Introduction : Le rassemblement d'Ezra HaSofer
Le chapitre 8 du livre de Néhémie relate un événement exceptionnel dans l'histoire du peuple d'Israël : tout le peuple se réunit le jour de Roch Hachana sur la place située devant la porte des Eaux, et Ezra HaSofer fait devant eux la lecture de la Torah tout en leur en donnant l'explication. Grâce à cette lecture, ils redécouvrent les mitsvot du jour, versent des larmes sous la crainte du jugement, puis reprennent courage et se réjouissent, pour finalement célébrer une fête de Souccot comme il n'en avait pas été célébré depuis l'époque de Yéhoshoua bin Noun. Suivons le fil des versets à la lumière des explications du Malbim.
Le peuple réclame le livre de la Torah
וַיֵּאָסְפוּ כׇל־הָעָם כְּאִישׁ אֶחָד אֶל־הָרְחוֹב אֲשֶׁר לִפְנֵי שַׁעַר־הַמָּיִם, וַיֹּאמְרוּ לְעֶזְרָא הַסֹּפֵר לְהָבִיא אֶת־סֵפֶר תּוֹרַת מֹשֶׁה אֲשֶׁר־צִוָּה ה' אֶת־יִשְׂרָאֵל׃ - Tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place qui fait face à la porte des Eaux, et ils demandèrent à Ezra HaSofer d'apporter le livre de la Torah de Moché, prescrite par Hachem à Israël.
« Comme un seul homme » : cette expression traduit un élan de diligence et d'empressement. Tout le peuple s'unit d'un même cœur et sollicite Ezra HaSofer afin qu'il apporte le livre de la Torah de Moché. Et que désigne ici le terme « HaSofer » (le scribe) ? C'est une qualification accordée à un éminent talmid 'hakham versé dans la Torah, comme l'enseignent nos Sages : « Le sofer récite la bénédiction et l'ignorant en est quitte » - le « bour » est l'homme sans instruction, tandis que le « sofer » est l'érudit qui prononce la bénédiction.
Une lecture adaptée à chaque niveau
וַיָּבִיא עֶזְרָא הַכֹּהֵן אֶת־הַתּוֹרָה לִפְנֵי הַקָּהָל מֵאִישׁ וְעַד־אִשָּׁה וְכֹל מֵבִין לִשְׁמֹעַ, בְּיוֹם אֶחָד לַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי׃ - Ezra le Cohen apporta la Torah devant l'assemblée, hommes, femmes et quiconque était capable de comprendre ce qu'il entendait, le premier jour du septième mois.
En ce premier jour de Roch Hachana, Ezra apporte le sefer Torah et en fait la lecture devant l'assemblée. Il ne s'en tient pas au texte écrit, mais leur explicite également la Torah orale. C'est pourquoi le verset établit une distinction : « devant l'assemblée, hommes et femmes » - devant eux, il énonçait les notions simples et accessibles, ce qui était à la portée de tous ; « et quiconque était capable de comprendre » - ce sont les sages et les esprits avertis, avec lesquels il approfondissait les sujets, abordant la Torah orale, la Guémara, le Zohar, ainsi que les enseignements plus profonds et les secrets de la Torah.
וַיִּקְרָא־בוֹ לִפְנֵי הָרְחוֹב אֲשֶׁר לִפְנֵי שַׁעַר־הַמַּיִם מִן־הָאוֹר עַד־מַחֲצִית הַיּוֹם נֶגֶד הָאֲנָשִׁים וְהַנָּשִׁים וְהַמְּבִינִים, וְאׇזְנֵי כׇל־הָעָם אֶל־סֵפֶר הַתּוֹרָה׃ - Il y lut, sur la place qui fait face à la porte des Eaux, depuis la première lueur jusqu'au milieu du jour, en présence des hommes, des femmes et de ceux qui étaient capables de comprendre, et l'attention de tout le peuple était tournée vers le livre de la Torah.
« Depuis la première lueur » : dès le début du jour, vraisemblablement dès le lever du soleil (le nets ha'hama), et jusqu'au « milieu du jour », c'est-à-dire jusqu'à l'heure de 'hatsot. « En présence des hommes, des femmes et de ceux qui étaient capables de comprendre » : c'est devant ce public composé d'hommes, de femmes et d'auditeurs instruits qu'il faisait la lecture du livre de la Torah.
