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Chapitre 10 - Une vigne dégarnie et la cause de l'exil - 1re partie

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Livre d'Osée, chapitre 10 : « Israël est une vigne qui se dégarnit, il produit du fruit pour lui-même ; à mesure que son fruit se multipliait, il a multiplié les autels ; à mesure que sa terre était prospère, ils ont embelli les stèles ». Le Malbim explique : après avoir évoqué le décret d'exil prononcé contre eux, le prophète vient maintenant nous expliquer ce qui a provoqué une telle sentence, quelle a été la cause véritable de cet exil.

Il nous apprend qu'Hachem a suscité chez eux le tumulte et la rébellion : le peuple s'est en effet révolté contre le roi, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, et ce fut là la cause de l'exil. Nous avons vu cela aux chapitres 7 et 8, ainsi que dans les chapitres précédents : ils ont assassiné Chalom ben Yavech, puis se sont rebellés contre Hoché'a ben Éla en le dénonçant au roi d'Assyrie. Ils l'ont dénoncé parce qu'il avait envoyé des émissaires à So, roi d'Égypte, se révoltant ainsi contre l'Assyrie en cherchant d'autres protecteurs.

Quelle en était la raison ? Le Malbim explique là-bas qu'il leur déplaisait que ces rois ne s'attachent pas aux péchés de Yarov'am. En d'autres termes, ces souverains avaient inauguré une nouvelle ligne de conduite et ne servaient plus les veaux d'or, un changement que beaucoup de gens n'appréciaient guère. Remarquons que même si ces rois n'étaient pas des justes - ni Chalom ben Yavech, ni Hoché'a ben Éla -, ils avaient néanmoins mis fin au culte des veaux. Beaucoup, parmi le peuple, voyaient cela d'un mauvais œil et se sont soulevés contre eux.

C'est ce que le prophète va nous raconter à présent : comment cette rébellion a fini par entraîner l'exil. C'est elle qui a poussé le roi d'Assyrie à monter une première fois à l'époque de Mena'hem ben Gadi, puis finalement à l'époque de Hoché'a ben Éla, où il a exilé tout le monde ; c'est ce dont traite notre chapitre. Telle est l'explication selon le Malbim. Nous allons commencer à l'expliquer, et nous verrons également le commentaire du Radak, qui interprète ce chapitre de manière classique, sans se référer à la rébellion contre ces deux rois.

Le Malbim explique donc : « Gefen bokek Israël » - Israël est comparé à une vigne, comme il est dit : « Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile ». Le Saint, béni soit-Il, a planté cette vigne en espérant qu'elle produirait de bons raisins, mais elle a produit des fruits sauvages, comme nous l'avons déjà appris dans Isaïe au chapitre 5. Il y est dit : « Il espérait la droiture, et voici l'oppression ; la justice, et voici le cri d'angoisse ». Hachem attendait que cette vigne donne de bons fruits, faits de justice et de droiture, mais au lieu de cela, Israël est devenu une vigne qui se vide (gefen bokek), une vigne qui perd et laisse tomber ses fruits, incapable de produire ce qu'elle devrait. C'est le sens de : « Israël est une vigne qui se dégarnit » ; on attendait « peri yéshavé lo », des fruits à sa mesure, des fruits dignes d'elle.

Que signifie « peri yéshavé lo » ? Le Malbim précise qu'il existe une différence entre « poser » (lassim) et « égaler » ou « proportionner » (lehashvot). Lorsque l'on pose une chose sur une autre, il n'y a pas nécessairement de rapport de valeur entre ce que l'on a posé et le support. En revanche, lorsqu'il est dit : « Tu placeras sur lui éclat et majesté » (hod vehadar teshavé alav), le terme « teshavé » renferme aussi la notion de valeur équivalente. Il existe une corrélation entre les deux éléments : ils sont de même valeur. Ainsi, lorsqu'on pose une chose de valeur égale, on emploie le terme « teshavé », tandis que si la valeur n'est pas équivalente, on emploie simplement « lassim ».

