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Chapitre 42 - La réponse d'Iyov et son dénouement

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Introduction : Le chapitre qui clôt le livre d'Iyov

Le chapitre 42 est le dernier chapitre du livre d'Iyov. C'est le chapitre qui met un terme à l'ensemble du débat, celui où tout s'éclaircit, et où Iyov reçoit en retour tout ce qui lui appartenait, et même au double. C'est ici que se conclut le livre d'Iyov. Après l'étude de ce chapitre, nous pourrons également aborder la question des réincarnations (guilgoulim) d'Iyov - voir, selon l'enseignement du saint Ari zal et la Kabbala, qui était Iyov, quelles furent ses réincarnations, ce qu'il est venu réparer et pourquoi il a tant souffert.

Iyov abat ses cartes : la foi face à la connaissance
וַיַּעַן אִיּוֹב אֶת־יְהֹוָה וַיֹּאמַר׃ יָדַעְתִּי כִּי־כֹל תּוּכָל וְלֹא־יִבָּצֵר מִמְּךָ מְזִמָּה׃ - Iyov répondit à l'Éternel et dit : Je sais que Tu peux tout, et qu'aucun dessein ne T'est inaccessible.

Une fois le débat terminé, Iyov vient abattre ses cartes. Il dévoile tout ce qu'il portait dans son cœur depuis le début : Maître du monde, je sais que Tu peux tout. Au plus profond de moi-même, mon cœur était intègre envers Hachem, j'ai véritablement surmonté l'épreuve et j'ai cru en tous les fondements de la foi. Certes, j'ai posé des questions proprement hérétiques, mais elles ne provenaient nullement de mes convictions réelles ; au fond de moi, je croyais d'une foi parfaite en Hachem. Dès lors, la question se pose : pourquoi soulever des questions hérétiques si l'on connaît déjà les réponses ?

En réalité, il existe deux manières de connaître les réponses. La première possibilité : je crois d'une foi parfaite en Hachem, que Son nom soit béni, à cent pour cent. Ai-je une preuve ? Non. Mais je crois en Hachem sans l'ombre d'un doute ni d'une hésitation. C'est l'attitude d'un homme qui détient des réponses globales, mais qui ne possède pas de réponse spécifique à chaque question en détail. Que possède-t-il alors ? Je sais qu'il y a un Créateur du monde, qu'Il pourvoit et exerce Sa providence, qu'Il rétribue, qu'il y a une éternité de l'âme - tout cela d'une foi entière. Telle était la foi de nos grands-parents, des gens à la foi pure et simple (émouna téhima).

Mais il existe un degré supplémentaire : le statut de la connaissance rationnelle (yédi'a). Le savoir ne signifie pas seulement que je crois en vertu de ce que j'ai reçu par tradition, mais que je suis capable de démontrer la chose par la voie de la recherche, de l'analyse et de la philosophie. De telle sorte que même face à une personne qui me dirait : « Toi, tu crois, grand bien te fasse ; moi, non », je puisse lui répondre : « Je vais faire de toi un croyant, car je vais te prouver la réalité du Créateur, te prouver Sa providence, te prouver Son existence, te prouver que le monde n'est pas abandonné aux seules lois de la nature, et te prouver qu'il existe un monde futur. »

C'est pourquoi Iyov vient et déclare : sur le plan de la foi, j'avais une foi parfaite, et ne me soupçonnez pas d'avoir réellement pensé ce que j'ai demandé. Tout était clair pour moi, les réponses m'apparaissaient sans le moindre doute. Quel était donc le but ? Tout mon débat s'inscrivait dans une démarche d'investigation et d'approfondissement intellectuel. Je voulais que les choses soient élucidées par des preuves. Et lorsqu'on procède ainsi, il faut nécessairement un contradicteur et un répondant. C'est ainsi qu'est construit le livre du Kuzari, par exemple. On pourrait certes exposer les enseignements de manière directe, mais sur le plan didactique, l'une des méthodes d'enseignement les plus efficaces reste celle du questionnement et de la réponse.

Dès lors, pour que la question soit posée dans toute sa force, il faut que quelqu'un endosse le rôle de l'incroyant. Il posera alors la question avec la plus grande acuité, ce qui donnera à la partie adverse le défi d'apporter des réponses étayées par des preuves tangibles et des arguments clairs. Iyov dit alors : j'ai en quelque sorte joué le rôle de l'hérétique. Et pourquoi ai-je voulu faire cela ? Parce que je voulais que chacun sache qu'il existe des réponses limpides, et je voulais que cela soit prouvé par la voie de la raison, par l'analyse conceptuelle et la philosophie - et non par une simple foi du cœur. Et comment obtenir de toi une démonstration ? En disant : « Qui l'a dit ? Pas du tout, qui prétend que cela existe ? » Je t'ai provoqué afin que tu viennes chercher, démontrer et apporter des preuves, pour que cela ne reste pas confiné au domaine de la croyance, mais devienne une certitude absolue.

C'est également la raison pour laquelle il a imploré Hachem de débattre avec lui. Il désirait que le Saint, béni soit-Il, fasse passer ces notions du statut de vérités admises par le cœur - car le siège de la foi se trouve dans le cœur et non dans l'intellect - à celui de vérités comprises et intégrées par la raison. La différence entre le cœur et l'esprit réside en ceci : ce qui est dans le cœur m'appartient en propre, et autrui peut rétorquer : « Moi, je n'éprouve rien de tel. » En revanche, l'intellect se transmet. Lorsque je sais quelque chose par la raison, je peux le transmettre à un autre. C'est une démonstration qui relève déjà du savoir. C'est pourquoi il disait : de grâce, Hachem, viens débattre avec moi. Non pas pour que Tu m'enseignes une vérité que j'ignorerais - je la sais parfaitement par la connaissance du cœur - mais afin que cette réalité atteigne le degré de la connaissance intellectuelle, démontrable par la raison.