L'estrade de bois et ceux qui se tenaient à ses côtés
וַיַּעֲמֹד עֶזְרָא הַסֹּפֵר עַל־מִגְדַּל־עֵץ אֲשֶׁר עָשׂוּ לַדָּבָר, וַיַּעֲמֹד אֶצְלוֹ מַתִּתְיָה וְשֶׁמַע וַעֲנָיָה וְאוּרִיָּה וְחִלְקִיָּה וּמַעֲשֵׂיָה עַל־יְמִינוֹ, וּמִשְּׂמֹאלוֹ פְּדָיָה וּמִישָׁאֵל וּמַלְכִּיָּה וְחָשֻׁם וְחַשְׁבַּדָּנָה זְכַרְיָה מְשֻׁלָּם׃ - Ezra HaSofer se tenait debout sur une estrade de bois construite pour la circonstance, et à côté de lui, à sa droite, se tenaient Matitya, Chéma, Anaya, Ouriya, 'Hilkiya et Maasséya, et à sa gauche, Pedaïa, Michaël, Malkiya, 'Hachoum, 'Hachbadana, Zekharia et Mechoullam.
Un « migdal-ets » (tour ou estrade de bois) est une sorte de bima en bois, confectionnée spécialement pour cette occasion, afin qu'Ezra se tienne plus haut que le peuple et que tous puissent voir et entendre. Des hommes se tenaient à sa droite et à sa gauche, six de chaque côté en plus d'Ezra, et « Zekharia Mechoullam » est le nom d'une seule et même personne. Il existe toutefois des sources selon lesquelles Zekharia et Mechoullam étaient deux personnes distinctes, et la question reste ouverte.
L'ouverture du livre aux yeux de tout le peuple
וַיִּפְתַּח עֶזְרָא הַסֵּפֶר לְעֵינֵי כׇל־הָעָם כִּי־מֵעַל כׇּל־הָעָם הָיָה, וּכְפִתְחוֹ עָמְדוּ כׇל־הָעָם׃ - Ezra ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il dominait tout le peuple ; et lorsqu'il l'ouvrit, tout le peuple se tint debout.
Ezra ouvre le livre aux yeux de tout le peuple pour leur montrer l'écriture, comme nous le faisons lors de la Hagbaha (l'élévation du Sefer Torah). Et il y a une portée essentielle à montrer les lettres au peuple : le saint Ari enseigne que lorsqu'on élève le Sefer Torah, il faut regarder, contempler et puiser de la sainteté dans les lettres du Sefer Torah, le simple regard porté sur les lettres opérant une grande réparation spirituelle (tikoun). Cependant, tout cela vaut selon l'usage séfarade, où l'on soulève le Sefer avant la lecture. Selon la coutume ashkénaze, où l'on procède à la Hagbaha après la lecture, on ne retrouve pas cette même portée, car toute l'illumination spirituelle ne se déploie qu'avant la lecture ; après la lecture, cette illumination s'est déjà estompée, et il n'y a donc plus lieu de la contempler par la suite. Chez les Ashkénazes, on termine la lecture, on élève le Sefer, puis la personne s'assoit et l'on roule le rouleau. De là, sur le ton de la boutade, on pourrait dire qu'Ezra était séfarade : d'abord, qui a jamais entendu parler d'un Ezra ashkénaze ? Et ensuite, on voit bien qu'il élève le livre pour le montrer avant d'y lire, conformément à l'usage séfarade. « Oukhfit'ho amdou khol ha'am » - dès qu'il s'apprêta à lire, tout le peuple fit silence.
La bénédiction d'Ezra et la réponse du peuple
וַיְבָרֶךְ עֶזְרָא אֶת־ה' הָאֱלֹהִים הַגָּדוֹל, וַיַּעֲנוּ כׇל־הָעָם אָמֵן אָמֵן בְּמֹעַל יְדֵיהֶם, וַיִּקְּדוּ וַיִּשְׁתַּחֲווּ לַה' אַפַּיִם אָרְצָה׃ - Ezra bénit l'Éternel, le grand D.ieu, et tout le peuple répondit : « Amen, Amen ! », en levant les mains ; puis ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant l'Éternel, face contre terre.
Ezra bénit l'Éternel, le grand D.ieu, et le peuple répond Amen, Amen, « be-mo'al yedehem » - en levant les mains et en élevant les paumes vers le haut pour rendre grâce au Saint, béni soit-Il. Le terme « mo'al » vient de l'idée d'élévation, lever les mains vers le Ciel, comme il est dit : « Il étendit ses paumes vers le ciel », geste qui exprime la prière et la louange envers Hachem, qu'Il soit béni.
