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Chapitre 6 - Les complots de Sanballat contre Néhémie

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Introduction : L'ultime combat pour la muraille

Le chapitre 6 de Néhémie dépeint une guerre sans épée. La muraille est déjà debout, et les ennemis comprennent désormais qu'ils n'ont plus le pouvoir d'interrompre les travaux par la force des armes. Ils passent alors à une autre méthode : calomnies, fausses convocations, lettres menaçantes et même l'embauche d'un faux prophète. Tout ce qu'il leur reste est de tenter d'abattre Néhémie lui-même : soit le tuer, soit le faire trébucher dans la faute, soit le diffamer. Mais Néhémie, par sa sagesse et sa force d'âme, surmonte chacune de ces épreuves.

Verset 1 - La muraille est debout, mais les battants manquent encore

וַיְהִי כַאֲשֶׁר נִשְׁמַע לְסַנְבַלַּט וְטוֹבִיָּה וּלְגֶשֶׁם הָעַרְבִי וּלְיֶתֶר אֹיְבֵינוּ כִּי בָנִיתִי אֶת־הַחוֹמָה וְלֹא־נוֹתַר בָּהּ פָּרֶץ, גַּם עַד־הָעֵת הַהִיא דְּלָתוֹת לֹא־הֶעֱמַדְתִּי בַשְּׁעָרִים׃ - Lorsqu'il fut rapporté à Sanballat, à Tobie, à Guéchem l'Arabe et au reste de nos ennemis que j'avais rebâti la muraille et qu'il n'y restait plus de brèche (bien que jusqu'alors je n'eusse pas encore posé de battants aux portes),

Nous avons déjà rencontré ces personnages : Sanballat, Tobie, Guéchem l'Arabe et les autres ennemis. Ils voient d'un très mauvais œil que Néhémie et ses hommes aient relevé la muraille, et il leur est particulièrement pénible de se retrouver impuissants, désormais incapables d'entraver les travaux. Néanmoins, il leur reste un espoir, car l'affaire n'est pas encore close : certes, la muraille est là, mais les battants font défaut. Les portes restent béantes et l'on peut encore entrer librement. C'est sur cet espoir qu'ils fondent leur prochaine manœuvre : s'il est impossible d'arrêter le chantier, essayons d'arrêter l'homme.

Versets 2-4 - L'invitation dans la vallée d'Ono

וַיִּשְׁלַח סַנְבַלַּט וְגֶשֶׁם אֵלַי לֵאמֹר: לְכָה וְנִוָּעֲדָה יַחְדָּו בַּכְּפִירִים בְּבִקְעַת אוֹנוֹ, וְהֵמָּה חֹשְׁבִים לַעֲשׂוֹת לִי רָעָה׃ - Sanballat et Guéchem m'envoyèrent dire : « Viens, rencontrons-nous ensemble dans les villages de la vallée d'Ono ! » Or, ils projetaient de me faire du mal.

Voyant qu'ils ne pouvaient contrecarrer les desseins de Néhémie, puisque la muraille était déjà solidement établie, ils décidèrent d'attenter à sa vie. « Kefirim » est le nom d'un lieu, et nous trouvons une localité similaire nommée Kefira sur le territoire de Binyamin, comme mentionné dans le livre de Josué. Ils l'invitent à une rencontre en apparence anodine dans la vallée d'Ono, mais Néhémie témoigne : je sais qu'ils projettent de me faire du mal, je sais qu'ils ont l'intention de m'y assassiner.

וָאֶשְׁלְחָה עֲלֵיהֶם מַלְאָכִים לֵאמֹר: מְלָאכָה גְדוֹלָה אֲנִי עֹשֶׂה וְלֹא אוּכַל לָרֶדֶת, לָמָּה תִשְׁבַּת הַמְּלָאכָה כַּאֲשֶׁר אַרְפֶּהָ וְיָרַדְתִּי אֲלֵיכֶם׃ - Je leur envoyai des messagers pour leur dire : « J'accomplis un grand ouvrage et je ne puis descendre. Pourquoi l'ouvrage cesserait-il pendant que je le délaisserais pour descendre vers vous ? »

La réponse de Néhémie est rédigée avec une politesse toute diplomatique : je regrette, j'ai des obligations antérieures, l'ampleur de la tâche m'en empêche. Si je devais délaisser le chantier pour descendre vers vous, le travail s'arrêterait, et pourquoi devrait-il s'arrêter ? Je vous prie donc de m'excuser, cette rencontre ne pourra avoir lieu.

