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Chapitre 2 - Appel à la techouva et jugement des nations

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Ouverture du chapitre : du reproche à l'appel à la techouva

Le deuxième chapitre de Tsephania poursuit le tableau dépeint dans le chapitre précédent, où Israël était comparé à la balle et au chaume emportés par le vent. Dès lors, le prophète lance un double appel : d'abord vers la masse du peuple qui s'est fourvoyée, puis vers les tsaddikim ; et de là, il passe au châtiment qui frappera les nations du monde ayant opprimé Israël - les Philistins, Moab et Amon, Kouch et l'Assyrie. Suivons l'ordre des versets.

« Hitkochéchou vakochou » - se rassembler après la dispersion

הִתְקוֹשְׁשׁוּ וָקוֹשּׁוּ הַגּוֹי לֹא נִכְסָף׃ - Rassemblez-vous et recueillez-vous, nation non désirée !

Le Malbim explique : puisque le prophète les a comparés à la balle et au chaume qui se dispersent quand le vent les emporte, il dit « Hitkochéchou » - du terme de rassemblement, afin que tout ce chaume soit ramassé et lié ensemble. Et que signifie cela ? Si se disperser signifie s'éloigner d'Hachem, alors se rassembler et se regrouper signifie se rattacher à Lui et faire techouva.

« Nation non désirée » (hagoy lo nikhsaf) - c'est-à-dire le peuple pour lequel Hachem n'a plus de désir, pour ainsi dire. Le prophète s'adresse ici aux personnes qui n'accomplissent pas la volonté divine, et pour lesquelles le Saint, béni soit-Il, n'éprouve donc plus d'attachement ; tandis que plus loin, lorsqu'il dira « Cherchez Hachem, vous tous les humbles du pays », il s'adressera à ceux pour qui Hachem éprouve ce désir - les humbles et les tsaddikim.

Le Radak explique différemment : « Hitkochéchou » signifie recherchez vos propres défauts. C'est ainsi que nos Sages ont commenté ce verset : « Corrige-toi toi-même d'abord, puis corrige les autres » (« kchot garmakh ad lo tekchot a'horanin »), signifiant qu'un homme doit d'abord s'amender lui-même avant de reprendre autrui. Le terme « kchot » provient soit de la vérité, comme dans « di hou kchot » (ce qui est vrai), incitant l'homme à éprouver la vérité de ses actes et de ses voies ; soit du sens d'embellissement (kichout), signifiant que l'homme doit parfaire et embellir ses actions. Selon cela, « Hitkochéchou vakochou » signifie : embellissez et rectifiez vos actes.

De même, le Radak interprète « hagoy lo nikhsaf » différemment du Malbim : la nation qui ne désire pas faire techouva. Je vous dis de corriger vos actes, et vous êtes ce peuple qui n'aspire pas au retour, qui n'aspire pas à se ressaisir. Les deux commentaires s'accordent sur le fait que la racine « nikhsaf » se rapporte au désir et à la nostalgie (kissoufim), mais pour le Malbim, c'est Hachem qui ne vous désire plus dans votre état actuel, tandis que pour le Radak, c'est vous qui ne désirez pas vous attacher à Hachem.

Le Radak rapporte également une autre explication au nom de son père : « lo nikhsaf » signifie qui n'a pas honte. « Kissoufa » en araméen désigne la honte et la confusion, tout comme l'expression talmudique « ikhsif » (il eut honte). En d'autres termes : vous êtes le peuple qui n'a aucune honte de ses méfaits - et pourtant, je vous ordonne de corriger vos voies.

« Bétèrem lédet 'hok » - devancer le décret

בְּטֶרֶם לֶדֶת חֹק כְּמֹץ עָבַר יוֹם בְּטֶרֶם לֹא־יָבוֹא עֲלֵיכֶם חֲרוֹן אַף־יְהֹוָה בְּטֶרֶם לֹא־יָבוֹא עֲלֵיכֶם יוֹם אַף־יְהֹוָה׃ - Avant que le décret n'enfante, que ce jour ne passe comme la balle, avant que ne vienne sur vous l'ardeur de la colère d'Hachem, avant que ne vienne sur vous le jour de la colère d'Hachem !

Ce que je vous ai recommandé - de vous rassembler et de revenir par la techouva -, que cela se fasse « avant que le décret n'enfante », c'est-à-dire avant que ne soit proclamé le décret vous condamnant à devenir comme de la balle. Or la balle est pire que le chaume : avec le chaume, on peut encore faire des gerbes et le lier, mais la balle n'est que la menue écorce du blé, « telle la balle que le vent pourchasse » - un simple souffle et tout s'éparpille. C'est pourquoi le prophète avertit : avant même que ne soit décrété contre vous de devenir comme de la balle, faites techouva et rectifiez vos actes.

