Introduction : De la parabole à son application
Le chapitre 17 de Yé’hezkel s'ouvre sur une énigme et une parabole : le grand aigle venant au Liban et prélevant la cime du cèdre, la vigne de basse taille plantée près d'eaux abondantes, et le second aigle vers lequel la vigne tourne avidement ses racines. Dans cette partie, nous arrivons au terme de la parabole et au début de son explication : le prophète dévoile explicitement qui est l'aigle, qui est la vigne, et ce qu'il adviendra de Tsidkiyahou qui s'est rebellé contre Nevoukhadnetsar. Puis, à la fin du chapitre, la prophétie s'inverse en une promesse de bien : un autre prélèvement, accompli par le Saint, béni soit-Il, non pas pour déraciner, mais pour replanter.
Verset 10 : « Prospérera-t-elle ? » - Une trahison peut-elle réussir ?
וְהִנֵּה שְׁתוּלָה הֲתִצְלָח הֲלֹא כְגַעַת בָּהּ רוּחַ הַקָּדִים תִּיבַשׁ יָבֹשׁ עַל עֲרֻגֹת צִמְחָהּ תִּיבָשׁ׃ - « Et voici, bien que plantée, réussira-t-elle ? Dès que le vent d'est l'aura touchée, ne va-t-elle pas se dessécher complètement ? Elle se desséchera sur les sillons mêmes où elle a germé. »
« Bien que plantée » - selon son bon vouloir, comme l'explique Rachi. Et la question est posée : réussira-t-elle ? Est-il concevable que celle qui a trahi son premier époux puisse prospérer ? Le sens profond vise Tsidkiyahou, qui a trahi Nevoukhadnetsar. C'est pourtant Nevoukhadnetsar qui l'avait fait roi, qui lui avait confié cette charge et l'avait établi, et toi, tu es allé le trahir - penses-tu vraiment réussir ? Il est impossible qu'une telle trahison mène au succès.
« Dès que le vent d'est l'aura touchée, ne va-t-elle pas se dessécher complètement ? » - Le vent d'est est une allégorie du roi de Babylone, car Babylone est située au nord-est de la terre d'Israël, et le vent d'est souffle depuis ces régions. Ce vent est réputé brûlant et desséchant, comme il est dit : « Le vent d'est viendra, un souffle de l'Éternel montant du désert, et sa source tarira, sa fontaine s'asséchera ». En d'autres termes : ta situation ne te permettait aucunement de trahir Nevoukhadnetsar. Quand ce vent d'est frappera, elle se desséchera complètement ; « elle se desséchera sur les sillons mêmes où elle a germé » : sur ces parterres mêmes où elle s'était développée, c'est là qu'elle se flétrira.
Le Malbim apporte ici une précision essentielle : même si l'aigle, c'est-à-dire Nevoukhadnetsar qui l'avait plantée à l'origine, ne venait pas lui-même pour l'arracher, le simple fait d'être déracinée de son lieu initial et replantée ailleurs compromet toute réussite, car ce nouvel endroit n'est pas son milieu naturel. Lorsqu'on déracine un arbre pour le transplanter, rien ne garantit qu'il s'enracinera et grandira. Bien souvent, c'est précisément à son premier emplacement qu'il prospérait, tandis qu'au second, il dépérit et ne parvient pas à prendre racine. C'est ce que dit le prophète : même sans l'intervention directe de Nevoukhadnetsar, vous n'auriez aucun avenir, du simple fait d'avoir placé votre confiance en Pharaon, roi d'Égypte.
