Introduction : L'ultime bataille de Gog
Le chapitre 39 d'Ézéchiel s'inscrit dans la continuité directe de la prophétie de Gog et Magog du chapitre 38, mais il aborde une étape supplémentaire : après la défaite décrite dans le chapitre précédent, Gog reprend des forces et retourne au combat. Nos Sages enseignent ainsi que Gog montera par trois fois contre la terre d'Israël, et la campagne décrite ici est la toute dernière. Ce chapitre dépeint sa chute définitive, le pillage et l'enterrement qui s'ensuivront, ainsi que la sanctification du Nom divin qui en résultera.
וְאַתָּה בֶן־אָדָם הִנָּבֵא עַל־גּוֹג וְאָמַרְתָּ כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה הִנְנִי אֵלֶיךָ גּוֹג נְשִׂיא רֹאשׁ מֶשֶׁךְ וְתֻבָל׃ - Et toi, fils d'homme, prophétise contre Gog et dis : Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Me voici contre toi, Gog, prince souverain de Méchec et de Toubal !
On peut s'interroger : pourquoi cette formule introductive, « Et toi, fils d'homme, prophétise » ? Le Saint, béni soit-Il, n'aurait-il pas pu simplement énoncer Sa prophétie ? Le Malbim explique qu'il s'agit ici d'une distinction remarquable : le Saint, béni soit-Il, fait savoir à Ézéchiel que cette prophétie spécifique lui est réservée, et qu'aucun autre prophète ne l'a annoncée ni n'a eu le mérite de la recevoir. Et quel en est le contenu inédit ? C'est le fait que Gog, après la déroute mentionnée précédemment, reprendra des forces et se lancera dans une nouvelle offensive, laquelle sera la dernière.
וְשֹׁבַבְתִּיךָ וְשִׁשֵּׁאתִיךָ וְהַעֲלִיתִיךָ מִיַּרְכְּתֵי צָפוֹן וַהֲבִאוֹתִךָ עַל־הָרֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Je t'inciterai, je te séduirai, je te ferai monter de l'extrême nord et je t'amènerai sur les montagnes d'Israël.
Le terme « Vechovavtikha » évoque la rébellion et l'entêtement (Chovav), à l'image d'un esprit indocile qui suit le penchant de son cœur. En d'autres termes : Je te pousserai à la révolte, J'insufflerai en ton cœur un esprit de contestation qui te fera t'obstiner à partir en guerre. Naturellement, tu n'aurais aucune raison de repartir au combat, mais Je t'y inciterai, tout comme cela s'est produit avec Pharaon. Quant au mot « Vechicheitikha », il se rapproche de « Héchiani » (« Le serpent m'a séduite et j'ai mangé ») : Je te séduirai et Je ferai germer dans ton esprit la résolution de marcher au combat.
Nos Sages rattachent également le mot « Vechicheitikha » au chiffre six (Chicha) : J'amènerai sur toi à cet instant six fléaux, six jugements par lesquels tu seras condamné - la peste, le sang, la pluie torrentielle, les pierres de grêle, le feu et le soufre. Le Malbim apporte une explication supplémentaire : six camps s'y affronteront, trois contre trois, et Gog constituera le sixième. En effet, comme nous l'avons constaté dans les chapitres précédents, l'essentiel de la guerre ne nous opposera pas directement à eux, mais mettra aux prises les forces de la coalition et celles d'Ismaël : Ismaël et les trois camps qui l'accompagnent face à Édom, qui regroupe les nations d'Europe et d'Amérique.
וְהִכֵּיתִי קַשְׁתְּךָ מִיַּד שְׂמֹאולֶךָ וְחִצֶּיךָ מִיַּד יְמִינְךָ אַפִּיל׃ - Je briserai ton arc dans ta main gauche, et Je ferai tomber tes flèches de ta main droite.
