Le chapitre 6 du livre d'Ezra marque un tournant décisif. Après les calomnies et l'interruption des travaux, surviennent les vérifications ordonnées par le roi Darius dans les archives royales, la découverte du décret de Cyrus, et la lettre de réponse de Darius, qui non seulement autorise la reconstruction, mais ordonne d'y contribuer financièrement et de pourvoir à tous les besoins. Le chapitre se conclut par l'achèvement de l'édifice, l'inauguration du Temple et la première célébration de Pessa'h par les rapatriés de l'exil dans le Sanctuaire. Tout au long du chapitre, le Malbim souligne que tout s'est déroulé sous la forme d'un miracle dissimulé : le Saint, béni soit-Il, a enveloppé Sa providence dans le cours naturel des événements - les craintes d'un souverain, une lettre retrouvée, un nouveau décret - et tout émanait d'Hachem.
בֵּאדַיִן דָּרְיָוֶשׁ מַלְכָּא שָׂם טְעֵם וּבַקַּרוּ בְּבֵית סִפְרַיָּא דִּי גִנְזַיָּא מְהַחֲתִין תַּמָּה בְּבָבֶל׃ וְהִשְׁתְּכַח בְּאַחְמְתָא בְּבִירְתָא דִּי בְּמָדַי מְדִינְתָּא מְגִלָּה חֲדָה וְכֵן־כְּתִיב בְּגַוַּהּ דִּכְרוֹנָהּ׃ - Alors le roi Darius donna l'ordre d'effectuer des recherches dans la maison des archives où étaient déposés les documents, là-bas à Babylone. Et l'on trouva à A'hméta, dans la forteresse située dans la province de Médie, un rouleau où était consigné ce mémoire :
Le roi Darius ordonna alors de fouiller dans la bibliothèque où étaient conservés tous les documents à Babylone, et un rouleau fut trouvé dans la capitale, dans la province de Médie, contenant ce texte consigné en mémoire - c'est le sens de « dikhrona », un mémorial. À première vue, la chose est surprenante : le roi a ordonné d'inspecter les archives à Babylone, là où se trouvaient les dépôts royaux, tandis que le verset suivant indique que la découverte eut lieu « à A'hméta » - un terme évoquant une outre ou une sacoche, c'est-à-dire dans un étui ou un sac - « dans la forteresse située en Médie ». Si la résidence royale et ses archives se trouvaient à Babylone, comment ce document s'est-il retrouvé dans la province de Médie ?
Le Malbim explique : la capitale royale se trouvait d'abord à Babylone, et c'est là qu'étaient conservés tous les registres et édits royaux, y compris la lettre que Cyrus avait envoyée en trois exemplaires. Cependant, à l'époque d'Assuérus, qui transféra sa résidence à Chouchan la capitale - « lorsque le roi Assuérus s'assit sur son trône royal à Chouchan la capitale » - cette lettre disparut. Comment a-t-elle disparu ? Le Malbim suggère qu'une main malveillante s'en est très probablement mêlée. Qui avait intérêt à cela ? Haman l'Agaguite, le second du roi Assuérus. Cette lettre constituait en effet l'autorisation accordée aux Juifs de bâtir le Temple, ce qui lui déplaisait au plus haut point. D'autant plus que le scribe royal n'était autre que son fils Chimchaï, qui avait ainsi un accès direct aux archives royales pour savoir quoi dérober et quels documents faire disparaître. C'est ainsi que la lettre s'évapora de Babylone.
Mais par la providence divine, une trace subsista dans la ville fortifiée de Médie : un petit rouleau consignant cet édit sous forme d'abrégé commémoratif, dans le livre des chroniques. Le Malbim précise qu'Haman n'avait pas accès à ce livre des chroniques ; s'il y avait eu accès, il aurait également effacé l'épisode où Mardochée avait sauvé le roi. Bien qu'une opinion de nos Sages enseigne que Chimchaï y avait accès - et que lorsque Chimchaï effaçait, l'ange Gabriel réécrivait -, le Malbim retient qu'Haman ne pouvait y accéder. Il en résulte que la lettre officielle originale, munie des sceaux, avait disparu, mais que le compte rendu consigné brièvement dans le livre des mémoires avait été préservé.
בִּשְׁנַת חֲדָה לְכוֹרֶשׁ מַלְכָּא כּוֹרֶשׁ מַלְכָּא שָׂם טְעֵם בֵּית־אֱלָהָא בִירוּשְׁלֶם בַּיְתָא יִתְבְּנֵא אֲתַר דִּי־דָבְחִין דִּבְחִין וְאֻשּׁוֹהִי מְסוֹבְלִין רוּמֵהּ אַמִּין שִׁתִּין פְּתָיֵהּ אַמִּין שִׁתִּין׃ - La première année du roi Cyrus, le roi Cyrus donna un ordre : que la maison de Dieu à Jérusalem soit rebâtie, pour être un lieu où l'on offre des sacrifices, et que ses fondations soient solidement posées ; sa hauteur sera de soixante coudées, et sa largeur de soixante coudées.