Versets 11-12 : L'explication de l'énigme
וַיְהִי דְבַר יְהֹוָה אֵלַי לֵאמֹר׃ אֱמׇר נָא לְבֵית הַמֶּרִי הֲלֹא יְדַעְתֶּם מָה אֵלֶּה אֱמֹר הִנֵּה בָא מֶלֶךְ בָּבֶל יְרוּשָׁלִַם וַיִּקַּח אֶת מַלְכָּהּ וְאֶת שָׂרֶיהָ וַיָּבֵא אוֹתָם אֵלָיו בָּבֶלָה׃ - « La parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Dis donc à la maison rebelle : Ne savez-vous pas ce que cela signifie ? Dis : Voici, le roi de Babylone est venu à Jérusalem, il a pris son roi et ses princes, et les a emmenés avec lui à Babylone. »
Le chapitre a commencé par une énigme et une parabole, et le prophète vient à présent expliciter chaque détail de la parabole et sa correspondance historique. Une grande partie de cette explication a déjà été abordée lors de la parabole elle-même, mais le prophète la structure désormais avec clarté. La « maison rebelle » désigne cette lignée d'insoumis, ceux qui se révoltent. « Ne savez-vous pas ce que cela signifie ? » - Comprenez-vous la parabole et l'énigme que je vous ai soumises ?
Le Malbim commente : « Voici, le roi de Babylone est venu à Jérusalem » - c'est le grand aigle qui vient au Liban. Or, le Liban désigne ici le Beth Hamikdach, pour deux raisons : parce qu'il blanchit les fautes d'Israël, et parce qu'il fut bâti avec les cèdres du Liban. « Il a pris son roi » - c'est la cime du cèdre, Yéhoyakhine, les rois étant comparés à la cime, la partie la plus élevée du peuple. « Et ses princes » - cela correspond à « il en a arraché le plus élevé des jeunes rameaux ». « Et les a emmenés avec lui à Babylone » - cela renvoie à « il l'a déposé dans une ville de marchands », car Babylone est cette grande cité commerçante.
Verset 13 : L'alliance et les otages
וַיִּקַּח מִזֶּרַע הַמְּלוּכָה וַיִּכְרֹת אִתּוֹ בְּרִית וַיָּבֵא אֹתוֹ בְּאָלָה וְאֶת אֵילֵי הָאָרֶץ לָקָח׃ - Il prit un membre de la lignée royale, conclut une alliance avec lui et lui fit prêter serment par imprécation, tandis qu'il emmenait les puissants du pays.
« Il prit un membre de la lignée royale » - il s'agit de Tsidkiyahou. Le Radak explique que « tandis qu'il emmenait les puissants du pays » signifie qu'en plus du serment et de l'alliance, Nevoukhadnetsar prit également des ministres et des dignitaires pour servir d'otages chez lui. C'était une pratique courante chez les souverains de l'Antiquité : lorsqu'on craignait qu'un roi vassal ne se révolte contre son suzerain, le souverain régnant s'assurait une garantie. Parfois, il prenait l'un des enfants du roi et le gardait auprès de lui, en disant : si tu te révoltes contre moi, je le tuerai. Et parfois, il prenait des ministres et des notables du royaume, en menaçant de les exécuter. C'était le moyen de garantir que le royaume soumis ne se rebellerait pas contre la puissance dominante. C'est le sens de « tandis qu'il emmenait les puissants du pays » : outre l'imprécation et l'alliance par lesquelles il fit jurer à Tsidkiyahou de ne pas se rebeller, il prit les ministres comme otages afin qu'il demeure soumis et ne s'enorgueillisse pas contre lui.
Le Malbim met en parallèle l'application et la parabole : « Il prit un membre de la lignée royale » correspond à « Il prit de la semence du pays » ; « conclut une alliance avec lui » correspond à « il la planta dans un champ fertile » - il l'a plantée dans le but de conclure une alliance avec elle, c'est-à-dire : je t'établis ici à condition que tu me sois soumis ; « tandis qu'il emmenait les puissants du pays » correspond à « il la plaça comme un saule ».
Verset 14 : Un royaume humble
לִהְיוֹת מַמְלָכָה שְׁפָלָה לְבִלְתִּי הִתְנַשֵּׂא לִשְׁמֹר אֶת בְּרִיתוֹ לְעׇמְדָהּ׃ - Afin que ce fût un royaume humble, incapable de s'élever, gardant son alliance pour qu'elle subsiste.
