Le chapitre 6 de Mikha est un chapitre de litige et de remontrance : le Saint, béni soit-Il, invite pour ainsi dire les montagnes et les collines à servir de témoins, et ouvre par cette plainte : « Mon peuple, que t'ai-Je fait et en quoi t'ai-Je lassé ? ». Dans la partie qui nous occupe, nous abordons le souvenir de Balak et Bil'am ainsi que celui « de Chitim jusqu'à Guilgal », puis la question cruciale de l'homme pécheur - comment obtenir le pardon ? - et la réponse magistrale apportée par le prophète dans le verset célèbre : « On t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien ». Nous suivrons l'ordre des versets, principalement éclairés par le Malbim, ainsi que par Rachi, le Radak et les Midrachim.
עַמִּי זְכׇר נָא מַה יָּעַץ בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב וּמֶה עָנָה אֹתוֹ בִּלְעָם בֶּן בְּעוֹר מִן הַשִּׁטִּים עַד הַגִּלְגָּל לְמַעַן דַּעַת צִדְקוֹת יְהֹוָה׃ - « Mon peuple, rappelle-toi donc ce que complotait Balak, roi de Moab, et ce que lui répondit Bil'am, fils de Be'or, depuis Chitim jusqu'à Guilgal, afin de reconnaître les actes de justice d'Hachem. »
Quel était le dessein de Balak ? Anéantir le peuple d'Israël. Et que lui répondit Bil'am ? « Comment maudirais-je celui que Dieu n'a point maudit ? Comment serais-je courroucé quand Hachem ne S'est point irrité ? » - Je ne Me suis pas mis en colère durant tous ces jours-là. Jusque-là, le sens est limpide. La difficulté réside dans la suite : « depuis Chitim jusqu'à Guilgal » - quel est le lien entre Chitim et Guilgal ? Chitim se rattache encore à l'épisode de Balak, mais Guilgal se situe déjà en terre d'Israël.
Rachi explique : depuis Chitim, où vous avez péché envers Moi, c'est là que vous devez discerner Mes bontés - car bien que vous ayez fauté, Je ne vous ai point privé de Mon secours, jusqu'à vous faire parvenir à Guilgal, qui marque l'entrée en Terre promise. J'aurais dû vous anéantir pour votre péché, et au lieu de cela, J'ai continué à vous dispenser la manne, le puits et les nuées de gloire, vous nourrissant, pourvoyant à vos besoins et prenant soin de vous tout au long du chemin.
Le Radak ajoute que la mention de Guilgal a pour but de rappeler le miracle. En d'autres termes : à Chitim, vous aviez péché et méritiez la malédiction, mais Je vous ai pardonné par la mort d'une partie des coupables lors de la plaie ; puis, à Guilgal, J'ai accompli pour vous un miracle lors de l'entrée dans le pays, avec l'ouverture du Jourdain. « Afin de reconnaître les actes de justice d'Hachem » - de tout cela, vous devez tirer la leçon et mesurer l'ampleur des bontés que le Saint, béni soit-Il, a déployées envers nous. Et la conséquence en découle : si tu suis le droit chemin, ces mêmes bontés t'accompagneront aujourd'hui encore ; sinon, tu subiras le châtiment mérité.
בַּמָּה אֲקַדֵּם יְהֹוָה אִכַּף לֵאלֹהֵי מָרוֹם הַאֲקַדְּמֶנּוּ בְעוֹלוֹת בַּעֲגָלִים בְּנֵי שָׁנָה׃ - « Avec quoi me présenterai-je devant Hachem ? Comment m'inclinerai-je devant le Dieu d'en haut ? Me présenterai-je devant Lui avec des holocaustes, avec des veaux âgés d'un an ? »
Le Radak explicite : si l'un d'entre vous demande par quelle offrande accueillir la présence d'Hachem, de quelle façon courber l'échine devant Lui ? « Me présenterai-je devant Lui avec des holocaustes, avec des veaux âgés d'un an ? » - dois-je Lui offrir des veaux d'un an, considérés comme les plus choisis et dans la force de leur jeunesse ?
Le Malbim explique que ces versets constituent une sorte de parenthèse et traduisent les paroles d'Israël lui-même : après avoir trébuché à Chitim et s'être fourvoyés avec Baal Péor, ils éprouvent du remords et s'interrogent - par quel moyen puis-je me présenter devant Hachem envers qui j'ai péché ? « Ikaf » vient de la racine désignant l'action de courber l'échine : comment puis-je fléchir devant Lui, puisqu'Il est le « Dieu d'en haut » ? Le nom « Élokim » évoque l'attribut de rigueur (Midat Hadin), et quiconque pèche devant Celui qui insuffle l'existence à toute chose mérite un lourd châtiment. Il ne s'agit point d'offenser un père, un maître ou un roi terrestre ; la dimension est totalement différente, et la sanction d'un tout autre ordre.
