Le chapitre 9 de Néhémie constitue l'une des confessions les plus grandioses et les plus méthodiques de tout le Tanakh. Les Léviim se tiennent devant le peuple et retracent l'ensemble de l'histoire d'Israël : d'un côté, une chaîne ininterrompue de bontés divines et de providence miraculeuse ; de l'autre, une succession d'ingratitude, de révolte et d'obstination. Le passage qui nous occupe s'ouvre sur l'accomplissement de la promesse - non seulement « Tu as conclu avec lui l'alliance », mais aussi « Tu as accompli Tes paroles » - et se poursuit jusqu'à la description de la situation critique de la génération présente, préambule au renouvellement de l'alliance au chapitre suivant.
וַתֵּרֶא אֶת עֳנִי אֲבֹתֵינוּ בְּמִצְרָיִם וְאֶת זַעֲקָתָם שָׁמַעְתָּ עַל יַם סוּף׃ - Tu as vu la détresse de nos pères en Égypte, et Tu as entendu leur clameur près de la mer des Joncs.
Jusqu'ici, le texte a décrit l'élection d'Avraham et la conclusion de l'alliance ; il montre à présent comment le Saint, béni soit-Il, n'a pas seulement promis, mais a aussi accompli : « Tu as accompli Tes paroles ». Le séjour en Égypte constituait lui-même le prélude à l'entrée en Terre sainte, car lorsque Hachem promit la terre à Avraham, Il précisa d'abord : « Tes descendants séjourneront dans un pays qui ne leur appartiendra pas ». L'exil d'Égypte fut le creuset de fer où Israël fut éprouvé et purifié, afin de devenir digne d'entrer en Terre sainte.
Les deux membres de ce verset ne forment pas une redondance, mais désignent deux causes distinctes entraînant deux actions. « Tu as vu la détresse de nos pères » : voyant à quel point ils étaient opprimés, « Tu as produit des signes et des prodiges ». « Et Tu as entendu leur clameur près de la mer des Joncs » : c'est en réponse à cet appel que « Tu as fendu la mer devant eux », comme le mentionne le verset 11.
וַתִּתֵּן אֹתֹת וּמֹפְתִים בְּפַרְעֹה וּבְכׇל עֲבָדָיו וּבְכׇל עַם אַרְצוֹ כִּי יָדַעְתָּ כִּי הֵזִידוּ עֲלֵיהֶם וַתַּעַשׂ לְךָ שֵׁם כְּהַיּוֹם הַזֶּה׃ - Tu as produit des signes et des prodiges contre Pharaon, contre tous ses serviteurs et contre tout le peuple de son pays, car Tu savais qu'ils avaient agi avec cruauté envers eux, et Tu T'es fait un renom tel qu'il subsiste aujourd'hui.
Le premier motif : « Car Tu savais qu'ils avaient agi avec cruauté envers eux ». Pharaon et son peuple méritaient le châtiment pour nous avoir infligé des souffrances et s'être acharnés contre nous. Certes, Hachem avait annoncé d'avance : « On les asservira et on les opprimera », mais ils n'ont pas agi par obéissance à un ordre divin ; ils l'ont fait par méchanceté pure, avec cruauté délibérée, trouvant du plaisir à tourmenter le peuple d'Israël, et ils ont même surenchéri sur ce qui avait été décrété.
C'est précisément le sens des termes employés lors de l'alliance entre les morceaux (Brit Bein Habetarim) : « Mais Je jugerai aussi la nation à laquelle ils seront asservis » - il n'est pas dit « Je punirai ». « Je jugerai » signifie faire justice selon un procès : le Saint, béni soit-Il, déclare qu'Il examinera l'attitude de la nation asservissante. S'ils les ont opprimés uniquement pour accomplir Mon décret proclamé lors du Brit Bein Habetarim, Je ne les punirai pas, car ils auront exécuté Ma parole. Mais s'ils les ont tourmentés par pure méchanceté et ont outrepassé la mesure, alors Je sévirai. C'est pourquoi Il dit « Je jugerai » : J'examinerai et évaluerai l'intention qui a présidé à l'asservissement d'Israël.
Le second motif : « Et Tu T'es fait un renom tel qu'il subsiste aujourd'hui ». Lorsque le Saint, béni soit-Il, envoie Moché frapper Pharaon, Il lui déclare : « Va vers Pharaon, car J'ai appesanti son cœur et le cœur de ses serviteurs » - dans quel dessein ? « Afin de déployer Mes signes au milieu d'eux » : voilà le premier motif, le châtier pour avoir opprimé Mon peuple. Et immédiatement après : « Et afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils comment Je Me suis joué de l'Égypte ». Par les plaies d'Égypte, le Nom du Créateur est exalté, Sa providence surnaturelle éclate aux yeux du monde entier, et tous constatent qu'un monarque impie a reçu le châtiment qu'il méritait.
וְהַיָּם בָּקַעְתָּ לִפְנֵיהֶם וַיַּעַבְרוּ בְתוֹךְ הַיָּם בַּיַּבָּשָׁה וְאֶת רֹדְפֵיהֶם הִשְׁלַכְתָּ בִמְצוֹלֹת כְּמוֹ אֶבֶן בְּמַיִם עַזִּים׃ - Et Tu as fendu la mer devant eux, ils ont traversé au milieu de la mer à pied sec ; et leurs poursuivants, Tu les as précipités dans les abîmes, comme une pierre dans les eaux impétueuses.
Lorsque Israël crie vers Hachem au bord de la mer, il est dit à Moché : « Pourquoi cries-tu vers Moi ? Parle aux enfants d'Israël et qu'ils avancent ! » - et c'est là l'écoute du cri mentionnée au verset 9, par laquelle Tu leur as fendu la mer afin qu'ils la traversent à pied sec. De plus, Tu ne T'es pas contenté de les sauver, Tu T'es également vengé de leurs poursuivants : « et leurs poursuivants, Tu les as précipités dans les abîmes ». C'est précisément ce détail qui met en lumière la conduite miraculeuse : en effet, si la mer s'était seulement fendue, on aurait pu attribuer le phénomène à une quelconque cause naturelle ; mais lorsque cette même mer s'ouvre devant nous et engloutit nos ennemis, il s'agit d'une conduite miraculeuse évidente.
