Introduction
Voici une section du chapitre 25 des Proverbes (Mishlé), comprenant trois versets qui traitent tous du secret de la juste mesure et des limites : comment convient-il de s'adresser au pouvoir - et, au sens allégorique, au Saint, béni soit-Il ; et pourquoi, même dans les choses les meilleures et les plus douces, l'homme doit savoir où s'arrêter. Nous étudierons ces enseignements à la lumière du Gaon de Vilna (le Gra) et du Malbim, complétés par les remarques grammaticales du Min'hat Shaï et les paroles du Midrash.
« Par la patience on fléchit un dirigeant » - Deux voies dans la prière
בְּאֹרֶךְ אַפַּיִם יְפֻתֶּה קָצִין וְלָשׁוֹן רַכָּה תִּשְׁבָּר־גָּרֶם. (טו) - Par la patience on fléchit un dirigeant, et une langue douce brise l'os.
Le Gra propose une explication admirable, dont l'essentiel repose sur le sens allégorique : le Saint, béni soit-Il, est patient et lent à la colère (érekh apayim). De ce fait, l'homme a la possibilité de faire devancer la prière au malheur : avant même que l'épreuve ne survienne, il peut prier Hachem de l'en préserver. Or, il existe deux sortes de prières.
La première : l'homme implore le Saint, béni soit-Il, au nom de Sa miséricorde et de Ses bontés, comme un don gratuit. « Jusqu'ici Ta miséricorde nous a secourus et Tes bontés ne nous ont pas abandonnés, ne nous délaisse pas, Hachem notre D.ieu, à jamais » - c'est-à-dire : qu'est-ce qui m'a aidé et sauvé jusqu'à présent ? Ce ne sont pas mes mérites, je n'en ai pas, mais Ta miséricorde et Tes bontés. Dès lors, cette même miséricorde et ces mêmes bontés n'ont pas changé depuis la dernière fois, et j'ai donc la certitude que cela continuera. Car si cela dépendait de moi, comment saurais-je si mes mérites suffisent ? Peut-être ai-je épuisé tout mon crédit, peut-être ai-je fauté entre-temps et n'en suis-je plus digne. Mais lorsque tout repose sur Sa miséricorde et Sa bonté, sans examiner le solde de mon compte, je suis certain que cela se poursuivra, car auprès du Saint, béni soit-Il, la mesure est toujours pleine et Ses bontés comme Ses miséricordes sont infinies.
C'est précisément ce que mentionne le Zohar à propos du verset « Et il eut foi en Hachem » : comment eut-il foi ? Ne devait-il pas craindre que la faute ne vienne faire obstacle ? La réponse réside dans la suite : « et Il le lui compta comme une tsédaka (un acte de générosité gratuite) ». Avraham considérait tout ce que le Saint, béni soit-Il, lui accordait comme une aumône, une pure charité. Et lorsqu'il s'agit de la tsédaka divine, Celui qui a donné continuera à donner. La crainte « que la faute n'y fasse obstacle » n'appartient qu'à celui qui s'appuie sur ses propres mérites, craignant de ne plus en être digne. Mais la générosité d'Hachem ne s'épuise jamais et ne connaît aucune limite.
C'est également le sens du verset « Voici, le D.ieu (El) de ma délivrance, j'aurai confiance et je n'aurai pas peur ». Que désigne le Nom « El » ? L'attribut de 'Hessed (bonté). Comme on le sait, « El » se rapporte à la bonté et « Elokim » à la rigueur (Din) ; les treize attributs de miséricorde commencent par le Nom El, qui est un nom de compassion. Pour le Nom ineffable (Havaya), c'est l'inverse : le nom court relève du Din et le Nom complet de la miséricorde. C'est selon ce principe qu'a déjà été expliqué le verset « Comment maudirais-je ce que El n'a pas maudit ? Comment serais-je courroucé quand Hachem ne s'est pas courroucé ? » - Bil'am voulait prononcer une formule restreinte et il en sortit une grandeur, il voulait invoquer la rigueur et prononça un Nom de bonté ; ce point a déjà été développé par le passé et il est inutile d'y revenir. Quoi qu'il en soit : « Voici, El est ma délivrance, j'aurai confiance et je ne craindrai point » - lorsque c'est l'attribut de bonté qui est mon salut, que c'est par Sa bienveillance que je suis sauvé, alors j'ai pleine confiance et je ne crains pas qu'une faute fasse obstacle, car rien ne dépend de mes fautes ni de mes mitsvot, mais de la bonté constante d'Hachem tout au long du jour.