L'arc est tenu de la main gauche, tandis que la corde est tendue de la main droite. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : Je combattrai contre toi d'une manière telle que tu ne pourras même pas tirer. Je frapperai l'arc dans ta main gauche et ferai tomber les flèches de ta main droite. En termes contemporains : sa puissance d'artillerie sera neutralisée, les missiles ne décolleront pas et les systèmes d'interception eux-mêmes cesseront de fonctionner.
עַל־הָרֵי יִשְׂרָאֵל תִּפּוֹל אַתָּה וְכׇל־אֲגַפֶּיךָ וְעַמִּים אֲשֶׁר אִתָּךְ לְעֵיט צִפּוֹר כׇּל־כָּנָף וְחַיַּת הַשָּׂדֶה נְתַתִּיךָ לְאׇכְלָה׃ - Sur les montagnes d'Israël tu tomberas, toi et toutes tes troupes, ainsi que les peuples qui sont avec toi ; aux oiseaux de proie, aux volatiles de toute espèce et aux bêtes des champs, Je te livrerai en pâture.
« Toi et toutes tes troupes » - tous ceux qui t'accompagnent et te prêtent main-forte tomberont à tes côtés. Leurs cadavres seront livrés en pâture aux oiseaux et aux bêtes sauvages. On pourrait s'étonner de cette accumulation de termes : « rapace » (Aït), « oiseau » (Tsippor), « toute créature ailée » (Kol kanaf) - un seul mot n'aurait-il pas suffi ? Le Malbim explique qu'il y a là trois niveaux distincts : « l'oiseau de proie » désigne les rapaces carnassiers, dont la nature est de dévorer de la chair. Le terme « oiseau » englobe même les espèces non carnassières, tel le simple moineau qui ne se nourrit habituellement pas de viande. Pourquoi en mangerait-il ici ? Parce que les corps gisant à l'abandon en plein champ resteront sans sépulture, et que l'oiseau en quête de nourriture viendra les picorer. Enfin, « toute créature ailée » inclut jusqu'aux mouches, moustiques et frelons, l'ensemble des insectes ailés. En d'autres termes : tous se repaîtront de ta carcasse et feront de toi un festin.
עַל־פְּנֵי הַשָּׂדֶה תִּפּוֹל כִּי אֲנִי דִבַּרְתִּי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Sur la surface des champs tu tomberas, car c'est Moi qui ai parlé, oracle du Seigneur, l'Éternel.
Tu arriveras sur les montagnes d'Israël, et lorsque tu descendras des montagnes pour attaquer, le Saint, béni soit-Il, te frappera et tu tomberas en rase campagne, comme nous l'avons vu dans Zacharie : ils tomberont à la surface des champs.
Le feu atteindra aussi leur demeure
וְשִׁלַּחְתִּי־אֵשׁ בְּמָגוֹג וּבְיֹשְׁבֵי הָאִיִּים לָבֶטַח וְיָדְעוּ כִּי־אֲנִי יְהֹוָה׃ - Et J'enverrai le feu dans Magog et chez ceux qui habitent les îles en sécurité, et ils sauront que Je suis l'Éternel.
Ce n'est pas seulement ici, sur le champ de bataille, que le feu et le soufre s'abattront sur eux, mais aussi dans leurs provinces et leurs villes. L'anéantissement et la peste atteindront également leur propre pays, ces « habitants des îles en sécurité » - ceux qui résident sur les îles sans crainte ni inquiétude, persuadés que la guerre est loin de chez eux. Le prophète vient proclamer : ne pense pas que parce que la guerre se déroule loin de toi, ta maison est à l'abri. Le feu atteindra aussi ta propre demeure.
וְאֶת־שֵׁם קׇדְשִׁי אוֹדִיעַ בְּתוֹךְ עַמִּי יִשְׂרָאֵל וְלֹא־אַחֵל אֶת־שֵׁם־קׇדְשִׁי עוֹד וְיָדְעוּ הַגּוֹיִם כִּי־אֲנִי יְהֹוָה קָדוֹשׁ בְּיִשְׂרָאֵל׃ - Et Je ferai connaître Mon saint Nom au milieu de Mon peuple Israël, et Je ne laisserai plus profaner Mon saint Nom ; et les nations sauront que Je suis l'Éternel, saint en Israël.