« Avant que ne vienne sur vous l'ardeur de la colère de l'Éternel » - le sens est que même si ce jour redoutable arrive, la fureur ne s'abattra pas sur vous. Car bien qu'il y ait des impies, si vous vous corrigez, vous sauverez votre âme, et la colère de Hachem ne reposera pas sur vous.

« Cherchez l'Éternel, vous tous, humbles de la terre » - un appel adressé aux justes

בַּקְּשׁוּ אֶת־יְהֹוָה כָּל עַנְוֵי הָאָרֶץ אֲשֶׁר מִשְׁפָּטוֹ פָּעָלוּ בַּקְּשׁוּ־צֶדֶק בַּקְּשׁוּ עֲנָוָה אוּלַי תִּסָּתְרוּ בְּיוֹם אַף־יְהֹוָה׃ - Cherchez l'Éternel, vous tous, humbles du pays, qui appliquez Ses lois ! Cherchez la justice, cherchez l'humilité ! Peut-être serez-vous mis à l'abri au jour de la colère de l'Éternel.

Jusqu'à présent, le prophète s'adressait à « la nation indésirable », à ceux que Hachem ne chérit point, aux éléments corrompus et à la masse populaire - c'est à eux qu'il lançait l'appel « ramassez-vous » (hitkochechou), car ils sont comparables au chaume (kach) qu'il faut ramasser, une matière vile et sans valeur. Mais à présent, explique le Malbim, bien que la masse refuse de faire téchouva, le prophète se tourne vers les justes pour leur demander de parfaire leurs voies et d'accroître encore leur piété.

C'est pourquoi il s'adresse à eux : « Cherchez l'Éternel, vous tous, humbles du pays » - vous, les justes, « qui appliquez Ses lois », marchant selon les décrets et les ordonnances divines. « Cherchez la justice, cherchez l'humilité » - soumettez-vous devant le Saint, béni soit-Il, par la rectitude, c'est-à-dire par la pratique de la tsédaka, ainsi que par la prière. « Peut-être serez-vous mis à l'abri au jour de la colère de l'Éternel » - même si la fureur de Hachem s'abat sur ceux dont il a été question précédemment, qui refusent de se repentir, vous, du moins, serez épargnés. Si vous, les justes, améliorez encore vos actes, vous mériterez que le jour de l'ardente colère de l'Éternel ne vous atteigne point.

Le châtiment des Philistins : Gaza, Ashkelon, Ashdod et Ékrone

כִּי עַזָּה עֲזוּבָה תִהְיֶה וְאַשְׁקְלוֹן לִשְׁמָמָה אַשְׁדּוֹד בַּצָּהֳרַיִם יְגָרְשׁוּהָ וְעֶקְרוֹן תֵּעָקֵר׃ - Car Gaza sera délaissée, et Ashkelon deviendra une désolation ; Ashdod, en plein midi on la chassera, et Ékrone sera déracinée.

Le Malbim explique que le prophète vient à présent affirmer que le jour de la colère divine englobera toutes les nations. N'allons pas croire que ce décret ne concerne que le peuple d'Israël ; à plus forte raison (kal va'homer) ce jour de colère atteindra-t-il les nations qui ont opprimé Israël et nous ont fait souffrir à travers toutes les générations par des massacres, des persécutions et des décrets d'extermination.

Il commence par les Philistins. Comme on le sait, Israël a souffert des Philistins pendant des siècles, et quiconque parcourt le Tanakh jusqu'à la destruction du Premier Temple constate que les tourments majeurs provenaient d'eux. De nos jours encore, la géographie n'a pas changé : Gaza est restée la même Gaza, et chez les Philistins, si les visages et les méthodes de meurtre ont évolué, l'esprit demeure identique et la nation reste la même. Nous trouvons lors de l'épisode de Chimchone (Samson) que, lorsqu'il vint retrouver sa femme et découvrit qu'on l'avait donnée à un autre, il agit comme il le fit avec les renards ; et que firent-ils ensuite au père de la jeune femme qui l'avait cédée à son compagnon ? Ils les brûlèrent par le feu. Ce sont les mêmes méthodes ancestrales, rien n'a changé. C'est pourquoi le prophète annonce : contemplez comment, en fin de compte, Hachem tirera vengeance de ces nations.

