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Chapitre 36 - Les souffrances de l'épreuve (2e partie)

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Introduction : l'étape des conclusions

Dans cette partie du chapitre 36, Elihou en arrive à l'étape des conclusions. Après tous ses préambules, il s'adresse à Iyov et lui dit : sache que c'est exactement ce qui t'est arrivé. Telle était la cause de tes souffrances : une mise à l'épreuve. Et constate à présent que le jugement d'Hachem était juste, et qu'en vérité, tu n'as pas surmonté l'épreuve. À travers cette épreuve et les souffrances que tu as endurées, il s'est avéré que tu ne servais pas Hachem par amour, mais par crainte. Ensuite, Elihou passe à un autre volet : une leçon de morale adressée à Iyov pour avoir soulevé des objections contre les voies de la providence divine, où il lui démontre que l'homme ne comprend même pas la nature elle-même, illustrant son propos par le mystère de la pluie.

« Une aisance sans contrainte sous elle » - Le bien absolu, au-dehors comme au-dedans
וְאַף הֲסִיתְךָ מִפִּי צָר רַחַב לֹא מוּצָק תַּחְתֶּיהָ וְנַחַת שֻׁלְחָנְךָ מָלֵא דָשֶׁן׃ - Et même, Il t'a détourné de la bouche de l'adversaire vers une aisance sans contrainte en son fond, et le repos de ta table était comblé de mets succulents.

« Et même » - c'est-à-dire que la même chose t'est arrivée. « Il t'a détourné de la bouche de l'adversaire » - Hachem t'a écarté de la bouche de l'oppresseur. Et pourquoi ? « Une aisance sans contrainte sous elle ». Tu disposais de tout avec largeur, à l'opposé de la détresse : celui pour qui tout est étroit se trouve dans l'angoisse, et celui qui est au large, tout va pour le mieux chez lui. Et que signifie « sans contrainte (moutsak) sous elle » ? « Moutsak » vient de la détresse intérieure. Parfois, une personne jouit d'une grande aisance mais cache une oppression en dessous : de l'extérieur, on voit un homme riche ou célèbre, roulant en voiture de luxe avec des millions en banque, mais son âme est dans la tourmente et l'angoisse. Et c'est le cas de la majorité des riches et des célébrités : beaucoup ont recours à des thérapies, beaucoup vivent sous médicaments, et l'on apprend sans cesse quelles souffrances et quels troubles psychologiques traverse telle ou telle personnalité. Chez toi, affirme Elihou, il n'en allait pas ainsi. Le Saint, béni soit-Il, t'avait accordé la largeur, la richesse et tous les biens extérieurs, et de plus, « sans contrainte sous elle » - à l'intérieur aussi, au fond de toi, il n'y avait ni angoisse ni détresse.

Le Malbim souligne la différence entre « tsara » (détresse) et « tsouka » (angoisse) : la détresse est extérieure, tandis que l'angoisse est intérieure, c'est la souffrance de l'âme. Parfois, un homme possède une abondance matérielle, une maison remplie de bienfaits, mais subit une détresse intérieure : son esprit est abattu et plongé dans la tristesse. Chez toi, en revanche, il y avait à la fois tous les biens matériels et une joie et une sérénité intérieures - « et le repos de ta table était comblé de mets succulents », tu jouissais de la quiétude, ta table était comblée de délices et tu ne manquais absolument de rien.

Et c'est précisément là que réside le point essentiel : c'est justement parce que tout allait si bien pour toi que cela a provoqué ce « détournement par l'adversaire ». L'ennemi, l'adversaire - c'est-à-dire le Satan - est intervenu et a incité contre toi. Il a dit : Maître du monde, « est-ce gratuitement qu'Iyov craint Dieu ? ». Qu'est-ce qui a suscité cette incitation du Satan ? Le fait que tu servais Dieu dans l'abondance, sans aucune angoisse, au milieu de la richesse, de la quiétude et d'une table généreusement pourvue. Le Satan a alors soutenu : il n'y a aucun mérite à servir Dieu au sein d'une telle félicité ! C'est pourquoi il a incité le Maître du monde à t'éprouver dans d'autres situations, afin de voir si, dans ces conditions également, tu demeurerais un homme qui craint Dieu.

