Introduction
Dans la dernière partie du chapitre 7, qui constitue également la conclusion du livre de Mikha, le prophète se tourne vers Knesset Israël pour la consoler. À partir d'ici, tout n'est que prophétie de rédemption : le jour où les clôtures seront rebâties, le rassemblement des exilés des quatre coins du monde, la prière du prophète pour les générations intermédiaires, des merveilles comme aux jours de la sortie d'Égypte, la honte des nations, et enfin les Treize Attributs de miséricorde ainsi que l'attribut de Vérité sur lequel s'achève le livre.
« Un jour pour rebâtir tes clôtures » - Le parallélisme des membres du verset
י֖וֹם לִבְנ֣וֹת גְּדֵרָ֑יִךְ י֥וֹם הַה֖וּא יִרְחַק־חֹֽק׃ - Ce sera un jour pour rebâtir tes clôtures ; en ce jour-là, le décret sera éloigné.
י֥וֹם הוּא֙ וְעָדֶ֣יךָ יָב֔וֹא לְמִנִּ֥י אַשּׁ֖וּר וְעָרֵ֣י מָצ֑וֹר וּלְמִנִּ֤י מָצוֹר֙ וְעַד־נָהָ֔ר וְיָ֥ם מִיָּ֖ם וְהַ֥ר הָהָֽר׃ - Ce jour-là, on viendra jusqu'à toi, depuis l'Assyrie et les villes fortifiées, depuis Matsor jusqu'au fleuve, d'une mer à l'autre et de montagne en montagne.
Le Malbim applique ici une règle que nous avons déjà rencontrée à plusieurs reprises : le parallélisme croisé des membres du verset. Il y a quatre propositions, et la suite de la première proposition est la troisième, tandis que la suite de la deuxième est la quatrième. C'est ainsi ici : « Un jour pour rebâtir tes clôtures, en ce jour-là » trouve sa suite dans « ce jour-là » ; et « le décret sera éloigné » trouve sa suite dans « on viendra jusqu'à toi ».
Que signifie la reconstruction des clôtures ? Aujourd'hui, nous sommes comme un troupeau dispersé, plongés dans l'exil. La demande de « rebâtir tes clôtures » signifie que le Saint, béni soit-Il, rassemblera les brebis égarées et boiteuses et réunira Israël sur sa terre : ce sont là les prophéties qui expriment le rassemblement des exilés.
« Ce jour-là » - Un jour sans nuit
Que signifie « ce jour-là » ? C'est un jour fixé et établi devant le Saint, béni soit-Il. Et c'est un jour auquel ne succède aucune nuit. Les jours qui l'ont précédé étaient des jours de nuit, comme il est dit : « Car si je suis assise dans les ténèbres » - les ténèbres, c'est la nuit. La nuit est une métaphore de la condition d'exil, et c'est pourquoi l'on parle de « l'obscurité de l'exil ».
De là découle également l'explication allégorique : « Le moment de la lecture du Chéma du matin est arrivé » - c'est-à-dire que le temps de la délivrance est venu, que la lumière de la rédemption commence à briller et à resplendir. Jusqu'à quand raconterons-nous la sortie d'Égypte, qui relève du passé ? Le moment de la lecture du Chéma du matin est arrivé : parlons désormais de la rédemption future ! Car il est dit : « Comme aux jours où tu sortis du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles », et l'on ne mentionnera plus la sortie d'Égypte, mais « l'Éternel qui a fait sortir Israël du pays de Pathros » etc. Il est déjà temps de commencer à proclamer la rédemption future et de sortir de l'exil.
Il existe un autre domaine où la nuit sert de métaphore : on n'examine pas les plaies de lèpre la nuit. On ne cherche pas les défauts au sein du peuple d'Israël lorsqu'il est en exil. Car même si nous portons des plaies, même si nous ne sommes pas parfaits et que nous avons des failles, en raison de la nuit, en raison de l'exil, des souffrances et des persécutions, on ne regarde pas les plaies d'Israël. On voit bien ici que l'expression de la souffrance et de l'épreuve est formulée sous les traits de la nuit.
En revanche, il est question ici de « ce jour-là », sous l'aspect du jour : il y aura illumination, « et la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus vive, comme la lumière des sept jours ». Une fois de plus, nous voyons que la délivrance s'exprime sous la forme de la lumière, à l'opposé de l'exil qui relève de l'obscurité.
