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Chapitre 1 - Ouverture du livre et mise en garde de la Sagesse - 1ère partie

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Introduction : Le livre de Mishlé - Le livre de la mise en garde

Nous ouvrons le livre de Mishlé (les Proverbes). Dès le premier verset, le roi Salomon nous ouvre une fenêtre sur l'ensemble de l'ouvrage : qui l'a écrit, depuis quel niveau spirituel il a été composé, et dans quel dessein. Notre démarche dans l'étude du Tanakh consiste à étudier à la lumière du magnifique commentaire du Malbim ; nous allons donc exposer brièvement ce qui fait la grandeur particulière de son approche.

Salomon a composé trois livres
מִשְׁלֵי שְׁלֹמֹה בֶן־דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל׃ - Proverbes de Salomon, fils de David, roi d'Israël.

Dans le Cantique des Cantiques (Chir Hachirim), il est dit : « Cantique des Cantiques, de Salomon » ; ici, il est dit : « roi d'Israël », et dans l'Ecclésiaste (Kohélet), il est dit : « roi à Jérusalem ». Nos Sages ont enseigné : Salomon a composé trois livres - Chir Hachirim dans sa jeunesse, Mishlé dans la force de l'âge, et Kohélet dans sa vieillesse. Chaque livre reflète une période de sa vie. Chir Hachirim a été rédigé alors qu'il n'était encore qu'un jeune homme, c'est pourquoi seul son nom y est mentionné. Mishlé a été écrit au milieu de sa vie, dans sa pleine maturité, et ici il est déjà « Salomon, fils de David, roi d'Israël » - une royauté éclatante. Kohélet a été écrit au crépuscule de sa vie, et celui qui le lit y découvre un livre dépeint par un homme qui a tout vu, tout goûté et s'est rassasié de tout - « Je me procurai des chanteurs et des chanteuses, toutes sortes de voluptés » - pour conclure que tout n'est que vanité. Et dans sa vieillesse, sa royauté s'était déjà amoindrie, après avoir été déchu par Ashmédaï, le roi des démons ; c'est pourquoi il n'y est plus désigné que comme « roi à Jérusalem » seulement.

Les paroles d'Ibn Ezra : la partie de la mise en garde

Ibn Ezra ouvre son commentaire en déclarant : « Ceci est la partie de la mise en garde. Il y fait connaître la grandeur de la Sagesse primordiale, par laquelle l'être fut créé à partir du néant. Il y met en garde de s'y attacher et de s'écarter de la femme odieuse. Et il exhorte à faire mourir la sottise des naïfs ainsi que les convoitises de ce qui a été façonné à partir de la terre, et à vivifier l'âme intègre ». Expliquons cela : « La partie de la mise en garde » - dans Mishlé, le roi Salomon met en garde de s'éloigner de la faute, comme nous le verrons plus loin : « Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n'y consens pas », ainsi que de la femme étrangère, par quoi il fait allusion aux sagesses étrangères qui, à leur époque, séduisaient les cœurs et éloignaient l'homme du service divin. « La grandeur de la Sagesse primordiale » - c'est la sainte Torah, par laquelle le monde a été créé, ex nihilo, « l'être à partir du néant ». Et si la Torah est l'épouse légitime, les autres sagesses perverties sont « la femme odieuse », la femme étrangère qui cherche à séduire l'homme et à l'entraîner par ses paroles enjôleuses. « Faire mourir la sottise des naïfs ainsi que les convoitises de ce qui a été façonné à partir de la terre » - Salomon parle abondamment des naïfs (notion que nous définirons par la suite) et des convoitises nées du fait que l'homme a été façonné à partir de la poussière du sol : la poussière est matérielle et charnelle, elle est attirée par les désirs, la nourriture et les plaisirs physiques. Et le but ultime de tout cela est de « vivifier l'âme intègre », la dimension spirituelle qui réside en l'homme.

