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Chapitre 18 - Bildad et l'immortalité de l'âme

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Introduction : le dixième discours - la réponse de Bildad le Chouhite

Le chapitre 18 constitue le dixième discours du livre, la réplique de Bildad le Chouhite. Bildad s'emporte d'emblée contre les propos d'Iyov, desquels il semble ressortir que ce dernier doute de l'immortalité de l'âme, voire n'y croit pas du tout. Or, si tel était le cas, argumente Bildad, la supériorité de l'homme sur la bête serait nulle : la mort de l'un serait comme la mort de l'autre, un même souffle pour tous, tous finissent par mourir et le souffle de tous descend finalement sous terre.

Et s'il en est véritablement ainsi, demande Bildad : pourquoi le Saint, béni soit-Il, a-t-Il créé l'homme à Son image, à l'image de Dieu l'a-t-Il créé ? Pourquoi a-t-Il insufflé en lui un souffle de vie, une âme intelligente, et toute cette forme humaine façonnée à l'image du modèle céleste ? Pourquoi lui a-t-on accordé le libre arbitre ? Selon ta conception, Iyov, l'homme n'a strictement aucun but, aucune raison d'être ni aucune supériorité sur l'animal.

Mais en vérité, c'est une certitude : si l'on voit que le Saint, béni soit-Il, a implanté chez l'homme d'immenses forces spirituelles, sans commune mesure ni équivalent chez aucun être vivant, il en ressort que l'essence même de l'homme réside dans son âme et dans les facultés de son esprit. Et de telles forces, si grandioses et considérables, ne sauraient disparaître et pourrir avec la décomposition du corps. Le corps périt, le corps se décompose, le corps descend dans la tombe - mais cette réalité sublime et merveilleuse du « souffle de vie insufflé dans ses narines » doit nécessairement être éternelle, elle doit vivre à jamais. Car s'il n'en était pas ainsi, on ravalerait l'homme au rang de la bête.

La réussite du méchant : à quoi mesure-t-on le succès ?

Partant de ce postulat fondamental, Bildad reconstruit son approche sur la question de la prospérité des méchants. Rappelons-le : pour le cas du « Tsaddik qui souffre », nous avons encore trouvé des explications - peut-être n'est-il pas véritablement juste, peut-être a-t-il commis une faute à la mesure de son niveau élevé, peut-être cette épreuve vise-t-elle à le purifier d'une légère imperfection afin de lui accorder une rétribution parfaite dans le monde de vérité. Mais face au « méchant qui prospère », la réponse est plus ardue. Que dirait-on ? Qu'il n'est peut-être pas vraiment méchant ? On le voit pourtant profaner le Chabbat, transgresser les interdits les plus graves - que répondre à cela ?

C'est ici que Bildad déploie sa logique : si l'essence de l'homme est son âme et l'élévation spirituelle qui l'habite, alors lorsqu'on évalue la réussite, c'est l'âme que l'on doit mesurer. Tu prétends me montrer un méchant qui réussit ? Montre-moi donc qu'il connaît une réussite intérieure, une véritable réussite spirituelle ! Or, tout ce que tu me présentes n'est qu'un succès matériel, physique et extérieur : des immeubles supplémentaires, des acquisitions, une autre villa, une autre voiture. Tout cela n'est pas l'homme, ce n'est ni son essence ni son éternité - c'est l'animal en lui. Et que m'as-tu montré ? Que la bête possède un peu plus d'argent ? Ce ne sont que les plaisirs du corps, et cela ne constitue en rien une réussite. Car en fin de compte, il ne lui en restera aucun vestige, et son âme spirituelle sera vouée au retranchement et à la perdition éternelle ; elle ne brillera pas de la lumière de la vie et ne méritera point les délices de l'éternité.

La parabole de celui qui saute d'une tour

Le méchant est comparable à un homme qui saute du haut d'un gratte-ciel. On l'appelle sur son téléphone pendant sa chute pour lui demander comment il va, et il répond : « Quel air vivifiant, quelle vue incroyable ! » - jusqu'à ce que la communication soit brutalement coupée, et l'on comprend d'emblée le dénouement. Peut-on qualifier cela de succès ? La chute depuis le sommet jusqu'à l'asphalte dure peut-être vingt secondes, et elle s'achève par un écrasement. Vingt secondes représentent un temps immense si l'on compare notre monde à l'éternité : la proportion entre vingt secondes et soixante-dix ans est bien plus grande que celle entre nos soixante-dix années d'existence et la vie éternelle. Alors, que viens-tu me prouver en disant que le méchant jouit de soixante ou soixante-dix ans de biens matériels ? Qu'advient-il de son âme pour l'éternité des éternités, alors qu'elle est retranchée ? Ce n'est en rien un « bien », il n'y a là rien à envier ni de quoi s'étonner, dès lors qu'il lui manque l'essentiel : l'âme spirituelle, dont l'existence constitue le cœur de l'homme, l'éternité et la véritable récompense.

