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Chapitre 21 - Le cœur du roi dans la main d'Hachem - Troisième partie

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Le chapitre 21 du livre de Mishlei continue d'examiner quelle est la voie droite que l'homme doit choisir : ce qui est véritablement agréé devant Hakadosh Baroukh Hou, et quelle est la racine du mal d'où germent toutes les fautes. Dans ce cours, nous nous pencherons sur trois versets - la supériorité de la charité et de la justice sur le sacrifice, le « labour des impies » qui représente l'orgueil, et la grandeur des desseins mûrement réfléchis de l'homme diligent.

« Pratiquer la justice et l'équité est plus agréable à Hachem qu'un sacrifice » - Dans la continuité directe du verset précédent
עֲשֹׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט נִבְחָר לַה' מִזָּבַח׃ - Pratiquer la charité et la justice est plus agréable à Hachem que le sacrifice.

Rabbénou Yona explique que ce verset s'enchaîne avec le précédent : « Toutes les voies de l'homme sont droites à ses yeux, mais c'est Hachem qui pèse les cœurs ». Lorsque l'homme ne se contente pas de suivre ce qui lui paraît droit à ses propres yeux, mais prépare son cœur et pratique la charité et la justice, Hakadosh Baroukh Hou l'aide à purifier son cœur pour Son service. « C'est Hachem qui pèse les cœurs » (vetokhen libot Hachem) signifie qu'Hachem l'aide à orienter et à remplir son cœur de substance pour la gloire du Ciel. En d'autres termes : l'homme commence et accomplit l'action, et Hakadosh Baroukh Hou lui vient en aide et en soutien. Et quelles sont les actions requises ? « Pratiquer la charité et la justice ».

Selon Rabbénou Yona, la tsédaka est l'amour du bien, et le mishpat est l'amour de la vérité. Par ces deux vertus, l'homme devient agréable devant Hakadosh Baroukh Hou, comme il est dit dans le livre de Mikha : « Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien et ce qu'Hachem réclame de toi : rien d'autre que de pratiquer la justice, d'aimer la bonté... » - ce sont là les vertus désirées et requises : aimer le bien et aimer la vérité et la justice.

L'explication du Gaon de Vilna : « L'obéissance vaut mieux que les sacrifices »

Le Gaon de Vilna relie notre texte à un verset similaire : « Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et la soumission vaut mieux que la graisse des béliers ». Chmouel l'avait dit à Saül au retour de la guerre contre 'Amalek, quand il lui demanda : « Quel est donc ce bêlement de petit bétail qui parvient à mes oreilles ? », et que Saül répondit : « Le peuple les a épargnés pour les sacrifier à Hachem ». Ce à quoi Chmouel répliqua : l'obéissance vaut mieux que les sacrifices - Hakadosh Baroukh Hou préfère que l'on écoute Sa voix plutôt qu'on Lui offre des sacrifices. C'est ce que dit Chlomo : « Pratiquer la charité et la justice est plus agréable à Hachem que le sacrifice » - marcher dans Ses voies et garder le chemin d'Hachem en faisant régner la charité et la justice a bien plus de valeur aux yeux d'Hachem que les sacrifices.

Et c'est d'autant plus vrai lorsque l'on observe la manière dont les gens perçoivent le sacrifice : prendre un animal, l'égorger, le déposer sur l'autel et s'en laver les mains en pensant que tout est réglé. Cela ressemble à ces personnes qui rencontrent un problème dans leur foyer ou leur immeuble, et que font-elles ? Elles font venir un rabbin pour égorger un poulet et faire des « kapparot ». Pourquoi des kapparot ? Commence plutôt à respecter le Chabbat, c'est bien meilleur ! Adopte une conduite empreinte de respect envers ton épouse et envers ton prochain, agis avec droiture dans tes affaires. Quoi de plus simple que de prendre un coq, de lui imputer toutes ses fautes, de régler ainsi ses problèmes et de continuer à agir comme si de rien n'était ? C'est une solution bien commode, mais ce n'est pas la voie à suivre. Hakadosh Baroukh Hou préfère que tu pratiques la charité et la justice, et non pas que tu prennes un animal pour faire retomber tes fautes sur lui en croyant que l'affaire s'arrête là. Car même lors d'un sacrifice, comme nous le verrons dans les propos du Malbim, la Téchouva est indispensable.