וַיִּשְׁלְחוּ אֵלַי כַּדָּבָר הַזֶּה אַרְבַּע פְּעָמִים, וָאָשִׁיב אוֹתָם כַּדָּבָר הַזֶּה׃ - Ils m'envoyèrent le même message à quatre reprises, et je leur fis exactement la même réponse.

À quatre reprises, ils réitérèrent la même demande : viens nous rencontrer à Kefirim dans la vallée d'Ono, nous avons à nous entretenir. Et quatre fois, Néhémie leur retourna la même réponse immuable : une tâche immense repose sur mes épaules et je ne puis la délaisser.

Versets 5-7 - La lettre ouverte et la calomnie

וַיִּשְׁלַח אֵלַי סַנְבַלַּט כַּדָּבָר הַזֶּה פַּעַם חֲמִישִׁית אֶת־נַעֲרוֹ, וְאִגֶּרֶת פְּתוּחָה בְּיָדוֹ׃ - Sanvalat m'envoya son serviteur de la même manière pour la cinquième fois, avec une lettre ouverte à la main.

Pour la cinquième fois, Sanvalat change de tactique. Il envoie son serviteur, combinant ainsi une missive écrite et des messages oraux, transmettant l'idée que cette rencontre est de la plus haute importance et de la plus grande urgence. Et pour convaincre, il joint la teneur de la lettre :

כָּתוּב בָּהּ: בַּגּוֹיִם נִשְׁמָע וְגַשְׁמוּ אֹמֵר, אַתָּה וְהַיְּהוּדִים חֹשְׁבִים לִמְרוֹד, עַל־כֵּן אַתָּה בוֹנֶה הַחוֹמָה, וְאַתָּה הֹוֶה לָהֶם לְמֶלֶךְ כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃ - Il y était écrit : Le bruit court parmi les nations, et Gashmou affirme que toi et les Judéens projetez de vous révolter ; c'est pourquoi tu bâtis la muraille, et d'après ces rumeurs, tu vas devenir leur roi.

« Le bruit court parmi les nations » : la rumeur se propage parmi les peuples, et Guéchem l'Arabe le confirme également : vous bâtissez la muraille pour vous rebeller contre le roi, et tu as le projet de te proclamer roi. Sanvalat lui dit en substance : même si l'on disait que ce que racontent les nations n'est que vanité sans fondement, je vois bien que vous édifiez un rempart, des portes et des verrous, et cela donne en soi du crédit à l'idée que ce bruit repose sur une vérité. Il est manifeste, à travers tes actes, que tu cherches à établir ton propre royaume, à ne plus être assujetti à Artaxerxès, à refuser ses ordres, pour finalement te soulever et te révolter.

וְגַם־נְבִיאִים הֶעֱמַדְתָּ לִקְרֹא עָלֶיךָ בִירוּשָׁלַ͏ִם לֵאמֹר: מֶלֶךְ בִּיהוּדָה, וְעַתָּה יִשָּׁמַע לַמֶּלֶךְ כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה, וְעַתָּה לְכָה וְנִוָּעֲצָה יַחְדָּו׃ - Tu as même établi des prophètes pour proclamer à ton sujet à Jérusalem : Il y a un roi en Judée ! Or de tels propos vont maintenant parvenir au roi ; viens donc, et tenons conseil ensemble.