Ni nom ni postérité ne subsisteront pour le méchant

En outre, affirme Bildad, même sur le plan matériel, il ne lui restera aucune postérité : ses enfants seront retranchés, et son nom ainsi que son souvenir disparaîtront de la terre. Et sur ce point, il est remarquable de constater combien Bildad avait raison. « Et vous qui êtes attachés à l'Éternel votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » - observez à travers l'histoire qui a conservé un nom et une descendance, et vous constaterez que seuls ceux attachés à Hachem y sont parvenus. Où sont passés les hellénistes ? Où sont les dix tribus qui se sont égarées dans l'idolâtrie ? Allez les chercher en Afrique, en Afghanistan, dans toutes sortes d'endroits reculés, où chacun n'a gardé qu'une trace ténue témoignant de son appartenance aux vestiges des dix tribus.

Il y a un autre constat remarquable : à chaque fois que l'on découvre des vestiges des dix tribus, quel est leur point commun ? Aucun d'entre eux n'a accédé à une position éminente. Il s'agit d'une tribu isolée au fin fond de l'Afrique vivant de manière primitive, ou d'une tribu en Afghanistan logeant sous des tentes ou dans des ruines. On n'y trouve pas d'hommes avancés ayant acquis un statut ou un rang élevé. En revanche, considérez ceux qui sont restés attachés à Hachem dans leur dispersion, à travers tous les exils : bien que l'exil soit en soi une épreuve douloureuse, difficile et éprouvante, beaucoup d'entre eux se sont élevés aux plus hautes fonctions. Songez à l'exil d'Espagne, où Abravanel fut le conseiller du roi ; aux Juifs d'Europe, qui furent banquiers et dirigeants, et ainsi en chaque lieu, ils ont accédé à des rangs respectés. Cela enseigne que le châtiment des dix tribus se poursuit encore : Hachem les a exilées et dispersées, et elles n'ont aucune pérennité, pas même une existence matérielle remarquable, pas même la réussite d'un non-Juif ordinaire.

Des sectes dissidentes - vouées à disparaître sans postérité

Il en va de même pour la continuité historique. Il y a eu les sicaires, les esséniens, les sadducéens, les karaïtes, les samaritains - où sont-ils passés aujourd'hui ? Toutes ces sectes qui se sont détachées du peuple juif n'ont eu aucun avenir. Celui qui lit Ibn Ezra polémiquant contre les karaïtes peine à concevoir contre qui il y aurait lieu de polémiquer aujourd'hui : contre une infime poignée d'ignorants qui ne saisissent même pas les enjeux de la discussion. Pourtant, à son époque, ils constituaient une puissance redoutable : un grand érudit de l'envergure d'un Gaon, Rav Anan, était devenu karaïte, et nous parlons de l'époque des Guéonim, au rang des Rav Haï Gaon, Rav Saadia Gaon, Rav Paltoï Gaon - bien avant le Rambam. Et ils rassemblaient alors près de la moitié de la communauté. Les circonstances voulurent qu'il n'obtint pas la nomination qu'il convoitait, ce qui le conduisit à cette dérive. L'objet est simplement de montrer qu'il exista d'immenses mouvements professant des croyances erronées - et que reste-t-il d'eux ? Absolument rien. Il y eut les frankistes, il y eut Chabbétaï Tsevi et ses partisans - quiconque s'est écarté de la tradition n'a aucune pérennité. De même pour les réformés : chez eux, il n'y a pas de troisième génération ; l'assimilation consume tout dès la deuxième génération, et à la troisième, il ne subsiste plus rien. C'est précisément ce que déclare Bildad : le méchant ne laissera ni vestige ni survivance, son âme spirituelle sera retranchée et ira à la perdition sans mériter de contempler la lumière de la vie, ses enfants ne lui succéderont pas et son nom sera effacé de la terre.

Le juste - dans ce monde et dans le monde futur

En revanche, le juste possède un nom et une postérité, aussi bien dans ce monde-ci que dans le monde à venir. Son âme méritera les « délices éternelles à Ta droite », et en contrepartie des souffrances endurées ici-bas, il recevra un salaire éternel dans le monde futur, devant lequel tout ce qui existe ici n'est que néant absolu. Bien plus encore, il jouit également d'une récompense dans ce monde : une descendance qui perpétue sa voie, un nom et une lignée, ses fils autour de sa table comme des plants d'olivier.

