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Chapitre 9 - Ne te réjouis pas, Israël - 1re partie

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Livre d'Osée (Hoshéa), chapitre 9 : « Ne te réjouis pas, Israël, ne jubile pas comme les peuples, car tu t'es prostitué en t'éloignant de ton D.ieu ; tu as aimé le salaire de la prostituée sur toutes les aires de battage de blé. » Ne te réjouis pas, Israël : peuple d'Israël, tu ne peux pas te réjouir et jubiler comme les autres nations. La différence entre la joie (sim'ha) et l'allégresse (guila), explique le Malbim - explication qu'il développe en de nombreux passages -, réside dans le fait que la joie est toujours un sentiment constant et durable. En revanche, l'allégresse (guila) est liée à un événement nouveau : lorsqu'un fait nouveau survient, une bonne nouvelle, une trouvaille ou quelque chose de semblable, le cœur se remplit d'allégresse. Tandis que la sim'ha est ce que l'on appelle la joie ordinaire et constante. Le prophète dit donc : toi, peuple d'Israël, tu ne peux ni te réjouir ni être dans l'allégresse comme les autres peuples. Quelle en est la raison ? C'est que les autres peuples sont soumis à l'influence astrale (hama'arekhet). Comme il est écrit : « que l'Éternel, ton D.ieu, a attribués à tous les peuples » - Hashem a assigné les astres et les constellations aux nations. Lorsque la configuration astrale est favorable, que les astres sont pour ainsi dire bien orientés, ils connaissent la joie. Mais toi, tu n'es pas constitué ainsi ; tu ne dépends pas des astres, tu n'es pas soumis à leur influence. Le peuple d'Israël est pour ainsi dire fiancé à Hashem : « Car ton Créateur est ton époux, l'Éternel des armées est Son nom. » Toute l'abondance divine (shefa), nous ne la recevons que de notre Époux et Créateur, du Saint béni soit-Il, et non de l'agencement des astres.

Et si nous allons servir les astres, que faisons-nous en réalité ? Nous ressemblons à une femme infidèle qui se prostitue à l'insu de son mari. Comme nous l'avons déjà vu précédemment à travers cette métaphore dans les paroles d'Osée : la femme qui trompe son époux est en réalité le symbole du peuple d'Israël qui délaisse le Saint béni soit-Il - Lui qui est son Créateur et son Époux - pour aller espérer recevoir l'abondance des nations, des astres et des autres influences de la nature en dehors d'Hashem. C'est pourquoi le verset dit : « Ne te réjouis pas, Israël, ne jubile pas comme les peuples ». Les nations peuvent éprouver de l'allégresse lorsqu'elles reçoivent l'abondance des astres, mais pour nous, cela n'est pas possible : « car tu t'es prostitué en t'éloignant de ton D.ieu ». Chercher à attirer et à recevoir l'abondance par l'intermédiaire des astres constitue une infidélité envers Hashem. « Tu as aimé le salaire de la prostituée » : tu ressembles à une prostituée qui aime son salaire (etnane), et qui tourne autour des aires de battage pour s'y prostituer et recevoir un salaire des maîtres de l'aire. De même, tu vas d'une nation à l'autre pour y trouver ta subsistance et ta satisfaction, sans te tourner vers le Saint béni soit-Il, semblable à cette femme en quête d'un salaire sur toutes les aires de battage de blé.

