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Psaume 48 - La louange de Sion et son salut - Deuxième partie

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Introduction

Le psaume 48 est le chant du Beth Hamikdach et de Jérusalem : la description d'une délivrance miraculeuse où les rois des nations se sont dressés contre Jérusalem et ont été brisés avant même de l'atteindre. Dans cette partie du chapitre, nous parvenons à sa grande transition : de la providence que nous avons observée au sein du Sanctuaire - une conduite de bienveillance (Hessed) - à celle qui s'est manifestée vers l'extérieur, jusqu'aux extrémités de la terre - une conduite de justice et de rigueur (Din). De là, nous poursuivrons vers la joie et l'allégresse de Sion et des filles de Juda, vers l'appel à faire le tour de Sion et à compter ses tours, jusqu'à la grandiose conclusion : « Car tel est Dieu, notre Dieu, pour l'éternité ».

« Diminou » - Trois interprétations
דִּמִּינוּ אֱלֹהִים חַסְדֶּךָ בְּקֶרֶב הֵיכָלֶךָ׃ (י) - Nous avons médité, ô Dieu, sur Ta bienveillance au milieu de Ton sanctuaire.

Le Radak, ainsi que Rachi, expliquent le mot « diminou » comme venant de la pensée ou de l'imagination - du verbe imaginer, se figurer en soi-même. Nous pensions en notre cœur, au moment où les nations venaient nous combattre, que c'était Ta bienveillance présente au sein de Ton sanctuaire qui nous sauverait. La bonté d'Hachem dans Son sanctuaire allait nous protéger et nous délivrer.

C'est un peu semblable à ce que nous trouvons lorsque le prophète leur annonçait que les ennemis allaient venir, et qu'ils lui répondaient : « C'est le sanctuaire de l'Éternel, le sanctuaire de l'Éternel ! » - Ne t'inquiète pas, le Saint, béni soit-Il, réside dans Son sanctuaire, Il ne permettra pas que Sa maison soit détruite, Il ne laissera pas les ennemis entrer. De même, il est écrit : « Eux qui disaient : jamais l'oppresseur et l'ennemi ne franchiront les portes de Jérusalem » - c'est ainsi que parlait Jérusalem. Ils étaient persuadés qu'aucun ennemi n'entrerait, et que l'on pouvait donc continuer à commettre des fautes sans s'inquiéter des rabbins qui « aiment toujours faire peur ». À leur époque aussi, il y avait de faux prophètes - ne croyez pas que ce soit une invention des médias d'aujourd'hui. Il y a toujours eu des voix pour rassurer le peuple, affirmant que tout irait bien, que rien de fâcheux n'arriverait et qu'il était inutile d'écouter les véritables prophètes. C'est le sens de leurs propos : « Nous avons pensé, ô Dieu, à Ta bienveillance au milieu de Ton sanctuaire » - nous pensions bénéficier du Hessed au sein du sanctuaire d'Hachem, et qu'Hachem nous sauverait.

Le Radak rapporte une autre explication : « diminou » découle de l'attente et de l'espérance, comme dans le verset « Attendez (domou) que nous soyons arrivés à vous » - qui signifie patientez jusqu'à notre venue. Selon cette approche : nous avons espéré et attendu que Dieu, dont la bienveillance réside au sein de Son sanctuaire, nous sauve.

Le Malbim : Bienveillance dans le Sanctuaire, justice aux extrémités de la terre

Le Malbim explique « diminou » à partir de la racine évoquant la forme, l'image (demout) et la représentation. Nous n'avions aucune représentation ni aucune image de rigueur et de jugement, mais seulement de bienveillance. C'est-à-dire : tant que nous nous trouvions avec le Saint, béni soit-Il, dans le Beth Hamikdach, nous ne percevions de Lui que des bontés - « Ta bienveillance au milieu de Ton sanctuaire ». Jamais nous n'y avions vu la moindre manifestation de rigueur, mais toujours un déversement de grâces au cœur du Sanctuaire. Selon cela, « diminou » relève de la représentation mentale : nous nous figurions qu'il n'existait en ce lieu que la seule dimension du Hessed.

כְּשִׁמְךָ אֱלֹהִים כֵּן תְּהִלָּתְךָ עַל קַצְוֵי אֶרֶץ צֶדֶק מָלְאָה יְמִינֶךָ׃ (יא) - Tel est Ton nom, ô Dieu, telle est Ta louange jusqu'aux confins de la terre ; Ta droite est pleine de justice.