« Le décret est lointain - et l'on viendra jusqu'à toi »
Le prophète ajoute : bien que « le décret s'éloigne », c'est-à-dire que le terme et l'échéance fixés par Hachem soient encore éloignés et que le chemin menant à la délivrance soit encore long, malgré tout « et jusqu'à toi il viendra ». C'est le second volet de ce parallélisme : bien qu'il s'agisse de la fin des temps, cela finira par s'accomplir. Comme il est écrit : « S'il tarde, attends-le » - même si le Machia'h tarde, nous croyons en lui d'une foi parfaite, car assurément il viendra.
Le rassemblement des exilés des quatre coins du monde
« Depuis l'Assyrie et les villes fortifiées » - cela fait référence aux exilés qui reviendront d'Assyrie et des cités fortifiées où ils furent déportés à l'époque de Sanhériv. « Et depuis la forteresse jusqu'au fleuve » - il s'agit de l'exil en terre d'Égypte jusqu'à l'Euphrate, comme il est dit : « Et viendront ceux qui étaient perdus au pays d'Assyrie et les dispersés au pays d'Égypte », ainsi que : « L'Éternel desséchera la langue de la mer d'Égypte et lèvera Sa main sur le fleuve ». Cette époque sera celle de la délivrance, où ils reviendront d'Assyrie, des cités fortifiées d'Égypte, et de cette contrée jusqu'au fleuve.
« Et d'une mer à l'autre » - ce sont les exilés déportés vers l'occident, car le terme « yama » désigne l'ouest ; ce sont les exils causés par Rome, comprenant les contrées d'Achkenaz au-delà des mers. « Et d'une montagne à l'autre » - ceux qui ont été exilés vers le nord, Hor Hahar se situant au nord d'Eretz Israël. Tous afflueront au moment de la délivrance.
La terre sera livrée à la désolation
וְהָיְתָ֥ה הָאָ֛רֶץ לִשְׁמָמָ֖ה עַל־יֹשְׁבֶ֑יהָ מִפְּרִ֖י מַעַלְלֵיהֶֽם׃ - Mais la terre deviendra une désolation à cause de ses habitants, pour prix de leurs agissements.
Rachi explique qu'il s'agit de la terre des Babyloniens et des Perses, frappée pour prix de leurs méfaits, et selon cette lecture, le texte revient à la sombre réalité de l'exil décrite auparavant. Le Malbim, quant à lui, explique que ce verset dépeint déjà le temps de la délivrance : la terre - le globe tout entier - sera livrée à la désolation à cause de ses habitants, car Hachem leur demandera alors des comptes pour leurs fautes, pour prix de leurs agissements et de tout ce que les nations ont commis.
La prière du prophète pour la longue période intermédiaire de l'exil
רְעֵ֧ה עַמְּךָ֣ בְשִׁבְטֶ֗ךָ צֹ֚אן נַחֲלָתֶ֔ךָ שֹׁכְנִ֣י לְבָדָ֔ד יַ֖עַר בְּת֣וֹךְ כַּרְמֶ֑ל יִרְע֥וּ בָשָׁ֛ן וְגִלְעָ֖ד כִּימֵ֥י עוֹלָֽם׃ - Pais Ton peuple avec Ta houlette, le troupeau de Ton héritage, qui demeure isolé dans la forêt au milieu d'un verger fertile ; qu'ils paissent dans le Bachan et le Guil'ad, comme aux jours d'autrefois.
Le Malbim explique : constatant la longueur de l'exil, le prophète implore le Saint béni soit-Il de ne pas leur retirer Sa bienveillance tout au long de cette longue période et de continuer à leur témoigner Sa miséricorde dès à présent. Car bien qu'il ait évoqué la délivrance future, n'a-t-il pas lui-même déclaré : « Le décret est lointain » ? Ce jour est encore éloigné ; dès lors, Maître du monde, épargne-les et prends-les en pitié d'ici là !
« Pais Ton peuple avec Ta houlette » - même si Tu dois les frapper durant les jours d'exil, que ce ne soit qu'avec une simple verge. Le mot « chévet » évoque toujours le châtiment, et la supplique du prophète est la suivante : guide Ton peuple, veille sur eux comme un berger qui fait paître son troupeau, ne les frappe pas avec un bâton destructeur mais seulement avec Ta houlette paternelle, réprimande-les par une verge d'hommes et non par un gourdin ou une massue. Une réprimande qui les redresse et les remet sur la bonne voie, et non un châtiment synonyme de désastre et de malheur.