« Et tu as comblé le jugement du méchant » - Tu as justifié l'accusation
וְדִין רָשָׁע מָלֵאתָ דִּין וּמִשְׁפָּט יִתְמֹכוּ׃ - Et tu as comblé le jugement du méchant ; le jugement et la justice se soutiennent.

Lorsque les fils de Dieu et le Satan sont venus se présenter devant Hachem, tu as confirmé le jugement du méchant. Qui est ce méchant ? C'est le Satan accusateur, qui n'est autre que le Yetser Hara. Il prétendait à ton sujet que si Hachem te plongeait dans la détresse, tu ne serais plus un tel Tsadik, que tu récriminerais et que tu ne servirais plus Hachem au milieu de l'épreuve et de l'angoisse. Et de fait, tu as justifié ses dires : voici qu'Hachem t'a envoyé des souffrances, et tu as commencé à ouvrir la bouche contre Hachem béni soit-Il. « Et le jugement et la justice se soutiennent » - la justice et le droit célestes, dont le rôle est de tout régir selon la rigueur et l'équité, en écoutant tant les arguments à charge qu'à décharge, ont soutenu le jugement de ce méchant, le réquisitoire du Satan affirmant : s'il traverse des souffrances, peut-être cessera-t-il de servir Dieu.

« Car prends garde que la colère ne t'entraîne » - La richesse comme rançon
כִּי חֵמָה פֶּן יְסִיתְךָ בְסָפֶק וְרֹב כֹּפֶר אַל יַטֶּךָּ׃ - Car prends garde que la colère ne t'entraîne aux coups, et qu'une grande rançon ne te fasse pas dévier.

Elihou lui dit : même si tu as surmonté l'épreuve de la richesse, il se peut que la colère t'incite à douter des voies d'Hachem, à nier Sa providence, à contester Sa conduite du monde et à émettre des récriminations. Comment ? En faisant en sorte qu'Hachem te fasse boire une coupe d'amertume, éveillant ainsi ta propre fureur, et cette colère t'amènera à douter : peut-être n'y a-t-il pas de Créateur, et s'Il existe, peut-être Sa providence n'est-elle pas individuelle. « Verov kofer al yatekha » - la richesse même qu'Hachem t'a accordée était comme une rançon, pour ainsi dire comme un présent offert pour que tu Le serves. Tant qu'Hachem te comblait d'une si grande abondance, tu ne déviais pas du droit chemin. Mais face à l'épreuve du dénuement, il se peut fort bien que tu ne tiennes pas. Qu'est-ce qui t'a incité à servir Hachem jusqu'à présent ? L'abondance de biens et le succès. Et voici que dès que le malheur te frappe, on s'aperçoit que tu te révoltes contre Lui.

« Hayaarokh choakha lo vetsar » - Pourquoi serais-tu évalué précisément au temps de la prospérité ?
הֲיַעֲרֹךְ שׁוּעֲךָ לֹא בְצָר וְכֹל מַאֲמַצֵּי כֹחַ׃ - Estimera-t-Il ta noble générosité hors de la détresse, et tous tes déploiements de force ?

Peux-tu prétendre qu'Hachem devrait « estimer », c'est-à-dire considérer et mesurer, ton « choa » ? Le terme « choa » désigne la noblesse, la générosité - le fait que tu aies été un homme généreux, bon et droit. On peut aussi le rattacher à la prière (chav'ah) - le fait que tu te tournais vers Lui et L'implorais. Souhaites-tu vraiment qu'Hachem évalue ton niveau spirituel d'après ta situation d'alors, « lo vetsar », quand tu n'avais aucune affliction et que tout te souriait ? « Et tous tes déploiements de force » - toutes les causes qui affermissent et soutiennent la vigueur d'un homme t'étaient acquises : la subsistance, les enfants, la richesse et l'honneur, absolument tout. Dès lors, conviendrait-il qu'Hachem mesure ta piété précisément au moment où tout contribuait à fortifier ta puissance ?