Mais à présent, nous constatons que la louange qui se propage jusqu'aux extrémités de la terre, en dehors du Sanctuaire, est associée au nom « Elo-him », et ce Nom divin incarne l'attribut de rigueur (Din). Cela révèle que Toi, Hachem, es un Juge équitable qui châtie ceux qui le méritent, et c'est là qu'on Te loue en disant : « Ta droite est pleine de justice ». Dans le Beth Hamikdach, Tu Te révélasi par l'attribut de bienveillance et d'abondance bienfaisante, mais lorsque Tu sors, pour ainsi dire, du Sanctuaire, Tu juges les nations et Te manifestes par l'attribut de justice - propre au juge intègre qui ne fait point de favoritisme et n'use pas d'indulgence pour absoudre les coupables, mais juge selon la stricte justice.

Et c'est là l'explication de ce que nous avons vu plus haut : « Par le vent d'est, Tu brises les vaisseaux de Tarsis ». Ce même Dieu qui, à l'intérieur du Beth Hamikdach, est source de bontés et de bienfaits à notre égard, déploie, lorsqu'Il sort du Sanctuaire vers les extrémités de la terre, « Sa droite pleine de justice », afin d'exercer la justice et de châtier les ennemis - non point avec l'attribut de bienveillance, mais bien au contraire en les jugeant avec la rigueur du Din.

« Diminou Elohim - Hassdekha bekerev heikhalekha » : l'Ohev Israël d'Apta

On raconte au sujet de l'auteur de l'« Ohev Israël » d'Apta qu'il avait promis, après son départ de ce monde, d'ébranler les cieux pour hâter la délivrance d'Israël. Lorsqu'il quitta ce monde, une délégation de hassidim vint trouver son fils, Rabbi Yits'hak Méïr de Zin'kov, pour lui demander : qu'en est-il de la promesse de notre maître votre père ? Il avait pourtant promis d'ébranler les sphères célestes et de ne laisser aucun répit jusqu'à ce que vienne le Machia'h. On rapporte qu'il s'assoupit un instant, comme pour s'élever dans le monde spirituel, puis il s'éveilla et leur dit : mon père vient de m'apparaître et m'a cité ce verset des Téhilim - « Diminou Elohim hassdekha bekerev heikhalekha » (Nous avons médité, ô Dieu, sur Ta bienveillance au milieu de Ton sanctuaire).

Et voici l'explication qu'il lui transmit - une interprétation également rapportée au nom du saint Ari - : tant que nous étions dans ce bas monde, « diminou Elohim » (nous pensions Dieu), nous nous imaginions que tout ce qui nous arrivait relevait de la stricte rigueur de la justice divine (Midat Hadin) ; tout était « Elohim », décrets sévères, châtiments et terribles épreuves. Mais lorsque je pénètre dans Ton sanctuaire, en quittant ce monde pour accéder au palais de Dieu, je constate là-haut que tout n'est que « Ta bienveillance au milieu de Ton sanctuaire » - tout est pure miséricorde. Dès lors, ne vous étonnez pas si je ne fais pas trembler les cieux pour écarter de vous les rigueurs : ce n'est que lorsque nous étions ici-bas que « nous pensions Dieu », mais au cœur de Ton sanctuaire, je vois bien que tout est bonté, et dans une telle clarté, je ne saurais prier pour écarter du peuple d'Israël de tels bienfaits.

C'est exactement ce qu'enseignent nos Sages : l'homme doit bénir pour le mal tout comme il bénit pour le bien, et la Guémara précise - dans la joie. Car en vérité, même ce qui nous semble mauvais s'avérera, en fin de compte, avoir été entièrement bénéfique. C'est en ce sens qu'il est écrit que dans les temps futurs, on bénira pour le mal comme on bénit pour le bien : aujourd'hui, face au deuil ou au malheur, nous disons « Baroukh Dayan Haémeth » (Béni soit le Juge de vérité) et devant le bonheur, « Baroukh Hatov Véhamétiv » (Béni soit Celui qui est bon et qui fait le bien) ; mais à l'avenir, même sur les souffrances passées, nous proclamerons « Hatov Véhamétiv ». Certains s'en étonnent : dans le monde futur, le mal aura totalement disparu, sur quoi pourrions-nous donc réciter une telle bénédiction ? En réalité, à l'avenir, nous prononcerons « Hatov Véhamétiv » sur le mal d'aujourd'hui, car nous comprendrons alors pleinement de quelle manière tout ce qui nous paraissait néfaste concourait en vérité au bien, et c'est pour cela que nous bénirons « Hatov Véhamétiv ».