Telle est la première approche. La seconde : l'homme demande au Saint, béni soit-Il, d'agir en sa faveur en raison de ses propres mitsvot et de ses mérites personnels - « Souviens-Toi de cela en ma faveur, mon D.ieu », j'ai accompli de bonnes actions, donne-moi en leur mérite. C'est précisément ce que redoutait Yaakov Avinou lorsqu'il disait : « Je suis indigne de toutes les bontés », craignant profondément que la faute n'eût causé la perte de ses mérites. En effet, si la promesse dépend de mes bonnes actions, peut-être mes mérites ont-ils diminué et n'en suis-je plus digne. En revanche, pour celui qui s'en remet à l'immensité de la bonté divine, ces bontés ne tariront jamais.
Le Gra explique : quand un homme sollicite Hachem en invoquant ses propres mitsvot, des accusateurs (mekatrégim) s'interposent pour faire obstacle : « Sont-ce là de véritables mitsvot ? Mérite-t-il quelque chose pour cela ? Cet homme n'en est pas digne ! » C'est à ce sujet qu'il est dit : « Par la patience on fléchit un dirigeant » (béorekh apayim yéfouté katsine) : le Saint, béni soit-Il, fait preuve de patience et diffère Sa colère, et c'est pourquoi Il se laisse « fléchir », invitant l'homme à Le prier. Mais il existe ici deux voies. Si l'on vient dire : « Maître du monde, fais-le pour moi et en raison de mes mérites », les accusateurs seront légion. C'est pourquoi le verset poursuit : « et une langue douce ». Qu'est-ce qu'une langue douce ? C'est lorsque l'on adresse des supplications (ta'hanounim) devant le Saint, béni soit-Il. Et que sont les supplications ? « Maître du monde, je ne mérite rien, je T'implore ». Conformément au commentaire de Rachi sur « Vaèt'hanane » : une demande de don gratuit. Telle est la langue douce : non par mon mérite, mais par Ta miséricorde et Tes bontés inépuisables. Par ce moyen, « elle brise l'os » (tichbar garem) - les accusateurs, durs comme l'os, n'ont plus aucune prise pour porter accusation.
Le texte est d'ailleurs d'une grande précision : « on fléchit (yéfouté) un dirigeant » - le terme implique une tentative de persuasion, d'amadouement, mais sans garantie absolue. Comment cherche-t-on à séduire ou amadouer ? En offrant une contrepartie : viens, je te donnerai ceci ou cela. Et lorsqu'un homme tente d'amadouer le Saint, béni soit-Il, par un échange - Maître du monde, j'ai des mitsvot à faire valoir - il a une chance d'obtenir gain de cause, mais aussi un risque d'échouer. En revanche, s'il s'approche avec une langue douce et des supplications : « Maître du monde, je ne possède rien en propre si ce n'est l'immensité de Ta miséricorde et de Tes bontés », cela brise l'os, brise les accusateurs, et c'est ainsi que le Ciel lui accorde véritablement ce qu'il demande.
Le Malbim : D'abord ajourner, ensuite annuler
Le Malbim explique ce verset selon une approche psychologique remarquable. Le terme « katsine » ne désigne pas ici un officier militaire, mais un dirigeant, un gouverneur. Si le gouverneur est irrité contre vous, la tendance naturelle est de chercher immédiatement à apaiser sa colère et à faire annuler totalement la sanction - or le Malbim souligne que cette démarche ne fonctionne pas. Dans un premier temps, demandez de la patience (« orekh apaïm ») : ne demandez pas d'annuler le décret, mais de le différer. Ne dites pas au gouverneur : « Annule la peine », mais plutôt : « Tu as raison, il le mérite, mais pas dans l'immédiat - qu'il n'entre en prison que dans six mois ou un an ; il a des réjouissances familiales en ce moment, un enfant vient de lui naître ». Si vous venez d'emblée solliciter une annulation, il s'obstinera et refusera. En revanche, un sursis s'accorde bien plus aisément. Et une fois ce report obtenu, il sera infiniment plus facile pour la parole douce, qui interviendra par la suite, de briser complètement l'os et d'obtenir l'annulation pure et simple du décret. De fait, lorsqu'une mesure est repoussée, il y a de fortes chances qu'elle ne soit finalement jamais mise à exécution.