וּבְעַמּוּד עָנָן הִנְחִיתָם יוֹמָם וּבְעַמּוּד אֵשׁ לַיְלָה לְהָאִיר לָהֶם אֶת הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר יֵלְכוּ בָהּ׃ - Et par une colonne de nuée Tu les as guidés le jour, et par une colonne de feu la nuit, pour leur éclairer le chemin sur lequel ils devaient marcher.
Cette même conduite miraculeuse, inaugurée avec Avraham et perpétuée lors de la sortie d'Égypte, les accompagne aussi dans le désert. « Et Je ferai une distinction entre Mon peuple et ton peuple » - le Saint, béni soit-Il, nous guide de manière surnaturelle, et ce à bien des égards. La colonne de nuée faisait office à la fois d'éclairage et de climatisation : la colonne de feu éclairait la nuit, tandis que la nuée les protégeait en permanence de l'ardeur du soleil en s'étendant au-dessus d'eux. Elle les guidait sur la route, aplanissait monts et vallées pour leur offrir une voie droite, nettoyait leurs vêtements et les rafraîchissait. Ils bénéficiaient toujours, pour ainsi dire, d'une température idéale à l'ombre ; ils ne souffraient aucunement de la chaleur et leurs pieds n'enflaient point - tout cela grâce à cette même colonne de nuée qui les guidait en chemin.
וְעַל הַר סִינַי יָרַדְתָּ וְדַבֵּר עִמָּהֶם מִשָּׁמָיִם וַתִּתֵּן לָהֶם מִשְׁפָּטִים יְשָׁרִים וְתוֹרוֹת אֱמֶת חֻקִּים וּמִצְוֺת טוֹבִים׃ - Et sur le mont Sinaï Tu es descendu, Tu leur as parlé depuis les cieux, et Tu leur as donné des jugements droits et des lois de vérité, des décrets et des commandements bienfaisants.
Bien au-delà de cette providence matérielle, Tu T'es révélé à eux en personne, dans toute Ta gloire, pour leur confier Ta Torah. Le Créateur du monde s'est manifesté à l'ensemble d'Israël et a parlé à tous ; ils ont entendu les deux premiers commandements directement de la bouche de la Toute-Puissance divine, et les suivants par l'intermédiaire de Moché.
Voici le détail des éléments octroyés là-bas : « des jugements droits » - les *michpatim* sont les lois régissant les relations interpersonnelles, et tout ce qui a été transmis lors du don de la Torah au Sinaï, des Dix Paroles jusqu'à la fin de la paracha de Michpatim, répond au principe : « De même que les premiers ont été donnés au Sinaï, ceux-ci également proviennent du Sinaï ». Ce sont des jugements droits et équitables ; hélas, certains s'imaginent encore que le droit ottoman, turc ou britannique serait plus pertinent, délaissant précisément le droit hébraïque. « Des lois de vérité » - les principes directeurs en matière de foi. « Des décrets » (*'houkim*) - les préceptes qui dépassent la raison humaine, à l'exemple de l'interdiction de « ne point cuire le chevreau dans le lait de sa mère ». « Et des commandements bienfaisants » - des mitsvot qui orientent l'homme sur le droit chemin, comme « Si tu prêtes de l'argent à Mon peuple », les devoirs de bonté (*'hessed*), la mitsva de l'inhumation et d'autres devoirs analogues.
וְאֶת שַׁבַּת קׇדְשְׁךָ הוֹדַעְתָּ לָהֶם וּמִצְווֹת וְחֻקִּים וְתוֹרָה צִוִּיתָ לָהֶם בְּיַד מֹשֶׁה עַבְדֶּךָ׃ - Et Ton saint Chabbat Tu leur as fait connaître, et des commandements, des décrets et une Torah Tu leur as ordonnés par l'entremise de Moché, Ton serviteur.
« Ton saint Chabbat, Tu le leur as fait connaître » - il s'agit du Chabbat mentionné dans le Décalogue. Pourquoi employer l'expression « Tu as fait connaître » (*hoda'ta*) ? Parce qu'à travers le Chabbat, le Saint, béni soit-Il, a révélé à Israël le principe même de la Providence : le Chabbat atteste que le Saint, béni soit-Il, a créé Son monde en six jours et s'est reposé le septième ; il témoigne que le monde n'est pas éternel de toute antiquité mais a été créé avec un dessein et une finalité précise, et que tout ce qui nous arrive relève entièrement de Sa divine Providence, béni soit-Il.
« Et des commandements, des lois et une Torah, Tu leur as ordonnés par l'intermédiaire de Moché Ton serviteur » - ensuite, le reste des mitsvot leur a été transmis, durant leur séjour dans le désert du Sinaï jusqu'à leur campement dans le désert de Paran. Toutes les mitsvot mentionnées dans les livres de Chémot, Vayikra et Bamidbar jusqu'à la parachat Chélah Léha leur furent alors transmises par Moché.
וְלֶחֶם מִשָּׁמַיִם נָתַתָּה לָהֶם לִרְעָבָם וּמַיִם מִסֶּלַע הוֹצֵאתָ לָהֶם לִצְמָאָם וַתֹּאמֶר לָהֶם לָבוֹא לָרֶשֶׁת אֶת הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָשָׂאתָ אֶת יָדְךָ לָתֵת לָהֶם׃ - Et Tu leur as donné du pain du ciel pour apaiser leur faim, Tu as fait jaillir pour eux de l'eau du rocher pour étancher leur soif, et Tu leur as ordonné de venir prendre possession du pays que Tu avais juré, la main levée, de leur donner.