הֲיִרְצֶה יְהֹוָה בְּאַלְפֵי אֵילִים בְּרִבְבוֹת נַחֲלֵי שָׁמֶן הַאֶתֵּן בְּכוֹרִי פִּשְׁעִי פְּרִי בִטְנִי חַטַּאת נַפְשִׁי׃ - « Hachem agréera-t-Il des milliers de béliers, des myriades de ruisseaux d'huile ? Donnerai-je mon premier-né pour ma faute, le fruit de mes entrailles pour le péché de mon âme ? »
En réponse à « Avec quoi me présenterai-je devant Hachem », il dit : peut-être même des milliers de béliers, qui sont plus grands et meilleurs que des veaux d'un an, et des myriades de torrents d'huile pour les libations sur les holocaustes - et pourtant, tout cela ne suffit pas. Et en réponse à « Me prosternerai-je devant le D.ieu d'en haut », il demande : « Donnerai-je mon premier-né pour ma transgression » - pour une transgression délibérée (pècha), commise avec préméditation et rébellion, devrais-je donner mon fils premier-né, ce que j'ai de plus cher ? Et pour « la faute de mon âme », qui relève de l'inadvertance et s'avère moins grave, suffirait-il du « fruit de mes entrailles », c'est-à-dire les autres enfants qui ne sont pas l'aîné ? Est-ce donc ainsi que j'obtiendrais l'expiation ?
הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה טּוֹב וּמָה יְהֹוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱלֹהֶיךָ׃ - On t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, et ce que Hachem exige de toi : seulement pratiquer la justice, aimer la bonté, et marcher humblement avec ton D.ieu.
À première vue, une difficulté surgit : faudrait-il donc entendre d'un homme ce qui est bon ? Rachi apporte une explication remarquable, fondée sur l'accent séparateur placé sur le mot « lekha » (à toi) : « Il t'a fait savoir » - qui te l'a fait savoir ? Le Saint, béni soit-Il. « Ô homme, ce qui est bien » - le Saint, béni soit-Il, te dit : Ô homme, Je te fais savoir ce qu'il est bon pour toi d'accomplir. Et qu'est-ce qui est bon pour toi ? « Marcher humblement avec ton D.ieu », selon la traduction du Targoum Yonatan : « Sois discret pour marcher dans la crainte de ton D.ieu ».
Autre explication de « marcher humblement » : la mesure du Saint, béni soit-Il, ne ressemble pas à celle de la chair et du sang. Chez les hommes, si quelqu'un offense son prochain et vient l'apaiser, l'offensé lui rétorque : « Je ne te pardonnerai pas tant que ne viendront pas un tel et un tel, devant lesquels tu m'as humilié. Tu m'as fait honte en public ? Attends qu'ils soient rassemblés, et demande pardon sous leurs yeux. » Mais le Saint, béni soit-Il, ne demande que la discrétion, « marcher humblement » : fais téchouva dans le secret entre toi et Lui, et cela suffit. Il n'exige pas que tu accomplisses la réparation en public comme tu as commis la faute ; tu te confesses à voix basse et demandes pardon dans l'intimité, et le Saint, béni soit-Il, dit : cela suffit.
Le Radak explique que ce verset constitue la réponse à l'interrogation de l'homme : « Donnerai-je mon premier-né pour ma transgression ? » Maître du monde, comment me purifierai-je de mes fautes ? Le Saint, béni soit-Il, répond : Je ne désire pas d'holocaustes. « Et que réclame Hachem de toi, sinon pratiquer la justice et aimer la bonté », tout comme Chemouel l'avait dit à Chaoul : « Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, la soumission vaut mieux que la graisse des béliers ». « Pratiquer la justice », précise le Radak, englobe toutes les mitsvot entre l'homme et son prochain, comme les préjudices financiers et similaires - « Et voici les lois (michpatim) que tu placeras devant eux », qui désignent les lois civiles et financières ; cela inclut également les interdits des relations illicites (arayot) - « Vous mettrez en pratique mes lois (michpataï) », suivi immédiatement de « Tu ne découvriras point la nudité de ton père ni de ta mère ». Ainsi, « pratiquer la justice » correspond à la vigilance scrupuleuse dans les questions financières et dans le domaine de la sainteté et des mœurs. « Aimer la bonté » représente un degré supérieur : la justice est ce à quoi je suis tenu légalement - je dois payer, je paie ; la bonté consiste à donner même lorsque je n'y suis pas obligé, à faire au-delà de la stricte obligation.
« Et marcher humblement avec ton D.ieu », c'est aimer Hachem de tout son cœur et de toute son âme. Et pourquoi cela est-il qualifié de « discret » (hatsnèa) ? Parce qu'il s'agit de choses cachées, de dimensions intérieures confiées au cœur. Nul ne peut savoir à quel point son prochain est véritablement attaché à Hachem, qu'Il soit béni.
On a rapporté au sujet du Rav Shteinman qu'on l'observait dans diverses situations, lors d'examens médicaux ou à l'hôpital, bougeant ses doigts, ouvrant et fermant la main. Ses proches lui demandèrent ce qu'il faisait, et il expliqua : lorsque je touche l'auriculaire avec mon pouce - l'auriculaire étant le plus petit doigt, il correspond à la petite lettre Youd ; ensuite j'ouvre la main - cinq doigts, c'est la lettre Hé ; puis je tends le majeur, doigt allongé semblable à la lettre Vav ; et j'ouvre à nouveau la main - la lettre Hé. Lorsqu'il ne pouvait pas étudier ni se concentrer sur autre chose, il réalisait ainsi le verset « J'ai constamment placé Hachem devant moi ».
