Dans ce chapitre, Daniel contemple en songe quatre bêtes montant de la mer, correspondant aux quatre empires. Lorsqu'il parvient à la quatrième bête et aux dix cornes dressées sur sa tête, Daniel porte précisément son attention sur celles-ci, et c'est ici que s'ouvre la partie de notre étude. Dès lors, Daniel décrira également ce qui se déroule en Haut : le renversement des trônes des nations, l'Ancien des jours siégeant en jugement, et la royauté remise au peuple d'Israël.
מִשְׂתַּכַּל הֲוֵית בְּקַרְנַיָּא, וַאֲלוּ קֶרֶן אׇחֳרִי זְעֵירָה סִלְקָת בֵּינֵיהֵן, וּתְלָת מִן קַרְנַיָּא קַדְמָיָתָא אֶתְעֲקַרָה מִן קֳדָמַהּ, וַאֲלוּ עַיְנִין כְּעַיְנֵי אֲנָשָׁא בְּקַרְנָא דָא וּפֻם מְמַלִּל רַבְרְבָן׃ - Je considérais les cornes, et voici qu'une autre corne, petite, monta d'entre elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle ; et voici que cette corne avait des yeux comme des yeux d'homme, et une bouche proférant de grandes paroles.
Traduction des termes : je contemplais les cornes, et voici qu'une autre corne, petite, montait d'entre elles, et trois des premières cornes furent arrachées devant elle, et elle avait des yeux semblables à des yeux d'homme et une bouche prononçant de grandes prétentions.
Le Malbim explique : « Mishtakal havite bekarnaya » - je portais précisément mon regard sur ces cornes, car c'est de là que germera la corne du salut. Et pourquoi précisément là ? Parce qu'il n'y a pas de cinquième bête. La quatrième bête est celle qui nous accompagnera jusqu'à la fin de toutes les générations, et c'est de son sein que surgira la délivrance. Daniel comprit donc que c'est ici, sur ces cornes, que devait se porter l'essentiel de la réflexion.
L'Abarbanel explique qu'il s'agit du pouvoir de la papauté. Au début, ce n'était qu'une modeste souveraineté, reçue par les empereurs régnant à Rome. Plus tard, à l'époque de l'empereur Constantin, ce dernier prit Sylvestre, qui était pape et se cachait dans une grotte, l'amena à Rome et lui transmit la couronne impériale, afin que lui et ses successeurs règnent sur Rome et sur l'Italie. L'empereur lui-même partit à Constantinople, la bâtit et y établit le siège de son empire.
Cette puissance, d'abord insignifiante, ne cessa de grandir au point d'exercer plus tard une autorité absolue sur de multiples nations et peuples. La religion chrétienne se répandit progressivement, si bien qu'aujourd'hui, une grande part des croyants dans le monde appartient au christianisme. Et d'où tout cela a-t-il commencé ? De cette petite corne qui a grandi et prospéré. De nos jours encore, le Vatican constitue un État à part entière, doté d'une totale souveraineté, indépendant de tout autre pays.
« Outelet min karnaya kadmayata et'akara min kodamah » - et voici que trois des premières cornes furent arrachées devant elle. Le Malbim fait remarquer que les commentateurs furent fort embarrassés par l'explication de ce verset, et que l'interprétation de l'Abarbanel lui semble même très contestable (bien que le Malbim suive souvent l'Abarbanel, il s'en écarte ici). Quant à nous, fidèles à notre méthode, nous étudierons ces passages selon l'éclairage du Malbim.
Première explication : ces trois cornes représentent trois souverains appelés à s'élever et à secouer le joug du pouvoir papal, refusant de continuer à se soumettre à son autorité. « Furent arrachées devant elle » ne signifie pas qu'elles furent déracinées contre leur gré, mais plutôt qu'elles s'arrachèrent elles-mêmes de devant lui, déclarant en quelque sorte : nous ne sommes plus disposés à accepter la souveraineté du pape.