« Al tich'af halayla » - Les interrogations n'ont commencé que lorsque ton sort s'est détérioré
אַל תִּשְׁאַף הַלָּיְלָה לַעֲלוֹת עַמִּים תַּחְתָּם׃ - Ne soupire point après cette nuit où des peuples sont engloutis sur place.

Quand tout allait bien, quand tu jouissais du statut de notable fortuné, tu ne soupirais pas après la ruine des nations impies et corrompues. Aujourd'hui, tu demandes pourquoi le Saint, béni soit-Il, ne les renverse pas et ne leur réclame pas de comptes, mais à l'époque, tu ne formulais aucune requête de ce genre. Tu n'aspirais nullement à ce qu'en une seule nuit Il « engloutisse des peuples sur place ». Tant que tu vivais dans le bonheur, ces considérations t'étaient étrangères. Et quand as-tu commencé à réclamer de telles rigueurs ? Uniquement lorsque ton sort s'est dégradé. Cela ne prouve-t-il pas que tout ton service d'Hachem ne tenait qu'au bien-être dont tu bénéficiais, et que dès que la souffrance survient, des doutes et des récriminations fusent contre la conduite divine ?

« Hichamer al tefen el aven » - Car c'est là ce que tu as choisi dans l'affliction
הִשָּׁמֶר אַל תֵּפֶן אֶל אָוֶן כִּי עַל זֶה בָּחַרְתָּ מֵעֹנִי׃ - Garde-toi de te tourner vers l'iniquité, car c'est ce que tu as préféré à l'affliction.

Quand tu vivais dans la quiétude et l'abondance, tu te gardais des conceptions fausses, de l'iniquité et des paroles de reniement, et tu tenais ferme dans l'épreuve. Dès lors, comment peux-tu demander qu'Hachem te juge comme un juste en se fondant sur ta conduite d'autrefois ? Vois pourtant : « c'est là ce que tu as choisi dans l'affliction » - je constate qu'à présent, sous le poids de la misère, quel a été ton choix ? L'iniquité. Tu as choisi des arguments vains et la contestation envers le Saint, béni soit-Il : tu as choisi de renier la providence, affirmant que le Créateur ne veille pas sur le monde, que les méchants prospèrent pendant que les justes souffrent, et que l'ordre divin ne prête nulle attention aux actes humains. Et tout cela pour quelle raison ? À cause de l'affliction. Non pas seulement la perte matérielle, mais un dénuement complet : sur le plan corporel, familial, et dans tout ce qu'Iyov a dû traverser. Ainsi, affirme Elihou, il apparaît que le Satan avait vu juste : tant que tout va bien pour toi, ta conduite envers le Maître du monde est exemplaire, mais dès que le malheur frappe, tu te mets à soulever des objections et à tenir des propos déplacés contre Hachem.

« Mi khamohou moreh » - Les souffrances comme enseignement et guide
הֶן אֵל יַשְׂגִּיב בְּכֹחוֹ מִי כָמֹהוּ מוֹרֶה׃ - Vois, Dieu est sublime dans Sa puissance : qui saurait instruire comme Lui ?