Dès lors, le prophète nous dit qu'Hachem espérait que cette vigne produise un « fruit à sa mesure » (peri yéshavé lo), qu'elle porte des fruits dignes d'elle et proportionnés à ses capacités réelles. Au lieu de cela, « Israël est une vigne qui se dégarnit ». Le mot « bokek » évoque la chute, la perte, le dépouillement : cette vigne n'a pas donné les fruits convenables. Et pourquoi ? « À mesure que son fruit se multipliait, il a multiplié les autels ; à mesure que sa terre était prospère, ils ont embelli les stèles ». Tout le bien que Je leur ai prodigué, toute cette abondance de bénédictions, aurait dû les inciter à utiliser ces forces pour le bien. Mais voyez : à mesure que Je leur donnais en abondance et que leur terre prospérait, ils ont utilisé ce bien pour embellir des stèles, érigeant des édifices dédiés à l'idolâtrie.

Le Malbim précise que ces stèles (matsevot) étaient destinées à glorifier les temples d'idoles ou à embellir le pays. Il explique qu'il s'agissait de pyramides ou d'obélisques. L'obélisque était un monument élancé, une sorte de statue ou colonne très haute, carrée, surmontée d'une pointe pyramidale. On en voit encore aujourd'hui dans de nombreux endroits. À l'époque, on les taillait d'un seul bloc, dans une roche unique : on extrayait un immense bloc de pierre pour en faire un tel obélisque, que l'on érigeait dans le pays pour l'idolâtrie ou pour son prestige. On appelait cela en hébreu une « stèle-aiguille ». Tout cela servait à glorifier leur puissance et leurs idoles. Voyez donc : alors que l'on attendait de cette vigne de bons fruits, elle a détourné toute son énergie au profit de son idolâtrie.

« Leur cœur est partagé, maintenant ils porteront leur faute ; Il brisera leurs autels, Il dévastera leurs stèles ». « Leur cœur est partagé », c'est-à-dire qu'il s'est détaché de Moi, explique Rachi : ils se sont divisés d'avec Hachem pour servir des idoles. « Maintenant ils porteront leur faute » : c'est cela qui attire sur eux la culpabilité et qui amènera la destruction de leurs autels, que l'on brisera comme on tranche un cou. Rachi cite un Midrach Agada bien connu : nos Sages enseignent que grande est la paix, car même lorsque les enfants d'Israël s'adonnent à l'idolâtrie, tant que la paix règne entre eux, le Satan ne peut pas les accuser, ainsi qu'il est dit : « Éphraïm est attaché aux idoles, laisse-le tranquille ! » Nous l'avons vu au chapitre 4 : tant qu'Éphraïm est uni, même s'il sert des idoles (« atsavim »), Hachem ne le punit pas. Mais « leur cœur s'est divisé, maintenant ils porteront leur faute ». Rachi rapporte ici l'enseignement des Sages qui diffère du sens littéral : selon le pchat, leur cœur s'est séparé d'Hachem, tandis que selon le Midrach, leur cœur s'est divisé les uns envers les autres. Dès lors qu'ils sont divisés et en proie aux querelles, ils sont coupables. Tant la discorde est haïssable : dès qu'ils se divisent, la voie est ouverte au Satan pour venir les accuser.

Le Malbim explique que, puisqu'ils s'étaient fabriqué des veaux et désiraient servir des idoles, Hachem a divisé leur cœur. C'est le Saint, béni soit-Il, qui a provoqué cette désunion entre eux : selon cette lecture, c'est Hachem qui a partagé leur cœur. De ce fait, « maintenant ils porteront leur faute », ils recevront leur châtiment, à savoir : « Il brisera leurs autels, Il dévastera leurs stèles ». Cette division des cœurs entraînera la destruction de leurs autels et le bris de leurs stèles. En effet, le roi a détruit les autels et brisé les stèles, ce qui allait à l'encontre de leurs désirs. Comme nous l'avons vu, Chalom ben Yavech et Hoché'a ben Éla n'acceptaient pas leur idolâtrie ni les veaux de Yarov'am ; le souverain a donc brisé leurs autels et détruit leurs stèles, provoquant ainsi une fracture parmi le peuple.