Ici, la machination atteint son paroxysme. Non seulement cela, dit Sanvalat, mais tu as soudoyé des hommes pour qu'ils viennent prophétiser et préparer le terrain auprès du peuple : ils se tiendraient sur les places et dans les rues pour proclamer avoir reçu une prophétie de Hachem selon laquelle Néhémie doit régner. Tu as engagé Chema'ya - que nous rencontrerons plus loin - pour qu'il répande cette idée. Or, si le roi venait à l'apprendre, tu serais tenu pour rebelle, et l'édification même de la muraille constituerait une preuve à charge contre toi : si tu ne te révoltes pas, pourquoi as-tu bâti une muraille ? Ce rempart est destiné à consolider la rébellion, afin que même si le roi de Babylone intervient, il ne puisse rien contre toi. C'est pourquoi, poursuit Sanvalat, nous devrions nous rencontrer pour trouver un moyen d'éviter cette catastrophe. Sollicitude sincère et touchante, en apparence. Mais la suite révélera que ce sont Sanvalat et ses alliés qui avaient eux-mêmes payé Chema'ya pour prétendre prophétiser au nom de Hachem que Néhémie deviendrait roi, dans le seul but de nuire à Néhémie, en faisant croire que ce dernier avait engagé un faux prophète pour le proclamer souverain.

Versets 8-9 - La réponse de Néhémie : tu inventes tout de ton propre cœur

וָאֶשְׁלְחָה אֵלָיו לֵאמֹר: לֹא נִהְיָה כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר אַתָּה אוֹמֵר, כִּי מִלִּבְּךָ אַתָּה בוֹדָאם׃ - Je lui fis alors répondre : Rien de ce que tu affirmes n'a eu lieu ; c'est de ton propre cœur que tu inventes tout cela.

Mensonge absolu, réplique Néhémie. Il n'en a jamais rien été. Je n'ai engagé personne pour annoncer que je devais régner, et tout cela n'est que pure invention sortie de ton esprit.

כִּי כֻלָּם מְיָרְאִים אוֹתָנוּ לֵאמֹר: יִרְפּוּ יְדֵיהֶם מִן־הַמְּלָאכָה וְלֹא תֵעָשֶׂה, וְעַתָּה חַזֵּק אֶת־יָדָי׃ - Car tous cherchaient à nous effrayer, se disant : Leurs mains abandonneront le travail, et il ne s'achèvera point. Et maintenant, affermis mes mains !

De plus, souligne Néhémie : tu m'invites à délibérer pour conjurer la crainte qu'Artaxerxès, roi de Perse, ne vienne sévir contre moi, et tu te poses en ami dévoué et proche qui s'inquiète de mon sort. Pourtant, tous les ennemis de Yehouda qui nous oppriment, et toi au premier rang, n'ont cessé jusqu'ici de vouloir nous terrifier pour que nos bras faiblissent et que l'ouvrage s'interrompe. Vous nous avez fait obstacle, vous avez tenté de semer la panique, vous êtes venus en armes, au point que nous avons dû monter la garde, la moitié au travail et l'autre moitié tenant les lances. Et voilà que soudain, d'ennemi juré, tu te transformes en ami bienveillant ? « Et maintenant, affermis mes mains ! » : viendrais-tu subitement affermir mes mains ? Pensais-tu vraiment que j'allais y croire ?

C'est ainsi que l'explique le Malbim. Telle était toute la manœuvre de Sanballat : il ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée de Néhémie, qui rassemblait le peuple, l'unissait et lui bâtissait une muraille. Il préférait que les Juifs restent désunis, afin de pouvoir s'infiltrer, piller, s'emparer de leurs biens, les tourmenter et les opprimer. Mais lorsque nous nous sommes dressés pour notre survie, il a compris que l'obstacle majeur était Néhémie lui-même : c'est lui qui avait soudé le peuple, c'est lui qui lui avait érigé un rempart. Et lorsque l'on voit une main que l'on ne peut briser, on l'embrasse, et dès qu'il a le dos tourné, on la lui brise. « Rencontrons-nous, je vais t'aider, Artaxerxès risque de s'irriter. » Mais Néhémie ne tombe pas dans le panneau.

Rachi propose une explication différente : « Et maintenant, fortifie mes mains ! » se lit avec un point d'exclamation et non d'interrogation. Sanballat lui dirait en substance : regarde combien tous nos voisins nous rendent la tâche difficile et cherchent à nous entraver ; fais donc un geste et prête-moi main-forte, viens nous aider. Il s'agirait ainsi de paroles de réconciliation, ce qui concorde avec l'avis d'Ibn Ezra : il venait l'apaiser en disant : viens collaborer avec nous au lieu de faire obstacle.