« Le troupeau de Ton héritage, qui demeure solitaire dans la forêt » - pour l'instant, ils demeurent solitaires, isolés, dans une forêt peuplée de bêtes féroces. Telle est notre situation au milieu des nations : un lieu de péril, persécutés et affligés. C'est pourquoi la supplication poursuit : « au milieu du Carmel » - fais-les paître dans le Carmel, mot qui évoque ce qui est « tendre et plein » (rakh vamal), un lieu riche en céréales. Veille sur eux afin qu'ils aient de la nourriture en abondance.
Or la récolte, le blé, est toujours le symbole de la subsistance (parnassa). C'est ainsi que Yossef vit des épis dans ses songes : les épis gras représentent les années d'abondance, et les épis maigres les années de disette, le tout exprimant l'idée de satiété et de subsistance. De même lorsqu'il vit les gerbes : « et voici que vos gerbes entourèrent la mienne et se prosternèrent devant elle » - expression du fait qu'ils auraient besoin de lui pour leur subsistance. Et c'est exactement ce qui se produisit : ils vinrent se prosterner devant sa gerbe, implorant que de sa gerbe provienne la nourriture de leurs gerbes, qu'il subvienne à leurs besoins, car Yossef était celui qui pourvoyait au blé (hamachbir).
Ainsi la prière est la suivante : fais-les paître dans un champ fertile, accorde-leur convenablement leur subsistance, jusqu'à ce que vienne le moment où « ils paîtront le Bachan et le Guil'ad comme aux jours d'autrefois » - jusqu'à ce qu'ils retournent en terre d'Israël, dans le pays du Bachan et du Guil'ad, et retrouvent leur pâturage d'antan. Et d'ici là, ne leur retire pas Ta providence.
La réponse du Saint, béni soit-Il : comme aux jours de ta sortie d'Égypte
כִּימֵ֥י צֵאתְךָ֖ מֵאֶ֣רֶץ מִצְרָ֑יִם אַרְאֶ֖נּוּ נִפְלָאֽוֹת׃ - Comme aux jours où tu sortis du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des prodiges.
Ici, le Saint, béni soit-Il, répond au prophète : de même qu'aux jours où tu es sorti du pays d'Égypte. Là-bas aussi régnaient la détresse, l'oppression et les tourments, et Je vous en ai fait sortir d'une main puissante, par des signes et des prodiges. Il en va de même ici : les ténèbres de l'exil sont faites d'épreuves et de souffrances, mais comme aux jours de ta sortie d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles dans les temps futurs.
Les nations verront et seront confondues
יִרְא֤וּ גוֹיִם֙ וְיֵבֹ֔שׁוּ מִכֹּ֖ל גְּבוּרָתָ֑ם יָשִׂ֤ימוּ יָד֙ עַל־פֶּ֔ה אׇזְנֵיהֶ֖ם תֶּחֱרַֽשְׁנָה׃ - Les nations verront et seront confondues, malgré toute leur puissance ; elles mettront la main sur la bouche, leurs oreilles deviendront sourdes.
Ces prodiges seront si éclatants que les nations les verront de leurs propres yeux et auront honte de toute leur puissance. Elles réaliseront que toute leur force n'était que vanité et néant, car l'unique auteur de tout est le Saint, béni soit-Il. Elles s'imaginaient avoir combattu et bombardé, mais il n'en est rien : « L'Éternel est le Maître des batailles », c'est Moi qui ai mené les guerres. Tout cela n'était qu'illusion. Il apparaîtra alors clairement que c'est le Saint, béni soit-Il, qui a tout accompli, et que toute leur vaillance n'était que futilité.
« Elles mettront la main sur la bouche » - elles ne proféreront pas un mot, incapables d'exprimer par des paroles ce qu'elles contempleront. Les événements atteindront un degré si élevé, dépassant l'entendement humain, qu'il leur sera impossible de les formuler.
« Leurs oreilles deviendront sourdes » - remarquons cette précision : elles mettent la main sur la bouche, mais pas sur l'oreille. L'homme porte la main à son oreille pour mieux entendre, ou pour la boucher lorsqu'il refuse d'entendre une chose effrayante. Lors de la sortie d'Égypte, il est dit : « Les peuples ont entendu, ils ont tremblé » - c'est l'ouïe qui avait provoqué l'émoi, et sous le coup de la peur, ils ne voulaient plus entendre. Ici, le prophète annonce : leurs oreilles deviendront sourdes, elles n'entendront plus ces choses, car cette fois, il ne s'agira plus d'un écho perçu de loin, mais d'une vision directe et proche.
