TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 59 - Vos fautes mettent une séparation entre vous - 4e partie

Lire l'original

Le chapitre 59 d'Isaïe compte parmi les plus sombres dans sa description de l'état de la génération : le prophète commence par souligner qu'il n'y a aucun obstacle du côté du Saint, béni soit-Il - « Non, le bras de l'Éternel n'est pas devenu trop court pour sauver » - mais que ce sont les fautes qui forment une séparation. Dès lors, il décrit une détérioration sur tous les plans : effusions de sang, mensonge, perversion du jugement, disparition de la vérité, jusqu'à ce que la situation atteigne un point où le Saint, béni soit-Il, délivre par Sa seule force. Dans ce cours, nous aborderons la dernière partie du chapitre : « Et la vérité s'en est allée », « Il a vu qu'il n'y avait point d'homme », ainsi que la parure de délivrance et de vengeance décrite au verset 17.

« Et la vérité s'en est allée » - un signe d'Ikveta diMechi'ha
וַתְּהִי הָאֱמֶת נֶעְדֶּרֶת וְסָר מֵרָע מִשְׁתּוֹלֵל, וַיַּרְא ה' וַיֵּרַע בְּעֵינָיו כִּי אֵין מִשְׁפָּט. (טו) - Et la vérité s'en est allée, et celui qui s'écarte du mal passe pour insensé ; l'Éternel l'a vu, et cela Lui a déplu car il n'y a point de justice. (15)

La Guémara dans le traité Sanhédrin (page 97a) interprète ce verset comme l'un des signes d'Ikveta diMechi'ha, l'époque qui précède immédiatement la venue du Machia'h. La Guémara y énumère encore de nombreuses réalités douloureuses : la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, les ennemis d'un homme sont les gens de sa propre maison, les habitants des frontières errent de ville en ville - et hélas, tous ces signes se sont accomplis parmi nous, et le Machia'h est véritablement à notre porte. Quant à notre sujet, la Guémara demande : que signifie « et la vérité s'en est allée » (né'édérèt) ? Les maîtres de l'école de Rav répondent : cela enseigne qu'elle s'est dispersée en troupeaux distincts (adarim adarim) et s'en est allée. Et que signifie « celui qui s'écarte du mal passe pour insensé » (michtolèl) ? Les maîtres de l'école de Rabbi Chila répondent : quiconque s'écarte du mal est traité d'insensé par la société.

La vérité s'est dispersée en troupeaux. On peut constater qu'il n'y a pas de génération où la vérité est à ce point éclatée en factions que la nôtre. Chacun prétend détenir la vérité, chacun est persuadé d'avoir raison, chacun est convaincu que sa conduite est la seule juste et que tout le reste n'est que vanité et poursuite du vent. Et il ne s'agit pas seulement du clivage entre laïcs et religieux, mais bien de cette division au sein même du public observant les mitsvot ; non seulement selon la couleur de la kippa, mais même au sein du public lituanien lui-même, on voit soudain apparaître deux camps : ceux qui acceptent et ceux qui refusent, ceux qui soutiennent qu'il y a lieu de transiger et ceux qui affirment qu'aucun compromis n'est possible. Jamais la vérité n'a été fragmentée en autant de troupeaux. Il ne s'agit pas ici de trancher où se trouve la vérité et où elle ne se trouve pas, mais seulement de montrer à quel point la prophétie s'est réalisée : nous vivons d'ores et déjà dans une génération où la vérité est dispersée, et où chaque groupe est persuadé d'incarner à lui seul la vérité.

Quant aux termes « et celui qui s'écarte du mal passe pour insensé », Rachi explique : tout le monde dit de lui qu'il est fou, le mot michtolèl dérivant de la notion de folie, comme dans « Il rend insensés les conseillers » - c'est-à-dire les conduire sur la voie de la déraison. Un homme tsaddik, craignant Dieu, serviteur d'Hachem, on dira de lui : « Écoute, il a un fusible de grillé, il n'est pas tout à fait net. Pourquoi se balance-t-il ainsi ? Pourquoi prend-il une pomme, lui parle-t-il avant de la consommer ? Il a un problème. » Un professeur d'université, comptant parmi les fondateurs d'un mouvement d'opposition au retour au judaïsme, a dit au sujet de son propre fils devenu baal téchouva et avrekh à Kiryat Sefer, qu'il aurait préféré le voir revenir de Goa intoxiqué aux champignons hallucinogènes plutôt que de le voir faire téchouva. On lui demanda : « À ce point-là ? » Il répondit : « De la drogue, on peut se sevrer. » Constatez-le : celui qui s'écarte du mal, qui devient un ben Torah raffiné, conscient de sa mission dans ce monde et accomplissant la volonté d'Hachem, c'est lui qu'on regarde comme dérangé. Et qui sont les gens sensés ? Les êtres qui se conduisent comme des bêtes marchant sur deux pattes, avides de toutes les passions, attirés par la moindre matérialité, ceux qui ont fait de leur ventre leur divinité - voilà ceux que l'on juge équilibrés. C'est là un des signes d'Ikveta diMechi'ha que nous observons aujourd'hui sous sa forme la plus criante.