Que contenait ce document ? Dès la première année du règne de Cyrus, le souverain promulgua cette directive : concernant la maison de Dieu à Jérusalem, premièrement, « beïta yitbéné », que la maison soit bâtie. Deuxièmement, « atar di dav'hine div'hine », un lieu où l'on offre des sacrifices. Il y a là une approbation explicite du culte sacrificiel : Cyrus l'intègre formellement et en tient compte, alors qu'il aurait pu autoriser l'édifice tout en interdisant les offrandes, si cela contrevenait à sa foi ou à ses croyances. Mais il affirme : cet endroit est un lieu où l'on apporte des sacrifices - c'est-à-dire : j'en ai pleine connaissance et j'y consens.
« Ve'oushohi messovline » - il autorise que la bâtisse repose sur des fondations solides. Il ne leur demande pas d'édifier une cabane ni de construire en bois, mais ordonne que les assises, c'est-à-dire les fondations, soient robustes et capables de supporter des murs de pierre. « Sa hauteur sera de soixante coudées et sa largeur de soixante coudées » : là encore se manifeste la Providence, car ces dimensions correspondent à celles du Premier Temple, dont la hauteur était de soixante coudées et la longueur de soixante coudées.
נִדְבָּכִין דִּי־אֶבֶן גְּלָל תְּלָתָא וְנִדְבָּךְ דִּי־אָע חֲדַת וְנִפְקְתָא מִן־בֵּית מַלְכָּא תִּתְיְהִב׃ - Trois assises de pierres de taille et une assise de bois neuf ; et que la dépense soit couverte par le trésor royal.
Il leur ordonne la manière de bâtir : trois rangées de pierres de marbre et une rangée de bois neuf. Et comme nous l'avons expliqué, cette rangée de bois était prête à être incendiée : s'ils venaient à se rebeller contre lui, il pourrait en un instant brûler le bois, provoquant l'effondrement des fondations et des murs érigés par-dessus, étouffant ainsi la révolte en un clin d'œil. « Venifkhata min beit malka tityehav » - et toutes les dépenses seront fournies par la maison royale, comme nous l'avons vu dans le décret explicite stipulant que les frais de construction seraient à la charge du roi.
וְאַף מָאנֵי בֵית־אֱלָהָא דִּי דַהֲבָה וְכַסְפָּא דִּי נְבוּכַדְנֶצַּר הַנְפֵּק מִן־הֵיכְלָא דִי־בִירוּשְׁלֶם וְהֵיבֵל לְבָבֶל יַהֲתִיבוּן וִיהָךְ לְהֵיכְלָא דִי־בִירוּשְׁלֶם לְאַתְרֵהּ וְתַחֵת בְּבֵית אֱלָהָא׃ - Et aussi, les ustensiles de la Maison de Dieu, en or et en argent, que Nabuchodonosor avait retirés du Sanctuaire de Jérusalem et transportés à Babylone, qu'on les restitue pour qu'ils retournent au Sanctuaire de Jérusalem, à leur place, et qu'on les dépose dans la Maison de Dieu.
De même pour les ustensiles du Beth Hamikdach en or et en argent, que Nabuchodonosor avait sortis du Sanctuaire de Jérusalem pour les emmener à Babylone : qu'on les rende et qu'on les ramène au Sanctuaire de Jérusalem, à leur place, pour les déposer dans la Maison de Dieu.
כְּעַן תַּתְּנַי פַּחַת עֲבַר־נַהֲרָה שְׁתַר בּוֹזְנַי וּכְנָוָתְהוֹן אֲפַרְסְכָיֵא דִּי בַּעֲבַר נַהֲרָה רַחִיקִין הֲווֹ מִן־תַּמָּה׃ - Maintenant, Tatnaï, gouverneur d'outre-Fleuve, Chetar-Boznaï et leurs collègues, les Afarsekhaïe qui résidez de l'autre côté du Fleuve, tenez-vous loin de là !
Ici commence la réponse du roi. Après un examen approfondi et une enquête minutieuse, Darius constate que tout a été entrepris avec autorisation, qu'il n'y a là rien d'illégal, et les preuves en sont flagrantes : Cyrus leur avait bel et bien restitué les ustensiles et avait même nommé l'un des leurs gouverneur. C'est pourquoi il écrit à Tatnaï, gouverneur d'outre-Fleuve, à Chetar-Boznaï et à leurs compagnons (c'est-à-dire leurs factions), ainsi qu'aux Afarsekhaïe qui formaient un autre peuple à leurs côtés : « Re'hikin hevo min tama » - en clair, éloignez-vous de là. Ne les dérangez pas et ne découragez pas les ouvriers, afin qu'ils puissent continuer d'exécuter l'ordre royal.
שְׁבֻקוּ לַעֲבִידַת בֵּית־אֱלָהָא דֵךְ פַּחַת יְהוּדָיֵא וּלְשָׂבֵי יְהוּדָיֵא בֵּית־אֱלָהָא דֵךְ יִבְנוֹן עַל־אַתְרֵהּ׃ - Laissez se poursuivre le travail de cette Maison de Dieu ; que le gouverneur des Judéens et les anciens des Judéens bâtissent cette Maison de Dieu sur son emplacement.