Le Radak fait remarquer que Tzéfanya s'exprime ici avec une figure de style poétique, un jeu de mots : « Gaza ('Aza) sera délaissée ('azouva) », bien que la ressemblance ne soit pas totale. De même, « Ékrone ('Ekron) sera déracinée (té'akèr) », ce qui constitue un autre jeu de mots. Quant à Ashdod, le terme renvoie à l'idée de dévastation et de pillage (chod), comme dans l'expression « tomber dévasté » ou dans le verset « du fléau qui sévit en plein midi » (mikétev yachoud tsohorayim). Kétev désigne un démon et une force d'impureté, à l'instar du démon Kétev Mérivi qui sévit durant la période de Ben Hamétsarim et qui frappe en plein midi ; yachoud signifie que quiconque le croise se retrouve pour ainsi dire terrassé et anéanti. Selon cette interprétation, « Ashdod, en plein midi on la chassera » signifie que la force dévastatrice de midi chassera les habitants d'Ashdod, consommant ainsi leur déroute.

Le Radak s'interroge : et où se trouve Gat, qui faisait pourtant elle aussi partie des cités philistines ? Il répond que Gat avait déjà été conquise par Yéhouda, et que le prophète n'avait dès lors plus lieu de la mentionner.

Rachi explique l'enchaînement des versets comme une condition : après s'être adressé à Israël, le prophète se tourne vers les nations païennes - si vous faites téchouva et retournez au service de Hachem, Je demanderai des comptes à vos mauvais voisins, à la Philistie, à Amone et à Moav mentionnés plus loin. Le Saint, béni soit-Il, déclare ainsi : c'est envers eux que J'exercerai Ma rigueur et ils seront punis pour tous leurs méfaits. Rachi explique également « en plein midi on la chassera » : il s'agissait d'un pâturage, et le plein midi est l'heure où l'on ne mène pas paître le troupeau à cause de la chaleur accablante, mais où on le fait reposer à l'ombre. Dès lors, « en plein midi on la chassera » signifie qu'on les expulsera à un moment particulièrement éprouvant et néfaste pour eux.

« Malheur aux habitants de la contrée de la mer » - Le peuple des Kéréthiens

הוֹי יֹשְׁבֵי חֶבֶל הַיָּם גּוֹי כְּרֵתִים דְּבַר־יְהֹוָה עֲלֵיכֶם כְּנַעַן אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים וְהַאֲבַדְתִּיךְ מֵאֵין יוֹשֵׁב׃ - Malheur aux habitants de la contrée de la mer, nation des Kéréthiens ! La parole de l'Éternel est contre vous, Canaan, terre des Philistins : Je te détruirai, au point qu'il n'y aura plus d'habitants !

« La contrée de la mer » ('hével hayam) désigne le littoral marin. Le terme « 'hével » (cordeau) renvoie à l'arpentage de la terre, car on mesurait autrefois les terres avec une corde pour en déterminer la superficie ; ainsi, « les habitants de la contrée de la mer » sont ceux dont le territoire borde le rivage. Il s'agit une nouvelle fois des Philistins, établis dans la région d'Achkelon, d'Achdod et de Gaza.

« Nation des Kéréthiens » - le Targoum Yonathan traduit : « qui sont voués à l'extermination », c'est-à-dire condamnés au retranchement selon le décret divin. Rachi souligne que bien que Yonathan l'interprète ainsi, « Kérétim » est en réalité le nom d'une contrée - non pas l'île de Crète actuelle, mais une région du pays philistin, comme nous le voyons à propos de Tsiklag : « Nous avons fait une incursion dans le Néguev des Kéréthiens et sur ce qui appartient à Yehouda ». Le Malbim réconcilie les deux explications : les Philistins appelés « le peuple des Kéréthiens » seront retranchés (yikartou). C'est une tournure de style : les Kéréthiens seront retranchés.

« La parole de l'Éternel est contre vous » - Hachem en avait déjà parlé auparavant par l'intermédiaire de Yoël, d'Amos et de Yéchayahou, qui ont précédé Tséfania, annonçant déjà leur retranchement. Et à présent, Il ajoute : « Je te détruirai, au point qu'il n'y aura plus d'habitants » - il ne subsistera plus aucun habitant, une ruine absolue qui s'ajoute à la destruction.

וְהָיְתָה חֶבֶל הַיָּם נְוֺת כְּרֹת רֹעִים וְגִדְרוֹת צֹאן׃ - Et la contrée de la mer deviendra des demeures creusées pour les bergers et des enclos pour le troupeau.