וְיֵשׁוּעַ וּבָנִי וְשֵׁרֵבְיָה יָמִין עַקּוּב שַׁבְּתַי הוֹדִיָּה מַעֲשֵׂיָה קְלִיטָא עֲזַרְיָה יוֹזָבָד חָנָן פְּלָאיָה וְהַלְוִיִּם מְבִינִים אֶת־הָעָם לַתּוֹרָה, וְהָעָם עַל־עׇמְדָם׃ - Yéchoua, Bani, Chérévia, Yamina, Akkouv, Chabtaï, Hodia, Maasséya, Kelita, Azaria, Yozavad, Hanan, Pelaya et les Léviim faisaient comprendre la Torah au peuple, tandis que le peuple se tenait debout à sa place.
« Mevinim et ha'am » - ils traduisaient et expliquaient au peuple ce qui était écrit dans le texte. « Veha'am al omdam » - le peuple restait debout sur ses pieds.
« Méforach vechom sékhel » - Torah écrite et Torah orale
וַיִּקְרְאוּ בַסֵּפֶר בְּתוֹרַת הָאֱלֹהִים מְפֹרָשׁ, וְשׂוֹם שֶׂכֶל, וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא׃ - Ils lurent dans le livre, dans la Torah de D.ieu, distinctement, en y mettant du sens, et ils firent comprendre la lecture.
Ils lurent « dans le livre » - c'est la Torah écrite, et aussi « dans la Torah de D.ieu » - c'est la Torah orale. Sur le livre, qui est la Torah écrite, il est dit « méforach » (distinctement, explicité) : ils l'expliquaient et le traduisaient en araméen, car le peuple ne comprenait plus la langue du texte sacré. C'est la tradition que les Yéménites perpétuent jusqu'à ce jour, en lisant chaque verset puis sa traduction en araméen. Et sur la Torah de D.ieu, qui est la Torah orale, il est dit « ve-chom sékhel » (en y mettant du sens) : ils leur transmettaient l'intelligence du texte et leur en dévoilaient la finesse et la sagesse, afin qu'ils comprennent le raisonnement logique (la sevara) et la profondeur du sujet.
Et comment peut-on comprendre la Torah orale ? La Torah orale est fondée sur la Torah écrite : chaque enseignement de nos Sages dans la Torah orale prend sa source dans un verset, dans une déduction (deracha) à partir du texte écrit. C'est pourquoi, après l'expression « וְשׂוֹם שֶׂכֶל » (en donnant le sens), qui désigne la Torah orale, il est dit « וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא » (et ils faisaient comprendre la lecture) - ils leur ont montré et ont examiné avec eux dans le texte biblique où la chose est écrite et suggérée par allusion. Voici, par exemple, où sont suggérés les trente-neuf travaux interdits le Chabbat : la Torah a juxtaposé la construction du Tabernacle (Michkan) à l'observance du Chabbat, et ainsi de suite. Tout ce qu'ils enseignaient, ils leur montraient où cela était sous-entendu au sein même de la Torah.
La tradition de la lecture - et ne pas se tromper
Nos Sages enseignent : « וְשׂוֹם שֶׂכֶל » - ce sont les divisions en versets ; « וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא » - c'est la tradition de lecture (Massora). Les versets, les accents cantillatoires (té'amim) et la prononciation correcte relèvent tous de la Torah orale, de la tradition. Lit-on « Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait (ba'halav) de sa mère » ou « dans la graisse (be'helev) de sa mère » ? Ou encore « elle sera impure deux semaines (chevou'ayim) comme lors de sa période de niddah » - si l'on ne lit pas correctement, on pourrait lire « soixante-dix » (chiv'im). « Tu effaceras la mémoire (zécher) d'Amalek » et non « le mâle (zachar) d'Amalek » - et l'on a déjà vu des personnes se méprendre et penser qu'il s'agissait de « zachar ». Nous devons lire les textes selon la façon dont ils nous ont été transmis par la tradition, faute de quoi nous aboutirions à de graves déformations. C'est pourquoi il est dit « וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא » - c'est-à-dire la tradition, afin de lire selon la tradition authentique.