Après lui avoir expliqué que toutes les souffrances ne sont qu'une épreuve, il lui dit : « Voici, Dieu est grandiose par Sa force ». Le Saint, béni soit-Il, désire fortifier l'homme, l'élever et l'amener à un haut niveau spirituel, au point où rien de ce bas-monde n'ait d'importance à ses yeux - toutes ces choses matérielles et corporelles ne le touchent plus, et tout son intérêt se tourne vers les réalités de l'esprit, la spiritualité et le progrès dans le service divin. « Qui enseigne comme Lui ? » - qui, comme le Saint, béni soit-Il, peut enseigner à l'homme la voie de l'élévation et de Son service ? Et comment s'y prend-Il ? En lui envoyant des épreuves et des souffrances, à travers lesquelles l'homme délaisse la matérialité et réalise que ni la richesse ni la santé ni rien de tout cela n'ont de valeur véritable : où réside donc l'essentiel de l'investissement ? Dans le service d'Hachem et l'accomplissement de Sa volonté. C'est ainsi que Dieu élève l'homme. Dès lors, les souffrances que tu as reçues constituent un enseignement et un chemin tracé par Hachem pour t'approcher et t'attacher à Lui, béni soit-Il.

« Qui Lui prescrit Sa voie ? » - Nul ne peut enseigner au Créateur Sa conduite
מִי פָקַד עָלָיו דַּרְכּוֹ וּמִי אָמַר פָּעַלְתָּ עַוְלָה׃ - Qui Lui a jamais prescrit Sa voie, et qui oserait Lui dire : Tu as commis une injustice ?

La voie que suit Hachem dans la direction des créatures, nul ne la Lui a prescrite : le Saint, béni soit-Il, dirige de Lui-même le monde selon Sa propre sagesse et Son dessein. Cette voie ne se conforme ni aux lois de la nature ni à l'ordre astral, mais relève du Créateur du monde, une voie qu'Il a Lui-même arrêtée. Dès lors, qui pourrait venir et prétendre : « Tu as commis une injustice » ? Connais-tu la voie d'Hachem pour soulever des objections et Lui dire : Maître du monde, Tu n'as pas agi envers moi comme il convient ?

« Souviens-toi de glorifier Son œuvre » - Tu ne comprends même pas la nature
זְכֹר כִּי תַשְׂגִּיא פָעֳלוֹ אֲשֶׁר שֹׁרְרוּ אֲנָשִׁים׃ - Souviens-toi de glorifier Son œuvre, que les hommes ont chantée.

À partir d'ici s'ouvre une sorte de conclusion à tout le débat, dans laquelle Elihou vient admonester Iyov pour avoir soulevé des objections contre les voies de la Providence. Iyov s'était interrogé sur des domaines qui dépassent la nature : la survie de l'âme, la rétribution, l'omniscience divine et le libre arbitre - toutes ces questions abordées au début et au milieu du livre. C'est à cela qu'Elihou vient maintenant répondre, non pas en traitant le fond de chaque interrogation, mais par un constat fondamental : tu ne comprends même pas la nature. Si tu ne comprends pas ce qui se déroule sous tes yeux, comment peux-tu contester ce que tu ne vois absolument pas et qui dépasse ton entendement ?

« Tachgui » évoque la grandeur et l'élévation ; « Son œuvre » désigne les actes du Saint, béni soit-Il. « Que les hommes ont chantée [chorérou] » peut s'expliquer de deux manières : soit de la racine « chour », se tenir, contempler et observer, comme dans « les jeunes filles montaient sur le mur [chour] » pour regarder Yossef (où « chour » signifie aussi une muraille) ; soit au sens de chants, car les anciens composaient des poèmes sur les merveilles de la nature. C'est ainsi, par exemple, le poème « Kéter Malkhout » que l'on a coutume de réciter le jour de Roch Hachana et qui figure dans les sidourim : il est entièrement composé d'éloges sur les prodiges redoutables de la nature façonnés par le Saint, béni soit-Il, les étoiles et tout ce qui les entoure - le premier ciel, le deuxième ciel. Ainsi, déclare Elihou : même les phénomènes naturels, qui sont permanents, constants, que tous les hommes contemplent et ont chantés, relèvent eux aussi de cette grandeur inaccessible : « Son œuvre est grandiose », bien au-dessus de ce que tu peux appréhender. Comment oses-tu alors interroger des réalités que tu ne vois pas du tout et qui échappent totalement à ta portée ?