Le Radak : « Kéchimekha Elohim » - aux jours de la délivrance

Le Radak explique ainsi le verset « Comme Ton Nom, ô Dieu, ainsi est Ta louange jusqu'aux confins de la terre » : tout comme Ton Nom retentissait dans la bouche des prophètes qui annonçaient l'avenir, ainsi en sera-t-il désormais jusqu'aux extrémités du monde. Le Radak situe tout ce passage à l'époque de Gog et Magog et de la délivrance messianique : de même qu'alors les prophètes connaissaient Ton Nom, de même en ce temps-là tous les confins de la terre reconnaîtront Ton Nom - « L'Éternel sera connu parmi les nations », « Je Me magnifierai et Je Me sanctifierai aux yeux d'une multitude de peuples », « Ils Me connaîtront tous, du plus grand au plus petit ». Ceux qui refusaient de croire aux prophéties, voyant désormais qu'elles s'accomplissent, loueront et glorifieront Ton Nom en proclamant « Ta droite est pleine de justice » : nous constatons à présent que l'Éternel est vérité et que Ses prophéties sont vérité, et tous mériteront de contempler de leurs propres yeux le retour de l'Éternel à Sion.

« Yisma'h Har Tsiyon » - pourquoi précisément les filles de Juda ?
יִשְׂמַח הַר צִיּוֹן תָּגֵלְנָה בְּנוֹת יְהוּדָה לְמַעַן מִשְׁפָּטֶיךָ׃ (יב) - Que la montagne de Sion se réjouisse, que les filles de Juda tressaillent d'allégresse, à cause de Tes jugements !

Au jour de la délivrance, enseigne le Radak - toujours selon sa lecture des événements de Gog et Magog -, la montagne de Sion se réjouira. Mais une montagne peut-elle se réjouir ? Le Radak précise qu'il s'agit d'une figure métaphorique, comparable au verset « Le désert et la terre aride s'égayeront, la steppe tressaillira » : le désert éprouve-t-il de la joie, la steppe exulte-t-elle ? Cela signifie que la liesse sera si débordante que la montagne de Sion elle-même semblera exulter, comme si les reliefs dansaient d'allégresse. Il rapporte également une autre interprétation : « Que la montagne de Sion se réjouisse » se rapporte aux habitants du mont Sion, tout comme « Le désert et la terre aride s'égayeront » s'applique aux populations qui peuplent ces contrées désertiques.

« Que les filles de Juda tressaillent d'allégresse » : seules les femmes et les jeunes filles devraient-elles se réjouir, et qu'en est-il des hommes ? C'est là un écueil fréquent pour quiconque étudie sans les commentaires. Les « filles de Juda » désignent les localités et les bourgs rattachés à Juda, comme le dit le verset « Il prit Qénath et ses filles » - or Qénath n'est pas une femme mais une ville, et « ses filles » désignent ses cités satellites, les villages avoisinants, ce que le Targoum traduit par « kafreneha », les villages qui en dépendent. De même ici : le mont Sion sera dans la joie, et les « filles de Juda », c'est-à-dire l'ensemble des cités qui entourent la Judée, tressailliront d'allégresse à la vue de Tes jugements.

Le Malbim : une joie constante et une allégresse renouvelée

Le Malbim met en lumière la nuance entre les termes « yisma'h » (joie intérieure et constante) et « taguelna » (allégresse extérieure et éclatante), ainsi qu'entre le mont Sion et les filles de Juda. « Que la montagne de Sion se réjouisse » : en constatant les jugements que Tu exerces contre les nations, ils éprouveront une immense joie. Selon la lecture du Malbim, il s'agit d'un prodige historique survenu à leur époque : ces jugements éclatèrent pour les sauver de leurs assaillants, et ils virent alors ces tempêtes redoutables briser les navires de Tarchich.

Quelle est la différence entre sim'ha (joie) et guila (allégresse) ? Le Malbim explique en plusieurs endroits que la sim'ha est un sentiment constant, tandis que la guila est liée à un événement nouveau. Lorsqu'une cause particulière de réjouissance survient à l'instant, elle donne naissance à la guila. On applique le terme « sim'ha » à une joie continue, et l'on ne parle jamais de « guila continue » ; en revanche, lorsqu'on veut exprimer ce que l'on ressent à la suite d'un fait ponctuel - gagner à la loterie, ou recevoir une heureuse nouvelle inattendue - on dit que l'on éprouve de la guila.