« L'aire et le pressoir ne les nourriront point, et le vin nouveau lui fera défaut. » L'aire et le pressoir dont ils disposaient dans leur pays - métaphore des aliments que le mari accorde pour ainsi dire à son épouse, c'est-à-dire ce à quoi le Saint béni soit-Il s'est engagé envers l'assemblée d'Israël -, « ne les nourriront point » (lo yir'èm) : ils n'y trouveront pas de quoi paître, pas de quoi assurer leur subsistance (comme dans « L'Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien »), ils ne trouveront pas leur nourriture dans les aires et les pressoirs de leur pays. Le Radak explique : puisqu'ils ne reconnaissent pas que c'est Moi qui leur donne le blé, le vin nouveau et l'huile fraîche, et qu'ils s'adonnent à l'idolâtrie, l'aire et le pressoir ne les nourriront pas. « Et le vin nouveau lui fera défaut » (vetirosh yekha'hesh bah) : le vin nouveau ne s'y trouvera plus non plus. Le verbe yekha'hesh est lié au mensonge : il n'y aura plus de réalité concrète, il n'y aura plus de vin nouveau, comme l'explique immédiatement le verset suivant : « Ils ne demeureront pas dans le pays de l'Éternel ; Éphraïm retournera en Égypte, et en Assyrie ils mangeront des aliments impurs. » Pourquoi dit-on que l'aire et le pressoir ne les nourriront pas et que le vin leur manquera ? Parce que la prophétie leur annonce ici qu'ils vont être exilés de la terre, que le pays deviendra désolé, et qu'ainsi Éphraïm retournera en Égypte pour s'y établir, et en Assyrie, où ils seront exilés, ils mangeront impur - ils mangeront leur pain impur parmi les nations. Cela signifie soit qu'ils consommeront des aliments impurs, soit qu'ils mangeront en terre impure, car les Sages ont décrété l'impureté sur la terre des nations (eretz ha'amim). Le Malbim explique que le vin n'est béni que par le mérite de ceux qui résident sur la terre d'Israël ; or, à présent, le moût fera défaut à la terre, car ils ne demeureront plus sur la terre d'Hashem. De plus, le vin était béni pour une autre raison : grâce aux libations (nesakhim) que l'on offrait. Comme le disent nos Sages, offrez devant Moi des libations afin que votre vin soit béni ; or, cela non plus n'existera plus, comme l'indique le verset suivant :

« Ils ne feront pas de libations de vin à l'Éternel, et leurs sacrifices ne Lui seront point agréables. Ce sera pour eux comme un pain de deuil : tous ceux qui en mangeront se souilleront, car leur pain est pour eux-mêmes, il n'entrera pas dans la maison de l'Éternel. » Le Malbim explique : non seulement ils n'apporteront plus de libations - qui sont pourtant secondaires par rapport au corps même du sacrifice -, mais le texte ajoute : « leurs sacrifices ne Lui seront point agréables ». Même les sacrifices d'animaux qu'ils offriront ne plairont pas à Hashem, c'est-à-dire qu'Hashem ne les agréera pas. Les sacrifices étaient appelés « le pain d'Hashem », car « ils offrent les mets de leur D.ieu », et ils étaient sacrés. Ils étaient pour ainsi dire le pain d'Hashem. Mais ici, le prophète affirme que ce pain ne sera plus appelé le pain d'Hashem et ne sera point agréé. Comment sera-t-il donc qualifié ? « Un pain de deuil » (lé'hem onim). Qu'est-ce que le lé'hem onim ? C'est le pain que consomment les personnes en état d'aninous (deuil immédiat), ceux qui pleurent leurs défunts et prennent le repas de réconfort (séoudat havraah) offert par autrui. De même, ces sacrifices pacifiques (shelamim) qu'ils mangeront ne seront pas des sacrifices de joie, mais ressembleront à un repas de deuil, un repas pris par celui qui est en deuil de son proche. Et de même que la règle veut que le pain de l'onène (le deuilleur) devienne impur dès que celui-ci le touche - car l'onène est impur en raison de son contact avec le défunt qu'il a devant lui -, de même le pain de leurs sacrifices « souillera tous ceux qui en mangeront » : ce pain rendra impurs ceux qui le consomment. Puisque ce pain est assimilé au pain d'aninous, à un aliment touché par un onène, il transmet l'impureté.

Rachi apporte une autre explication au terme lé'hem onim : non pas dans le sens d'aninous (deuil), mais dans le sens de force et de vigueur (one). « Le pain de violence » désignerait alors un pain obtenu par la spoliation, par la force et la violence. C'est le sens de lé'hem onim selon Rachi. Cependant, tous les autres commentateurs expliquent lé'hem onim au sens du deuil (aninous), et la suite du verset le prouve : « tous ceux qui en mangeront se souilleront ». On voit bien qu'il est question ici d'impureté rituelle, en rapport direct avec le deuil. Le verset poursuit : « car leur pain est pour eux-mêmes » (lenafsham) : le pain qu'ils consomment est pour leur âme morte. Nous avons parlé du pain de deuil que l'on mange lors du décès de quelqu'un ; mais qui donc est mort ici ? Le prophète répond : « leur pain est pour leur âme », c'est un pain de deuil pour la mort de leur propre âme, qui est morte à l'intérieur de leur corps. Ils mangent ce sacrifice comme un repas de réconfort pour leur propre mort spirituelle. C'est pourquoi « il n'entrera pas dans la maison de l'Éternel », étant considéré comme un pain impur.

