la clarté de la prophétie, voulant percevoir véritablement cet éclat lumineux, et ils s'avanceront eux aussi lorsqu'ils verront le peuple d'Israël hissé au rang de la prophétie.
שְׂאִֽי־סָבִ֤יב עֵינַ֙יִךְ֙ וּרְאִ֔י כֻּלָּ֖ם נִקְבְּצ֣וּ בָֽאוּ־לָ֑ךְ בָּנַ֙יִךְ֙ מֵרָח֣וֹק יָבֹ֔אוּ וּבְנוֹתַ֖יִךְ עַל־צַ֥ד תֵּאָמַֽנָה׃ - Porte tes yeux à l'entour et regarde : tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils arrivent de loin, et tes filles seront portées sur le côté.
Selon le Radak, le terme « tous » renvoie à tes fils et à tes filles. Mais cela suscite une question : si l'on commence par « tous » à la troisième personne pour préciser ensuite « tes fils », pourquoi ne pas l'avoir dit d'emblée ? Le Radak explique que c'est une tournure fréquente dans l'Écriture d'employer d'abord un pronom indéfini ou implicite avant de le préciser expressément, à l'image du verset : « Elle ouvrit et le vit, l'enfant », où le texte dit d'abord « elle le vit » avant de nommer « l'enfant ».
« Et tes filles seront portées sur le côté » - comme le tuteur porte le nourrisson. Le Targoum traduit « sur les flancs », c'est-à-dire les reins ou les hanches (comme dans l'expression « la graisse sur les flancs »), car une mère qui porte son enfant le soutient sur le côté, sur la hanche. Tout cela sera accompli par les reines et les princesses, ainsi qu'il est écrit : « et leurs princesses seront tes nourrices ».
Le Malbim commente : « Porte tes yeux à l'entour » - vers les quatre points cardinaux. « Et regarde : tous se rassemblent » - d'ordinaire, lorsqu'une foule s'attroupe contre nous, c'est pour la guerre ; or le verset précise qu'il n'en est rien : « ils se rassemblent, ils viennent à toi » - ils viennent pour s'instruire dans la Torah, pour entendre la parole de Dieu. Selon le Malbim, le mot « tous » ne se rapporte pas aux enfants d'Israël, mais à l'ensemble des nations, tandis que « tes fils arrivent de loin » évoque le rassemblement des exilés. Deux mouvements s'opèrent donc simultanément : les nations viennent apprendre la Torah de Dieu, et le peuple d'Israël revient de son exil.
אָ֤ז תִּרְאִי֙ וְנָהַ֔רְתְּ וּפָחַ֥ד וְרָחַ֖ב לְבָבֵ֑ךְ כִּֽי־יֵהָפֵ֤ךְ עָלַ֙יִךְ֙ הֲמ֣וֹן יָ֔ם חֵ֥יל גּוֹיִ֖ם יָבֹ֥אוּ לָֽךְ׃ - Alors tu verras et tu rayonneras, ton cœur frémira et s'élargira, car l'abondance de la mer se tournera vers toi, la richesse des nations viendra à toi.
« Ton cœur frémira et s'élargira » semble contradictoire : la frayeur traduit la crainte, tandis que la dilatation du cœur exprime la joie. Rachi explique que le cœur sera saisi de stupéfaction et d'émerveillement, comme une personne stupéfaite. « Car l'abondance de la mer se tournera vers toi » - selon Rachi, cette foule changera de direction et affluera vers nous par la mer, depuis l'occident (« yama »). « La richesse des nations viendra à toi » - ici encore, les termes pourraient évoquer une armée en marche, mais ils désignent en réalité les biens et la richesse des nations, qui parviendront tous au peuple d'Israël.
Concernant la variante textuelle : le Min'hat Chaï rapporte deux leçons pour le mot « tir'i ». Le texte reçu est « תִּרְאִי » (sans daguech dans le tav), issu de la racine de la vue ; certains lisent le tav avec un daguech - « תִּירְאִי », issu de la racine de la crainte, comme l'enseigne Ibn Ezra entre autres. Cependant, le Min'hat Chaï tranche que la bonne leçon est bien celle de notre texte massorétique, liée à la vision : alors tu auras le privilège de voir - et tu rayonneras.