Il ordonne : laissez faire le travail de cette Maison de Dieu, ne vous en mêlez pas. Pourquoi ? Parce que cette tâche incombe au gouverneur des Judéens et aux anciens des Judéens ; ce sont eux qui doivent bâtir cette Maison sur son emplacement. Et cela comporte un immense avantage : d'où tout cela était-il parti ? Les ennemis de Juda et de Benjamin étaient venus dire : « Nous voulons nous aussi être associés », et c'est par là qu'ils avaient amorcé toute leur malveillance. Ici, par la bonté divine, Darius leur barre la route : il leur enjoint de ne pas intervenir ni d'aider à la construction de la Maison elle-même, mais de laisser les Juifs bâtir seuls, de sorte qu'ils ne prétendent plus être associés.
וּמִנִּי שִׂים טְעֵם לְמָא דִי־תַעַבְדוּן עִם־שָׂבֵי יְהוּדָיֵא אִלֵּךְ לְמִבְנֵא בֵּית־אֱלָהָא דֵךְ וּמִנִּכְסֵי מַלְכָּא דִּי מִדַּת עֲבַר נַהֲרָה אָסְפַּרְנָא נִפְקְתָא תֶּהֱוֵא מִתְיַהֲבָא לְגֻבְרַיָּא אִלֵּךְ דִּי־לָא לְבַטָּלָא׃ - Et de ma part ordre est donné sur ce que vous ferez envers ces anciens des Judéens pour la construction de cette Maison de Dieu : sur les biens du roi provenant du tribut d'outre-Fleuve, les dépenses seront exactement allouées à ces hommes sans interruption.
Il y a ici un ajout. Darius déclare : en plus de réitérer les décrets de Cyrus, j'émets mon propre ordre. Cyrus s'était contenté d'accorder la permission de bâtir, sans ordonner d'aider ni d'entraver. Mais « Ouminni sim té'èm » - jusqu'ici, il s'agissait du décret de Cyrus, et voici désormais mon propre décret : il ne vous suffit pas de rester passifs, il ne suffit pas de ne pas interrompre l'ouvrage ni de les gêner, vous êtes désormais tenus de leur prêter main-forte. La construction proprement dite, Israël l'accomplit seul, mais pour tout le soutien matériel périphérique, l'acheminement des pierres et du bois et tous les travaux nécessaires, vous devez apporter votre aide.
De plus : « Minikhsei malka di midat avar nahara » - sur l'impôt d'outre-Fleuve. Nous avons déjà mentionné trois types de taxes : minda, belo et halakh. « Midat » désigne la taxe appelée minda. Darius leur dit : cet impôt que vous prélevez au-delà du Fleuve pour le compte du roi, remettez-le-leur, afin qu'ils puissent poursuivre les travaux et que la Maison s'achève sans tarder. Car lorsque les fonds manquent, la construction prend du retard ; songez à toutes ces carcasses d'immeubles inachevées simplement parce que l'argent est venu à manquer en cours de route.
La différence, explique le Malbim, réside dans le fait que dans le décret de Cyrus, il était stipulé que la dépense proviendrait du trésor royal. Or, que signifie une dépense prise en charge par le palais ? Remplir des formulaires, passer par l'administration, obtenir des autorisations, consulter les conseillers juridiques, vérifier s'il y a des contestations ou si cela s'inscrit dans les lois budgétaires... et seulement à la fin, une fois que le patient est déjà mort, on décide qu'il avait droit au médicament ! Telle est la bureaucratie. C'est pourquoi Darius déclare : je veux que la chose soit menée avec célérité ; par conséquent, l'impôt que vous percevez, transmettez-le-leur directement, sans lourdeurs administratives ni registres superflus. Ainsi, « Osparna », rapidement la Maison sera construite, et « di la lebatla », afin qu'ils n'aient pas à interrompre leurs travaux par manque d'argent.
וּמָה חַשְׁחָן וּבְנֵי תוֹרִין וְדִכְרִין וְאִמְּרִין לַעֲלָוָן לֶאֱלָהּ שְׁמַיָּא חִנְטִין מְלַח חֲמַר וּמְשַׁח כְּמֵאמַר כָּהֲנַיָּא דִי־בִירוּשְׁלֶם לֶהֱוֵא מִתְיְהֵב לְהֹם יוֹם בְּיוֹם דִּי־לָא שָׁלוּ׃ דִּי־לֶהֱוֺן מְהַקְרְבִין נִיחוֹחִין לֶאֱלָהּ שְׁמַיָּא וּמְצַלַּיִן לְחַיֵּי מַלְכָּא וּבְנוֹהִי׃ - Et ce qui leur est nécessaire, tant les jeunes taureaux, les béliers et les agneaux pour les holocaustes offerts au Dieu du ciel, que le froment, le sel, le vin et l'huile, selon les instructions des prêtres qui sont à Jérusalem, que cela leur soit remis jour après jour sans négligence ; afin qu'ils offrent des sacrifices d'agréable odeur au Dieu du ciel et qu'ils prient pour la vie du roi et de ses fils.