Là encore, dans le désert, Tu as veillé sur eux et Tu as pourvu à tous leurs besoins, en pain et en eau, dans un milieu où un peuple si nombreux ne pouvait absolument pas survivre pendant une si longue période. Plus de cinq millions de personnes ont erré dans le désert pendant quarante ans, alors que dans des conditions normales, il serait impossible d'y tenir ne serait-ce que deux semaines. Comment un tel peuple a-t-il pu subsister ? C'est Toi qui leur as procuré la manne et l'eau jaillissant du rocher. Puis Tu leur as dit de monter et d'hériter de la terre, comme il est dit : « Vous êtes arrivés jusqu'à la montagne de l'Amorrhéen... monte et prends-en possession ».
וְהֵם וַאֲבֹתֵינוּ הֵזִידוּ וַיַּקְשׁוּ אֶת עׇרְפָּם וְלֹא שָׁמְעוּ אֶל מִצְוֺתֶיךָ׃ - Mais eux et nos pères ont agi avec présomption, ils ont raidi leur nuque et n'ont pas écouté Tes commandements.
וַיְמָאֲנוּ לִשְׁמֹעַ וְלֹא זָכְרוּ נִפְלְאֹתֶיךָ אֲשֶׁר עָשִׂיתָ עִמָּהֶם וַיַּקְשׁוּ אֶת עׇרְפָּם וַיִּתְּנוּ רֹאשׁ לָשׁוּב לְעַבְדֻתָם בְּמִרְיָם וְאַתָּה אֱלוֹהַּ סְלִיחוֹת חַנּוּן וְרַחוּם אֶרֶךְ אַפַּיִם וְרַב חֶסֶד וְלֹא עֲזַבְתָּם׃ - Ils ont refusé d'écouter et n'ont pas gardé le souvenir des prodiges que Tu avais accomplis pour eux ; ils ont raidi leur nuque et, dans leur rébellion, ont nommé un chef pour retourner à leur servitude. Mais Toi, Tu es un Dieu de pardons, bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et abondant en bonté, et Tu ne les as pas abandonnés.
Après avoir décrit toute cette abondance et tous ces bienfaits, tout le dévouement déployé par Hachem pour nous, le texte poursuit : viens et constate à quel point nos pères furent obstinés, rebelles et ingrats après tant de bonté infinie. D'abord, « ils ont agi avec présomption » - ils ont exigé d'envoyer des hommes en éclaireurs (« Envoyons des hommes devant nous »), la promesse du Créateur du monde ne leur suffisant pas ; ils voulaient voir et vérifier par eux-mêmes. Ensuite, « ils ont refusé d'écouter » - lorsque Moché leur a affirmé que la terre était bonne, ils ont refusé de l'entendre. Et lorsqu'ensuite le décret fut scellé et qu'ils déclarèrent : « Nous monterons », Moché les avertit : « Ne montez pas, afin de ne point être battus devant vos ennemis » ; la sentence était tombée et il était vain de forcer le passage. Mais rien n'y fit, ils s'obstinèrent à y aller de force et furent écrasés jusqu'à Horma. « Et n'ont pas gardé le souvenir de Tes prodiges » - non contents de cela, certains d'entre eux voulurent retourner en Égypte et dirent : « Nommons un chef et retournons en Égypte », ce qui correspond aux mots « et ont nommé un chef pour retourner à leur servitude dans leur rébellion ».
Et face à tout cela : « Mais Toi, Tu es un Dieu de pardons, bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et abondant en bonté, et Tu ne les as pas abandonnés ». Tous ces actes constituaient un motif largement suffisant pour les délaisser, et pourtant, Tu ne les as pas abandonnés - preuve de l'immense bonté et de la miséricorde du Créateur. Tout ce récit fait partie intégrante d'un grand vidouï (aveu) : ils se tiennent là et confessent qu'après tout cet exil et toutes les épreuves subies, nous persistons encore dans notre rébellion - nous avons épousé des femmes étrangères parmi les peuples du pays, nous sommes revenus sur notre terre et nous continuons dans ces mêmes errements. Ce sont des paroles d'éveil et de contrition destinées à susciter une techouva sincère pour les fautes commises.
אַף כִּי עָשׂוּ לָהֶם עֵגֶל מַסֵּכָה וַיֹּאמְרוּ זֶה אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר הֶעֶלְךָ מִמִּצְרָיִם וַיַּעֲשׂוּ נֶאָצוֹת גְּדֹלוֹת׃ - Même lorsqu'ils se sont fabriqué un veau en métal fondu et qu'ils ont dit : « Voici ton dieu qui t'a fait monter d'Égypte », commettant ainsi de graves outrages.
Le terme « massékha » renvoie au métal, une matière fondue - que l'on fait fondre pour la mouler. Quant à « né'atsot » (outrages), cela signifie provoquer la colère du Créateur du monde et proférer des blasphèmes à Son égard.
וְאַתָּה בְּרַחֲמֶיךָ הָרַבִּים לֹא עֲזַבְתָּם בַּמִּדְבָּר אֶת עַמּוּד הֶעָנָן לֹא סָר מֵעֲלֵיהֶם בְּיוֹמָם לְהַנְחֹתָם בְּהַדֶּרֶךְ וְאֶת עַמּוּד הָאֵשׁ בְּלַיְלָה לְהָאִיר לָהֶם וְאֶת הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר יֵלְכוּ בָהּ׃ - Et Toi, dans Tes immenses miséricordes, Tu ne les as pas abandonnés dans le désert : la colonne de nuée ne s’est point écartée d’eux le jour pour les guider sur le chemin, ni la colonne de feu la nuit pour les éclairer et leur indiquer la route à suivre.
Le Midrach rapporte une chose prodigieuse montrant à quel point Hakadosh Baroukh Hou est miséricordieux. Il existe une expression qui qualifie Hachem de « Mélekh alouv » (un roi outragé), c’est-à-dire qu’on L'outrage et Le méprise, et malgré cela, Il continue de répandre Sa bonté sur nous. Sait-on de quoi ils nourrissaient le veau d’or ? De la manne ! Que pouvait bien manger un veau dans le désert ? Y pousse-t-il de l’herbe ? Hakadosh Baroukh Hou fait descendre la manne pour eux, et ils en donnent au veau. Ainsi, celui-là même qui vient pour ainsi dire déraciner la foi dans le Créateur du monde, le Créateur le nourrit et subvient à ses besoins.
