TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 4 - Le rêve de l'arbre et la folie de Nabuchodonosor - 1ère partie

Lire l'original

Le quatrième chapitre du livre de Daniel est un chapitre tout à fait remarquable : il est entièrement rédigé sous la forme d'une lettre écrite par Nabuchodonosor lui-même. Le roi y relate à la première personne le songe qu'il a eu, l'impuissance des sages de Babylone à le résoudre, et l'intervention finale de Daniel venu lui en dévoiler le sens. Dans cette première partie, nous étudierons le préambule de cette épître ainsi que la description du songe, à la lumière du commentaire du Malbim.

Sérénité intérieure et paix extérieure

אֲנָה נְבוּכַדְנֶצַּר שְׁלֵה הֲוֵית בְּבֵיתִי וְרַעְנַן בְּהֵיכְלִי׃ - Moi, Nabuchodonosor, je vivais tranquille dans ma maison et florissant dans mon palais.

Nabuchodonosor ouvre sa lettre en ces termes : « Moi, Nabuchodonosor, je vivais tranquille dans ma maison et florissant dans mon palais ». Le terme araméen « chelē » se rattache à la notion de quiétude (chalva). Il existe en effet une nuance essentielle entre la paix et la quiétude : la paix relève de l'extérieur, signifiant qu'aucun ennemi ne vient livrer bataille ; la quiétude, quant à elle, est un état intérieur, ce que l'on appelle aujourd'hui la paix de l'esprit ou la sérénité. Nabuchodonosor souligne ainsi : je jouissais d'une totale sérénité au sein de ma demeure, et je n'avais au-dehors aucun ennemi ni tourment, car j'étais « florissant dans mon palais », fermement établi dans mon palais royal tel un arbre verdoyant et vigoureux, à l'abri de toute épreuve.

L'importance capitale de ce préambule

חֵלֶם חֲזֵית וִידַחֲלִנַּנִי וְהַרְהֹרִין עַל מִשְׁכְּבִי וְחֶזְוֵי רֵאשִׁי יְבַהֲלֻנַּנִי׃ - J'ai eu un songe qui m'a effrayé, et les pensées sur ma couche et les visions de mon esprit m'ont terrifié.

J'ai eu un songe qui m'a effrayé, et les pensées sur ma couche et les visions de mon esprit m'ont terrifié. Tout ce préambule sur son état de quiétude vise à écarter d'emblée une objection classique : si Nabuchodonosor avait été tourmenté et assailli d'inquiétudes, on aurait pu lui objecter que l'homme ne voit en rêve que le reflet de ses préoccupations diurnes, et que quiconque vit dans la crainte le jour fait nécessairement des cauchemars la nuit. C'est pourquoi le roi prend soin de préciser qu'il était pleinement serein et florissant ; et malgré cette paix absolue, un songe effrayant et terrifiant s'est imposé à lui, signe manifeste qu'il s'agissait d'une authentique vision divine et non du simple fruit de son imagination.

Les songes du roi David

Cette idée rejoint ce que la tradition rapporte au sujet du roi David, qui ne fit jamais de bon rêve de toute son existence. Le saint Zohar l'explique ainsi : David passa sa vie au cœur des batailles, des persécutions et des fuites devant ses adversaires, sans jamais connaître de période de véritable répit ; dès lors, tous ses songes étaient naturellement empreints de combats, de sang et de guerre.

Toutefois, les Maîtres soulignent un autre aspect à ce sujet, lié à la grandeur de son mérite. La Guémara énonce en effet : pour un mauvais rêve, le désagrément éprouvé en songe suffit (« bichta mastéya ») ; et pour un bon rêve, la satisfaction ressentie suffit (« tivouta mastéya »). En d'autres termes, il arrive qu'un homme fasse un mauvais rêve, et la détresse qu'il en ressent tient lieu d'expiation : le mal lui a été signifié en songe pour lui éviter de le subir dans la réalité. À l'inverse, on accorde parfois à l'impie des songes particulièrement flatteurs, précisément parce qu'on ne désire pas lui dispenser de véritable bonté dans ce monde-ci, lui signifiant pour ainsi dire : réjouis-toi du bien éprouvé en rêve, car rien de plus ne te sera accordé.

La convocation des mages et l'absence de Daniel

וּמִנִּי שִׂים טְעֵם לְהַנְעָלָה קָדָמַי לְכֹל חַכִּימֵי בָבֶל דִּי פְשַׁר חֶלְמָא יְהוֹדְעֻנַּנִי׃ - Et de ma part fut donné l'ordre de faire venir devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me fassent connaître l'interprétation du songe.