La dévastation sera telle que « la contrée de la mer » deviendra « des demeures de festins pour les bergers » - où les bergers organiseront des repas festifs (« kira » ayant le sens de festin, comme dans l'expression « et il leur fit un grand festin »). En d'autres termes, ce sera un lieu entièrement désert où l'on pourra mener paître le bétail, s'attabler et manger tranquillement, là même où s'élevait autrefois une ville animée.

וְהָיָה חֶבֶל לִשְׁאֵרִית בֵּית יְהוּדָה עֲלֵיהֶם יִרְעוּן בְּבָתֵּי אַשְׁקְלוֹן בָּעֶרֶב יִרְבָּצוּן כִּי יִפְקְדֵם יְהֹוָה אֱלֹהֵיהֶם וְשָׁב שְׁבִיתָם׃ - Et cette contrée appartiendra au reste de la maison de Juda ; ils y feront paître, et le soir ils reposeront dans les maisons d'Achkelon, car l'Éternel leur Dieu se souviendra d'eux et ramènera leurs captifs.

La terre des Philistins fait partie de l'héritage qui nous revient de droit, mais nous ne les avons pas chassés en temps voulu. Comme l'avait averti le Saint béni soit-Il, si nous ne déracinions pas ces nations lors de la conquête du pays : « ils seront comme des épines dans vos yeux et des pointes dans vos côtés », ils vous opprimeront et vous tourmenteront. C'est exactement ce qui s'est produit. En fin de compte, ce territoire appartiendra au reste de la maison de Juda : ils y mèneront paître leurs bêtes, et le soir ils se reposeront dans les maisons d'Achkelon, car l'Éternel leur Dieu interviendra en leur faveur et fera revenir leurs exilés.

L'outrage de Moab et les injures des enfants d'Amon

שָׁמַעְתִּי חֶרְפַּת מוֹאָב וְגִדֻּפֵי בְּנֵי עַמּוֹן אֲשֶׁר חֵרְפוּ אֶת־עַמִּי וַיַּגְדִּילוּ עַל־גְּבוּלָם׃ - J'ai entendu l'outrage de Moab et les outrages des enfants d'Amon, par lesquels ils ont insulté Mon peuple et se sont montrés arrogants contre leur frontière.

Moab et Amon étaient nos voisins et ont fait preuve de la plus vile ingratitude envers nous ; c'est pour cette raison que « l'Amonite et le Moabite n'entreront point dans l'assemblée de l'Éternel, à perpétuité ». Et cela continua par la suite : lorsque les enfants d'Israël furent exilés de leur terre, ils traversèrent le pays d'Amon et de Moab en Transjordanie orientale, car la route vers la Chaldée et la Babylonie passait par là. En voyant passer les exilés en larmes, gémissant et criant de douleur, ils les accablaient de paroles cruelles - au sens de la blessure verbale, « vous ne vous léserez point les uns les autres » - en disant : pourquoi tant de lamentations ? Pourquoi êtes-vous si affligés ? Pourquoi pleurer ? Vous retournez simplement dans la maison de vos ancêtres, « vos pères habitaient jadis de l'autre côté du fleuve » ! Une ironie féroce : Abraham ne venait-il pas de 'Haran, de cette région babylonienne ? Vous ne faites après tout que rentrer chez vous, pourquoi pleurer ? C'est face à ces railleries méprisantes que le Saint béni soit-Il proclame : J'ai entendu l'outrage de Moab et les injures des enfants d'Amon, et Je leur infligerai le châtiment qu'ils méritent.

Le Malbim explique ici une nuance qu'il a déjà développée en plusieurs endroits : la ’herpa (l'outrage) est une insulte dirigée contre un être humain, tandis que le guidouf (le blasphème) relève toujours de la profanation du sacré, d'une parole portée contre la sainteté, comme dans le verset : « c'est l'Éternel qu'il blasphème ». C'est pourquoi Moav a « outragé Mon peuple », alors que les enfants d'Amon sont allés plus loin encore en blasphémant.

« Et ils se sont agrandis contre leur frontière » : le Radak explique qu'ils ont ouvert grand la bouche pour protester sous prétexte que nous avions franchi leur frontière. Mais le Malbim propose une autre explication : ils ont agrandi leur propre territoire aux dépens du territoire d'Israël, empiétant sur la part d'Israël au-delà de la frontière commune pour se l'approprier. Or, c'est là aussi une forme de blasphème, car ils profanent ainsi la sainteté de la terre et la sainteté du peuple d'Israël qui l'a reçue ; voilà pourquoi s'applique ici le terme de blasphème, qui désigne une atteinte au sacré.