Or, entendre ne saurait se comparer à voir. Le saint Zohar emploie constamment l'expression « Ta 'hazi » (viens et vois), tandis que la Guémara dit « Ta chema » (viens et entends). En effet, la Guémara aborde la dimension extérieure, et l'extériorité relève de l'écoute ; tandis que le saint Zohar révèle l'intériorité des choses, ce qui se trame au-dedans, dans les mondes supérieurs - et cela relève d'une vision bien plus limpide, d'une perception véritable, c'est pourquoi on l'appelle la sagesse de vérité (Hokhmat Haémeth), et d'où sa formule « viens et vois ». C'est là le sens de notre verset : non pas comme lors de « Les peuples ont entendu, ils ont tremblé », où l'effet venait de l'ouïe, mais « Les nations verront et seront confondues » - elles verront directement les hauts faits de l'Éternel et Ses merveilles, et resteront sans voix devant la main divine, Sa grandeur, Sa puissance et l'éminente élévation d'Israël.
Ils lécheront la poussière comme le serpent
יְלַחֲכ֤וּ עָפָר֙ כַּנָּחָ֔שׁ כְּזֹחֲלֵ֣י אֶ֔רֶץ יִרְגְּז֖וּ מִמִּסְגְּרֹֽתֵיהֶ֑ם אֶל־יְהֹוָ֤ה אֱלֹהֵ֙ינוּ֙ יִפְחָ֔דוּ וְיִֽרְא֖וּ מִמֶּֽךָּ׃ - Ils lécheront la poussière comme le serpent, comme les reptiles de la terre ils trembleront hors de leurs retraites ; ils redouteront l'Éternel notre D.ieu et ils te craindront.
Qu'ajoute l'expression « comme les reptiles de la terre » à « comme le serpent » ? Le Malbim explique : le serpent relève parfois la tête. Certaines espèces de serpents dressent la tête, en particulier lorsqu'ils s'apprêtent à mordre. En revanche, les reptiles terrestres gardent toujours la tête basse. De plus, « ils trembleront hors de leurs retraites » : ils ne seront même pas comme un reptile libre de ramper où bon lui semble, mais ils resteront cloîtrés dans leurs villes en raison de la grande terreur qui s'abattra sur eux, enfermés dans leurs retranchements sans aucune possibilité d'en sortir.
Et cette peur, précise le Malbim, ne proviendra pas d'une guerre ou d'une menace physique quelconque, mais « ils redouteront l'Éternel notre D.ieu » - leur effroi viendra de la grandeur et de la souveraineté du Saint, béni soit-Il. « Et ils te craindront » - lorsqu'ils verront qu'Hachem est avec nous, ils nous craindront nous aussi.
Quelle est la différence entre la peur (pa'had) et la crainte (yirah) ? Le Malbim explique, et il le répète en de nombreux passages, que la peur se rapporte toujours à une chose inconnue, tandis que la crainte concerne une chose connue. C'est pourquoi il est écrit : « ils redouteront l'Éternel notre D.ieu » - Sa grandeur et Son élévation demeurent au-delà de toute connaissance, infiniment sublimes pour eux, et c'est de cela qu'ils ont peur. En revanche, « ils te craindront » - ils nous connaissent, c'est pourquoi le verset emploie ici précisément le terme de crainte.
Qui est un D.ieu comme Toi - Les treize attributs
מִי־אֵ֣ל כָּמ֗וֹךָ נֹשֵׂ֤א עָוֺן֙ וְעֹבֵ֣ר עַל־פֶּ֔שַׁע לִשְׁאֵרִ֖ית נַחֲלָת֑וֹ לֹֽא־הֶחֱזִ֤יק לָעַד֙ אַפּ֔וֹ כִּֽי־חָפֵ֥ץ חֶ֖סֶד הֽוּא׃ - Qui est un D.ieu comme Toi, pardonnant l'iniquité et passant sur la transgression pour le reste de Son héritage ? Il ne garde pas Sa colère à jamais, car Il prend plaisir à la bonté.
À la fin de ses paroles, le prophète rend grâce à Hachem pour Son pardon des fautes et pour Sa tolérance envers les transgressions de Son peuple. « Qui est un D.ieu comme Toi » - c'est-à-dire : qui est semblable à Toi parmi les puissants, Toi, Maître du monde, un D.ieu sans égal ? Et en quoi ? En cela que Tu supportes la faute. Bien qu'au début Tu les aies éprouvés pour leurs péchés, à présent Tu portes la faute.