« Car maintenant ils diront : Nous n'avons pas de roi, car nous n'avons pas craint Hachem ; et le roi, que ferait-il pour nous ? » Le Malbim explique : à cause de cela, ils se révolteront contre le roi et voudront le déchoir. Comme le roi a posé un acte qui leur déplaisait en abolissant le culte des veaux de Yarov'am, ils déclarent ne pas accepter ses décisions. Ils diront : « Nous n'avons pas de roi ! De quel droit vient-il abolir le culte du veau d'or ? Pourquoi substituer au culte du veau la crainte d'Hachem ? Nous ne craignons pas Hachem ! Ce service ne nous convient pas, nous n'en voulons pas. Et dès lors, que ferait le roi pour nous ? Pourquoi viendrait-il nous contraindre à servir Hachem et à Le craindre ? » Telle fut la conséquence de ce « cœur partagé » : ils se sont soulevés contre le souverain parce qu'il avait aboli les veaux d'or, ce qui heurtait leurs inclinations. C'est pourquoi il est dit : « Leur cœur est partagé, maintenant ils porteront leur faute ». Cette discorde les a conduits à aller dénoncer leur roi au souverain d'Assyrie. Le roi d'Assyrie est alors venu, a brisé les veaux et a tout emporté. Ils ont donc été les propres artisans de leur chute : alors qu'un roi avait déjà aboli les veaux, ils sont allés le dénoncer et se rebeller contre lui, créant les conditions pour qu'un roi étranger vienne et les exile tous. Ils ont eux-mêmes provoqué leur propre désastre.

Le Malbim avance une autre explication : que signifie « leur cœur est partagé, maintenant ils porteront leur faute » ? Par cette division des cœurs, leur culpabilité éclate au grand jour. Jusqu'alors, les rois les avaient contraints à l'idolâtrie : Yarov'am avait érigé les veaux en disant : « Voici tes dieux, Israël », interdisant de monter au Temple de Jérusalem, et le peuple s'était mis peu à peu à servir les veaux. Ce n'était donc pas parti d'eux, mais des rois, ce qui leur laissait une forme de circonstance atténuante. En revanche, à présent que Hoché'a ben Éla et Chalom ben Yavech avaient aboli le culte des veaux, l'exigence est venue d'en bas : c'est le peuple lui-même qui s'est obstiné à vouloir continuer à servir les veaux, ce qui a fait peser sur eux une faute écrasante. On voyait clairement que c'étaient eux-mêmes qui réclamaient les veaux. Ils ne pouvaient plus rejeter la faute sur le souverain en disant : « Il nous y a forcés, que pouvions-nous faire ? » Hachem leur a suscité des rois opposés aux veaux d'or, mais le peuple les a réclamés ! Le Malbim enseigne que c'est là le sens de « maintenant ils porteront leur faute » : par cette division qui les a dressés contre le roi, ils ont apporté la preuve irréfutable que leur désir profond était de servir les veaux.

Le Radak explique que le verset : « Car maintenant ils diront... » se réfère à la période postérieure à l'exil. C'est une fois en exil qu'ils tiendront ces propos, et remarquons que, selon le Radak, il s'agit d'une expression de téchouva. En exil, ils diront : « Nous n'avons pas de roi » - c'est comme si nous n'avions pas de roi, car il n'a pas eu la force de nous sauver de la main de nos ennemis. Nous avions pourtant demandé un roi pour mener nos guerres et nous délivrer de nos ennemis, et nous voici exilés ! Où est notre roi ? Où est celui qui devait combattre pour nous ? « Car nous n'avons pas craint Hachem » : nous avons fait fausse route, nous aurions dû craindre Hachem au lieu de réclamer un roi. Si nous étions restés fidèles à la crainte d'Hachem, aucun malheur ne nous aurait atteints. Tout ce drame nous est arrivé parce que nous n'avons pas craint Hachem et que nous avons réclamé un roi. Si nous avions craint Hachem, Il nous aurait délivrés de nos ennemis dès lors que nous accomplissions Sa volonté. « Et le roi, que ferait-il pour nous ? » Ce roi que nous avons réclamé, que peut-il faire pour nous désormais ? En quoi peut-il nous aider ? N'aurait-il pas mieux valu demeurer dans la crainte d'Hachem ? Celui en qui nous avions placé notre confiance est incapable de nous sauver. Ainsi, selon le Radak, tout ce verset exprime le repentir et la téchouva du peuple au sein de l'exil.