Il est écrit que le veau possédait une certaine vitalité : ils réussirent à lui insuffler une vie issue des forces d’impureté, et par là, le veau proclamait : « Je suis l’Éternel ton D.ieu ». Il en était de même pour les téraphim, dont il est dit : « Les téraphim ont débité des illusions » - ils parlaient. Au moyen d’un nom d’impureté, une force d’impureté, la Sitra A’hra et la puissance des démons, descendait pour s’investir dans cette idole, dans cet objet matériel, et parlait, prédisant l’avenir ou d’autres choses semblables - et c’est ce qui fascinait les gens. Ne croyez pas qu’il s’agissait d’hommes ignorants et stupides qui prenaient un morceau de bois, le sculptaient et l’appelaient dieu. Un tel homme n’a pas besoin d’un châtiment mais d’une hospitalisation ; il existe des institutions spécialisées pour ce genre de personnes. En réalité, l’idolâtrie donnait le sentiment réel d’agir : on y percevait une force, on avait l’impression que l’abondance descendait par son intermédiaire - et c’était là une épreuve loin d’être simple.
Et malgré tout cela, « Toi, dans Tes immenses miséricordes, Tu ne les as pas abandonnés » : pendant même qu'ils pèchent, la colonne de nuée se tient au-dessus d'eux, et la colonne de feu les guide la nuit. Malgré tous les actes négatifs, la providence d’Hakadosh Baroukh Hou ne s'est point retirée de nous.
וְרוּחֲךָ הַטּוֹבָה נָתַתָּ לְהַשְׂכִּילָם וּמַנְךָ לֹא מָנַעְתָּ מִפִּיהֶם וּמַיִם נָתַתָּה לָהֶם לִצְמָאָם׃ - Et Ton bon esprit, Tu l’as accordé pour les éclairer ; Tu n’as point refusé Ta manne à leur bouche, et Tu leur as donné de l’eau pour étancher leur soif.
« Ton bon esprit » - c’est ce qui est dit : « Il préleva de l’esprit qui reposait sur lui et le mit sur les soixante-dix anciens ». Au passage, remarquons qu’ici la manne apparaît sous une forme déclinée avec suffixe possessif : « Oumanekha » (ומנך), c’est-à-dire « Ta manne » ; dites à quelqu’un « manekha » et il ne saura même pas de quoi vous parlez !
וְאַרְבָּעִים שָׁנָה כִּלְכַּלְתָּם בַּמִּדְבָּר לֹא חָסֵרוּ שַׂלְמֹתֵיהֶם לֹא בָלוּ וְרַגְלֵיהֶם לֹא בָצֵקוּ׃ - Pendant quarante ans Tu as pourvu à leurs besoins dans le désert, ils n’ont manqué de rien : leurs vêtements ne se sont point usés, et leurs pieds n’ont point enflé.
La faute du veau d’or ne fut ni la première ni la dernière - « ils M'ont mis à l'épreuve à dix reprises » - et malgré tout cela, « Tu as pourvu à leurs besoins dans le désert » : Tu as dispensé Tes bienfaits sur eux et ils n’ont manqué de rien. « Leurs vêtements ne se sont point usés », comme Moché le leur a rappelé : « Tes vêtements ne se sont point usés sur toi » pendant quarante ans. « Et leurs pieds n’ont point enflé (batsékou) » - quel est le rapport avec la pâte (batsek) ? La pâte gonfle (l'œdème se dit aussi batséketh en hébreu). Quiconque a pioché pendant quelques heures se retrouve avec quoi aux mains ? Des cloques et des boursouflures, les mains commencent à gonfler. Or, ces gens ont marché pendant quarante ans dans le désert et leurs pieds n’ont pas enflé.
וַתִּתֵּן לָהֶם מַמְלָכוֹת וַעֲמָמִים וַתַּחְלְקֵם לְפֵאָה וַיִּירְשׁוּ אֶת אֶרֶץ סִיחוֹן וְאֶת אֶרֶץ מֶלֶךְ חֶשְׁבּוֹן וְאֶת אֶרֶץ עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן׃ - Tu leur as livré des royaumes et des peuples, et Tu les as répartis par contrées ; ils ont pris possession du pays de Si’hon, du pays du roi de ‘Hechbon et du pays d’Og, roi du Bachan.
וּבְנֵיהֶם הִרְבִּיתָ כְּכֹכְבֵי הַשָּׁמָיִם וַתְּבִיאֵם אֶל הָאָרֶץ אֲשֶׁר אָמַרְתָּ לַאֲבֹתֵיהֶם לָבוֹא לָרָשֶׁת׃ - Tu as multiplié leurs enfants comme les étoiles du ciel, et Tu les as introduits dans le pays dont Tu avais dit à leurs pères d'y entrer pour en prendre possession.
Que signifie « des royaumes et des peuples » ? Pourtant, Tu n'avais pas promis aux saints Patriarches la terre de Si'hon et d'Og, et Toi, Maître du monde, dans Ton immense bonté, Tu leur as accordé au-delà de Ta promesse - pour ainsi dire, Tu as octroyé des surplus. Et c'est ce que signifie : « et ils prirent possession du pays de Si'hon et du pays d'Og, roi du Bachan ».
Et que signifie « et Tu les as répartis en un coin » ? Il y a trois explications à cela. Selon Rachi, cela s'applique au peuple d'Israël : Toi, Maître du monde, Tu nous as réservés et mis à part en un coin distinct. La péah est un angle, comme un champ dont on laisse le coin aux pauvres - c'est-à-dire que Tu nous as séparés pour que nous ne nous mélangions pas aux nations de la terre. Ibn Ezra, et d'après lui également le Metsoudat David, explique que cela ne se rapporte pas du tout à nous mais aux peuples : lorsque Tu nous as donné des royaumes et des peuples, Tu les as dispersés à tous les coins de la terre. Et le Malbim explique « et Tu les as répartis en un coin » : Tu as installé une fraction d'entre eux, deux tribus et demie, de l'autre côté du Jourdain. Car de quoi s'agit-il ici ? De la terre de Si'hon et d'Og, donnée au-delà de la promesse, et c'est là que Tu as placé un « coin » : Réouven, Gad et la demi-tribu de Ménaché. Et tout cela parce que « Tu as multiplié leurs enfants » - ils avaient une descendance nombreuse et avaient besoin d'une terre spacieuse.
