Le psaume 129 des Téhilim est un chant de reconnaissance pour la providence divine et la protection dont Hachem entoure Israël face à tous ses ennemis. Le psaume s'ouvre sur la description des souffrances qui nous ont accompagnés dès nos débuts en tant que nation, se poursuit par la gratitude du fait que, malgré tout, ils n'ont pas réussi à nous anéantir, et s'achève en décrivant la fin des impies qui ne subsistent pas - pareils à l'herbe des toits, vouée au dépérissement et privée de toute bénédiction.
שִׁיר הַמַּעֲלוֹת רַבַּת צְרָרוּנִי מִנְּעוּרַי יֹאמַר נָא יִשְׂרָאֵל׃ - Cantique des degrés. Ils m'ont grandement opprimé dès ma jeunesse, qu'Israël le proclame donc !
Le Radak compare les jours de l'exil aux âges de la vie d'un homme : le début de l'exil correspond à la jeunesse, et la prolongation de cet exil représente déjà la vieillesse - nous avons vieilli en exil. Le verset vient ainsi nous enseigner : dès le début de l'exil, alors que nous n'étions encore qu'un « jeune homme », les ennemis nous ont infligé de grands tourments. Et c'est à ce sujet qu'il est dit « qu'Israël le proclame donc » - rendons grâce et louons Hachem qui ne nous a pas anéantis durant l'exil.
« Rabath » (grandement) - selon le sens simple développé par le Radak : ils ont multiplié leurs tourments contre moi, ils m'ont accablé d'épreuves. Le Métsoudat David explique quant à lui : « rabath » fait référence à une multitude (« rabath am ») - un peuple nombreux m'a opprimé et causé des tourments dès mon enfance.
Le Malbim explique que le psaume traite de la providence d'Hachem et de la protection qu'Il accorde à Israël contre tous ses ennemis. « Ils m'ont grandement opprimé » (Rabat tsarerouni) - immense est l'adversité subie dès ma jeunesse. Le peuple d'Israël raconte et proclame : venez voir comment, dès notre prime jeunesse, nous fûmes assiégés. Il s'agit d'une métaphore empruntée à une ville assiégée qu'un ennemi encercle durant de longues années - et nous sommes, nous aussi, en état de siège depuis des millénaires.
רַבַּת צְרָרוּנִי מִנְּעוּרָי גַּם לֹא יָכְלוּ לִי׃ - Ils m'ont grandement opprimé dès ma jeunesse, mais ils n'ont pu l'emporter sur moi.
Dès le début de l'exil, les malheurs furent innombrables, et jusqu'à ce jour ils continuent de nous accompagner sans jamais avoir cessé - et malgré tout cela, « ils n'ont pu l'emporter sur moi ». Ils ne l'ont pas pu alors, et ils ne le peuvent pas davantage aujourd'hui. Presque chaque nation s'est fait un devoir de persécuter les Juifs vivant en son sein, et de très rares pays furent des royaumes de bienveillance pour les Juifs qui y résidaient. Pourtant, cette réalité n'a jamais conduit à la disparition du peuple d'Israël. Et par voie de Drach, on peut aussi lire « lo yakhélou li » sous la forme : ils n'ont pas réussi à m'anéantir.
La répétition de l'expression « Ils m'ont grandement opprimé dès ma jeunesse » constitue, selon le Radak, un redoublement destiné à marquer une emphase - pour souligner l'ampleur extraordinaire des souffrances, et afin d'amplifier la reconnaissance envers Hachem.