Pour le Beit Yossef, la révélation est encore plus saisissante. On raconte qu'une nuit, l'ange Maguid ne lui apparut pas. Lorsqu'il lui demanda le lendemain ce qui s'était passé, le Maguid lui répondit : « Hier, tu marchais au marché et tu as levé le pied pour faire un pas, et à cet instant précis tu n'as pas pensé à l'unification du Nom divin (Yi'houd Hachem) - c'est pourquoi tu n'étais pas digne ce jour-là qu'un Maguid se révèle à toi. » Ce récit nous permet de mesurer à quel point son attachement au Maître du monde était absolu : il ne levait ni la main ni le pied sans penser au Saint, béni soit-Il. On comprend dès lors que ce n'est pas par hasard que l'on parvient à une telle stature, devenant le maître de tout Israël et le décisionnaire dont la halakha fait universellement autorité ; il y avait d'autres sommités dans sa génération, mais le Saint, béni soit-Il, l'a choisi précisément lui - car ces mérites sont d'une élévation sublime, vécus dans la plus pure discrétion, impossibles à discerner dans leur réalité intime.
On demanda un jour au Gaon Rav Chlomo Zalman Auerbach : autrefois, il existait des justes cachés (tsaddikim nistarim) - comme 'Haïkel le cocher, chez qui l'on découvrit après sa mort des sacs entiers d'écrits kabbalistiques traitant des sujets les plus élevés ; ou encore un menuisier ou un porteur d'eau qui maîtrisait tout le Chass et qui, dès que quelqu'un entrait, refermait son livre pour qu'on ne le soupçonne pas d'étudier, se donnant ainsi des allures de simple homme du peuple. Où trouve-t-on de tels justes aujourd'hui ? Il leur répondit : il n'y en a pas. Ils s'étonnèrent : pourtant, à chaque génération, il y a trente-six tsaddikim nistarim ! Il leur déclara alors : sachez que dans notre génération, les tsaddikim publics sont aussi les justes cachés. Ils demandèrent : comment cela ? Ils sont pourtant connus au grand jour ! Il répondit : on n'arrive jamais à mesurer à quel point un tel maître est véritablement tsaddik. Quand s'en aperçoit-on ? Après son décès, lorsqu'on entend des récits et que se révèlent des grandeurs insoupçonnées dont personne n'imaginait le niveau - il apparaît alors qu'il n'avait dévoilé qu'un pan infime pour en dissimuler des milliers d'autres. Le tsaddik visible est donc également le juste caché. C'est tout le sens de « marcher humblement avec ton D.ieu » : à quel point l'homme marche véritablement « avec son D.ieu », c'est une réalité intime, confiée au cœur, qui n'apparaît nullement à l'extérieur.
Nos Sages enseignent : « Pratiquer la justice » - ce sont les lois de justice ; « aimer la bienveillance » - ce sont les actes de 'hessed ; « marcher humblement avec ton D.ieu » - c'est l'accompagnement des défunts (levaya) et la célébration du mariage (hakhnassat kala). Or, cela semble étonnant : un enterrement dans la discrétion ? Il y a pourtant des avis de décès placardés dans toute la ville ! Un mariage ? On envoie des invitations, et on publie même des annonces pour ceux qui n'en ont pas reçu. Où réside donc la discrétion ici ?
Si l'on pense aux funérailles du Rav Shteinman, c'est effectivement ce qu'il avait expressément demandé : dix personnes seulement, sans haut-parleurs et sans aucune publicité. À propos de haut-parleurs, quelqu'un est venu un jour s'informer du coût d'une annonce sonore à travers la ville pour le décès d'un proche. On lui a demandé : avec « choco » ou sans « choco » ? Surpris, il a répondu : « Comment ça, choco ? Sommes-nous dans une colonie de vacances ? » On lui a alors expliqué : si l'annonce commence par « Le soleil s'est couché en plein midi... » (jeu de mots sur l'expression hébraïque « chakha hachemech »), annonçant la levaya d'un grand tsaddik, c'est un certain tarif ; sans cette formule solennelle, le prix est tout différent.
Mais le Midrach explique qu'il s'agit d'un raisonnement a fortiori (kal va'homer) : si, pour des événements qui n'ont pas coutume de se dérouler dans le secret, la Torah prescrit de « marcher humblement », combien plus cela s'applique-t-il aux actes qui doivent naturellement demeurer discrets ! C'est dire que même dans les domaines publics, la retenue et la modestie sont chères à Hachem, et à plus forte raison dans les actes qui relèvent par essence de l'intimité.
Le mariage en est une merveilleuse illustration. Nous connaissons bien la réalité : lorsque son fils ou sa fille se marie, certains n'organisent pas une simple célébration, mais montent un véritable spectacle - ils engagent un producteur d'événements, déploient des effets pyrotechniques élaborés, afin de créer « l'événement de l'année ». Un père racontait qu'à la suite de la bar-mitsva de son fils aîné, il était resté endetté pendant quatre ans, et qu'avec les enfants suivants, il avait appris à être bien plus raisonnable. Sur qui cherche-t-on à faire impression ? À qui veut-on en mettre plein la vue ? Que l'on prépare une fête digne, belle et agréable. Il ne s'agit pas d'affirmer que tout faste est interdit ; certains ont les moyens de recevoir très largement - après tout, Rivka avait reçu de précieux ornements des mains d'Éliézer, et ce n'était pas rien. De même, il est parfois nécessaire de prévoir un cadre d'un grand standing pour des invités de marque. Mais le faire avec ostentation, qu'est-ce que cela apporte ? « Marche humblement avec ton D.ieu » s'applique tout autant à ces circonstances.