« Et tu rayonneras » (venéhart) dérive, selon le Radak, du mot signifiant lumière : lorsqu'un homme est témoin d'une joie immense, son visage s'éclaire d'un sourire. Tu verras alors tes enfants revenir de loin, et tes traits s'illumineront. Quant à « ton cœur frémira et s'élargira », c'est à l'image de celui à qui arrive un bonheur soudain : le cœur se serre d'abord, puis se dilate, comme lorsque l'on dit que le cœur « a manqué un battement ». Il arrive parfois, à Dieu ne plaise, qu'en apprenant une heureuse nouvelle, le cœur se contracte sans parvenir à se détendre, au point qu'un choc émotif trop vif provoque une crise cardiaque. Ici, au contraire : il y a d'abord ce frémissement (« ou-fa'had ») sous le coup de l'émotion intense, puis le cœur s'épanouit (« ve-ra'hav levavekh ») dans une immense allégresse face au bien que nous aurons le mérite de contempler de nos propres yeux.
Et « car la multitude de la mer se tournera vers toi » : le Radak l'explique comme une métaphore. Jusqu'à présent tu étais en ruine et désolée, et désormais ce sera l'inverse : de nombreux peuples afflueront vers toi comme le tumulte de la mer, comme le mugissement des flots. Le terme « Hamon » (multitude) évoque le mugissement (Hemiya), car là où se presse une foule nombreuse, règne un grondement tumultueux. C'est ainsi que tous ceux qui arrivent se rassembleront, semblables aux vagues déferlantes de la mer.
Le Malbim propose une autre explication. « Alors tu verras » : le prophète les compare à quelqu'un qui est témoin d'une chose totalement inattendue, qui ne croit pas ses yeux et se pince : est-ce réel ou imaginaire ? Jusqu'à ce qu'il regarde attentivement et observe bien. Et selon le Malbim, « Venahart » (tu rayonneras) n'est pas une expression de joie mais de vision claire, comme dans « Tournez les yeux vers Lui et vous rayonnerez » (Habitou Elav Vénaharou). De même pour « Minharot » (tunnels ou grottes) : des cavités dans lesquelles on perçait une ouverture au sommet afin que la lumière (Néhara) y pénètre, la Néhara étant la clarté. Ainsi, la racine de « Néhara » désigne à la fois la lumière et la vision distincte. Dans un premier temps, un événement impensable survient, puis l'homme commence à réaliser que c'est bien la réalité, il observe et le perçoit avec une vision précise et nette.
Et après avoir vu la chose avec certitude - « ton cœur frémira et s'épanouira » : au début, le cœur éprouvera de la crainte, puis il s'élargira et s'épanouira. Pourquoi ? Parce que nous avons l'habitude que lorsque des nations se rassemblent vers nous, ce n'est que pour faire la guerre. C'est pourquoi, en voyant que « la multitude de la mer se tournera vers toi », constatant que tous les navigateurs et leurs foules se dirigent vers nous, nous serons pris d'angoisse et de terreur : que veulent-ils ? Pourquoi sont-ils venus ? Est-ce pour nous anéantir ? Mais ensuite, nous verrons qu'il s'agit de « la richesse des nations » (H'el Goyim) - l'opulence des peuples qui vient enrichir Israël. Alors le cœur s'épanouira et nous éprouverons une immense joie. Le Malbim énumère ainsi quatre motifs qui nous feront d'abord douter et trembler, avant de nous réjouir, et celui-ci en constitue le premier.
שִֽׁפְעַ֨ת גְּמַלִּ֜ים תְּכַסֵּ֗ךְ בִּכְרֵ֤י מִדְיָן֙ וְעֵיפָ֔ה כֻּלָּ֖ם מִשְּׁבָ֣א יָבֹ֑אוּ זָהָ֤ב וּלְבוֹנָה֙ יִשָּׂ֔אוּ וּתְהִלֹּ֥ת יְהֹוָ֖ה יְבַשֵּֽׂרוּ׃ - Une multitude de chameaux te couvrira, les dromadaires de Midian et d'Épha ; tous viendront de Saba, portant de l'or et de l'encens, et publiant les louanges de l'Éternel.