Ainsi, Toi, Maître du monde, Tu as rempli Ta part du contrat bien au-delà, et Tu as donné d'un œil généreux plus que ce à quoi Tu T'étais engagé. Et tout cela ne fait qu'accentuer la réclamation portée contre nous, comme il va l'expliciter aussitôt : ce que Toi Tu as accompli, et en contrepartie, ce que nous T'avons rendu en retour.
וַיָּבֹאוּ הַבָּנִים וַיִּירְשׁוּ אֶת הָאָרֶץ וַתַּכְנַע לִפְנֵיהֶם אֶת יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ הַכְּנַעֲנִים וַתִּתְּנֵם בְּיָדָם וְאֶת מַלְכֵיהֶם וְאֶת עַמְמֵי הָאָרֶץ לַעֲשׂוֹת בָּהֶם כִּרְצוֹנָם׃ - Les fils vinrent et prirent possession du pays, et Tu soumis devant eux les habitants du pays, les Cananéens, et Tu les livras entre leurs mains, avec leurs rois et les peuples du pays, pour en disposer à leur gré.
Les fils entrent en terre d'Israël et en prennent possession, et non seulement cela, mais Tu as encore soumis les nations devant eux. Il en fut ainsi du Guirgachi, qui tourna les talons et partit en Afrique, et dont nous ne trouvons plus trace par la suite ; et ainsi du 'Hivite, c'est-à-dire les Guib'onites, qui vinrent faire la paix avec eux. Quant aux autres nations qui vinrent nous faire la guerre - « Tu les livras entre leurs mains », Tu les as livrées entre nos mains et nous les avons conquises ainsi que leurs rois, pour en disposer à notre gré et les retrancher de la surface de la terre.
וַיִּלְכְּדוּ עָרִים בְּצוּרֹת וַאֲדָמָה שְׁמֵנָה וַיִּירְשׁוּ בָּתִּים מְלֵאִים כׇּל טוּב בֹּרוֹת חֲצוּבִים כְּרָמִים וְזֵיתִים וְעֵץ מַאֲכָל לָרֹב וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׂבְּעוּ וַיַּשְׁמִינוּ וַיִּתְעַדְּנוּ בְּטוּבְךָ הַגָּדוֹל׃ - Ils s'emparèrent de villes fortifiées et d'une terre fertile, ils prirent possession de maisons remplies de tous biens, de citernes creusées, de vignes, d'oliviers et d'arbres fruitiers en abondance ; ils mangèrent, se rassasièrent, s'engraissèrent et se délectèrent de Ton immense bonté.
Le Malbim montre que tout ce verset est calqué sur les versets de la Parachat Vaét'hanan : « Quand l'Éternel ton D.ieu t'aura fait entrer dans le pays qu'Il a juré à tes pères... de grandes et bonnes villes que tu n'as pas bâties » - en regard de « villes fortifiées » ici. « Des maisons remplies de tous biens que tu n'as pas remplies » - en regard de « ils prirent possession de maisons remplies de tous biens ». « Des citernes creusées que tu n'as pas creusées » - ce sont les citernes d'eau mentionnées ici. « Des vignes et des oliviers que tu n'as pas plantés » - en regard de « de vignes et d'oliviers ». « Tu mangeras et tu te rassasieras » - en regard de « ils mangèrent, se rassasièrent, s'engraissèrent ». Et de quoi le texte avertit-il immédiatement après « tu mangeras et tu te rassasieras » ? « Garde-toi d'oublier l'Éternel », et de même : « Yechouroun s'est engraissé et a regimbé ».
Et voici la précision des termes : la satiété (séva) est un accomplissement complet, tandis que la graisse (chaménout) dépasse la plénitude. C'est également la différence entre sept (chéva) et huit (chemoneh) : chaque élément dans le monde possède six directions, et le point intérieur est le sept - il constitue l'essence et la plénitude. Huit exprime déjà ce qui se trouve au-delà, quelque chose qui s'engraisse, qui déborde et se répand vers l'extérieur. C'est pourquoi il est dit d'abord « ils se rassasièrent », puis « ils s'engraissèrent ». Sept représente le miracle au sein de la nature, et huit correspond à la dimension du miracle au-delà de la nature.
וַיַּמְרוּ וַיִּמְרְדוּ בָּךְ וַיַּשְׁלִכוּ אֶת תּוֹרָתְךָ אַחֲרֵי גַוָּם וְאֶת נְבִיאֶיךָ הָרָגוּ אֲשֶׁר הֵעִידוּ בָם לַהֲשִׁיבָם אֵלֶיךָ וַיַּעֲשׂוּ נֶאָצוֹת גְּדוֹלֹת׃ - Mais ils désobéirent et se révoltèrent contre Toi, jetèrent Ta Torah derrière leur dos, tuèrent Tes prophètes qui les adjuraient de revenir à Toi, et commirent de grands outrages.
Après tout cela - voyez comment ils ont oublié Hachem. Au début, ce ne fut que « ils désobéirent », ils bravèrent Tes paroles ; en fin de compte, « ils se révoltèrent contre Toi », ils se dressèrent et se rebellèrent véritablement contre Hachem béni soit-Il, et jetèrent la Torah derrière leur dos.
« Et ils ont tué Tes prophètes » - de qui s'agit-il ? De Zekharya ben Yehoyada, mis à mort par le roi Yoash. Or Yoash était cet enfant de sept ans que Yehoyada le Cohen avait caché et sauvé : le père l'avait sauvé, et lui a assassiné son fils ! Autre prophète : Yecha'yahou le prophète, tué par Menaché. Et Yirmeyahou lui-même faillit périr lorsqu'il fut jeté dans la fosse de la cour de garde, jusqu'à ce qu'Eved-Mélekh le Kouchite vienne le délivrer.