Le Malbim explique que ce passage vient éclairer la question posée plus haut : « En quoi t'ai-je lassé ? » - t'ai-je accablé de mitsvot ? C'est à ce propos que l'Écriture déclare : souviens-toi donc de ce que Balak avait comploté, et de ce que Bil'am lui avait répondu. Bil'am avait souligné qu'aux yeux d'Hachem, il valait bien mieux les bénir, car la Providence divine est attachée à Israël et le Saint, béni soit-Il, ne les délaisse pas. C'est en partant de ce constat que Bil'am conseilla de les entraîner dans la faute, sachant que le D.ieu d'Israël abhorre l'inconduite morale ; il les fit ainsi trébucher avec les filles de Moab, afin d'écarter d'eux la protection céleste. Tant que la Providence veille sur eux, nulle force ne peut les vaincre ; mais « s'Il voit chez toi quelque souillure, Il se détournera de toi », et une fois la Providence retirée, il devenait possible de les dominer. Et le Saint, béni soit-Il, affirme : de cet événement lui-même, tu pourras constater que je ne t'ai pas accablé ; bien au contraire, j'ai eu pitié et compassion de toi, même à cet instant critique.
C'est ici que le Malbim apporte sa preuve : « De Chittim jusqu'à Guilgal ». À première vue, Chittim et Guilgal sont deux étapes géographiques distinctes, et l'affaire de Balak et Bil'am ne s'est pas prolongée de Chittim jusqu'à Guilgal. En vérité, précise le Malbim, il convient de rattacher le texte de la sorte : « De Chittim jusqu'à Guilgal... Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien », tandis que les versets « Avec quoi me présenterai-je devant Hachem ? » et « Hachem agréera-t-Il des milliers de béliers ? » constituent une parenthèse intercalée.
Voici le sens profond de cette démarche : après avoir fauté à Chittim, les enfants d'Israël ont été saisis de remords et ont cherché à savoir par quel moyen Hachem leur accorderait Son pardon, et ce qui L'apaiserait pour effacer leur révolte et expier leur faute. Ils s'imaginaient que pour obtenir la réconciliation, il fallait offrir d'immenses sacrifices, et peut-être même : « Donnerai-je mon premier-né ? », « le fruit de mes entrailles ? » - immoler le fils aîné devant Hachem en guise d'expiation. C'est à cela que répond l'avertissement prophétique : « De Chittim jusqu'à Guilgal - Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien ». Durant tout cet intervalle, depuis Chittim jusqu'à Guilgal, Moché Rabbénou nous a enseigné ce qu'Hachem demande de nous, montrant que le Saint, béni soit-Il, n'exige pas de sacrifices pour accorder Son pardon, mais bien de pratiquer la justice, d'aimer la bienveillance et de marcher humblement avec Lui.
Et qui a dispensé cet enseignement ? Le Malbim développe ici une explication novatrice : la période durant laquelle Moché s'est voué à expliciter la Torah s'étendit précisément depuis Chittim jusqu'à Guilgal - ce sont les jours où il transmit le livre de Dévarim, le Michné Torah, dont Moché prononça les paroles de lui-même, sous inspiration divine absolue, avant de leur consigner par écrit cette réitération de la Loi. Quiconque examine ce texte découvrira que Moché Rabbénou nous y enseigne ce qui est véritablement bon. Le Rav Chakh répétait souvent que le meilleur ouvrage de moussar à ses yeux était la simple lecture du 'Houmach Dévarim. C'est un livre d'admonestations bienveillantes où Moché montre que le Saint, béni soit-Il, ne leur impose pas de corvées écrasantes, de sacrifices massifs ni d'hécatombes - de fait, le Michné Torah ne mentionne presque aucun sacrifice - mais attend simplement que l'on pratique la justice et la bienveillance.