Que signifie « portant la faute »
Au sens simple, « portant la faute » signifie pardonner la faute. Mais la notion est bien plus profonde. Dans les treize attributs de miséricorde, nous disons : « portant la faute, la transgression et le péché ». Que signifie « portant » ? Cela veut dire qu'Hachem, pour ainsi dire, supporte et porte le péché sans punir immédiatement - mais la faute est-elle pour autant effacée ? Non. Ce qui est effacé n'a plus besoin d'être porté. La preuve en est qu'il est dit ensuite : « et Il n'absout pas entièrement » - il n'y a donc pas ici d'effacement complet ni de purification immédiate, la faute reste en suspens auprès de Lui jusqu'au moment opportun.
Ces notions sont expliquées plus longuement dans le livre Tomer Dévora. L'auteur y développe une explication que beaucoup mentionnent comme méditation essentielle lors de la récitation des treize attributs : lorsqu'un homme commet une transgression, il crée un destructeur (mach'hit). Chaque faute engendre une force de destruction, et cette entité destructrice puise sa vitalité dans l'homme qui l'a créée - en tirant vengeance de lui, en le faisant souffrir et en le poursuivant, elle puise sa subsistance. Si le Saint, béni soit-Il, laissait ces destructeurs que nous avons créés sévir contre nous, l'homme ne pourrait pas subsister, car ces forces le traqueraient à chaque instant.
Que fait alors le Saint, béni soit-Il ? Il prend pour ainsi dire Lui-même en charge ces destructeurs que nous avons créés, et Il les nourrit et les entretient Lui-même. Pourtant, ces destructeurs ont été engendrés pour offenser Hachem ! C'est là une bonté divine incommensurable et indicible : l'homme a créé une force destructrice pour braver le Saint, béni soit-Il, et le Saint, béni soit-Il, la prend sur Lui et la nourrit provisoirement, car s'Il la laissait se nourrir aux dépens de l'homme, il ne resterait rien de lui. Il la sustente donc en attendant que nous fassions téchouvah, car par le repentir, nous anéantissons et effaçons cette force. Mais dans l'intervalle - Hachem « porte ». Il porte la faute, c'est-à-dire qu'Il supporte ce destructeur issu de la faute, du forfait et du péché, et ensuite « Il absout ». Telle est donc la définition de « portant la faute » : la période intermédiaire.
Ce qui changera dans les temps futurs : ‘avon, pécha’ et ‘hèt
Le Malbim explique que dans les temps futurs, il y aura un changement. Définissons d'abord ce qu'est le ‘avon (l'iniquité issue d'un esprit dévoyé). Le ‘avon est un acte accompli par déviation de l'intellect, et c'est le plus grave de tous : c'est lorsqu'un homme érige sa faute en idéologie. Quand une personne trébuche mais reconnaît sa faute, éprouve des regrets ou a tout le moins des remords, il y a un espoir de réparation. En revanche, lorsqu'un individu affirme : « Non, c'est ainsi qu'il faut agir », cela s'appelle un ‘avon. L'esprit lui-même s'est perverti ; il ne s'agit plus d'une simple faiblesse matérielle où la raison reste lucide et admet l'erreur, bien au contraire, l'esprit décrète que c'est la norme et tire même fierté de cette pensée faussée. C'est infiniment plus grave, car il n'y a pas seulement révolte, mais hérésie et corruption du jugement.
Et le Malbim poursuit : Hachem ne fera pas disparaître le ‘avon de la réalité ; il demeurera comme auparavant - Hachem supportait le ‘avon (nossé ‘avon) et continuera de le supporter. Cela signifie que la faute persiste, et c'est là l'attribut de longanimité (érekh apayim) : Il supporte, endure et patiente afin de ne pas châtier sur-le-champ. Mais observez la nuance : dans les Treize Attributs de Miséricorde, il est dit « nossé ‘avon vafécha’ » - Il porte aussi le pécha’ (la transgression par rébellion) sans l'annuler, ce qui implique qu'il reste en suspens jusqu'au jour des comptes. Alors qu'ici, il est dit « nossé ‘avon vé’ovèr ‘al pécha’ » - Il continuera de supporter le grave ‘avon, né de l'esprit dévoyé, mais quant au pécha’, Il passera totalement outre. C'est le sens de « passant sur la transgression pour le reste de Son héritage », à l'égard de cette génération qui subsistera à la fin des temps.