« Afin que ce fût un royaume humble » - c'est l'équivalent de « pour devenir une vigne rampante », une vigne qui s'étend au ras du sol sans s'élever, soumise à celui qui la domine, c'est-à-dire Nevoukhadnetsar. « Incapable de s'élever » - c'est « de petite taille », restant basse pour ne pas lever la tête et se rebeller. « Gardant son alliance pour qu'elle subsiste » - c'est « pour tourner ses sarments vers lui » : que les sarments, c'est-à-dire les branches, soient tournés vers Nevoukhadnetsar, c'est-à-dire qu'il respecte son alliance et son serment sans se révolter contre lui. « Pour qu'elle subsiste » - afin que l'alliance tienne et demeure. Nevoukhadnetsar prit toutes ces dispositions en établissant Tsidkiyahou, afin de s'assurer qu'il ne dévierait pas de son alliance.
Verset 15 : La rébellion et le recours à l'Égypte
וַיִּמְרׇד בּוֹ לִשְׁלֹחַ מַלְאָכָיו מִצְרַיִם לָתֶת לוֹ סוּסִים וְעַם רָב הֲיִצְלָח הֲיִמָּלֵט הָעֹשֵׂה אֵלֶּה וְהֵפֵר בְּרִית וְנִמְלָט׃ - Mais il se révolta contre lui, envoyant ses émissaires en Égypte pour qu'elle lui donne des chevaux et un peuple nombreux. Réussira-t-il ? Échappera-t-il, celui qui agit ainsi ? Après avoir rompu une alliance, échappera-t-il ?
Et au lieu de tout cela, que fit Tsidkiyahou ? « Mais il se révolta contre lui », ce qui correspond à « elle devint un cep de vigne et produisit des branches » : de longues branches lui avaient poussé, et il ne tenait déjà plus compte du roi de Babylone. « Envoyant ses émissaires en Égypte » - il s'agit du second aigle de la parabole, Pharaon, vers qui Tsidkiyahou se tourna pour obtenir de l'aide. Et que demandait-il ? « Pour qu'elle lui donne des chevaux et un peuple nombreux » - ce qui correspond à « pour l'arroser depuis les sillons de sa plantation » : il voulait être planté dans le parterre de Pharaon et en recevoir l'arrosage, signifiant ainsi : je ne suis plus soumis à Nevoukhadnetsar, j'ai choisi d'autres maîtres.
C'est pourquoi le prophète demande : « Réussira-t-il ? », et la réponse est que cette démarche échouera pour deux raisons. La première, « Échappera-t-il, celui qui agit ainsi ? » - Nevoukhadnetsar ne te laissera pas faire, il te combattra et te conquerra, ce qui correspond à « N'en arrachera-t-il pas les racines ? ». La seconde, « Après avoir rompu une alliance, échappera-t-il ? » - même s'il ne te combattait pas, tu as rompu l'alliance et le serment, et le Saint, béni soit-Il, te punira. La rupture d'une alliance entraîne un châtiment de la part d'Hachem. Tel est le sens de ce qui a été dit plus haut, « elle séchera sur les sillons où elle avait poussé » : même si Nevoukhadnetsar ne venait pas te dessécher, tu te dessécherais de toi-même, car tu as conclu une alliance avec Nevoukhadnetsar, et par cette alliance et ce serment, tu es engagé envers le Ciel. Serait-il concevable que tu te révoltes contre lui sans que le Ciel ne t'en demande compte ?
Verset 16 : C'est au sein de Babylone qu'il mourra
חַי אָנִי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה אִם לֹא בִּמְקוֹם הַמֶּלֶךְ הַמַּמְלִיךְ אֹתוֹ אֲשֶׁר בָּזָה אֶת אָלָתוֹ וַאֲשֶׁר הֵפֵר אֶת בְּרִיתוֹ אִתּוֹ בְתוֹךְ בָּבֶל יָמוּת׃ - Par Ma vie ! dit le Seigneur D.ieu, c'est dans le lieu du roi qui l'a fait régner, dont il a méprisé le serment et dont il a rompu l'alliance, c'est auprès de lui, au milieu de Babylone, qu'il mourra.