Le Ben Ich 'Haï : des troupeaux distincts - au sens élogieux

Rabbénou Yossef 'Haïm, le Ben Ich 'Haï, interprète cet enseignement de la Guémara sous un angle positif. « Et la vérité s'en est allée » renvoie à la sagesse de la vérité ('Hokhmat HaEmet), c'est-à-dire la Kabbale, la dimension secrète de la Torah. Et combien ces paroles siéent à leur auteur, qui fut un maître éminent du Zohar. Le texte ne signifie pas qu'elle disparaîtra, mais qu'elle se répandra par troupeaux : à l'approche d'Ikveta diMechi'ha, les gens se consacreront à l'étude de la Kabbale en groupes et en cercles nombreux. C'est également un phénomène remarquable de nos jours. Et pourquoi en groupes distincts ? Parce qu'au sein même de la Kabbale existent diverses approches : il y a l'école de la 'Hassidout, celle d'Achlag, celle du Gaon de Vilna, celle du Ram'hal. Tous se fondent sur les enseignements du saint Ari zal, mais chaque courant développe les concepts dans une voie propre - les uns selon le système du Rachach, les autres en s'attachant à intégrer ces vérités dans le monde de l'action concrète, et ainsi de suite. C'est là précisément cette notion de « troupeaux » dans l'étude de la Kabbale.

Le Ben Ich 'Haï relève également qu'à son époque, seuls quelques rares individus étudiaient la Kabbale, chacun dans la solitude et le secret. On raconte ainsi que le 'Hafets 'Haïm suivit un jour son maître, Rav Nahoum de Horodna, et l'aperçut en train de dissimuler un ouvrage dans la guéniza de la synagogue. Après le départ de son maître, il s'y rendit, chercha parmi les livres et découvrit que son maître se consacrait à la Kabbale - au Ets 'Haïm et à d'autres écrits kabbalistiques. La nuit suivante, il se dissimula dans le beit hamidrash, dans la section des femmes semble-t-il ; lorsque son maître arriva, ouvrit l'ouvrage et commença à étudier avec ferveur, le 'Hafets 'Haïm vit une flamme véritable l'envelopper, et comprit aussitôt qu'il ne s'agissait pas d'un feu destructeur, mais de la flamme de la Torah. Le détail saisissant de ce récit est que le 'Hafets 'Haïm n'était alors âgé que de treize ans, et qu'à cet âge, il était déjà capable de percevoir le feu céleste entourant Rav Nahoum de Horodna. Quoi qu'il en soit, jadis, chacun étudiait dans la plus stricte discrétion, sans jamais diffuser les secrets en public. Mais à l'avenir, affirme le Ben Ich 'Haï, tous l'étudieront avec la même ferveur qu'on récite les Téhilim, « et on les trouvera par troupeaux entiers dans les maisons d'étude ».

Dès lors, l'expression « et celui qui s'écarte du mal passe pour insensé » reçoit elle aussi une résonance louable : cette période sera marquée par une telle élévation spirituelle que celui qui se contente de fuir le mal - sans encore atteindre le rang supérieur d'« accomplir le bien » - sera regardé comme insuffisant par ses pairs, car le tsaddik accompli doit à la fois fuir le mal et faire le bien. La connaissance et la droiture s'accroîtront tellement que la simple abstention du mal ne suffira plus à fonder une réputation de piété ; seul celui qui fuit le mal tout en accomplissant activement le bien sera véritablement considéré comme un juste. Puissent nos yeux contempler Son retour à Sion dans la miséricorde, et voir ces promesses s'accomplir pleinement sous nos yeux.

« Il a vu qu'il n'y avait point d'homme » - La délivrance dépend-elle de nous ?
וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ וַיִּשְׁתּוֹמֵם כִּי אֵין מַפְגִּיעַ, וַתּוֹשַׁע לוֹ זְרֹעוֹ וְצִדְקָתוֹ הִיא סְמָכָתְהוּ. (טז) - Il a vu qu'il n'y avait point d'homme, et Il a été stupéfait de constater que nul n'intercédait ; alors Son propre bras Lui est venu en aide, et Sa justice Lui a servi d'appui. (16)

Rachi explique : le Saint, béni soit-Il, regrette le malheur et désire nous délivrer, mais « Il vit qu'il n'y avait point d'homme » - nul juste pour se tenir sur la brèche. « Et Il fut stupéfait qu'il n'y eût personne pour intercéder » - comme un homme qui reste interdit, silencieux d'étonnement, stupéfait et muet de stupeur. Et pourquoi ? Parce qu'il n'y a personne pour intercéder, or intercéder (lehafguia') signifie prier : il n'y a aucun homme de mérite pour prier en faveur de Son peuple Israël. Et dans une telle situation - « alors Son propre bras Lui vint en aide, et Sa justice Lui servit d'appui » : si nous n'avons ni mérites ni force, c'est le Saint, béni soit-Il, qui agit Lui-même. C'est le bras de Hachem qui sauve, et « Sa justice » - dans la mesure où Hachem est juste, c'est à ce titre qu'Il nous délivrera, sans même que nous en soyons dignes ni méritants.