Le Gaon de Vilna apporte une autre explication : il est écrit : « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse. Mais que celui qui veut se glorifier se glorifie de ceci : d'avoir de l'intelligence et de Me connaître, car Je suis Hachem qui pratique la bonté, le droit et la justice sur la terre ; car c'est à cela que Je prends plaisir, dit Hachem ». En quoi Hachem prend-Il plaisir ? Dans la charité et la justice. Et de même : « Car c'est la bonté que Je désire et non le sacrifice, et la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes » - la bonté, l'intelligence et la connaissance sont plus précieuses devant Hachem que les holocaustes et les sacrifices. C'est bien ce que dit Chlomo : « Pratiquer la charité et la justice est plus agréable à Hachem que le sacrifice ».

Le Malbim : Le sacrifice est un moyen et non une fin

Le Malbim explique qu'à leur époque, beaucoup pensaient que l'offrande du sacrifice constituait une fin en soi, et c'est pourquoi ils multipliaient les sacrifices et les offrandes. Les prophètes leur en firent le reproche à maintes reprises, pour leur montrer qu'Hakadosh Baroukh Hou ne désire pas le sacrifice pour lui-même. Le sacrifice n'est qu'un moyen : une démarche par laquelle l'homme manifeste sa soumission devant Koudcha Berikh Hou et montre qu'il est prêt à se sacrifier lui-même. Ce qui est fait à la bête sacrificielle - l'abattage rituel et l'aspersion du sang - est ce que l'homme lui-même aurait mérité en raison de sa faute ; mais Hakadosh Baroukh Hou a usé de clémence et de miséricorde envers lui, et il offre à présent cet animal en lieu et place du châtiment qu'il aurait dû subir.

Bien plus encore : personne ne peut rester assis chez soi et envoyer un sacrifice. Si quelqu'un a profané le Chabbat par inadvertance et se trouve passible d'un sacrifice expiatoire (Hatat), il ne peut pas dire à son intendant ou à l'un de ses serviteurs : « Prends un animal, monte au Temple et déclare qu'il s'agit du sacrifice d'un tel qui a trébuché dans la profanation du Chabbat ». Cela n'existe pas, car le sacrifice d'un homme n'est offert que s'il se tient lui-même à ses côtés. On ne peut pas expédier un sacrifice par la poste ; on doit être présent en personne. C'est-à-dire qu'il faut voir ce que l'on fait à la victime, la Téchouva doit s'éveiller en soi, le repentir doit naître dans le cœur. Il ne s'agit pas d'amener un sacrifice, de l'égorger et d'en finir là en se disant : « Bon, Maître du monde, j'ai fait quelque chose, prends-le ». Ce serait comme cet individu qui se rend à la synagogue une seule fois par an, le jour de Yom Kippour, achète l'ouverture de l'Arche pour vingt mille dollars, et s'imagine avoir obtenu un crédit pour une nouvelle année de transgressions : « Maître du monde, j'ai réglé les comptes, Tu as eu ce que Tu voulais, maintenant laisse-moi tranquille ».

Mon cher monsieur, vous vous trompez : nous ne sommes ni à l'église ni devant un prêtre, où l'on ferait ce que l'on veut avant d'aller se confesser pour que tout soit effacé. Il y a la techouva, et il existe un chemin par lequel l'homme regrette sincèrement ses actes. Les saints livres rapportent que si le Cohen constatait chez celui qui apportait le sacrifice une absence de remords, il demandait aux Léviim d'entonner un chant. Les Léviim chantaient alors un chant mélancolique en l'honneur d'Hachem, béni soit-Il, jusqu'à ce que l'homme se mette à pleurer, que son cœur s'éveille au service divin et qu'il fasse techouva. C'est cela que le Saint, béni soit-Il, désire. Mais ces hommes ne cherchaient pas à manifester de la soumission ; ils disaient plutôt : « Que veux-Tu, un sacrifice ? En voici deux. » Ils ne voulaient pas montrer un don de soi pour la sanctification du Nom divin, mais simplement égorger la bête et en finir par un acte purement technique. Alors le Saint, béni soit-Il, vient et déclare : ce qui compte, c'est l'écoute des mitsvot, l'écoute de Mes paroles, la pratique de la justice et de la droiture (tsédaka ou-michpat).