Dès lors, les « filles de Juda », c'est-à-dire les localités entourant le mont Sion, n'ont pas l'habitude d'assister à une telle victoire ni à la soumission des ennemis opérée par Hachem ; elles éprouveront donc une immense guila et une joie toute particulière. En revanche, le mont Sion, qui désigne le mont du Temple et le Beth Hamikdach, est accoutumé aux prodiges - dix miracles permanents s'y déroulaient en permanence. Il ne connaît donc pas une joie nouvelle et soudaine, mais plutôt : « que le mont Sion se réjouisse » (yisma'h), dans la continuité de sa joie habituelle. Tandis que les villes de Juda, qui n'étaient pas habituées à voir des miracles constants, voient soudain surgir un événement extraordinaire, et c'est pourquoi leur guila jaillira avec éclat.

Parcourez Sion et faites-en le tour
סֹבּוּ צִיּוֹן וְהַקִּיפוּהָ סִפְרוּ מִגְדָּלֶיהָ׃ (יג) - Parcourez Sion et faites-en le tour, comptez ses tours.

Le Radak explique que ce verset évoque la splendeur des constructions de Sion et de Jérusalem, en mentionnant Sion car elle constitue l'essentiel, le lieu du Sanctuaire. Le texte s'adresse pour ainsi dire aux nations : venez, sillonnez Sion et faites-en le tour, observez la beauté et la grandeur de ses édifices ; « comptez ses tours » au sens propre de compter - dénombrez les magnifiques tours qui s'élèvent sur les remparts d'alentour.

Le Malbim, quant à lui, rattache ces paroles aux événements décrits plus haut : après cette terrible tempête que nous avons vue, qui a fait s'effondrer les tours et démoli les forteresses dans toutes les cités des nations, et qui a fracassé les vaisseaux de Tarchich au point d'empêcher les ennemis de monter contre nous, on vous dit à présent : « Parcourez Sion et faites-en le tour ». Allez donc inspecter Sion et constatez par vous-mêmes : ce vent qui a brisé les tours et abattu les murailles a-t-il causé le moindre dommage à Sion ? A-t-il altéré quoi que ce soit chez nous ? « Comptez ses tours » - selon le Malbim, la raison de ce décompte s'éclaire lumineusement : comptez les tours et vérifiez s'il en manque une seule. Et que découvrirez-vous à travers cela ? La providence particulière d'Hachem sur nous, Lui qui a frappé tous les ennemis tout en nous épargnant absolument.

Le Malbim ajoute qu'il existe une différence entre « sovou » (parcourez / contournez) et « hakifouha » (faites-en le tour complet), nuance qu'il développe également en d'autres endroits : « lehakif » désigne une circonférence intégrale, alors que « lesovev » n'implique pas nécessairement un tour complet et peut s'appliquer à un simple demi-tour ou un contournement partiel. C'est pourquoi le verset précise : ne vous contentez pas d'un tour partiel, mais « faites-en le tour complet » - inspectez-en chaque côté, et vérifiez si cette rigueur divine a pu atteindre Jérusalem en quoi que ce soit.

Considérez attentivement son rempart
שִׁיתוּ לִבְּכֶם לְחֵילָהּ פַּסְּגוּ אַרְמְנוֹתֶיהָ לְמַעַן תְּסַפְּרוּ לְדוֹר אַחֲרוֹן׃ (יד) - Considérez attentivement son rempart, élevez ses palais, afin que vous le racontiez à la génération future.

Le terme « 'hila » renvoie à la muraille extérieure ou au rempart, comme dans l'expression « Il a mis en deuil avant-mur et muraille » ('hel va'homa). Observez ce rempart qui ceint la ville, et voyez comme il a semblé faire barrage au vent destructeur sans le laisser pénétrer. « Élevez ses palais » (passgou armenoteha) - montez au sommet de ses palais et contemplez Celui qui veille sur elle : c'est le Saint, béni soit-Il. Et tout cela « afin que vous le racontiez à la génération future » - pour transmettre le récit des miracles et des merveilles d'Hachem, et rappeler que lorsque l'on marche dans les voies divines, le Saint, béni soit-Il, déploie Sa protection sur nous.