Il ajoute encore au décret de Cyrus en exigeant que l'on subvienne également aux frais de fonctionnement du Beth Hamikdach. « 'Hach'hane », du mot signifiant avoir souci ou besoin : veillez à cela, prenez-en soin. « Bené torine » sont des jeunes bovins, « dikhrine » sont des béliers (un bélier se dit dikhra), « imerine » sont des agneaux, « la'alavane » - pour offrir des holocaustes au Dieu du ciel. « 'Hintine » - du blé, « mela'h » - car tout sacrifice doit impérativement être offert avec du sel, « 'hamar » - du vin, « oumcha'h » - de l'huile. « Kemamar kahénaya di viYrouchlem » - selon l'ordre des Cohanim qui sont à Jérusalem. « Léhéve mityéhav lehom yom beyom di la chalou » - vous devez leur fournir cela jour après jour, « chalou » évoquant la faute par inadvertance : prenez garde de ne commettre aucun manquement, de ne pas trébucher ni vous tromper, mais d'accomplir jour après jour tout ce qui est requis. Et pourquoi ? « Di léhavone mehakrevine ni'ho'hine léÉlah chemaya oumtsalayine le'hayé malka ouvenohi » - afin qu'ils offrent des sacrifices d'agréable odeur et prient pour la vie du roi et de ses fils. En d'autres termes : j'y trouve un intérêt direct.
וּמִנִּי שִׂים טְעֵם דִּי כָל־אֱנָשׁ דִּי יְהַשְׁנֵא פִּתְגָמָא דְנָה יִתְנְסַח אָע מִן־בַּיְתֵהּ וּזְקִיף יִתְמְחֵא עֲלֹהִי וּבַיְתֵהּ נְוָלוּ יִתְעֲבֵד עַל־דְּנָה׃ - Et par moi a été donné l'ordre que pour tout homme qui altérera cette parole, une poutre soit arrachée de sa maison, dressée, et qu'il y soit attaché et pendu, et que sa maison soit pour cela transformée en un tas d'immondices.
Et par moi est promulgué un ordre : quiconque altérera cette décision et n'exécutera pas ce qui est prescrit dans cette missive, « yitnassa'h a' min baytéh ». Selon Rachi, cela signifie que sa maison sera détruite, que l'on en arrachera les bois, à l'image de « venissa'htem me'al haadama » qui évoque la désolation et l'exil. Mais selon le Malbim, ces mots sont directement liés à la suite du verset : « yitnassa'h a' min baytéh ouzekif yitme'ha alohi » - on arrachera une poutre de sa propre demeure, on l'y attachera et on l'y pendra.
Et qui fut pendu à un bois prélevé dans sa propre maison ? Haman le fauteur de troubles. Il cherchait une poutre de cinquante coudées et n'en trouva nulle part, si ce n'est dans son propre palais ; il alla donc démonter son palais pour en faire une potence de cinquante coudées sur laquelle il finit pendu. Il y a là une humiliation suprême. Dans le monde antique également, dans le panthéon grec et chez les peuples d'autrefois, l'ignominie suprême consistait pour un guerrier à être abattu par sa propre épée, à l'instar de Goliath. C'est pourquoi l'épée de Goliath avait été conservée en dépôt, et lorsque David la vit, il s'exclama : « Il n'y en a pas de pareille ! » Quant à A'himélekh fils d'A'hitouv, il hésitait à la lui remettre, disant qu'il n'y avait là d'autre épée que celle de Goliath. Pourquoi ? Parce que l'on considérait qu'elle portait malheur, puisque son propriétaire avait été tué par elle, ce qui passait pour un présage particulièrement funeste. David lui répondit au contraire : Comment a-t-il été tué ? Par ma main ! Il s'avère donc que cette épée m'appartient et qu'elle porte un signe favorable, d'où ses mots : « Nulle n'est meilleure qu'elle » ; pour un autre, elle portait peut-être malheur, mais pour moi, un miracle s'est accompli par son intermédiaire, et pour moi, elle représente le plus grand des biens. Le même principe s'applique à Haman, et le même principe prévaut ici : la pire infamie consiste à ce que l'on démantèle ta propre demeure, qu'on en retire une poutre et qu'on t'y pende. « Oubaytéh nevalou yit'aved » - et au-delà du démontage de sa charpente, sa maison sera transformée en dépotoir ; « nevalou » désigne une souillure et un lieu d'immondices. « 'Al dena » - pour avoir enfreint l'ordre du roi.