Le Malbim en dévoile le sens profond : dès qu'Israël devint une nation, dès les premiers instants de son histoire, ils se dressent contre nous pour nous anéantir. La présence même d'Israël, par sa dimension divine, suscite inévitablement l'hostilité des nations et pousse celles-ci à lui déclarer la guerre. Il est difficile pour les peuples d'admettre la grandeur spirituelle du Juif, difficile d'accepter qu'il existe ici un être qui, par essence, se situe au-delà ; c'est pourquoi ils déploient tous leurs efforts pour prouver que le Juif est le plus méprisable et le plus vil, qu'il n'est nullement le peuple élu. « C'est un peuple qui réside à part, et qui ne se compte point parmi les nations » - et cette singularité même incite le non-juif à vouloir d'autant plus abaisser et humilier Israël : pour qui te prends-tu, je vais te montrer que nous valons mieux que toi. Malgré tout cela, le Saint, béni soit-Il, nous a secourus afin qu'ils ne puissent jamais l'emporter sur nous.
L'ouvrage Chirat Yona rapporte au nom du Panim Yafot que l'expression « ils m'ont fort opprimé dès ma jeunesse » fait référence à l'exil d'Égypte. C'étaient les années de jeunesse du peuple d'Israël, comme il est écrit : « Je me souviens de l'affection de ta jeunesse » - au moment de la sortie d'Égypte, nous étions encore comparables à un adolescent, et c'est alors qu'ils nous ont durement affligés. Et ce souvenir, « qu'Israël le proclame donc » - chaque Juif le récite quotidiennement : « afin que tu te souviennes du jour où tu es sorti du pays d'Égypte tous les jours de ta vie », et ce souvenir s'exprime par la parole.
Les Égyptiens nous ont accablés d'épreuves et de tourments, et le saint Zohar affirme qu'il n'y a jamais eu d'exil aussi éprouvant que celui d'Égypte. Si nous y étions restés un peu plus longtemps, il n'y aurait plus jamais eu d'autres exils ; mais puisque nous sommes sortis un peu avant le terme fixé, nous devons compenser par des millénaires d'exil. Et pourtant, « ils n'ont pu l'emporter sur moi » - en fin de compte, ils n'ont pas réussi à nous anéantir.
עַל גַּבִּי חָרְשׁוּ חֹרְשִׁים הֶאֱרִיכוּ לְמַעֲנִיתָם׃ - Sur mon dos des laboureurs ont labouré, ils ont prolongé leurs sillons.
Nos Sages enseignent au sujet de l'exil d'Égypte que les nouveau-nés étaient engloutis sous terre, et que les Égyptiens amenaient la charrue pour labourer au-dessus d'eux. Puis s'est accompli le verset : « tu parvins à la plus grande parure » - ces mêmes nourrissons enfouis dans la terre en ressortaient par troupes entières pour regagner leurs foyers. Voyez à quel point les supplices qu'ils nous infligèrent étaient terribles.
Face à cette dure affliction, une explication remarquable a été donnée : « ils ont prolongé leurs sillons (lema'anitam) » - ce sont précisément leurs tourments (du terme inouy) qui ont fait que la durée de l'exil ne s'est pas prolongée. En réalité, nous aurions dû rester quatre cents ans, alors comment en sommes-nous sortis au bout de deux cent dix ans ? « Pour leur supplice » - en raison de la rigueur de leurs persécutions, l'intensité de la servitude a complété le compte des années. La cruauté avec laquelle ils nous ont fait souffrir a finalement tourné à notre avantage.
C'est pourquoi, lorsque Moché Rabbénou formula des reproches devant le Saint, béni soit-Il - « pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? » -, le Saint, béni soit-Il, le reprit précisément sur ce point : c'est justement cette rigueur accrue qui précipite leur libération et rapproche leur délivrance finale ! Sans cette situation où « la paille n'est pas donnée à tes serviteurs, et l'on nous dit : faites des briques », ils seraient restés là-bas cent quatre-vingt-dix ans de plus - et qui sait ce qu'il serait resté d'eux spirituellement ? Ils avaient déjà atteint la cinquantième porte d'impureté, après quoi il aurait été impossible de les racheter. J'agis pour leur bien en intensifiant temporairement la servitude afin de les libérer rapidement, et toi, tu viens Me dire : « Pourquoi as-Tu fait du mal » ?