On connaît la fameuse histoire de cet homme qui s'était engagé par écrit à être jeté au chien féroce du seigneur local (le porits) s'il ne remboursait pas sa dette. On lui demanda : « Comment as-tu pu signer un tel engagement ? » Il répondit : « De quoi parlez-vous ? L'échéance est dans dix ans ! D'ici là, soit je serai mort, soit le porits sera mort, soit le chien sera mort. » Ainsi, le simple ajournement a éliminé soixante-dix pour cent du problème. Certes, la menace plane encore, mais elle est lointaine. Ensuite, à l'étape suivante - « une langue douce brise l'os » : par des paroles bienveillantes et une démarche d'apaisement, on réussit à désamorcer totalement la sanction. Et par les supplications, ne parvient-on pas à fléchir jusqu'à la rigueur la plus inflexible ?
Quelle est la portée allégorique de ce verset ? Le Saint, béni soit-Il, se laisse pour ainsi dire fléchir par la prière pour différer Sa colère. Et une fois le jugement ajourné, sa force s'affaiblit ; c'est ainsi qu'avec le temps, par des paroles douces et de ferventes supplications, l'homme peut obtenir l'annulation définitive des rigueurs qui pesaient sur lui.
Remarques grammaticales
Beaucoup ont l'habitude de lire « pen tisba'énou vehékéoto », mais nous lisons « vahékéto » (וַהֲקֵאתוֹ), avec un alef quiescent. Le Min'hat Chaï remarque que dans certains ouvrages, le alef porte un 'holam, mais que dans les éditions les plus rigoureuses, il est muet : « vahékéto », de la racine « hakaa » (vomissement, avec un qof), et non de la racine « hakaa » (frapper, avec un kaf). L'usage courant ne manque donc pas entièrement de fondement, mais les textes scrupuleux portent « vahékéto ». En revanche, l'habitude répandue de dire « lachon raka techabèr garem » est dépourvue de toute source textuelle ; le verset porte « tichbar garem » (תִּשְׁבָּר־גָּרֶם), et cela dépend de la nuance entre qamats gadol et qamats qatan, selon laquelle, même d'après la prononciation séfarade, la lecture exacte devrait être « tichbor garem ». Quoi qu'il en soit, il fait l'unanimité qu'il ne faut pas lire « techabèr ».
« As-tu trouvé du miel, manges-en à ta suffisance » - Connaître sa propre capacité
דְּבַשׁ מָצָאתָ אֱכֹל דַּיֶּךָּ פֶּן־תִּשְׂבָּעֶנּוּ וַהֲקֵאתוֹ. (טז) - As-tu trouvé du miel, manges-en à ta suffisance, de peur que tu ne t'en rassasies et ne le vomisses.
Le Gaon de Vilna passe immédiatement au sens allégorique : ne sois pas sage à l'excès et ne poursuis pas des choses trop grandes ou trop hautes pour toi, de peur que tu ne failles et ne finisses par rejeter tout ce que tu as peiné à acquérir et à étudier. Tout comme celui qui consomme un aliment excessivement sucré finit par le vomir, l'homme doit connaître sa propre capacité d'assimilation dans la compréhension et la sagesse, afin de ne pas en arriver à la situation de « t'en rassasier et le vomir », où les notions dépassent ses facultés. L'exemple le plus saisissant est celui de ceux qui sont entrés dans le Pardès sans posséder la stature spirituelle requise, et dont l'issue fut tragique. Dès lors, même s'il s'agit de miel, et que ce miel est excellent et précieux : « manges-en à ta suffisance » - l'homme doit savoir fixer ses limites.
Où cette idée est-elle insinuée dans le mot « devach » (דבש, miel) ? Le Gaon de Vilna explique que « devach » forme les initiales de « Dé'a, Bina, Sékhel » (connaissance, discernement, intelligence) - comme dans la formule de la bénédiction : « Toi qui accordes à l'homme connaissance, discernement et intelligence ». Si tu as donc trouvé la sagesse et la pénétration d'esprit, ne poursuis pas ce qui est trop grand pour toi ; ne t'aventure pas là où il est interdit d'aller et ne scrute pas ce qu'il est défendu d'explorer, à l'image de la Michna qui proscrit de chercher à savoir « ce qui est en haut, ce qui est en bas », ainsi que les mystères de l'Œuvre du Char (Ma'assé Merkava) et autres sujets semblables, dont l'étude inconsidérée peut conduire à l'égarement. L'homme doit veiller à ne pas pénétrer dans des sphères qui le dépassent et s'imposer des frontières.