Le Malbim applique une règle constante à travers tout le Tanakh : le terme « tsédaka » renvoie aux devoirs envers le Ciel (bein adam la-Makom), tandis que « michpat » renvoie aux devoirs envers autrui (bein adam la-havéro). La tsédaka caractérise le tsaddik dans sa relation avec son Créateur ; le michpat, comme dans « Voici les ordonnances (michpatim) que tu placeras devant eux », concerne le droit civil et financier, les règles entre les hommes. Il en résulte que le véritable but est la tsédaka et le michpat, tant envers le Ciel qu'envers son prochain, et c'est ce qui est préférable au sacrifice - car le sacrifice n'est rien de plus qu'un moyen.

Dès lors, explique le Malbim, notre verset éclaire le verset précédent. L'homme qui multiplie les offrandes trouve que sa voie est « droite à ses yeux » : voilà, j'ai agi, que voulais-Tu, un sacrifice ? Tu l'as reçu. J'ai offert un sacrifice gras, resté des heures sur l'autel jusqu'à consumer entièrement, et il en ressort avec un sentiment d'importance. Il s'imagine avoir accompli l'acte le plus droit. Mais en réalité, cela n'a rien de droit, car le Malbim nous a déjà expliqué que « droit » (yachar) désigne la ligne la plus courte entre deux points - une ligne droite, au sens géométrique bien connu. L'homme accomplit un acte précis et s'imagine emprunter le chemin le plus droit et le plus court pour parvenir jusqu'à Hachem, mais il fait fausse route : c'est un détour interminable, c'est comme vouloir toucher son oreille gauche avec la main droite en faisant le tour de la tête.

Et quel est le chemin droit et court ? Si le sacrifice est censé éveiller en soi la proximité avec Hachem, la soumission et la volonté d'accomplir Ses commandements, alors si l'on fait l'économie du sacrifice pour aller directement accomplir les mitsvot d'Hachem, la tsédaka et le michpat, n'est-ce pas infiniment meilleur et plus efficace, sans le moindre détour ? Le sacrifice est une manière indirecte d'atteindre la volonté divine, mais rien n'oblige à emprunter ce détour : on peut y accéder directement par la tsédaka et le michpat, et c'est ce qui est « plus agréable à Hachem qu'un sacrifice ». On comprend ainsi le sens de « Toutes les voies d'un homme sont droites à ses yeux » : il s'imagine qu'Hachem désire des sacrifices, alors qu'en réalité, ce n'est qu'une voie tortueuse.

En réalité, précise le Malbim, l'acte en lui-même n'a pas de valeur intrinsèque s'il est vidé de son sens : ce sont le cœur, la pensée et l'intention qui sont agréés. C'est pourquoi, lorsqu'un homme vient offrir un sacrifice, Chlomo lui rappelle : « Mais Hachem pèse les cœurs ». Hachem voit ce qui se cache derrière cette offrande : le désir de s'acquitter d'une corvée, l'illusion d'avoir « jeté ses fautes sur l'animal » pour pouvoir continuer tranquillement sa routine. Hachem sonde le cœur et l'intention, et Il révèle aussitôt ce qu'Il attend réellement : pratique la tsédaka et le michpat. Telle est la voie droite ; la voie du sacrifice mène certes au but, mais elle est longue et détournée.

Précisons bien : il ne s'agit nullement ici des sacrifices obligatoires auxquels la Torah astreint formellement. Celui qui a transgressé le Chabbat ne saurait prétendre : « Je vais faire de la tsédaka et du michpat pour me dispenser d'un sacrifice expiatoire (hatat) » ; à l'époque du Temple, il était impossible de se soustraire à l'obligation du hatat. Le propos porte ici sur le principe fondamental, sur des sacrifices volontaires, à l'image des « mille holocaustes que Chlomo faisait monter ». C'est à leur sujet qu'il dit : tu penses avoir offert un sacrifice et réglé tes comptes avec Hachem ? « Mais Hachem pèse les cœurs ». Hachem préfère que tu suives la voie droite et que tu fasses preuve d'humilité ; cela Lui est plus précieux qu'un sacrifice dénué de toute soumission du cœur.