Le sens littéral du verset « Sur mon dos des laboureurs ont labouré » vient illustrer l'ampleur de nos souffrances, comme si l'on labourait directement sur notre dos - métaphore de l'intensité de la peine, du labeur écrasant, de l'humiliation et de l'opprobre, à l'image de ce qui est écrit dans Isaïe : « tu as fait de ton dos comme une terre, comme une rue pour les passants », foulés aux pieds pour ainsi dire.
La ma'anit, explique le Radak, désigne la ligne tracée par le laboureur avec ses bœufs - le sillon de labour, la saignée dans laquelle avancent les bêtes. Lorsque cette ligne est longue, l'effort des bœufs devient particulièrement pénible ; quand le sillon est court, ils avancent, se reposent un instant, font demi-tour et repartent dans l'autre sens. Mais ici, « ils ont prolongé leurs sillons » : le sillon est interminable, le bœuf poursuit sa marche sans force et à bout de patience, sans relâche. C'est l'expression de nos tourments qui s'étirent comme s'ils n'avaient point de fin, sans nous laisser le moindre répit dans le travail et la souffrance.
Le Malbim apporte une précision essentielle : quand nous avons dit « ils n'ont pu l'emporter sur moi », ne crois point que cela provenait de ma force ou de ma bravoure. Bien au contraire, j'étais semblable à un champ, à une plaine dégagée. Dans une région montagneuse, il est difficile pour l'ennemi de conquérir le terrain, et plus encore dans une ville fortifiée ; mais dans un lieu plat et ouvert comme un champ, l'ennemi pénètre et y laboure à sa guise, prolongeant le sillon autant qu'il le désire, sans qu'aucune montagne ni colline ne vienne entraver sa marche. C'est dire que d'un point de vue naturel, je n'avais aucune chance d'en réchapper. Et le mot « mon dos » (gabi), explique le Malbim, ne désigne pas uniquement le dos mais le corps tout entier, comme dans le verset de Job « vos corps d'argile » ('homer gaveikhem) - c'est sur mon corps même que des laboureurs ont labouré, meurtrissant ma chair de souffrances.
יְהֹוָה צַדִּיק קִצֵּץ עֲבוֹת רְשָׁעִים׃ - L'Éternel est juste, Il a tranché les cordes des impies.
Le Malbim explique : viens et vois que tout provient de Lui, béni soit-Il. Hachem est le Juste, et c'est Lui qui a tranché les cordes des impies. Les bœufs ne pouvaient plus tirer la charrue, parce que le Saint, béni soit-Il, a tranché les cordes - les liens du joug, la corde qui relie les bœufs à la charrue - et ils ont donc cessé de labourer sur mon dos.
Et c'est à nouveau la même idée : je n'ai rien fait par moi-même. « Ils n'ont pas non plus prévalu sur moi » ne découle pas de ma propre force, mais du fait que le Saint, béni soit-Il, le Juste, a tranché cette corde et brisé leurs liens. David HaMélekh propose ici une parabole des souffrances de l'ensemble d'Israël, et ces versets expriment à la fois ses épreuves personnelles et celles de tout Israël.
יֵבֹשׁוּ וְיִסֹּגוּ אָחוֹר כֹּל שֹׂנְאֵי צִיּוֹן׃ - Qu'ils aient honte et reculent en arrière, tous les ennemis de Sion !
Lorsque le Saint, béni soit-Il, tranchera les cordes qui pèsent sur nous, alors « qu'ils aient honte et reculent en arrière » : tous leurs projets pour nous anéantir se retourneront contre eux - ils reculeront, et ils éprouveront aussi de la honte en voyant comment la situation s'est renversée.
Le Radak soulève une difficulté : mais Sion, tout le monde l'aime, tout le monde cherche à la conquérir, alors pourquoi les qualifier d'« ennemis de Sion » ? Il répond : les nations ne haïssent pas Sion, elles l'aiment au point de se livrer bataille entre elles pour la posséder - les croisés se sont battus contre l'Islam pour la terre d'Israël. L'expression désigne en réalité « les ennemis des enfants de Sion », de ceux qui résident à Sion, c'est-à-dire le peuple d'Israël.