« Ils prononcent des paroles, font de faux serments, concluent des alliances ; et le jugement fleurit comme une plante vénéneuse sur les sillons des champs ». « Ils prononcent des paroles » : Yarov'am et ses partisans ont tenu conseil pour déterminer comment conserver le pouvoir. Poursuivons avec le Radak : ils ont élaboré des plans pour empêcher le peuple de monter à Jérusalem. « De faux serments » : ils ont prêté serment et conclu une alliance trompeuse pour abolir la Torah et les mitsvot et instaurer l'idolâtrie. « Et le jugement fleurit comme une plante vénéneuse » : comprends par là pourquoi le jugement par lequel Hachem les juge et les punit fleurit comme du poison, comme le fiel et l'absinthe (« une racine produisant du poison et de l'absinthe ») sur les sillons de leurs champs. Ce qui pousse dans leurs sillons sera du poison et de l'absinthe : ce que vous avez semé, vous le récolterez et le consommerez. Et qu'avez-vous semé ? Du poison, en cultivant l'idolâtrie, la dépravation et l'abandon du service d'Hachem. C'est ce qui a germé sur les sillons de vos champs ; ne t'étonne donc pas que le jugement fleurisse comme une plante vénéneuse pour vous châtier de vos fautes et vous mener à l'exil.

Le Malbim explique pour sa part que ces paroles s'appliquent à la période précédant l'exil, décrivant la rébellion contre Chalom ben Yavech et Hoché'a ben Éla qui avaient aboli l'idolâtrie. Il explique qu'ils échangeaient constamment de vaines paroles et de faux serments (« alot chav »), transgressant le serment de fidélité prêté au roi. Lors de l'avènement d'un roi, on jurait de lui être soumis, sans quoi son autorité n'avait aucune valeur ; or, ce serment s'est révélé mensonger, car lorsque le roi a ordonné d'abolir les veaux, ils ont refusé de s'y soumettre. Leurs serments étaient donc vains et trompeurs. « Concluent des alliances » : ils se sont ligués pour tuer Chalom ben Yavech et pour livrer Hoché'a ben Éla au roi d'Assyrie afin qu'il le fasse périr. C'est ce complot néfaste qui a fait fleurir le jugement comme une plante vénéneuse sur les sillons des champs. Leur châtiment a fleuri instantanément - la floraison désignant ce qui éclot soudainement. Voyez comment le jugement a surgi : la graine de rébellion semée en secret dans les profondeurs des sillons a germé, fleuri et produit des fruits amers, des grappes de fiel, comme le formule le Malbim, et le châtiment s'est abattu sans attendre, ainsi que nous allons le voir.

« Pour les génisses de Beth-Avène trembleront les habitants de Samarie, car son peuple est en deuil sur elle, et ses prêtres idolâtres se lamenteront sur sa gloire, car elle a été exilée loin d'elle ». Le Malbim explique que le prophète décrit maintenant ce qui a provoqué cette sentence immédiate : c'était précisément « pour les génisses de Beth-Avène ». Toute l'affaire est née du fait qu'on leur avait retiré les veaux et aboli leur idolâtrie. Ces veaux érigés à Beth-El et à Dan sont ceux qui ont suscité la discorde entre le peuple et le roi. De là, les habitants de Samarie trembleront et se rassembleront, s'attroupant pour se rebeller contre le souverain qui avait aboli leur culte. « Car son peuple est en deuil sur elle, et ses prêtres idolâtres se lamenteront... » : le peuple s'afflige de la suppression du culte des veaux, et ses prêtres d'idoles (les kemarim), plongés dans l'accablement, gémissent sur la gloire du veau qui s'en est allée. Le prophète met ainsi en lumière l'origine de tout le drame : le roi avait mis fin au culte des veaux d'or, ce qu'une grande partie du peuple refusait d'accepter.