וַתִּתְּנֵם בְּיַד צָרֵיהֶם וַיָּצֵרוּ לָהֶם וּבְעֵת צָרָתָם יִצְעֲקוּ אֵלֶיךָ וְאַתָּה מִשָּׁמַיִם תִּשְׁמָע וּכְרַחֲמֶיךָ הָרַבִּים תִּתֵּן לָהֶם מוֹשִׁיעִים וְיוֹשִׁיעוּם מִיַּד צָרֵיהֶם׃ - Tu les livras aux mains de leurs oppresseurs qui les tourmentèrent ; au temps de leur détresse, ils crièrent vers Toi, et Toi, depuis les cieux, Tu entendis, et selon Tes abondantes miséricordes, Tu leur donnas des sauveurs qui les délivrèrent de la main de leurs oppresseurs.
וּכְנוֹחַ לָהֶם יָשׁוּבוּ לַעֲשׂוֹת רַע לְפָנֶיךָ וַתַּעַזְבֵם בְּיַד אֹיְבֵיהֶם וַיִּרְדּוּ בָהֶם וַיָּשׁוּבוּ וַיִּזְעָקוּךָ וְאַתָּה מִשָּׁמַיִם תִּשְׁמַע וְתַצִּילֵם כְּרַחֲמֶיךָ רַבּוֹת עִתִּים׃ - Mais dès qu'ils eurent du répit, ils recommencèrent à faire le mal devant Toi. Alors Tu les abandonnas aux mains de leurs ennemis qui les dominèrent ; ils revinrent et crièrent vers Toi, et Toi, depuis les cieux, Tu entendis et Tu les sauvas selon Ta miséricorde, à maintes reprises.
« Oukhnoa'h lahèm » ne renvoie pas au confort matériel, mais au moment où ils eurent du répit : lorsque les oppresseurs cessèrent de les harceler, ils recommencèrent aussitôt à faire le mal. C'est exactement le tableau de l'époque des Juges : « Et le pays fut en repos quarante ans », suivi immédiatement de : « Et les enfants d'Israël recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux de l'Éternel ».
Le Malbim explique que ces deux versets décrivent deux degrés. D'abord « Tu les livras aux mains de leurs oppresseurs (tsaréhèm) », puis ensuite « Tu les abandonnas aux mains de leurs ennemis (oyvéhèm) ». Quelle est la différence entre un « tsar » et un « oyev » ? Le « tsar » opprime et tourmente, mais sans nécessairement nourrir de haine profonde : il opprime par intérêt ou pour son bon plaisir. L'« oyev », en revanche, est habité par la haine. Tomber entre les mains d'un ennemi est infiniment plus redoutable, car les coups de celui qui agit par haine sont d'une cruauté sans égale.
Voilà pourquoi, au départ, « Tu les livras aux mains de leurs oppresseurs qui les tourmentèrent », alors « ils crièrent vers Toi » et Tu entendis, « et selon Tes abondantes miséricordes, Tu leur donnas des sauveurs ». Qui sont ces sauveurs ? Ehoud ben Guéra, Débora et tous les juges de cette période, par l'entremise desquels Hachem nous délivra de ceux qui nous opprimaient. Mais la seconde fois, constatant qu'ils récidivaient sans cesse : « Tu les abandonnas aux mains de leurs ennemis », or les ennemis sont bien plus impitoyables. Les ennemis n'avaient même plus besoin de les assiéger (le mot « tsar » étant lié à l'idée d'état de siège), mais poussés par la haine, ils exilèrent le peuple d'Israël. C'est pourquoi le texte ajoute ici « et ils les dominèrent » (vayirdou vahèm) : une domination tyrannique et des sévices, car il s'agit d'un être rempli de haine.
C'est aussi pour cela que la première fois, le texte dit « selon Tes abondantes miséricordes », tandis que la seconde fois, il est seulement écrit « selon Ta miséricorde », sans le mot « abondantes » : la faute avait été répétée et aggravée, le fléau venait désormais d'ennemis haineux, et tout cela dura « de longues périodes » (rabot 'itim). On remarquera également qu'ici, les « sauveurs » ne sont plus mentionnés : il n'est pas dit « Tu leur donnas des sauveurs qui les délivrèrent », car la délivrance venait directement du Maître du monde, sans le concours d'émissaires capables de les tirer pleinement d'affaire comme Guid'on, Débora ou Barak ben Avino'am ; ce ne fut qu'un soulagement partiel.
וַתָּעַד בָּהֶם לַהֲשִׁיבָם אֶל תּוֹרָתֶךָ וְהֵמָּה הֵזִידוּ וְלֹא שָׁמְעוּ לְמִצְוֺתֶיךָ וּבְמִשְׁפָּטֶיךָ חָטְאוּ בָם אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אָדָם וְחָיָה בָהֶם וַיִּתְּנוּ כָתֵף סוֹרֶרֶת וְעׇרְפָּם הִקְשׁוּ וְלֹא שָׁמֵעוּ׃ - Tu les avertis pour les ramener à Ta Torah, mais ils agirent avec présomption et n'écoutèrent point Tes commandements ; ils péchèrent contre Tes ordonnances, que l'homme doit accomplir pour vivre par elles, ils présentèrent une épaule rebelle, rodirent leur nuque et n'écoutèrent point.
Par la suite, à l'époque des Rois, lorsqu'ils s'enfoncèrent dans le péché continuel depuis les jours de Yarov'am, Tu leur as adressé des avertissements, mais ils « agirent avec présomption » (hézidou). Un « zed » est une personne qui se rebelle ouvertement et avec arrogance ; ils s'élevèrent contre Toi la tête haute. « Et ils n'écoutèrent point Tes commandements » : les préceptes envers le Ciel (bein adam laMakom). « Et contre Tes ordonnances ils péchèrent » : même les lois régissant les rapports humains (bein adam la'havéro), que l'homme accomplit pour trouver la vie, ils cessèrent de les respecter. Même dans la conduite de l'État, il n'y avait plus aucune rectitude, comme nous l'avons constaté avec la vigne de Navot le Yizréélite, dont ils allèrent s'emparer par la spoliation.