Le Malbim apporte une précision fine sur ces deux mots : « du miel » - bien qu'il soit délicieux à consommer ; « as-tu trouvé » - bien qu'il s'agisse d'une trouvaille inespérée. En effet, lorsqu'une personne achète quelque chose, elle le fait selon ses besoins stricts : un pot de miel pour un certain temps, et c'est tout. Mais lorsqu'elle trouve du miel, la tentation immédiate est de se dire : « Je peux en prendre en abondance, je ne l'ai pas payé, mangeons tout ! » C'est sur ce point que le texte prévient : même s'il est exquis et même si c'est une aubaine, « manges-en à ta suffisance, de peur que tu ne t'en rassasies et ne le vomisses ». De là découle cette règle fondamentale : même pour les meilleures choses, l'homme doit faire preuve de retenue. Et l'application concrète en est donnée au verset suivant : « Fais rare ton pied dans la maison de ton prochain ».
Un fondement pour toute la vie : une génération d'abondance
Ce verset pose un principe essentiel pour l'ensemble de la vie humaine. L'un des facteurs les plus destructeurs de notre époque, même au regard des critères occidentaux modernes, réside précisément ici. Il y a eu des générations de pauvreté, des époques où l'homme était contraint à la sobriété et aux privations ; dans notre génération, tout lui est accessible. La nourriture abonde sans limites et à bas prix, et l'on voit des personnes manger sans aucune retenue : la porte du réfrigérateur reste continuellement ouverte, à quoi bon la fermer, ils récitent Hamotsi le matin, le Birkat Hamazone le soir, et toute la journée devient un repas perpétuel. Une glace par-ci, une part de pizza par-là, et encore un en-cas - jusqu'à ce qu'il faille une grue pour les faire sortir de chez eux, sans parler des chirurgies et des réductions de l'estomac.
Cette génération d'abondance s'exprime aussi dans l'accès à l'information, et là, c'est véritablement dévastateur. L'homme a aujourd'hui un accès illimité à l'information, et cette information est parfois terrible et destructrice ; elle l'entraîne vers de profondes déchéances, des interdits graves et des lieux d'abomination, tout cela parce que l'accès n'a pas de limites. Et le dommage qu'il s'inflige est immense. Car le principe fondamental est que la Torah n'interdit pas les plaisirs à l'homme ; elle se contente d'en doser la mesure. La Torah n'est pas le christianisme : le christianisme prône le célibat et déclare saint celui qui ne se marie pas. La Torah, elle, affirme tout le contraire : marie-toi, mais respecte des limites, préserve la pureté familiale (taharat hamichpaha). Et la Guémara demande : pourquoi la Torah a-t-elle prescrit sept jours d'impureté de la nida ? Pour qu'elle reste aussi chère à son mari qu'au moment de son entrée sous la houppa. De plus, « miel » (dévach) a la même valeur numérique (guematria) que « femme » (icha). Mais si l'homme n'écoute pas l'injonction « As-tu trouvé du miel ? Manges-en selon ton besoin » et consomme le miel jusqu'à la dernière goutte, il commence à chercher d'autres pots, car celui-ci est déjà vide et ce miel n'a plus de goût pour lui. Et après avoir épuisé tous les pots, il en vient à briser tous les tabous, et l'on entend parler de toutes sortes de déviations. Pourquoi ? Parce qu'il a atteint la saturation, l'extrême, n'ayant pas intégré le b.a.-ba du judaïsme : pose-toi des limites et sache te restreindre. Dès lors, il sombre dans une déchéance continue, car ce qui le comblait auparavant ne l'émeut plus.
Un autre exemple illustre bien ce principe : les drogues. Celui qui commence à se droguer ne fait généralement pas de vieux os ; personne n'a commencé la drogue pour atteindre l'âge de quatre-vingts ans. Cela va très vite : à trente ou quarante ans, l'homme est anéanti. En plus de se détruire, avec la drogue, on ne reste jamais à une dose modérée : ce qui procurait du plaisir hier ne suffit plus aujourd'hui, il faut des substances « meilleures », entre guillemets, et quand celles-ci ne procurent plus la même sensation, on augmente les doses. Ce qui commençait par être fumé est ensuite pris par inhalation, puis par injection, jusqu'à l'overdose. Tout cela parce qu'il faut sans cesse intensifier la dose pour retrouver l'effet des débuts.
