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Chapitre 9 - Ne te réjouis pas, Israël - Deuxième partie

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« Comme des raisins dans le désert J'ai trouvé Israël, comme une figue précoce sur un figuier à ses débuts J'ai vu vos pères ; eux sont venus à Baal-Péor, se sont voués à la honte et sont devenus abominables comme leur passion ». « Comme des raisins dans le désert J'ai trouvé Israël » : le Malbim explique qu'il s'agit de la suite de ce qui a été mentionné précédemment. Ils ne se sont pas contentés de transgressions entre l'homme et D.ieu, ils ont également corrompu leur voie par la débauche et l'idolâtrie, comme nous l'avons vu à l'époque de la concubine de Guiv'a, et c'est à ce propos qu'il leur a dit : « Il se souviendra de leurs péchés », le Saint, béni soit-Il, leur rappellera ces fautes.

C'est pourquoi Il vient leur dire : vous auriez dû tirer un raisonnement a fortiori (kal va'homer). Regardez : le Saint, béni soit-Il, a puni la génération sortie d'Égypte pour la faute de Péor et pour leur dépravation avec les filles de Moab, bien que cette génération fût si précieuse aux yeux d'Hachem. Et à présent, à travers plusieurs expressions, Il va nous décrire leur grandeur et l'importance de cette génération : à quel point les enfants d'Israël sortis d'Égypte Lui étaient chers. Et pourtant, lorsqu'ils se sont corrompus par ces péchés, le Saint, béni soit-Il, n'a pas hésité et les a frappés d'un coup terrible. À plus forte raison vous, qui n'avez pas la même valeur à Ses yeux que cette génération, vous serez assurément frappés à votre tour.

C'est ainsi qu'Il vient déclarer : venez et voyez à quel point le peuple d'Israël sorti d'Égypte m'était cher, n'est-ce pas « comme des raisins dans le désert J'ai trouvé Israël » ? Lorsque J'ai trouvé Israël dans le désert, ils m'étaient aussi précieux qu'un homme qui découvre le fruit le plus estimé, le raisin, et où le trouve-t-il ? Dans le désert ! Un lieu qui n'est « ni un endroit de semence, ni de figuiers, de vignes ou de grenadiers » ; trouver des raisins là-bas, en plein désert, pour une simple grappe de raisin on serait prêt à payer mille dollars ! C'est une chose rare, tout à fait exceptionnelle : « Comme des raisins dans le désert ».

Que veut-Il exprimer par là ? Pourquoi emploie-t-il cette métaphore ? Le Malbim explique que le peuple d'Israël était comparable à la première vigne plantée par Hachem. Remarquez que lorsqu'Il nous décrit la sortie d'Égypte, le verset dit : « Tu as transporté une vigne hors d'Égypte ». Le peuple d'Israël est comparé à une vigne, formant la première vigne du Saint, béni soit-Il. Et pourquoi précisément la vigne ? Parce que la vigne n'accepte pas de greffe avec un autre arbre ; c'est pourquoi Il les compare précisément à la vigne. Et plus particulièrement à des raisins dans le désert : comme on le sait, tout ce qui pousse là où la main de l'homme n'intervient pas ne subit aucun greffage. Lorsqu'on cherche un étrog marocain, quelle est sa supériorité ? C'est qu'on le cueille dans les forêts sauvages ; dans les forêts, il n'y a pas de greffe, personne ne pratique l'hybridation, ce sont des fruits authentiques et non greffés. C'est en ce sens qu'Il vous dit qu'Israël était comme des raisins dans le désert : premièrement, au sens de « Tu as transporté une vigne hors d'Égypte », ce qu'il y a de plus noble ; deuxièmement, ils n'ont subi aucun mélange ni greffe, car en Égypte, le peuple d'Israël était totalement préservé de tout métissage. Nos Sages disent qu'ils étaient saints et préservés de la débauche en Égypte ; il n'y eut que Chelomith bat Divri seule, et le verset l'a mentionnée explicitement. Et si l'on disait : s'ils maîtrisaient leur corps, maîtrisaient-ils leurs épouses ? Nos Sages enseignent : « De Palou, la famille des Palouites ; de 'Hetsron, la famille des 'Hetsronites » ; le Saint, béni soit-Il, dit : J'appose Mon Nom sur eux pour en témoigner, le Hé et le Youd, attestant qu'ils étaient saints et purs.