« Par Ma vie » et « Si ce n'est » (« Im lo ») - partout où il est dit « Im lo », c'est une formule de serment, comme dans « Si ce n'est que de nombreuses maisons... » ou « Si ce n'est comme Je l'ai résolu... ». Le Malbim explique que c'est là le sens de « Celui qui agit ainsi échappera-t-il ? » mentionné plus haut : il n'échappera point, car Nabuchodonosor viendra lui faire la guerre. Et ce n'est pas tout, car Il lui ajoute une prophétie : « Au milieu de Babylone il mourra » - c'est là que sera sa fin ; tu ne continueras pas à régner ici, ta royauté prendra fin car Nabuchodonosor te soumettra, et ta mort surviendra à Babylone.
Verset 17 : Pharaon ne viendra pas à son secours
וְלֹא בְחַיִל גָּדוֹל וּבְקָהָל רָב יַעֲשֶׂה אוֹתוֹ פַרְעֹה בַּמִּלְחָמָה בִּשְׁפֹּךְ סֹלְלָה וּבִבְנוֹת דָּיֵק לְהַכְרִית נְפָשׁוֹת רַבּוֹת׃ - Et ce n'est point avec une grande armée ni avec une foule nombreuse que Pharaon agira pour lui dans la guerre, lorsqu'on élèvera des remblais et qu'on bâtira des retranchements pour détruire de nombreuses vies.
Pharaon ne viendra pas avec une grande armée pour le secourir dans sa guerre contre Nabuchodonosor. Tu comptais sur Pharaon, mais tu découvriras qu'il ne mobilisera pas ses troupes et ses légions pour venir combattre pour toi et te protéger. « Lorsqu'on élèvera des remblais et qu'on bâtira des retranchements » - lorsqu'on voulait assiéger et conquérir une ville, on élevait une rampe de siège, c'est-à-dire qu'on amoncelait un talus de terre en biais contre le rempart pour pouvoir y monter, et l'on construisait des tours de siège pour s'emparer de la ville et retrancher des vies. Et tout cela vient te montrer que l'alliance que tu as conclue avec Pharaon, roi d'Égypte, ne te servira à rien.
Le Malbim met cela en parallèle avec ce qui a été dit dans la parabole : « Ni avec un bras puissant, ni avec un peuple nombreux pour l'arracher de ses racines ». Selon le Radak, cela désigne Pharaon : Pharaon ne viendra pas avec un bras puissant et un peuple nombreux pour te sauver de Nabuchodonosor. Et selon le Malbim, cela désigne Nabuchodonosor : il n'aura nul besoin de déployer un bras puissant et un peuple nombreux, mais il te prendra avec facilité, sans avoir à investir de grands efforts. L'idée fondamentale reste la même selon les deux approches : Pharaon ne te sauvera pas ; la seule question est de savoir à qui s'applique l'expression « le bras puissant et le peuple nombreux ».
Verset 18 : « Alors qu'il avait donné sa main »
וּבָזָה אָלָה לְהָפֵר בְּרִית וְהִנֵּה נָתַן יָדוֹ וְכׇל אֵלֶּה עָשָׂה לֹא יִמָּלֵט׃ - Il a méprisé le serment pour rompre l'alliance, alors qu'il avait donné sa main ; ayant fait tout cela, il n'échappera point.