Versets 10-11 - Chemaya, le faux prophète, et son conseil

וַאֲנִי־בָאתִי בֵּית שְׁמַעְיָה בֶן־דְּלָיָה בֶּן־מְהֵיטַבְאֵל וְהוּא עָצוּר, וַיֹּאמֶר: נִוָּעֵד אֶל־בֵּית הָאֱלֹהִים אֶל־תּוֹךְ הַהֵיכָל וְנִסְגְּרָה דַּלְתוֹת הַהֵיכָל, כִּי בָּאִים לְהָרְגֶךָ, וְלַיְלָה בָּאִים לְהָרְגֶךָ׃ - Je me rendis à la maison de Chemaya, fils de Delaya, fils de Mehétabéel, qui était confiné chez lui. Il dit : « Donnons-nous rendez-vous dans la Maison de Dieu, à l'intérieur du Sanctuaire (le Hékhal), et fermons les portes du Sanctuaire, car ils viennent pour te tuer ; c'est de nuit qu'ils viennent pour te tuer. »

Qui était ce Chemaya ? C'était un faux prophète stipendié par Sanballat et ses complices, afin de donner l'impression que Néhémie l'avait payé pour le proclamer roi. Néhémie s'était rendu chez lui pour tirer au clair cette prophétie : d'où Chemaya tirait-il ces bruits prétendant qu'il deviendrait roi en Judée, quelles étaient ses sources ? « Et il était confiné » (vehou atsour) - il était souffrant et reclus chez lui ; Néhémie ne pouvait donc pas le convoquer comme un gouverneur fait mander un sujet, mais dut se déplacer en personne jusqu'à sa demeure.

C'est alors que Chemaya lui glisse un « bon conseil » : sache que je dispose d'informations secrètes selon lesquelles les ennemis de Juda projettent de t'assassiner cette nuit même, de te tendre un piège mortel. Je te conseille donc de venir au cœur du Sanctuaire et d'en verrouiller les portes. Pourquoi précisément là-bas ? Parce que, comme nous l'avons constaté au début du chapitre, bien que la ville fût entièrement ceinte de murailles, les battants des portes n'étaient pas encore installés, si bien qu'il n'existait aucun endroit sûr dans la ville. Le Sanctuaire, dont les portes pouvaient se clore, paraissait être le seul refuge inviolable.

וָאֹמְרָה: הַאִישׁ כָּמוֹנִי יִבְרָח? וּמִי כָמוֹנִי אֲשֶׁר־יָבֹא אֶל־הַהֵיכָל וָחָי? לֹא אָבוֹא׃ - Et je répondis : « Un homme comme moi prendrait-il la fuite ? Et qui, étant dans ma condition, pourrait entrer dans le Sanctuaire et rester en vie ? Je n'y entrerai pas ! »

Néhémie soulève deux objections. La première : « Un homme comme moi prendrait-il la fuite ? » - si je fuis, quelle impression vais-je laisser ? Celle d'un lâche, d'un homme pusillanime. Je suis censé conduire ma communauté et la diriger au combat, et je m'enfuirais honteusement ? Cela jetterait l'effroi dans le cœur de tout le peuple. Qui les avait mobilisés pour monter la garde, construire le rempart et ne pas trembler devant les agresseurs ? C'était Néhémie. S'ils le voyaient maintenant déguerpir, ils se diraient : visiblement, même Néhémie a compris que tout est perdu et s'enfuit pour sauver sa peau. La seconde objection : « Et qui, étant dans ma condition, pourrait entrer dans le Sanctuaire et rester en vie ? » - je ne suis pas Cohen, et tout non-Cohen qui s'approche du Sanctuaire est passible de mort. Comment pourrais-je pénétrer dans le Hékhal et en sortir vivant ? Je n'y entrerai point.

Versets 12-13 - La dénonciation de l'imposture et la contradiction interne

וָאַכִּירָה וְהִנֵּה לֹא־אֱלֹהִים שְׁלָחוֹ, כִּי הַנְּבוּאָה דִּבֶּר עָלַי, וְטוֹבִיָּה וְסַנְבַלַּט שְׂכָרוֹ׃ - Et je reconnus que ce n'était pas Dieu qui l'avait envoyé, mais qu'il avait prononcé cette prophétie contre moi parce que Tovya et Sanballat l'avaient soudoyé.