Et c'est précisément ce qu'il déclare : « Je sais ». Même au début du débat, je savais que Tu peux tout - je sais que Tu détiens une toute-puissance absolue. « Et qu'aucun dessein ne T'est inaccessible » - je sais que toute sagesse et toute pensée profonde résident auprès de Toi. Et je croyais que Toi, Maître du monde, dans Ta sagesse infinie, veilles sur tout ce qui advient ici-bas, qu'en fin de compte l'homme possède le libre arbitre et que Tu récompenses chaque bonne action accomplie. Pourquoi donc me suis-je présenté comme niant le libre arbitre ou contestant l'omniscience divine ? Pour appréhender ces réalités également par l'intellect, afin de ne pas me contenter de croire, mais de parvenir à les connaître d'un savoir rigoureux et limpide.

Et quel niveau est le plus élevé, le savoir ou la foi ? « Tu sauras en ce jour et tu graveras dans ton cœur » - le niveau suprême est la connaissance (yédi'a). Je sais que vous êtes actuellement assis ici ; j'ignore si mon fils est à la maison en ce moment, mais je crois qu'à cette heure-ci il devrait y être - cela relève de la croyance. Le savoir consiste à connaître une chose avec certitude, je le sais parce que je le vois, c'est palpable. C'est pourquoi Iyov a demandé : Maître du monde, élève pour moi la foi au rang de la connaissance absolue. Et de quelle racine dérive le mot « vikoua'h » (débat) ? De la racine « hokha'ha » (preuve, démonstration). Celui qui débat cherche en réalité à démontrer. Maître du monde, je veux des preuves, afin que cette vérité soit également ancrée dans l'intellect et ne demeure pas seulement dans le cœur.

"Iyov a voulu renverser le plat sur son ouverture" - la parabole du Gaon de Vilna

Nos Sages disent : Iyov a voulu renverser le plat sur son ouverture. Comme si Iyov avait voulu retourner le plat avec toute la nourriture qu'il contenait. Au sens simple, cela laisse entendre qu'Iyov voulait renier. Mais quelle est cette parabole, et pourquoi ont-ils justement employé cette expression ?

Le Gaon de Vilna l'explique à l'aide d'une histoire célèbre en leur temps : un roi avait un serviteur fidèle, et le roi l'aimait d'un amour profond, il l'aimait vraiment comme sa propre âme, et passait tout son temps à s'asseoir et à se divertir avec lui. Un jour, ce serviteur servit au roi une assiette de soupe, et sans le vouloir, une goutte s'échappa et atteignit le vêtement neuf du roi. Le roi vit cela et sa colère s'enflamma jusqu'à la fureur, et il ordonna aussitôt aux serviteurs qui se tenaient devant lui : prenez-le et exécutez-le pour cet acte. Voyant cela, le serviteur prit toute l'assiette de soupe et la déversa entièrement sur le vêtement neuf du roi, et il fit couler les dernières gouttes sur sa tête, puis on le traîna dehors et on l'emmena. Le roi vit cela et sa colère s'enflamma encore davantage, il dit : exécutez-le par de cruels supplices.

Mais le roi ne parvenait pas à se calmer face à l'insolence du serviteur. Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Et il ne parvenait pas à se l'expliquer : je connais cet homme, ce n'est pas un sot ni un imbécile, comment a-t-il pu faire cela ? Avant que l'on commence à appliquer la sentence, il dit : je veux lui parler, appelez-le-moi. Il lui demanda : dis-moi, comment as-tu pu faire une chose pareille ? Le serviteur s'agenouilla devant le roi et dit : mon seigneur le roi, je t'aime d'un amour profond, et tu as décrété contre moi la mort pour une goutte de soupe qui a volé sur ton vêtement. Quand j'ai vu cela, j'ai été saisi d'une grande crainte, et non pour moi-même, car qui suis-je face à ton honneur, à la grandeur de ta majesté et de ton rang, mon seigneur le roi. J'ai craint la façon dont la chose serait reçue par le peuple : un roi tyrannique et méchant, qui pour une goutte de soupe a fait exécuter son serviteur bien-aimé, dont on connaissait la grande affection qui les unissait. Que dirait-on de toi ? Quelle honte. Cela, je ne pouvais le supporter. C'est pourquoi je me suis dit : je vais déverser toute l'assiette sur le roi, et alors on dira : le roi a fait exécuter son bien-aimé, pour quelle raison ? Il a pris une assiette de soupe et l'a déversée sur lui intentionnellement. Que peux-tu dire à cela ? Il faut le réduire en boulettes. Et alors le peuple comprendra et donnera raison à mon seigneur le roi. Le roi entendit cela et redoubla d'amour pour ce serviteur, qui, même à son heure la plus difficile, ne se souciait que d'une chose : que l'honneur du roi ne soit pas déshonoré.