« Il a méprisé le serment pour rompre l'alliance » - cela fait écho à « rompre une alliance et échapper ? » cité plus haut. Une « Ala » est une imprécation sous serment : il a méprisé ce serment et a rompu l'alliance qu'il avait scellée avec Nabuchodonosor et jurée devant lui. Et que signifie « alors qu'il avait donné sa main » ? Il existe deux explications. Rachi et le Radak expliquent que donner la main est un geste d'engagement, d'affection et de paix, comme une poignée de main par laquelle il s'engageait à demeurer avec lui dans la paix et la concorde. Le Malbim, quant à lui, explique qu'il s'agit de baisser les bras face au combat une fois la ville ouverte par une brèche. (Soit dit en passant, dans toutes les éditions imprimées du Malbim, on lit « Chénichke'a ha'ir », ce qui est une faute d'impression pour « Chénivke'a ha'ir », « la ville ayant été bréchée ».) C'est-à-dire : après avoir déjà capitulé et renoncé au combat, alors que la brèche était faite dans la muraille, que Nabuchodonosor était déjà à l'intérieur et qu'il n'y avait plus lieu de lutter, il persista malgré tout dans sa rébellion et tenta de fuir en Égypte. Car Tsidkiyahu s'enfuit par la grotte qui partait du palais, un tunnel de fuite, comme nous l'avons vu longuement plus haut, et en fin de compte le Saint, béni soit-Il, le livra aux mains de Nabuchodonosor. C'est à ce sujet qu'il est dit : comment penses-tu pouvoir échapper ? Et c'est là le sens de « La voici plantée, réussira-t-elle ? » mentionné plus haut : après avoir été planté ici, pourras-tu être déraciné d'ici pour être replanté ailleurs, violer un serment et rompre une alliance, et voir ton dessein réussir ?
Verset 19 : « Mon serment » et « Mon alliance »
לָכֵן כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה חַי אָנִי אִם לֹא אָלָתִי אֲשֶׁר בָּזָה וּבְרִיתִי אֲשֶׁר הֵפִיר וּנְתַתִּיו בְּרֹאשׁוֹ׃ - C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur D.ieu : Par Ma vie ! Mon serment qu'il a méprisé et Mon alliance qu'il a rompue, Je les ferai retomber sur sa tête.
« Par Ma vie, si ce n'est » - c'est à nouveau une formule de serment. Et pourquoi est-il dit « Mon serment » (« Alati »), alors qu'il s'agissait du serment exigé par Nabuchodonosor ? La réponse est que Nabuchodonosor lui avait fait prêter serment par D.ieu, c'est pourquoi Il l'appelle « Mon serment » : c'est Mon serment qu'il a violé, dit Hachem. De même pour « Mon alliance », car c'est au nom du Saint, béni soit-Il, qu'il avait conclu cette alliance avec lui. Il s'avère donc que son acte constituait une profanation du Nom divin ('Hiloul Hachem). « Je le ferai retomber sur sa tête » - Je ferai retomber cette faute sur sa tête, Je lui rétribuerai son salaire sur sa tête. Et ici, la réalisation est littérale : qu'a fait Nabuchodonosor après l'avoir fait descendre vers Babylone ? Il l'a aveuglé et lui a crevé les yeux. Le châtiment s'est abattu directement sur la tête, sur les yeux situés dans la tête.
Verset 20 : Filet et piège
וּפָרַשְׂתִּי עָלָיו רִשְׁתִּי וְנִתְפַּשׂ בִּמְצוּדָתִי וַהֲבִיאוֹתִיהוּ בָבֶלָה וְנִשְׁפַּטְתִּי אִתּוֹ שָׁם מַעֲלוֹ אֲשֶׁר מָעַל בִּי׃ - J'étendrai sur lui Mon filet et il sera pris dans Mon piège ; Je le mènerai à Babylone et là-bas J'entrerai en jugement avec lui pour la perfidie qu'il a commise envers Moi.
C'est ce que nous avons mentionné : la tentative de fuite qu'il a entreprise après que Nabuchodonosor a porté la main sur la ville et y a fait une brèche. Seulement, la fuite à travers la grotte ne lui a servi à rien, car le Saint, béni soit-Il, a étendu Son filet sur lui. Et comment ? Nos Sages racontent, comme nous l'avons vu plus haut : un cerf s'est présenté devant l'un des détachements de Nabuchodonosor ; les soldats l'ont poursuivi, sans relâche, jusqu'à parvenir à sa hauteur - et soudain, ils aperçoivent Tsidkiyahou qui émerge de terre. Il s'avère que le Saint, béni soit-Il, n'avait pas envoyé ce cerf pour qu'on le traque lui, mais pour que l'on capture Tsidkiyahou ; le cerf a servi d'éclaireur à l'armée chaldéenne pour trouver Tsidkiyahou. On comprend dès lors l'expression « J'étendrai sur lui Mon filet et il sera pris dans Mon piège » : quelqu'un lui avait-il donc tendu un piège matériel ? C'est Moi qui ai disposé ce piège, dit le Saint, béni soit-Il. Et la raison en est : « Mon serment qu'il a méprisé et Mon alliance qu'il a rompue », c'est pourquoi « Je la ferai retomber sur sa tête » : Hachem l'avait averti de ne pas se révolter contre Nabuchodonosor, et il est allé se rebeller.