« Car Moav deviendra comme Sodome » - Mesure pour mesure face à la raillerie

לָכֵן חַי־אָנִי נְאֻם יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל כִּי־מוֹאָב כִּסְדֹם תִּהְיֶה וּבְנֵי עַמּוֹן כַּעֲמֹרָה מִמְשַׁק חָרוּל וּמִכְרֵה־מֶלַח וּשְׁמָמָה עַד־עוֹלָם שְׁאֵרִית עַמִּי יְבָזּוּם וְיֶתֶר גּוֹיִ יִנְחָלוּם׃ - C'est pourquoi, aussi vrai que Je suis vivant, oracle de l'Éternel des armées, Dieu d'Israël : Moav deviendra comme Sodome, et les enfants d'Amon comme Gomorrhe, un domaine d'orties, une saline et une désolation pour toujours ; le reste de Mon peuple les pillera, et ce qui subsistera de Ma nation les possédera.

« C'est pourquoi, aussi vrai que Je suis vivant » : c'est une formule de serment. On trouve ici une réplique cinglante à leurs railleries méprisantes. Ils disaient à Israël : vous retournez chez vous, à Babylone, à 'Haran, d'où vous êtes venus. Le Saint, béni soit-Il, leur répond : Moi aussi, Je vais vous ramener là d'où vous venez. D'où êtes-vous issus ? De Loth. Et où résidait Loth ? Aux portes de Sodome. Et quel fut le sort de Sodome ? « Renversée en un instant », « soufre, sel, embrasement de toute sa contrée ». Vous souhaitez à Israël de retourner à son point de départ ? Moi aussi, Je vous renvoie au vôtre : « Moav deviendra comme Sodome ».

« Et les enfants d'Amon comme Gomorrhe » : le Malbim souligne que la destruction de Gomorrhe fut plus terrible encore que celle de Sodome, car à Sodome il y eut tout de même des rescapés, Loth et ses deux filles, alors qu'à Gomorrhe, personne n'échappa au désastre.

« Un domaine d'orties » (mimchak 'haroul) : les 'haroulim sont des épines ou des chardons, comme dans le verset : « les ronces en couvraient la face, les orties y avaient poussé ». Quant au mot mimchak, le Malbim explique qu'il dérive de néchèk (l'armement), c'est-à-dire un terrain armé de ronces, cuirassé d'épines. Selon une autre interprétation, le mot se rattache à l'idée de contact étroit (néchika, le baiser), comme deux éléments qui se touchent : les épines y seront si denses qu'elles seront enchevêtrées les unes aux autres. « Une saline » : on y extraira du sel, car cet endroit deviendra semblable à une contrée de « soufre et de sel, un embrasement de toute sa terre ». « Le reste de Mon peuple les pillera » : les rescapés du peuple d'Israël s'empareront de leurs dépouilles, et tout ce qui subsistera d'eux reviendra à Israël.

Le Radak mentionne deux possibilités : soit cette prophétie s'est accomplie à l'époque du second Temple, soit elle se réalisera aux temps messianiques. Il penche pour la seconde interprétation, car le verset suivant déclare : « car Il anéantira tous les dieux de la terre », ce qui se rapporte indubitablement à l'ère messianique ; il en va donc de même ici.

Peuple et nation, reste et survivance

Il est écrit ici : « le reste de Mon peuple les pillera, et ce qui subsistera de Ma nation les possédera », et ces deux expressions - « Mon peuple » ('ami) et « Ma nation » (goyi) - se rapportent toutes deux à Israël. Le Malbim renvoie à son commentaire sur Isaïe (1, 4). Il y explique qu'un « peuple » ('am) se situe toujours à un degré plus élevé qu'une « nation » (goy). Une nation désigne un ensemble d'individus rassemblés, ce qui peut découler de quatre facteurs : le fait d'habiter une même contrée, comme en Amérique où hispaniques, afro-américains et anglo-saxons sont unis par un même territoire ; une langue commune ; une origine familiale partagée ; ou la décision de s'associer en adoptant des lois communes. Tout cela est sous-entendu dans le verset : « De ceux-là se sont séparées les îles des nations, selon leurs pays, chacune selon sa langue, selon leurs familles, dans leurs nations » - le pays, la langue, la famille et le regroupement civique.