« Le regard hautain et le cœur enflé » - L'orgueil comme racine
רוּם־עֵינַיִם וּרְחַב־לֵב נִר רְשָׁעִים חַטָּאת׃ - Le regard hautain et le cœur enflé, le labour des impies n'est que péché.

D'abord, une remarque d'ordre grammatical : le Minhat Chaï rapporte que le Targoum traduit par « et le luminaire des méchants est péché » (ou-chraga dirchi'é le-hataah), or le mot « chraga » désigne une lampe (ner), ce qui laisserait entendre qu'il lisait « ner recha'im hatat » (avec un tséré), comme cela figure dans certains manuscrits. Cependant, le Minhat Chaï précise que dans les éditions les plus rigoureuses, le mot porte un hirik (nir, le labour), et Ibn Ezra écrit également « nir sans youd », signifiant qu'il lisait « nir ». On cite également au nom du Sefer HaChorachim que le terme « nir » a ici le sens de « ner » (lampe), ce qui correspond à la traduction du Targoum - il est donc fort possible que le Targoum lui-même ait lu « nir » en lui donnant le sens de lampe. Il ressort néanmoins que la leçon exacte du texte est « nir recha'im hatat » (le labour des impies).

« Le regard hautain » (rom eynaïm) désigne l'arrogance : l'homme qui marche les yeux levés vers le haut, prenant les autres de haut, levant le nez. « Et le cœur enflé » (rehav lev) : qui possédait une âme insatiable (« néfech rehavah ») ? Bil'am l'impie et ses disciples. Une « âme large » désigne une âme que les désirs ne rassasient jamais, qui en réclame toujours plus. C'est en ce sens que Rachi commente : le désir ardent de satisfaire les passions de son cœur. Et que signifie « nir recha'im hatat » ? C'est le labour (nir) des impies. Le labour symbolise les ruminations constantes de l'homme, les complots qu'il prépare : « un cœur qui forge (horech, laboure) des desseins coupables », ce que son esprit ressasse sans cesse. Ainsi : le regard hautain traduit la vanité, le cœur enflé exprime les convoitises, et voilà le labour continuel des méchants, la source ininterrompue de leurs fautes.

Rabbénou Yona explique : l'orgueil est le labour des impies. Le labour est le travail de la terre effectué avant les semailles ; lorsqu'on laboure, on s'apprête à semer, et bientôt une pousse émergera. Or, qu'est-ce qui fait germer tous les agissements des méchants, quel est le sol labouré d'où naissent chez eux ronces et épines ? C'est l'orgueil. L'orgueil constitue le labour des impies, et c'est de lui que prolifèrent leurs fautes, telle une récolte abondante issue d'une terre bien labourée. En d'autres termes, le socle et le fondement de tous leurs péchés résident dans l'orgueil.

De fait, les maîtres anciens ont exprimé divers avis quant au trait de caractère fondamental dont découlent tous les autres - certains n'en retiennent qu'un seul, d'autres plusieurs -, mais il est certain que l'orgueil en constitue l'un des pivots majeurs. Presque chaque action humaine puise sa source dans les replis de l'ego, dans le désir de s'imposer ou dans le sentiment d'autosatisfaction. On peut même constater qu'au tout début de l'apprentissage d'un homme, c'est ainsi qu'on l'encourage : d'abord en lui offrant des friandises, puis à l'étape suivante, comme l'enseigne le Rambam, en lui disant : « Étudie afin de devenir un érudit et que l'on t'appelle Rabbi » - grâce à ton étude et à tes efforts, tu acquerras renom et considération, jusqu'à ce que, progressivement, il en vienne à étudier pour la gloire du Ciel (lechem Chamayim). On voit bien que le moteur d'une multitude d'actions humaines réside dans la force de l'orgueil. Il en va de même pour les impies : quel est le ressort de tous leurs actes pervers ? C'est le trait de l'orgueil. Tel est leur labour, leur travail du sol, et tel est leur « péché » : ce qui les entraîne inéluctablement vers la faute.