Voyez donc, dit le Saint, béni soit-Il : lorsque J'ai fait sortir Israël d'Égypte, observez quelle était alors leur condition, ils étaient saints et purs, éloignés de toute déchéance et de tout mélange avec les Égyptiens impurs. De même : « Comme une figue précoce sur un figuier à ses débuts J'ai vu vos pères ». La figue est un fruit d'une grande valeur : il n'y a aucun déchet, la figue n'a ni peau dure ni noyaux à rejeter, elle se mange entièrement. Et la figue précoce, la toute première récoltée, est la plus précieuse de toutes, car à ce moment-là il n'y a pas encore d'autres fruits et elle est unique et très recherchée. Il en fut de même pour le peuple d'Israël : que ce soit sur le plan du lieu, « comme des raisins dans le désert », ou sur le plan de l'époque, comme l'explique le Malbim : c'était au moment où « l'obscurité couvre la terre et d'épaisses ténèbres les peuples », dans une réalité où les nations ne croyaient pas encore, toutes vouées à l'idolâtrie sans reconnaissance du Créateur. Trouver Israël à cette époque représentait alors un mérite immense.

Le Saint, béni soit-Il, dit alors : voyez, bien qu'Il les ait comparés à des raisins et à des figues, purs de tout greffage et d'une perfection éclatante, « ils sont venus à Baal-Péor, se sont voués à la honte et sont devenus abominables comme leur passion ». Malgré toute leur grandeur, lorsqu'ils se sont épris des filles de Moab, ils ont sombré de chute en chute. C'est ainsi que nous les avons vus fauter avec Baal-Péor : « Le peuple commença à se prostituer avec les filles de Moab », puis « elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux ». Et par là, « ils se sont voués à la honte » (vayinazerou labochet) : ils se sont comme séparés de tout pour se consacrer exclusivement à cette infamie, comme il est écrit : « Le peuple mangea et se prosterna devant leurs dieux ». Dès lors, « ils sont devenus abominables », Hachem les a pris en abomination et les a rejetés, et « la colère d'Hachem s'enflamma contre Israël ». Tout cela découla de « leur passion », de leur attirance pour les filles de Moab. Il vous dit alors : appliquez à présent ce raisonnement a fortiori : si là-bas, en aimant les filles de Moab, ils sont devenus abominables malgré l'affection que le Saint, béni soit-Il, leur portait à l'origine, vous qui ne possédez aucune de ces vertus, à plus forte raison ne serez-vous pas en abomination ?

« Éphraïm, comme un oiseau leur gloire s'envolera, dès la naissance, dès le sein et dès la conception ». Pour Éphraïm, leur gloire s'envolera comme un oiseau, dès la naissance, le sein et la conception. Cela signifie que ceux qui sont sortis d'Égypte possédaient encore une gloire, une dignité, comparables à la vigne et au figuier, ayant préservé leur sainteté. Mais quant à vous, Éphraïm, vous n'avez aucune gloire dès le départ : ni à la naissance, ni dans le sein maternel, ni au moment de la conception, car beaucoup sont nés de la débauche. À plus forte raison seront-ils méprisables à Mes yeux par leur débauche. Ainsi, pour Éphraïm, « comme un oiseau leur gloire s'envolera », leur honneur s'est envolé dès la naissance, dès le sein et dès la conception. Ne serez-vous pas, à plus forte raison, châtiés par Hachem et voués à l'abomination ? Si les enfants d'Israël sortis d'Égypte, malgré toute leur grandeur, sont devenus abominables, vous qui étiez déchus dès l'origine, à plus forte raison !

Nous avons expliqué cela selon le Malbim, pour qui ce verset poursuit le raisonnement a fortiori du verset précédent. Rachi, en revanche, explique qu'à partir d'ici, le prophète commence pour ainsi dire à leur adresser des imprécations sous forme de vœux : puisse Éphraïm s'envoler comme un oiseau, tel un oiseau qui fuit son nid ou qui cesse de se reproduire. Il souhaite qu'ils soient privés d'enfants : que leur gloire s'envole signifie que leur descendance périsse, soit à la naissance, soit par une fausse couche dans le sein maternel, soit dès la conception sans prise de grossesse. La raison en est : à quoi bon élever des enfants si le sort ultime de ces fils est d'être fauchés ? Nous en verrons le sens dans le verset suivant.