Le Radak s'étend ici et s'étonne : dans la Torah, nous voyons que la rédemption dépend de la techouva - « et tu retourneras vers l'Éternel ton Dieu et tu écouteras Sa voix », après quoi vient « alors l'Éternel ton Dieu ramènera tes captifs et aura compassion de toi » ; de même : « De là, tu chercheras l'Éternel ton Dieu, et tu Le trouveras si tu Le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme » - pourquoi « tu Le trouveras » ? « Si tu Le cherches ». Cela implique qu'il faut un éveil d'en bas (itarouta deletata), une action de notre part, et c'est par le repentir et la réforme de nos actes que nous deviendrons dignes et méritants, entraînant alors le rassemblement des exilés. Or, chez nous, il est écrit tout le contraire : « Il vit qu'il n'y avait point d'homme et Il fut stupéfait qu'il n'y eût personne pour intercéder » - personne ne fait techouva, personne ne prie, et à la suite de cela : « alors Son bras Lui vint en aide et Sa justice Lui servit d'appui » ; Son bras à Lui et non le nôtre, sans que nous y ayons la moindre part. Il y a là une contradiction apparente.

De même, Ézéchiel affirme : « Ce n'est pas pour vous que J'agis, maison d'Israël », « et Je vous ferai sortir d'entre les peuples », « Je séparerai d'entre vous les rebelles et ceux qui M'ont été infidèles ; Je les ferai sortir du pays où ils séjournent, mais ils n'entreront pas sur la terre d'Israël » ; et dans la Torah aussi, il est écrit : « Et Je Me souviendrai en leur faveur de l'alliance des premiers ». Voilà bien la preuve que la chose vient de Lui, béni soit-Il, sans lien avec nous : Hachem Se souviendra de l'alliance des pères alors que nous n'en serons pas dignes, non pour nous mais par Sa propre grâce. Alors quelle est la vérité : cela dépend-il de nous ou non ?

Le Radak répond : si nous approfondissons, nous verrons que nos Sages ont déjà soulevé cette question, à savoir si Israël est délivré par le mérite de la techouva ou même sans techouva. Rabbi Yohanan a dit : le fils de David ne viendra que dans une génération entièrement innocente ou dans une génération entièrement coupable. Dans une génération entièrement coupable, comme il est écrit : « Il vit qu'il n'y avait point d'homme et Il fut stupéfait qu'il n'y eût personne pour intercéder », puis : « alors Son propre bras Lui vint en aide » ; c'est-à-dire que dans une situation où toute la génération est coupable, il n'y a plus le choix, et Hachem est pour ainsi dire contraint de nous délivrer par Ses propres forces. Et dans une génération entièrement innocente : « Et ton peuple, tous des justes, posséderont à jamais le pays », grâce au fait que tous sont justes. Face à cela, Rabbi Yéhochoua ben Lévi a soulevé une autre contradiction : d'un côté, « et voici que sur les nuées des cieux arriva quelqu'un comme un fils d'homme », et d'un autre côté, « humble et monté sur un âne » - comme nous l'avons appris dans les chapitres du livre de Daniel. Sur les nuées célestes désigne la voie miraculeuse, tandis qu'humble et monté sur un âne fait allusion à un état d'abaissement et à un bas niveau spirituel. Et la Guémara répond : s'ils l'ont mérité, ce sera sur les nuées des cieux ; s'ils ne l'ont pas mérité, ce sera humble et monté sur un âne.