Expliquons maintenant selon la ligne de Rachi et du Radak. D'abord : « pour les génisses de Beth-Avène ». Pourquoi « Beth-Avène » ? Les veaux fabriqués par Yarov'am étaient des mâles, mais le texte les qualifie au féminin de « génisses ». Et pourquoi appeler ce lieu Beth-Avène (« maison de l'iniquité ») ? Il s'agit en réalité de Beth-El, mais comme « aven » désigne le mal et l'iniquité, l'Écriture lui substitue ce terme méprisant. Comme l'enseigne la Guémara, on doit désigner l'idolâtrie par des termes péjoratifs et humiliants - comme « Beth Galia », « Beth Karia », etc. -, car on refuse de la nommer honorablement et l'on préfère exprimer le dégoût qu'elle inspire. « Les génisses de Beth-Avène » désigne donc Beth-El, qualifiée ainsi en raison des actes perfides et impies qui s'y commettaient.

« Trembleront les habitants de Samarie » (yagourou chekhen Chomron). Le Radak explique le verbe « yagourou » non pas au sens de rassemblement comme le Malbim, mais au sens de peur et d'effroi (du terme « magor »). Les habitants de Samarie seront pris de terreur. Pourquoi mentionner Samarie, alors qu'il n'y avait pas de veaux d'or à Samarie ? Certes, mais Samarie était la capitale, et les habitants de Samarie étaient les chefs des adorateurs des veaux. Dès lors, le prophète associe les veaux à Samarie. Il veut signifier par là que lorsque Beth-El sera détruite et que les veaux seront incapables de la sauver, ceux qui résident à Samarie commenceront à trembler pour eux-mêmes : si le veau sur lequel je comptais pour me protéger ne peut même pas se sauver lui-même, qui viendra me secourir ? En voyant le sort des veaux et leur effondrement, l'habitant de Samarie sera saisi d'effroi, comprenant que le malheur fondra bientôt sur lui, car tout le pays d'Israël a été conquis avant Samarie, que le roi d'Assyrie a assiégée durant trois ans. C'est le sens de : « car son peuple est en deuil sur elle » : ils pleuraient sur le veau de Beth-El et souffraient de voir sa gloire exilée, réalisant ainsi que le malheur était désormais à leur porte.

« Lui aussi sera transporté en Assyrie, en tribut au roi Yarèv ; la honte saisira Éphraïm, et Israël rougira de son propre dessein ». « Lui aussi sera transporté en Assyrie » se rapporte aux veaux. Rachi explique que cela se déroula la douzième année du règne d'A'haz : « Hachem réveilla l'esprit de Poul, roi d'Assyrie, et il les exila, les Réoubénites et les Gadites », ainsi qu'il est rapporté dans les Chroniques. Le roi d'Assyrie prit alors les veaux d'or de Beth-El et s'en alla, accomplissant la parole : « Lui aussi sera transporté en Assyrie ». Qui cela, « lui aussi » ? L'idole dont nous venons de parler, les veaux de Beth-Avène : eux aussi ont été emportés. « En tribut au roi Yarèv » : qui est ce roi Yarèv ? Il s'agit de Sennachérib, à qui on l'apporta en présent. Certains disent que « Yarèv » était son nom ; d'autres expliquent qu'on le surnommait ainsi parce qu'il était constamment en querelle (« rav ») avec les nations. Le Malbim explique que les idolâtres avaient une divinité de la querelle et de la guerre, et le « roi Yarèv » désigne le monarque préposé par cette divinité aux conflits et aux guerres. On peut aussi remarquer que le nom de Sennachérib se termine par les lettres de « rib » (querelle), qui forment les mêmes lettres que « Yarèv ». Selon cette approche, « Yarèv » qualifie le roi qui entrera en guerre contre eux, auquel on offrit ces veaux en tribut.