C'est à cet instant que Néhémie ouvrit les yeux et comprit qu'il avait affaire à un faux prophète. Il est inconcevable qu'Hachem transmette un tel ordre, enjoignant d'entrer dans le Sanctuaire, ce qui viole directement la Torah. Comment un prophète authentique pourrait-il ordonner de commettre une pareille transgression ? Jusqu'alors, le doute subsistait encore, peut-être s'agissait-il d'une véritable prophétie ; il faut savoir qu'à cette époque, les faux prophètes adoptaient l'apparence et les vêtements des vrais prophètes, tout n'était que mise en scène pour capter la confiance du peuple. Mais à présent, la supercherie était éclatante : Dieu ne l'avait point envoyé, c'étaient Tovya et Sanballat qui l'avaient payé - tant pour fabriquer la prophétie annonçant qu'il deviendrait roi d'Israël que pour lui donner ce conseil funeste de fuir dans le Sanctuaire.

Bien plus, il y avait là une contradiction interne évidente. Si tu m'annonces au Nom d'Hachem que je serai roi sur Israël - or le Saint béni soit-Il ne revient jamais sur une promesse de bienfait -, pourquoi viens-tu à présent me sommer, toujours au Nom d'Hachem, de m'enfuir parce qu'on attente à ma vie ? C'est tout l'inverse que tu aurais dû me dire : tiens bon à ton poste et ne recule pas, c'est toi qui gouverneras et deviendras roi ! D'un côté la royauté promise, de l'autre la débandade devant la mort : c'est là que j'ai compris que tout n'était que pure machination sortie de son imagination.

לְמַעַן שָׂכוּר הוּא, לְמַעַן־אִירָא וְאֶעֱשֶׂה־כֵּן וְחָטָאתִי, וְהָיָה לָהֶם לְשֵׁם רָע לְמַעַן יְחָרְפוּנִי׃ - Car il avait été soudoyé pour que j'aie peur, que j'agisse ainsi et que je pèche, afin qu'ils aient de quoi me faire une mauvaise réputation pour m'outrager.

À présent, les deux desseins deviennent évidents. Pourquoi l'avaient-ils payé pour prophétiser que je serais roi ? Afin de pouvoir m'accuser de l'avoir moi-même soudoyé. Tel était le plan : prends de l'argent, prophétise que Néhémie sera roi - puis ils répandraient la rumeur que Néhémie a payé Chemaya pour prophétiser en sa faveur, ce qui prouverait qu'il projette de se rebeller contre Artaxerxès, roi de Perse.

Et pourquoi l'avaient-ils soudoyé pour le second conseil, celui d'entrer dans le Heikhal d'Hachem ? « Pour que j'aie peur et que j'agisse ainsi » - afin de m'effrayer, de sorte que je suive ses paroles et entre dans le Sanctuaire. Et qu'y gagneraient-ils ? Tout d'abord, « et que je pèche » - je me chargerais d'une faute, et le péché risquerait de causer ma chute. Quand l'ennemi ne peut tuer le Juif, il le fait pécher : lorsque Bilam ne put maudire Israël, que fit-il ? Il amena les filles de Madian et le culte idolâtre de Peor. Ensuite, « afin qu'ils aient de quoi me faire une mauvaise réputation pour m'outrager » - pour pouvoir répandre la calomnie que j'avais profané le sanctuaire d'Hachem : voyez Néhémie, quelle audace, il entre dans le Heikhal comme s'il était Cohen ! Il y avait là deux objectifs : que je sois puni par Hachem, et que je perde toute grâce aux yeux du peuple, qui me considérerait désormais comme un transgresseur ayant profané le sanctuaire d'Hachem.

Verset 14 - Souviens-Toi, mon Dieu

זָכְרָה אֱלֹהַי לְטוֹבִיָּה וּלְסַנְבַלַּט כְּמַעֲשָׂיו אֵלֶּה, וְגַם לְנוֹעַדְיָה הַנְּבִיאָה וּלְיֶתֶר הַנְּבִיאִים אֲשֶׁר הָיוּ מְיָרְאִים אוֹתִי׃ - Souviens-Toi, mon Dieu, de Toviya et de Sanvalat, selon leurs œuvres que voici, et aussi de Noadya la prophétesse et du reste des prophètes qui cherchaient à m'effrayer.