Le Gaon de Vilna dit : il en va de même ici. Iyov a voulu renverser le plat sur son ouverture. Iyov dit : Maître du monde, quiconque me voit souffrir se demandera : est-ce là Naomi ? Est-ce là Iyov ? Un juste, craignant D.ieu, s'écartant du mal, dont on dit plus de bien encore que d'Avraham. Comment D.ieu peut-il faire à son bien-aimé une chose aussi terrible ? C'est pourquoi Iyov dit : s'il en est ainsi, mieux vaut que je me lève et que je renie en apparence. Reniait-il D.ieu ? À D.ieu ne plaise. Que sais-tu aujourd'hui que tu ne savais hier ? Et si hier tu avais une foi absolue en D.ieu, qu'est-il arrivé aujourd'hui ? Mais mieux vaut qu'en apparence je me fasse passer pour un renieur de D.ieu, et alors que dira-t-on dans la rue ? Ah, Iyov, sais-tu quelle hérésie j'ai entendu qu'il prononce ? Pas étonnant que D.ieu lui ait fait cela. D.ieu est juste, et Il sait quoi faire des gens qui se comportent d'une telle manière. Et par là on donnera raison au Saint béni soit-Il et aucune injustice ne Lui sera attribuée. Voilà ce qu'est "il a voulu renverser le plat sur son ouverture" : non pas renier par hérésie, mais renier en apparence afin de faire ainsi ressortir la justice du Saint béni soit-Il.

Le roi David et cette même pensée

Qui d'autre a voulu agir de la sorte ? Le roi David. Il est dit à son sujet : "Et David arriva jusqu'au sommet (rosh)", et nos Sages disent : qu'est-ce que ce sommet ? Que David voulut servir une idolâtrie, et Houshaï l'Arki lui dit : est-ce là ce qui te sied ? Quand cela ? Lorsque David était pourchassé. Et la chose est étonnante : le roi David, quatrième pied du Char céleste, aurait-il seulement l'idée de servir une idolâtrie ? Or, pour l'idolâtrie, l'homme est puni même pour une simple pensée, comme s'il avait servi l'idolâtrie même en pensée. Comment comprendre une telle chose ?

En réalité, le roi David dit : Maître du monde, tous verront David le juste, David le craignant du Ciel, "garde mon âme car je suis pieux", David saint des saints, comment D.ieu peut-Il lui faire une chose pareille ? Il suscite contre lui le malheur du sein de sa propre maison, son fils se lève, se révolte contre lui et veut le tuer, il fuit comme une perdrix dans les montagnes devant son fils, et son fils souille ses concubines. Comment D.ieu peut-Il faire cela à un tel juste ? Et si les gens disent : n'as-tu pas entendu ? On dit que David a servi une idolâtrie, alors D.ieu est juste, il l'a mérité, et il n'y a plus là aucune question. Et par là David voulut faire ressortir la justice du Saint béni soit-Il dans Son jugement.

S'il en est ainsi, pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Houshaï l'Arki lui dit : parce qu'en disant que David a servi une idolâtrie, il y a le risque que quelqu'un aille t'imiter. Il dira : David a servi une idolâtrie ? Alors quel est le problème ? Sans doute a-t-il trouvé qu'il y a là quelque chose de réel. Et alors il ira lui aussi servir une idolâtrie à ta suite. Qu'auras-tu gagné par là ? Tu veux pour ainsi dire faire ressortir la justice de D.ieu et dire que D.ieu t'a puni parce que tu es méchant, mais, à D.ieu ne plaise, on ira imiter ta méchanceté, et il se trouvera que tu auras fait trébucher les gens dans la faute.

"Qui est celui qui obscurcit le dessein sans savoir" - pourquoi tout resterait-il dans la foi ?
מִי זֶה מַעְלִים עֵצָה בְּלִי־דָעַת לָכֵן הִגַּדְתִּי וְלֹא אָבִין נִפְלָאוֹת מִמֶּנִּי וְלֹא אֵדָע׃ שְׁמַע־נָא וְאָנֹכִי אֲדַבֵּר אֶשְׁאָלְךָ וְהוֹדִיעֵנִי׃ - Qui est celui qui obscurcit le dessein sans savoir ? C'est pourquoi j'ai parlé sans comprendre, de merveilles qui me dépassent et que je ne connais pas. Écoute donc, et moi je parlerai ; je t'interrogerai, et fais-moi savoir.

Iyov dit : je me suis demandé, est-il possible d'obscurcir le dessein, c'est-à-dire toute la conduite de D.ieu réalisée par une sagesse immense, sans savoir ? Est-il possible que nous ne sachions pas et que nous nous appuyions uniquement sur la foi ? Est-il possible que de telles choses nous soient cachées et que nous n'en ayons aucune connaissance claire, mais seulement une foi dans le cœur ? Au contraire, il vaut mieux que nous connaissions ses secrets, que nous comprenions l'intériorité des choses, que nous connaissions les voies de la conduite divine, et que tout se fasse par la voie du savoir et non uniquement par la voie de la foi.

« C'est pourquoi j'ai parlé sans comprendre » : dans la mesure où je ne comprenais pas ce dessein, où je ne comprenais pas la conduite divine mais me contentais de croire - sans pour autant saisir par l'intellect, car « ce sont des merveilles qui me dépassent et que j'ignore » -, je n'ai fait que parler vers l'extérieur. « Écoute de grâce, et je parlerai ; je t'interrogerai, et instruis-moi » : j'ai demandé, Maître du monde, que Tu me parles et m'instruises, afin que j'en aie une connaissance claire. Le Malbim explique : la philosophie et la recherche rationnelle humaine soulèvent de multiples questions sur l'omniscience divine et le libre arbitre, ou sur le juste qui souffre et l'impie qui prospère. Toutes les interrogations formulées par Iyov sont des questions célèbres et classiques en philosophie, et il ignorait que leur répondre. C'est pourquoi il déclare : il ne convient pas d'obscurcir le dessein par manque de savoir et de s'en remettre uniquement à la foi ; je souhaite en avoir une connaissance claire.