On retrouve ici exactement le même principe : il existe deux voies vers la rédemption. Si nous faisons techouva et nous éveillons, le Machia'h viendra pour ainsi dire du ciel, par une voie purement miraculeuse ; mais si nous n'en sommes pas dignes, il viendra par une voie terrestre et matérielle, tel un indigent monté sur un âne. C'est également ce qu'a dit Rabbi Éliézer : si Israël fait techouva, ils sont immédiatement délivrés ; et d'un autre côté, il y a l'aspect de « en son temps » (be'ito). Certains disent que s'ils ne méritent pas « Je la hâterai » (a'hichena), ils subiront l'effroi, mais en vérité le terme employé renvoie à un temps fixé (avec un tav) : il y a un temps fixé par Lui, béni soit-Il, où la délivrance surviendra, qu'on le mérite ou non, qu'on soit justes ou impies. En face de cela, il y a « Je la hâterai » : si l'initiative vient de nous et que nous nous réveillons, nous serons dignes de la rédemption par nos propres forces, nous mériterons « sur les nuées des cieux » sur un plan spirituel, et nous serons délivrés plus tôt. Sinon, la rédemption finira par venir quand même, mais accompagnée de « Je séparerai d'entre vous les rebelles et ceux qui M'ont été infidèles », et d'un pauvre monté sur un âne. Il en va de même pour la prophétie de Gog et Magog, évoquée longuement dans les chapitres de Zacharie : deux prophéties se côtoient, l'une décrivant un scénario terrible avec des épreuves redoutables pour le peuple d'Israël, et l'autre un déroulement bien plus favorable. Les deux sont vraies, et tout dépend du chemin que nous choisirons : si nous choisissons la bonne voie, le peuple d'Israël méritera une délivrance où seules les nations seront touchées ; sinon, il existe une autre voie où un tiers d'Israël périrait, à Dieu ne plaise, avec d'autres épreuves effroyables qui y sont décrites.

La réponse du Radak : la techouva viendra après le début de la délivrance

Le Radak conclut : nous constatons qu'il y avait un doute quant à savoir si le rassemblement des exilés se ferait par la techouva ou non, en raison de la divergence entre les versets. Or, on peut concilier ces versets : la majorité d'Israël fera techouva après avoir vu les signes de la délivrance. D'un côté, il est écrit qu'ils feront techouva, et de l'autre, qu'Israël n'en est pas digne et que Hachem apportera la délivrance ; or, ces deux assertions sont vraies. Hachem déclenchera la délivrance, le processus s'amorcera, puis la majorité d'Israël fera techouva. Et ce qui est dit : « Il vit qu'il n'y avait point d'homme », se rapporte à la collectivité d'Israël, qui ne fera pas techouva avant d'avoir vu les signes de la délivrance ; dès lors, il n'y a effectivement ni homme ni intercesseur. Le terme « homme » (ich) désigne d'ailleurs souvent la collectivité, comme dans « les hommes d'Israël avaient juré à Mitspa ». En effet, sur le plan individuel, on ne peut prétendre qu'il n'y a « point d'homme » : il n'y a jamais eu d'époque sans quelques justes isolés en Israël, même aux pires moments, même dans la génération d'A'hav et des autres impies, il y avait aussi des tsaddikim. On en déduit aussi qu'il ne faut pas prendre l'expression « une génération entièrement coupable » au sens littéral absolu, car cela n'existe pas, il y a toujours des justes. Le Saint, béni soit-Il, amorce plutôt le processus de la délivrance dans une génération où « il n'y a point d'homme et personne pour intercéder » au niveau collectif, après quoi le peuple s'éveillera et beaucoup feront techouva.

« Alors Son propre bras Lui vint en aide » : c'est-à-dire qu'il n'y a nul soutien ni appui, hormis le bras de Hachem, béni soit-Il, à Lui seul. Mais Dieu a-t-Il besoin de notre aide ? Le Radak explique : les actes de l'homme et sa piété sont comme des adjuvants et des soutiens pour Celui qui le sauve. Certes, Dieu n'a nullement besoin de nous, mais le Saint, béni soit-Il, a instauré dans Son monde un ordre où nos prières, notre étude et nos actions ajoutent de la force à la sainteté. C'est le principe développé longuement à propos du Nefech Ha'hayim, où Rav 'Haïm de Volozhin commente le verset « Rendez force à Dieu » : l'homme a la capacité de fortifier la Présence divine, tout comme il peut, à Dieu ne plaise, renforcer la Sitra A'hra et les forces d'impureté, affaiblissant la Chékhina et la sainteté pour transférer cette énergie aux forces impures. Comme nous l'avons déjà précisé, il ne s'agit pas de Son essence propre, béni soit-Il, mais de la réalité manifestée à travers le déploiement des Séfirot ; là, il est concevable que l'homme attire l'abondance dans les Séfirot de sainteté pour qu'elle descende ensuite vers nous. À l'inverse, à Dieu ne plaise, l'homme peut obstruer les canaux, de sorte que l'abondance ne descende pas vers nous mais vers les nations, et nous ne sommes plus alors dignes ni méritants pour la délivrance. Dès lors que nous ne sommes pas méritants, en vertu de quoi Hachem agira-t-Il ? Uniquement par Sa propre puissance, et non par la force de l'homme d'en bas qui prierait, étudierait la Torah et ajouterait ainsi de la force à Dieu.