« Même s'ils élèvent leurs fils, Je les en priverai avant qu'ils ne soient hommes, et malheur à eux aussi quand Je me détournerai d'eux ! » C'est-à-dire : quel sens ont la conception, la gestation et la naissance, si finalement, même lorsqu'ils élèvent leurs fils, Je les en prive ? Même si vous élevez ces enfants, ils finiront par mourir. « Et malheur à eux aussi quand Je me détournerai d'eux ! » Le Malbim poursuit dans la même ligne en montrant combien leur déchéance surpasse celle de la génération du désert. Il relève deux infériorités majeures : premièrement, s'ils élèvent leurs fils, « Je les en priverai avant qu'ils ne soient hommes » (chikhaltim méadam) : chez vous, vous n'êtes même plus considérés comme des êtres humains dignes de ce nom, étant souillés dès le sein maternel par l'absence de retenue et la procréation illégitime. Deuxièmement, Il dit : malheur à eux en eux-mêmes, même aux pères qui ne sont pas nés de la débauche et qui sont encore des hommes à part entière - car ce sont ces pères qui ont agi avec perversité en engendrant des enfants dans le péché, alors que leurs propres ancêtres étaient encore justes. Il déclare donc : malheur à eux « quand Je me détournerai d'eux » (béchouri méhem). Bien qu'au début Je fusse avec eux, dit Hachem, Je me suis détourné d'eux et Je les ai rejetés en raison de la noirceur de leurs actes. Le mot « chouri » (בְּשׂוּרִי) est écrit ici avec un chin de gauche (sin), ce qui est assez rare, bien qu'il existe plusieurs exemples bibliques où des termes habituellement orthographiés avec un samekh s'écrivent avec un sin.

« Éphraïm, tel que Je l'ai vu, ressemble à Tyr, plantée dans une oasis ; mais Éphraïm devra mener ses fils au massacreur ». Rachi explique : de même que J'ai vu Tyr dans toute sa sérénité, couronnée et plus opulente que tous les pays, de même J'ai vu Éphraïm planté dans une demeure paisible. Je les avais établis dans des conditions optimales, tout comme Tyr était réputée pour sa tranquillité et sa richesse, ce qu'on appellerait aujourd'hui la Suisse. Le Saint, béni soit-Il, dit : c'est ainsi que J'avais planté Éphraïm dans la quiétude, sans heurts ni épreuves, dans une abondance parfaite. Et en retour, regardez quelle reconnaissance Éphraïm m'a témoignée : « mener ses fils au massacreur », en allant livrer ses enfants à la mort pour les sacrifier au Moloch ! Est-ce là le remerciement que tu offres, demande le Saint, béni soit-Il, pour t'avoir établi dans la paix et l'opulence comme Tyr ?

Le Malbim explique, selon sa démarche, que ce verset vient également marquer le contraste entre la première génération sortie d'Égypte et Éphraïm, accentuant le fossé entre les deux pour faire comprendre : si Je n'ai pas épargné la première, à plus forte raison ne vous épargnerai-Je pas. La première génération, dit-il, était « comme des raisins dans le désert ». Mais vous, Éphraïm, vous ne vivez pas dans le désert ; vous ressemblez à Tyr, solidement implantée dans une terre féconde. Je vous ai transplantés depuis le désert pour vous établir dans un lieu d'habitation paisible, comblés de bienfaits. Regardez : ceux qui sont sortis d'Égypte vivaient dans des conditions éprouvantes, et pourtant Je n'ai pas fermé les yeux : dès qu'ils ont dévié vers les filles de Moab, ils ont été frappés sans ménagement. Vous qui jouissez d'une situation si favorable, enracinés dans votre terre comme Tyr dans une oasis, comblés de Mes faveurs, vous avez malgré cela corrompu vos actes au point qu'il est décrété qu'Éphraïm devra mener ses fils au massacreur. Le Malbim n'explique pas, comme Rachi, qu'il s'agit du péché de sacrifier leurs fils au Moloch, mais bien du châtiment : l'ennemi mènera les fils d'Éphraïm à l'abattoir. Alors que selon les lois de la nature ils auraient dû prospérer et se multiplier sur cette terre spacieuse, voilà le malheur imminent qui s'abattra sur eux.