Le Mem majuscule : quarante jours de jeûne

Le mot « Mishlé » s'ouvre par une lettre Mem majuscule (Mem rabati). Le Midrash explique : cela enseigne que Salomon a jeûné quarante jours afin que lui soit accordée la sagesse de la Torah à l'égal de Moïse - en écho au verset : « Il demeura là avec l'Éternel quarante jours et quarante nuits ». Nous trouvons ici un grand enseignement. Le saint Rachi a observé 613 jeûnes avant de rédiger son commentaire, et ce n'est pas sans raison qu'il a mérité d'offrir une explication si merveilleuse, où quiconque l'étudie y trouve du goût : un enfant comprend ce que dit Rachi, et un éminent érudit y découvre une profondeur infinie à la mesure de son esprit. Chacun selon sa portée intellectuelle, et tous étudient le même commentaire. C'est le commentaire qui a conquis sa place dans chaque foyer juif et dans chaque 'Houmach, et c'est celui qui a suscité le plus grand nombre d'ouvrages explicatifs. Cela nous enseigne que c'est par les jeûnes, les privations et la sanctification de soi qu'un homme parvient à acquérir une part dans la Torah d'Hachem. À Salomon, quarante jeûnes suffirent ; Rachi en eut besoin de six cent treize.

La démarche du Malbim

Le commentaire du Malbim se distingue par deux qualités majeures. La première réside dans la précision de la langue sainte : il élucide chaque terme avec rigueur, marquant la distinction exacte entre la sagesse ('hokhma), la connaissance (da'at) et le discernement (bina). Si Salomon emploie ces trois termes, il ne s'agit nullement d'une répétition stylistique de la même idée avec des mots différents, mais chaque expression possède son sens propre. La seconde tient au fait qu'il ne se contente pas d'une explication ponctuelle verset par verset, mais dévoile un cheminement global, permettant ainsi de saisir l'ensemble du chapitre et l'intention profonde de l'auteur. Il en était ainsi dans l'étude du livre de Job (Iyov), et il en va de même pour chaque livre commenté par le Malbim : soudain, l'on perçoit comment les notions s'unifient et s'articulent en un ensemble harmonieux. Certes, l'attention minutieuse portée aux définitions de la langue sainte peut parfois sembler exigeante, et il arrivera que l'on s'attarde sur un verset plus longuement qu'à l'accoutumée, mais c'est là la voie indispensable pour appréhender les concepts avec justesse. On peut certes étudier avec des commentaires plus simples, et nul commentaire n'est à négliger, mais il serait dommage de se priver de la singularité du Malbim.

Matière, forme, cause efficiente et finalité

Le Malbim rapporte un principe fondamental également mentionné dans le commentaire du Gaon de Vilna sur Michlé : dans chaque élément de la Création, il existe quatre composantes : la matière, la forme, la cause efficiente (l'agent) et la cause finale (le but). La matière (h'omer) - le corps même de la chose. Prenons un verre : le plastique brut, qui se présente sous forme de granules, constitue la matière. La forme (tsoura) - ce qui a été façonné à partir de cette matière en vue d'un usage précis ; on a fondu le plastique pour en faire un verre, il a donc acquis une forme. L'agent (po'ël) - celui qui a confectionné l'objet, l'usine qui a fabriqué le verre. Et la finalité (takhlit) - le but pour lequel l'objet a été conçu : un verre pour boire, un autre récipient pour Netilat Yadaïm, un troisième pour un autre usage. Toute chose dans le monde peut être analysée selon ces quatre causes.

Et ici, lorsque Chlomo ouvre son livre, il met en relief ces quatre dimensions. La matière du livre - « Michlé », un recueil de paraboles (méchalim). Le machal nous aide à appréhender des réalités qui dépassent l'intellect ordinaire, en les mettant à la portée de l'esprit humain. En effet, lorsqu'on veut expliquer une notion profonde et abstraite, il n'y a pas d'autre moyen que de recourir à une parabole, et celle-ci s'exprime à travers des concepts familiers que l'on peut saisir. Par exemple, pour expliquer un principe kabbalistique, on a recours à une image concrète : la séfira de Malkhout ne fait que recevoir et transmettre, elle est comparable à la lune - la lune « n'a rien par elle-même », et d'où lui vient sa lumière ? Du soleil qui l'éclaire, image des neuf autres séfirot qui influent sur elle, et elle éclaire ensuite vers le bas. Voilà une notion abstraite éclairée grâce à une parabole. Et l'agent - « Chlomo ben David », c'est lui qui a composé le livre.

Trois voies pour acquérir la véritable sagesse

Le Malbim poursuit : il existe trois qualités par lesquelles nous pouvons appréhender les vérités dans leur exacte définition. La première - la sagesse ou la prophétie. Pour saisir une chose et l'approfondir, il faut de la sagesse, il faut la prophétie. C'est à ce propos qu'il est dit « Michlé Chlomo » : l'agent ici est Chlomo, qui était à la fois un sage et animé du Rouah' Hakodech (certains Richonim estiment même qu'il était prophète ; la question fait débat, car il a manifestement reçu des révélations divines, le point étant de savoir si elles relevaient de la prophétie ou du Rouah' Hakodech). Celui qui vient nous enseigner la sagesse doit faire autorité et disposer des instruments requis.