« Et maintenant mon œil T'a vu » - De l'ouïe à la vision
לְשֵׁמַע־אֹזֶן שְׁמַעְתִּיךָ וְעַתָּה עֵינִי רָאָתְךָ׃ עַל־כֵּן אֶמְאַס וְנִחַמְתִּי עַל־עָפָר וָאֵפֶר׃ - « Je n'avais entendu parler de Toi que par ouï-dire, mais maintenant mon œil T'a vu. C'est pourquoi je méprise [l'existence matérielle] et me console sur la poussière et la cendre. »

Tout cela prévalait jusqu'à présent, dit Iyov, lorsque je n'avais « entendu parler de Toi que par ouï-dire ». Je ne T'avais point perçu par la prophétie, mais seulement à travers ce que j'avais reçu par tradition - de génération en génération, de père en fils. Or, lorsqu'un homme reçoit un enseignement par tradition, il possède la foi mais non la connaissance directe : mon père ne saurait me tromper, je crois donc que ce qu'il m'a transmis est vrai ; et son père ne l'a pas trompé non plus, il croit donc ce qu'on lui a transmis. Telle est la foi. Jusqu'à présent, il en allait ainsi - uniquement ce que j'avais appris de bouche à oreille, sans détenir encore une connaissance limpide. Il restait alors matière à douter face à toutes ces questions : le juste qui souffre, l'impie qui prospère, la prescience divine et le libre arbitre.

Mais désormais, « mon œil T'a vu ». Quand l'homme voit une réalité, la vision relève d'une certitude absolue. À présent, tout m'apparaît avec clarté, sans le moindre doute. Par le fait que Tu T'es révélé à moi dans une vision prophétique, j'ai acquis plusieurs certitudes. Premièrement, j'ai constaté que Toi, Hachem, Tu exerces une providence sur tous les actes humains - Tu as été témoin de la controverse avec mes compagnons et Tu es intervenu au milieu du débat. C'est bien la preuve qu'Hachem n'a pas délaissé la terre : Hachem veille, Il est présent ici-bas et inspire la prophétie aux hommes.

Deuxièmement, j'ai compris la réalité de l'âme, indépendante du corps, vouée à l'éternité et appelée en définitive à s'attacher à Dieu. S'il n'en était pas ainsi, comment un être humain pourrait-il accéder à la prophétie ? L'élévation prophétique est précisément un détachement de l'âme hors de l'enveloppe corporelle. S'il n'existait pas d'âme éternelle, comment une telle élévation serait-elle concevable ? La communion du Saint béni soit-Il avec l'homme ne s'établit pas par son corps - le corps n'est que matière, il relève du domaine animal. Le Saint béni soit-Il se lie à l'homme par son âme éternelle. J'en déduis également l'immortalité de l'âme : si l'âme peut s'unir à Dieu, alors lorsque le corps périt - la mort n'atteignant que la matière -, l'âme demeure immortelle, retourne vers son Créateur et s'attache à Lui.

Une autre vérité m'est apparue avec une parfaite netteté : l'âme reçoit une rétribution spirituelle, elle est destinée à être récompensée pour l'ensemble de ses actes. Et quelle est cette récompense ? Comme l'enseigne le Ramchal dans Derekh Hachem, la récompense suprême réside dans l'attachement à Lui, béni soit-Il. Et quand y accède-t-on ? Après la séparation de l'âme d'avec le corps. Plus l'homme a fait tomber les cloisons qui le séparaient d'Hachem de son vivant, plus il méritera après sa mort d'atteindre une communion intense avec Lui. C'est là le bonheur au-delà de tout bonheur, la délectation la plus sublime, la réalité la plus grandiose à laquelle une créature puisse aspirer. Et j'ai pu en faire le constat immédiat, puisque j'ai goûté à cette proximité divine dès cette vie terrestre - par l'expérience même de la prophétie.

Dès lors, « c'est pourquoi je méprise et me console sur la poussière et la cendre » : à la suite de cela, je dédaigne la vie corporelle et trouve consolation quant à la chair, qui n'est que poussière et cendre. Sur toute la ruine et les tourments qui ont frappé mon corps, je me console. Ce n'est qu'un corps, ce n'est rien, la chair retourne finalement à la poussière et à la cendre. Que représente-t-elle face à la félicité véritable et impérissable réservée à l'âme après le départ de ce monde ? De ce fait, je n'ai plus d'interrogation sur le juste qui souffre : s'il souffre en ce monde - mais que vaut donc ce monde ? Je le méprise. Que la poussière et la cendre subissent des atteintes, j'en suis consolé, cela n'est rien. Un seul instant de cette sublime douceur spirituelle surpasse tous les plaisirs et toutes les jouissances de ce bas monde. Par là, affirme Iyov, tous les nuages qui obscurcissaient mon entendement se sont dissipés, et la lumière de la sagesse m'est apparue pour saisir ces mystères avec clarté et discernement.

« Car vous n'avez pas parlé avec droiture à Mon sujet, comme Mon serviteur Iyov »
וַיְהִי אַחַר דִּבֶּר יְהֹוָה אֶת־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֶל־אִיּוֹב וַיֹּאמֶר יְהֹוָה אֶל־אֱלִיפַז הַתֵּימָנִי חָרָה אַפִּי בְךָ וּבִשְׁנֵי רֵעֶיךָ כִּי לֹא דִבַּרְתֶּם אֵלַי נְכוֹנָה כְּעַבְדִּי אִיּוֹב׃ - « Après qu'Hachem eut adressé ces paroles à Iyov, Hachem dit à Élifaz de Téman : Ma colère s'est enflammée contre toi et contre tes deux compagnons, car vous n'avez pas parlé avec droiture à Mon sujet, comme l'a fait Mon serviteur Iyov. »

Une fois le dialogue avec Iyov achevé, Hachem s'adresse à Élifaz de Téman : Ma colère s'est enflammée contre toi et contre tes deux compagnons, car vous n'avez pas parlé avec droiture à Mon sujet. En d'autres termes, lors de votre controverse avec Iyov, vos paroles n'étaient pas convenables. Certes, Iyov a failli par ses lèvres, mais au fond de son cœur, sa pensée était juste : comme il en a lui-même témoigné, pas un seul instant l'hérésie n'a pénétré son for intérieur. Il conservait une foi inaltérable, et par ses lèvres, il ne faisait que se faire le porte-voix des contradicteurs afin d'obtenir une réponse intellectuelle.