Les souffrances du juste « à titre de compensation »

Par là, Bildad parachève son enseignement antérieur, affirmant que les épreuves des justes surviennent à titre de compensation : tu souffres ici-bas, mais tu recevras un bien inestimable en retour. Pour Iyov, cela était extrêmement difficile à concevoir. C'est comme si l'on voyait une voiture totalement emboutie, broyée, rouillée, le moteur hors d'usage, et qu'on vous assure : de cette épave sortira une Rolls-Royce. Vous répondriez : sans un miracle éclatant, c'est impensable. Ainsi raisonnait Iyov : je suis déjà semblable à un corps en décomposition, et tu prétends qu'un bien m'attend encore ?

C'est précisément là que résidait l'erreur d'Iyov : il pensait que Bildad parlait de ce monde matériel ; c'est pourquoi il considérait son enveloppe charnelle en estimant qu'il n'en sortirait plus rien. Mais la véritable réponse est : qui porte son regard sur ce monde éphémère ? Le principe de « compensation » ne s'applique pas au corps physique, mais à l'âme, à la survie éternelle, à la rétribution infinie de l'au-delà. Cela donne un tout autre éclairage aux récriminations d'Iyov, qui soutenait en apparence avec logique : « Tu m'as accordé de belles années, puis Tu m'infliges dix années de malheur, en me promettant qu'ensuite j'en aurai de nouveau de bonnes - épargne-moi ces mauvaises années, donne-moi immédiatement les bonnes ! Pourquoi me frapper pour m'apporter ensuite le bien ? Abrège plutôt ma vie et passons outre ! » De surcroît, il affirmait qu'il n'avait plus aucun espoir de voir le bien dans ce monde - et sur ce point il se trompait également, car la suite révélera que le Saint, béni soit-Il, doubla tous ses biens ici-bas. Mais dès lors que l'on considère la vie du monde futur et l'éternité, toute commune mesure disparaît : une infime douleur ici-bas équivaut là-haut à un salaire grandiose, éternel et sans fin. Ce sont des notions d'une dimension totalement différente. Dès lors, selon l'expression du Malbim, les répliques d'Iyov « s'évanouirent en fumée » - elles perdirent toute consistance, tandis que les paroles de Bildad demeurent inébranlables. C'est à partir de là que nous abordons le texte des versets.

Versets 1-2 : Débattre par des preuves, non par le flot des paroles
וַיַּעַן בִּלְדַּד הַשֻּׁחִי וַיֹּאמַר׃ עַד־אָנָה תְּשִׂימוּן קִנְצֵי לְמִלִּין תָּבִינוּ וְאַחַר נְדַבֵּר׃ - Bildad le Chouhite prit la parole et dit : Jusqu'à quand prétendez-vous mettre fin aux débats par des mots ? Réfléchissez avec discernement, et ensuite nous parlerons.

Lorsqu'un homme mène une controverse fondée sur des preuves, des démonstrations et la raison, quand son argumentation prend-elle fin ? Au moment où il avance la preuve décisive, le coup d'assommoir intellectuel, l'argument sans réplique auquel il est impossible d'objecter. C'est alors que le débat s'achève : c'est conclu, la démonstration est faite. Mais celui qui discute sans preuves s'imagine clore le débat en lassant et en épuisant son interlocuteur sous un déluge de paroles, une sorte d'obstruction continue, comme si cela mettait un terme à la discussion. C'est le sens de « Jusqu'à quand prétendez-vous mettre fin aux débats par des mots ? » : jusqu'à quand croyez-vous trancher une controverse par l'abondance verbale ? Ce n'est pas le flot des paroles qui tranche, ce sont les preuves. « Réfléchissez, et ensuite nous parlerons » : un débat exige de la réflexion et des preuves solides. Observez, pesez bien les choses dans votre esprit, étayez vos arguments par des preuves, et nous pourrons alors échanger. La prolixité ne remplacera jamais la démonstration.

Verset 3 : Pourquoi sommes-nous considérés comme des bêtes ?
מַדּוּעַ נֶחְשַׁבְנוּ כַבְּהֵמָה נִטְמִינוּ בְּעֵינֵיכֶם׃ - Pourquoi sommes-nous assimilés à des bêtes, et jugés stupides à vos yeux ?

Comment peux-tu nier l'immortalité de l'âme ? Comment est-il possible que tu contestes le fait que l'âme humaine s'élève vers le Haut ? Car si tu nies la survie de l'âme, il s'avère que « la supériorité de l'homme sur la bête est nulle » - et pourquoi nous considérerais-tu comme des bêtes ? « Nitminou » provient de la racine évoquant l'obstruction, comme dans l'expression « venitmetem bam » où nos Sages ont déduit l'engourdissement du cœur (timtoum halev) : pourquoi serions-nous regardés à tes yeux comme obtus à l'égal d'une bête ?