וֵאלָהָא דִּי שַׁכִּן שְׁמֵהּ תַּמָּה יְמַגַּר כָּל־מֶלֶךְ וְעַם דִּי יִשְׁלַח יְדֵהּ לְהַשְׁנָיָה לְחַבָּלָה בֵּית־אֱלָהָא דֵךְ דִּי בִירוּשְׁלֶם אֲנָה דָרְיָוֶשׁ שָׂמֶת טְעֵם אָסְפַּרְנָא יִתְעֲבִד׃ - Et que le Dieu qui fait résider Son Nom en ce lieu renverse tout roi et tout peuple qui étendrait la main pour enfreindre cet ordre et détruire cette Maison de Dieu qui est à Jérusalem ! Moi, Darius, j'ai donné cet ordre ; qu'il soit exécuté avec empressement !
Darius déclare en somme : toutes ces injonctions, je puis les imposer à ceux qui se trouvent sous mon autorité ; mais pour ceux qui échappent à ma juridiction, des souverains qui ne me sont pas soumis, s'ils venaient à vouloir détruire la Maison, à eux aussi j'adresse mes vœux les plus solennels. Le Dieu qui a fait résider Son Nom là-bas, dans le Temple, renversera tout roi et tout peuple qui porterait la main pour « lehachnaya », déroger à mes ordres et ruiner cette Maison qui est à Jérusalem. « Ana Daryavech sameth ta'am osparna yit'avid » - moi, Darius, j'ai ordonné que la Maison soit construite en toute hâte, sans le moindre retardement.
אֱדַיִן תַּתְּנַי פַּחַת עֲבַר־נַהֲרָה שְׁתַר בּוֹזְנַי וּכְנָוָתְהוֹן לָקֳבֵל דִּי־שְׁלַח דָּרְיָוֶשׁ מַלְכָּא כְּנֵמָא אָסְפַּרְנָא עֲבַדוּ׃ - Alors Tatenaï, gouverneur d'outre-fleuve, Chetar-Boznaï et leurs collègues exécutèrent ponctuellement et avec empressement l'ordre que le roi Darius avait envoyé.
Dès lors, lorsqu'ils virent cet ordre, conformément et en réponse à ce que le roi avait envoyé dans sa lettre - « osparna 'avadou », ils exécutèrent les choses et appliquèrent ses instructions avec zèle et promptitude. Et il convient de faire ici une remarque : quiconque lit ces lignes pourrait penser qu'il s'agit d'un roi qui a grandi dans un Talmud Torah, et non d'un souverain non-juif. En réalité, Darius était le fils d'Esther. Et en tant que fils d'Esther, il n'est guère surprenant de le voir se donner tant de peine dans ses décrets et ses directives, veillant avec anxiété à ce que le Temple soit bâti, qu'il le soit rapidement, que l'argent ne manque pas, que tout soit accompli selon les exigences et la volonté de D.ieu, que des sacrifices soient offerts et que l'on prie. Lorsqu'on comprend que tout découle de racines juives, on saisit que tout émane de cette même source sainte.
וְשָׂבֵי יְהוּדָיֵא בָּנַיִן וּמַצְלְחִין בִּנְבוּאַת חַגַּי נְבִיָּא וּזְכַרְיָה בַּר־עִדּוֹא וּבְנוֹ וְשַׁכְלִלוּ מִן־טַעַם אֱלָהּ יִשְׂרָאֵל וּמִטְּעֵם כּוֹרֶשׁ וְדָרְיָוֶשׁ וְאַרְתַּחְשַׁשְׂתְּא מֶלֶךְ פָּרָס׃ - Et les anciens des Judéens bâtissaient et prospéraient, selon la prophétie de Haggaï le prophète et de Zacharie fils d'Iddo ; ils bâtirent et achevèrent selon l'ordre du D.ieu d'Israël, et selon l'ordre de Cyrus, de Darius et d'Artaxerxès, roi de Perse.
« Ve-shavei yehoudayé » - les anciens des Judéens, bâtissaient et prospéraient conformément à la prophétie de Haggaï le prophète et de Zacharie fils d'Iddo. C'est l'explication de ce que nous avons vu au début du chapitre précédent : il y était dit qu'ils prophétisaient sans que la prophétie ne soit précisée, et ici le verset affirme qu'ils bâtissent et réussissent selon la prophétie de Haggaï et de Zacharie - d'où nous comprenons que leur prophétie consistait à dire : levez-vous et recommencez à bâtir la Maison.
Et dans tout cela, le Malbim explique qu'il y avait là un miracle caché. Le Saint, béni soit-Il, avec une providence absolue, a enveloppé les événements dans les lois de la nature : Cyrus eut soudain des appréhensions et interrompit la construction en raison des adversaires de Juda et de Benjamin, puis Darius retrouva subitement la lettre et accorda désormais les autorisations - or tout cela émanait de D.ieu. C'est ce que souligne le verset : « Ils bâtirent et achevèrent selon l'ordre du D.ieu d'Israël », car tout provenait d'Hachem, le D.ieu d'Israël, bien que ce fût aussi « selon l'ordre de Cyrus, de Darius et d'Artaxerxès, roi de Perse », par l'intermédiaire desquels la chose s'est concrétisée.