Maître du monde, supplie Néhémie, souviens-Toi de Toviya selon ces actes, pour avoir soudoyé contre moi les faux prophètes - Chemaya et aussi Noadya la prophétesse. Ils disposaient d'un prophète et aussi d'une prophétesse ; sans doute la prophétesse devait-elle faire de la propagande auprès des femmes, et le prophète auprès des hommes. « Souviens-Toi » - c'est-à-dire demande-leur des comptes pour avoir cherché à m'effrayer.

Verset 15 - Cinquante-deux jours

וַתִּשְׁלַם הַחוֹמָה בְּעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה לֶאֱלוּל, לַחֲמִשִּׁים וּשְׁנַיִם יוֹם׃ - La muraille fut achevée le vingt-cinq Eloul, en cinquante-deux jours.

Le 25 Eloul, la muraille fut achevée, en cinquante-deux jours. Une rapidité record, un fait proprement surnaturel. Et il ne s'agissait pas de cloisons en plâtre, mais de pierres et de blocs formant un rempart imposant qui encerclait tout Jérusalem - certes, la muraille que nous connaissons aujourd'hui est la muraille ottomane, mais comprenons bien de quoi il s'agit : une muraille colossale et puissante, dont la reconstruction intégrale fut menée à bien en moins de deux mois.

Verset 16 - Tous reconnaissent que cela vient de notre Dieu

וַיְהִי כַּאֲשֶׁר שָׁמְעוּ כָּל־אוֹיְבֵינוּ, וַיִּרְאוּ כָּל־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר סְבִיבֹתֵינוּ, וַיִּפְּלוּ מְאֹד בְּעֵינֵיהֶם, וַיֵּדְעוּ כִּי מֵאֵת אֱלֹהֵינוּ נֶעֶשְׂתָה הַמְּלָאכָה הַזֹּאת׃ - Et lorsque tous nos ennemis l'apprirent et que toutes les nations qui nous entouraient le virent, ils tombèrent très bas à leurs propres yeux et surent que c'était de notre Dieu que cette œuvre avait été accomplie.

Lorsque les ennemis constatèrent à quelle vitesse prodigieuse la muraille avait été édifiée, et qu'ils virent qu'ils avaient été impuissants à interrompre le travail et que tous leurs stratagèmes étaient tombés à l'eau - ils avaient projeté d'attaquer et leur dessein fut déjoué, ils avaient voulu l'attirer dans la vallée d'Ono pour le tuer et, par la grâce d'Hachem, il leur avait échappé - alors « ils tombèrent très bas à leurs propres yeux ». Un véritable effondrement moral. Rachi explique : ils se prenaient eux-mêmes en dégoût en voyant que la frayeur des Juifs était tombée sur eux. Ils comprirent que désormais, ils ne pouvaient que redouter les Juifs, alors qu'il ne leur était plus possible de les terroriser. Les Juifs n'ont plus peur - ils ont une muraille.

Versets 17-19 - La cinquième colonne de l'intérieur

גַּם בַּיָּמִים הָהֵם מַרְבִּים חֹרֵי יְהוּדָה אִגְּרֹתֵיהֶם הוֹלְכוֹת עַל־טוֹבִיָּה, וַאֲשֶׁר לְטוֹבִיָּה בָּאוֹת אֲלֵיהֶם׃ - En ces jours-là aussi, les notables de Juda multipliaient leurs lettres adressées à Touvia, et celles de Touvia leur parvenaient.

Ici, Néhémie prépare le terrain pour le chapitre suivant, où l'on verra qu'il désigna son frère pour veiller sur la muraille. Il vient expliquer que le danger n'avait pas entièrement disparu et qu'il y avait un problème complexe avec Sanballat et Touvia, car ils étaient profondément infiltrés, liés et connectés au sein même des Juifs. Même si la crainte de Dieu s'était abattue sur les nations environnantes, une cinquième colonne agissait de l'intérieur : les notables de Juda, les grands du peuple, envoyaient des missives à Touvia et recevaient ses réponses - ils étaient ses alliés et suivaient ses instructions. Des hommes parmi nous s'étaient ligués avec ce scélérat corrompu qui voulait faire cesser la reconstruction de la muraille et nous tourmenter.