Lorsque le Saint, béni soit-Il, tire vengeance des nations, Son Nom se sanctifie dans le monde, comme nous l'avons vu dans la prophétie précédente : « Je Me grandirai et Je Me sanctifierai aux yeux d'un grand nombre de nations ». Jusqu'à présent, la situation relevait d'un Hiloul Hachem (profanation du Nom divin), car l'on voyait le peuple d'Israël battu et meurtri sans qu'Hachem ne semble intervenir. C'est à ce propos qu'il est dit : « Je ne laisserai plus profaner Mon saint Nom » - un tel état de fait ne perdurera plus, et désormais Son Nom béni sera sanctifié.
« Et les nations sauront que Je suis l'Éternel, saint en Israël » - toutes les nations reconnaîtront que le Saint, béni soit-Il, est élevé au milieu d'Israël et qu'Il le conduit par une providence surnaturelle. En effet, tous les châtiments qui s'abattront sur eux - la peste, le sang et les pierres de grêle - seront des châtiments miraculeux, nullement naturels. En voyant cela, les nations comprendront que tout provient de Lui, béni soit-Il, et il deviendra alors évident pour tous que si le Saint, béni soit-Il, n'avait pas protégé Israël jusqu'alors, ce n'était nullement par impuissance, à D.ieu ne plaise, mais parce qu'Israël ne l'avait pas mérité. Nous le verrons explicitement dans les versets suivants du chapitre.
הִנֵּה בָאָה וְנִהְיָתָה נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה הוּא הַיּוֹם אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי׃ - Voici que cela vient et s'accomplit, dit le Seigneur D.ieu : c'est le jour dont J'ai parlé.
Ce jour n'est connu d'aucun prophète ni visionnaire. La Guémara enseigne : liba lepouma lo galia - le cœur, pour ainsi dire, ne l'a pas révélé à la bouche ; c'est une chose si cachée qu'elle n'est même pas passée du cœur à la bouche. Dès lors, explique le Malbim, il est impossible que cela soit appréhendé dans le domaine de la vision et de la prophétie. Ce n'est que lorsque l'événement se produira concrètement et que cette réalité émergera que tous reconnaîtront : voici le jour dont J'ai parlé. Jusque-là, la chose reste scellée et cachée, comme il est dit dans Daniel : « Car ces paroles sont closes et scellées » - le terme de la fin des temps (Kets hayamin) demeure caché, et nul ne peut le prophétiser de manière claire et explicite.
Les armes deviendront du combustible
וְיָצְאוּ יֹשְׁבֵי עָרֵי יִשְׂרָאֵל וּבִעֲרוּ וְהִשִּׂיקוּ בְּנֶשֶׁק וּמָגֵן וְצִנָּה בְּקֶשֶׁת וּבְחִצִּים וּבְמַקֵּל יָד וּבְרֹמַח וּבִעֲרוּ בָהֶם אֵשׁ שֶׁבַע שָׁנִים׃ - Et les habitants des villes d'Israël sortiront, ils allumeront du feu et feront brûler les armes, le petit et le grand bouclier, l'arc et les flèches, le bâton et la lance, et ils en feront du feu pendant sept ans.
Le prophète décrit ici l'ampleur de la déroute : la quantité d'armes abandonnées après la guerre sera si colossale que ces armes serviront elles-mêmes de combustible pour le chauffage et la cuisson. Les boucliers, grands et petits, les arcs, les flèches, les gourdins et les lances - ils en alimenteront le feu pendant sept ans, sans avoir besoin de couper du bois dans les forêts. En termes contemporains, on pourrait dire que ces explosifs et cet armement serviront à produire de l'énergie, par exemple pour l'électricité, durant sept années entières, sans recourir au bois.