Et c'est ce que disent nos Sages : Israël était digne qu'un miracle s'accomplisse pour lui à l'époque d'Ezra, à l'image du miracle accompli à l'époque de Josué fils de Noun, mais la faute en fut la cause. C'est-à-dire qu'à l'époque d'Ezra aurait dû être édifié le Temple prophétisé par Ézéchiel, dans toute sa perfection et son achèvement, et la rédemption finale aurait dû advenir en rassemblant les exilés de Son peuple Israël. Mais la faute fit obstacle, car ils n'en étaient pas dignes : seulement une cinquantaine de milliers rentrèrent de l'exil alors que la majorité resta en diaspora, et c'est pour cette raison qu'ils ne méritèrent pas un tel accomplissement.
Si l'on y prête attention, trois rois sont mentionnés ici : Cyrus, Darius et Artaxerxès. Nos Sages enseignent : Cyrus, Darius et Artaxerxès ne sont qu'une seule et même personne. Et Rachi explique qu'Artaxerxès est Darius ; pourquoi alors est-il appelé Artaxerxès ? Parce que tel était le titre royal, tout comme Pharaon - Pharaon était le titre générique de la royauté égyptienne, et chaque souverain possédait son nom personnel. De même, « Darius » était son nom personnel, et « Artaxerxès » son titre royal.
En revanche, le Razah - Rabbénou Zerahia Halévi, le Ba'al HaMaor, l'un des Richonim dont les gloses critiques sur le Rif sont intitulées « HaMaor » - écrit dans le premier chapitre du traité Roch Hachana que telle est l'approche selon le Midrach de nos Sages, mais que l'explication conforme au sens littéral (Pshat) est que Cyrus a commencé, Darius a achevé, et Artaxerxès a reconstruit les murailles de Jérusalem. De fait, le sens littéral des versets laisse entendre qu'il s'agissait de trois rois distincts, c'est pourquoi le texte mentionne chacun individuellement. Et le Malbim observe qu'il existe déjà de nombreuses opinions divergentes quant au décompte des rois de Perse et à leurs dénominations, sans qu'aucune certitude absolue ne se dégage à ce sujet.
En réalité, là n'est pas le cœur de notre étude. Notre objectif est de comprendre les versets, et la compréhension du texte biblique nous suffit amplement ; nous ne cherchons pas à mener une recherche historique profane. Lorsqu'un historien étudie la Guémara et voit qu'on y mangeait du « kassa deharsena », il se met à examiner de quoi ce plat était composé, la proportion d'huile ou le type de poisson - s'attachant ainsi à l'écorce extérieure et au vide des choses. Que nous importe la nature exacte de ce mets ? Pour la Guémara, l'essentiel est de savoir quelle bénédiction réciter dessus. De même, chercher à savoir comment les gens s'habillaient à cette époque ou quelle était l'organisation administrative relève de questions secondaires qui ne nous concernent nullement. Ce qui nous importe, c'est le message profond et la portée spirituelle du texte.
וְשֵׁיצִיא בַּיְתָה דְנָה עַד יוֹם תְּלָתָה לִירַח אֲדָר דִּי־הִיא שְׁנַת־שֵׁת לְמַלְכוּת דָּרְיָוֶשׁ מַלְכָּא׃ - Et cette Maison fut achevée le troisième jour du mois d'Adar, qui était la sixième année du règne du roi Darius.
« Cheyetsi » exprime l'achèvement : la fin de la construction eut lieu le 3 Adar, en la sixième année du règne de Darius. Et puisque l'autorisation avait été donnée en la deuxième année de Darius, il en résulte qu'ils bâtirent le Temple pendant quatre ans. Le Premier Temple avait été construit en sept ans et sept mois, ce qui constituait déjà une grande célérité, car nos Sages enseignent que Chlomo mit treize ans à bâtir le palais royal - il y mit moins d'ardeur, tandis qu'il édifia le Beth Hamikdach promptement. Et la raison pour laquelle le Premier Temple prit plus de temps tient à ce qu'il était d'une magnificence et d'une perfection incomparables : toutes les sculptures, la splendeur, la majesté, l'argent et l'or dont étaient plaqués les murs de la Maison constituaient en soi un travail immense et éprouvant. En revanche, le Deuxième Temple était de moindre beauté, et c'est pourquoi, comme nous l'avons vu, ceux qui se souvenaient du Premier pleuraient à la vue du second ; la différence paraissait, toute proportion gardée, comme celle d'un simple hangar à côté d'une belle demeure. Mais pour ceux qui n'avaient pas vu le Premier Temple, le second était en lui-même magnifique, et ils s'en réjouissaient donc, n'ayant aucun point de comparaison.
וַעֲבַדוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל כָּהֲנַיָּא וְלֵוָיֵא וּשְׁאָר בְּנֵי־גָלוּתָא חֲנֻכַּת בֵּית־אֱלָהָא דְנָה בְּחֶדְוָה׃ - Les enfants d'Israël, les Cohanim, les Léviim et le reste des déportés célébrèrent l'inauguration de cette Maison de Dieu dans la joie.