« Que ferez-vous au jour de l'assignation et au jour de la fête de l'Éternel ? » Il y a deux manières d'expliquer ce verset : celle du Radak, qui suit la ligne de Rachi, et celle du Malbim. Le Radak explique : « Que ferez-vous au jour fixé (yom moed) ? » Il ne s'agit pas ici d'un jour de fête, mais du jour assigné à la destruction, comme dans le verset : « Il a convoqué contre moi une fête pour briser mes jeunes gens. » Yom moed désigne le jour fixé pour la ruine. Que ferez-vous au jour de la ruine ? « Ils ont poussé des cris dans la maison de l'Éternel comme en un jour de fête. » En ce jour où le Saint béni soit-Il convoque les nations pour se rassembler, pénétrer dans le Temple et le détruire, que ferez-vous alors ? Cela s'inscrit dans la continuité de ce qui a été dit plus haut : « Ils ne feront pas de libations de vin à l'Éternel, et leurs sacrifices ne Lui seront point agréables. » Vous croyez trouver grâce aux yeux d'Hashem, mais Hashem va détruire le Temple ; que ferez-vous donc « au jour de la fête de l'Éternel » ?

Le Malbim explique que ce verset est la suite directe du début du chapitre : « Ne te réjouis pas, Israël, ne jubile pas comme les peuples ». Seules les nations ont matière à se réjouir selon les cycles astraux, mais nous, nous n'avons pas à nous réjouir sous la conduite des astres puisque nous dépendons directement de la providence divine. Il poursuit : comment pouvez-vous espérer vous réjouir lors d'un « jour de solennité » (yom moed) ? Les nations se réjouissaient lors de leurs fêtes saisonnières. Quelle est la différence entre yom moed et yom 'hag ? Le Malbim précise que le jour de 'hag désigne le moment où l'on offrait les sacrifices de fête (shalmei 'haguiga). En revanche, le moed désigne toute époque fixée pour un rassemblement, y compris les réjouissances saisonnières célébrées par exemple au moment de la moisson. À cette époque, on célébrait en effet une fête lors de la moisson ou de la tonte. On en voit un exemple lorsque le roi David envoie ses hommes auprès de Nabal le Carmélite, qui festoyait à l'occasion de la tonte : David lui fait dire « nous venons en un jour de fête (yom tov) ». On trouve un autre exemple lors du meurtre d'Amnon par Absalom : le texte rapporte qu'on avait invité le roi David à l'époque de la tonte des brebis, temps de réjouissance ; David n'y était pas allé lui-même, mais y avait envoyé Amnon, et c'est là qu'Absalom l'assassina. Quoi qu'il en soit, il était d'usage alors de célébrer une fête lors des récoltes. C'est à ce propos que le prophète s'adresse à eux : si vous voulez vous réjouir en un jour de rassemblement (yom moed), comme les nations se réjouissaient au temps de la moisson des orges et des blés et lors de la récolte des fruits, comment pourriez-vous le faire ? Nous avons vu que « l'aire et le pressoir ne les nourriront point » ; ils ne trouveront plus leur subsistance dans l'aire et le pressoir. Dès lors, « ne jubile pas comme les peuples » : vous ne pourrez pas vous livrer à des réjouissances lors de la moisson comme le font les nations. De même, « que ferez-vous au jour de la fête d'Hashem » ? Lors de la fête d'Hashem, on offrait des sacrifices et des libations de vin ; or, sacrifices et libations ayant cessé, comment célébrerez-vous la fête d'Hashem ? Il s'agit donc bien de la suite de l'injonction : « ne jubile pas comme les peuples », vous n'avez aucune raison de vous réjouir à la manière des nations.