La deuxième voie - la tradition transmise de père en fils et de maître à élève. C'est d'ailleurs pour cette raison que la sagesse de la Kabbale s'appelle « Kabbala » (réception) : un homme ne peut l'apprendre de lui-même, de peur d'en dénaturer les concepts ; il doit impérativement la recevoir de son maître, et son maître de son propre maître, jusqu'au saint Ari zal, que le prophète Élie a lui-même instruit. De fait, bien des savoirs exigent d'être reçus d'un maître. Et c'est à ce propos qu'il est dit « ben David » (fils de David) : Chlomo bénéficiait également d'une tradition rigoureusement transmise par ses ancêtres. David était un grand sage, et David lui-même tenait sa tradition de ses pères - Yichaï, son père, comptait parmi les plus illustres maîtres de sa génération ; il se déplaçait au milieu d'une foule immense, dix mille disciples venant assister à ses cours.

La troisième voie - la pluralité des sages. Lorsque l'on souhaite mener une étude approfondie, on ne la confie pas à un seul individu, mais à plusieurs chercheurs, car ce à quoi l'un n'a pas songé, son confrère y aura pensé. Lorsqu'il y a multiplicité de sages, la probabilité de parvenir à la conclusion juste s'accroît. C'est pourquoi le grand Sanhédrin comptait soixante et onze membres, l'élite suprême des sages d'Israël, et le Rambam précise que l'on choisissait le plus grand sage pour siéger au Sanhédrin. Une décision issue d'une telle assemblée est le fruit des esprits les plus éclairés. Et c'est là le sens de « roi d'Israël » : il régnait sur un peuple sage et avisé, et tous les érudits se rassemblaient auprès de lui, de sorte que sa sagesse était d'une perfection absolue. Ces trois éléments - « Chlomo » (sage et inspiré), « ben David » (héritier d'une tradition ancestrale), « roi d'Israël » (entouré d'une multitude de sages) - nous enseignent que tous les enseignements que nous découvrirons désormais ont été formulés au sommet de la sagesse, du discernement et du plus haut degré de perception.

Le but du livre : connaître la sagesse et le moussar
לָדַעַת חׇכְמָה וּמוּסָר לְהָבִין אִמְרֵי בִינָה׃ - Pour connaître la sagesse et le moussar, pour comprendre les paroles d'intelligence.
לָקַחַת מוּסַר הַשְׂכֵּל צֶדֶק וּמִשְׁפָּט וּמֵשָׁרִים׃ - Pour acquérir une leçon de discernement, de justice, d'équité et de droiture.

Nous avons traité de la matière - « Michlé » ; de l'agent - « Chlomo ben David » ; et voici à présent la finalité : connaître la sagesse et le moussar. Par ce livre, on parvient à la sagesse, et la connaissance de la sagesse a pour but ultime d'accéder au moussar, afin que l'homme redresse ses voies. Le Malbim ne détaille pas la forme dans ce passage, mais le Gaon de Vilna - dont le Malbim s'inspire directement ici - explique que « connaître la sagesse » constitue la structure, la forme et le propos même du livre, c'est-à-dire un traité consacré à la connaissance de la sagesse, tandis que « recevoir le moussar » en est la finalité. Et si l'on venait à demander : quel mal y a-t-il à demeurer ignorant ? La réponse est que l'on ne recevra pas le moussar. Car c'est par l'intermédiaire de la sagesse que l'on intègre le moussar, c'est-à-dire que l'on rectifie sa conduite.

Qu'est-ce que la sagesse ?

Dans ce verset sont mentionnées quatre notions : da'at (connaissance), h'okhma (sagesse), moussar (discipline morale) et bina (discernement), chacune exprimant une dimension distincte. Qu'est-ce que la sagesse ? Le Malbim enseigne : chaque fois qu'une situation oppose deux contraires et qu'il faut trancher en faveur de l'un d'eux, on a besoin de sagesse. La cruauté face à la miséricorde, l'orgueil face à l'humilité, l'effronterie face à la pudeur, le repas face au jeûne, la sainteté face à l'impureté. Se conduire d'une certaine façon relève de la sagesse, et agir dans l'autre sens relève de la folie (sakhlout). Plus loin, il précisera que l'insensé (sakhal) n'est pas un être dépourvu d'intelligence, mais quelqu'un qui n'opère pas le bon choix dans les voies de la sagesse : deux chemins s'offrent à lui, et au lieu d'opter pour le bon, il choisit la voie corrompue. Quant au sage, c'est celui qui choisit la voie droite.