Et qu'est-ce qu'une « épaule rebelle » (katèf sorèret) ? C'est le corollaire de la « nuque raide » (kché 'orèf). Pourquoi qualifie-t-on de « raide de nuque » celui qui refuse d'entendre ? Imaginez un homme avançant dans la mauvaise direction, tout près d'un précipice. On lui crie : « Arrête-toi ! », mais il n'entend pas et ne tourne pas la tête, marchant droit devant lui tel un bœuf. C'est l'homme à la nuque raide : sa nuque est si figée qu'il est incapable de la tourner d'un côté ou de l'autre. Il en va de même pour « l'épaule rebelle » : au lieu de faire face et de répondre posément : « Oui, s'il vous plaît, que désirez-vous ? », il tourne l'épaule, présente le dos et détourne la tête ailleurs. Telle fut leur attitude devant les réprimandes qui leur furent adressées et les épreuves qui les frappèrent : ils rodirent leur nuque et refusèrent toute remontrance.
וַתִּמְשֹׁךְ עֲלֵיהֶם שָׁנִים רַבּוֹת וַתָּעַד בָּם בְּרוּחֲךָ בְּיַד נְבִיאֶיךָ וְלֹא הֶאֱזִינוּ וַתִּתְּנֵם בְּיַד עַמֵּי הָאֲרָצֹת׃ - Tu as patienté envers eux de nombreuses années, Tu les as avertis par Ton esprit par l'intermédiaire de Tes prophètes, mais ils n'ont pas prêté l'oreille, et Tu les as livrés entre les mains des peuples des contrées.
Le Saint, béni soit-Il, ne fait pas payer immédiatement les fautes. Selon Rachi, « Tu as prolongé » (Vatimchokh) se rapporte à la miséricorde : Tu as fait durer Ta miséricorde envers eux pendant de longues années sans les anéantir. Selon Ibn Ezra, ce terme se rapporte aux années : les révoltes d'Israël se sont étirées sur de nombreuses années, et durant tout ce temps, Tu ne nous as pas encore totalement exterminés. « Tu les as avertis » : Tu as envoyé les prophètes pour témoigner devant eux ; tous mettaient en garde contre l'exil, le châtiment et le décret qui tomberait si nous ne faisions pas téchouva, « mais ils n'ont pas prêté l'oreille ». En fin de compte, « Tu les as livrés entre les mains des peuples des contrées » : d'abord l'exil des dix tribus sous les coups de l'Assyrie, puis l'exil de Juda et de Benjamin par Nabuchodonosor.
וּבְרַחֲמֶיךָ הָרַבִּים לֹא עֲשִׂיתָם כָּלָה וְלֹא עֲזַבְתָּם כִּי אֵל חַנּוּן וְרַחוּם אָתָּה׃ - Mais dans Ton immense miséricorde, Tu ne les as pas anéantis et Tu ne les as pas délaissés, car Tu es un Dieu bienveillant et compatissant.
Et malgré tout cela, Tu as eu pitié d'eux et Tu ne les as pas détruits entièrement, car Tu es un Dieu bienveillant et compatissant. Même lorsqu'ils se trouvaient en exil, Tu étais comme veillant à travers les fenêtres, épiant par les treillis, ainsi qu'il est dit : « Mais même ainsi, alors qu'ils seront sur la terre de leurs ennemis, Je ne les aurai point rejetés ni pris en dégoût au point de les anéantir, de rompre Mon alliance avec eux ». Tu as continué à préserver pour nous l'alliance et la fidélité promises aux Patriarches : « Je Me souviendrai de Mon alliance avec Jacob, et aussi de Mon alliance avec Isaac, et aussi de Mon alliance avec Abraham Je Me souviendrai, et Je Me souviendrai de la terre » - Je Me souviendrai de la terre pour vous y faire revenir. Bien que nous méritions une punition infiniment plus rigoureuse, Tu nous as exilés tout en maintenant le lien avec nous au cœur même de l'exil.
וְעַתָּה אֱלֹהֵינוּ הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא שׁוֹמֵר הַבְּרִית וְהַחֶסֶד אַל יִמְעַט לְפָנֶיךָ אֵת כׇּל הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאַתְנוּ לִמְלָכֵינוּ לְשָׂרֵינוּ וּלְכֹהֲנֵינוּ וְלִנְבִיאֵינוּ וְלַאֲבֹתֵינוּ וּלְכׇל עַמֶּךָ מִימֵי מַלְכֵי אַשּׁוּר עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃ - Et maintenant, notre Dieu, Dieu grand, puissant et redoutable, qui gardes l'alliance et la bonté, ne considère pas comme négligeable toute la détresse qui nous a frappés, nous, nos rois, nos princes, nos prêtres, nos prophètes, nos pères et tout Ton peuple, depuis l'époque des rois d'Assyrie jusqu'à ce jour.
À présent, ils implorent et disent : Maître du monde, puisque Tu nous conserves toujours l'alliance et la bienveillance, et que si Tu ne nous as pas abandonnés, c'est au nom de l'alliance conclue avec Avraham, Yits'hak et Yaakov, nous Te demandons : ne tiens pas pour peu de chose tout ce que nous avons déjà enduré. Prends en considération l'ensemble de nos souffrances et compte-les pour expier tous nos manquements. Que toutes ces épreuves soient à Tes yeux comme une forme de Guehinom ici-bas : tout comme le Guehinom d'en haut purifie l'âme et la lave de ses souillures, qu'il en soit ainsi des tourments que nous avons traversés. Que toute la détresse qui nous a accablés, nous ainsi que nos rois, nos dirigeants, nos prêtres, nos prophètes et nos ancêtres, depuis l'époque de l'Assyrie jusqu'à aujourd'hui, constitue une expiation complète pour nos fautes.