Il y a ici un autre aspect : « Il suscite contre eux un roi cruel comme Haman ». Le Saint, béni soit-Il, amènera la délivrance, mais par une voie éprouvante, et le peuple d'Israël devra s'éveiller, cet éveil étant provoqué par l'adversité. C'est très probablement ce que veut dire le Radak lorsqu'il affirme qu'ils feront techouva après le début de la rédemption. En effet, pourquoi feraient-ils techouva ? Si tout va pour le mieux sans même observer les mitsvot, on pourrait se dire : magnifique, Maître du monde, continue ainsi ! Lorsque l'impie voit que tout lui réussit dans sa malice, il persiste et ne revient pas à Dieu. En réalité, la délivrance passera par des épreuves : d'un côté, on voit la rédemption poindre, on voit le peuple d'Israël revenir sur sa terre ; de l'autre, on constate qu'après la Syrie, l'endroit le plus dangereux au monde pour un Juif est la terre d'Israël. Nous avons entamé la délivrance, et nous voici bloqués, et c'est précisément ce blocage qui incitera au repentir. D'une part, on perçoit la main de Hachem : une partie du peuple d'Israël est revenue sur sa terre après deux mille ans d'exil et commence à la rebâtir ; « Et vous, montagnes d'Israël, donnez vos rameaux et portez vos fruits pour Mon peuple d'Israël, car ils sont près de venir » ; la terre, autrefois désolée comme une veuve prostrée et en deuil, se remet soudain à porter ses fruits, ce au sujet de quoi la Guémara déclare : « Il n'est pas de fin annoncée plus manifeste que celle-là » - une éclatante bienveillance divine. Et d'autre part, nous constatons que l'élan s'est enrayé. Ce constat amènera le peuple à la techouva, tout comme nous observons dans notre génération un renouveau spirituel et un mouvement de retour vers la foi sans précédent depuis trente ou quarante ans. Les deux éléments avancent donc de pair : au début de la délivrance, « il n'y a point d'homme », et dans un second temps, le peuple d'Israël commence à s'éveiller de lui-même. C'est ainsi que nous devenons méritants pour être délivrés, soit dans la bonté, soit, à Dieu ne plaise, à travers les souffrances que le Saint, béni soit-Il, nous envoie.

Le Radak relève en outre une précision du texte : « alors Son propre bras Lui vint en aide » (vetocha' lo zero'o) ; or, qui le Saint, béni soit-Il, sauve-t-Il ? C'est nous ! Le verset aurait donc dû dire « Son bras nous vint en aide » (vetocha' lanou). Mais le Radak explique : il incombe au maître de sauver son serviteur. Nous sommes les serviteurs de Hachem, et lorsque les nations nous persécutent, c'est au Maître du monde de nous délivrer ; et par le salut du serviteur, le maître est lui-même sauvé. Nous connaissons tous le passage de Pata'h Eliyahou : « la Chékhina est en exil ». Depuis le jour où Israël est parti en exil, dit le Saint, béni soit-Il, Je ne suis pas remonté dans Ma demeure et Ma tête s'est couverte de rosée. Quand le peuple d'Israël est en exil, le Saint, béni soit-Il, est pour ainsi dire Lui aussi en exil ; et quand Israël souffre, la Chékhina s'écrie : « Que ma tête est lourde, que mon bras est lourd ! » C'est comparable au récit de la révélation de la sainte Présence dans le Beth Hamidrach de Maran le Beth Yossef, où on L'entendit gémir d'une voix déchirante : « Par vos fautes, Je suis prostrée dans la poussière, et si vous connaissiez ne serait-ce qu'une parcelle de la douleur de la Chékhina, ni le boire ni le manger ne vous seraient doux ». Il s'ensuit que par « Son propre bras Lui vint en aide », lorsque le Saint, béni soit-Il, nous fait sortir de l'exil, Il délivre également la Chékhina exilée, apportant ainsi le salut pour ainsi dire au Saint, béni soit-Il, Lui-même.

Le Malbim : nul adjuvant et nul appui

Le Malbim explique l'ensemble de ce passage selon une perspective un peu différente. Avant notre verset, le prophète a décrit en détail la déchéance d'Israël et la perversité de ses actes : « Et le droit a été repoussé en arrière, et la justice se tient éloignée ; car la vérité trébuche sur la place publique, et la droiture ne peut pénétrer » ; « Nous tâtonnons le long du mur comme des aveugles », « nous trébuchons en plein midi » ; « Nous grondons tous comme des ours, et nous gémissons comme des colombes ; nous espérons le jugement, et il n'y en a point ; le salut, et il est loin de nous » ; « En nous rebellant et en reniant l'Éternel, en nous détournant de notre Dieu, en tenant des propos d'oppression et de révolte, en concevant et en méditant dans le cœur des paroles de mensonge » - une situation désastreuse de dégradation à tous les égards.