Le Malbim explique pourquoi le texte emploie l'expression « ennemis de Sion » et non « ennemis d'Israël » : c'est parce qu'ils haïssent la sainteté d'Israël et leur forteresse spirituelle. Comme le disait déjà ce pieux devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, si nous n'étions pas attachés à Toi, nul ne nous persécuterait. Pourquoi nous poursuit-on ? Non pas simplement parce que nous sommes juifs, mais parce que nous sommes attachés à Hachem, béni soit-Il, parce que nous avons un D.ieu et que nous avons mérité de recevoir la Torah. Le mont Sinaï est appelé « Sinaï » car c'est de là qu'est descendue la haine (sin'a) envers les nations du monde - qu'Hachem rejette les idolâtres et que les nations nous haïssent - et tout cela découle du fait qu'Hachem nous a choisis et que nous Le servons avec ferveur.
Sion, comme nous l'avons expliqué, est le lieu de la Présence divine (la Chékhina) et de la sainteté - à la différence de Jérusalem qui est le lieu d'habitation de la masse du peuple ; Sion désigne le mont du Temple, le Beth Hamikdach, les endroits les plus sacrés. Et les nations haïssent le peuple d'Israël qui détient cette sainteté de Sion. C'est à ce propos que nous disons : « qu'ils aient honte » - honte devant eux-mêmes, de ne posséder aucune part en Hachem, béni soit-Il, alors que nous seuls Lui sommes rattachés. Les nations n'ont aucune part en Lui ; Hachem n'accomplit pas de miracles pour elles, « Est-il parmi les vanités des nations des faiseurs de pluie ? » - montre-moi un seul membre des nations qui ait fait descendre la pluie par sa prière, montre-moi une seule fois où une prière des nations a obtenu quoi que ce soit dans les cieux. Rien du tout. Et « qu'ils reculent en arrière » - sous le poids des châtiments que le Saint, béni soit-Il, leur infligera pour toutes les persécutions qu'ils nous ont fait subir.
יִהְיוּ כַּחֲצִיר גַּגּוֹת שֶׁקַּדְמַת שָׁלַף יָבֵשׁ׃ - Qu'ils soient comme l'herbe des toits, qui sèche avant d'être arrachée !
Sur les toits des maisons poussaient des herbes : les toits étaient souvent faits de chaume, et nous trouvons ainsi dans la Guémara Chabbat le cas d'une gouttière où ont poussé des végétaux, demandant s'il est permis de les écraser avec les pieds pour que l'eau s'écoule et ne pénètre pas dans la maison. Aujourd'hui encore, on peut observer des endroits où des herbes poussent sur les toits.
Et cette herbe n'a aucune pérennité : étant située en hauteur et exposée au soleil, elle se dessèche très vite - et avant même qu'on ne vienne l'arracher, elle est déjà sèche. C'est le sens de « ché-kadmat chalaf yavéch » : avant même qu'on ne l'arrache et qu'on ne la retire de son endroit, elle a déjà séché. Comme il est écrit : « Le matin elle fleurit et pousse, le soir elle est fauchée et se dessèche » - le matin nous la voyions verte, et le soir il n'en reste déjà plus rien. Le Radak explique que « chalaf » vient du sens d'extraire et de retirer de sa place, comme dans « l'homme ôta (chalaf) sa chaussure ».