Deuxième explication : où se situe Ichmaël dans tout ce tableau ? Ichmaël est étroitement lié au royaume de Rome. Nous avons déjà vu cette alliance dans l'histoire des Patriarches : Essav prit pour femme Mahalath, fille d'Ichmaël, ajoutant ainsi une maladie à sa maladie - voici donc réunies la royauté d'Ichmaël et celle d'Édom. Et si nous incluons aussi le royaume d'Ichmaël dans le calcul, nous constatons que la division se fait en trois religions : la religion de Mahomet d'une part, et le christianisme qui s'est divisé en deux - catholiques et protestants.
Et ce sont véritablement deux religions distinctes : quiconque examine la question verra que ce que les uns interdisent absolument, les autres le permettent. Ce n'est pas comme les sunnites et les chiites, qui forment une division interne au sein d'un même islam et croient aux mêmes principes fondamentaux ; ici, les conceptions sont totalement divergentes. Les catholiques, par exemple, interdisent absolument le divorce, tandis que les autres l'autorisent. (Et par simple trait d'esprit, sans aucune gravité : « catholiques » viendrait de l'expression araméenne rav katleya - le grand bourreau ; combien avons-nous souffert des catholiques à travers les générations, combien nous ont-ils massacrés et assassinés.) On constate donc que cette même corne a entraîné une division en trois branches : la religion de l'islam, et le christianisme divisé en deux parties.
Troisième explication : on peut dire que la petite corne qui a poussé et n'a cessé de grandir fait allusion à une religion apparue à une époque plus tardive - la religion de l'islam. Selon cette explication, l'islam n'est pas l'une des trois parties, mais constitue lui-même cette petite corne qui s'est dressée, a grandi et est devenue puissante. En effet, l'islam est apparu des siècles après le christianisme : le christianisme existe depuis environ deux mille ans, tandis que l'islam compte environ mille trois cents à mille quatre cents ans d'existence. L'islam est donc postérieur au christianisme.
Dès lors, le dénominateur commun de toutes ces cornes est leur nature chrétienne - tous les peuples d'Europe, ainsi que l'Amérique, ont adopté la religion chrétienne. Face à elles, la petite corne est symbolisée par la religion de Mahomet, qui a émergé sans se soumettre aux religions des autres nations. Cela correspond particulièrement aux termes du texte indiquant qu'elle était petite, puis est devenue grande et puissante : aujourd'hui, l'islam compte des centaines de millions de fidèles - issue d'un rang de culte mineur, elle s'est érigée en une religion immense et considérable.
« Et voici qu'il y avait à cette corne des yeux comme des yeux d'homme, et une bouche proférant de grandes choses » - cette petite corne possède des yeux semblables à ceux d'un homme et une bouche qui parle avec grandeur. Cette corne ne ressemble pas aux autres cornes. Les autres cornes n'avaient ni bouche ni yeux, et toute leur force résidait dans le coup de corne : frapper et tuer. Ici, en revanche, se trouvent une bouche et des yeux, symbolisant l'intellect et la sagesse. Une corne représente la force physique, la capacité de nuire et de frapper ; mais ici, il y a aussi de la sagesse - ils posséderont une intelligence supérieure à celle des autres nations.
Si l'on explique qu'il s'agit de la papauté, cela suggère qu'ils possédaient une certaine sagesse et qu'ils ont également acquis des connaissances dans la religion d'Israël et dans l'étude de la Torah. Car leur culte repose sur l'« Ancien Testament » et sur le « Nouveau Testament », et ils étudient le Tanakh tout comme ils étudient, à mille lieues de toute comparaison, leurs propres textes. De plus, « une bouche proférant de grandes choses » - leur force résidera dans leur parole.
Et nous l'avons effectivement constaté au fil des générations : qu'est-ce que les chrétiens ont sans cesse cherché à imposer à Israël ? Des disputes théologiques. Des livres entiers ont été rédigés sur ces controverses - le Sefer HaVikou'ah du Ramban, ainsi que les disputes d'Ibn Gabirol, de Kimhi et de Dounach. Ils poussaient constamment à la controverse avec le peuple d'Israël, car l'art du discours et la force de la parole leur avaient été accordés. Et par la puissance de leurs paroles, ils n'agissaient pas seulement par la force physique et matérielle, mais veillaient également à forger une idéologie pour justifier tous leurs actes concrets.