Verset 4 : Le rocher qui ne bouge pas de sa place
טֹרֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ הַלְמַעַנְךָ תֵּעָזַב אָרֶץ וְיֶעְתַּק־צוּר מִמְּקֹמוֹ׃ - Toi qui déchires ton âme dans ta colère, est-ce pour toi que la terre sera abandonnée, et qu'un rocher sera arraché de sa place ?

« Toi qui déchires ton âme dans ta colère » - « Apo » désigne la colère : par ta colère, tu décides que l'âme est mortelle, qu'au moment de la mort du corps l'âme périt également et qu'il n'y a aucune survie. Tu déchires, c'est-à-dire que tu tues, ta propre âme par ta colère. Est-ce parce que tu es en colère que tu pourrais décréter que l'âme meurt et qu'elle n'a ni pérennité ni continuité ?

Et il lui propose une parabole : la terre repose sur un fondement, un rocher solide, pour ainsi dire placé au centre du globe et attirant tout à lui ; même si la terre entière venait à être détruite, ce fondement, ce puissant rocher, ne bougerait pas et demeurerait intact. Il en est de même pour l'homme : son fondement est l'âme divine en lui, et même si la terre - c'est-à-dire le corps - vient à disparaître, le rocher ne sera pas déplacé de sa place. « Est-ce pour toi » - est-ce pour toi, parce que tu cherches à te plaindre des voies d'Hachem et à trouver des raisons pour lesquelles on agirait injustement envers toi, que nous devrions dire que lorsque la terre sera abandonnée (le corps, conduit vers la tombe), le rocher (l'âme) sera lui aussi arraché de sa place ? Est-ce simplement parce que tu es en colère et que tu as des questions sans réponse que nous allons décréter qu'avec la mort du corps, l'âme meurt également ?

Verset 5 : La lumière des méchants - et pas une étincelle qui revienne
גַּם אוֹר רְשָׁעִים יִדְעָךְ וְלֹא־יִגַּהּ שְׁבִיב אִשּׁוֹ׃ - Même la lumière des méchants s'éteindra, et l'étincelle de son feu ne brillera plus.

Cela est vrai pour le méchant : lorsqu'il mourra, son âme connaîtra elle aussi une mort éternelle. Et telle est la réponse à ta question sur le « méchant qui prospère » (racha vetov lo) : son bien-être est tout à fait éphémère, semblable à celui qui a sauté d'un immeuble et qui, planant encore dans les airs, profite du beau temps. Or, le bien véritable est l'immortalité de l'âme, une réalité spirituelle - et de quoi t'émerveilles-tu donc, de soixante-dix années de plaisirs dans ce monde-ci ?

Une précision de langage : parfois, une bougie vacille, puis soudain la flamme jaillit et se rallume ; il est d'ailleurs plus facile de rallumer une bougie qui vient tout juste de s'éteindre, car la mèche est encore chaude et dégage de la fumée, or cette fumée est un gaz. Approchez une allumette de la fumée d'une bougie tout juste éteinte, et vous verrez comment la flamme est aspirée et redescend d'elle-même vers la mèche, sans même que vous ayez touché la mèche. « Cheviv » est cette étincelle susceptible de raviver le feu. Et Bildad affirme : chez le méchant, « l'étincelle de son feu ne brillera plus » - elle ne reviendra pas, car son âme sera retranchée et ne reverra plus jamais la lumière de la vie, subissant un karet éternel.

Remarque indispensable : le Karet, la purification, et un Guéhinom qui n'est pas une punition

Il convient ici d'apporter une nuance et de citer les enseignements du saint Ari zal sur le verset « afin qu'aucun banni ne reste banni loin de Lui » : en fin de compte, toutes les âmes parviendront à leur réparation (tikoun), même les plus éloignées, comme l'âme de Bil'am. Bil'am constitue l'exemple de l'âme la plus déchue et des actes les plus abjects, au point que nos Sages ont dit : à propos de Bil'am, tout ce que tu peux interpréter de manière défavorable, interprète-le. Tout le mal que tu pourras exposer à son sujet est vrai ; où que tu tires une flèche, tu toucheras la cible. Et malgré toute sa grandeur, lui qui « connaissait la science du Très-Haut », tout ce que l'on dira à son détriment s'avère exact. Et pourtant, le saint Ari zal affirme qu'il finira lui aussi par parvenir à sa réparation, et il s'étend longuement sur ce point.