En revanche, chez les compagnons, souligne le Malbim, la disposition intérieure était rigoureusement inverse. Ils plaidaient en faveur d'Hachem - leurs lèvres prenaient le parti du Saint béni soit-Il, mais leur cœur ne s'accordait point avec leurs paroles. C'est ce qu'Iyov leur reprochait déjà : « Voulez-vous vous moquer de Lui comme on se moque d'un homme ? Sa majesté ne vous terrifiera-t-elle pas ? » - comment n'avez-vous pas honte de prononcer des formules auxquelles vous ne croyez pas vous-mêmes ? Iyov leur disait en substance : vos arguments ne sont qu'une façade pour me réduire au silence, mais au fond de votre cœur, vous n'y adhérez nullement.

Il s'avère donc que ce que vous avez fait est pire que ce qu'a fait Iyov, dit le Saint, béni soit-Il. Extérieurement, Iyov a parlé de manière inexacte, mais dans sa pensée, il a parlé avec justesse ; quant à vous, extérieurement vous avez parlé avec justesse, mais dans votre pensée, ce n'était pas juste. Et qu'est-ce qui compte avant tout comme parole pour le Saint, béni soit-Il ? La parole du cœur, et non la parole extérieure de la bouche. Que sonde Hachem chez l'homme ? Les reins et le cœur. Hachem dit : peu M'importe l'extérieur, ce qui M'importe, c'est l'intérieur. Et qui est le plus coupable ici ? Les amis. Car certes, Iyov a mal parlé en apparence, mais la parole de son cœur était authentique et vraie, et il croyait en Hachem ; tandis que chez vous, la parole extérieure était convenable, mais la parole intérieure, qui est l'essentiel, ne l'était pas.

L'offrande des holocaustes et la prière d'Iyov
וְעַתָּה קְחוּ־לָכֶם שִׁבְעָה־פָרִים וְשִׁבְעָה אֵילִים וּלְכוּ אֶל־עַבְדִּי אִיּוֹב וְהַעֲלִיתֶם עוֹלָה בַּעַדְכֶם וְאִיּוֹב עַבְדִּי יִתְפַּלֵּל עֲלֵיכֶם כִּי אִם־פָּנָיו אֶשָּׂא לְבִלְתִּי עֲשׂוֹת עִמָּכֶם נְבָלָה כִּי לֹא דִבַּרְתֶּם אֵלַי נְכוֹנָה כְּעַבְדִּי אִיּוֹב׃ - Et maintenant, prenez sept taureaux et sept béliers, allez vers Mon serviteur Iyov et offrez un holocauste pour vous ; et Mon serviteur Iyov priera pour vous, car c'est par égard pour lui seul que Je n'agirai pas envers vous selon votre indignité, car vous n'avez point parlé de Moi avec droiture, comme l'a fait Mon serviteur Iyov.

Il leur ordonne d'offrir des holocaustes ('Olot), car le 'Olah vient expier les pensées coupables du cœur - et comme nous l'avons expliqué, c'est là que résidait leur faute, dans la pensée du cœur. Mais aussi pour avoir outragé Iyov sans motif : ils lui avaient en effet dit qu'il était un impie, que ce que Hachem lui infligeait était mérité, qu'apparemment il n'avait pas servi Hachem d'un culte intérieur et n'avait pas atteint les véritables niveaux spirituels qu'il aurait dû atteindre. Ils lui avaient imputé de nombreux torts et l'avaient calomnié. C'est pourquoi ils doivent également demander pardon à Iyov, et obtenir qu'Iyov prie en leur faveur ; alors Hachem aura égard au juste Iyov et ne les punira pas.

Et pourquoi l'expression « car vous n'avez point parlé de Moi avec droiture, comme l'a fait Mon serviteur Iyov » est-elle répétée ? Le Malbim explique : la première fois, cela signifiait que dans la pensée de votre cœur, votre cœur n'était pas intègre avec Hachem ; et à présent, Il ajoute que même dans la parole extérieure, vous n'avez pas parlé avec droiture, car dans vos propos extérieurs, vous avez accablé Iyov de très graves accusations dont il était exempt. C'est pourquoi, pour cette faute-là, il faut qu'Iyov vous pardonne et prie pour vous.

Le Yalkout Shimoni rapporte : Rava a dit, d'ici nous apprenons qu'on ne tient pas rigueur à un homme de ce qu'il dit dans sa douleur (Ein adam nitpas 'al tsa'aro). Autrement dit, le Yalkout Shimoni s'interroge : Iyov a-t-il vraiment parlé avec tant de justesse ? Il a pourtant prononcé des paroles très dures ! Selon le Malbim, nous avons résolu cette difficulté, mais selon la lecture du Yalkout Shimoni, Iyov non plus n'a pas parlé convenablement - seulement, Iyov avait une excuse : il souffrait, et l'on ne tient pas rigueur à l'homme de ce qu'il profère dans sa douleur. Mais vous, de quoi souffriez-vous ? Qu'aviez-vous donc subi pour ne point parler avec droiture ?