« Donne-leur, Hachem ! Que leur donneras-Tu ? Donne-leur un sein stérile et des mamelles desséchées ! » « Donne-leur, Hachem ! Que leur donneras-Tu ? » Rachi explique que le prophète prie ici pour que le Saint, béni soit-Il, fasse mourir leurs enfants en bas âge. Et si l'on se demande pourquoi le prophète réclame une telle épreuve contre eux, tous les commentateurs s'accordent à dire qu'il sollicite en réalité une forme de miséricorde. Pourquoi ? Parce qu'il a déjà été décrété : « Je les en priverai avant qu'ils ne soient hommes », ce qui signifie que leurs fils mourront. Or, quand la perte d'un enfant est-elle la plus douloureuse pour des parents : lorsqu'il est encore un nourrisson ou lorsqu'il est devenu grand ? Assurément lorsqu'il est grand ! Chez le nourrisson, le lien affectif commence à peine, tandis qu'une fois grand, il possède sa personnalité, sa réflexion, et l'on espérait assister à ses joies et à son mariage. C'est infiniment plus déchirant. C'est pourquoi le prophète supplie : « Donne-leur un sein stérile ». Maître du monde, aie pitié d'eux : si Tu as résolu d'amener sur eux ce deuil, fais en sorte que cette perte survienne alors que l'enfant est encore au berceau, afin d'atténuer la détresse et d'adoucir le coup. Et s'il n'est pas possible d'éviter la conception - car, comme l'explique Rachi, le décret originel « ton désir se portera vers ton mari » rend inévitable la grossesse -, accorde-leur alors dès la prime enfance ce que Tu prévois de leur infliger plus tard. « Donne-leur un sein stérile », afin que les enfants meurent dès leur venue au monde, et si ce n'est pas ainsi, au moins « des mamelles desséchées ». À l'époque, il n'existait pas de lait maternisé : si un bébé ne pouvait pas téter, il mourait. Le prophète demande donc : Maître du monde, fais en sorte que les mères n'aient pas de lait pour nourrir leur nouveau-né, de sorte que les enfants s'éteignent dans leur tendre enfance, plutôt que d'être fauchés à l'âge adulte.

Le Radak explique que voyant qu'Éphraïm devra mener ses fils au carnage, le prophète s'écrie : Maître du monde, accorde au moins que les enfants périssent dans le ventre de leur mère plutôt que de tomber entre les mains de l'ennemi. Tomber aux mains de l'ennemi est toujours le sort le plus terrible. Au-delà du fait qu'ici ils sont grands et là-bas encore tout petits, comme l'explique Rachi, nous retrouvons dans le Tanakh plusieurs récits où des guerriers ou des chefs militaires, comprenant qu'ils allaient être capturés par l'ennemi, préféraient se donner la mort plutôt que de tomber vivants entre ses mains - non pas selon la Halakha, car selon la Halakha cela est formellement interdit et relève du suicide, mais cela illustre à quel point la captivité ennemie est redoutée. C'est cette supplication que formule le prophète : Maître du monde, puisqu'ils sont destinés à tomber sous les coups de l'ennemi, fais qu'ils meurent dès le sein maternel ou au berceau, plutôt que de périr massacrés par leurs oppresseurs.

Le Malbim explique que le prophète demande ici à Hachem de ne pas les envoyer en exil, mais de leur infliger le châtiment qui convient : tel est le sens de « Donne-leur ! Que leur donneras-Tu ? » Il y a en effet ici une répétition sur laquelle ni Rachi ni le Radak ne s'attardent : « Donne-leur, Hachem ! Que leur donneras-Tu ? Donne-leur un sein stérile et des mamelles desséchées ! » Pourquoi ne précise-t-il pas immédiatement quoi donner, semblant s'interroger : « Que donneras-Tu ? » Le Malbim explique qu'il dit : Maître du monde, donne-leur ce qu'il convient de leur attribuer selon le principe de « mesure pour mesure » (mida kenégued mida). Lorsque le Saint, béni soit-Il, punit, c'est toujours mesure pour mesure. Il demande donc : inflige-leur ce qui leur revient de droit. Et que méritent-ils ? Puisque le grief principal porte ici sur la débauche qui engendre des enfants bâtards et viciés, donne-leur un châtiment correspondant à leur faute : qu'ils meurent en bas âge afin que ces enfants illégitimes ne prolifèrent point, plutôt qu'un exil et une expulsion de leur terre, qui ne relèvent pas de cette mesure pour mesure. C'est pourquoi le prophète demande que si châtiment il y a, ce soit celui-ci de préférence, et non pas le décret d'exil qui viendra pourtant sceller leur éloignement en raison de leurs actes pervertis.