Et pourquoi utilisera-t-on les armes comme combustible de chauffage plutôt que pour leur usage initial ? Parce que nous parviendrons à l'époque dont il est dit : « Une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre nation, et l'on n'apprendra plus la guerre », « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des serpes ». Nous avons déjà vu quelque chose de semblable à notre époque : il y a eu un accord entre l'Amérique et la Russie pour démanteler certains missiles balistiques, et l'on a fabriqué à partir de leur métal toutes sortes d'objets, entre autres des stylos raffinés en matériaux précieux. Par jeu de mots : « De leurs épées ils forgeront des socs (la'itim) » - des stylos (la'étim).
וְלֹא־יִשְׂאוּ עֵצִים מִן־הַשָּׂדֶה וְלֹא יַחְטְבוּ מִן־הַיְּעָרִים כִּי בַנֶּשֶׁק יְבַעֲרוּ־אֵשׁ וְשָׁלְלוּ אֶת־שֹׁלְלֵיהֶם וּבָזְזוּ אֶת־בֹּזְזֵיהֶם נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Et ils n'emporteront pas de bois des champs et n'en couperont pas dans les forêts, car c'est avec les armes qu'ils allumeront le feu ; ils dépouilleront ceux qui les ont dépouillés et pilleront ceux qui les ont pillés, parole du Seigneur D.ieu.
Un homme qui a besoin de se chauffer sort ramasser du bois dans les champs, et là où il n'y a pas de forêt, on glane des épines et des branchages. Le verset nous dit : on ne ramassera pas de bois dans les champs, et là où se trouvent des forêts, on n'en coupera pas non plus, car tous les besoins en combustible pour sept années seront pourvus par ces armes. « Ils dépouilleront ceux qui les ont dépouillés » : puisqu'ils sortiront de toute façon dans les champs pour ramasser le butin et piller, ils ramasseront aussi ces armes abandonnées sur place, « et ils pilleront ceux qui les ont pillés ».
L'enterrement de Gog - la récompense de Yéfeth
וְהָיָה בַיּוֹם הַהוּא אֶתֵּן לְגוֹג מְקוֹם־שָׁם קֶבֶר בְּיִשְׂרָאֵל גֵּי הָעֹבְרִים קִדְמַת הַיָּם וְחֹסֶמֶת הִיא אֶת־הָעֹבְרִים וְקָבְרוּ שָׁם אֶת־גּוֹג וְאֶת־כׇּל־הֲמוֹנֹה וְקָרְאוּ גֵּיא הֲמוֹן גּוֹג׃ - En ce jour-là, j'accorderai à Gog un lieu de sépulture en Israël, la vallée des Passants, à l'est de la mer, et elle barrera le passage aux passants ; là, on enterrera Gog et toute sa multitude, et on l'appellera la vallée de Hamon-Gog.
Ici, le prophète annonce que l'on agira envers Gog bien au-delà de la conduite habituelle envers un ennemi, avec une réelle humanité : « J'accorderai à Gog un lieu de sépulture ». Nos Sages demandent : à quel titre Gog et ses troupes ont-ils mérité la sépulture ? Ils répondent que lorsque la nudité de Noa'h fut découverte et que Canaan fut maudit, Chem et Yéfeth prirent le manteau pour recouvrir la nudité de leur père. Chem s'empressa d'accomplir la mitsva, et c'est pourquoi il mérita la mitsva des tsitsith, accordée dès ce monde-ci. Yéfeth, en revanche, fit preuve d'une certaine lenteur : il participa, mais sans entrain, avec paresse. Et parce qu'il s'est attardé, sa récompense vient elle aussi avec lenteur et retard : non pas en ce monde ni de son vivant, mais seulement dans les temps futurs, à l'époque de Gog, bien après sa mort, en méritant une sépulture. Nous en tirons un enseignement sur l'importance du zèle dans l'accomplissement des mitsvoth. Chem, qui s'est empressé, a mérité les tsitsith, grâce auxquelles on mérite d'accueillir la Présence divine, et qui constituent aussi une protection pour l'homme dans ce monde-ci.