« Oumeni sim ta'am » signifie : un ordre a émané de moi de faire entrer devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me fassent connaître l'interprétation du songe. Or, cela est surprenant : ses sages et ses magiciens n'étaient-ils pas déjà devant lui, pour qu'il ait besoin d'ordonner de les faire entrer ? Le Malbim explique : au début, lorsque Nevoukhadnetsar vit qu'ils n'étaient d'aucune utilité, il avait ordonné de tous les mettre à mort, et Daniel avait fait annuler ce décret. Mais ils restaient à ses yeux passibles de mort, et n'étaient donc pas autorisés à paraître devant lui. Ils vivaient à Babylone, délivrés de la sentence de mort, mais tenus à l'écart du palais. À présent qu'il a besoin d'eux, il donne l'ordre de les faire entrer.

בֵּאדַיִן עָלִּין חַרְטֻמַּיָּא אָשְׁפַיָּא כַּשְׂדָּאֵי וְגָזְרַיָּא וְחֶלְמָא אָמַר אֲנָה קֳדָמֵיהוֹן וּפִשְׁרֵהּ לָא מְהוֹדְעִין לִי׃ - Alors entrèrent les magiciens, les astrologues, les Chaldéens et les devins ; je dis le songe devant eux, mais ils ne m'en firent point connaître l'interprétation.

Alors entrèrent les magiciens, les astrologues, les Chaldéens et les devins, tous ceux qui s'occupent des songes, des décrets célestes et des choses surnaturelles. « Et je dis le songe devant eux » : j'ai exposé mon rêve en leur présence, « mais ils ne m'en firent point connaître l'interprétation », ils furent incapables de m'en révéler le sens.

וְעַד אָחֳרֵין עַל קָדָמַי דָּנִיֵּאל דִּי שְׁמֵהּ בֵּלְטְשַׁאצַּר כְּשֻׁם אֱלָהִי וְדִי רוּחַ אֱלָהִין קַדִּישִׁין בֵּהּ וְחֶלְמָא קָדָמוֹהִי אַמְרֵת׃ - Jusqu'à ce qu'enfin parût devant moi Daniel, dont le nom est Beltchatsar selon le nom de mon dieu, et en qui réside l'esprit des dieux saints ; et j'exposai le songe devant lui.

Jusqu'à ce qu'enfin entre devant moi Daniel, nommé Beltchatsar d'après le nom de mon dieu (Bel étant la divinité tutélaire de Babylone), et en qui repose l'esprit des dieux saints, et je lui racontai le songe. Là encore, la question se pose : pourquoi ne s'est-il pas adressé à Daniel dès le départ ? Pourquoi s'infliger une nouvelle déconvenue et convoquer tous ces mages dont il ne tirerait aucun profit ?

Le Dieu suprême et les divinités inférieures

Le Malbim explique : la première fois, Daniel lui avait déclaré que la solution lui avait été révélée par le Dieu suprême, et qu'Hachem voulait lui faire savoir ce qui adviendrait à la fin des temps. Selon la conception païenne de l'époque, les divinités inférieures savent ce qui se passe dans le présent immédiat, tandis que le Dieu suprême connaît toute l'histoire, ce qui se produira dans mille ans ou dans deux mille ans. Le songe de la statue embrassait l'histoire humaine jusqu'à la fin de toutes les générations ; c'est pourquoi Daniel, relié au Dieu suprême, était l'homme indiqué pour l'interpréter. En revanche, le roi considérait ce nouveau songe comme un rêve ordinaire, issu de l'influence des astres et des constellations. Or, d'après sa vision des choses, Daniel n'était pas censé s'occuper d'un tel songe, car le Dieu suprême ne se mêle pas des menues affaires des humbles créatures ni de leurs songes ordinaires.

À quoi cela ressemble-t-il ? Imaginons qu'on ait une connaissance qui soit un ministre influent, siégeant régulièrement avec le chef du gouvernement. Si l'on a un petit tracas avec la municipalité concernant le ramassage des poubelles, ira-t-on le solliciter pour qu'il en parle au Premier ministre ? Cela ne le concerne absolument pas. En revanche, s'il s'agit d'une question stratégique liée à l'effort de guerre et que l'on détient un conseil précieux, on s'adressera certainement à lui. Telle était la réflexion de Nevoukhadnetsar : le Dieu suprême gouverne les grandes destinées de l'histoire, mais Il ne s'occupe pas des songes ordinaires ; il n'y avait donc aucun intérêt à convoquer Daniel.