Ne pleurez pas - Roch Hachana est un jour saint
וַיֹּאמֶר נְחֶמְיָה הוּא הַתִּרְשָׁתָא וְעֶזְרָא הַכֹּהֵן הַסֹּפֵר וְהַלְוִיִּם הַמְּבִינִים אֶת־הָעָם לְכׇל־הָעָם: הַיּוֹם קָדֹשׁ־הוּא לַה' אֱלֹהֵיכֶם, אַל־תִּתְאַבְּלוּ וְאַל־תִּבְכּוּ, כִּי בוֹכִים כׇּל־הָעָם כְּשׇׁמְעָם אֶת־דִּבְרֵי הַתּוֹרָה׃ - Néhémie, c'est-à-dire le Tirtchata, Ezra le prêtre et scribe, et les Lévites qui instruisaient le peuple, dirent à tout le peuple : « Ce jour est saint pour l'Éternel votre Dieu ; ne prenez pas le deuil et ne pleurez pas ! » Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Torah.
Néhémie, qui est le Tirtchata, ainsi qu'Ezra le prêtre et scribe, et les Lévites qui faisaient comprendre les textes au peuple, avertirent tous le peuple en disant : « Ce jour est saint pour l'Éternel votre Dieu ». De quel jour s'agissait-il ? De Roch Hachana, le jour du Jugement. Ne prenez pas le deuil et ne pleurez pas. Et pourquoi fallait-il les en avertir ? « Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Torah ». Le Malbim explique qu'Ezra leur avait lu la section relative à ce jour-là, Roch Hachana, jour du Jugement, et leur en avait expliqué la portée. Dès que le peuple comprit ce qu'impliquait ce jugement, ils se mirent à pleurer sous le coup de la crainte du Jugement, et voulurent même jeûner.
Mangez des mets succulents - Israël s'habille de blanc
וַיֹּאמֶר לָהֶם: לְכוּ אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ, כִּי־קָדוֹשׁ הַיּוֹם לַאֲדֹנֵינוּ, וְאַל־תֵּעָצֵבוּ כִּי־חֶדְוַת ה' הִיא מָעֻזְּכֶם׃ - Et il leur dit : « Allez, mangez des mets succulents, buvez des boissons douces et envoyez des portions à celui qui n'a rien de préparé, car ce jour est consacré à notre Seigneur ; ne vous affligez pas, car la joie en l'Éternel est votre force ! »
En réponse à leur désir de jeûner, il leur dit : allez, mangez des mets succulents. Le terme « machmanim » désigne de la viande et des mets riches, c'est-à-dire des nourritures de qualité et raffinées. Ne cherchez pas à faire un régime ni à manger allégé, consommez des mets délicieux - et cela bien avant que l'on ne connaisse le mauvais cholestérol ! « Et buvez des boissons douces » - des boissons sucrées et agréables.
Face aux larmes, il ajoute : « ne vous affligez pas ». Or, a priori, s'agissant du jour du Jugement, ne conviendrait-il pas d'être plongé dans l'angoisse ? Le Midrach enseigne : un non-juif qui doit comparaître en justice s'habille de noir, s'enveloppe de noir, plein de crainte, d'effroi et d'anxiété. Mais Israël, lorsqu'arrive le jour du Jugement, mange des mets succulents, boit des boissons douces, s'habille de blanc, se réjouit et célèbre un jour de fête (Yom Tov), car ils ont la certitude qu'Hachem fera triompher leur cause et les acquittera. Tel est le sens de « la joie en l'Éternel est votre force » - vous manifestez ainsi votre confiance absolue en Hachem, assurés qu'Il vous accordera Sa bienveillance. Et la notion de « 'hedvah » (allégresse), précise le Malbim, désigne la joie spirituelle : la joie spirituelle constitue votre forteresse et votre confiance ; dès lors que cette joie spirituelle vous habite, vous n'avez rien à craindre de l'effroi du Jugement.
Méchlo'ah manot à Roch Hachana
Il leur donne une directive supplémentaire : « et envoyez des portions à celui qui n'a rien de préparé ». Saviez-vous qu'à Roch Hachana il y a un envoi de portions (michlo'ah manot) ? C'est pourtant bien ce qu'il leur demande. Cela s'explique par la mitsva de se réjouir le jour de fête (Sim'hat Yom Tov) : le Rambam souligne que l'essentiel de la mitsva ne consiste pas à manger à satiété en s'oubliant soi-même dans l'abondance tout en négligeant les pauvres, les démunis et les nécessiteux, mais qu'il faut précisément prendre soin de ces personnes éprouvées et leur apporter secours. C'est le sens de ses paroles : envoyez des portions à celui qui n'a rien de préparé.