En revanche, un « peuple » ('am) n'existe que lorsqu'un roi ou un dirigeant s'impose à eux et en fait un corps unique. Un peuple est une collectivité guidée par un pouvoir souverain, par un dirigeant qui est comme l'esprit insufflant la vie à un corps (guévya), et c'est pourquoi la notion de peuple est toujours supérieure à celle de nation. C'est la raison pour laquelle Israël est désigné par les termes « Mon peuple », « Son peuple », « Ton peuple », « le peuple de l'Éternel » : leur unité procède de la souveraineté divine, de leur Souverain, et non de leur simple coexistence sur un territoire donné. À quoi cela ressemble-t-il ? La Grande-Bretagne mérite davantage le titre de peuple que de simple nation, car elle possède depuis des temps immémoriaux une royauté qui rassemble tous ses éléments au sein du « Royaume-Uni », ainsi que son nom l'atteste. En revanche, une contrée comme le Yémen relève de la nation et non du peuple : on y parle la même langue et l'on y occupe la même région, mais sans autorité unificatrice, si bien qu'ils demeurent divisés et livrés à une autodestruction permanente.

De plus, le Malbim explicite la différence entre chéérit (le reste) et yétèr (ce qui subsiste), conformément à son commentaire en plusieurs passages : chéar désigne ce que l'on a délibérément laissé de côté, comme dans l'expression « il reste encore un dans le troupeau », que l'on a épargné à dessein ; tandis que notar désigne ce qui est demeuré de soi-même après que l'on a pris ce que l'on voulait, sans intention préalable de le laisser. C'est le sens de : « Alors ce qui subsistera à Sion et ce qui restera à Jérusalem » : les figures éminentes de Sion y ont été maintenues à dessein (nich'ar), tandis que la masse de Jérusalem, dont le sort importait peu, n'a fait que subsister par le hasard des circonstances (notar).

D'après cela, le « reste de mon peuple » désigne ceux qui ont été épargnés à dessein, et c'est pourquoi le titre de « mon peuple » leur sied si bien ; ils « les pilleront », c'est-à-dire qu'ils ne feront que prendre leur butin. En revanche, le « reliquat de ma nation » renvoie à ceux qui sont simplement restés, le niveau le plus simple au sein du peuple d'Israël, et ce sont eux qui « en hériteront », méritant ainsi de prendre possession de leur terre. L'élite n'ira pas s'installer à Amon et Moab, mais se contentera de les dépouiller, tandis que la masse du peuple ira s'établir dans ces contrées.

« Cela leur arrivera pour leur orgueil »

זֹאת לָהֶם תַּחַת גְּאוֹנָם כִּי חֵרְפוּ וַיַּגְדִּלוּ עַל־עַם יְהֹוָה צְבָאוֹת׃ - Cela leur arrivera pour leur orgueil, parce qu'ils ont outragé le peuple de l'Éternel des armées et se sont élevés contre lui.

Bien qu'ils se soient rendus coupables des trois fautes les plus graves - l'idolâtrie, l'immoralité et le meurtre -, ce châtiment s'abat sur eux précisément parce qu'ils ont insulté le peuple d'Israël, comme l'exprime le prophète : « Pour trois crimes de Moab, et pour quatre, Je ne révoquerai pas Mon arrêt ». Le principal reproche qui leur est adressé réside dans le fait « qu'ils ont outragé et se sont élevés » : ils ont ouvert largement la bouche avec arrogance contre le peuple de l'Éternel des armées.

« L'Éternel sera redoutable contre eux »

נוֹרָא יְהֹוָה עֲלֵיהֶם כִּי רָזָה אֵת כָּל־אֱלֹהֵי הָאָרֶץ וְיִשְׁתַּחֲווּ־לוֹ אִישׁ מִמְּקוֹמוֹ כֹּל אִיֵּי הַגּוֹיִם׃ - L'Éternel sera redoutable contre eux, car Il anéantira tous les dieux de la terre ; et toutes les îles des nations se prosterneront devant Lui, chacun depuis son lieu.

Alors ils craindront l'Éternel, « car Il réduira à néant [littéralement : fera maigrir] tous les dieux de la terre » - de la racine du mot maigreur, comme s'Il imposait une diète forcée à toutes les divinités terrestres : Il les anéantira, leur ôtera tout pouvoir et réduira leur influence à néant. Par ce moyen, les nations révéreront l'Éternel et se prosterneront devant Lui, chacun depuis l'endroit où il se trouve.

« Vous aussi, Kouchites »

גַּם־אַתֶּם כּוּשִׁים חַלְלֵי חַרְבִּי הֵמָּה׃ - Vous aussi, Kouchites, vous serez transpercés par Mon épée.

Rachi explique qu'Israël a été exilé jusque par-delà les fleuves de Kouch, et que les Kouchites ne sont pas restés passifs non plus : ils ont accablé Israël d'outrages et de blasphèmes. C'est pourquoi, lorsque Mon épée frappera, vous tomberez vous aussi sous ses coups.