Le Malbim montre que le texte illustre ici l'expression « le jugement fleurit comme une plante vénéneuse », montrant le caractère foudroyant de leur châtiment. Lorsque le roi d'Assyrie s'est emparé de Hoché'a, il est écrit qu'il l'a enfermé en prison, car on lui avait dénoncé les tractations de Hoché'a avec So, roi d'Égypte, cherchant à contourner l'Assyrie. Comme nous l'avons expliqué, le peuple ne supportait pas qu'on lui ait retiré les veaux d'or, et c'est pourquoi ils ont dénoncé Hoché'a ben Éla au roi d'Assyrie. Or, voyez le résultat de leur délation : le roi d'Assyrie arrive, furieux de l'alliance avec l'Égypte, renverse Hoché'a, l'emprisonne... et emporte également les veaux ! Qu'espéraient-ils gagner ? Ils voulaient que Hoché'a soit puni et qu'on leur laisse leurs idoles ! Mais l'Écriture leur dit : « Lui aussi sera transporté en Assyrie ». Non seulement vous avez perdu Hoché'a ben Éla, mais l'Assyrien a emporté aussi votre veau pour en faire un tribut au roi Yarèv ! « La honte saisira Éphraïm » : l'Assyrie a emporté la honte (l'idole) d'Éphraïm vers son pays. « Et Israël rougira de son propre dessein » : Israël comprend alors sa folie. Quelle sottise a été la mienne ! J'ai tramé un complot pour faire tomber Hoché'a ben Éla en le livrant au roi d'Assyrie, et ce dernier est venu et m'a aussi pris mes veaux ! Israël a alors honte de son propre dessein, comprenant qu'il s'est tiré une balle dans le pied et que son complot s'est retourné contre lui comme un boomerang, lui causant à lui-même sa propre ruine.

« Samarie a été anéantie ; son roi est comme de l'écume à la surface de l'eau ». Le terme « nidmé » reçoit ici plusieurs interprétations. La première est celle du Targoum Yonatan : « Samarie a eu honte de son roi » (« bahétat Chomron bémalka »), du mot « bohèt » (la honte). Samarie a été déçue et humiliée par son roi, qui est devenu « comme de l'écume à la surface de l'eau ». On croyait que ce roi allait nous sauver, et voyez : il n'est que de l'écume flottant sur l'eau, symbole de ce qui n'a aucune consistance et disparaît aussitôt. Sa force équivalait à de l'écume qui s'efface en un instant. Rachi explique « nidmé » à partir de la racine du silence (« domi » - « ne garde pas le silence ») : le roi de Samarie a été réduit au silence, devenant comme de l'écume sur l'eau. Le Radak le rattache à l'idée de retranchement (« nidmé ami » - mon peuple est retranché) : le roi de Samarie a été retranché ; après un long siège auquel il n'a pu échapper, il a fini par être exilé. Que signifie « kètsef » ? Le Radak propose une explication originale : il ne l'interprète pas comme le Targoum Yonatan qui traduit « comme le bouillonnement à la surface de l'eau » (l'écume, « escume » en vieux français que Rachi cite - terme que l'on retrouve dans le Talmud à propos de l'écume qu'il convient de ne pas boire au-dessus d'une boisson). Le Radak explique quant à lui que « kètsef » désigne une écorce de bois, comme dans le verset « et mon figuier en écorce » (ketsafa) : une écorce légère flottant et vacillant à la surface de l'eau.

Le Malbim explique que le prophète montre comment Israël a rougi de son propre dessein : ce projet même par lequel ils pensaient renverser Hoché'a, en faisant venir le roi d'Assyrie sous prétexte de rébellion, a précipité leur propre perte. Selon le Malbim, « nidmé » relève de la comparaison et de la parabole : à quoi ont-ils ressemblé ? Ils ont été comparés à l'écume sur l'eau. Lorsque l'eau bouillonne, de l'écume se forme, mais à mesure que l'eau s'agite et s'écoule, cette écume s'évanouit, disparaît, et la surface redevient lisse : le mouvement de l'eau finit par apaiser et dissiper l'écume. Il en fut de même ici : à cause du roi, il y eut comme un bouillonnement, une fureur (« kètsef ») du peuple. Le peuple s'est irrité et s'est révolté contre le souverain ; ils ont conspiré avec Hoché'a ben Éla contre Pèqa'h ben Remalyahou, l'ont mis à mort et ont intronisé Hoché'a à sa place. Par la suite, cette colère et cette agitation ont abouti à l'exil, causé par la délation dont Hoché'a a fait l'objet auprès du roi d'Assyrie. Tout comme le courant de l'eau balaie et efface l'écume, ce mouvement a conduit le peuple vers l'Assyrie, anéantissant leurs desseins de consolider le culte du veau, car tous ont finalement été déportés. Ainsi, « nidmé » s'entend ici soit au sens de honte, soit au sens de silence, soit au sens de retranchement, soit encore au sens de parabole et de comparaison.