« Il ne retient pas Sa colère à jamais » - même envers le ‘avon, pour lequel nous avons vu qu'Hachem use de patience. L'expression érekh apayim (patient) implique qu'il existe bien une colère, mais qu'Hachem en diffère les effets. S'il n'y avait aucune colère, ce serait le niveau le plus élevé, une manifestation d'amour pur ; or, érekh apayim signifie que le courroux existe et qu'Hachem le contient. Comme l'ont enseigné nos Sages : « Il patiente, puis réclame Son dû ». La longanimité signifie toujours que la dette n'est pas effacée : un délai a été accordé, mais la dette subsiste. Et c'est là que le verset précise : Il ne retient pas Sa colère à jamais - Hachem ne conservera pas cette colère pour toujours.
Et en vertu de quoi ? Deux attributs de miséricorde et de bonté entrent ici en action : « car Il prend plaisir à la bienveillance » - c'est parce qu'Il désire le ‘héssed qu'Il fera miséricorde.
יָשׁ֣וּב יְרַחֲמֵ֔נוּ יִכְבֹּ֖שׁ עֲוֺנֹתֵ֑ינוּ וְתַשְׁלִ֛יךְ בִּמְצֻל֥וֹת יָ֖ם כׇּל־חַטֹּאותָֽם׃ - De nouveau Il aura pitié de nous, Il dominera nos iniquités, et Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés.
« De nouveau Il aura pitié de nous » - c'est le second attribut, celui du Dieu miséricordieux (ra’houm). Par cette miséricorde, le Saint, béni soit-Il, pardonnera les ‘avonot. Il ne sera plus simplement « supportant l'iniquité » - ce qui sous-entendait que la faute demeurait mais qu'Hachem la tolérait - mais Il pardonnera pleinement et « dominera nos iniquités », de sorte qu'aucun châtiment ne s'ensuive. « Dominera » signifie qu'Il les étouffe vers le bas sans leur permettre de ressurgir. La Guémara a d'ailleurs souligné une divergence à ce propos : l'un dit qu'Il subjugue (kovèche) et l'autre dit qu'Il porte (nossé), le fait de porter indiquant que la faute elle-même n'est pas effacée.
« Et Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés » - quant au ‘hèt, commis par inadvertance ou découlant généralement d'une pulsion (le désir étant assimilé à une forme d'inadvertance, puisqu'il provient de l'emprise du mauvais penchant et non d'un esprit de révolte ou d'hérésie), il est relativement plus léger. C'est pourquoi il sera précipité dans les profondeurs de la mer pour disparaître totalement. En effet, le pécha’ relève de la rébellion, tandis que le ‘avon relève de l'hérésie et du reniement, une déformation de l'esprit bien plus redoutable.
En résumé : les fautes involontaires (‘hataïm), Hachem les jettera au fond de la mer - une disparition totale. Les iniquités (‘avonot), Il les dominera et les étouffera, car le ‘avon est plus grave, procédant d'un esprit faussé. Et pour la transgression délibérée (pécha’) - « Il passe sur la transgression », comme s'Il n'y prêtait pas attention. Voilà trois degrés distincts, chacun recevant le mode de pardon qui lui correspond.
Pourquoi « tous leurs péchés » et non « tous nos péchés » ?
Remarquez la tournure du verset : « De nouveau Il aura pitié de nous, Il dominera nos iniquités » - or, à la fin, il n'est pas écrit « toutes nos fautes », mais « tous leurs péchés ». Les commentateurs tardifs (A’haronim) analysent l'origine de ce changement grammatical.
Le Malbim apporte une explication : il est bien connu que lorsqu'une personne trébuche délibérément, cela entraîne à sa suite des fautes par inadvertance. On ne commet pas par mégarde une faute que l'on n'a jamais bravée volontairement. Quand les inadvertances surviennent-elles ? Lorsqu'un interdit est banalisé aux yeux de l'homme ; c'est alors qu'il se met soudain à trébucher ici et là par manque de vigilance.