« Jusqu'à Guilgal » - jusqu'au moment où ils atteignirent Guilgal, lieu où Moché se sépara d'eux et où Yéhoshoua prit le relais pour les faire entrer en terre d'Israël. C'est là, à Guilgal, que des miracles éclatants s'accomplirent : le Jourdain s'ouvrit et ses eaux s'élevèrent jusqu'aux cieux, Israël traversa à pied sec, constatant que le Saint, béni soit-Il, revenait les guider ; c'est là également qu'Hachem s'adressa à Yéhoshoua pour lui prescrire l'observation scrupuleuse de la Torah et des mitsvot. L'Écriture insiste avec précision : « jusqu'à Guilgal », car jusqu'à Guilgal, je ne vous avais soumis à aucune astreinte pénible. En revanche, à Guilgal apparurent des commandements exigeants : c'est là qu'ils reçurent l'ordre de pratiquer la circoncision, « circoncis de nouveau les enfants d'Israël à la colline des Prépuces » (comme on peut l'étudier dans les cours consacrés au livre de Yéhoshoua), et c'est là qu'ils durent célébrer Pessa'h. En effet, durant toute la traversée du désert, ils n'avaient pas offert le sacrifice de Pessa'h, car le vent du nord ne s'était pas levé - ce vent ayant la vertu d'écarter la nuée protectrice et de guérir les personnes venant d'être circoncises ; ils étaient donc demeurés incirconcis, or « aucun incirconcis n'en mangera ». Ces deux obligations - la mila et Pessa'h - représentaient une lourde épreuve. Pourtant, « de Chittim jusqu'à Guilgal », je n'ai exigé de toi aucun labeur accablant, mais seulement de « pratiquer la justice et d'aimer la bienveillance ». « Afin que tu connaisses les bienfaits d'Hachem » - c'est par cette mesure que tu reconnaîtras Sa droiture : Il ne surmène point l'homme, n'exige pas de lui des efforts démesurés et ne cherche nullement à l'épuiser.
Le Malbim ajoute : observe bien ce qui t'a été révélé. D'une part, « ce qui est bien » : ce qui est bon pour toi en tant qu'être humain, c'est-à-dire le domaine des mitsvot régissant les relations d'homme à homme (bein adam la-'havéro), ce qui permet de mener une vie équilibrée et juste. En vérité, un observateur attentif remarque que quiconque adopte un comportement bienveillant envers ses semblables jouit d'une existence harmonieuse, tandis que celui dont l'attitude est négative se forge une vie amère. Il n'y a pas d'échappatoire : l'homme est un être social, « politique » selon la formule des Anciens, indissociable de son entourage. Une personne positive recueille des retours chaleureux de son milieu - de son épouse et de ses enfants dans le cercle intime, au travail, auprès de ses voisins et de tous ceux qu'elle côtoie ; au contraire, une personne négative suscite le rejet et souffre directement de ses propres errements. Chaque fois qu'elle cause un tort, blesse autrui ou agit de façon déloyale, c'est en fin de compte elle-même qui en subit le contrecoup. D'autre part, « ce qu'Hachem attend de toi » : ce sont les mitsvot reliant l'homme à son Créateur (bein adam la-Makom), l'accomplissement fidèle de la volonté divine.
Face au « ce qui est bien » relevant des relations entre l'homme et son prochain : « pratiquer la justice » (assot michpat). La justice garantit le bon fonctionnement de la vie en société, et c'est pourquoi même les fils de Noé ont l'obligation d'instituer des tribunaux - l'une des sept mitsvot des Bnei Noa'h - car sans cela, « les hommes s'entre-dévoreraient vivants ». Quand il y a des juges et des tribunaux, la loi du plus fort ne règne pas. Et même dans les endroits où le droit n'incarne pas une justice parfaite, cela vaut mieux que le chaos. Regardez ce qui se passait en Irak avant la chute de Saddam : la situation n'était certes pas bonne, c'était un tyran mégalomane et fou. Mais on s'est dit « renversons tout », et aujourd'hui la situation est sept fois pire ; au moins, il y avait un pouvoir qui contenait le peuple, quelqu'un pour maintenir l'ordre et le calme, et la vie pouvait suivre son cours. Alors qu'aujourd'hui, on y vit dans une peur quotidienne : quel marché va exploser, quelle voiture piégée va sauter près d'une mosquée, sunnites contre chiites, chiites contre sunnites et terroristes, sans savoir qui s'oppose à qui. Mieux vaut donc un dirigeant mégalomane pourvu que règne l'ordre. On constate donc que même un non-juif est tenu à la justice. La justice veille à ce qu'il n'y ait ni spoliation, ni vol, ni dérives, et chacun sait que s'il commet un délit, il sera puni et devra rendre des comptes. C'est pourquoi la dernière chose que l'on abolit est la justice, et la première condition nécessaire à une vie saine est « d'assot michpat » (pratiquer la justice).
Et la seconde exigence : « aimer la bonté » (véahavat 'hessed). On ne fonde pas une société sur la seule justice ; une société saine est une société où règne le 'hessed, le dépassement de la stricte rigueur de la loi (lifnim michourat hadine), pour aider et soutenir celui qui est démuni. C'est ainsi que nous trouvons le roi David, qui pratiquait « la justice et la charité » (michpat outsédaka). Que signifie cette alliance ? Un pauvre et un riche venaient plaider devant lui. Le pauvre suscitait la compassion : « Cela me revient de droit, je suis misérable, cela ne changera rien pour le riche s'il sort encore deux cents shekels de sa poche ». Mais ce serait là fausser le jugement, et la Torah met en garde : « Vous n'aurez point d'égards pour les personnes en justice ». David tranchait selon la stricte loi, et si le pauvre était déclaré redevable, il devait payer. Et d'où allait-il payer ? David allait puiser dans son propre argent pour le lui donner afin qu'il s'acquitte de sa dette. C'est cela « michpat outsédaka » : d'abord le droit - le fait que tu sois indigent n'est pas une raison pour léser le riche, et le fait qu'il possède beaucoup ne justifie pas qu'on le dépouille illégalement ; puis ensuite, la tsédaka. Seulement, David craignait que cela n'ouvre la porte à des supercheries : deux complices pourraient feindre d'être l'un indigent et l'autre fortuné, se présenter en justice, David condamnerait le « pauvre » conformément au droit et lui donnerait de sa poche la somme nécessaire, alors que tout le procès n'était que mensonge dans le seul but de lui soutirer de l'argent. C'est pourquoi il implora : « Ne m'abandonne pas à mes oppresseurs » - Maître du monde, j'aime la charité et la justice, mais préserve-moi des intrigants qui viendraient exploiter ma piété pour extorquer des fonds indûment.