וְהַלְוִיִּם מַחְשִׁים לְכׇל־הָעָם לֵאמֹר: הַסּוּ, כִּי הַיּוֹם קָדֹשׁ, וְאַל־תֵּעָצֵבוּ׃ - Et les Lévites calmaient tout le peuple, en disant : Faites silence, car ce jour est saint, et ne vous attristez pas !
Les Lévites faisaient taire tout le peuple en leur disant « Hassou », du terme « has », silence : ne pleurez plus, à l'instar de « Vayahass Calev ett ha'am » (Et Caleb fit taire le peuple), car ce jour est un jour saint.
Moitié pour vous et moitié pour Hachem
Le Malbim cite l'enseignement de nos Sages au sujet du Yom Tov : « Moitié pour vous et moitié pour Hachem ». La première moitié de la journée avait déjà été consacrée à Hachem : ils avaient lu dans la Torah, s'étaient tous rassemblés et s'étaient concentrés pour expliquer les paroles de la Torah à la lumière de la Torah orale. À présent, il leur ordonne de rentrer chez eux, car la seconde moitié est votre part : ils doivent manger des mets savoureux et boire des boissons douces afin d'accomplir la joie de la fête. C'est pourquoi le verset dit ici simplement « car ce jour est saint », tandis que dans le verset précédent, il disait « car ce jour est saint pour notre Seigneur » : dans le verset précédent, il s'agissait de la première partie de la journée, consacrée à l'étude de la Torah, alors qu'ici, il s'agit du repas et de la boisson, raison pour laquelle il est dit simplement « saint », sans mentionner « pour notre Seigneur ».
וַיֵּלְכוּ כׇל־הָעָם לֶאֱכֹל וְלִשְׁתּוֹת וּלְשַׁלַּח מָנוֹת וְלַעֲשׂוֹת שִׂמְחָה גְדוֹלָה, כִּי הֵבִינוּ בַּדְּבָרִים אֲשֶׁר הוֹדִיעוּ לָהֶם׃ - Et tout le peuple s'en alla manger, boire, envoyer des portions et se livrer à de grandes réjouissances, car ils avaient compris les paroles qu'on leur avait fait connaître.
Ils comprirent qu'il y a une mitsva de se réjouir, et ils comprirent qu'il y a une mitsva de réjouir le pauvre, l'orphelin, le converti et la veuve ; c'est pourquoi ils firent de grandes réjouissances et firent participer à leur joie les pauvres et les démunis.
Le deuxième jour : la découverte de la mitsva de la Soukka
וּבַיּוֹם הַשֵּׁנִי נֶאֶסְפוּ רָאשֵׁי הָאָבוֹת לְכׇל־הָעָם, הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם, אֶל־עֶזְרָא הַסֹּפֵר וּלְהַשְׂכִּיל אֶל־דִּבְרֵי הַתּוֹרָה׃ - Et le deuxième jour, les chefs de famille de tout le peuple, les cohanim et les Lévites, se rassemblèrent auprès d'Ezra le scribe, pour approfondir les paroles de la Torah.
Il s'agit du deuxième jour de Roch Hachana. Pourquoi y avait-il deux jours ? Parce qu'à l'époque d'Ezra, on avait intercalé un jour à Eloul, et ce jour-là correspondait au trentième jour d'Eloul ; ils célébrèrent donc deux jours de fête pour Roch Hachana, et le deuxième jour fut lui aussi célébré comme Yom Tov.
וַיִּמְצְאוּ כָּתוּב בַּתּוֹרָה אֲשֶׁר צִוָּה ה' בְּיַד־מֹשֶׁה, אֲשֶׁר יֵשְׁבוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בַּסֻּכּוֹת בֶּחָג בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי׃ - Et ils trouvèrent écrit dans la Torah qu'Hachem avait ordonné par l'intermédiaire de Moché, que les enfants d'Israël devaient habiter sous des soukkot pendant la fête du septième mois.
Ils trouvent écrit dans la Torah qu'Hachem a ordonné par l'intermédiaire de Moché de résider dans des soukkot au cours de la fête du septième mois.