Et cela se comprend aisément, car pour que la réparation totale s'accomplisse, il faut que reviennent toutes les âmes du « corps » de l'humanité et que l'âme d'Adam Harichon soit réparée, or nous sommes tous des parcelles de l'âme d'Adam Harichon. Cependant, l'homme a la possibilité de réparer ici-bas, dans ce monde-ci, par l'accomplissement des mitsvot - chaque mitsva conduit à une réparation. Sinon, la réparation s'opère par voie de purification (zikoukh), ce qui constitue la souffrance d'outre-tombe. Ne vous y trompez donc pas : ce qui survient après la mort ne relève pas de la notion ordinaire de punition, du genre : « Tu ne m'as pas obéi, maintenant je vais te châtier ». Le Guéhinom est en réalité une purification, un processus que traverse l'âme pour se dépouiller de ses scories - tout comme la réincarnation (guilgoul) est une purification pour l'âme. La voie la plus douce consiste à séparer les scories par l'accomplissement des mitsvot et par la réalisation de la volonté d'Hachem. Lorsque l'on fait nétilat yadaïm, on récite la bénédiction « qui nous a sanctifiés par Ses commandements » - chaque mitsva me sanctifie, m'élève, et par elle je me purifie. Et lorsque l'on n'agit pas ainsi, survient une autre purification, bien plus rude, mais non comme une punition ni comme une vengeance.

Dès lors s'éclaire une question bien connue : lorsqu'un homme récite le Kaddich pour quelqu'un, il est enseigné que cela élève son âme - mais qu'en est-il alors du châtiment qu'il doit subir ? Si un individu est en prison, on peut bien réciter le Kaddich pour lui pendant deux ans, on ne le libérera pas pour autant et on ne réduira pas sa peine d'un tiers ; quel rapport y a-t-il entre les deux ? C'est que le Guéhinnom n'est pas une punition mais une purification. C'est pourquoi, si l'on étudie des Michnayot pour l'élévation de son âme, si l'on récite le Kaddich et que l'on accomplit des actes pour le grandir, il parvient à se purifier sans avoir besoin de subir l'intégralité des souffrances. S'il s'agissait d'un simple "châtiment", on ne comprendrait pas comment la récitation d'une prière pourrait en dispenser ; mais nos actes purifient. Selon cette perspective, l'affirmation selon laquelle l'âme du méchant mourrait d'une mort éternelle ne saurait être prise au sens littéral : elle signifie plutôt qu'il devra traverser une purification immense et éprouvante, jusqu'à être épuré de toutes les scories et de tous les résidus dont les transgressions l'ont souillé.

Verset 6 : La lumière et la lampe
אוֹר חָשַׁךְ בְּאׇהֳלוֹ וְנֵרוֹ עָלָיו יִדְעָךְ׃ - La lumière s'obscurcit dans sa tente, et sa lampe au-dessus de lui s'éteint.

Ne sois pas impressionné par le succès du méchant. Au moment où "la lumière s'obscurcit dans sa tente" - la lumière désignant ici la vie matérielle, qui s'éteindra et le descendra sous les dix tefahim, dans la tombe -, alors "sa lampe au-dessus de lui s'éteint" : la lampe fait allusion à son âme, et avec la vie corporelle disparaîtra aussi la vie de l'âme, car son âme sera retranchée et vouée à une mort éternelle. Ainsi donc, ne sois pas ébloui par sa réussite éphémère.

Verset 7 : La vieillesse
יֵצְרוּ צַעֲדֵי אוֹנוֹ וְתַשְׁלִיכֵהוּ עֲצָתוֹ׃ - Les pas de sa vigueur se rétrécissent, et son propre conseil le renverse.

Bildad décrit ici la nature de sa déchéance. Lorsqu'il parvient à la vieillesse, "les pas de sa vigueur se rétrécissent" : ses enjambées deviennent courtes, il ne marche plus d'un pas assuré et ample. Sa sagesse l'abandonne également, au point que "son propre conseil le renverse" : son discernement et sa réflexion le trahissent, et tout concourt à préparer sa fin.

Versets 8-10 : La parabole du chasseur et du piège
כִּי־שֻׁלַּח בְּרֶשֶׁת בְּרַגְלָיו וְעַל־שְׂבָכָה יִתְהַלָּךְ׃ - Car il a été jeté dans le filet par ses propres pas, et il marche sur un treillis.