Le Radak donne une autre explication à l'expression « afin que vous le racontiez à la génération future » : il ne s'agit pas de vous adresser directement à l'ultime génération, mais de transmettre ce témoignage de génération en génération jusqu'à la dernière, attestant que nul n'a jamais contemplé d'édifice aussi somptueux que celui qui ornera Sion et Jérusalem à la fin des temps. C'est ce qu'annonce le verset : « Voici, Je sertirai tes pierres d'antimoine, et Je te fonderai sur des saphirs, Je ferai tes créneaux de rubis » ; nos Sages précisent qu'il s'agira de pierres précieuses et de perles mesurant dix coudées sur dix - des blocs aux dimensions colossales au moyen desquels Hachem rebâtira Jérusalem. C'est cela même que vous raconterez à la dernière génération : combien Jérusalem est grande, splendide et sans pareille - transmettez-le aux générations futures. Car d'après le Radak, ce passage constitue une prophétie pour l'avenir messianique.

Le Midrach : « 'Hila » - une ronde pour les justes

Le Midrash commente les mots « Portez votre attention sur ses remparts (lekheilah) » : dans le monde futur, le Saint, béni soit-Il, formera une ronde (makhol) pour les justes, et Il dansera avec eux au sein de cette ronde. Nous avons déjà expliqué que le terme makhol renvoie à un mouvement circulaire, tout comme le mot hallah : pourquoi s'appelle-t-elle ainsi ? Parce qu'à l'époque, on la façonnait ronde, le terme étant lié à l'idée de cercle. Il en va de même pour le mot ‘ougah (gâteau), ainsi nommé à l'origine parce qu'il était rond. La comptine « ‘Ougah, ‘ougah, ‘ougah, bemag‘al nahougah » ne parle pas d'un gâteau que l'on mange, mais dérive de l'expression talmudique « il traça un cercle et se tint en son milieu » (‘ag ‘ougah ve‘amad betokhah). Le mot ‘ougah désigne donc un cercle. Autrefois, on connaissait encore un peu l'hébreu, alors qu'aujourd'hui le mot évoque aussitôt une pâtisserie. Quoi qu'il en soit, le mot makhol exprime lui aussi une réalité circulaire.

Et soit dit en passant, ce cercle recèle un sens profond : pourquoi précisément une ronde ? Nous l'avions expliqué lors de l'étude du Mikhtav MéEliyahou : le cercle illustre la perception de la présence divine vue à égale distance de chaque côté, ce qui éclaire profondément la façon d'envisager les bontés d'Hachem, mais nous n'entrerons pas dans ce développement à présent. Au sein de cette même ronde, tous pointeront le doigt et s'exclameront : « Voici notre Dieu, en Lui nous espérions ; exultons et réjouissons-nous de Son salut ! »

Rabbénou Bahyé soulève une question : d'où nos Sages ont-ils déduit que l'expression « Portez votre attention sur ses remparts (lekheilah) » se réfère à la ronde du monde futur ? À première vue, rien de tel n'apparaît dans le verset. Il répond que la déduction repose sur la précision des termes : le texte dit chitou libkhem (« votre cœur » au singulier) et non levavkhem (« vos cœurs » au pluriel). Or, il est écrit : « Vous mettrez ces paroles sur votre cœur (levavkhem) », tandis qu'au sujet d'Abraham face aux anges, il est dit : « Réconfortez votre cœur (libkhem), puis vous passerez ». Quelle est la différence ? Nos Sages expliquent que la forme levavkhem s'emploie lorsque nous avons un mauvais penchant : l'homme a alors en quelque sorte deux cœurs, l'un tourné vers le bien qui l'attire vers la vertu, et l'autre tourné vers le mal qui l'entraîne à la faute, si bien qu'il ne sert pas Dieu d'un cœur entier mais se trouve tiraillé. En revanche, pour les anges, il est dit libkhem, car les anges n'ont qu'un seul cœur voué au service d'Hachem ; c'est pourquoi le verset emploie le singulier.

Telle est la déduction de nos Sages ici : « Portez votre attention sur ses remparts (chitou libkhem lekheilah) » ne se rapporte pas au temps présent, car aujourd'hui nous possédons tous deux penchants (levavkhem) et non un seul (libkhem). Si le texte emploie ici le singulier libkhem, c'est qu'il fait allusion à l'avenir, lorsque le Saint, béni soit-Il, formera une ronde pour les justes, le juste n'ayant alors plus qu'un seul cœur entièrement tourné vers son Père qui est aux cieux. Alors, tous ces justes diront : « Voici Dieu en qui nous espérions » ; c'est là le sens de kheilah, cette ronde future où il n'y aura plus qu'un seul cœur, et tel est le sens de « portez votre cœur vers cette ronde ».