נְגַשְׁשָׁה כַעִוְרִים קִיר וּכְאֵין עֵינַיִם נְגַשֵּׁשָׁה, כָּשַׁלְנוּ בַצָּהֳרַיִם כַּנֶּשֶׁף בָּאַשְׁמַנִּים כַּמֵּתִים. (י) - Nous tâtonnons le long du mur comme des aveugles, comme privés d'yeux nous tâtonnons ; nous trébuchons en plein midi comme dans l'obscurité du crépuscule, parmi les bien portants comme des morts. (10)
נֶהֱמֶה כַדֻּבִּים כֻּלָּנוּ וְכַיּוֹנִים הָגֹה נֶהְגֶּה, נְקַוֶּה לַמִּשְׁפָּט וָאַיִן לִישׁוּעָה רָחֲקָה מִמֶּנּוּ. (יא) - Nous grognons tous comme des ours, et comme des colombes nous ne cessons de gémir ; nous espérons la justice, mais il n'y en a point, le salut, mais il reste loin de nous. (11)
וְהֻסַּג אָחוֹר מִשְׁפָּט וּצְדָקָה מֵרָחוֹק תַּעֲמֹד, כִּי כָשְׁלָה בָרְחוֹב אֱמֶת וּנְכֹחָה לֹא תוּכַל לָבוֹא. (יד) - La justice a reculé, et la droiture se tient à distance, car la vérité a trébuché sur la place publique, et la probité ne peut entrer. (14)

Après une telle description, explique le Malbim : Hachem a vu à quel point la situation de Son peuple était déchue, et Il n'agira plus pour nous, mais Il nous délivrera pour l'honneur de Son Nom. Bien que nous n'en soyons pas dignes, et que pour ainsi dire Hachem ait désespéré de voir la délivrance venir de notre initiative, Il accomplira le salut sans que cela ne découle de notre mérite. En effet, lorsque le salut s'opère par notre mérite, il peut prendre deux formes : soit par nos actes, lorsque la force de nos bonnes actions nous rend dignes de la rédemption, ce que le texte appelle un « adjuvant » (ozer) - le mérite venant en quelque sorte prêter main-forte au Saint, béni soit-Il, pour nous délivrer, en ajoutant de la force à la sainteté ; soit par la prière, lorsqu'un juste intercède en faveur de la délivrance, ce qui n'est pas une aide proprement dite, mais un « appui » (somekh).

On pourrait s'étonner : ne prions-nous donc pas chaque jour pour la rédemption ? Ne répétons-nous pas quotidiennement : « Fais promptement germer le rejeton de David, Ton serviteur » ? En vérité, nous l'avons déjà souligné : il est écrit dans le livre de Chmouel « Pourquoi le fils d'Ichaï n'est-il pas venu, ni hier ni aujourd'hui, vers le pain ? » Si nous prions sans cesse, pourquoi le fils d'Ichaï ne vient-il pas ? La réponse réside dans les mots « vers le pain » : nos prières tournent autour du pain - pour la subsistance, pour la santé, pour marier nos enfants, pour avoir du réconfort, et si la richesse peut s'y ajouter, baroukh Hachem, cela ne gâchera rien. Toutes nos requêtes s'adressent « vers le pain », et non pour le fils d'Ichaï, non pour la Chékhina qui gémit en exil. Or, une véritable prière possède une réelle puissance - non pas en tant qu'« adjuvant », mais en tant qu'« appui » : l'appui retient pour empêcher de tomber, tandis que l'adjuvant tend véritablement la main. C'est à ce sujet que le prophète déclare : « Il a vu qu'il n'y avait point d'homme » - personne n'est assez méritant par ses actes pour être qualifié d'adjuvant. Et ce qui suscite la stupéfaction et la consternation, c'est « qu'il n'y a point d'intercesseur » - le terme mafguia' désignant la prière, à l'instar de « Ne prie point pour ce peuple et n'intercède pas auprès de Moi ». Il n'y a même pas l'appui d'une prière véritable. Et puisqu'Il ne trouve auprès de nous ni adjuvant ni appui, le Saint, béni soit-Il, doit pour ainsi dire agir par Sa propre puissance, sans la force de ceux d'en bas et sans notre concours.

Et face à cette absence d'adjuvant, le verset déclare : « Son bras Lui est venu en aide ». Le Malbim nous a déjà enseigné la nuance entre la « main d'Hachem » et le « bras d'Hachem » : la main d'Hachem se manifeste lorsque l'action passe par nous sous l'impulsion divine, tandis que le bras d'Hachem intervient lorsque l'action est menée directement par le Créateur, sans notre participation. En voici le sens : lorsqu'un homme bouge la main, celle-ci ne se meut pas d'elle-même ; c'est dans le bras que se trouvent les muscles cachés qui transmettent la force et permettent à la main d'agir. Le bras représente ainsi la part cachée de la force, et la main sa part visible. Lorsqu'Hachem suscite un salut auquel nous prenons part, il s'agit de la « main d'Hachem » : il y a une main visible, et le Saint, béni soit-Il, agit en coulisses. Mais lorsque nous n'intervenons absolument pas, la main reste immobile et seul le bras entre en action, pour ainsi dire - uniquement la part supérieure, uniquement le Saint, béni soit-Il, dans un pur éveil d'en Haut (it'arouta de-le'éla).