Une fois la construction achevée, ils célébrèrent l'inauguration de cette Maison dans la joie. Et pourquoi préciser « cette Maison de Dieu » (Beit Elaha Dena) ? Le Malbim explique qu'au vu de ce qui a été exposé, cela se comprend admirablement : s'ils l'avaient mérité, le temps de la délivrance future serait arrivé, et aussitôt après la construction terrestre, le Beth Hamikdach serait descendu des cieux, tel le sanctuaire contemplé par Yé'hezkel, bâti de feu, et l'on aurait aussitôt entamé la seconde inauguration mentionnée dans le livre de Yé'hezkel. Mais ils ne le méritèrent pas et durent donc se contenter de la réjouissance de cette Maison-ci. D'où l'insistance du verset : leur joie portait sur « l'inauguration de cette Maison de Dieu » - c'est à cela qu'était consacrée l'essentiel de leur allégresse, et non aux festivités de Pourim.
וְהַקְרִבוּ לַחֲנֻכַּת בֵּית־אֱלָהָא דְנָה תּוֹרִין מְאָה דִּכְרִין מָאתַיִן אִמְּרִין אַרְבַּע מְאָה וּצְפִירֵי עִזִּין לְחַטָּאָה עַל־כָּל־יִשְׂרָאֵל תְּרֵי־עֲשַׂר לְמִנְיָן שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Ils offrirent pour l'inauguration de cette Maison de Dieu cent taureaux, deux cents béliers, quatre cents agneaux, et comme sacrifices expiatoires pour tout Israël, douze boucs, selon le nombre des tribus d'Israël.
Ils offrirent pour l'inauguration de la Maison de Dieu cent « torine » - des taureaux, deux cents « dikhrine » - des béliers, et quatre cents « imrine » - des agneaux. Ainsi que des « tsefirei izin », des boucs, en sacrifice expiatoire (hattath). Mais quelle était la place d'un sacrifice expiatoire en cette circonstance, pour qui et pour quelle faute ? Le Metsoudat David explique que c'était pour l'ensemble du peuple d'Israël qui n'était pas revenu lors du Second Temple : en effet, qui était revenu ? Yehouda et Binyamin, alors que le reste du peuple n'était pas remonté d'exil, et c'est pour eux que l'on offrit cette hattath. Et nos Sages précisent qu'il s'agissait d'une mesure dérogatoire exceptionnelle (horaat cha'ah), car un sacrifice expiatoire ne peut normalement pas être offert à titre de don volontaire (nedavah), mais ils l'apportèrent ici spontanément en vertu de cette décision ponctuelle.
וַהֲקִימוּ כָהֲנַיָּא בִּפְלֻגָּתְהוֹן וְלֵוָיֵא בְּמַחְלְקָתְהוֹן עַל־עֲבִידַת אֱלָהָא דִּי בִירוּשְׁלֶם כִּכְתָב סְפַר מֹשֶׁה׃ - Ils établirent les Cohanim selon leurs divisions et les Léviim selon leurs classes pour le service de Dieu à Jérusalem, selon ce qui est écrit dans le livre de Moïse.
Ils établirent les Cohanim « biflougatehon », répartis dans leur service, et les Léviim « bema'hlekatehon », chacun dans sa section, pour le service de Dieu à Jérusalem, comme il est écrit dans le livre de la Torah de Moïse. Le Malbim explique : les Cohanim étaient répartis en vingt-quatre gardes (michmarot), chaque garde servant une semaine, et chaque garde se divisait en sept familles patriarcales (batei avot), chaque famille servant un jour de la semaine. Cependant, la tâche précise que chacun devait accomplir était déterminée par tirage au sort : l'un égorgeait, l'autre portait le sang, un autre débarrassait les cendres de l'autel. En revanche, chez les Léviim, nous constatons que c'étaient les chefs de familles qui fixaient à chacun sa tâche particulière. C'est pourquoi il est dit des Léviim « bema'hlekatehon », car ils faisaient l'objet d'une division plus détaillée, une tâche assignée à chacun par nomination des chefs de famille, tandis que pour les Cohanim, il est dit « biflougatehon », car ils n'avaient pas de répartition individuelle préalable des fonctions, celles-ci étant attribuées par tirage au sort.
וַיַּעֲשׂוּ בְנֵי־הַגּוֹלָה אֶת־הַפָּסַח בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן׃ - Les enfants de l'exil célébrèrent Pessa'h le quatorzième jour du premier mois.
Ils achevèrent la construction du Temple le 3 Adar, et célébrèrent Pessa'h le 14 Nissan - la première fois que la fête de Pessa'h était célébrée dans la nouvelle Maison.
כִּי הִטַּהֲרוּ הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם כְּאֶחָד כֻּלָּם טְהוֹרִים וַיִּשְׁחֲטוּ הַפֶּסַח לְכָל־בְּנֵי הַגּוֹלָה וְלַאֲחֵיהֶם הַכֹּהֲנִים וְלָהֶם׃ - Car les Kohanim et les Léviim s'étaient purifiés ensemble, tous étaient purs ; ils immolèrent l'agneau pascal pour tous les enfants de l'exil, pour leurs frères les Kohanim et pour eux-mêmes.