Le Radak explique que « Chif'at » (multitude) exprime l'abondance, de la racine Chéfa, comme dans « ils suceront l'abondance des mers ». Selon lui, « Bikhrei » désigne les jeunes chameaux (ou dromadaires), comme dans « jeune dromadaire légère qui erre sur ses voies ». Les chameaux, les marchands, l'or et l'encens : ils apporteront tout cela comme marchandises, mais aussi en offrande au Roi Machia'h, car lorsque le Roi Machia'h se lèvera, tous viendront implorer sa faveur.
Et pourquoi est-il dit « et ils proclameront les louanges de l'Éternel » (Outehilot Hachem Yevasserou) ? En effet, une « bonne nouvelle » (Bessora) annonce toujours quelque chose de nouveau, qui n'existait pas auparavant. Or nous, le peuple d'Israël, connaissons déjà la réalité et la présence d'Hachem ; mais pour les nations, la reconnaissance de la vérité d'Hachem constituera une nouvelle entièrement inédite, une réalité qu'elles ignoraient jusqu'alors, et c'est pourquoi pour elles, il s'agit d'une annonce nouvelle.
Le Malbim poursuit dans sa logique : tous les versets suivants décrivent d'autres aspects expliquant pourquoi notre cœur sera d'abord effrayé avant de s'épanouir. Le deuxième aspect : « Une multitude de chameaux te couvrira » - tu verras d'innombrables chameaux arriver et tu craindras à nouveau qu'ils ne viennent faire la guerre. « Les coursiers de Midian et d'Épha » - selon le Malbim, « Bikhrei » ne désigne pas des chameaux mais des chevaux, comme dans « Envoyez le coursier (Kar) au souverain du pays » et « les gardes (Kari) et les coureurs », où le terme fait référence à des montures rapides. Midian est une nation, et Épha est également issu des fils de Midian, comme l'explicite la Genèse (Béréchit 25) : « Épha et Épher ». Tu verras des hommes arriver sur des chevaux au galop, et tous « viendront de Saba » - d'une contrée lointaine. De nouveau, le cœur prend peur et s'inquiète : que va-t-il se passer ?
Mais ensuite « tu rayonneras », lorsque nous regarderons avec précision, et « ton cœur s'épanouira » : car il s'avérera que les chameaux transportent des cargaisons où « ils portent de l'or et de l'encens », et que les cavaliers rapides viennent annoncer une bonne nouvelle - « et ils proclameront les louanges de l'Éternel ». Pour eux, c'est une vérité nouvelle, et ils viennent l'annoncer au monde entier, y compris au peuple d'Israël.
כׇּל־צֹ֤אן קֵדָר֙ יִקָּ֣בְצוּ לָ֔ךְ אֵילֵ֥י נְבָי֖וֹת יְשָֽׁרְת֑וּנֶךְ יַעֲל֤וּ עַל־רָצוֹן֙ מִזְבְּחִ֔י וּבֵ֥ית תִּפְאַרְתִּ֖י אֲפָאֵֽר׃ - Tout le petit bétail de Kédar se rassemblera chez toi, les béliers de Nevayot seront à ton service ; ils monteront en sacrifice agréé sur Mon autel, et Je glorifierai la Maison de Ma splendeur.
Le Radak fait d'abord remarquer que « tout » n'est pas à prendre ici au sens absolu, mais désigne la majorité, comme dans le verset « et toute la terre venait en Égypte ». Kédar et Nevayot sont deux peuplades d'éleveurs de petit bétail, des nomades vivant sous des tentes et se déplaçant d'un lieu à l'autre en quête de pâturages, comme il est dit : « Malheur à moi de séjourner à Méchek, d'habiter parmi les tentes de Kédar ! » - ce sont les nomades du désert qui errent de campement en campement pour faire paître leurs troupeaux. Ils rassembleront leur bétail vers toi, en Erets Israël ; « les béliers de Nevayot seront à ton service » - comme s'il était écrit « ils te serviront au moyen des béliers de Nevayot », c'est-à-dire qu'ils te serviront en t'offrant en présent les béliers de Nevayot.