Nous avons déjà rapporté l'histoire de ces deux hommes dont le navire fit naufrage et qui réussirent à regagner le rivage. Leurs chemins se séparèrent et ils furent accueillis chez deux personnes différentes, qui leur offrirent chacune à manger. Plus tard, ils se retrouvèrent et il s'avéra que le premier avait été logé chez un marrane d'Espagne, de sorte qu'il avait mangé cachère ; le second, en revanche, poussé par la faim et pour cause de danger de mort (pikkoua'h nefesh), avait été contraint de consommer des bêtes mortes sans abattage rituel et impures (nevelot outrefot). Il vint se plaindre auprès du Rav : « Pourquoi n'ai-je pas eu le même mérite que mon compagnon ? » Le Rav lui demanda : « Dis-moi, t'est-il déjà arrivé, une fois dans ta vie, de manger non cachère de ton plein gré ? » Il répondit : « Oui, j'ai eu une fois une telle épreuve. » Le Rav lui dit alors : « Comprends à présent : c'est pourquoi tu as trébuché aujourd'hui encore. Mais interroge ton compagnon : lui n'a jamais mangé non cachère de plein gré. »
Lorsqu'un homme ne transgresse pas délibérément, il n'en vient pas non plus aux fautes involontaires. Les fautes par inadvertance traduisent toujours une certaine tiédeur qui nous a d'abord conduits à transgresser volontairement, et c'est à partir de là que nous en arrivons aux fautes involontaires. C'est le sens de : « Il aura de nouveau compassion de nous, Il dominera nos fautes volontaires », et par là même « Tu jetteras dans les profondeurs de la mer tous leurs péchés » - de qui ? De ces mêmes iniquités. Les fautes volontaires que nous avons commises autrefois ont entraîné à leur suite ces péchés involontaires, et c'est pourquoi il est dit « tous leurs péchés » : les manquements involontaires qui ont été provoqués dans le sillage de ces fautes délibérées.
« Tu accorderas la vérité à Jacob » - La conclusion du livre
תִּתֵּ֤ן אֱמֶת֙ לְיַֽעֲקֹ֔ב חֶ֖סֶד לְאַבְרָהָ֑ם אֲשֶׁר־נִשְׁבַּ֥עְתָּ לַאֲבֹתֵ֖ינוּ מִ֥ימֵי קֶֽדֶם׃ - Tu accorderas la vérité à Jacob, la bonté à Abraham, comme Tu l'as juré à nos pères depuis les jours d'autrefois.
Lisons tout d'abord le Targoum Yonathan : « Titihav kouchté diYaakov livnohi » - que la vertu de vérité de Jacob soit accordée à ses enfants ; « kema dekayemta léh be-Beit El » - comme Tu l'as accompli et lui as juré à Béthel ; « tavouvat Avraham lezar'éh batrohi » - accorde les bienfaits d'Abraham à sa descendance après lui ; « kema dekayemta léh bein betarya » - comme Tu le lui as juré lors de l'Alliance entre les morceaux, préserve ses mérites pour ses enfants après lui, et c'est là « la bonté envers Abraham » ; « tidkar lana akedat Yitz'hak dé'it'akad al gabé madbe'ha kodamakh » - rappelle-Toi en notre faveur de la ligature d'Isaac qui fut lié sur l'autel devant Toi ; « ta'avid imana tavouvan dekayemta la'avahatana miyomé kedem » - accomplis envers nous les bontés que Tu as jurées à nos pères depuis les temps anciens, depuis les jours d'antan.
Rachi explique, à la lumière du Targoum : ce que Tu as promis à Jacob en lui disant « car Je ne t'abandonnerai pas », accomplis en notre faveur ce « Je ne t'abandonnerai pas » pour sa descendance après lui. Et chez Abraham, nous avons vu que le Saint, béni soit-Il, lui a promis toutes ces destinées parce qu'il a ordonné à ses enfants de garder la voie de l'Éternel, ainsi qu'il est dit : « Car Je l'ai aimé afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de pratiquer la justice et l'équité » - rappelle-Toi cela en notre faveur.
Et Rachi précise : il n'est pas dit « Tu accorderas la vérité à Jacob et la bonté à Abraham », mais « bonté » sans la lettre Vav de conjonction (« et »), ce terme se rapportant à la « vérité » mentionnée auparavant. C'est-à-dire : confirme-nous la promesse faite à Jacob, et cela constituera la récompense de la bonté d'Abraham. En effet, quelle était la bonté d'Abraham ? C'est d'avoir enseigné à ses enfants après lui. Et par quoi lui confirmeras-Tu cette vérité ? En accomplissant la promesse envers ses enfants, c'est-à-dire envers Jacob et ses descendants. Car la promesse faite à Abraham concerne les enfants qui le suivraient, et si Tu l'accordes à Jacob, Tu réalises par là même la promesse faite à Abraham. « Comme Tu l'as juré à nos pères depuis les jours d'autrefois » - il s'agit du serment prononcé lors de la ligature d'Isaac : « Par Moi-même Je le jure, parole de l'Éternel, puisque tu as fait cela et que tu n'as pas épargné ton fils » - rappelle-Toi de tout cela pour nous.