Or, même les traits de caractère ne sont pas absolus en soi. D'un homme qui se conduit avec humilité, on dira qu'il agit avec sagesse, et que l'orgueil est folie. Mais l'humilité est-elle toujours sagesse ? « L'humilité de Rabbi Zekharia ben Avkoulas a détruit notre Maison et brûlé notre Sanctuaire ». On lui présenta un animal en disant : voici une offrande à sacrifier. Il répondit : une bête ayant un défaut est interdite, car on pourrait croire que les bêtes défectueuses sont admises sur l'autel - la discussion s'engagea, l'offrande ne fut pas faite, et l'empereur monta détruire Jérusalem. Il existe donc des situations où l'humilité est néfaste, et d'autres où il faut au contraire s'armer d'une forme de fierté : ne pas avoir honte devant ceux qui raillent la Torah et les mitsvot. Un homme s'apprête à prier et on le regarde ; s'il se soucie du « qu'en-dira-t-on », demain il ne priera plus, parce qu'au travail on s'est moqué de lui hier, et qu'à l'armée on a ri de le voir prier ou réciter une bénédiction. Mais s'il est animé d'une sainte fierté - « Son cœur s'éleva dans les voies de l'Éternel » -, il se dira : j'accomplis ce qui est juste, l'autre ne comprend pas encore mais il apprendra ; j'ai déjà atteint ce qu'il n'a pas atteint, j'ai une proximité avec Dieu qu'il ne saisit pas encore. C'est là un orgueil positif. Et il en va de même pour chaque trait de caractère : « Sois audacieux comme le léopard », et d'un autre côté, « L'effronté est voué au Guehinnom » - dans le même traité ! Y a-t-il là une contradiction ? Non : « audacieux comme le léopard » s'applique là où une audace de sainteté est exigée, tandis que l'usage ordinaire de l'audace, comme celui qui répond avec insolence à son prochain, fait de lui un effronté promis au Guehinnom. Où se situe la limite ? C'est précisément le rôle de la Hokhma : elle trace la voie et détermine où un trait de caractère est louable et où il devient méprisable.

La sagesse - reçue uniquement d'Hachem

Le Malbim ajoute ici un principe fondamental : l'homme ne peut concevoir cette Hokhma par lui-même, et elle ne saurait être établie par des preuves rationnelles - c'est-à-dire par les démonstrations de la logique humaine. Il n'existe aucun moyen rationnel de prouver ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Comment donc le savoir ? Uniquement par la tradition reçue d'Hachem, béni soit-Il. Hachem nous a donné la Torah écrite et la Torah orale, et c'est elle qui enseigne la sagesse à l'homme ; c'est là qu'Il a gravé et déterminé les actes convenables et ceux qui sont condamnables.

Pour bien préciser les choses : Hitler, que son nom soit effacé, et tous ceux qui ont résolu d'exterminer le peuple juif, ont justifié leur dessein par des arguments prétendument « moraux ». Selon eux, dans la nature, comme l'enseignait Darwin, le fort l'emporte sur le faible. Qui le lion capture-t-il dans un troupeau de biches ? La bête blessée, la faible, celle qui est incapable de courir. C'est la sélection naturelle : la nature trie les forts et abandonne les traînards, et c'est ainsi qu'elle s'améliore. Goebbels prétendait ainsi : il existe un peuple insolent qui cherche à aller à l'encontre de la nature ; il est faible, méprisable, et s'obstine à survivre. Alors que nous, nous faisons fonctionner la nature comme elle le doit : le plus fort se perpétue, et la race humaine s'en trouve perfectionnée. C'est pour la même raison qu'ils ont envoyé les Tziganes dans les chambres à gaz, afin « d'améliorer la race ». Dès lors, qui peut lui prouver rationnellement qu'il a tort ? Peut-on démontrer des valeurs morales par la simple logique ?