« Lorsqu'il pria pour son prochain » - Quiconque prie pour son ami est exaucé en premier
וַיֵּלְכוּ אֱלִיפַז הַתֵּימָנִי וּבִלְדַּד הַשּׁוּחִי צֹפַר הַנַּעֲמָתִי וַיַּעֲשׂוּ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֲלֵיהֶם יְהֹוָה וַיִּשָּׂא יְהֹוָה אֶת־פְּנֵי אִיּוֹב׃ - Élifaz de Téman, Bildad de Chouah et Tsofar de Naama s'en allèrent et firent comme Hachem leur avait ordonné ; et Hachem eut égard à Iyov.

Ils accomplissent tout ce que Hachem ordonne, Iyov implore en leur faveur, et Hachem a égard à sa supplication.

וַיהֹוָה שָׁב אֶת־שְׁבוּת אִיּוֹב בְּהִתְפַּלְלוֹ בְּעַד רֵעֵהוּ וַיֹּסֶף יְהֹוָה אֶת־כׇּל־אֲשֶׁר לְאִיּוֹב לְמִשְׁנֶה׃ - Et Hachem rétablit la situation d'Iyov lorsqu'il eut prié pour ses compagnons, et Hachem doubla tout ce qu'Iyov avait possédé.

À ce propos, le Yalkout Shimoni cite : Rava bar Mari lui dit : d'où vient cet enseignement de nos Sages : « Quiconque implore la miséricorde pour son prochain alors qu'il a lui-même besoin de la même chose, est exaucé en premier » ? Du verset : « Et Hachem rétablit la situation d'Iyov lorsqu'il eut prié pour son prochain ». Quand Hachem lui a-t-Il tout rendu ? Au moment où il a intercédé en leur faveur. Tu as souhaité qu'il leur soit fait du bien, le Saint, béni soit-Il, t'accorde à toi aussi Ses bienfaits. On le constate également dans la Parachat Vayéra : Avraham Avinou pria pour Avimélekh et le roi de Guérar, et à la suite de cela, « elles enfantèrent » - jusqu'alors elles n'enfanterent point et désormais elles purent enfanter, et immédiatement après, Sarah enfante. C'est de là que l'on déduit que celui qui prie pour autrui est exaucé en premier. Voyez à ce sujet les propos du saint Or Ha'haïm qui approfondit ce point pour déterminer si un événement découle directement de l'autre ou s'ils sont indépendants, proposant deux explications à ce sujet.

Le retour des proches et des connaissances
וַיָּבֹאוּ אֵלָיו כׇּל־אֶחָיו וְכׇל־אַחְיֹתָיו וְכׇל־יֹדְעָיו לְפָנִים וַיֹּאכְלוּ עִמּוֹ לֶחֶם בְּבֵיתוֹ וַיָּנֻדוּ לוֹ וַיְנַחֲמוּ אֹתוֹ עַל כׇּל־הָרָעָה אֲשֶׁר־הֵבִיא יְהֹוָה עָלָיו וַיִּתְּנוּ־לוֹ אִישׁ קְשִׂיטָה אֶחָת וְאִישׁ נֶזֶם זָהָב אֶחָד׃ - Tous ses frères, toutes ses sœurs et toutes ses anciennes connaissances vinrent chez lui ; ils mangèrent le pain avec lui dans sa maison, lui témoignèrent leur compassion et le consolèrent de tout le malheur que l'Éternel avait fait venir sur lui ; et chacun lui donna une qessita et chacun un anneau d'or.

« Ses anciennes connaissances » : les connaissances qu'il avait auparavant, avant que ne surviennent les épreuves. En effet, dès que les souffrances l'ont frappé, « amis et proches ont cessé », et comme Iyov le dit explicitement : « Mes connaissances me sont devenues étrangères », elles se sont dispersées et éloignées de moi. Et à présent, alors que sa situation se rétablit, ils viennent manger et se réjouir avec lui : « ils mangèrent le pain avec lui dans sa maison », le pain désignant ici un festin. « Lui témoignèrent leur compassion » (vayanoudou lo) : ils hochaient la tête en signe d'empathie, comme on le fait pour consoler quelqu'un qui a réchappé d'une détresse. « Et ils le consolèrent » : en lui adressant des paroles de réconfort, lui disant que tout ce qu'il a enduré n'était que pour le bien, etc. Et chacun lui offrit également un présent, une qessita (une pièce de monnaie) et un anneau d'or, lui témoignant ainsi une affection particulière.

On peut ajouter à ce propos : il est écrit « En cette année de Yovel, vous retournerez chacun dans sa propriété et chacun dans sa famille ». Les commentateurs demandent : « chacun dans sa propriété » se comprend aisément, car il avait quitté sa terre, l'année du Jubilé arrive et il la récupère. Mais que signifie « et chacun dans sa famille vous retournerez » ? Avait-il donc quitté sa famille ? En réalité, lorsqu'un homme perd sa fortune, soudain plus personne ne le reconnaît. Des amis d'autrefois passent à côté de lui dans la rue sans même lui dire bonjour. Quand on a un certain statut, tout le monde est flatteur : bonjour, comment vas-tu, que dis-tu ? On rit même sans qu'il ait fait de plaisanterie, par pure flatterie, car « nombreux sont les amis du riche ». Mais lorsque sa situation financière s'effondre, soudain on ne le connaît plus. C'est le sens du verset : tu as vendu ton champ, ta propriété foncière, tu n'as plus d'argent, et même ta propre famille t'a délaissé. Mais lors du Yovel, quand l'homme retourne à sa propriété, alors automatiquement « chacun dans sa famille vous retournerez » : soudain toute la famille, dont on n'avait plus de nouvelles depuis des années, se remet à appeler : bonjour, comment vas-tu, quoi de neuf ? L'homme a retrouvé son rang, et les courtisans se multiplient.