Nous apprenons donc : la justice ne suffit pas, il faut aussi la bonté. Et pas seulement la bonté, mais « l'amour de la bonté » (ahavat 'hessed). En effet, celui qui accomplit un acte de bienfaisance de manière ponctuelle se retrouve vite à bout de souffle ; mais celui qui porte en lui l'amour du 'hessed agit encore et toujours, garantissant ainsi que la générosité demeure constante et durable.
Et face à « ce que l'Éternel demande de toi », le texte répond : « marcher humblement avec l'Éternel ton D.ieu » (véhatsnéa' lékhet 'im Hachem Elokékha). Ce que tu dois accomplir, c'est marcher avec ton D.ieu, à l'image de « Noa'h marchait avec D.ieu » - voilà ce que D.ieu exige de toi. Être attaché au Saint, béni soit-Il, constitue la racine de toutes les mitsvot reliant l'homme à l'Omniprésent : que l'homme chemine avec D.ieu, dans les voies divines, et que le Créateur l'accompagne à chaque pas. Quand on accomplit la volonté divine, on est uni à l'Éternel son D.ieu : « Soyez saints, car Je suis saint ». Et cela doit se faire « behatsnéa' » (dans la discrétion et l'humilité), car ce sont là des liens intimes entre toi et ton Créateur, qui exigent la plus grande réserve.
Pourquoi exige-t-on précisément cette réserve ? Le Malbim explique : afin que l'homme ne s'enorgueillisse pas dans les spéculations philosophiques sur la Divinité et ne cherche pas à faire preuve d'un vain esprit critique à l'égard de Ses commandements, mais qu'il chemine humblement avec son D.ieu. À l'époque, la quête de la connaissance de D.ieu passait par l'investigation intellectuelle : on cherchait, on analysait, on accumulait les preuves philosophiques sur l'existence divine. Or, cela comporte un immense danger, car celui qui s'aventure dans la philosophie risque de glisser vers des conclusions erronées. Le Ya'avets a d'ailleurs écrit qu'à l'époque de l'Inquisition, ceux qui ont sacrifié leur vie avec simplicité pour la sanctification du Nom divin (kiddouch Hachem) appartenaient au peuple simple ; alors que les esprits sophistiqués et philosophes, ceux qui prétendaient avoir atteint de hauts niveaux dans la compréhension de l'essence divine, ont très souvent fini parmi les marranes, que D.ieu nous en préserve. Celui dont la foi est intègre et pure ne se perd ni en calculs ni en arguties intellectuelles, et c'est là le niveau le plus élevé ; mais dès que l'on commence à intellectualiser sa foi, nul ne sait où cela se termine.
De plus, lorsque l'homme se trouve aux antipodes de cette discrétion (« hatsnéa' »), lorsqu'il s'imagine être quelqu'un d'important, il commence à juger par lui-même s'il convient ou non d'accomplir la mitsva à cet instant, pesant chaque chose sur la balance de son propre intellect pour décider seul, sans nulle soumission (bitoul). Or, lorsqu'un homme s'efface totalement devant le Saint, béni soit-Il, il accède à un attachement parfait ; mais lorsqu'il manque d'abnégation, il sombre dans toutes sortes d'interrogations, de doutes et d'élucubrations. C'est pourquoi, à la question de savoir ce que D.ieu réclame de toi, la réponse est : « véhatsnéa' lékhet » - chemine avec Lui dans l'intégrité et l'humilité.
On demanda un jour à Rabbi Raphaël de Barchad, parvenu à un âge très avancé : « Par quel mérite as-tu vécu si longtemps ? » Il répondit : « De toute mon existence, je n'ai jamais contesté ni soulevé la moindre objection contre la conduite du Créateur du monde. Quoi que D.ieu fasse, j'ai toujours dit : Merci, Maître du monde, tout ce que le Père fait est pour le bien ». Et il ajouta : « Je vous recommande à vous aussi de ne pas contester ni de poser de questions indiscrètes sur la conduite du Saint, béni soit-Il ; car lorsque quelqu'un pose trop de questions, le Saint, béni soit-Il, finit par le rappeler à Lui pour lui donner les réponses. Moi, je n'ai rien demandé, alors Il m'a laissé ici-bas ».