Prenez la personne la plus à l'extrême droite de l'échiquier politique : passez deux heures avec elle, et elle vous démontrera que sa position est la pure vérité, qu'il est inutile de faire la paix et que la paix n'apporte que des ravages - le tout étayé par des preuves et une logique apparemment irréfutable. Asseyez-vous ensuite avec une personne de gauche : elle vous prouvera, avec mille et un arguments, qu'il ne faut pas verser le sang, qu'on ne peut dominer un autre peuple, qu'à terme les nations nous condamneront et nous isoleront, et qu'il est impératif de faire des compromis et de conclure un accord. Qui a raison ? Nous ne pouvons trancher que d'après la sainte Torah, car chaque camp a des arguments convaincants. Sachez que dans presque chaque domaine coexistent deux conceptions, deux opinions, deux idéologies - et comment savoir quelle est la bonne voie ? Pour cela, il faut impérativement la Torah. L'un dira : il faut neutraliser cet ennemi dès son plus jeune âge. L'autre rétorquera : n'as-tu aucune pitié dans le cœur ? Lui aussi veut vivre, et la Torah a pitié même des animaux - et voilà qu'il avance une preuve tirée de la Torah ! Et qui a tenu de tels propos ? Le roi Saül lui-même. Ni vous ni moi : le roi Saül ! Et Saül s'est trompé : on lui a rappelé qu'il existe une sagesse divine, et que sa propre réflexion ne relevait que d'une logique matérielle. L'intelligence humaine ne peut saisir seule la véritable sagesse, et aucune démonstration intellectuelle ne peut trancher de manière absolue. Que nous reste-t-il donc ? Nous avons le Créateur de toute sagesse : le Saint, béni soit-Il, a partagé de Sa sagesse avec les êtres de chair et de sang en nous donnant la Torah écrite et la Torah orale. C'est là que réside la définition de la Hokhma : savoir quand recourir à la fierté et quand à l'humilité, quand être économe et quand généreux, quand manifester de la colère - une colère extérieure et non intérieure - et quand rester impassible, et ainsi pour chacun des traits de caractère.

« Connaître » - par une connaissance claire

C'est pourquoi le verset dit « Pour connaître la sagesse » - par une connaissance claire. Comment en effet parvenir à la connaître ? Par les sens ? Par l'expérimentation ? Dans quel laboratoire soumettra-t-on un dilemme moral ? Lors d'une conférence à Beer Chéva, un jeune homme intelligent, d'allure universitaire, vint un jour déclarer : « J'accepte les Dix Paroles, mais rien de plus. » On lui demanda : « Respectes-tu le Chabbat ? » Il répondit que non. On lui fit remarquer : « Sache que cela est pourtant écrit dans les Dix Paroles ! » - ce qui fut pour lui une révélation. On lui demanda alors : « En admettant que tu n'acceptes pas le reste de la Torah, comment décides-tu de ta ligne de conduite ? » Il répondit : « Je suis assez intelligent pour savoir ce qui est bon pour moi et ce qui ne l'est pas. » On lui posa alors cette question : « Que ferais-tu si ton amie venait t'annoncer qu'elle est enceinte ? » Il répondit : « Si cette grossesse n'est pas désirée... » On lui rétorqua : « Tu supprimerais donc cet enfant, simplement parce qu'il ne convient pas à tes projets ? » Il balbutia : « Mais... » On poursuivit : « Alors tu le garderais ? As-tu conscience de la détresse dans laquelle tu la plongerais, elle et l'enfant ? Une jeune fille de dix-sept ans qui accouche dans six mois, toute sa vie brisée, sachant qu'elle a un enfant placé dans une institution ? Ou bien assumerait-elle d'élever un enfant à dix-sept ans ? C'est une impasse. As-tu une solution ? » C'est là qu'il faut de la sagesse, une sagesse divine. Et ce n'est qu'un exemple simple ; on pourrait en citer mille autres où nul ne saurait comment trancher.

C'est la raison pour laquelle nous consultons un Hakham : la sagesse exige une connaissance divine. Le Hakham a étudié assidûment la Torah, et c'est par la force de cette étude qu'il sait trancher. On posa un jour une question à Rabbi Moché Feinstein, et il répondit que le Daat Torah était ainsi. On lui demanda : « Que le Rav nous pardonne, mais d'où le Rav sait-il que son opinion reflète fidèlement le Daat Torah ? » Question quelque peu audacieuse, mais sa réponse fut admirable. Il leur dit : « Je suis certain que mes propos expriment le Daat Torah, car je n'ai jamais lu d'autres opinions. Je n'ai jamais ouvert de livres profanes, je n'ai jamais lu de journaux, je n'ai jamais lu d'articles d'opinion nulle part. Toutes les connaissances que je possède proviennent exclusivement de la sainte Torah. » Ainsi, lorsqu'on le consulte, la réponse émane directement de la Torah. Il s'avère donc que la sagesse se transmet par tradition : un élève reçoit de son maître, qui a lui-même reçu de son propre maître, remontant ainsi jusqu'à Moché Rabbénou, et Moché a reçu la Torah au Sinaï - c'est là que l'on peut véritablement « connaître la sagesse ».