« Et là-bas J'entrerai en jugement avec lui » - c'est là-bas, dans la prison de Babylone, que le Saint, béni soit-Il, entre en jugement avec lui, débattant pour ainsi dire avec lui de la trahison commise à Son encontre, afin de l'amener à l'aveu. Or, de prime abord, nous ne trouvons nulle part qu'Hachem lui ait parlé là-bas. Mais lorsqu'un homme commet un acte indigne et reçoit soudain un coup retentissant, si flagrant qu'on y discerne la main d'Hachem et que l'on comprend que c'est la faute elle-même qui a provoqué ce châtiment, c'est alors qu'Hachem entre en jugement avec lui, plaidant contre lui sans paroles. Le Saint, béni soit-Il, le juge par ces événements et le réprimande, et c'est là le sens de « et là-bas J'entrerai en jugement avec lui pour la perfidie qu'il a commise envers Moi » : il comprendra de lui-même que tout ce qui lui arrive résulte de la trahison perpétrée contre Moi.
Verset 21 : « Tous ses fuyards dans toutes ses troupes »
וְאֵת כׇּל מִבְרָחָו בְּכׇל אֲגַפָּיו בַּחֶרֶב יִפֹּלוּ וְהַנִּשְׁאָרִים לְכׇל רוּחַ יִפָּרֵשׂוּ וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי יְהֹוָה דִּבַּרְתִּי׃ - Et tous ses fuyards, dans toutes ses troupes, tomberont par l'épée, et les survivants seront dispersés à tout vent ; et vous saurez que c'est Moi, l'Éternel, qui ai parlé.
Que signifie « mivra'hav » ? Deux explications sont possibles. Rachi rapporte d'abord l'avis du Targoum, selon lequel ce terme désigne ses guerriers valeureux, sans en préciser l'étymologie. On pourrait supposer que ce mot dérive de l'idée de faire fuir (mavria'), le brave guerrier mettant en déroute quiconque le poursuit. Toutefois, Rachi cite également l'avis de Mena'hem, qui rattache ce mot à « Fuis, mon bien-aimé » (Bera'h dodi), et le traduit par « et tous les fuyards ». Il apparaît donc que ce terme n'est rattaché à l'idée de fuite que selon Mena'hem, tandis que pour le Targoum Yonatan, « mivra'him » est une désignation des braves sans rapport avec le verbe fuir. Quoi qu'il en soit, le commentaire de Mena'hem est le plus couramment admis : « tous ses fuyards », c'est-à-dire tous ceux qui tenteront d'échapper à l'épée de Nabuchodonosor.
« Dans toutes ses troupes (agapav) » - le Malbim explique : toutes ses épouses et sa suite, qui tomberont elles aussi par l'épée, comme nous l'avons vu explicitement plus haut au chapitre 12, verset 14, où il est également précisé que tous ceux qui fuient avec lui périront par le glaive. Et quel est le sens de « agapav » ? Nous nous y sommes déjà arrêtés à ce même verset 14 du chapitre 12. Le sens le plus direct dérive du terme désignant les ailes (kenafayim) ; le Radak rapporte au nom de son père que le aleph est une lettre additionnelle, la racine véritable étant « gapav », avec le sens de corps d'armée, les troupes étant assimilées à des ailes déployées. C'est en ce sens qu'il est dit : « L'envergure de ses ailes remplira toute l'étendue de ton pays », au sujet de l'ennemi fondant avec une puissance écrasante. Dès lors, « tous ses fuyards dans toutes ses troupes tomberont par l'épée » signifie : dans tous ses régiments, ils périront par l'épée. « Et les survivants seront dispersés à tout vent » - ils s'éparpilleront, comme dans « Je vous ai dispersés aux quatre vents du ciel », au sens de déployer et de disséminer, ou encore de se séparer d'un centre pour s'éparpiller dans toutes les directions.