« Toute leur perversité s'est révélée à Guilgal, car c'est là que Je les ai pris en haine ; à cause de la méchanceté de leurs actions, Je les chasserai de Ma maison. Je cesserai de les aimer, tous leurs princes sont des rebelles ». « Toute leur perversité s'est révélée à Guilgal » : de quoi s'agit-il ici ? Le Radak explique qu'à Guilgal, ils ont renouvelé la royauté. Nous avons déjà vu plus haut qu'Hachem leur reprochait l'événement de Guiv'a, où Rachi expliquait que Saül, originaire de Guiv'a, fut proclamé roi. Il en va de même ici : « Toute leur perversité est à Guilgal », c'est là que le mal a pris racine, lorsqu'ils ont renouvelé la royauté et m'ont rejeté pour que Je ne règne plus sur eux, et leurs rois ont fini par les corrompre. Une autre explication est rapportée par le Radak, partagée par Rachi : Guilgal fut le premier emplacement du Tabernacle (Michkan) après la traversée du Jourdain. Ce lieu était donc particulièrement vénéré par le peuple, mais aussi par les prophètes de Baal. Les faux prophètes les incitaient à se rendre à Guilgal pour y ériger des veaux et des stèles idolâtres, comme il est écrit : « À Guilgal, ils sacrifient des bœufs ». Pourquoi là-bas ? Précisément parce que ce lieu avait été sanctifié à l'origine par la présence du Michkan ; ils y voyaient une élévation particulière, ce qui attirait la foule vers le culte des idoles en cet endroit précis. Nous constatons d'ailleurs ce phénomène jusqu'à nos jours : tant le christianisme que l'islam s'approprient les lieux que nous avons sanctifiés. Regardez partout : l'islam a bâti une mosquée sur le tombeau des Patriarches, la Mé'arat HaMakhpéla. Quel rapport ont-ils avec ce lieu ? Ismaël n'y est absolument pas enterré ! Que cherchent-ils là-bas ? Mais le peuple est attiré par un lieu perçu comme sacré, et ils se l'approprient. Sur le mont du Temple, ils ont édifié Al-Aqsa. Pourtant, Jérusalem n'est pas même mentionnée une seule fois dans tout le Coran, alors qu'elle figure des centaines de fois dans nos textes sacrés ! Dès qu'un lieu possède une sainteté originelle pour nous, ils s'efforcent de s'en emparer, car cette sainteté attire naturellement les foules, et en y installant leur culte, ils s'assurent d'y rassembler du monde. C'est d'ailleurs la raison, rapportée dans les saints livres, pour laquelle le Saint, béni soit-Il, n'a jamais explicité dans la Torah l'emplacement exact du Temple. Il est seulement écrit : « Au lieu qu'Hachem choisira ». Nos Sages racontent que David et Samuel discutaient à Nayoth à Rama pour tenter de déduire quel serait l'emplacement du Sanctuaire. Pourquoi la Torah ne l'a-t-elle pas nommé clairement ? Les maîtres expliquent que si le lieu avait été dévoilé à l'avance, les nations idolâtres se seraient empressées d'y bâtir leurs temples et d'y installer leurs idoles, rendant ensuite extrêmement difficile leur éviction sans heurts majeurs. De plus, cela aurait souillé l'endroit avant même la construction du Temple. De la même façon, les décisionnaires enseignent qu'on ne transforme pas un ancien lieu de culte idolâtre en synagogue sans de rigoureuses conditions de désacralisation. Le Ciel a donc dissimulé l'endroit du Temple jusqu'au moment opportun, où David HaMélekh a reçu le signe céleste par l'ange à l'épée dégainée, lors de l'épidémie de peste où il avait déclaré : « Tombons entre les mains d'Hachem plutôt qu'entre les mains des hommes ».