Il dépeint à présent sa mort et les tourments que le méchant est appelé à subir, à l'image d'un animal capturé dans un piège de chasseur. Les oiseleurs étendaient un filet autour du piège, et dès que l'animal s'y emmêlait, ils le tiraient aussitôt vers la fosse, vers la trappe, où il tombait sans plus pouvoir faire le moindre mouvement. Tant qu'il se trouve encore à l'extérieur, il peut espérer déchirer le filet, mais une fois entraîné dans la fosse, il est prisonnier, et l'on peut alors l'abattre à coups de flèches ou faire de lui ce que l'on veut. D'abord, "il a été jeté dans le filet par ses propres pas" - il est pris dans le filet disposé autour de la fosse ; ensuite, "et il marche sur un treillis" - où qu'il aille, il avance empêtré dans les mailles, déjà captif et déjà pris.

יֹאחֵז בְּעָקֵב פָּח יַחֲזֵק עָלָיו צַמִּים׃ - Le piège le saisit par le talon, des liens s'attachent fortement à lui.

On le saisit par le talon avec une immense facilité, et bien qu'il ne soit retenu que par le talon, déjà "des liens s'attachent fortement à lui" - "tsammim" vient d'une racine évoquant la tresse, le nœud : ses jambes sont entravées, et le voilà enfermé au fond de la fosse.

טָמוּן בָּאָרֶץ חַבְלוֹ וּמַלְכֻּדְתּוֹ עֲלֵי נָתִיב׃ - Sa corde est enfouie dans la terre, et son piège se dresse sur le sentier.

Les chasseurs avaient pour coutume de dissimuler une corde dans le sol, là où le gibier passe habituellement; dès que l'animal s'y engageait, ils tiraient sur la corde pour le capturer. Il en va de même pour le mécréant, d'ores et déjà voué à la mort : « Sa corde est enfouie dans la terre », le piège de la corde cachée dans le sol, « et son piège sur le sentier » - sur le chemin même où il doit poser ses pas.

Verset 11 : Les terreurs qui rabattent vers le piège
סָבִיב בִּעֲתֻהוּ בַלָּהוֹת וֶהֱפִיצֻהוּ לְרַגְלָיו׃ - De toutes parts, des terreurs l'épouvantent et le talonnent pas à pas.

Les chasseurs veillaient à ce que l'animal se dirige précisément vers l'endroit voulu, le plus souvent en lâchant des chiens de chasse pour le pourchasser et l'effrayer jusqu'à l'y rabattre. Il en va de même ici : les épouvantes, qui désignent en quelque sorte les démons, se tiennent tout autour de lui et le terrifient pour le conduire droit vers la fosse, le paniquant afin de le précipiter dans le piège.

Versets 12-13 : La mort aux aguets de sa proie
יְהִי־רָעֵב אֹנוֹ וְאֵיד נָכוֹן לְצַלְעוֹ׃ - La cause de son deuil est affamée, et la ruine se tient prête à son flanc.

Que symbolise le piège ? La mort. Lorsque le mécréant mourra, il sera capturé : son âme n'aura aucune continuité, et il connaîtra une mort éternelle. « Que son affliction soit affamée » : le mot « ono » désigne ce qui provoque chez lui l'aninout, c'est-à-dire la douleur et le deuil, à l'image d'un endeuillé (onen). Cet agent du deuil et de la douleur est semblable à un fauve affamé en quête de proie. C'est ainsi que l'on dépeint la mort, guettant et attendant la venue de l'homme destiné à périr.

Et c'est bien la parabole enseignée par nos Sages : il est le Satan, il est le mauvais penchant (Yetser Hara), il est l'Ange de la Mort. D'abord, le mauvais penchant pousse l'homme à la faute; ensuite, il monte accuser devant le Tribunal céleste : Maître du monde, en quoi cet homme mérite-t-il de vivre ? Il commet de telles fautes : pour celle-ci il est passible de mort, pour celle-là de retranchement (kareth) - il y a bien longtemps qu'on aurait dû l'emporter ! Et lorsqu'on l'envoie reprendre son âme, qui vient à sa rencontre ? L'Ange de la Mort, ce même personnage. Un travail d'une redoutable rigueur. C'est pourquoi on dit qu'il ne trouve de repos que lorsqu'il voit l'homme dans la tombe. On aurait pu penser qu'il suffisait au Satan d'avoir fait chuter l'homme, mais tant que l'homme est en vie, un espoir subsiste; ce n'est que lorsqu'il le voit sous terre que le Satan estime sa tâche accomplie : plus de repentir possible, plus de réparation, plus rien, il est définitivement entre ses mains.

יֹאכַל בַּדֵּי עוֹרוֹ יֹאכַל בַּדָּיו בְּכוֹר מָוֶת׃ - Il dévore les parties de sa peau, le premier-né de la mort dévore ses membres.