« Car voici qu'ils s'en vont à cause de la dévastation : l'Égypte les recueillera, Moph les ensevelira ; leurs précieux trésors d'argent, les chardons en hériteront, les ronces envahiront leurs tentes. » Le Radak explique : « car voici qu'ils s'en vont à cause de la dévastation » (mishod), ils ont fui en Égypte en raison de la famine pesante. C'est pourquoi le prophète leur demandait auparavant : « que ferez-vous au jour de l'assignation », vers qui fuirez-vous pour obtenir de l'aide ? Il répond : voici qu'à cause de la famine, ils fuient en Égypte. Mishod, dit le Radak, fait référence à la famine, comme dans le pillage et la ruine (hashod vehashéver). « L'Égypte les recueillera, Moph les ensevelira » : fuyant la famine, ils se rassembleront en Égypte, puis Moph les ensevelira. Moph est identique à Noph (Memphis), explique le Radak, comme dans « Noph et Ta'hpan'hès » ; il ne faut pas s'étonner de la permutation entre la lettre Mem et la lettre Noun, car on la retrouve ailleurs dans le Tanakh, comme entre Kimham et Kimhane. Moph est donc la ville égyptienne de Noph. C'est là que mourront ceux qui s'y rendent, par l'épée et par la famine : « Moph les ensevelira ». « Leurs précieux trésors d'argent » (ma'hmad lekhaspam) : cela désigne les belles demeures et les trésors d'argent qu'ils possédaient en terre d'Israël ; « les chardons en hériteront ». Qui va croître et pousser là-bas ? Les mauvaises herbes, les chardons (kimosh). À l'endroit même que vous aurez abandonné, votre maison restera déserte, les demeures seront ruinées et les épines y pousseront : le prophète décrit ici l'exil. « Les ronces envahiront leurs tentes » ('hoa'h) : le 'hoa'h est également une sorte d'épine. Le Targoum Yonatan traduit par des animaux sauvages : différentes bêtes envahiront les maisons abandonnées.

En revanche, le Malbim explique l'expression « ils s'en vont à cause de la dévastation » (halekhou mishod) différemment du Radak, qui y voyait la famine. Selon le Malbim, mishod vient de la racine shad (le sein maternel). Expliquons cette idée. Nous avons vu le verset : « Éphraïm retournera en Égypte ». Lorsqu'Éphraïm est retourné en Égypte, il était convaincu de revenir sur sa terre natale. Notre origine historique se trouve en Égypte : Jacob y est descendu, nous y sommes restés 210 ans, puis nous en sommes montés vers la terre d'Israël. La nation, à ses débuts, est née en Égypte. Lorsqu'il retourne en Égypte, il a le sentiment de revenir vers sa mère et de recommencer à téter à son sein. C'est le sens de « voici qu'ils sont allés vers le sein » (halekhou mishod) : ils sont allés téter à ses mamelles, retournant à leur état initial. Le Malbim cite à ce propos le verset : « et tu suceras le lait [le sein] des rois » (veshod melakhim tinaki), où shod a également le sens de sein, c'est-à-dire l'abondance accordée par les rois. Ici, Éphraïm s'imaginait revenir au sein de sa mère, dans la chambre de celle qui l'a conçu. Mais le prophète leur déclare : sachez que c'est une illusion trompeuse ! En vérité, la véritable mère est la terre d'Israël, c'est là qu'ils puisaient le lait et le miel, c'est elle la terre qui les a enfantés. En s'exilant de leur pays, ils se sont coupés du sein maternel. La seule source d'abondance divine, c'est la Terre sainte, la terre d'Israël. Le prophète leur dit donc : non seulement vous ne retournez pas vers une mère qui vous comblerait et vous nourrirait de son lait, mais au contraire, vous marchez vers le lieu de votre sépulture. « L'Égypte les recueillera, Moph les ensevelira » : vous allez vers un lieu qui deviendra votre tombeau et non un lieu de vie. L'Égypte ne les rassemble que pour que Moph les enterre, et ils n'hériteront ni de leur patrimoine ni de leur prospérité. Et le verset conclut que ce lieu sera « la proie des chardons pour leur argent précieux, les ronces hériteront de leurs tentes » : cet endroit où ils pensaient mettre à l'abri leur argent et leur or, ce lieu qu'ils convoitaient, sera livré aux chardons et aux ronces, voué à la désolation.