À présent, Rabbénou Yona explique comment cela se produit. Premièrement, par leur orgueil et leur arrogance, ils persécutent les humbles de la terre : un tel homme se sent au-dessus de tout le monde, il se prend pour le patron, le directeur général de l'univers, et persécute donc les humbles et les gens simples - « בִּגַאֲוַת רָשָׁע יִדְלַק עָנִי », il pourchasse le pauvre, le tourmente et le fait souffrir. Deuxièmement, ils asservissent ceux qui valent mieux qu'eux, car à ses propres yeux, il est quelqu'un d'important et tous les autres lui semblent inférieurs, alors qu'en réalité ils sont bien meilleurs que lui. Troisièmement, ils répandent la terreur sur la terre des vivants : parce qu'il se croit supérieur, il menace constamment et fait comprendre que malheur à ceux qui ne plieraient pas à sa volonté. Et malheur à lui pour cela, car ceux qui sèment l'effroi sur la terre des vivants descendent au Gehinnom et y sont jugés pour des générations, et combien la chose est terrible. On peut être ministre des Finances et décider d'asphyxier tout le monde sous prétexte que « c'est moi qui tiens les cordons de la bourse » - lui vit confortablement et estime que les pauvres n'ont qu'à aller travailler ; or, on parle précisément de travailleurs, et le seuil de pauvreté concerne des foyers où les deux conjoints travaillent. « Il n'y a rien à faire, nous sommes un pays en déficit » - mais la réalité prouve le contraire ; « C'est moi le patron ici, ne venez pas m'embrouiller avec les faits ». De plus, ils parleront en lachon hara et oublieront Hachem, qu'Il soit béni - ce qui découle également de l'orgueil, comme il est dit : « וְרָם לְבָבֶךָ וְשָׁכַחְתָּ » : dès lors qu'il y a hauteur de cœur, on en vient inévitablement à oublier le Créateur.

Rabbénou Yona ajoute : outre tout ce que nous avons montré, à savoir que le regard hautain et le cœur altier constituent un labour qui fait germer la faute et sont la cause de transgressions majeures, sache que l'orgueil en lui-même est un péché. Même si quelqu'un prétendait : « Chez moi, l'orgueil n'entraîne aucune faute », l'orgueil lui-même constitue un péché et une abomination devant Hachem, car il est dit : « תּוֹעֲבַת ה' כָּל גְּבַהּ לֵב ».

« Défrichez-vous un champ nouveau » - Le labour des baalé techouva

Rabbénou Yona explique : nous constatons que la préparation du cœur à la techouva est également comparée au défrichage, comme il est dit : « נִירוּ לָכֶם נִיר וְאַל תִּזְרְעוּ אֶל קוֹצִים ». Qu'est-ce que cela signifie ? Un homme a commis des fautes, puis il se dit : ce n'est rien, accomplissons aussi des mitsvot. Quelle erreur ! Vas-tu semer au milieu des épines ? À quoi cela t'avance-t-il ? Défrichez-vous un champ : commence par arracher les épines, enlève-les, laboure, et seulement ensuite sème. Repars d'une page blanche, fais table rase, ne commence pas dans la souillure. Il y a des gens qui affirment avoir fait techouva, mais en quoi consiste leur démarche ? Ils continuent leurs transgressions comme si de rien n'était, mais se sont mis à accomplir aussi des mitsvot : ils mettent les téfilines chaque jour. Et en dehors de cela ? Ils vivent comme des non-juifs, « mais je mets les téfilines tous les jours ! ». Que D.ieu nous en préserve. Défrichez-vous un champ nouveau et ne semez point parmi les épines.