Le Radak fait une remarque sur la précision de la lecture : « יְשָׁרְתוּנֶךְ » se lit *mile'el* (accentuation sur l'avant-dernière syllabe) et non *milra'* (sur la dernière syllabe), car le *mètèg* est sous le chin et l'accent tonique sous le tav ; il faut donc appuyer légèrement sur le tav. Si l'accent avait été sous le noun, nous aurions lu *milra'*.
« Ils monteront en offrande agréée sur Mon autel » - c'est comme s'il était écrit « ils monteront sur Mon autel pour être agréés », c'est-à-dire qu'on en apportera une offrande et qu'on les sacrifiera en korban pour Hachem. Le Radak rapporte qu'il existe une divergence d'opinions à ce sujet : Rabbi Eliézer affirme qu'on n'offre pas les bêtes des nations, ni nous ni eux, par crainte d'un acte bestial (revi'ah) - de peur que les non-Juifs n'aient abusé de leurs bêtes, ce qui rendrait l'animal impropre au sacrifice. D'autres disent que seuls les non-Juifs y sont autorisés, tandis que cela nous est interdit. On objecte alors à Rabbi Eliézer à partir de notre verset : il est pourtant écrit explicitement qu'on rassemblera pour toi le petit bétail et les béliers de Nevayot, et qu'ils monteront pour être agréés sur l'autel ! Rabbi Eliézer répond : « Ce seront des convertis entraînés dans le temps à venir » - toutes les nations auront le statut de prosélytes, comme il est écrit : « Car alors Je donnerai aux peuples un langage pur, pour qu'ils invoquent tous le Nom d'Hachem et Le servent d'un commun accord », et ils feront partie intégrante du peuple d'Israël.
« Et la maison de Ma parure, Je la glorifierai » - a priori, il aurait fallu dire « ils la glorifieront », puisque ce sont eux qui l'embellissent. C'est pourquoi le Radak explique : « Je la glorifierai » signifie que Je leur mettrai au cœur de la glorifier. L'action remonte ainsi au Saint, béni soit-Il : ce sont bien eux qui la glorifieront, mais c'est Hachem qui leur en aura inspiré le désir.
Le Malbim voit dans ce verset la troisième raison de la crainte mêlée de joie : « Tout le petit bétail de Kédar se rassemblera vers toi », ainsi que « les béliers de Nevayot » - qui les a réunis ici ? Quel est le but de ce rassemblement ? Au début, nous regarderons, stupéfaits et effrayés. Mais ensuite, « ton cœur rayonnera et s'élargira », car il deviendra clair qu'« ils monteront en offrande agréée sur Mon autel » : tous sont venus pour des sacrifices offerts à Hachem, et ils seront agréés devant Lui afin qu'Il comble leurs vœux. Le Malbim ajoute qu'il y a peut-être ici une sorte de personnification de l'autel, comme si l'autel possédait une volonté, et que ces sacrifices répondraient à son désir et le satisferaient. Et les béliers de Nevayot, pourquoi sont-ils venus ? « Et la maison de Ma parure, Je la glorifierai » - par des offrandes de choix, car le terme « béliers » (élé) désigne toujours l'élite (comme dans « les puissants du pays »), apportant ainsi splendeur à la Maison d'Hachem.
מִי־אֵ֖לֶּה כָּעָ֣ב תְּעוּפֶ֑ינָה וְכַיּוֹנִ֖ים אֶל־אֲרֻבֹּתֵיהֶֽם׃ - Qui sont ceux-ci qui volent comme un nuage, et comme des colombes vers leur pigeonnier ?
Le Malbim explique que c'est la quatrième chose qui suscitera d'abord de la frayeur : tu demanderas « Qui sont ceux-ci qui volent comme une nuée ? ». Les nations qui arrivent et qui ramènent ici le peuple d'Israël sont comparées à une nuée - le nuage porteur de pluies de bénédiction. Tu demanderas qui ils sont, et la réponse sera : ils sont comme une nuée, des nuages venus apporter des pluies de bénédiction ; ainsi apporteront-ils une offrande d'argent et d'or, puis ils s'en retourneront chez eux. Quant à la seconde partie, « et comme des colombes vers leur pigeonnier », elle se rapporte à Israël, comparable à des colombes qui volent vers leurs colombiers et leurs nids, pour y revenir et y demeurer.