Et face au soutien qu'Hachem espérait voir poindre dans la prière des justes, l'Écriture affirme : « Sa justice Lui a servi d'appui ». La justice suprême, en vertu de laquelle le Saint, béni soit-Il, agit indépendamment des actions humaines, constitue l'appui qui L'éveille au salut. La délivrance s'opère par la puissance du bras, et son moteur est cette justice transcendante - la bonté divine suprême, ou selon les termes mêmes du Malbim : « La force sublime qui meut toute chose par elle-même, sans égard pour aucune cause extérieure ».

La conduite de la justice et la conduite de l'Unité

Dans les écrits des kabbalistes, et tout particulièrement chez le Ram'hal qui développe longuement cette notion, il est expliqué que le Maître du monde gouverne Son univers selon deux modes : la conduite de la justice (Hanhagat HaMichpat) et la conduite de l'Unité (Hanhagat HaYi'houd). La conduite de la justice signifie que le Saint, béni soit-Il, dispense Son abondance et dirige le monde selon la stricte rigueur des règles : si l'on est digne, on reçoit ; si l'on ne l'est pas, on ne reçoit pas. Sous ce régime, le Saint, béni soit-Il, s'est pour ainsi dire astreint à des lois immuables dès la création du monde : il existe l'attribut de justice et l'attribut de miséricorde. Lorsque l'attribut de justice accuse, l'abondance ne peut se déverser ; il faut alors que l'attribut de miséricorde intervienne pour faire pencher la balance. Et comment intervient-il ? Non pas de façon arbitraire, mais comme devant un tribunal : a-t-on des preuves ? A-t-on des arguments ? Il faut plaider sa cause et faire valoir des mérites. Telle est la conduite ordinaire, fondée sur le droit, le jugement et les actes des créatures ici-bas selon ce qui leur revient.

En revanche, la conduite de l'Unité n'est point permanente : c'est une modalité par laquelle le Maître du monde régit Son univers lorsque la nécessité l'exige, selon Sa seule volonté et Son dessein. La sortie d'Égypte en offre un exemple éclatant. Et que signifie l'« Unité » ? Proclamer l'Unité d'Hachem revient à affirmer : « Il n'y a rien en dehors de Lui ». Dans la conduite de la justice, il y a des accusateurs et des défenseurs, et il semble presque exister des forces indépendantes - la sphère de la sainteté face à celle de l'impureté, le pouvoir de la Sitra A'hra ; la sorcellerie porte d'ailleurs ce nom en hébreu (khechafim) parce qu'elle feint de contredire la cour céleste, donnant l'illusion qu'il y aurait une autre puissance à Dieu ne plaise. Mais la conduite de l'Unité révèle qu'il n'y a rien en dehors de Lui : dès lors que le Saint, béni soit-Il, décide de délivrer Israël, même si les accusateurs s'insurgent en disant « les uns sont idolâtres tout comme les autres », Hachem, dans Son Unité absolue où nul n'existe hors de Lui, agit selon Sa seule volonté. Que les forces accusatrices s'élèvent ou protestent : il n'y a rien en dehors de Lui.

C'est précisément ce que le Malbim suggère à travers la notion de « justice » : la justice suprême par laquelle « Son bras Lui est venu en aide », c'est-à-dire le déploiement du bras divin sans le concours d'aucune main humaine, ne procédant que de la volonté pure du Créateur, « cette force sublime qui meut toute chose par elle-même, sans égard pour aucune cause extérieure ». Pour ainsi dire, Il ne regarde personne, il n'y a que le Maître du monde ; et s'il n'y a que le Maître du monde, il n'y a plus de procès, plus de tribunal, plus d'accusateurs, plus rien du tout, car Il est seul. Cependant, Hachem n'a point instauré ce mode de gouvernance de façon permanente, la règle ordinaire étant la conduite de la justice ; la conduite de l'Unité est, pour reprendre les mots du Ram'hal, un gouvernement auquel le Créateur ne recourt que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Lorsque nous supplions Hachem de Se dévoiler dans Son monde, nous demandons l'avènement de cette conduite de l'Unité : alors, que nous soyons méritants ou non, que nous en soyons dignes ou non, le Saint, béni soit-Il, nous délivre parce qu'Hachem est Dieu et qu'il n'y a rien d'autre que Lui. Tel est l'horizon futur : lorsqu'il n'y a ni homme de mérite ni intercesseur, surgit alors « Sa justice » - cette justice suprême, bonté absolue et infinie, par laquelle Il nous délivrera selon Sa souveraine volonté, sans dépendre aucunement des actes des hommes ni de leurs vertus.