Le Malbim explique : cette herbe ne subsiste pas longtemps, et c'est pourquoi on l'arrachait avant toutes les autres - c'est une parabole pour les impies. Cela ne signifie pas nécessairement que l'impie ne vivra pas longtemps, car il peut exister un méchant qui vive quatre-vingt-dix ans, mais plutôt que les jours de règne et de domination de la méchanceté ne durent pas. Le Saint, béni soit-Il, veille à anéantir les méchants et à ne pas laisser le pouvoir du mal régner sans fin. Et tout comme l'herbe des toits est brûlée d'en haut par le soleil et se dessèche avant même qu'on ne l'arrache, de même l'avenir des impies sera anéanti. C'est pourquoi « ils seront confus » - car ils sont pareils à cette herbe qui disparaît si vite, « et reculeront » - ils subiront un châtiment providentiel de la part de Hachem, qui fera luire sur eux un soleil ardent pour les consumer, et ils se dessécheront prématurément.
שֶׁלֹּא מִלֵּא כַפּוֹ קוֹצֵר וְחִצְנוֹ מְעַמֵּר׃ - Dont le moissonneur ne remplit point sa main, ni le lieur de gerbes son giron.
Le sens est qu'ils n'en viennent aucunement à la moisson. « 'Hitsno » (son giron), selon le Radak, désigne le bras, comme dans « ils ramèneront tes fils dans leurs bras (be'hotsen) » et « j'ai secoué mon pan (hitsni) » - j'ai secoué mon bras. « Mé'amer » est celui qui ramasse les gerbes. Autrement dit, le moissonneur ne parviendra même pas à remplir sa main de la récolte, ni son bras du ramassage des gerbes.
Le Malbim explique : l'herbe des toits, même si l'on se hâte de l'arracher avant qu'elle ne se dessèche, n'a pas le temps de pousser suffisamment pour que le moissonneur puisse en remplir sa main en une seule prise, une poignée pleine, car il n'y a pas assez de matière. Dans un champ, en revanche, il y a une abondance telle qu'il faut se remplir les mains à maintes reprises. Or ici, cette herbe est également dispersée, une tige par-ci, une tige par-là ; et même si l'on glanait sur chaque toit, on ne trouverait pas au total la quantité permettant au lieur de remplir son « 'hetsen » - et selon le Malbim, « 'hitsno » désigne le récipient : on n'en aura même pas de quoi remplir un ustensile.
Et la métaphore est claire : même lorsque les impies sont encore là et vivent dans la tranquillité, « tous les artisans d'iniquité se dispersent » - ils ne forment jamais un bloc uni. C'est là une bonté de Hachem envers nous que les méchants ne s'unissent pas ; car s'ils s'unissaient, malheur à Israël ! Les sommets de la Ligue arabe finissent toujours par des éclats, les Iraniens sont constamment en conflit avec les Irakiens, et ceux-ci avec les Saoudiens, les Koweïtiens et les Égyptiens - « l'épée de chacun contre son compagnon ». « Et j'exciterai l'Égypte contre l'Égypte » - le Saint, béni soit-Il, suscite des divisions intestines parmi eux, et c'est ce qui nous sauve de leur puissance.
Et c'est aussi notre chance ici en Terre Sainte : ce n'est que très rarement que tous les détracteurs d'Israël parviennent à s'unir, ce n'est que rarement qu'ils réussissent à faire taire leur ego démesuré pour combattre ensemble les gardiens de l'Alliance et ceux qui craignent Hachem. C'est une grâce divine qu'ils se querellent entre eux, déchirés et divisés, formant des factions qui s'entredéchirent - et c'est ce qui nous permet de survivre, les chiens aboient, la caravane passe, et le peuple de Hachem continue de subsister.
וְלֹא אָמְרוּ הָעֹבְרִים בִּרְכַּת יְהֹוָה אֲלֵיכֶם בֵּרַכְנוּ אֶתְכֶם בְּשֵׁם יְהֹוָה׃ - Et les passants ne disent point : « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous ! Nous vous bénissons au nom de l'Éternel ! »
Le Radak explique que la coutume des passants était de lancer aux moissonneurs : « Que la bénédiction de Hachem soit sur vous ! » Il faut comprendre que la moisson représentait l'aboutissement de tout le labeur ; aussi organisait-on de grandes réjouissances à l'époque de la moisson et des vendanges, même chez les nations - toute la peine de l'année se concrétise enfin : voici que l'on a récolté, engrangé, qu'il y a des fruits et des récoltes. Dès lors, lorsqu'un passant voyait des gens moissonner, il les bénissait : « Que Hachem vous bénisse, que vous ayez abondance et bénédiction ! » Tout comme Boaz dit aux moissonneurs : « Que Hachem soit avec vous ! ».