Le Radak explique que la métaphore du vol vient exprimer la rapidité et la légèreté. Le mouvement le plus fluide et le plus rapide est le vol : la course est un mouvement lourd, la navigation est un mouvement lourd, mais le vol est le plus léger de tous. De plus, les colombes volent bien plus vite lorsqu'elles retournent au nid que lorsqu'elles le quittent, car elles reviennent vers leurs petits qu'elles y ont laissés et se hâtent de les nourrir. « Leur pigeonnier » (aroubotèhem) désigne les ouvertures du pigeonnier - car une *aroubah* est toujours une ouverture étroite et sombre - et c'est par cette ouverture que les colombes pénètrent dans le pigeonnier.
כִּי־לִ֣י ׀ אִיִּ֣ים יְקַוּ֗וּ וׇאֳנִיּ֤וֹת תַּרְשִׁישׁ֙ בָּרִ֣אשֹׁנָ֔ה לְהָבִ֤יא בָנַ֙יִךְ֙ מֵרָח֔וֹק כַּסְפָּ֥ם וּזְהָבָ֖ם אִתָּ֑ם לְשֵׁם֙ יְהֹוָ֣ה אֱלֹהַ֔יִךְ וְלִקְד֥וֹשׁ יִשְׂרָאֵ֖ל כִּ֥י פֵאֲרָֽךְ׃ - Car en Moi espèrent les îles, et les vaisseaux de Tarchich en tête, pour ramener tes enfants de loin, avec leur argent et leur or, pour le Nom d'Hachem ton D.ieu et pour le Saint d'Israël, car Il t'a glorifiée.
Rachi explique « en premier » (bariéchonah) dans le sens de « comme autrefois » (kévariéchonah), ainsi que c'était à l'époque de Salomon : « Car le roi avait en mer des vaisseaux de Tarchich... une fois tous les trois ans arrivaient les vaisseaux de Tarchich », des navires venant de la mer de Tarchich. Cette époque de l'âge d'or du peuple juif sera restaurée. Et tous ceux-là viennent « pour le Nom d'Hachem ton D.ieu » - ayant entendu parler de Sa renommée et de Sa puissance -, « car Il t'a glorifiée » : ils t'accorderont une parure digne de ce qu'ils ont entendu.
Le Radak explique : « Car en Moi espèrent les îles » - les habitants des îles espèrent en Hachem, parce qu'ils comprendront que c'est Lui qui dispense le bien ou le mal, et que tout le bien émane de Lui. Dès lors, ils chercheront à trouver grâce à Ses yeux. Et comment ? En ramenant tes enfants vers leur terre, même depuis les contrées les plus lointaines.
« Leur argent et leur or avec eux » - le Radak propose deux explications. La première : il s'agit de l'argent et de l'or d'Israël, car tous leurs biens viendront avec eux et ils ne laisseront rien dans les pays d'exil. Cela résonne particulièrement aujourd'hui : on parle constamment du « droit au retour » et de la restitution des biens, face à quoi s'élève la revendication légitime de restituer les biens juifs spoliés et confisqués dans leurs pays de résidence. En Égypte, en Irak, en Iran et partout ailleurs, les nations n'ont accepté de libérer les Juifs et de les laisser retourner sur leur terre qu'à la condition qu'ils n'emportent rien, et les États ont nationalisé tous leurs biens. Le Radak affirme : nous n'avons nulle inquiétude à avoir, « leur argent et leur or avec eux ». La seconde explication : il s'agit de l'argent et de l'or des nations, comme nous l'avons déjà vu dans l'histoire - à l'époque d'Ezra et de Néhémie, lorsque la permission de reconstruire le Temple fut accordée, le roi ordonna que quiconque pouvait prêter main-forte vienne aider, et de nombreuses personnes, y compris parmi les nations, firent des dons pour la construction du Sanctuaire. Comme il est écrit à propos de ceux qui montèrent de Babylone : « que les gens de son lieu lui viennent en aide avec de l'argent, de l'or, des biens et du bétail ». Tous verront alors à quel point le Saint, béni soit-Il, est grand et élevé, et contribueront de leur propre chef à la construction du Temple et au rétablissement de l'honneur d'Israël.