Seulement, lorsqu'il fit venir les sages et constata que leur discernement était pris en défaut, et que ceux qui étaient censés savoir n'en savaient rien, il comprit que ce songe relevait lui aussi du domaine supérieur, à l'image du premier. Ce n'était pas une affaire banale que l'on pouvait régler à un niveau « municipal », mais un avertissement émanant du Dieu suprême. Dès lors, il n'y avait pas d'autre choix que d'appeler l'homme qui possédait un lien direct avec le Très-Haut : Daniel, en qui repose un esprit des dieux saints, c'est-à-dire un souffle venant d'En Haut et non des puissances inférieures. C'est de lui seul que pouvait jaillir la solution.

« Rav 'Hartomaya » : fermer toute issue de secours

בֵּלְטְשַׁאצַּר רַב חַרְטֻמַּיָּא דִּי אֲנָה יִדְעֵת דִּי רוּחַ אֱלָהִין קַדִּישִׁין בָּךְ וְכׇל רָז לָא אָנֵס לָךְ חֶזְוֵי חֶלְמִי דִי חֲזֵית וּפִשְׁרֵהּ אֱמַר׃ - Beltchatsar, chef des magiciens, puisque je sais que l'esprit des dieux saints est en toi et qu'aucun mystère ne t'embarrasse, dis-moi les visions du songe que j'ai eu, ainsi que son interprétation.

Beltchatsar, maître des magiciens, je sais que l'esprit des dieux saints est en toi et qu'aucun secret ne t'est caché : déclare-moi les visions de mon songe et son interprétation. Le roi lui coupe ainsi toute issue de secours : certes, selon sa conception, si le songe venait d'une divinité inférieure, Daniel n'était pas censé le connaître, mais il le nomme « Rav 'Hartomaya », chef et maître de tous les mages. Les magiciens s'occupent des puissances inférieures, et tu es supérieur à eux même dans ce domaine ; par la sorcellerie, la divination et toutes ces sciences occultes, tu en sais plus qu'eux. Et s'il n'en est rien, alors interprète-moi ce songe par la force de l'esprit divin qui repose en toi, car sous cet angle, « aucun mystère ne t'embarrasse », rien n'échappe à ta connaissance.

Une connaissance de l'antérieur vers le postérieur

Le roi ajoute une explication quant à la différence qui le sépare des devins : toute connaissance humaine procède du postérieur vers l'antérieur, tandis que la connaissance divine procède de l'antérieur vers le postérieur. Le Malbim revient sur ce principe fondamental en plusieurs endroits et le développe également dans le livre d'Iyov.

Comment cela se traduit-il ? Si l'on demande aux scientifiques ce qui s'est passé il y a cent mille ans, ils s'imaginent le savoir. Et si vous leur demandez : « Y étiez-vous ? », ils vous répondront : « C'est par déduction logique ». Prenons l'exemple d'une grotte de stalactites : j'ai mesuré pendant un an et constaté que la stalactite grandit d'un millimètre par an. Dès lors, en dix ans elle grandit d'un centimètre, en cent ans de dix centimètres, et en mille ans d'un mètre. Et si la stalactite devant moi mesure huit mètres de haut, c'est donc qu'elle existe depuis huit mille ans.

Et où réside l'erreur ? Aujourd'hui, elle grandit d'un millimètre par an, parce qu'elle n'est plus alimentée que par le calcaire résiduel des strates supérieures et par les eaux de pluie qui s'infiltrent. Mais il est fort possible qu'il y a mille ou deux mille ans, un cours d'eau coulait ici et faisait croître la stalactite d'un mètre chaque année, atteignant ainsi six ou sept mètres. Puis, une fois le cours d'eau tari, vous arrivez, mesurez un millimètre par an, et tirez des conclusions sur huit mille ans. Toute déduction qui va du postérieur vers l'antérieur risque d'induire en erreur. En revanche, une connaissance qui procède de l'antérieur vers le postérieur ne comporte aucune erreur : j'étais là, j'ai vu le commencement et j'ai accompagné le processus jusqu'à la fin ; c'est un témoignage absolu et incontestable.