Et où se trouvera ce lieu de sépulture ? Dans « la vallée des Passants, à l'est de la mer ». Rachi explique, d'après le Targoum, qu'il s'agit de l'endroit par lequel on traversait le lac de Kinnereth pour aller chercher les fruits de Guénossar - des fruits dont la Guémara dans Berakhoth témoigne de la douceur et de la richesse exceptionnelles. « À l'est de la mer » signifie à l'est du lac de Tibériade. Il s'avère ainsi que le cœur de la bataille et l'essentiel de leur défaite auront lieu dans la région du Kinnereth, sur cette voie de passage.
« Et elle barrera le passage aux passants » : deux explications sont apportées. La première : en raison du nombre immense de cadavres jonchant le sol, il sera totalement impossible de passer, la masse des corps tombés obstruant la route. La seconde : les passants devront se boucher le nez, incapables de respirer tant l'odeur des corps en décomposition sera insoutenable, au point que quiconque approchera devra se boucher les narines.
וּקְבָרוּם בֵּית יִשְׂרָאֵל לְמַעַן טַהֵר אֶת־הָאָרֶץ שִׁבְעָה חֳדָשִׁים׃ - La maison d'Israël les enterrera afin de purifier le pays, pendant sept mois.
Pourquoi faut-il les enterrer ? « Afin de purifier le pays ». Un lieu où gît un mort est un lieu d'impureté. Et de même que la Torah ordonne que les condamnés à la lapidation soient pendus puis enterrés immédiatement, avec l'interdiction formelle de laisser le cadavre passer la nuit sur le gibet, car « un pendu est une malédiction de D.ieu » - l'homme ayant été créé à l'image divine, profaner le corps revient en quelque sorte à porter atteinte à l'honneur du Créateur du monde -, il en va de même ici. La quantité de cadavres sera si prodigieuse que les équipes de secours et de 'Hessed devront œuvrer sept mois entiers pour purifier la terre. De plus, il ne restera personne parmi les ennemis pour enterrer les leurs. Seuls nous subsisterons, et c'est nous qui les enterrerons.
וְקָבְרוּ כׇּל־עַם הָאָרֶץ וְהָיָה לָהֶם לְשֵׁם יוֹם הִכָּבְדִי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Tout le peuple du pays les enterrera, et ce sera pour eux un titre de gloire au jour où Je serai glorifié, parole du Seigneur D.ieu.
Il est bien connu que les gens s'éloignent d'un corps resté longtemps sans sépulture. Lors de chaque grande catastrophe naturelle, l'un des problèmes les plus critiques consiste à savoir qui enterrera les défunts, car un corps en décomposition engendre un risque immense d'épidémies et de maladies. C'est ce qui s'est produit lors du tsunami, où il fallut s'empresser d'enterrer les morts avant l'apparition d'épidémies, en particulier dans les régions défavorisées dépourvues de vaccins, avec le risque de voir mourir plus de personnes encore que lors du désastre initial. Or ici, le peuple d'Israël procédera aux enterrements pendant sept mois, ce qui signifie qu'il y aura des corps en état de décomposition très avancée. Qui serait prêt à enterrer de tels corps ?
Et lorsque les nations verront qu'Israël les enterre sans craindre d'être contaminé par les maladies et la peste, « cela leur vaudra un renom », un renom et une gloire. Ils glorifieront et honoreront Israël en disant : voyez quel dévouement, quelle grandeur ils possèdent, s'occupant de cela au péril de leur vie, simplement pour que les corps ne restent pas comme du fumier à la surface du sol. Et ils diront : il n'est pas de nation aussi miséricordieuse que celle-ci. Voit-on jamais un homme enterrer l'ennemi qui venait pour le tuer ? Tel est le commentaire de Rachi. C'est ainsi qu'ils loueront Israël pour sa grandeur et sa noblesse.