Ce même Satan qui l'attend et qui l'a mené là, « dévore les parties de sa peau » : la décomposition du corps commence. Le terme « badav » désigne son corps physique, ou s'entend au sens de ramifications - comme les barres de l'Arche, ou les branches d'un arbre qui se déploient; selon cette lecture, il peut également s'agir de ses enfants, comme l'explique le Malbim. Et qui dévore tout cela ? Le « premier-né de la mort », c'est-à-dire le Satan, qui est pour ainsi dire l'aîné de la mort. Autrement dit, après l'avoir fait fauter, il a encore faim de lui et attend de le dévorer. « Et la ruine se tient prête à son flanc » : elle attend de le briser.

Verset 14 : La ruine de toute sécurité
יִנָּתֵק מֵאׇהֳלוֹ מִבְטַחוֹ וְתַצְעִדֵהוּ לְמֶלֶךְ בַּלָּהוֹת׃ - Il sera arraché de sa tente, son assurance, et elle le fera marcher vers le roi des terreurs.

« Son assurance » désigne l'âme éternelle, qui est la garantie de l'homme : même si je meurs, mon âme continue d'exister. Mais Bildad affirme : elle aussi sera arrachée de sa tente et quittera le corps, « et elle le fera marcher vers le roi des terreurs » - elle le conduira entre les mains du Satan et des démons pour le tourmenter et le châtier. Il s'avère donc que le Shéol n'est nullement un refuge pour lui, mais que c'est là que commence un nouveau « film » sur tout ce qu'il a commis dans ce monde.

Verset 15 : L'âme putréfiée et le soufre
תִּשְׁכּוֹן בְּאׇהֳלוֹ מִבְּלִילוֹ יְזֹרֶה עַל־נָוֵהוּ גׇפְרִית׃ - Elle résidera dans sa tente qui ne sera plus à lui, du soufre sera répandu sur sa demeure.

Son âme résidera dans sa tente « מבלי לו » - terme qui évoque l'usure : le corps usé et putréfié dans la tombe, et son âme pour ainsi dire se décompose avec lui. Et cela ne suffit pas, mais « du soufre sera répandu sur sa demeure », pour le brûler par le feu du Guéhinnom. En termes simples : ne sois pas impressionné par le succès du fauteur dans ce monde, c'est une réussite éphémère face à laquelle l'éternité sera faite d'une extrême rigueur et d'une immense souffrance. Il n'y a pas lieu d'envier une telle réussite, qui ne compte absolument pour rien.

Verset 16 : Les racines et la récolte
מִתַּחַת שׇׁרָשָׁיו יִבָשׁוּ וּמִמַּעַל יִמַּל קְצִירוֹ׃ - En bas ses racines se dessécheront, et en haut sa récolte se flétrira.

« En bas ses racines se dessécheront » fait allusion au corps, qui pourrira et se desséchera dans sa tombe ici-bas sur terre. « Et en haut sa récolte se flétrira » renvoie à ses actes et à ses réalisations, et cela désigne son âme, qui elle aussi « se flétrira », du terme signifiant être coupé et desséché, et elle n'aura aucune pérennité.

Verset 17 : Ni dans ce monde, ni dans le monde futur
זִכְרוֹ־אָבַד מִנִּי־אָרֶץ וְלֹא־שֵׁם לוֹ עַל־פְּנֵי־חוּץ׃ - Son souvenir disparaît de la terre, et il n'a plus de nom au-dehors.

Par ce biais, son souvenir et la mémoire de ses actes disparaîtront de la terre, et il ne lui restera pas non plus de nom dans le monde supérieur, qui se trouve en dehors de cette terre. Il en résulte qu'aucun souvenir de lui ne subsistera, ni dans ce monde-ci ni dans le monde futur - et c'est le sens de « au-dehors », car là-bas non plus il n'aura de renommée et ne sera pas évoqué.

Verset 18 : De la lumière vers l'obscurité
יֶהְדְּפֻהוּ מֵאוֹר אֶל־חֹשֶׁךְ וּמִתֵּבֵל יְנִדֻּהוּ׃ - On le repoussera de la lumière vers l'obscurité, et on le bannira du monde terrestre.

Même dans la réalité spirituelle supérieure, il demeurera dans un pays d'obscurité et ne brillera point de la lumière de la vie éternelle, qui constitue la rétribution éternelle ; de là, on le repoussera de la lumière vers les ténèbres. « Et du monde habité on le chassera » : on le bannira également de ce monde-ci, afin qu'il ne lui reste ici ni nom ni postérité, comme il a déjà été mentionné que sa mémoire disparaîtra de la terre.