Il en va de même ici, avec « toutes ses anciennes connaissances » : quand sa situation était catastrophique : « Tu connais Iyov ? Non, aucun lien ; un proche ? Bof, un parent éloigné. » Mais lorsque sa situation redevient florissante et s'améliore : « Iyov ? Bien sûr, c'est mon cousin germain, enfin voyons ! » Soudain, toute la famille se remet à faire partie de ses proches amis.

La fin d'Iyov plus bénie que son commencement
וַיהֹוָה בֵּרַךְ אֶת־אַחֲרִית אִיּוֹב מֵרֵאשִׁתוֹ וַיְהִי־לוֹ אַרְבָּעָה עָשָׂר אֶלֶף צֹאן וְשֵׁשֶׁת אֲלָפִים גְּמַלִּים וְאֶלֶף־צֶמֶד בָּקָר וְאֶלֶף אֲתוֹנוֹת׃ - Et l'Éternel bénit la fin d'Iyov plus que son commencement ; et il posséda quatorze mille têtes de petit bétail, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.

Parce qu'Iyov a pardonné l'affront subi et qu'il a prié pour eux, Hachem a rétabli son sort et a tout doublé par rapport à ce qu'il possédait auparavant. Le Malbim explique : d'après ce qui ressort des enseignements de nos Sages, tous les biens qu'Iyov possédait auparavant, ainsi que ses enfants réputés morts, n'avaient pas réellement disparu. Le Satan les avait simplement dérobés à sa vue et lui avait envoyé un messager pour lui annoncer toutes ces funestes nouvelles. Où étaient-ils ? Entre les mains du Satan. Que leur est-il arrivé pendant ce temps ? Nous ne leur avons pas posé la question ; mais en tout cas, affirme le Malbim, ils ne sont pas morts. C'est pourquoi le verset dit : « Et l'Éternel rendit au double tout ce qui appartenait à Iyov » : d'abord « tout ce qui appartenait à Iyov », c'est-à-dire ce qu'il avait déjà, et en plus « au double », de sorte qu'il reçut le double de ce qu'il possédait : quatorze mille brebis, etc.

וַיְהִי־לוֹ שִׁבְעָנָה בָנִים וְשָׁלוֹשׁ בָּנוֹת׃ - Il eut aussi sept fils et trois filles.

« Il eut » : il s'agit des mêmes enfants qu'il avait eus précédemment, mais les filles avaient acquis une beauté encore plus éclatante, et en raison de ce surcroît de beauté, il leur donna de nouveaux noms qui, comme nous le verrons au verset suivant, témoignent de leur grande splendeur. Quant au terme chiv'ana (« sept »), Rachi explique qu'il s'agit du double de sept : il avait eu sept fils et sept autres fils vinrent s'y ajouter.

Une question se pose : pourquoi donc le Saint, béni soit-Il, n'a-t-Il pas retiré également sa femme à Iyov ? La réponse, sur le ton de l'humour : parce que s'Il lui avait pris sa femme, Il aurait dû ensuite lui en donner deux, et Il ne voulait pas le faire souffrir ! Mais plus sérieusement, sa femme faisait partie intégrante de l'épreuve : il fallait bien que son épouse lui dise « Maudis Dieu et meurs ! » Et puisqu'elle faisait partie de l'épreuve, il était indispensable qu'elle demeure auprès de lui, cela faisant partie de ce qu'il devait traverser.

Les noms des filles et leur héritage
וַיִּקְרָא שֵׁם־הָאַחַת יְמִימָה וְשֵׁם הַשֵּׁנִית קְצִיעָה וְשֵׁם הַשְּׁלִישִׁית קֶרֶן הַפּוּךְ׃ - Il appela la première du nom de Yémima, la deuxième du nom de Ketsia, et la troisième du nom de Kéren-Hapoukh.

En raison de leur beauté incomparable et renouvelée, il leur donna ces noms évocateurs, comme l'explique Rachi. Yémima : claire et lumineuse comme le jour, belle comme le jour. Lorsqu'on veut qualifier quelqu'un de disgracieux, on dit « beau comme la nuit », et pour louer la beauté d'une personne, on dit « belle comme le jour ». Ketsia : l'une des variétés d'aromates, dont le parfum embaume au loin comme la casse odorante. Kéren-Hapoukh : une corne, semblable à une corne de bœuf, dans laquelle les femmes conservaient autrefois le fard, la saponine et leurs divers produits de maquillage. Contrairement à notre époque où chaque marque de cosmétique propose ses propres poudriers, le récipient d'alors était une corne. C'est pourquoi on la nomma Kéren-Hapoukh, selon l'expression « quand tu te fardes les yeux de khôl » (vatikr'i vapoukh énayikh) - le poukh désigne le maquillage, qu'on gardait dans une corne pour s'en farder les yeux.

וְלֹא נִמְצָא נָשִׁים יָפוֹת כִּבְנוֹת אִיּוֹב בְּכׇל־הָאָרֶץ וַיִּתֵּן לָהֶם אֲבִיהֶם נַחֲלָה בְּתוֹךְ אֲחֵיהֶם׃ - Et l'on ne trouvait point dans tout le pays de femmes aussi belles que les filles d'Iyov, et leur père leur accorda une part d'héritage au milieu de leurs frères.

Les filles d'Iyov étaient si accomplies, tant par leur beauté que par leur noblesse, qu'il leur octroya une part d'héritage au milieu de leurs frères. En principe, les filles n'héritent pas aux côtés des fils ; mais parce qu'elles n'étaient pas des filles ordinaires et possédaient une éminente valeur, Iyov leur transmit un patrimoine comme si elles comptaient parmi les fils.