Chacun doit savoir : « Sois intègre avec l'Éternel ton D.ieu » (tamim tihyé 'im Hachem Elokékha). Tu ne comprends pas ? Si tu comprenais tout ce que fait D.ieu, c'est toi qui serais le Maître du monde ! Le simple fait que nous ne comprenions pas démontre qu'il existe encore une distance infinie entre nous et le Saint, béni soit-Il. Comme le disait Rav Saadya Gaon, le sommet du savoir est de savoir que l'on ne sait pas : lorsqu'un homme parvient à la limite de sa connaissance et pense tout savoir, il réalise soudain l'immensité de ce qu'il ignore. Celui qui s'imagine tout comprendre est précisément celui qui ne comprend rien. Prenez un homme dans la rue qui vous dit fièrement : « J'ai étudié, monsieur le rabbin ! » alors qu'il connaît à peine le passage de « Chenayim o'hazim batalit » (Deux hommes tiennent un châle) sur lequel il s'arrête déjà, et pourtant il est certain d'avoir appris. En revanche, prenez un véritable sage, demandez-lui : « As-tu étudié ? » Il vous répondra : « Qu'ai-je donc étudié ? Regarde cette immense bibliothèque, que sais-je de tout cela ? » Un grand homme mesure l'étendue de son ignorance.
Il en va de même pour les secrets de la Torah : celui qui parle ne sait pas, et celui qui sait ne parle pas. Tous ceux qui dissertent publiquement sur les mystères ésotériques ne savent rien en réalité, tandis que ceux qui savent gardent le silence. A-t-on jamais entendu le rav Moutzafi discourir sur la Kabbale et les secrets mystiques ? Il dirige une yéchiva, et au sein de sa yéchiva c'est un autre cadre, mais quiconque sait véritablement garde la réserve. En revanche, n'importe qui ouvre aujourd'hui un cours de Kabbale et d'ésotérisme, certains vont même jusqu'à enseigner cela aux femmes, formant des cercles d'initiation au Zohar et autres dérives, que D.ieu nous en préserve. Celui qui ne sait pas pérore sans fin ; celui qui sait se tait et s'abstient de parler.
L'auteur du « Misgueret Hacha'ar » propose une explication : bien souvent, un homme se trouve face à un dilemme et ne sait pas ce qu'il convient de faire, quelle attitude adopter ni quelle voie suivre. Parfois, le doute surgit même entre deux commandements : quelle mitsva faut-il privilégier maintenant ? À quelle célébration se rendre ? Vaut-il mieux aller dans une maison de deuil ou assister à un mariage ? Faut-il refermer sa Guémara pour s'y rendre ou continuer à étudier ?
On raconte que quelqu'un interrogea un jour le rav Shlomo Zalman Auerbach au sujet du mariage d'un proche : combien de temps y rester, sachant que cela empiète sur le seder de nuit (seder chelichi) et lui fait manquer le kollel du soir ? Le Rav lui répondit : « À ton âge, je n'allais pas aux réjouissances ; et c'est pourquoi aujourd'hui, à mon âge, il me suffit de faire acte de présence pendant vingt secondes pour combler les mariés de joie, et je peux rentrer chez moi. » Tel était son conseil : dans ta jeunesse, sois assidu à l'étude ; quand tu auras mûri, tu pourras venir une demi-minute et repartir. Lorsque le rav Shlomo Zalman arrivait à un mariage, il dansait un instant avec le 'hatan, on chantait en son honneur, puis il repartait au bout de trente secondes - et cela suffisait amplement. Personne n'attendait de lui qu'il reste deux heures à table pour manger un quart de poulet.
Où réside la difficulté de trancher ? Dans le fait que c'est moi qui dois décider, alors que je suis directement partie prenante (noguéa badavar). Parfois, j'ai envie d'aller à la fête parce que je préfère cela à une autre occupation ; d'autres fois, je préférerais m'abstenir. On a vu un jour un voisin sortir une enveloppe de sa boîte aux lettres et s'exclamer : « Regarde, j'ai reçu une contravention ! » En y regardant de plus près, c'était une invitation à un mariage. Pour certains, une invitation ressemble à une amende de quatre cents shekels, chacun selon sa situation.
Quel est donc le conseil à suivre ? « Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien » : ne tranche pas seul, car tu es partial. C'est pourquoi nos Sages ont dit : « Fais-toi un maître », afin de te soustraire au doute. Et si l'on n'a pas de rav immédiatement disponible ? Peut-on être flanqué d'un maître à chaque instant ? On a déjà mentionné l'exemple du Rav de Brisk, qui redoutait tant de trancher la loi qu'il renvoyait chaque question à Rabbi Zelig, le dayan de Brisk. Un jour, quelqu'un lui lança avec un brin d'ironie et d'insolence : « Le Rav a besoin d'avoir Rabbi Zelig dans sa poche pour répondre à sa place ! » - sous-entendant que le Rav ne maîtrisait pas le sujet. Aussitôt, le Rav se mit à lui exposer toute la souguiya en détail, citant tous les avis sur la question jusqu'à aboutir à la décision finale, signifiant par là : « Je crains de trancher, c'est pourquoi je t'envoie vers lui, mais ne va surtout pas t'imaginer que je manque de savoir. »
Il en ressort qu'on n'a pas toujours besoin d'un éminent rabbin. Il suffit parfois d'un homme sensé, d'un ben Torah, pour entendre la question et trancher pour toi ; sur ce point précis, son jugement sera meilleur que le tien. Et si tu objectes que tu as plus de connaissances que lui : c'est vrai, il n'a peut-être pas ton niveau, mais il possède un avantage déterminant : il n'a aucun parti pris dans l'affaire. Face au dilemme, tu es subjectif d'un côté ou de l'autre ; lui a l'esprit libre. « Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien » : tu veux savoir ce qui est bien ? Interroge un tiers objectif.