Il en ressort que le terme « nir » désigne le labour, et c'est à toi de décider à quoi il servira. S'il s'agit de regards hautains et d'un cœur altier, alors c'est « נִיר רְשָׁעִים חַטָּאת », un labour destiné à semer des fautes, car l'orgueil est le labour préparatoire aux transgressions. En revanche, chez l'homme droit et intègre, bien au contraire : « נִירוּ לָכֶם נִיר » - il accomplit un labour pour ne pas semer parmi les épines, mais pour semer des mitsvot et de bonnes actions. C'est à toi de décider ce que tu sèmes dans ton champ et quelle en sera la finalité : tu peux y accomplir une techouva, ou bien y semer des fautes et des transgressions.

L'explication du Gaon de Vilna : jalousie, concupiscence et honneurs

Le Gaon de Vilna explique ce verset à la lumière des trois traits qui distinguent les disciples d'Avraham Avinou, sur lui la paix, de ceux de Bil'am le méchant : le mauvais œil, l'esprit hautain et l'âme insatiable, qui caractérisent la nature des disciples de Bil'am. Au passage, pourquoi parle-t-on des disciples et non de Bil'am lui-même ? La réponse est que, parfois, chez Bil'am lui-même, cela ne se remarque pas ; il faut attendre et observer ses élèves pour discerner sa véritable voie et sa méthode. Lui-même donne l'impression d'observer la Torah normalement, mais va voir ses disciples, et tu comprendras à qui tu as affaire.

Ces trois traits correspondent à la jalousie, au désir et à la recherche d'honneurs. « רום עיניים » renvoie à l'esprit altier, à la quête d'honneurs. « רחב לב » renvoie à l'âme avide, à la concupiscence. « ניר רשעים » renvoie au mauvais œil : le méchant médite sans cesse le mal par son mauvais œil envers autrui et le regarde toujours négativement ; c'est là son labourage, les pensées perverses qu'il rumine dans son cœur. Et « חטאת » correspond à la jalousie. En quoi la faute est-elle liée à la jalousie ? Parce que le mot « 'hattat » exprime aussi le manque, la privation, comme dans le verset « וְהָיִיתִי אֲנִי וּבְנִי שְׁלֹמֹה חַטָּאִים » - privés de la royauté, ayant manqué la cible et subissant une privation. Or la jalousie fait sortir l'homme du monde et le prive de son existence même. Ainsi : regard hautain - esprit altier, cœur insatiable - âme avide, labour des impies - mauvais œil, et tous mènent au manque et à la perdition (« חטאת »), car la jalousie, le désir et les honneurs font sortir l'homme du monde et l'en retranchent.

Le Malbim : Qui lève les freins

Le Malbim explique que les yeux représentent toujours la perception intellectuelle - ce que l'homme appréhende et contemple, jusqu'aux sphères supérieures. « רום עיניים » signifie que l'homme s'enorgueillit de ses facultés intellectuelles : il s'imagine avoir tout compris par sa seule raison spéculative, tout savoir et tout saisir, et prétend percer la vérité même de ce qui dépasse l'esprit humain ; y compris les réalités supranaturelles, la métaphysique, ce qui transcende la nature, sous prétexte qu'il est doué d'intelligence. De là, il en vient à renier le divin, car il émet des critiques et des objections envers le Maître du monde ; il regrette presque que le Créateur ne l'ait pas pris comme conseiller, car il aurait eu d'excellentes suggestions pour rendre l'univers plus parfait et mieux ordonné. À un certain stade, il pourrait même décider de congédier le Créateur, estimant que certaines réalités manquent décidément de logique. D'où vient tout cela ? De la hauteur des yeux : l'homme s'imagine avoir saisi, pense tout comprendre, et s'érige en conseiller imbu de ses théories et de ses objections.

« וּרְחַב לֵב » : le cœur représente les désirs et les passions, comme dans le verset « תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ ». Avoir le cœur large, c'est éprouver des désirs sans fin, en voulant toujours plus. Nous sommes donc en présence de deux penchants : d'un côté, celui qui s'enorgueillit de son intelligence, de sa spéculation et de sa sagacité, et de l'autre, celui dont les convoitises sont insatiables.