Et que signifie « Nous vous bénissons au nom de l'Éternel » après qu'il a déjà été dit « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous » ? Le Radak, fidèle à sa démarche, explique qu'il s'agit d'une répétition stylistique, car le Radak ne s'astreint pas à justifier chaque redondance. Mais il n'en va pas de même pour le Malbim, comme nous allons le voir immédiatement.
Et quel est le rapport avec l'herbe des toits ? Le texte vient nous enseigner : s'il est d'usage de lancer aux moissonneurs « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous », ici, pour celui qui coupe l'herbe des toits - dont on ne peut même pas remplir le creux de la main, dont il ne reste rien et qui ne parvient jamais à maturité pour une vraie moisson -, les passants ne disent point « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous ». Celui qui aperçoit un homme cueillir de l'herbe sur les toits ne le bénit pas : de quelle bénédiction pourrait-il s'agir ? Quelle abondance trouverait-on là ? On parvient à peine à en ramasser un brin que tout est déjà desséché.
Et c'est ainsi qu'il s'exprime au sujet des nations : toutes leurs croyances et leurs doctrines ne sont que vanité et néant, pareilles à l'herbe des toits, et c'est ainsi qu'elles disparaîtront, comme l'herbe des toits. Telle est la parabole qui s'applique aux impies qui ont labouré notre dos - le Saint, béni soit-Il, les anéantira et ils périront comme l'herbe des toits. À l'opposé, remarque le Radak, Israël est comparé à une semence de bénédiction : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse » - une semence de plénitude, de pérennité et de bénédiction.
Le Malbim apporte une nuance remarquable : tout dépend de la nature de la moisson. S'il s'agissait d'une récolte généreuse et bénie, les passants disaient « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous » - que la bénédiction et l'abondance déjà présentes augmentent encore. Mais lors d'une année de sécheresse, ils disaient « Nous vous bénissons au nom de l'Éternel » - que la bénédiction repose désormais sur vous pour l'avenir. Quant à celui qui fauche l'herbe des toits, on ne lui adressait ni l'une ni l'autre formule : ni « Que la bénédiction de l'Éternel soit sur vous » pour le présent, ni « Nous vous bénissons au nom de l'Éternel » pour le futur - car l'herbe des toits est le signe d'une malédiction, non d'une bénédiction.
Le psaume 129 est le cantique d'action de grâce du peuple d'Israël : depuis notre jeunesse, depuis l'exil d'Égypte jusqu'à ce jour, ils nous ont tourmentés sans répit et ont labouré notre dos comme un champ ouvert qu'aucune montagne ni colline ne vient entraver - et pourtant, « ils n'ont pu l'emporter sur moi ». Cela ne provient ni de notre force ni de notre bravoure, mais de ce que « l'Éternel est juste, Il a tranché les cordages des impies » - c'est Lui qui a brisé l'attelage de la charrue qui nous opprimait. Les ennemis de Sion, qui méprisent notre sainteté et notre attachement indéfectible à l'Éternel, finiront couverts de honte et reculeront ; ils deviendront comme l'herbe des toits qui sèche avant même d'avoir été arrachée, dont on ne peut remplir ni le creux de la main ni l'écorce de son manteau, et sur laquelle nulle bénédiction n'est prononcée. Israël, quant à lui, demeure une semence de bénédiction : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse ». Puisse l'Éternel agir ainsi envers toutes les nations et combler de bénédictions Son peuple Israël, Amen et Amen.