Versets 22-23 : Une prise synonyme de délivrance
À partir d'ici, à compter du verset 22, s'ouvre la haftara que la tradition yéménite, en particulier selon le rite baladi, a coutume de lire lors du shabbat de la parashat Haazinou. De nombreuses communautés ne lisent pas cette haftara, mais tel est l'usage chez les Yéménites.
כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה וְלָקַחְתִּי אָנִי מִצַּמֶּרֶת הָאֶרֶז הָרָמָה וְנָתָתִּי מֵרֹאשׁ יֹנְקוֹתָיו רַךְ אֶקְטֹף וְשָׁתַלְתִּי אָנִי עַל הַר גָּבֹהַּ וְתָלוּל׃ - Ainsi parle le Seigneur, D.ieu : Je prendrai, Moi, de la cime élevée du cèdre et Je la placerai ; du sommet de ses jeunes rameaux Je cueillerai un rejeton délicat, et Je le planterai, Moi, sur une montagne haute et escarpée.
Après avoir vu la cime du cèdre cueillie et arrachée à sa place par Nabuchodonosor, le Saint, béni soit-Il, intervient et déclare : sache que Moi aussi, Je vais prélever de la cime du cèdre, mais Ma démarche n'a rien de commun avec celle du roi de Babylone, qui visait à anéantir et détruire. Je la prendrai de son exil pour la replanter à sa véritable place. Il apparaît ainsi que la prophétie, en dépit des rigueurs qu'elle énonce, s'achève sur une perspective bienveillante.
Le Malbim précise la portée de cette prophétie : il est rapporté qu'Évil-Mérodak fit plus tard sortir Yehoyakhin de son cachot. Ce même Yehoyakhin représente la cime du cèdre autrefois cueillie et emportée, celle-là même évoquée par le prophète au début du chapitre ; sur l'expression « il prit la cime du cèdre », le Malbim expliquait en effet qu'il avait exilé Yehoyakhin, le guide de la nation, ainsi que les dignitaires et les vaillants guerriers. À présent, Hachem annonce : cette cime de cèdre connaîtra un renouveau quand Évil-Mérodak le tirera de prison. Puis : « du sommet de ses jeunes rameaux Je cueillerai un rejeton délicat » - parmi ses descendants, c'est-à-dire Zorobabel fils de Chealtiel, issu de sa lignée. « Et Je le planterai » - Je le rapatrierai de Babylone en terre d'Israël, et de sa descendance jaillira le rejeton de la maison de David, pour raviver le flambeau davidique à la fin des temps. C'est le sens de la formule traditionnelle : « jusqu'à ce que vienne Zorobabel fils de Chealtiel » et son immense chophar, et qu'il sonne du grand chophar proclamant la rédemption. Le Saint, béni soit-Il, dit ainsi : cette situation que tu juges aujourd'hui terrible, avec un Yehoyakhin enfermé au loin, J'y mettrai fin en le sortant de là pour l'élever et le grandir ; et ce n'est là que l'amorce, dont l'aboutissement ultime sera la rédemption future que nous attendons encore, où la réalité tout entière sera métamorphosée.
« Du sommet de ses jeunes pousses, j'en cueillerai une tendre » - alors qu'il est encore jeune, et il s'agit de Zorobabel fils de Chealtiel (il est d'ailleurs possible que le verbe « ושתלתי » [et je planterai] rappelle le nom de Chealtiel). « Et je la planterai, Moi, sur une montagne haute et éminente » - une haute montagne est un lieu bénéficiant d'air et de soleil, un endroit propice à un parfait développement. Et que signifie « תלול » (teloul) ? Cela vient du mot *tel* (éminence, tertre), qui désigne un endroit élevé, et lorsqu'on veut qualifier un lieu particulièrement haut, on dit *teloul*. C'est ainsi que le mont Sion est appelé *tel*, de même que le mont du Temple. Le Saint, béni soit-Il, dit : Je le planterai dans ce lieu éminent, dans cet endroit élevé.