Verset 19 : Ni rejeton ni descendance
לֹא־נִין לוֹ וְלֹא־נֶכֶד בְּעַמּוֹ וְאֵין שָׂרִיד בִּמְגוּרָיו׃ - Il n'a ni rejeton ni descendance parmi son peuple, et nul survivant dans ses demeures.

Ses enfants périront également, et il ne lui restera aucun survivant « dans ses demeures », c'est-à-dire pas même parmi les résidents de sa maison. Remarquez d'ailleurs ce procédé récurrent tout au long du livre : ils s'adressent à lui par paraboles et ne lui disent pas explicitement qu'ils le visent, mais ils le décrivent fidèlement. Ils lui disent en somme : regarde ce que tu endures, c'est la conséquence de ta méchanceté ; or le méchant ne laisse derrière lui ni rejeton ni descendant. Et qu'est-il arrivé à Iyov ? Tous ses enfants sont morts. Ils s'expriment sous forme d'allégorie, mais c'est bien lui qu'ils désignent. Et l'on verra par la suite, comme tout au long du livre, qu'Iyov en éprouve une vive amertume : il souffre de les voir énoncer de si rudes paraboles sur les impies pour les lui appliquer aussitôt, puis d'en tirer argument : « Regarde tes souffrances, c'est bien la preuve que tu es le méchant de cette histoire ».

Verset 20 : La stupeur des générations
עַל־יוֹמוֹ נָשַׁמּוּ אַחֲרֹנִים וְקַדְמֹנִים אָחֲזוּ שָׂעַר׃ - À son jour, les générations futures sont stupéfaites, et les anciens sont saisis d'effroi.

Son châtiment sera si effroyable que ni les premières générations ni les dernières n'auraient pu imaginer ou concevoir une telle peine. « Seront stupéfaites » (nachammou), de la même racine que stupeur : elles s'étonneront de la gravité d'un châtiment si terrible. Et même les anciens, de mémoire de vieillard, n'ont jamais rien vu de tel : « et les anciens sont saisis d'effroi », au sens où ils seront bouleversés, frappés de stupeur et épouvantés par l'ampleur du châtiment infligé à cet impie.

Verset 21 : Les demeures de l'injustice
אַךְ־אֵלֶּה מִשְׁכְּנוֹת עַוָּל וְזֶה מְקוֹם לֹא־יָדַע־אֵל׃ - Telles sont assurément les demeures de l'injuste, et tel est le lieu de celui qui ne connaît pas Dieu.

Il n'en est rien de ce que tu prétends, comme s'il n'existait pas de survie de l'âme. Quant aux justes, leur âme est liée au faisceau des vivants ; et même les hommes ordinaires, qui n'atteignent pas le rang des tsaddikim mais n'ont pas multiplié les fautes, possèdent eux aussi une part au Monde futur. En revanche, « celles-ci », celles dont je viens de parler, sont les « demeures de l'injustice » : pour le parfait impie, l'un de ces grands pécheurs invétérés, telles seront ses demeures ; il sera retranché, et il ne subsistera d'existence ni pour son âme ni pour sa descendance après lui. C'est à cela, comme nous l'avons dit, que Bildad fait allusion pour viser Iyov. « Et tel est le lieu de celui qui ne connaît pas Dieu » : tel sera le lieu du châtiment de celui qui n'a point connu ni reconnu Dieu.

En conclusion :

Bildad HaChou'hi fonde toute sa réplique sur un principe fondamental : l'essentiel de l'homme réside dans son âme éternelle, et par conséquent toute mesure de la « réussite » doit s'évaluer à l'aune de l'âme et non à celle du corps. C'est à partir de là qu'il répond à l'énigme du « racha vetov lo » (l'impie qui prospère) : son bien-être ressemble à la sensation de celui qui s'élance du haut d'une tour, fugace et éphémère, dont l'issue inévitable est le fracas - son âme est retranchée, son nom et sa mémoire s'effacent, et il ne lui reste aucune continuité, ni à travers sa descendance ni dans le Monde futur. Les versets dépeignent ce sort par les métaphores de la chasse : le filet, le piège, la corde dissimulée, les terreurs qui le précipitent vers la fosse, et le premier-né de la mort avide de proies. Inversement, le tsadik a droit à un nom et à une postérité dans ce monde et dans l'autre, et ses souffrances s'inscrivent dans « la voie de la compensation » - non pas une compensation dans ce corps périssable, mais une récompense éternelle pour l'âme, face à laquelle toute affliction de ce monde n'est que néant. Dès lors, selon les termes du Malbim, les réfutations d'Iyov se sont évanouies en fumée, tandis que les paroles de Bildad demeurent inébranlables.