Et quel est le sens de « le jour où Je Me serai glorifié » ? Lorsqu'on verra que tout le peuple d'Israël a touché et manipulé des cadavres dans un état qui entraîne immanquablement la contagion, et que pourtant aucun homme d'Israël n'en a souffert, que la peste et les maladies ne les ont pas atteints, le Nom d'Hachem sera glorifié dans le monde. Tous diront : on voit bien la providence divine qui veille sur eux, Hachem protège leurs âmes. C'est ainsi que grandira l'honneur du Ciel.
Des hommes permanents et l'œuvre de purification
וְאַנְשֵׁי תָמִיד יַבְדִּילוּ עֹבְרִים בָּאָרֶץ מְקַבְּרִים אֶת־הָעֹבְרִים אֶת־הַנּוֹתָרִים עַל־פְּנֵי הָאָרֶץ לְטַהֲרָהּ מִקְצֵה שִׁבְעָה־חֳדָשִׁים יַחְקֹרוּ׃ - Et l'on désignera des hommes à plein temps qui parcourront le pays, enterrant avec les passants ceux qui restent à la surface de la terre afin de la purifier ; au bout de sept mois, ils feront des recherches.
« Des hommes à plein temps » (anshé tamid) - non pas des volontaires engagés pour une seule journée lors d'une opération ponctuelle, mais des hommes dont la fonction permanente sera l'inhumation des morts. On les réservera et les assignera expressément à cette tâche. Et ils « parcourront le pays », se déplaçant d'un lieu à un autre. En effet, il y aura un endroit central où se trouvera la majorité des cadavres, et là, il sera aisé de les enterrer ; mais il y aura encore de nombreux morts disséminés à travers le pays, ce qui nécessitera des recherches, des investigations et des vérifications pour les localiser. Dans ce but, on désignera des spécialistes, sortes d'enquêteurs, chargés de rechercher les corps. « Enterrant avec les passants » - ceux qui ne se trouvaient pas sur le champ de bataille principal, mais qui traversaient d'autres régions et y ont péri.
Et pourquoi précisément sept mois et pas davantage ? Le Malbim explique : non pas parce qu'il n'y aura plus de corps, mais parce qu'au bout de sept mois, les chairs seront déjà décomposées. De plus, les oiseaux du ciel ne resteront pas inactifs, et les bêtes de la terre feront également leur part, puisque le Saint, béni soit-Il, a appelé toutes les bêtes de la terre et tous les oiseaux du ciel à dévorer leur chair. Dès lors, il ne restera plus rien à enterrer en dehors des ossements, et c'est précisément de ces ossements que traite le verset suivant.
וְעָבְרוּ הָעֹבְרִים בָּאָרֶץ וְרָאָה עֶצֶם אָדָם וּבָנָה אֶצְלוֹ צִיּוּן עַד קָבְרוּ אֹתוֹ הַמְקַבְּרִים אֶל־גֵּיא הֲמוֹן גּוֹג׃ - Et les passants parcourront le pays, et si quelqu'un aperçoit un ossement humain, il dressera un repère à côté, jusqu'à ce que les fossoyeurs l'aient enseveli dans la vallée de Hamon-Gog.
« Et les passants parcourront » - le Radak précise qu'il ne s'agit pas ici de ces hommes à plein temps dont c'est la tâche, mais de simples voyageurs qui traversent le pays. Lorsqu'une personne passera et verra un os humain gisant à la surface du champ, car, comme nous l'avons dit, il ne restera plus que des ossements, elle érigera un repère à côté.
Qu'est-ce qu'un « tsiyoun » (repère) ? Cela vient du mot signe ou marque (siman). À leur époque, il n'était pas d'usage de dresser une pierre tombale portant un nom, une date et des éloges. On enterrait le défunt, on posait une pierre sur le lieu de sa sépulture et on la blanchissait à la chaux, uniquement à titre de marqueur et de repère. C'est en ce sens qu'il est dit d'Israël en Égypte qu'ils étaient « metsouyanim cham » - non pas qu'ils avaient obtenu de bonnes notes à des examens, mais qu'ils étaient reconnaissables et distincts, de sorte que quiconque les voyait s'exclamait : voilà un Juif, le nom d'Israël repose sur lui !