« Ils sont venus, les jours du châtiment, ils sont venus, les jours de la rétribution : Israël le saura ! Insensé est le prophète, fou est l'homme inspiré ! C'est à cause de la grandeur de ton iniquité et de l'immensité de ton hostilité. » « Ils sont venus, les jours du châtiment (yemei hapekoudah), ils sont venus, les jours de la rétribution (yemei hashiloum) » : les jours de la visite sont le moment où D.ieu se souviendra de leur faute, dit le Radak, et les jours de la rétribution sont ceux où Il leur rendra selon leurs mauvaises actions. « Alors Israël saura : insensé est le prophète, fou est l'homme inspiré ! » Deux explications s'opposent sur l'identité de ceux que visent ces paroles prophétiques. Selon le Radak, cela s'applique aux faux prophètes. Le peuple dira au sujet des faux prophètes : il nous apparaît maintenant clairement que ce prophète était un insensé, que cet homme prétendu inspiré était fou ! Ces faux prophètes qui nous égaraient en répétant « Paix, paix ! » alors qu'il n'y avait point de paix, on dira désormais à quel point ils étaient stupides et insensés de nous avoir entraînés à leur suite. « C'est à cause de la grandeur de ton iniquité » : tout cela est arrivé parce que tu as suivi les faux prophètes et délaissé les prophètes véritables. C'est pour cela que sont venus les jours du châtiment et de la rétribution. Et par conséquent, « l'hostilité est grande » (raba mastéma) : la haine et la colère du Saint béni soit-Il se sont éveillées contre la maison d'Israël, parce qu'ils se sont détournés des véritables prophètes pour écouter les faux prophètes qui flattaient leurs oreilles.

Le Malbim propose une tout autre perspective pour expliquer ce verset. Selon lui, jusqu'à présent, ils ne connaissaient pas Hashem et ne croyaient pas aux prophètes. Les prophètes ne cessaient de les avertir : si vous déviez du droit chemin, vous subirez des punitions, des malheurs éclateront. Ce n'est qu'à présent, lorsque « sont venus les jours du châtiment » - où Hashem sanctionne leurs fautes - et « les jours de la rétribution » - où s'accomplissent les paroles des prophètes, Hashem leur rendant selon la mesure de leurs actes -, qu'Israël prendra conscience de la véracité des prophètes. Jusqu'alors, ils disaient : « le prophète est un insensé ». Remarquez bien : selon le Malbim, le « prophète insensé » désigne ici le prophète de vérité ! Jusqu'à présent, ils considéraient que le prophète qui leur annonçait la vérité était un insensé (évil). Nous le traitions d'« homme inspiré devenu fou » (meshouga ish haroua'h) : cet homme est fou, il ne sait pas ce qu'il dit ! Nous refusions de croire à ses réprimandes. Et c'est pourquoi à présent « l'hostilité est grande » : les jours de châtiment et de rétribution arrivent précisément parce que nous n'avons pas eu foi dans les paroles des prophètes. Si nous avions cru à leurs avertissements, nous aurions changé de conduite. Mais nous les avons pris pour des fous et des insensés, et nous n'avons donc pas pris leurs paroles au sérieux.

Le Malbim explique, selon les subtilités de la langue sainte, la différence entre les « jours de visite/châtiment » (yemei hapekoudah) et les « jours de rétribution » (yemei hashiloum). La rétribution (shiloum) intervient après la visite (pekidah). Dans un premier temps, Hashem recense et examine leurs fautes (pokède a le sens de compter et dénombrer), puis Il leur applique la rétribution. C'est cela, les jours de la visite et les jours de la rétribution. Comme dans le verset : « Ne châtierais-Je point de telles choses ? [...] Mon âme ne Se vengerait-Elle pas d'une nation comme celle-ci ? » Le terme « Ne châtierais-Je point » (halo efkod) correspond à la visite, tandis que « Mon âme ne Se vengerait-Elle pas » correspond à la rétribution. Ainsi, ces deux expressions désignent deux étapes distinctes.