C'est ainsi que l'on comprend une chose essentielle : celui qui se restreint est celui qui jouit véritablement de la vie. Celui qui pose des limites est le véritable bénéficiaire. L'exemple le plus simple le démontre : un enfant apprécie-t-il un bonbon ? Tout dépend de la fréquence à laquelle on le lui donne. Si le bonbon récompense une bonne action, s'il est offert le Chabbat comme un privilège mérité, l'enfant l'attend avec impatience et a les yeux qui brillent. Mais un enfant qui a un accès permanent au placard à bonbons se moquera bien d'une simple friandise : qu'est-ce qu'un bonbon pour lui ? Il lui faut un paquet géant de chocolat ou un cône de glace géant enrobé de partout pour que cela commence à l'intéresser. Alors, qui est le plus heureux : l'enfant qui reçoit un bonbon le Chabbat et s'en délecte, ou celui pour qui un bonbon n'a plus aucune saveur ? Évidemment le premier. En clair : lorsque l'homme se fixe des limites, il savoure ce que le Saint, béni soit-Il, lui accorde ; mais s'il ne le fait pas, il s'enferme dans une course sans fin pour décupler ses plaisirs, car il a épuisé ce que chaque plaisir pouvait lui offrir et a besoin de sensations plus fortes et plus intenses pour retrouver la même satisfaction.
On racontait à l'époque l'histoire de l'imprésario des Beatles, qui était juif et dont on dit qu'il s'est suicidé. Pourquoi ? Il était devenu multimillionnaire selon les critères de l'époque, célèbre, adulé, comblé de tout ce dont on peut rêver. Pourtant, il a laissé une lettre dans laquelle il écrivait : « J'avais tout, mais je n'avais rien ». Cela signifie que lorsqu'un homme a déjà tout épuisé dès son jeune âge, qu'est-ce qui peut encore le faire vibrer ? Un voyage à l'étranger ? Pointez n'importe quel endroit sur le globe, il y est déjà allé. L'argent ? Il en avait assez pour subvenir aux besoins de sa famille pour des générations entières. Que pouvait-on encore lui offrir qui suscite chez lui la moindre émotion ? Quand l'homme n'a plus rien à espérer ni rien qui le fasse vibrer, sa vie n'a plus aucun sens. En revanche, celui qui applique le principe « As-tu trouvé du miel ? Manges-en selon ton besoin » et se fixe des limites retrouvera la fois suivante un miel tout aussi délicieux et agréable. Mais si, en goûtant une tablette de chocolat, on se sent obligé d'en engloutir quatre d'affilée, le chocolat perdra vite tout attrait. Celui qui travaille dans une pâtisserie ou une chocolaterie ne peut plus voir de chocolat en peinture : l'habitude a tout émoussé. Le Saint, béni soit-Il, n'a pas créé les plaisirs de ce monde pour nous rendre malheureux, ni pour nous narguer en disant « regarde, mais ne touche pas » ; Il dit : prends-en, mais avec la juste mesure. « As-tu trouvé du miel ? Manges-en selon ton besoin », de peur que « tu ne t'en rassasies et ne le vomisses ».
« Fais rare ton pied dans la maison de ton prochain »
הֹקַר רַגְלְךָ מִבֵּית רֵעֶךָ פֶּן־יִשְׂבָּעֲךָ וּשְׂנֵאֶךָ. (יז) - Fais rare ton pied dans la maison de ton prochain, de peur qu'il ne se lasse de toi et ne te prenne en haine. (17)
Ici encore, il y a une remarque de lecture : beaucoup lisent ce premier mot de manière erronée, comme une habitude de langage, alors que la prononciation exacte est « Hokar raglekha ». Cela signifie : espace tes visites, éloigne ton pied de la maison de ton ami. Rachi explique que ce verset est directement lié au précédent : de même que pour celui qui trouve du miel, bien qu'il soit délicieux et doux, il est dit « manges-en selon ton besoin, de peur que tu ne t'en rassasies et ne le vomisses », de même dit-on « fais rare ton pied dans la maison de ton prochain ». Et même si tu te dis : nous passons de si bons moments ensemble, nous apprécions notre compagnie mutuelle et c'est lui-même qui m'invite à venir, retiens tes pas d'y aller chaque jour, de peur qu'il ne se lasse de toi et ne finisse par te détester.