Car tel est Dieu, notre Dieu - Il nous conduira pour toujours
כִּי זֶה אֱלֹהִים אֱלֹהֵינוּ עוֹלָם וָעֶד הוּא יְנַהֲגֵנוּ עַל מוּת׃ (טו) - Car tel est Dieu, notre Dieu, à tout jamais ; c'est Lui qui nous conduira par-delà la mort.

« Car tel est Dieu, notre Dieu » : qui constitue en vérité ses remparts et ses murailles ? Comme l'a expliqué le Malbim, regardez les fortifications et contemplez les palais : est-ce vraiment cela qui nous a défendus et préservés de la tempête ? Auraient-ils le pouvoir de nous protéger ? Non. Mais « tel est Dieu, notre Dieu » : sa véritable force et sa véritable muraille, c'est le Saint, béni soit-Il. C'est Lui qui veille sur le faîte de ses palais, alors que les palais de tous les peuples d'alentour se sont effondrés sous ce vent de tempête, tandis que ceux de Jérusalem sont demeurés debout. Comme il est écrit plus haut : « Dieu, dans ses palais, s'est fait connaître comme une forteresse » ; le refuge et la délivrance proviennent uniquement du fait que Dieu réside en ses palais. C'est Lui qui subsiste pour l'éternité, et c'est Lui qui nous conduira par-delà la mort.

Et que signifie l'expression « ‘al mout » ? Rachi rapporte l'avis de Menahem selon lequel ce terme a le sens d'éternité, de sorte que « Il nous conduira ‘al mout » signifie qu'Il nous conduira éternellement. Il propose aussi une autre interprétation, reliant ce mot à la racine ‘élem (le jeune homme ou la jeune fille) : selon Rachi, Hachem nous guidera comme un père guide son jeune enfant, c'est-à-dire qu'Il nous accompagnera avec la même tendresse qu'au moment de la sortie d'Égypte. Ibn Ezra rapporte au nom de Rabbi Moshé une explication analogue : à la manière dont Dieu nous a guidés lorsque nous étions de jeunes enfants, comme Il nous a conduits dans le désert au temps de notre jeunesse, entourés des nuées de gloire, nourris par le puits et la manne, avec Moché à notre tête, de même Il nous conduira encore aujourd'hui.

Ibn Ezra lui-même rapporte au nom du maître de la Massore qu'il s'agit en réalité de deux mots distincts, ‘al mout, et qu'il ne faut pas les lire comme un seul terme ; cela se comprend dès lors comme « jusqu'à notre mort » : Il nous guidera jusqu'à ce que nous atteignions le terme de notre vie. Il mentionne encore une autre explication, selon laquelle ‘al mout dérive du mot ne‘elam (caché) : Hachem nous dirigera par une providence bienveillante qui échappe à la vue des créatures, une conduite dissimulée à nos yeux mais qui est en réalité ce qu'il y a de plus bénéfique pour nous.

En conclusion : cette partie du psaume nous enseigne le secret des deux modes de conduite divine : à l'intérieur du Sanctuaire, nous n'avons contemplé que pure bonté, tandis qu'aux confins de la terre, le nom d'Élohim s'est révélé avec justice et rigueur pour châtier les ennemis. De là naît la joie du mont Sion, accoutumé aux miracles, et l'allégresse des filles de Juda qui n'en ont pas l'habitude. De là provient également l'appel à faire le tour de Sion, à l'arpenter et à dénombrer ses tours, pour constater qu'aucune ne manque, et à scruter ses remparts et le faîte de ses palais afin de comprendre que la véritable protection ne vient pas d'eux, mais du Saint, béni soit-Il. Et comme nous l'a enseigné l'auteur de l'Ohev Israël : ce qui, dans ce monde-ci, nous paraissait relever de la rigueur (« nous avons comparé, ô Dieu ») se révèle, au cœur du Sanctuaire, être une bonté absolue. Dans le monde futur, nous bénirons Dieu par la formule « Le Bon et Celui qui fait le bien » même pour les épreuves d'aujourd'hui, et nous prendrons place dans la ronde des justes, d'un cœur unifié, en proclamant : voici l'Éternel en qui nous espérions. « Car tel est Dieu, notre Dieu, à tout jamais ; c'est Lui qui nous conduira ‘al mout », par une providence voilée qui constitue ce qu'il y a de meilleur pour nous.