« Insensé est le prophète, fou est l'homme inspiré. » Le Malbim fait remarquer que le prophète est désigné par plusieurs termes : prophète (navi), voyant (roéh), visionnaire ('hozéh), sentinelle (tsophéh), homme de l'esprit (ish haroua'h). Quelle est la différence entre toutes ces appellations ? Il explique : du point de vue de l'esprit divin qui revêt cet homme et lui permet d'atteindre des perceptions prophétiques, il est appelé « homme de l'esprit » (ish haroua'h). Mais les pécheurs prétendaient que cet esprit ne venait pas de D.ieu : « C'est un esprit, certes, mais un esprit dérangé ! C'est un malade mental, en proie à des hallucinations. » Ils ne croyaient pas qu'il fût véritablement animé par l'esprit divin, comme il est écrit au sujet de ceux « qui suivent leur propre esprit ». Et comment qualifie-t-on une personne qui s'abandonne à ses chimères et imagine que D.ieu lui parle ? Un fou (meshouga). C'est pourquoi ils traitaient le prophète, l'homme de l'esprit, de fou. En outre, il est appelé navi, terme dérivé de niv sefatayim, le fruit des lèvres : il dispense au peuple des paroles de réprimande. Pour cette raison, ils le qualifiaient d'insensé (évil). Que signifie évil ? Le Malbim rappelle en plusieurs endroits, notamment dans son commentaire sur les Proverbes, qu'évil est apparenté à oulaï (« peut-être »), exprimant le doute. En d'autres termes : « Tu te prétends prophète, homme de savoir et de morale, mais tu es à l'opposé de la connaissance véritable ! Rien de ce que tu avances ne repose sur une certitude ; tout n'est que doute et suppositions. Tu es un insensé, non un prophète transmettant la sagesse. » L'insensé, comme nous l'avons dit, n'énonce que des incertitudes.

Le Malbim précise également la différence entre roéh, 'hozéh et tsophéh. Le roéh (voyant) est celui qui observe de ses yeux matériels pour redresser le peuple dans les relations interpersonnelles (ben adam la'havéro) ; il veille sur la conduite concrète de la communauté. Le 'hozéh (visionnaire), explique le Malbim, est celui qui contemple avec les yeux de son cœur : il perçoit des réalités spirituelles, contrairement au roéh qui regarde avec les yeux de chair. C'est le sens de l'expression : « je contemple en esprit », « j'ai eu une vision » ('hazon). Le visionnaire perçoit les réalités divines par son regard intérieur. Enfin, le tsophéh (la sentinelle) est celui qui scrute l'avenir, qui prévoit les événements à venir. Il contemple le futur et discerne les malheurs imminents, comme dans le verset : « Je t'ai établi comme sentinelle pour la maison d'Israël. » Dès lors, explique le Malbim, l'animosité du peuple envers la sentinelle s'étendait également à D.ieu qui l'avait investie. Les pécheurs ne se contentaient pas de se plaindre des reproches constants du prophète qui leur annonçait le malheur, la ruine du Temple et l'exil : leur haine visait aussi Celui qui l'avait envoyé. « Si tu nous annonces des choses désagréables à entendre, nous en voulons aussi à Celui qui t'a mandaté, au Saint béni soit-Il. » L'animosité envers Hashem était donc elle aussi immense (« l'hostilité est grande »). Et envers le prophète lui-même, leur haine était encore plus violente, car ses réprimandes blessantes leur donnaient envie de lui nuire. Nous en trouvons d'innombrables exemples, comme dans le livre de Jérémie ou dans d'autres passages où les contemporains persécutèrent le prophète, jusqu'au meurtre de Zacharie dans l'enceinte même du Temple, comme nous allons le rappeler.