« La fin de l'homme est la mort » - Les paroles de Rabbi Méïr à la conclusion du livre

La Guémara rapporte : lorsque Rabbi Méïr achevait le livre d'Iyov, il déclarait : « La fin de l'homme est la mort. Heureux celui qui a grandi dans la Torah, dont le labeur s'est voué à la Torah et qui procure de la satisfaction à son Créateur. » Quand Rabbi Méïr terminait l'étude de Sefer Iyov, il prononçait ces mots. Quelle en est la signification ? Que nous révèle en réalité le dénouement du livre d'Iyov ? Que la véritable finalité de la vie se découvre au moment de la mort. C'est ce qu'exprimait Iyov au terme de ses épreuves : « C'est pourquoi je me rétracte et me console sur la poussière et la cendre » - je me détache du corps charnel ; poussière et cendre ne sont que néant. L'essentiel réside dans la félicité éternelle réservée à l'âme lorsqu'elle s'unit à son Créateur.

Ainsi, tant que l'homme vit et chemine vers cet objectif suprême, s'il amasse des provisions pour le grand jour et prépare des bagages pleins, heureux soit-il ! Voilà ce que signifie la sentence de Rabbi Méïr : « Heureux celui qui a grandi dans la Torah et dont le labeur s'est voué à la Torah », car c'est par cette voie qu'il atteint son accomplissement. Et quel est ce but ? La fin de l'homme est la mort, porte d'entrée vers la délectation éternelle. Or, comment mérite-t-on cette félicité éternelle ? Par l'effort assidu accompli ici-bas. Heureux celui dont l'effort s'investit dans la Torah, car il œuvre ainsi chaque jour en vue de ce terme ; chaque jour qui passe le rapproche de l'échéance, et chaque journée écoulée est un jour de moins dans l'existence terrestre. L'homme qui peine dans la Torah rassemble des provisions de route pour ce qui constitue l'essentiel - sa demeure éternelle. Tel est le sens de « Une bonne renommée vaut mieux qu'une huile parfumée » : le bon renom est préférable à tous les biens périssables, car c'est la seule chose qui demeure à l'homme au terme de ses jours - son nom et ses mérites.

Les derniers jours d'Iyov
וַיְחִי אִיּוֹב אַחֲרֵי־זֹאת מֵאָה וְאַרְבָּעִים שָׁנָה וַיִּרְאֶה אֶת־בָּנָיו וְאֶת־בְּנֵי בָנָיו אַרְבָּעָה דֹּרוֹת׃ - Iyov vécut après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils, quatre générations.

Le Yalkout Chim'oni enseigne : la durée première de la vie d'Iyov ne devait être que de cent dix ans, et cent quarante années supplémentaires lui furent accordées. Il vécut donc au total deux cent cinquante ans. Et que signifie « après cela » ? Après que les tourments se furent dissipés. De plus, il eut le privilège de contempler quatre générations issues de ses enfants, sans qu'aucun de ses descendants ne mourût de son vivant.

וַיָּמׇת אִיּוֹב זָקֵן וּשְׂבַע יָמִים׃ - Et Iyov mourut âgé et rassasié de jours.

Il mourut « rassasié de jours » : il vécut une longue et féconde existence emplie de bienfaits, au point d'en avoir pleinement savouré chaque instant. Par nature, l'être humain a soif d'exister ; lorsqu'on lui demande s'il désire quitter ce monde, il refuse, habité par le désir de vivre. Mais au terme de deux cent cinquante années, on se sent rassasié, rassasié de jours. C'est une expression poétique, décrivant un homme parvenu à complète satiété de ce que la vie terrestre pouvait lui offrir.

En conclusion :

Le chapitre 42 scelle le livre d'Iyov par la réponse d'Iyov lui-même : toute son argumentation ne provenait nullement d'une incrédulité du cœur, mais de la volonté de hisser la foi au rang d'une connaissance limpide. Comme l'a expliqué le Gaon de Vilna à travers la parabole du serviteur et du roi - même ce qui semblait « renverser le plat de fond en comble » n'avait d'autre but que de faire éclater la justice du Saint, béni soit-Il, aux yeux des créatures, à l'exemple de ce que David avait cherché à accomplir. Dès lors qu'Hachem se révéla à lui par la prophétie, Iyov passa de « Par ouï-dire j'avais entendu parler de Toi » à « et maintenant, mon œil T'a vu » : une certitude éclatante quant à la Providence, à l'éternité de l'âme et à la rétribution spirituelle, d'où s'ensuit : « c'est pourquoi je me méprise et me repens sur la poussière et la cendre ». Les compagnons, qui avaient plaidé pour Hachem du bout des lèvres mais sans conviction sincère, reçurent l'ordre d'offrir des holocaustes et de solliciter la prière d'Iyov ; et parce qu'il pria pour ses compagnons, il fut exaucé en premier : Hachem rétablit sa situation et doubla toutes ses possessions. Iyov vécut encore cent quarante ans, vit quatre générations, et mourut âgé et rassasié de jours. Et comme l'énonce Rabbi Meïr à la conclusion de ce livre : la fin de l'homme est de mourir ; heureux celui qui grandit dans la Torah, dont l'effort soutenu est voué à la Torah et qui procure de la satisfaction à son Créateur. Que le Saint, béni soit-Il, nous accorde le mérite d'apprendre et d'enseigner, de préserver, de pratiquer et d'accomplir, de commencer d'autres livres et de les mener à terme, et que par le mérite de l'étude du livre d'Iyov, Hachem écarte de nous toute peine, tout mal, tout dommage et toute maladie, Amen ve-Amen.