בְּהַר מְרוֹם יִשְׂרָאֵל אֶשְׁתֳּלֶנּוּ וְנָשָׂא עָנָף וְעָשָׂה פֶרִי וְהָיָה לְאֶרֶז אַדִּיר וְשָׁכְנוּ תַחְתָּיו כֹּל צִפּוֹר כׇּל כָּנָף בְּצֵל דָּלִיּוֹתָיו תִּשְׁכֹּנָּה׃ - Sur la haute montagne d'Israël Je le planterai ; il portera des branches, produira du fruit et deviendra un cèdre majestueux ; sous lui habiteront tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes résidera à l'ombre de ses ramures.
Remarquez bien l'expression « et produira du fruit » : chez Tsidkiyahou, nous avons vu qu'il n'y a pas eu de fruits, puisque ses fils ont été égorgés sous ses yeux, et là-bas la lignée s'est interrompue. Mais ici, il est annoncé qu'il y aura du fruit - son sort sera différent de celui de Tsidkiyahou, « il portera des branches et produira du fruit », et comme nous l'avons expliqué, le fruit symbolise la descendance. « Et deviendra un cèdre majestueux » - il grandira à nouveau pour redevenir ce qu'il était au commencement, une cime de cèdre, et non comme ensuite un saule ; Tsidkiyahou était devenu une vigne basse stérile, mais ici « il deviendra un cèdre majestueux ». « Sous lui habiteront » - le peuple d'Israël résidera à son ombre. « Tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes résidera à l'ombre de ses ramures » - les ramures (*daliot*) désignent les branches qui s'élèvent, et ces branches s'étendant au loin constitueront un abri et un refuge.
Remarquez bien : il y a ici deux interprétations, et nous les avons associées car elles sont toutes deux vraies. La première concerne l'époque proche, Zorobabel et la délivrance liée à l'édification du second Temple, tandis que la seconde vise le Roi Machia'h. Le Malbim a d'ailleurs réuni ces deux approches, car les deux messages sont contenus ici : aussi bien l'époque proche avec Zorobabel fils de Chealtiel, que la délivrance future, lorsque viendra le Roi Machia'h pour nous racheter d'une rédemption éternelle, bientôt et de nos jours, Amen.
En conclusion :
Dans cette partie du chapitre, le prophète résout l'énigme : le grand aigle est Nabuchodonosor, le Liban est le Temple, la cime du cèdre représente Yehoyakhin et ses princes, la vigne basse est Tsidkiyahou, intronisé pour être un royaume modeste qui ne s'élève point, et le second aigle est Pharaon. Tsidkiyahou a méprisé le serment et rompu l'alliance, c'est pourquoi il ne réussira pas et n'échappera point : d'une part Nabuchodonosor le soumettra sans grande force militaire, et d'autre part l'alliance et le serment avaient été scellés au Nom d'Hachem ; c'est pourquoi « Mon imprécation qu'il a méprisée et Mon alliance qu'il a rompue, Je la ferai retomber sur sa tête » - au sens propre, par la crevaison de ses yeux. Sa fuite même a échoué, car le Saint, béni soit-Il, a tendu Son filet sur lui sous la forme de la gazelle qui guida les Chaldéens jusqu'à l'entrée du souterrain. Mais le chapitre ne se clôt pas sur cette rigueur : face à la prise destructrice de Nabuchodonosor, le Saint, béni soit-Il, promet une autre prise, une prise de plantation et d'édification - Yehoyakhin sortira de prison, de sa descendance se lèvera Zorobabel fils de Chealtiel, et de sa lignée germera le rejeton de la maison de David jusqu'au cèdre majestueux à l'ombre des ramures duquel habiteront tous les oiseaux de toute espèce, lors de la rédemption complète, rapidement et de nos jours.