« La sentinelle d'Éphraïm est avec mon D.ieu ; le prophète est un piège d'oiseleur sur toutes ses voies, une hostilité dans la maison de son D.ieu. » Le Radak explique : Éphraïm s'est choisi une sentinelle aux côtés de ses divinités, c'est-à-dire le faux prophète. Ce faux prophète prononce ses prédictions au nom de ses idoles. Osée le décrit comme « un piège d'oiseleur » (pa'h yakoush) : ce prophète est comme un piège tendu pour capturer les oiseaux, il les prend au piège de ses mensonges. En effet, toutes les prédictions des faux prophètes visaient à rassurer faussement le peuple : tandis que le prophète de vérité sonnait l'alarme, les faux prophètes diffusaient des messages lénifiants. Leur action constituait donc un véritable piège, car face à une situation grave, au lieu de prendre la mesure du péril, le peuple s'endormait dans une fausse sécurité, aggravant son malheur sans comprendre ce qui l'attendait. Éphraïm s'est ainsi laissé prendre au filet de son faux prophète. « Une hostilité dans la maison de son D.ieu » : que signifie « dans la maison de son D.ieu » ? Le Radak explique qu'il s'agit du temple des veaux d'or, qui étaient leurs divinités, où ce prophète attisait l'hostilité entre Israël et Hashem. Selon une autre explication du Radak, cela fait référence au Temple de Jérusalem : ils commettaient cette perversion jusque dans le Sanctuaire, comme le traduit le Targoum Yonatan. Nos Sages appliquent ce passage au prophète Zacharie (Zékharia), qui fut assassiné dans le Temple. Le Radak éprouve cependant une difficulté avec cette interprétation, car Zacharie fut tué par les enfants de Juda dans le Temple, alors qu'il est question ici des enfants d'Éphraïm, dont le territoire ne comprenait pas le Sanctuaire.

Le Malbim explique ce verset tout autrement : le prophète leur reproche en réalité la grandeur de leur haine envers la véritable sentinelle d'Éphraïm, envoyée par D.ieu. Selon le Malbim, la « sentinelle » n'est nullement le faux prophète, mais le prophète de vérité ! Ce dernier leur annonçait les malheurs à venir. Or, en haïssant Hashem et Ses prophètes, le peuple lui tendait « un piège d'oiseleur sur toutes ses voies ». Hashem vous avait placé une sentinelle, un prophète pour vous sauver des catastrophes, et en retour, vous avez semé des embûches sur tous ses pas pour le faire trébucher et chercher à le tuer, comme il est dit : « Ils ont creusé une fosse pour me prendre, ils ont caché des pièges sous mes pas. » De même, Jérémie disait : « J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je n'ai pas dérobé mon visage aux outrages et aux crachats. » Que de fois ne l'a-t-on pas jeté dans la cour de la prison, que de fois n'a-t-on pas cherché à le mettre à mort ! Les prophètes étaient constamment persécutés. Le verset leur reproche donc : voyez, le Saint béni soit-Il avait placé pour vous une sentinelle, ô Éphraïm, afin de vous avertir des épreuves futures, et vous lui avez tendu des pièges sur toutes ses voies ! De plus, « une hostilité dans la maison de son D.ieu » : même dans la maison de D.ieu s'est manifestée l'animosité à l'encontre du prophète ; voyez comment Zacharie fut assassiné au cœur même du Sanctuaire, éveillant la colère divine jusque dans Sa propre maison.

« Ils se sont profondément corrompus, comme aux jours de Guib'a ; Il Se souviendra de leur iniquité, Il punira leurs péchés. » Outre tout cela, explique le Malbim, ils ont cherché à dissimuler leurs desseins devant Hashem, selon l'expression scripturaire : « Malheur à ceux qui se cachent profondément pour dérober leurs desseins à l'Éternel, et dont les œuvres se font dans les ténèbres ! » Le Malbim ajoute qu'en plus de leurs fautes apparentes, ils se sont profondément corrompus dans la débauche. C'est pourquoi le texte leur rappelle : « comme aux jours de Guib'a », en référence au drame de la concubine de Guib'a (pileguesh be-Guiv'ah), lorsqu'ils agirent à l'image des gens de Sodome, qui étaient...

...mauvais envers Hashem et cruels dans les relations entre les hommes. Le prophète leur annonce ainsi qu'Hashem Se souviendra de leurs fautes et les punira pour ces iniquités : « Il punira leurs péchés ». Il convient de noter qu'en dehors de l'explication du Malbim qui rapporte ces termes à l'affaire de la concubine de Guib'a, Rachi explique que « comme aux jours de Guib'a » fait référence à Guib'at Shaoul (la Guib'a de Saül), où le peuple réclama un roi et se rebella contre les paroles du prophète. « Comme aux jours de Guib'a » signifierait donc : tout comme alors à Guib'at Shaoul vous êtes allés demander un roi, rejetant à la fois le prophète et Hashem.