Autre aspect de cette « bouche proférant de grandes choses » : une grande partie de l'activité diplomatique dans le monde est le fait des nations européennes. Leur force réside dans la diplomatie, dans l'éloquence. C'est d'ailleurs l'une des raisons de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons face aux Ismaélites : ceux qui dictent l'ordre du jour sont les nations d'Europe, pour qui tout conflit peut se résoudre par le dialogue. Et c'est exact - chez elles, chez ces dix cornes où se trouve « une bouche proférant de grandes choses », elles ont une grande éloquence, elles savent manier le verbe, et c'est par les pourparlers qu'elles règlent leurs différends.
Mais cela ne s'applique nullement à Ichmaël. La force d'Ichmaël ne réside pas dans « une bouche proférant de grandes choses », ni dans la diplomatie. Ichmaël relève de la notion de « c'est par ton épée que tu vivras », sa force réside dans le glaive, et c'est là tout le pouvoir de sa domination - « la loi de Mahomet par le sabre ». Dès lors, venir dialoguer avec eux revient à leur tendre le cou pour qu'ils le tranchent. Et bien que nous ayons déjà souligné le lien qui les unit à Édom, la situation est pire encore chez eux, car ils incarnent la nature de « péré adam » (un homme sauvage) : chez Édom, les actes s'accomplissent encore avec réflexion, tandis qu'ici le caractère sauvage précède l'humain. Le texte aurait dû dire « adam péré », à l'instar de ce que l'on dit d'un homme instruit ou d'un homme sage - où le terme « homme » vient toujours en premier. Or ici, la sauvagerie en lui prime sur l'humanité, l'impulsion sauvage devance la conduite humaine.
Et que signifie l'expression « sa main sera contre tous et la main de tous sera contre lui », dite au sujet d'Ichmaël ? Au sens simple : tous auront affaire à lui et il aura affaire à tous. Cependant, le Targoum traduit : « koulhon yehon tserikhin lé » - tous auront besoin de lui. Et telle est bien la réalité : le monde entier a besoin de leur pétrole. Sans ce pétrole, il y a bien longtemps qu'on les traiterait d'une manière totalement différente ; mais le monde entier est sous sa dépendance. L'Amérique est-elle allée guerroyer en Irak parce qu'elle s'apitoyait sur le sort du Koweït ? Se souciait-elle vraiment du Koweït ? Ils sont allés sécuriser les puits de pétrole sur place, afin que le citoyen américain n'ait pas à débourser quelques dollars supplémentaires pour son plein d'essence.
Selon ce qui a été expliqué précédemment, à savoir que la petite corne représente l'empire de Mahomet, on peut interpréter l'expression « une bouche proférant de grandes choses » (poum memalil ravravan) au sens de vantardise et d'arrogance. On constate en effet que toute la rhétorique des nations arabes repose sur la vantardise. Durant la guerre des Six Jours, ils prétendaient déjà à la radio être « à Tel-Aviv », proclamant : « Nous avons tout anéanti, détruit tant et tant de divisions » - au point que les Arabes eux-mêmes, lorsqu'ils voulaient savoir ce qui se passait réellement, branchaient la radio Kol Israël, sachant bien que leurs propres émissions prétendaient déjà nous avoir conquis et jetés à la mer.
Il en va de même aujourd'hui : ils célèbrent leur prétendue « victoire ». Gaza est dévastée et ensanglantée, il faudra des années pour la reconstruire, mais ils scandent : « Nous avons vaincu ! » C'est précisément cela, « une bouche proférant de grandes choses ». De même pour Nasrallah, qui a passé sa vie terré dans un bunker sans voir la lumière du soleil, tout en proclamant sa victoire. Aujourd'hui le calme règne, il ne tire plus aucun missile, ils ne font rien, et pourtant « il a vaincu ». Voilà une bouche qui profère de grandes paroles.