Dans le livre d'Ezra, nous constatons que les Léviim s'étaient sanctifiés davantage que les Kohanim, et le verset précise ici qu'à ce stade, tous se purifièrent ensemble. De peur que l'on ne s'imagine qu'il restait des Kohanim ou des Léviim impurs et que tous ne s'étaient pas purifiés, le texte souligne : « ensemble, tous étaient purs », nul parmi eux n'était resté impur. « Et ils immolèrent le sacrifice de Pessa'h » : la che'hita du Pessa'h fut accomplie par les Léviim, ainsi qu'il est écrit dans les Chroniques (Divré Hayamim). Le texte vient ici faire l'éloge des Léviim : lors de l'abattage du Pessa'h, ils firent passer en premier les sacrifices des enfants d'Israël, puis ceux des Kohanim - « et pour leurs frères les Kohanim » - et seulement à la fin leurs propres sacrifices. Cela témoigne de leur empressement au service divin et montre qu'ils ne cherchaient nullement leur propre intérêt.
וַיֹּאכְלוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל הַשָּׁבִים מֵהַגּוֹלָה וְכֹל הַנִּבְדָּל מִטֻּמְאַת גּוֹיֵי־הָאָרֶץ אֲלֵהֶם לִדְרֹשׁ לַיהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Les enfants d'Israël revenus de l'exil en mangèrent, ainsi que quiconque s'était séparé de l'impureté des peuples du pays pour se joindre à eux afin de rechercher l'Éternel, le D.ieu d'Israël.
Les enfants d'Israël revenus de l'exil mangent du korban Pessa'h. « Ainsi que quiconque s'était séparé de l'impureté des peuples du pays pour se joindre à eux » : quiconque s'était éloigné et écarté de la souillure des peuples du pays pour se rapprocher d'eux et chercher Hachem, le D.ieu d'Israël ; ce sont les prosélytes (les guérim), qui s'étaient séparés de l'impureté des nations afin de s'agréger à l'héritage d'Israël.
וַיַּעֲשׂוּ חַג־מַצּוֹת שִׁבְעַת יָמִים בְּשִׂמְחָה כִּי שִׂמְּחָם יְהֹוָה וְהֵסֵב לֵב מֶלֶךְ־אַשּׁוּר עֲלֵיהֶם לְחַזֵּק יְדֵיהֶם בִּמְלֶאכֶת בֵּית־הָאֱלֹהִים אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Et ils célébrèrent la fête des matzot pendant sept jours avec joie, car l'Éternel les avait réjouis et avait disposé en leur faveur le cœur du roi d'Assyrie pour fortifier leurs mains dans l'œuvre de la Maison de D.ieu, le D.ieu d'Israël.
« Et ils célébrèrent la fête des matzot pendant sept jours avec joie, car Hachem les avait réjouis et avait tourné vers eux le cœur du roi d'Assyrie ». Qui est donc ce roi d'Assyrie ? Cela dépend de la question examinée plus haut : si le dernier roi était Artaxerxès, c'est de lui qu'il s'agit ; mais si le dernier était Darius et qu'Artaxerxès n'était qu'un titre dynastique, selon l'opinion de nos Sages, c'est alors de Darius qu'il est question. Et selon le Ba'al HaMaor, Rabbi Zera'hia Halévi (le Razah), il y en eut deux : Darius, puis celui qui acheva l'œuvre, Artaxerxès, désigné ici sous le titre de roi d'Assyrie. Hachem les réjouit en disposant le cœur du souverain à agréer leurs actions et à soutenir la reconstruction du Temple, « pour fortifier leurs mains dans l'œuvre de la Maison de D.ieu, le D.ieu d'Israël ». Et le verset le qualifie de « roi d'Assyrie », bien qu'il fût roi de Perse, parce qu'il régnait également sur l'Assyrie.
Le chapitre 6 nous conduit des archives de Médie jusqu'à la fête des matzot à Jérusalem. Le rouleau commémoratif qu'Aman n'avait pas réussi à faire disparaître est retrouvé ; Darius confirme le décret de Cyrus et y ajoute ses propres ordres : non seulement ne pas entraver les travaux mais y prêter main-forte, allouer directement les impôts d'Outre-Fleuve au chantier pour éviter tout retard, et pourvoir jour après jour aux besoins des sacrifices. Le Temple fut édifié en quatre ans et inauguré le 3 Adar, et le premier Pessa'h y fut célébré le 14 Nissan dans la pureté et la joie. Le Malbim nous enseigne que tout cet enchaînement relève du miracle caché : « Et ils bâtirent et achevèrent selon l'ordre du D.ieu d'Israël » - tout procédait d'Hachem, bien que cela se soit revêtu d'édits royaux. Toutefois, cette allégresse demeurait partielle : ils auraient été dignes d'un miracle comparable à celui de l'époque de Josué et d'une rédemption totale, mais la faute fit obstacle ; ils durent ainsi se contenter de la joie relative de « beit Elaha dena » - cette Maison-ci.