De même au Yémen, dans de nombreux cimetières, on n'inscrivait aucun nom sur les tombes. On enterrait le mort et on posait une pierre, sans gravure et sans stèle. La coutume d'aller se recueillir sur les tombes n'y était d'ailleurs pas répandue, sauf en période de détresse : en cas de malheur, toute la communauté de la synagogue se rendait au cimetière, priait, pleurait et faisait téchouva, et sur le chemin du retour, la pluie les surprenait déjà. C'était chez eux une chose constante. Mais monter régulièrement sur les tombes sans motif particulier ne faisait pas partie de leurs usages.
Pourquoi est-il malgré tout indispensable de marquer l'emplacement d'une sépulture, alors même que l'on ignore qui y est enterré ? En raison des lois de pureté et d'impureté rituelles (touma vé-tahara). Il est interdit à un Cohen de passer au-dessus d'une tombe, et il est également interdit à quiconque de marcher sur une tombe. De plus, si un homme transporte des aliments purs (taharot) et passe par là, ils deviennent impurs, car il surplombe le mort (ohel). C'est pourquoi on posait des repères et des signaux d'avertissement : attention, ici se trouve une tombe, faites le tour ! Et un lieu où se trouvait une tombe oubliée dont l'emplacement exact s'est perdu est appelé un « beit hapéras » : une tombe labourée par une charrue, où les ossements risquent d'avoir été dispersés sur toute la parcelle, empêchant un Cohen d'y pénétrer. C'est pourquoi on signale les tombes, afin que la terre entière ne devienne pas une source de souillure, mais que l'on sache qu'ici repose un corps, pour le contourner et ne pas se rendre impur.
וְגַם שֶׁם־עִיר הֲמוֹנָה וְטִהֲרוּ הָאָרֶץ׃ - Et le nom de la ville sera aussi Hamona ; et ils purifieront le pays.
Tout comme la vallée sera appelée « la vallée de Hamon-Gog », et que l'on y rassemblera les ossements autant que possible (et si l'on ne peut pas, on placera un repère à cet endroit), de même la ville où ils avaient dressé leurs tentes, près de cette vallée, lorsqu'ils étaient venus nous combattre, sera elle aussi appelée d'après eux, « la ville de Hamona », en souvenir de cette immense multitude venue contre nous. Et selon les termes du Targoum : « Là aussi seront jetés les morts de Gog, cette ville d'où une foule immense s'est agitée pour venir faire la guerre sur cette terre, et ils purifieront le pays ». Cette dénomination a pour but de signaler aux gens de prendre garde, car cet endroit est impur. « Et ils purifieront le pays » - car ils sauront que les cadavres sont concentrés précisément en ce lieu, et non dans le reste de la ville.
En résumé :
Dans ce chapitre, Yé'hezkel décrit, à travers une prophétie qui lui est singulière, l'ultime campagne de Gog : le Saint, béni soit-Il, l'incitera et l'entraînera Lui-même à monter depuis les confins du nord, brisera ses armes et le fera tomber sur les montagnes d'Israël pour servir de pâture aux rapaces, aux oiseaux et aux bêtes des champs, et le feu s'abattra même sur sa propre terre et sur les îles. De tout cela, le Nom divin sera sanctifié : finie la profanation du Nom liée à un peuple meurtri et humilié ; le monde entier reconnaîtra désormais que le Saint, béni soit-Il, est saint en Israël et le guide par une providence surnaturelle. La quantité de butin sera si prodigieuse que les armes serviront de combustible pendant sept ans, et le nombre de victimes sera si grand que leur inhumation durera sept mois. Malgré tout, le peuple d'Israël les enterrera - par le mérite de l'empressement de Yéfeth à couvrir la nudité de son père - et par ce dévouement même, par cette miséricorde, et par le fait qu'aucun membre d'Israël ne sera atteint, ce sera « le jour où Je serai glorifié » et la sanctification de Son saint Nom dans le monde.