כׇּל אָדָם חָזוּ בוֹ אֱנוֹשׁ יַבִּיט מֵרָחוֹק׃ - Tout homme le contemple, le mortel ne fait que l'observer de loin.

Je vais te montrer que même pour les réalités visibles à tous les hommes - « tout homme le contemple » -, néanmoins « le mortel ne fait que l'observer de loin ». Bien que chacun voie, nul n'est parvenu à en sonder le fondement. Tu vois, certes, mais pour ainsi dire de loin : nous ne sommes pas capables de pénétrer ces choses en profondeur ni de les élucider parfaitement. Et s'il en est ainsi pour des faits dont tout être humain est témoin, que dire des réalités invisibles à l'œil nu, que tu ne peux même pas entrevoir de loin ? Comment peux-tu alors émettre des interrogations sur des sujets spirituels si profonds et sublimes ?

« Voici, Dieu est grandiose et nous ne savons pas » - Au-delà du temps
הֶן אֵל שַׂגִּיא וְלֹא נֵדָע מִסְפַּר שָׁנָיו וְלֹא חֵקֶר׃ - Voici, Dieu est grandiose et nous ne pouvons Le connaître ; le nombre de Ses années est insondable.

À travers les actions du Saint, béni soit-Il, on peut voir qu'Il est grand et sublime, élevé et exalté. C'est là un premier point, et même cela, nous ne le voyons pas pleinement : il nous est évident qu'Il est immense, mais « nous ne le saurons point » - nul ne peut Le concevoir pour savoir à quel point Il est grand. Autre élément : « et le nombre de Ses années est insondable ». Que le Saint, béni soit-Il, ait de longues et innombrables années, nous le savons. Mais combien ? « Nul ne peut les scruter ». Et pourquoi ? Parce qu'Il n'est absolument pas soumis au temps. Ce qui relève du temps, on peut lui attribuer cent ans, un million d'années, un milliard d'années. Mais ce qui échappe totalement au temps ne peut absolument pas être compté en années. C'est le sens de « nul ne peut les scruter » : nous n'avons même pas le pouvoir d'explorer la chose, nous ne possédons aucun sens capable de la saisir, car Il se trouve au-delà du temps alors que nous vivons à l'intérieur d'un système temporel.

Le secret de la pluie : « Ils distillent la pluie pour Sa vapeur »
כִּי יְגָרַע נִטְפֵי מָיִם יָזֹקּוּ מָטָר לְאֵדוֹ׃ - Car Il attire les gouttes d'eau, qui se distillent en pluie pour Sa vapeur.

Ici, Elihou lui donne un exemple, et dans les versets suivants, il se concentre sur la pluie qui tombe, pour lui montrer l'immense sagesse du Créateur, béni soit-Il, jusque dans une réalité matérielle telle que la pluie - et même cela, tu ne le comprends pas jusqu'au bout. Comment prétends-tu alors comprendre les réalités spirituelles qui dépassent notre entendement ? « Car Il attire les gouttes d'eau » - d'où provient la pluie ? Des vapeurs qui montent des eaux, se rassemblent en haut pour former des nuages, d'où ces vapeurs se condensent et retombent sous forme de pluie. Hachem soustrait de la terre « les gouttes d'eau », c'est-à-dire les vapeurs, qui sont comme de l'eau en suspension. Les jours de forte humidité, chacun le perçoit très bien : l'humidité est puisée de la mer et des eaux pour monter vers le haut.

« Ils distillent la pluie pour Sa vapeur » - à partir de ces gouttes d'eau, le Saint, béni soit-Il, purifie, filtre et extrait la pluie des vapeurs portées dans le ciel. Et ici, il faut remarquer une merveilleuse précision du langage : pourquoi employer le terme « yazokou » (distiller/affiner) ? Quel est le goût de l'eau de pluie ? Elle est douce. Et de quoi provient-elle ? D'eaux salées. Or c'est précisément cela, une distillation : le Saint, béni soit-Il, distille l'eau de mer, lui fait subir un processus d'épuration, puis la fait descendre sous forme d'eau pure. C'est pourquoi il est dit : « ils distillent la pluie pour Sa vapeur ».