« Il revêt la justice comme une cuirasse » - Les parures du salut et de la vengeance
וַיִּלְבַּשׁ צְדָקָה כַּשִּׁרְיָן וְכוֹבַע יְשׁוּעָה בְּרֹאשׁוֹ, וַיִּלְבַּשׁ בִּגְדֵי נָקָם תִּלְבֹּשֶׁת וַיַּעַט כַּמְעִיל קִנְאָה. (יז) - Il a revêtu la justice comme une cuirasse et mis un casque de salut sur Sa tête ; Il a revêtu les habits de la vengeance en guise de vêtement et s'est drapé de zèle comme d'un manteau. (17)

Le Malbim explique : pour bien comprendre ce verset, il faut avoir des notions fondamentales de lachone hakodech (la langue sainte), car plusieurs expressions exigent ici un éclaircissement. Qu'est-ce qu'une cuirasse et qu'est-ce qu'un casque de délivrance ? Qu'est-ce que la tsédaka et qu'est-ce que la yéchou'ah ? Qu'est-ce que la vengeance (nacam) et qu'est-ce que le zèle (kin'ah) ? Quel est le sens de « vayilbach » (Il a revêtu) par rapport à « tilbochet » (vêtement) ? Et pourquoi le texte emploie-t-il une fois le mot « habits » (bigdé) et une autre fois « manteau » (mé'il) ? Toutes ces répétitions et nuances apparentes nous invitent à saisir ce que le prophète vient nous enseigner ; en comprenant ces termes avec précision, nous appréhenderons également la nature même de la délivrance et de la rédemption future.

Premier principe : chaque fois qu'apparaît le terme « tsédaka », il fait référence à des actions que le Saint, béni soit-Il, accomplit par pure bonté (hessed). Nous ne le méritions pas, et Hachem a fait preuve de tsédaka envers nous. Telle est toujours l'essence de la tsédaka : non pas selon le strict dû, mais au-delà de la rigueur de la loi (lifnim michourat hadin), par grâce et non par droit acquis. De même, on trouve chez les hommes l'expression « pratiquer la tsédaka et le michpat » (la charité et la justice). Quelle est la différence entre les deux ? Le michpat concerne les relations entre l'homme et son prochain - intenter un procès, rendre justice entre un homme et autrui ; tandis que la tsédaka relève des devoirs de l'homme envers le Créateur (ben adam laMakom), quand l'homme fait preuve de dévouement généreux envers le Maître du monde. En revanche, lorsqu'il s'agit du Saint, béni soit-Il, le sens s'inverse : quand Il applique le michpat, c'est le jugement envers les nations, et quand Il pratique la tsédaka, c'est Sa grâce envers Israël. Il s'ensuit donc que la tsédaka est le salut d'Israël, et le michpat est la rétribution exercée contre les nations.

En conclusion :

Ce chapitre nous enseigne deux vérités indissociables. D'un côté, « la vérité a disparu et celui qui s'écarte du mal passe pour un fou » - signe caractéristique de la veille du Machia'h (ikvetah deMechi'ha), où la vérité se fragmente en factions isolées (adères), chacune persuadée de détenir l'unique vérité, et où celui qui fuit le mal est considéré comme insensé par la société ; or, selon la lecture du Ben Ich 'Haï, ces mêmes paroles peuvent être entendues comme un éloge : la sagesse de la vérité se répandra par groupes entiers dans les maisons d'étude, et le niveau de piété s'élèvera à un point tel que celui qui se contente de fuir le mal sans s'élever à la pratique active du bien (« fais le bien ») ne sera guère pris en considération. D'un autre côté, « Il vit qu'il n'y avait pas d'homme » - lorsqu'aucun soutien ne provient des actes humains et qu'aucun appui ne s'élève par la prière, le Saint, béni soit-Il, délivre par la seule force de Son bras, par Sa grâce suprême et par la conduite de l'Unité absolue qui révèle qu'« il n'y a rien en dehors de Lui ». Et selon le Radak, ces deux voies sont vraies : Hachem amorcera la rédemption, et la majorité d'Israël fera téchouva en voyant ses premiers signes. Il nous appartient de choisir quelle voie nous emprunterons : « A'hichena » (Je la hâterai), par la voie douce et méritée, ou à D.ieu ne plaise « Be'itah » (en son temps fixé), par le chemin de l'épreuve. « Il a revêtu la tsédaka comme une cuirasse » - grâce pour Israël et jugement sur les nations ; et puissions-nous mériter de contempler Son retour à Sion avec miséricorde, promptement et de nos jours.