La puissance de la parabole : rapprocher la sagesse de l'entendement

Le roi Salomon intervient alors et déclare : je vais t'enseigner à connaître la sagesse. Comment ? Au moyen des Proverbes de Salomon. Je vais prendre ces vérités que la démonstration intellectuelle ne peut prouver à elle seule, et je te les expliquerai par la parabole, afin qu'elle les rapproche de ton entendement. Une fois intégrées à ton esprit, tu appréhenderas la sagesse par une connaissance claire - c'est-à-dire que ta raison sera convaincue qu'il convient d'agir ainsi et non autrement. Tel est le rôle des « Proverbes de Salomon », pour « connaître la sagesse et la morale ».

Pourquoi une connaissance claire est-elle précisément requise ?

Pourquoi une connaissance vague ne suffit-elle pas ? Le Malbim explique que les lois de la sagesse s'opposent aux penchants naturels du cœur humain, car « le penchant du cœur de l'homme est mauvais dès sa jeunesse ». La sagesse exige de choisir la voie juste entre deux options, alors que l'homme est naturellement attiré par la voie facile et mauvaise. Voyez plutôt : prenez des enfants, et en une semaine vous pouvez en faire des êtres corrompus ; en revanche, pour les élever en Tsaddikim, combien d'efforts et de labeur sont nécessaires ! Considérez une nation comme l'Allemagne : en peu de temps, des citoyens ordinaires, cultivés et polis, se sont transformés en bêtes de proie capables de déchiqueter un être humain. Une nation tout entière, sans que personne ne crie à l'injustice ni n'intime l'ordre d'arrêter. Comment y parvient-on ? Une propagande bien huilée, et tout glisse sans heurt - car la nature de l'homme est mauvaise dès sa jeunesse.

En plus de la nature du cœur, l'homme est habité par des désirs matériels, et ce sont eux les plus redoutables adversaires de toute quête de sagesse. Dans la nature même du cœur - il est plus aisé de se montrer cruel que compatissant, plus aisé de fermer les yeux lorsque quelqu'un sollicite la tsédaka que de sortir un chekel ou cent chekels de sa poche pour les lui donner. Et face aux désirs - l'homme se doit de lutter contre ses propres pulsions, se trouvant engagé dans un combat intérieur : la sagesse d'un côté et la convoitise de l'autre. C'est pourquoi l'homme doit intégrer la 'hokhma d'une manière claire et irréfutable, étayée par des preuves - « pour connaître la sagesse » - afin de réussir à dominer le mauvais penchant de son cœur ainsi que les passions enracinées en lui, pour que le désir ne puisse lui objecter : « Tu affirmes certes cela, mais rien ne prouve de façon catégorique qu'il faille obligatoirement agir ainsi. » Telle fut la grandeur du roi Chlomo : cette sagesse divine, qui ne devait initialement s'acquérir que par pure tradition reçue (Kabbala), il a su la rapprocher de l'intellect humain et l'expliciter - et c'est en parvenant à connaître véritablement la sagesse que l'on devient capable de triompher de son penchant et de ses désirs.

En résumé :

Les versets d'ouverture de Michlé présentent l'ouvrage dans son intégralité : sa matière - des paraboles qui rapprochent les vérités profondes de l'intellect ; son artisan - Chlomo, sage animé d'un souffle de sainteté (Roua'h Hakodech), fils de David ayant reçu la tradition de ses ancêtres, et roi d'Israël auprès duquel se rassemblaient tous les sages de la génération ; sa forme - la connaissance de la sagesse ; et sa finalité - intégrer le moussar et rectifier sa conduite. La 'hokhma consiste en la juste décision à trancher entre deux contraires, et elle ne relève pas de la démonstration par la seule raison humaine, mais se reçoit de la Bouche divine à travers la Torah écrite et orale. Et l'apport novateur de Chlomo fut de rapprocher cette sagesse de la raison au moyen de la parabole, jusqu'à ce qu'elle s'enracine en l'homme comme une certitude éclatante - car seule une telle connaissance possède la force d'affronter le penchant du cœur humain et ses convoitises.