Et s'il n'y a personne sous la main à interroger ? Ce point a déjà été abordé à propos de la Méguilat Ruth, sur le verset « Voyant qu'elle s'obstinait à l'accompagner ». Le Gaon de Vilna enseigne : regarde vers laquelle des deux options ton inclination naturelle t'attire, et fais l'inverse. Pourquoi ? Parce que, par nature, nous sommes attirés par le yetser hara plutôt que par le yetser hatov. Le bon penchant n'apparaît qu'à l'âge de treize ans, tandis que le mauvais penchant est déjà « intégré » en l'homme dès le sein maternel, tel un vieux compagnon. « Le penchant du cœur de l'homme est mauvais dès sa jeunesse », et « L'homme naît comme un ânon sauvage » : l'homme commence son existence comme un animal sauvage, et c'est à partir de cela qu'il doit façonner un être humain. C'est pourquoi, lorsque tu hésites, ton penchant spontané penche vraisemblablement du mauvais côté : agis donc à l'inverse.
Comment évalue-t-on un homme ? On ne pouvait pas éprouver Aharon le Cohen par sa coupe (« békosso », son comportement avec le vin), car les cohanim ont l'interdiction de boire du vin durant leur service ; ni par sa bourse (« békisso »), car il ne possédait aucun bien propre et ne vivait que des dons qui lui étaient alloués. Il ne restait donc qu'à l'éprouver par sa colère (« béka'asso ») : qu'on vienne se plaindre de lui et le provoquer, et l'on verra qu'il ne s'emporte jamais. C'est à cela que l'on reconnaît la grandeur d'Aharon. Il en va de même pour notre sujet : la véritable mise à l'épreuve de « marcher humblement avec ton D.ieu » réside dans l'accompagnement des défunts et la célébration des mariés. C'est là que l'on vérifie si l'homme sait agir avec retenue : non seulement lors d'un enterrement, mais aussi lors des festivités, en veillant à ne pas organiser des réjouissances au-delà de ses moyens, mais en agissant, là aussi, en toute discrétion et modestie.
Par voie d'allusion (remez) : la Guémara enseigne que pour tout homme empreint d'orgueil, le Saint béni soit-Il déclare : « Lui et Moi ne pouvons cohabiter dans le monde. » Pourquoi ? Parce que l'orgueilleux prend toute la place et repousse ainsi les pas de la Présence divine ; car « toute la terre est remplie de Sa gloire », et lui, par son arrogance, prétend occuper tout l'espace. Tel est le sens de « marcher humblement avec ton D.ieu » : celui qui fait preuve d'humilité et de discrétion a le mérite de demeurer aux côtés du Saint béni soit-Il, car il laisse une place pour D.ieu ; tandis que l'orgueilleux n'est plus « avec ton D.ieu », mais s'éloigne de Lui.
Autre explication : « Avec ton D.ieu (Elokekha) » - le Nom Elokim évoque l'attribut de Rigueur (Midat Hadin). Celui qui se conduit avec discrétion et modestie mérite que le Saint béni soit-Il soit avec lui, même lorsqu'Il siège sur le trône du Jugement, sans jamais l'abandonner. Pourquoi ? De même que tu agis avec bienveillance et au-delà de la stricte rigueur de la loi - comme nous l'avons vu pour « aimer la bonté » -, le Saint béni soit-Il dit : « Moi aussi, J'agirai envers toi au-delà de la stricte justice. » « Marche humblement » : tu te conduis avec effacement et modestie, et alors, même lorsque Je Me manifeste comme « ton D.ieu » sous les traits de la Rigueur, Je demeure « avec toi ».
Le Saint béni soit-Il adresse Ses reproches à Israël : souvenez-vous du dessein de Balak et de la réponse de Bil'am, et rappelez-vous ce que J'ai accompli pour vous depuis Chitim jusqu'à Guilgal - même après vos fautes, Je ne vous ai pas privé de Ma bonté et J'ai pourvu à tous vos besoins jusqu'à vous faire entrer en Terre promise. Saisi de repentir, Israël se demande alors comment expier : par des holocaustes ? Par des milliers de béliers ? Peut-être en offrant son premier-né, le fruit de ses entrailles ? C'est à cela que le prophète répond : « Il t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien. » Le Saint béni soit-Il te l'a déjà enseigné, et Moché Rabbénou te l'a transmis dans le livre du Deutéronome (Michné Torah), depuis Chitim jusqu'à Guilgal : l'Éternel n'exige de toi ni labeurs écrasants ni hécatombes de sacrifices, mais seulement trois choses : pratiquer la justice - fondement indispensable d'une vie sociale harmonieuse ; aimer la bonté - une disposition constante à faire le bien au-delà de la stricte obligation ; et marcher humblement avec ton D.ieu - un attachement intérieur et pudique, empreint de simplicité, sans orgueil ni vains calculs. Et celui qui chemine ainsi mérite que le Saint béni soit-Il l'accompagne, même à l'heure du Jugement.