Le Radak soulève une difficulté grammaticale dans le verset : le texte aurait dû dire « vous aussi, Kouchites, vous tomberez [à la deuxième personne] », ou bien employer la troisième personne dès le départ, « eux aussi ». Pourquoi commencer à la deuxième personne pour conclure par « eux » [héma] ? Il répond qu'il ne faut pas s'en étonner, car c'est un usage fréquent dans l'Écriture, et il en apporte plusieurs preuves, tel que le verset : « Ils auront honte des térébinthes que vous avez désirés », où le verbe « ils auront honte » est à la troisième personne et « vous avez désirés » à la deuxième. Toutefois, une autre explication résout également la syntaxe : tout se passe comme s'il manquait ici la lettre Kaf de comparaison, pour signifier « comme eux » [kahéma]. C'est-à-dire : vous aussi, Kouchites, vous serez transpercés par Mon épée « comme eux », à l'image d'Amon et de Moab mentionnés plus haut. Dès lors, l'emploi du mot « eux » devient parfaitement limpide, car il ne désigne pas les Kouchites, mais bien Amon et Moab.

Achour et Ninive

וְיֵט יָדוֹ עַל־צָפוֹן וִיאַבֵּד אֶת־אַשּׁוּר וְיָשֵׂם אֶת־נִינְוֵה לִשְׁמָמָה צִיָּה כַּמִּדְבָּר׃ - Il étendra Sa main contre le nord et détruira l'Assyrie ; Il réduira Ninive en désolation, aride comme le désert.

« Il étendra Sa main contre le nord » afin de détruire l'Assyrie, qui avait causé tant de tort au peuple d'Israël. Notons au passage une précision de lecture concernant le nom Ninive (נִינְוֵה) : le premier Noun est vocalisé par un 'hirik plein avec un Youd, qui est une voyelle longue, de sorte que le cheva qui suit est un cheva na' (vocalisé). De même, on ne lit pas « Pin'has » de manière sèche mais « Piné'has » (פִּינְחָס), car il est écrit avec un Youd, et un 'hirik plein transforme le cheva suivant en cheva na'. S'il avait été écrit sans Youd, la lecture eût été différente. Quant à la dévastation de Ninive, elle se produisit dès la première année où Nabuchodonosor accéda au pouvoir, lorsqu'il détruisit la ville, ainsi que l'annonçaient plusieurs prophéties.

וְרָבְצוּ בְתוֹכָהּ עֲדָרִים כָּל־חַיְתוֹ־גוֹי גַּם־קָאַת גַּם־קִפֹּד בְּכַפְתֹּרֶיהָ יָלִינוּ קוֹל יְשׁוֹרֵר בַּחַלּוֹן חֹרֶב בַּסַּף כִּי אַרְזָהֿ עֵרָה׃ - Des troupeaux gîteront en son sein, toutes les bêtes des nations ; le pélican comme le butor passeront la nuit sur ses chapiteaux ; une voix chantera aux fenêtres, la ruine sera sur le seuil, car ses lambris de cèdre ont été mis à nu.

Ninive était une métropole immense et très peuplée, et le prophète déclare : sache que lorsque Je la réduirai en désolation, des troupeaux s'y coucheront, « toutes les bêtes des nations » - tout le bétail des peuples d'alentour. Et même le pélican et le butor, des espèces d'oiseaux sauvages, passeront la nuit « sur ses chapiteaux ».

Et qu'est-ce qu'un « chapiteau » (*kaftor*) ? Le Malbim explique qu'il s'agit du linteau situé au-dessus du seuil de la porte. On l'appelait ainsi parce qu'on avait coutume d'y graver des motifs et des ornements ; non pas comme nos linteaux étroits modernes, mais un large linteau décoré de moulures, de figures et de boutons sphériques, à l'image du verset « leurs boutons et leurs branches feront corps avec elle » dit à propos de la Menora - diverses ciselures et sculptures ornant les branches du candélabre, où l'ouvrage était coulé dans la masse, mais dont on s'inspirait aussi pour tailler les linteaux des portails.

« La ruine sera sur le seuil » : après avoir évoqué le chapiteau, c'est-à-dire le linteau supérieur, le verset mentionne le seuil, la partie inférieure, conformément au verset « Frappe le chapiteau pour que les seuils s'ébranlent ». Précisons d'ailleurs la différence entre le linteau (*machkof*) et les montants (*mezouza*) : les montants sont les piliers latéraux, à droite et à gauche, tandis que le linteau est la traverse supérieure, qui surplombe et contre laquelle la porte vient buter. Et le terme *'horev* évoque la sécheresse et le dénuement absolu qui régneront sur ce seuil.