C'est pourquoi Il déclare : « Je les chasserai de Ma maison ». Puisqu'ils ont dédaigné le service divin pour choisir l'idolâtrie, dit Hachem, même s'ils souhaitaient revenir Me servir dans Ma maison, ils ne m'y trouveraient plus, car Je détruirai le Sanctuaire et Je les ai délaissés. Puisque toute leur méchanceté s'est déployée à Guilgal où ils ont érigé un temple idolâtre, Je les ai pris en haine pour la perversité de leurs actes : « Je les chasserai de Ma maison, Je cesserai de les aimer, tous leurs chefs sont rebelles ». Leurs chefs, dont la mission était de reprendre le peuple, sont eux-mêmes dévoyés ; comment pourrais-Je attendre qu'ils les ramènent à la techouva ? Le Malbim explique qu'Hachem révèle au prophète que l'exil ne sanctionne pas seulement le péché de la débauche, celle-ci n'étant qu'une partie de leurs fautes. L'ensemble de leur perversité réside à Guilgal, où ils ont commis l'idolâtrie, le meurtre et d'autres abominations en plus de l'immoralité. Hachem dit : là-bas Je les ai pris en haine pour la noirceur de leurs agissements, et c'est pourquoi « Je les chasserai de Ma maison ». Je ne veux plus qu'ils demeurent sur la terre d'Israël. Toi, prophète, tu me demandes d'accorder un sein stérile à la place de l'exil, mesure pour mesure face à la débauche ? Mais la débauche n'est qu'un détail comparé à la gravité de l'idolâtrie et à la profanation de la Terre sainte ! Face à cela, le châtiment requis est « Je les chasserai de Ma maison » : il n'y a pas d'autre issue que l'exil, Je ne tolère plus qu'ils résident dans Ma demeure, cette terre que Je leur avais donnée. Le Malbim compare cela à un homme qui, prenant en haine son épouse en raison de sa conduite scandaleuse, la chasse de sa maison pour ne plus lui devoir ni gîte ni subsistance. Dès lors, tout espoir d'une réconciliation s'évanouit : il ne reviendra pas vers elle et elle ne reviendra pas vers lui. C'est le sens de « Je cesserai de les aimer » : tant que la femme reste dans la maison et que le divorce n'est pas prononcé, subsiste un espoir de paix conjugale ; mais lorsque la rupture est consommée, tout est fini. Hachem dit : Je les renvoie car Je ne les aimerai plus dans l'immédiat, et il n'y a aucun espoir qu'ils s'amendent, puisque même ceux qui devaient les redresser, « tous leurs chefs sont des rebelles ».

« Éphraïm est frappé, leur racine est desséchée, ils ne porteront plus de fruit ; quand bien même ils enfanteraient, Je ferai mourir les délices de leurs entrailles ». « Éphraïm est frappé, leur racine est desséchée, ils ne porteront plus de fruit » : le Malbim explique qu'il n'est même plus nécessaire qu'Hachem leur inflige un sein stérile pour que leurs enfants meurent in utero, car cela s'accomplit déjà de façon naturelle. Éphraïm lui-même a été frappé au point que sa racine est desséchée, et dès lors qu'une racine se dessèche, l'arbre cesse de produire des fruits. Naturellement, dit le Malbim, ils ne peuvent plus porter de fruit, même sans châtiment providentiel surnaturel. En effet, il existe des punitions providentielles et d'autres qui découlent des lois de la nature : ayant altéré les voies de la nature par leurs dépravations, ils en subissent naturellement le dommage corporel. Et Il ajoute : même si par hasard ils venaient à enfanter, « Je ferai mourir les délices de leurs entrailles », la Providence interviendra pour faire périr ce qu'ils ont de plus cher.

« Mon D.ieu les rejettera, car ils ne L'ont pas écouté, et ils erreront parmi les nations ». Rachi précise qu'il ne s'agit pas d'une malédiction mais d'une annonce prophétique : il leur révèle ce qui adviendra, à savoir que le Saint, béni soit-Il, les rejettera : « Mon D.ieu les rejettera ». Ibn Ezra, puis le Radak, soulignent l'emploi de l'expression « mon D.ieu » et non « leur D.ieu ». Pourquoi ? Parce qu'Il n'est plus leur D.ieu, puisqu'ils ne L'ont pas écouté. C'est pourquoi Il les rejettera et les chassera de devant Sa face pour qu'ils deviennent des errants parmi les nations. Tel devait être précisément le châtiment, et non pas la mort seule comme le demandait le prophète : un châtiment d'exil marquant l'éloignement et la rupture avec ce peuple en raison de ses actes corrompus.