« Car on n'avait rien fait de tel depuis les jours de Yéchoua bin Noun » - deux explications
וַיַּעֲשׂוּ כׇל־הַקָּהָל הַשָּׁבִים מִן־הַשְּׁבִי סֻכּוֹת וַיֵּשְׁבוּ בַסֻּכּוֹת, כִּי לֹא־עָשׂוּ מִימֵי יֵשׁוּעַ בִּן־נוּן כֵּן בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד הַיּוֹם הַהוּא, וַתְּהִי שִׂמְחָה גְּדוֹלָה מְאֹד׃ - Toute l'assemblée de ceux qui étaient revenus de captivité construisit des souccot et habita sous ces souccot ; car depuis les jours de Yéchoua fils de Noun, les enfants d'Israël n'avaient rien fait de pareil jusqu'à ce jour, et il y eut une très grande joie.
Ce verset est extrêmement difficile. Les enfants d'Israël n'auraient-ils donc pas célébré la fête de Souccot depuis l'époque de Yéhochoua ben Noun ? Est-ce concevable ? À l'époque de Yéhochoua et jusqu'à sa mort, le peuple comptait des justes saints et purs, et même si les générations suivantes ont parfois failli, il y eut des périodes glorieuses - l'époque de David et celle de Salomon, où vivaient de très grands tsaddikim. Comment concevoir qu'on n'ait pas célébré la fête de Souccot ?
Première explication, simple : « ils n'avaient rien fait de tel » signifie qu'ils n'avaient jamais célébré la fête avec un tel rassemblement populaire, un tel éveil et un tel enthousiasme que cette fois-ci. Un tel événement n'avait pas d'équivalent dans le passé.
Mais le Malbim propose une explication novatrice. Il est enseigné que Jérusalem n'a pas été partagée entre les tribus ; elle appartient pour ainsi dire à tout le peuple d'Israël. Dès lors, dresser une soucca à Jérusalem pose un problème : selon la halakha, on ne dresse pas une soucca dans le domaine public (réchout harabim), mais uniquement dans un domaine privé (réchout haya'hid). Or, quelqu'un possédait-il une maison privée à Jérusalem ? Non. Jérusalem n'est pas une propriété privée, elle n'a pas été partagée entre les tribus mais appartient à tous - c'est d'ailleurs pourquoi on ne louait pas de maisons à l'intérieur des murailles de Jérusalem, puisqu'elles n'appartenaient à personne en propre. Il était donc impossible d'y dresser des souccot, faute de domaine privé.
Or, à l'époque d'Ezra, ils acquirent de nouveau la terre d'Israël et sanctifièrent formellement Jérusalem. Au moment de cette sanctification, ils posèrent comme condition qu'il soit permis de dresser des souccot à Jérusalem, même sur le domaine public. Un tribunal rabbinique (Beth Din) a en effet le pouvoir d'établir une telle condition. Telle fut la disposition arrêtée par Ezra et son tribunal. Certes, Yéhochoua aurait lui aussi pu instaurer une telle règle, mais il ne l'avait pas fait. Ainsi, depuis son époque jusqu'à celle d'Ezra, on n'avait jamais dressé de souccot dans Jérusalem même, jusqu'à cette époque d'Ezra.
La proclamation : « Sortez vers la montagne et apportez »
וַאֲשֶׁר יַשְׁמִיעוּ וְיַעֲבִירוּ קוֹל בְּכׇל־עָרֵיהֶם וּבִירוּשָׁלִַם לֵאמֹר: צְאוּ הָהָר וְהָבִיאוּ עֲלֵי־זַיִת וַעֲלֵי־עֵץ שֶׁמֶן וַעֲלֵי הֲדַס וַעֲלֵי תְמָרִים וַעֲלֵי עֵץ עָבֹת, לַעֲשֹׂת סֻכֹּת כַּכָּתוּב׃ - Et qu'ils publient et proclament dans toutes leurs villes et à Jérusalem, en disant : « Sortez vers la montagne et apportez des branches d'olivier, des branches d'arbre oléagineux, des branches de myrte, des branches de palmier et des branches d'arbres touffus, pour faire des souccot, comme il est écrit ».