Le Radak explique que « la bonté envers Abraham » désigne le don de la Terre d'Israël que l'Éternel lui a accordé, à lui et à sa descendance après lui ; or ses descendants sont les enfants de Jacob, et c'est là « la vérité à Jacob ». Car la vérité signifie la réalisation de la parole, et l'accomplissement d'une promesse en est la concrétisation. Où donc se réalisera cette bonté accordée à Abraham ? En donnant la Terre en héritage à ses enfants. Tout ici a trait au don de la Terre. Et pourquoi ? Parce que l'Éternel est vérité, et que la vérité exige la fidélité à Sa parole. « Comme Tu l'as juré à nos pères » - puisque le serment a été fait à tous les trois, accomplis en notre faveur ce serment de nous faire hériter de la Terre.
Le Malbim explique que ce verset s'inscrit dans la continuité directe des précédents. Après avoir décrit les attributs divins - pardonnant l'iniquité, passant sur la transgression pour le reste de Son héritage, revenant à la miséricorde, Se complaisant dans la bonté - nous avons donc évoqué l'attribut de bonté et l'attribut de miséricorde, « gardant Sa bonté jusqu'à mille générations ». À présent, le prophète mentionne l'attribut de vérité, par lequel le Saint, béni soit-Il, tient Sa promesse : accorde la vérité et la promesse que Tu as faites à Jacob. C'est précisément ce que nous récitons : « Éternel, Éternel, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de bonté et de vérité, gardant Sa bonté jusqu'à mille générations » - après la bonté vient la vérité.
Et quelle est cette promesse faite à Jacob ? Le Malbim explique qu'il s'agit de la promesse de multiplication : « Ta descendance sera comme la poussière de la terre, et tu te répandras à l'ouest et à l'est ». Après l'exil, où ils sont tombés dans un état d'abaissement si profond qu'ils en sont réduits à « lécher la poussière comme le serpent, comme les reptiles de la terre », Maître du monde, fais-les accéder à une condition où ils déborderont dans leur patrimoine, où ils jouiront d'un héritage sans bornes. C'est ainsi que s'accomplira Ton attribut de vérité, attestant qu'il n'y a pas seulement ici de la bonté et de la miséricorde, mais aussi la vérité.
« La bonté envers Abraham » - le Malbim explique qu'Abraham notre père ne bénéficiait d'aucune promesse antérieure, et c'est pourquoi ce qui lui fut accordé est qualifié de bonté pure. Jacob, en revanche, se présentait déjà fort d'un engagement du Saint, béni soit-Il, à son égard, en vertu de ce qui avait été promis à Abraham : Jacob venait pour ainsi dire avec un chèque en main, et ce chèque appartenait à son père, à Abraham. Mais Abraham n'est arrivé avec aucun chèque, car Térah avait un compte sans provisions ! Chez Abraham, il ne s'agissait que d'une promesse initiale et gracieuse, et cela relève de la bonté. Et nous implorons : garde ce que Tu as juré à nos pères, et même si ce serment remonte aux jours d'autrefois, Tu restes Celui qui « garde Sa bonté jusqu'à mille générations ».
En conclusion :
À la conclusion du livre de Mikha, l'obscurité de l'exil se transforme en lumière : « en ce jour-là », un jour sans nuit ; et bien que « le décret soit lointain » - « il viendra jusqu'à toi », et les exilés reviendront d'Assyrie et des cités fortifiées, de la mer et des montagnes. Entre-temps, le prophète prie pour qu'Hachem fasse paître Son peuple avec Sa houlette et non avec un bâton de châtiment, et qu'Il veille sur eux dans un « Carmel » de subsistance et d'abondance jusqu'à ce qu'ils retournent au Bachan et au Guilad. Le Saint, béni soit-Il, répond : « Comme aux jours où tu sortis du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles », au point que les nations verront de leurs propres yeux et ne se contenteront plus d'entendre : elles auront honte de toute leur puissance et mettront la main sur la bouche. De là vient la louange des treize Attributs de miséricorde : dans les temps futurs, Hachem passera entièrement sur la transgression, domptera les fautes et jettera les péchés dans les profondeurs de la mer - tout cela en vertu de « car Il prend plaisir à la bonté » et « Il aura de nouveau compassion de nous ». Et le livre s'achève par l'attribut de Vérité : « Tu accorderas la vérité à Yaakov, la bonté à Avraham » - afin que le Saint, béni soit-Il, accomplisse Son serment prêté à nos pères depuis les jours d'autrefois. Ainsi s'achève le livre de Mikha.