אֲשֶׁר יִזְּלוּ שְׁחָקִים יִרְעֲפוּ עֲלֵי אָדָם רָב׃ - Que les cieux laissent couler, et qu'ils répandent goutte à goutte sur une multitude d'hommes.

Les vapeurs montent jusqu'aux cieux, et parfois elles s'en écoulent en abondance, parfois en faible quantité. « Qu'ils répandent goutte à goutte sur une multitude d'hommes » - ces abondantes vapeurs se divisent en fines gouttelettes et tombent sur de nombreux hommes.

« Les déploiements des nuées » - Pourquoi n'y a-t-il pas de pluie en été
אַף אִם יָבִין מִפְרְשֵׂי עָב תְּשֻׁאוֹת סֻכָּתוֹ׃ - Pourra-t-on même comprendre le déploiement des nuées, le fracas de Sa tente ?

Quelle est la différence entre l'été et l'hiver ? Pourquoi en été ne pleut-il pas alors qu'en hiver il pleut, alors que la logique semblait devoir dicter le contraire ? Nous connaissons tous le cycle de l'eau et savons que la pluie provient de l'évaporation des mers, du Kinneret ou de tous les cours d'eau du monde ; cette évaporation crée la nébulosité, et les nuages se déversent en pluie. Dès lors, il aurait dû pleuvoir bien plus en été qu'en hiver, car l'évaporation des eaux marines et fluviales en hiver est minime, presque insignifiante comparée à celle de l'été. Pourquoi donc n'y a-t-il pas de pluie en été, alors qu'il y en a en hiver ?

La réponse est simple : en été, tous les nuages restent en bas. Sortez dehors, vous ressentirez quatre-vingts pour cent d'humidité - les nuages sont là, ils ne parviennent pas à se former en altitude. La mer s'évapore, mais en raison de la forte chaleur, la gouttelette évaporée se diffuse ici-bas sous forme d'humidité. En hiver, en revanche, il fait froid, et le froid amène ces vapeurs à se condenser et à redescendre sous forme de gouttes. C'est pourquoi, si l'on prend une bouteille remplie de glace et qu'on la pose sur une table, une flaque d'eau se formera autour d'elle au bout de deux minutes. Un enfant demandera : d'où sort cette eau à l'extérieur de la bouteille ? En réalité, toute l'humidité présente dans l'air, au contact d'un peu de froid, se condense - et dès qu'il y a condensation, l'eau commence à couler. Il faut du froid pour cela.

Et c'est ce que dit le verset : « Pourra-t-on même comprendre le déploiement des nuées, le fracas de Sa tente ? ». Les vapeurs emprisonnent la chaleur, et la chaleur présente sur terre là où règne l'été maintient l'humidité ici-bas sans la laisser monter ; les vapeurs restent ainsi déployées et dispersées dans l'air - c'est pourquoi l'on constate qu'il n'y a pas de nuages dans le ciel, car la chaleur dissémine ces particules qui n'atteignent pas les hauteurs. « Les déploiements des nuées » (mifreché av) désigne cette nuée déployée ici-bas, c'est-à-dire l'humidité ambiante. « Le fracas de Sa tente » (téchouot soukato) - à rapprocher du tumulte (chéon) des grandes eaux : même si le nuage ne semble pas visible, sache qu'il existe bel et bien, et que tout ce tumulte d'eau est étendu ici-bas sans être monté en altitude ni avoir abouti à la pluie. Et même si l'homme comprend et sait de lui-même que l'humidité est dans l'air, il ne saisit toujours pas le mystère profond de ce phénomène.