כִּי־רַבִּים בִּיהוּדָה בַּעֲלֵי שְׁבוּעָה לוֹ, כִּי־חָתָן הוּא לִשְׁכַנְיָה בֶן־אָרַח, וִיהוֹחָנָן בְּנוֹ לָקַח אֶת־בַּת־מְשֻׁלָּם בֶּן בֶּרֶכְיָה׃ - Car beaucoup en Juda lui étaient liés par serment, car il était le gendre de Chekhania fils d'Arah, et son fils Yeho'hanan avait épousé la fille de Mechoulam fils de Bérékhia.

Et pourquoi ? « Car beaucoup en Juda lui étaient liés par serment » - ils lui étaient unis par une alliance et par serment, en raison de liens matrimoniaux : Touvia était le gendre de Chekhania fils d'Arah, et son fils Yeho'hanan avait épousé la fille de Mechoulam fils de Bérékhia. Chekhania fils d'Arah et Mechoulam étaient des personnages éminents en Juda, de grands dignitaires respectés, et par ces mariages, ils avaient un intérêt direct à l'aider. Ils bradèrent les intérêts du peuple juif au profit de leurs rapprochements familiaux.

גַּם טוֹבֹתָיו הָיוּ אֹמְרִים לְפָנַי, וּדְבָרַי הָיוּ מוֹצִיאִים לוֹ, אִגְּרוֹת שָׁלַח טוֹבִיָּה לְיָרְאֵנִי׃ - Ils vantaient aussi ses mérites devant moi et lui rapportaient mes paroles ; et Touvia envoyait des lettres pour m'effrayer.

Non contents de cela, ils faisaient son éloge devant moi : « Écoute Néhémie, il n'est pas tel que tu le penses, c'est un homme droit et intègre, ne crois pas aux rumeurs ! » Bien plus encore, ils lui répétaient mes propres propos, et répandaient même de la calomnie sur Néhémie, comme si c'était lui qui agissait mal. En outre, Touvia m'envoyait sans cesse des lettres pour m'intimider, énumérant toutes sortes de malheurs et de calamités qui m'arriveraient si je n'arrêtais pas la reconstruction de la muraille. Et tout cela, dit Néhémie, ne m'a nullement ébranlé ni affecté, et je ne l'ai pas craint, car le Saint, béni soit-Il, nous venait en aide, si bien qu'à la fin, c'est notre crainte qui s'est abattue sur eux, et non la leur sur nous comme nous le redoutions au départ.

En résumé :

Le chapitre 6 nous montre ce à quoi ressemble une guerre sans épée. Sanballat et Touvia tentent à cinq reprises d'attirer Néhémie dans un piège sous couvert d'une rencontre qui devait se solder par un assassinat ; ils lui forgent une accusation de rébellion, soudoient un faux prophète pour qu'il lui prédise la royauté afin de causer sa perte, puis le soudoient à nouveau pour l'effrayer et le pousser à entrer dans le sanctuaire (Heikhal) - dans le but qu'il pèche, soit puni et que sa réputation soit détruite. Néhémie résiste à toutes ces épreuves : il ne descend pas de son échafaudage pour une rencontre douteuse, démasque le mensonge grâce à la contradiction interne de la prophétie, et refuse de fuir pour ne pas décourager le peuple ni transgresser l'interdit selon lequel « l'étranger qui s'approche sera mis à mort ». Et en cinquante-deux jours seulement, la muraille est achevée, si bien que les ennemis eux-mêmes se sentent rabaissés et reconnaissent : « Car c'est de par notre Dieu que cet ouvrage a été accompli ». Et bien que des liens de trahison aient subsisté de l'intérieur et que les lettres d'intimidation aient continué d'affluer, Néhémie ne faiblit pas - car le Saint, béni soit-Il, était notre secours.

Chapitre 6 - Les complots de Sanballat contre Néhémie · Sefer Nechemya · ספר נחמיה