Dès lors, que signifie « des yeux semblables à des yeux d'homme sur cette corne » ? C'est parce qu'il y a chez eux des traits plus proches du peuple d'Israël, et sous un certain aspect, ils sont plus avancés que les chrétiens : les chrétiens croient au chitouf (association), ce qui relève de l'idolâtrie (avoda zara), tandis que les musulmans ont une vision plus lucide en ce sens qu'ils croient en un D.ieu unique. C'est pourquoi, en cas de besoin, il est permis d'entrer dans une mosquée, alors qu'il est interdit de pénétrer dans une église - car l'église est un lieu d'idolâtrie où l'on croit en une trinité impure, tandis que la mosquée est un lieu où l'on ne croit qu'en D.ieu seul, selon leur conception erronée prétendant que Mahomet est Son prophète. Le Rambam qualifie d'ailleurs Mahomet de « fou », car il souffrait de crises de convulsions durant lesquelles ses partisans prétendaient qu'il recevait des prophéties. Autre différence notable : cet homme-là [Jésus] était juif, alors que Mahomet n'était pas juif.
חָזֵה הֲוֵית עַד דִּי כׇרְסָוָן רְמִיו וְעַתִּיק יוֹמִין יְתִב, לְבוּשֵׁהּ כִּתְלַג חִוָּר וּשְׂעַר רֵאשֵׁהּ כַּעֲמַר נְקֵא, כׇּרְסְיֵהּ שְׁבִבִין דִּי נוּר גַּלְגִּלּוֹהִי נוּר דָּלִק׃ - « Je regardais jusqu'au moment où des trônes furent renversés, et l'Ancien des jours s'assit ; Son vêtement était blanc comme la neige, et la chevelure de Sa tête pareille à de la laine pure ; Son trône était des flammes de feu, et ses roues un feu ardent. »
Jusqu'ici, Daniel a décrit les empires terrestres ; à partir de ce point, il commence à dépeindre ce qui se passe dans les cieux : la force du peuple d'Israël, le renversement qui s'opère parmi les empires, et la manière dont la souveraineté est arrachée à l'empire de Rome pour être remise au peuple d'Israël et au Roi Machia'h. Toute la vision jusqu'à présent portait sur les royaumes des nations et sur leurs agissements, jusqu'au stade où le peuple d'Israël recouvre son état d'origine : la situation s'inverse, Hachem juge les nations, Israël retrouve sa souveraineté, et viennent le Machia'h et la Délivrance. C'est de ces étapes finales que Daniel commence à parler ici. Et comme tout cela relève de métaphores, il ne faut évidemment pas prendre ces descriptions au sens littéral ; nous allons donc expliquer ce qui lui fut montré dans cette vision.
« Jusqu'au moment où des trônes furent renversés » (Ad di khorsavane remiou) - que signifie le terme « remiou » ? C'est le sens de jeter à terre, de renverser, comme dans le verset : « Le cheval et son cavalier, Il les a précipités (rama) dans la mer ». Voici venu le moment où Hachem renverse les trônes. Et que représentent ces trônes ? Les trônes des nations. Nous avons vu quatre empires dominer, et chaque nation est un trône, un royaume - car le trône symbolise le pouvoir et la royauté, à l'image du verset : « Lorsque le roi Assuérus s'assit sur son trône royal ». Le moment viendra où leur trône sera renversé, ainsi qu'il est dit : « Je renverserai le trône des royaumes et Je détruirai la puissance des royaumes des nations, Je renverserai les chars et ceux qui les montent ; les chevaux et leurs cavaliers s'écrouleront, chacun sous le glaive de son frère » - par le tumulte et la discorde intestine qui s'élèveront entre eux, comme il est rapporté dans le livre de 'Hagaï.
Le Malbim cite également l'explication d'Abarbanel, selon laquelle ces propos visent aussi les princes tutélaires (sarim) des nations en haut. En effet, la puissance et la domination dont jouissent les nations ici-bas émanent de la force et du pouvoir de leurs ministres dans le monde supérieur ; lorsque l'afflux divin qui les nourrit sera interrompu, leur trône d'ici-bas sera par conséquent renversé.
« Et l'Ancien des jours s'assit » (Vé'Atik yomine yetiv) - qui est Celui qui s'assied sur Son trône ? C'est le Saint, béni soit-Il. Nous savons en effet que jusqu'alors le Trône divin n'est pas complet, mais ici arrive l'étape où Hachem siège pleinement sur Son trône. Et que signifie « 'Atik yomine » ? Deux explications sont avancées. Certains l'expliquent au sens d'ancienneté - ancien de jours, comme pour désigner Celui qui est antérieur à toute chose. Mais le Malbim propose une explication bien plus profonde : « 'atik » vient d'une racine évoquant le retrait et le détachement (comme dans « déplacer [leha'atik] une chose de sa place », ou dans l'expression où l'âme « s'est retirée »). « 'Atik yomine » désigne Celui qui est détaché et retiré du cadre temporel ; Hachem, béni soit-Il, n'est nullement soumis à l'emprise du temps ni des jours, Il transcende le temps. C'est alors qu'Hachem siège pour le jugement et établit Son trône pour la justice.