הֵן פָּרַשׂ עָלָיו אוֹרוֹ וְשׇׁרְשֵׁי הַיָּם כִּסָּה׃ - Voici qu'Il étend sur lui Sa lumière, et recouvre les racines de la mer.

Du fait qu'Hachem étend la lumière sur le nuage épais - et cette lumière représente la chaleur, telle une flamme qui éclaire et réchauffe - la brume demeure sous forme d'humidité, comme un nuage bas répandu dans l'air, et ne se transforme pas en pluie. « Et Il recouvre les racines de la mer » : les gouttelettes et les vapeurs qui se sont élevées de la mer dans l'atmosphère sont appelées les « racines de la mer », et la lumière, c'est-à-dire la chaleur, les a recouvertes. Par cette lumière et cette chaleur, elles sont dissimulées et restent diffuses sans se condenser en nuage compact. Ainsi, ces gouttelettes montées de la mer qui auraient dû former un nuage se trouvent masquées, et au lieu de devenir un nuage dans le ciel, elles demeurent dispersées sous forme d'humidité ambiante.

« Car par eux Il juge les peuples » - La pluie comme expression de la rigueur et de la miséricorde
כִּי בָם יָדִין עַמִּים יִתֶּן אֹכֶל לְמַכְבִּיר׃ - Car par eux Il juge les peuples, Il donne de la nourriture en abondance.

Grâce à cette loi qu'Hachem a instaurée pour les vapeurs - qui tantôt restent invisibles et diffuses dans l'air sous l'effet de la lumière et de la chaleur, et tantôt s'épaississent, se condensent en gouttes et retombent en pluie - Hachem juge les peuples par leur intermédiaire. En effet, lorsqu'il pleut, est-ce un bien ou non ? Tout dépend. Une pluie diluvienne et des inondations, comme les moussons qui dévastent des pays entiers, constituent un fléau majeur et un grand péril. D'un autre côté, en l'absence de pluie, c'est la sécheresse : l'aridité engendre des incendies et fait flamber le cours du blé. Ainsi, parfois le Saint béni soit-Il retient la pluie et survient la famine, parfois Il déverse une pluie excessive qui provoque des inondations, et parfois Il accorde la pluie dans la juste mesure - alors « Il donne de la nourriture en abondance », assurant la subsistance du monde entier. Il s'ensuit que c'est par la pluie elle-même, régie exclusivement par Sa sainte volonté - quand la laisser à l'état de vapeur et quand la condenser en nuages pluvieux - que le Saint béni soit-Il juge les nations.

C'est précisément ce que le Saint béni soit-Il enseigne au peuple d'Israël dans le Chema : si nous ne marchons pas dans Ses voies et n'écoutons pas Sa voix, « Il retiendra les cieux et il n'y aura pas de pluie », mais « si vous écoutez fidèlement Mes commandements », alors « Je donnerai la pluie de votre terre en son temps ». « Car par eux Il juge les peuples » : c'est par le processus de condensation des gouttes de pluie que le Saint béni soit-Il juge l'humanité.

« Sur les nuées Il a voilé la lumière » - Comment descend la pluie
עַל כַּפַּיִם כִּסָּה אוֹר וַיְצַו עָלֶיהָ בְמַפְגִּיעַ׃ - Il a voilé la lumière sur les nuées, et lui ordonne d'intervenir par la rencontre.