וְאַתָּה צַדִּיק עַל כׇּל הַבָּא עָלֵינוּ כִּי אֱמֶת עָשִׂיתָ וַאֲנַחְנוּ הִרְשָׁעְנוּ׃ - Et Toi, Tu es juste dans tout ce qui nous est arrivé, car Tu as agi selon la vérité, tandis que nous avons commis le mal.
Aussitôt, ils précisent : que nos paroles ne soient pas interprétées comme une récrimination envers l'exil et ces rudes souffrances. Loin de là ! Nous croyons, reconnaissons la justice divine et acceptons pleinement le jugement : « Et Toi, Tu es juste dans tout ce qui nous est arrivé ». Tout d'abord de notre propre chef : « Car Tu as agi selon la vérité, tandis que nous avons commis le mal ». Même si de tels malheurs se sont abattus sur nous, ils ne faisaient que découler de nos propres actes ; et bien que Tu aies agi envers nous selon la stricte justice que nous méritions, nous n'avons pas pris à cœur de revenir vers Toi et nous avons persisté dans nos errements.
וְאֶת מְלָכֵינוּ שָׂרֵינוּ כֹּהֲנֵינוּ וַאֲבֹתֵינוּ לֹא עָשׂוּ תוֹרָתֶךָ וְלֹא הִקְשִׁיבוּ אֶל מִצְוֺתֶיךָ וּלְעֵדְוֺתֶיךָ אֲשֶׁר הַעִידֹתָ בָּהֶם׃ - Et nos rois, nos princes, nos prêtres et nos pères n'ont pas observé Ta Torah, et n'ont pas prêté attention à Tes commandements ni aux avertissements que Tu leur avais signifiés.
וְהֵם בְּמַלְכוּתָם וּבְטוּבְךָ הָרָב אֲשֶׁר נָתַתָּ לָהֶם וּבְאֶרֶץ הָרְחָבָה וְהַשְּׁמֵנָה אֲשֶׁר נָתַתָּ לִפְנֵיהֶם לֹא עֲבָדוּךָ וְלֹא שָׁבוּ מִמַּעַלְלֵיהֶם הָרָעִים׃ - Alors qu'ils jouissaient de leur royauté, de Tes immenses bienfaits que Tu leur avais prodigués, et de cette terre vaste et fertile que Tu avais déployée devant eux, ils ne T'ont point servi et ne se sont pas détournés de leurs agissements néfastes.
De plus, nous le méritions également du fait de nos pères. Aux époques antérieures, nous avions encore des rois et des princes, et ils ne connaissaient ni détresse ni oppression : le pouvoir était entre leurs mains, ils résidaient ici sur la terre, la royauté était pleinement établie chez eux et ils n'avaient pas d'épreuves - et malgré tout cela, « ils ne T'ont pas servi ». Même en ces temps-là, ils n'ont pas gardé Tes commandements et ne sont pas revenus de leurs mauvaises actions.
הִנֵּה אֲנַחְנוּ הַיּוֹם עֲבָדִים וְהָאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַתָּה לַאֲבֹתֵינוּ לֶאֱכֹל אֶת פִּרְיָהּ וְאֶת טוּבָהּ הִנֵּה אֲנַחְנוּ עֲבָדִים עָלֶיהָ׃ - Voici qu'aujourd'hui nous sommes esclaves, et sur la terre que Tu as donnée à nos pères pour jouir de ses fruits et de ses bienfaits, voici que nous y sommes esclaves.
Il s'avère ainsi que nous T'avons désobéi, aussi bien quand tout allait bien pour nous que dans l'adversité. Et maintenant, ils viennent réparer la faute de nos ancêtres et détourner de nous la colère du Créateur du monde : au lieu que nos pères, avec tout le bien dont ils jouissaient sur cette terre, ne T'aient point servi - nous, malgré toute notre misère, avec la pauvreté, le dénuement et la souffrance, nous Te servirons. Et en cela résidera la réparation : là où ils ne T'ont pas servi dans l'abondance de tout, nous Te servirons à présent dans le dénuement et le manque de tout. « Et sur la terre que Tu as donnée à nos pères pour jouir de ses fruits et de ses bienfaits » - eux jouissaient de ses fruits et de son abondance - « voici que nous y sommes esclaves », nous voulons y être serviteurs, Tes serviteurs, Maître du monde, en contraste avec le fait qu'eux n'ont pas été Tes serviteurs. Et Rachi explique « voici que nous y sommes esclaves » : aujourd'hui, par nos fautes, nous avons le statut d'esclaves, car nous payons tribut aux nations, et dès lors que nous payons l'impôt, c'est comme si nous étions en exil à l'intérieur même du pays : un roi étranger règne sur nous et nous ne sommes pas des hommes libres.
וּתְבוּאָתָהּ מַרְבָּה לַמְּלָכִים אֲשֶׁר נָתַתָּה עָלֵינוּ בְּחַטֹּאותֵינוּ וְעַל גְּוִיֹּתֵינוּ מֹשְׁלִים וּבִבְהֶמְתֵּנוּ כִּרְצוֹנָם וּבְצָרָה גְדֹלָה אֲנָחְנוּ׃ - Elle multiplie ses récoltes pour les rois que Tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; ils dominent sur nos corps et sur notre bétail à leur gré, et nous sommes dans une grande détresse.
Pour la récolte que nous recevons, nous payons un lourd intérêt aux rois qui dominent sur notre corps et sur notre bétail. Le texte met ici en lumière l'extrême gravité de notre situation : nous n'avons même pas de grain, et nous sommes contraints d'emprunter à intérêt pour obtenir du blé auprès des rois que Tu as établis sur nous à cause de nos fautes. À l'origine, nous régnions sur nous-mêmes, et désormais ce sont des rois étrangers qui nous gouvernent - et pas seulement sur les récoltes, mais « ils dominent sur nos corps et sur notre bétail à leur gré », ils ont également le pouvoir sur nos personnes physiques, « et nous sommes dans une grande détresse ».