À présent, le verset nous décrit cette vision, et il convient de souligner à nouveau qu'il ne s'agit aucunement de matérialité. « Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de Sa tête comme de la laine pure ». Les vêtements symbolisent les actions et les attributs par lesquels Hachem opère, car les attributs divins sont comparés à des vêtements. La tête représente la pensée, et les cheveux qui émergent de l'intérieur de la tête vers l'extérieur expriment le passage de la pensée de la puissance à l'acte, de l'intériorité vers l'extériorité.
Et que nous enseigne cette blancheur ? Qu'en ce temps-là, toute la providence d'Hachem sera semblable à la neige blanche - une conduite de bienveillance et de miséricorde envers le peuple d'Israël. En effet, lorsque le Saint, béni soit-Il, vient exercer Sa vengeance sur les nations, il est dit : « Qui est celui-ci qui vient d'Édom, en vêtements teints de rouge de Botzra ? » - des vêtements rougis par le sang, et le sang symbolise la rigueur ; tandis que le blanc et la neige symbolisent la miséricorde. À cette heure-là, il ne portera plus d'habits rougis, mais l'aspect de la neige blanche. De même, Ses pensées, telles qu'elles se manifesteront au dehors, seront « comme de la laine pure » - uniquement justice et délivrance ; il n'y aura plus de jugement de rigueur ni de mal dans le monde, mais seulement du bien et de la grâce émanant de Sa présence.
D'un autre côté, la vengeance doit être exercée contre les nations ; c'est pourquoi le verset poursuit : « Son trône était des flammes de feu, et ses roues un feu ardent » - du Trône jaillissaient des flammèches, et le feu consume et anéantit tout. Cependant, l'Écriture nous enseigne que le feu se déploie à partir du Trône vers le bas, et non du Trône vers le haut, car du Trône vers le haut, tout n'est que miséricorde absolue.
C'est précisément le sens du verset : « La justice et le droit sont la base de Son trône ; un feu marche devant Lui et embrase Ses ennemis tout autour » - le feu ne provient pas d'Hachem Lui-même, car « Hachem règne, que la terre jubile », et Hachem relève de la bienveillance et de la miséricorde. D'où jaillit donc le feu ? De « la base de Son trône » - du monde du Trône vers le bas. De là, il descend vers le monde des Sphères par l'intermédiaire des Saintes Créatures, qui meuvent les sphères, reçoivent l'influx du Trône et dirigent les Roues célestes avec ce même feu, afin d'exercer la vengeance contre les nations.
Dans cette partie, nous avons vu comment Daniel se concentre sur les cornes de la quatrième bête, car c'est de là que germera la corne du salut, et aucune cinquième bête ne lui succédera. La petite corne désigne soit la papauté, qui est passée d'un statut modeste à une domination mondiale, soit l'islam, apparu plus tard et devenu une religion colossale ; et les trois cornes arrachées sont soit des rois ayant brisé le joug papal, soit les trois religions qui se sont déchirées. « Des yeux semblables à des yeux d'homme, et une bouche proférant de grandes choses » révèlent que la force de cette corne ne repose pas seulement sur l'agression physique, mais sur l'intelligence et la parole - à travers les controverses et les idéologies, la diplomatie des nations européennes, ainsi que les vantardises des fils d'Ismaël dont la force s'appuie sur l'épée. Dès lors, Daniel décrit ce qui s'accomplit en Haut : les trônes des nations sont jetés à bas, l'Ancien des jours - détaché et transcendant le temps - siège en justice ; Sa conduite envers Israël est telle la neige blanche et la laine pure, pure bienveillance et miséricorde ; tandis que le feu destiné à châtier les nations se répand du Trône vers le bas, du monde du Trône jusqu'au monde des Sphères.