À présent, il décrit ce qui se produit lorsqu'Hachem veut faire tomber la pluie et que ces vapeurs se condensent en gouttes. Hachem retire la lumière des « paumes », ce qui signifie que la chaleur présente dans les vapeurs s'en retire, s'élève et s'en sépare. Qu'advient-il alors des vapeurs ? Elles commencent à s'agglomérer en gouttes, car c'est le froid qui provoque la condensation. Dès que la chaleur s'en détache, le froid s'installe, et avec le froid, la goutte se forme. Les « paumes » désignent ici les nuages, comme nous le voyons avec Élie lorsqu'il monta observer l'horizon : « Voici monter de la mer un nuage épais, grand comme la paume d'un homme ». Ainsi, « sur les nuées Il a voilé la lumière » : Hachem occulte la chaleur et la retire au-dessus des nuages. « Et lui ordonne d'intervenir par la rencontre » : Hachem commande alors aux vapeurs de s'agréger, de se percuter et de fusionner, formant ainsi des gouttes, et dès que les gouttes se constituent, la pluie tombe. Le mot Bemafgia, explique le Malbim, dérive de la notion de rencontre et de choc, comme dans l'expression « il le rencontra en chemin » : les vapeurs s'accumulent et entrent en collision, et de ce choc naissent les gouttes qui déclenchent l'averse. De même, lorsque deux nuages s'entrechoquent, le tonnerre et l'éclair jaillissent.

« Son fracas L'annonce » - Le grondement du tonnerre
יַגִּיד עָלָיו רֵעוֹ מִקְנֶה אַף עַל עוֹלֶה׃ - Son grondement témoigne de Lui, telle une colère qui s'élève vers les hauteurs.

Lorsque les nuages se rencontrent et se percutent, le tonnerre et l'éclair éclatent, suivis d'une trombe d'eau - car après les éclairs et le tonnerre survient généralement une pluie battante et torrentielle. « Son grondement témoigne de Lui » : un son éclatant retentit, le mot Ré'o étant apparenté à Ra'am (le tonnerre). « Souffle de colère » (Mikné af) : cette clameur monte vers les hauteurs, semblable au bruit qui jaillit du conduit nasal lorsqu'une personne s'emporte avec fureur et indignation. Le tonnerre résonne ainsi comme l'expression de la colère divine, pour ainsi dire, et l'on sait que les Anciens percevaient les grondements du ciel comme une manifestation du courroux céleste. Nos Sages enseignent d'ailleurs que le tonnerre n'a été créé que pour redresser la tortuosité du cœur. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'exprime le verset : un grand fracas retentit, « tel un souffle de colère », semblable à la fureur s'échappant des narines, « qui monte vers les hauteurs », s'élevant jusqu'au ciel.

En conclusion :

Dans cette partie, Elihou tire sa conclusion à l'égard d'Iyov : les souffrances qui l'ont frappé étaient une épreuve, à travers laquelle il est apparu que tout son service divin s'enracinait dans l'abondance. « Un lieu spacieux sans contrainte en dessous » - il jouissait de tous les biens matériels extérieurs ainsi que d'une sérénité intérieure, et c'est précisément ce qui a ouvert la porte à l'accusation de l'adversaire ; or, lorsque les souffrances sont venues, « tu as choisi l'iniquité plutôt que l'affliction », en sombrant dans la faute et la contestation de la Providence, accomplissant ainsi le jugement réservé au méchant. Pourtant, Elihou ajoute que les souffrances constituent en elles-mêmes une voie d'élévation : « Vois, Dieu est sublime par Sa puissance, qui enseigne comme Lui ? » - elles sont un guide pour se détacher de la matérialité et s'attacher au Créateur. Enfin, pour clore le débat, il répond à toutes les interrogations d'Iyov par une seule et même réponse : tu ne comprends même pas la nature visible. « Tous les hommes le contemplent, l'être humain regarde de loin » - même ce que tout le monde voit reste inaccessible à l'investigation humaine. Il l'illustre par le secret de la pluie : la distillation des eaux salées en pluie d'eau douce, l'humidité qui se déploie en été sous l'effet de la chaleur, la condensation due au froid, le rassemblement soudain des vapeurs et le fracas du tonnerre. S'il en est ainsi dans la nature visible à l'œil nu, à plus forte raison l'homme ne saurait récriminer contre une conduite divine qui dépasse son entendement, envers ce « Dieu si grand que nous ne pouvons Le connaître », dont même le nombre des années ne saurait être sondé, car Il transcende le temps.