« Car ses lambris de cèdre ont été mis à nu » (*ki arzah 'arah*) : *arzah* désigne les bois de cèdre employés dans la construction, selon l'usage biblique d'employer un singulier collectif pour désigner un pluriel, comme dans « les poissons du fleuve » (*daga acher bayéor*) ou « coupez ses arbres » (*kartou 'etsah*). Quant au mot *'arah*, il dérive de la même racine que « Rasez, rasez jusqu'aux fondations ! » (*'arou 'arou 'ad hayessod bah*), signifiant ébranler les bases - c'est-à-dire que ses charpentes de cèdre ont été totalement désarticulées. Ou bien il dérive du dévoilement, comme dans « nue et découverte » (*'érom vé'erya*), signifiant que les boiseries de cèdre ont été arrachées et mises à nu. D'après les deux explications, le sens profond reste identique : l'édifice a été disloqué et anéanti.

« Telle est la ville joyeuse »

זֹאת הָעִיר הָעַלִּיזָה הַיּוֹשֶׁבֶת לָבֶטַח הָאֹמְרָה בִּלְבָבָהּ אֲנִי וְאַפְסִי עוֹד אֵיךְ הָיְתָה לְשַׁמָּה מַרְבֵּץ לַחַיָּה כֹּל עוֹבֵר עָלֶיהָ יִשְׁרֹק יָנִיעַ יָדוֹ׃ - Telle est la ville joyeuse qui siégeait en sécurité, qui disait en son cœur : « C'est moi, et il n'y a rien d'autre que moi ! » Comment est-elle devenue une désolation, un gîte pour les bêtes sauvages ? Quiconque passe près d'elle sifflera et agitera la main.

Ninive était une cité allègre, débordante de joie, installée dans une totale confiance et imbue d'elle-même, se disant intérieurement « C'est moi, et rien en dehors de moi » - je suis la seule à compter et il n'y a rien d'autre que moi ; comme le traduit le Targoum : « Il n'y a rien en dehors de moi ». Et le texte s'exclame à son sujet : « Comment est-elle devenue une désolation » - comment cette capitale florissante a-t-elle pu devenir une telle ruine, suscitant la stupéfaction de tous, « un gîte pour les bêtes sauvages », un endroit où ne dorment plus que les fauves.

« Quiconque passe près d'elle sifflera et agitera la main » : c'est une formule courante marquant la stupéfaction, semblable à « il sera horrifié et sifflera ». C'était autrefois une coutume : quiconque était frappé de saisissement émettait un sifflement accompagné d'un cri d'étonnement. Ainsi, quiconque passera près de là sifflera de stupeur, fera un geste de la main en pointant du doigt et s'exclamera : est-ce bien là cette ville si fière, assurée d'une prospérité éternelle ? Comment a-t-elle pu se muer en un tel champ de ruines ? Cette prophétie annonce donc la consternation des spectateurs, car aucun témoin n'aurait pu imaginer qu'une cité aussi vibrante de vie deviendrait un désert abandonné aux troupeaux.

En conclusion :

Le chapitre 2 s'ouvre par un appel adressé à Israël à s'examiner et à se rassembler pour sortir de sa dispersion, à corriger et à parfaire ses actes avant que le décret ne voie le jour ; il se tourne ensuite vers les humbles de la terre, les exhortant à rechercher Hachem avec justice et humilité afin d'être protégés au jour de la colère d'Hachem. De là, le prophète passe aux nations : la Philistie - Gaza, Ashkelon, Ashdod et Ékron - qui seront retranchées et dont la terre reviendra au reste de la maison de Juda ; Moab et Amon, qui ont outragé et proféré des insultes, et qui deviendront semblables à Sodome et Gomorrhe ; les Kouchites, qui tomberont de même ; ainsi qu'Assur et Ninive, qui seront réduites en désolation. Ce qui sous-tend l'ensemble de ces prophéties est le dévoilement final : « Hachem sera redoutable contre eux, car Il anéantira tous les dieux de la terre » - lorsque l'orgueil et les forces d'impureté auront disparu, toutes les îles des nations se prosterneront devant Lui, chacun depuis sa place, et la ville qui déclarait « Moi, et rien en dehors de moi » deviendra un sujet de stupeur et d'effroi pour tout passant.

Chapitre 2 - Appel à la techouva et jugement des nations · Sefer Tzefanya · ספר צפניה