Lorsqu'ils s'apprêtèrent à construire les souccot, ils firent proclamer un appel demandant à chacun d'apporter ces éléments. « Des branches d'olivier » - pour le skhakh (toiture végétale). « Des branches d'arbre oléagineux » - un arbre très gras, lui aussi destiné au skhakh. Mais une difficulté apparaît : s'il a déjà mentionné « des branches de myrte » (alé hadas), pourquoi ajoute-t-il « des branches d'arbres touffus » (alé ets avot), alors que le terme « anaf ets avot » désigne précisément le myrte (dont les feuilles s'entrelacent par trois pour couvrir la tige) ? Nos Sages expliquent qu'ici, le texte évoque déjà les quatre espèces (arbaat haminim) : la première mention, « des branches de myrte », concernait la confection de la soucca, pour le skhakh ; tandis que la suite concerne le loulav - « des branches de palmier » désigne le loulav, et « des branches d'arbres touffus » désigne le myrte lié au loulav. « Pour faire des souccot, comme il est écrit » - pour célébrer la fête de Souccot conformément aux prescriptions de la Torah.
וַיֵּצְאוּ הָעָם וַיָּבִיאוּ וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם סֻכּוֹת אִישׁ עַל־גַּגּוֹ וּבְחַצְרֹתֵיהֶם וּבְחַצְרוֹת בֵּית הָאֱלֹהִים, וּבִרְחוֹב שַׁעַר הַמַּיִם וּבִרְחוֹב שַׁעַר אֶפְרָיִם׃ - Le peuple sortit, en apporta et se construisit des souccot, chacun sur son toit, dans leurs cours, dans les parvis de la Maison de Dieu, sur la place de la porte des Eaux et sur la place de la porte d'Éphraïm.
À cette époque, on dressait les souccot sur les toits : chacun bâtissait sa soucca sur son toit terrasse. « Et dans les parvis de la Maison de Dieu » - dans les cours du Temple, ainsi que sur la place de la porte des Eaux et sur la place de la porte d'Éphraïm. Et comme nous l'avons expliqué, « ils n'avaient rien fait de semblable depuis les jours de Yéchoua ben Noun » signifie soit qu'ils ne l'avaient jamais fait avec une telle splendeur (hidour), soit qu'on n'avait jamais dressé de souccot dans Jérusalem même jusqu'à présent, grâce à la stipulation du Beth Din qui en avait désormais ouvert la possibilité.
Une lecture quotidienne
וַיִּקְרָא בְּסֵפֶר תּוֹרַת הָאֱלֹהִים יוֹם בְּיוֹם מִן־הַיּוֹם הָרִאשׁוֹן עַד הַיּוֹם הָאַחֲרוֹן, וַיַּעֲשׂוּ־חָג שִׁבְעַת יָמִים וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי עֲצֶרֶת כַּמִּשְׁפָּט׃ - On lut dans le livre de la Torah de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu'au dernier ; ils célébrèrent la fête pendant sept jours, et le huitième jour eut lieu une assemblée solennelle, selon la règle.
Chaque jour, il leur faisait la lecture selon le sujet propre à ce jour-là. Ils célébrèrent la fête durant sept jours, et le huitième jour, ils tinrent l'assemblée de Chemini Atséret de la fête de Souccot « selon la règle » (kamichpat) - conformément à ce qui est prescrit dans les lois de la Torah.
En conclusion :
Le chapitre 8 s'ouvre sur un grand rassemblement de tout Israël autour du livre de la Torah de Moché : Ezra HaSofer lit, traduit et explicite - la Torah écrite « de manière claire » (meforach) et la Torah orale « en y mettant du sens » (véssom sékhel), tout en leur montrant où chaque élément est sous-entendu dans le texte biblique et en leur transmettant la tradition exacte de la lecture. Lorsque le peuple pleure sous l'angoisse du Jour du Jugement, Néhémie, Ezra et les Léviim leur enseignent que la voie d'Israël n'est pas semblable à celle des autres nations : Israël s'habille de blanc, prend des repas de fête et des boissons douces, envoie des portions à ceux qui n'ont rien préparé et garde la certitude qu'Hachem fera triompher leur cause au jugement, car « la joie en Hachem est votre force » - la joie spirituelle constitue leur véritable refuge. Dès le lendemain, ils poursuivent leur étude et redécouvrent la mitsva de la souccah, qu'ils accomplissent avec une immense allégresse, avec une ferveur et à une échelle sans précédent depuis l'époque de Yéhochoua bin Noun - et selon le Malbim, cela eut lieu jusque dans Jérusalem même, en vertu d'une disposition du Beth Din autorisant l'érection de souccot sur la voie publique.