Et que signifie le labour (« nir ») ? Le Malbim répond : c'est le labourage du champ destiné à éliminer tous les obstacles aux semailles, ce qui permet de mettre la graine en terre, d'arracher les épines et de permettre au semis de croître convenablement. Les méchants sèment le péché dans leur cœur, mais il est fort possible que la graine ne germe pas ; tout ce que l'on sème ne pousse pas nécessairement. Le mal semé pourrait ne pas se développer, parce que la raison spéculative ou la raison pratique viendrait y faire obstacle. La raison spéculative : bien qu'il ait accompli un acte mauvais, il réfléchit et comprend que ce n'est pas la voie juste. La raison pratique : bien qu'il aspire à une mauvaise action, sa raison lui souffle que cela n'en vaut pas la peine, qu'il subira un préjudice et s'attirera des ennuis - tu pensais voler et faire un profit, mais tu finiras en prison en payant un prix très lourd. Il se peut donc que l'une de ces deux facultés rationnelles finisse par le retenir d'exécuter ce que son cœur complotait : il avait préparé le terrain et même semé la graine, mais la mauvaise plante ne se développera pas.

Mais « le regard hautain et le cœur insatiable » suppriment ces deux freins. L'homme aux yeux altiers s'imagine comprendre mieux que quiconque ; dans son orgueil, il a l'illusion d'avoir atteint le plus haut degré de l'intellect spéculatif, au point d'en arriver à l'hérésie. Dès lors, sa réflexion intellectuelle ne le retient plus : bien au contraire, elle lui dicte qu'il comprend mieux que tout le monde, et qui oserait lui dire qu'une chose est mauvaise ? Quant à celui qui a le cœur insatiable, même si on le prévient que les conséquences seront désastreuses, ses passions sont si démesurées qu'il reste aveugle aux conséquences. C'est pourquoi le labour des impies produit le péché : ni l'intellect spéculatif ni la raison pratique ne le freinent, car cet homme est dépourvu des garde-fous nécessaires pour empêcher ce péché de se développer et de grandir.

« Les projets de l'homme diligent mènent à l'abondance »
מַחְשְׁבוֹת חָרוּץ אַךְ לְמוֹתָר וְכָל אָץ אַךְ לְמַחְסוֹר׃ - Les projets de l'homme diligent ne mènent qu'à l'abondance, mais la précipitation ne conduit qu'à la disette.

Rachi explique : « Les projets de l'homme diligent » ('harouts) désigne l'homme intègre, qui marche selon la vérité et un jugement ferme et résolu. « Ne mènent qu'à l'abondance » (akh lemotar) renvoie à la notion de surplus, comme dans « le lobe du foie » (yotéret hakaved), signifiant qu'il obtiendra profit, succès et accroissement de ses biens. Contrairement à ce que certains s'imaginent, à savoir que tous ceux qui agissent avec droiture finissent indigents, c'est l'inverse : conduis-toi avec intégrité et tu verras que tu y gagneras. Face à lui, « mais quiconque se précipite », celui qui s'agite et veut forcer le destin, « ne court qu'à la disette », car il n'en tirera que de la perte.

En conclusion :

Ces trois versets tracent une même ligne directrice : le Saint, béni soit-Il, ne recherche pas des actes purement techniques, mais le cœur. « Pratiquer la justice et l'équité est préférable pour Hachem aux sacrifices » : le sacrifice est un moyen d'éveiller l'humilité et la techouva, alors que la voie droite et directe consiste à se conformer d'emblée à la volonté divine : la bienfaisance envers Dieu et la justice envers autrui, tandis que « Hachem pèse les cœurs » et en sonde l'intention. « Le regard hautain et le cœur insatiable » constituent le labour d'où germent tous les péchés des méchants : l'orgueil désactive le frein de l'intellect spéculatif et la convoitise supprime celui de la raison pratique ; en regard, « Défrichez-vous un champ nouveau » enjoint à l'homme d'extirper ses épines pour semer des mitsvot sur un terrain purifié. Enfin, « Les projets de l'homme diligent mènent à l'abondance » : celui qui avance dans la vérité et la droiture est gagnant, alors que celui qui se hâte et veut forcer le temps ne récolte que la disette.