Le Radak relève également une nuance : au début du verset, le texte s'exprime au féminin - « tes fils », « ton Dieu » - tandis qu'à la fin, « car Il t'a glorifié » (ki féérakh) est au masculin. Il explique qu'il ne faut pas s'en étonner, car à l'égard de Knesset Israël, l'Écriture emploie tantôt le masculin, tantôt le féminin : le masculin renvoie au peuple, et le féminin à sa collectivité, Knesset Israël. « Car Il t'a glorifié » - Il t'a accordé cette parure et cette gloire d'être servi par les nations.
Le Malbim présente ce verset comme une réponse aux interrogations du verset précédent. Nous restons frappés de stupeur : « Qui sont ceux-là qui volent comme une nuée, comme des colombes vers leur colombier ? » - voilà la « crainte », suivie de « ton cœur s'illuminera et s'épanouira » lorsque la réponse se fera jour. En regard de « Qui sont ceux-là qui volent comme une nuée » répond : « Car en Moi espèrent les îles » : même les îles lointaines espèrent en Moi et accourent, et ce sont elles qui avancent comme un nuage. « Et les vaisseaux de Tarchich en tête » - ils sont les premiers à espérer en Moi, et comme il a été dit plus haut : « Car l'abondance de la mer se tournera vers toi », cette foule qui réside au-delà des mers et dans les îles se retournera pour venir vers nous. Et face à la question : « Qui sont ceux-là... comme des colombes vers leur colombier ? », la réponse est : « Pour ramener tes fils de loin ».
Pourquoi insister sur « leur argent et leur or avec eux » ? Le Malbim l'explique : lorsqu'un homme vient de loin pour déménager définitivement son foyer, il n'emporte pas son réfrigérateur ni son armoire ; il vend ses meubles et prend l'argent avec lui. C'est exactement ce qui se passera : tous viendront, leur argent et leur or avec eux, ce qui prouvera sans équivoque qu'ils n'ont plus aucune intention de demeurer là-bas. Celui qui vient pour un simple séjour ne vend ni son armoire, ni son réfrigérateur, ni sa voiture : il laisse tout sur place car il compte repartir. Mais celui qui a liquidé ses affaires et s'établit ici vend tout et arrive avec des liquidités. C'est ainsi que les enfants d'Israël regagneront leur colombier, de manière totale et définitive.
Le Malbim remarque encore la redondance : « Pour le Nom de l'Éternel ton Dieu et pour le Saint d'Israël ». Il y a le Nom divin, qui est le Nom propre, et « le Saint d'Israël », qui est un qualificatif - Il est appelé le Saint d'Israël en vertu de nos actions. C'est par cette force que le peuple d'Israël sera ramené de loin, et les nations contribueront elles-mêmes à son retour, et les enfants reviendront dans leur frontière.
Le chapitre 60 s'ouvre sur l'appel : « Lève-toi, resplendis ! » - non seulement pour nous éclairer nous-mêmes, mais pour illuminer le monde entier. Le Radak explique que la lumière de ce monde décline et que la lumière du monde futur brille à sa place, tandis que le Malbim nous enseigne qu'il n'y a là aucune difficulté : pour le soleil, la « venue » désigne le coucher, mais pour la lumière, la « venue » signifie le rayonnement - la lumière est parvenue à la destination qui lui était assignée. Il y a ici deux lumières : notre propre lumière, et la lumière de la gloire divine qui rayonne sur nous comme le soleil sur la lune, c'est-à-dire la lumière de la prophétie. Tandis que les nations sont plongées dans une obscurité totale ou dans la brume de croyances dévoyées, sur nous rayonnera l'Éternel et Sa gloire se manifestera ouvertement. Les peuples marcheront à la lumière de la Torah et les rois à la clarté de la prophétie ; tous se rassembleront et ramèneront nos fils de loin, avec de l'or et de l'encens, avec le petit bétail de Kédar et les béliers de Nevayot pour magnifier la Maison de l'Éternel. Et selon le Malbim, le cœur se serrera d'abord de crainte à quatre reprises - devant la multitude des mers, devant l'abondance des chameaux, devant le bétail de Kédar et devant ceux qui volent comme une nuée - mais chaque fois, après un regard clair et attentif, il apparaîtra que tout concourt au bien, et le cœur s'épanouira de joie. Promptement et de nos jours.