Nous connaissons tous cette réalité : lorsqu'on retrouve un ami de temps en temps, on prend grand plaisir à être ensemble. Mais si cela devient quotidien, jour après jour, un moment arrive où l'agacement s'installe : « Il appelle encore, il veut encore passer, je n'ai plus la force pour lui » - il se lasse de toi et te prend en haine. Il en va de même chez les enfants : deux amis très proches, toujours fourrés ensemble au point d'être inséparables, ce qui semble être une amitié merveilleuse, finissent bien souvent par se disputer violemment et entrer en conflit. Et l'on s'étonne : que s'est-il passé, ils étaient pourtant si bons amis ? C'est tout simplement l'effet de « de peur qu'il ne se lasse de toi et ne te prenne en haine ». Il faut savoir doser : de même qu'avec le miel, aussi bon et savoureux soit-il, on risque d'en être écœuré et de vomir, il en va de même avec son prochain, pour éviter qu'il ne se sature de votre présence et ne finisse par vous rejeter.
Le Midrach : « La maison de ton ami » - Le Temple
Sur le plan du Midrach, nos Sages expliquent : ne t'habitue pas à commettre des fautes par inadvertance (chégagot) pour venir sans cesse offrir des sacrifices expiatoires (hatat et acham) - et où cela ? Dans « la maison de ton Ami », qui est le Beth Hamikdach (le Temple). Et pourquoi le Saint, béni soit-Il, est-Il appelé « ton Ami » (re'akha) ? Comme il est dit dans le Cantique des Cantiques : « Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami ». Dès lors, « fais rare ton pied dans la maison de ton ami » signifie : ne fréquente pas continuellement le Beth Hamikdach pour y apporter des offrandes pour telle ou telle faute involontaire. Le Saint, béni soit-Il, dit en quelque sorte : Je préfère me passer de tels sacrifices ; mieux vaut ne pas pécher du tout plutôt que d'avoir à apporter une offrande. Sois donc vigilant et garde-toi de la faute, pour qu'Il ne se lasse pas de toi et ne te rejette pas à force de te voir au Temple, car une fréquentation aussi assidue ne fait que révéler la médiocrité de ton niveau spirituel.
Et puisque nous avons abordé la grammaire, le Minhat Chaï apporte une précision supplémentaire : dans les mots « pen yisba'akha », la lettre ayin porte un 'hataf pata'h, et non un ségol comme l'erreur s'est glissée dans presque toutes les impressions. Même si les éditions imprimées portent un ségol, il s'agit d'une coquille, et la leçon exacte est bien « pen yisba'akha » avec un 'hataf pata'h (יִשְׂבָּעֲךָ).
En conclusion :
Les trois versets que nous avons étudiés nous enseignent la sagesse de la mesure. « Par la patience on fléchit un prince » - devant un dirigeant, comme devant le Roi des rois, on ne se présente pas en exigeant une annulation totale : on sollicite d'abord un répit, puis « une langue douce brise les os » : des supplications invoquant un don gratuit, puisées dans Ses miséricordes et Ses bontés inépuisables, brisent les accusateurs aussi durs que l'os. En effet, celui qui se présente au titre du mérite de ses mitsvot redoute que la faute n'intervienne, tandis que celui qui s'en remet aux bontés divines s'y fie avec assurance, car le compte d'Hachem, béni soit-Il, demeure toujours comble. « As-tu trouvé du miel ? Manges-en ce qui te suffit » - tant dans la sagesse que dans les plaisirs, dans la connaissance, l'intelligence et la réflexion, l'homme doit connaître sa capacité d'absorption et sa juste limite ; s'il venait à tout consommer à l'excès, il vomirait tout ce qu'il a peiné à apprendre et perdrait le goût de la vie. Enfin, « Rends tes pas rares dans la maison de ton prochain » - même dans l'amour et l'amitié, et même au Beth Hamikdach lui-même, l'excès sans retenue transforme la douceur en aversion. Celui qui sait se poser des limites est celui qui profite véritablement de tout ce que le Saint, béni soit-Il, a à lui accorder.