Autre parabole illustrant l'absurdité d'une telle démarche : un jeune étudiant voulut étudier la croissance humaine. Il prit un nourrisson et constata qu'au cours des deux premières années, il doublait son poids pour atteindre cinq ou six kilos. Par conséquent, calcula-t-il, à dix ans il pèsera trente kilos, à onze ans soixante, et à douze ans cent vingt kilos. « Pourtant, j'ai mesuré et observé la première année ! » Mais qui vous dit que ce que vous observez aujourd'hui se poursuivra à l'identique ? C'est une déduction à rebours, allant du postérieur vers l'antérieur, et elle repose sur une erreur.

« Dis-moi les visions de mon songe et son interprétation »

C'est pourquoi Nevoukhadnetsar lui dit : toi, Daniel, tu n'agis pas ainsi. Tes connaissances procèdent de l'antérieur vers le postérieur. Et où avons-nous vu cela ? Lors du songe précédent, quand j'avais demandé aux magiciens de me révéler à la fois le rêve et sa signification, ils m'avaient répondu : « Raconte-nous d'abord le rêve, et nous en donnerons l'interprétation ». En d'autres termes, leurs conclusions devaient nécessairement aller du postérieur vers l'antérieur. Toi, en revanche, tu as été capable de connaître d'avance le rêve lui-même, et seulement ensuite d'en livrer l'interprétation.

De là découle une précision dans les termes du verset : il ne lui dit pas seulement « dis-en l'interprétation », mais « dis-moi les visions du songe que j'ai vu, et son interprétation ». Pourtant, cette fois-ci, le roi se souvient de ce qu'il a rêvé ; pourquoi ne demande-t-il pas uniquement l'interprétation ? C'est qu'il lui dit : je veux que tu me dises à la fois le rêve et sa signification, car je sais que ta connaissance va de l'antérieur vers le postérieur, et tu sais également ce que j'ai rêvé.

L'arbre du songe

וְחֶזְוֵי רֵאשִׁי עַל מִשְׁכְּבִי חָזֵה הֲוֵית וַאֲלוּ אִילָן בְּגוֹא אַרְעָא וְרוּמֵהּ שַׂגִּיא׃ - Telles étaient les visions de mon esprit sur ma couche : je regardais, et voici qu'il y avait un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était immense.

« Les visions de mon esprit », c'est-à-dire les visions de ma tête et les pensées qui montaient sur ma couche ; « je regardais », et voici un arbre au milieu de la terre dont la hauteur était immense. On aurait pu penser qu'il ne s'agissait que d'une simple vue de l'esprit, car l'être humain, en particulier au début de la nuit lorsque les vapeurs de la digestion agissent encore sur le cerveau, fait toutes sortes de rêves illusoires, nés des tourments du cœur et des pensées agitées durant la journée. C'est pourquoi il insiste : « sur ma couche, je regardais », je l'ai vu véritablement comme une vision authentique et non comme une illusion. D'abord, je vis un arbre au milieu de la terre, comme s'il germait à cet instant et sortait du sol, puis je le vis grandir et s'élever jusqu'à une hauteur prodigieuse.

רְבָה אִילָנָא וּתְקִף וְרוּמֵהּ יִמְטֵא לִשְׁמַיָּא וַחֲזוֹתֵהּ לְסוֹף כׇּל אַרְעָא׃ - L'arbre grandit et devint puissant ; sa cime atteignait le ciel et on le voyait des extrémités de toute la terre.

« Reva ilana », l'arbre grandit, devenant immense en volume, et « outkef », il devint particulièrement épais et robuste. Or, ce n'est pas là la manière habituelle des arbres qui atteignent une grande hauteur : en règle générale, plus ils s'élèvent, plus ils s'amincissent, car ils ne pourraient pas se soutenir s'ils demeuraient aussi épais à une telle altitude. Ici, le roi vit un arbre vigoureux, puissant et massif, qui grandissait au point que « sa hauteur atteignait le ciel » (« roumé yimté lichmaya »). De plus, « on le voyait des extrémités de toute la terre » (« veh'azouté lessof kol ar'a ») : un élément effilé qui toucherait le ciel ne se distinguerait pas de loin ; mais ici, puisqu'il était si épais et si gigantesque, on pouvait apercevoir cet arbre impressionnant depuis tous les confins de la terre.

עׇפְיֵהּ שַׁפִּיר וְאִנְבֵּהּ שַׂגִּיא וּמָזוֹן לְכֹלָּא בֵהּ תְּחֹתוֹהִי תַּטְלֵל חֵיוַת בָּרָא וּבְעַנְפוֹהִי יְדוּרָן צִפְּרֵי שְׁמַיָּא וּמִנֵּהּ יִתְּזִין כׇּל בִּשְׂרָא׃ - Son feuillage était magnifique, ses fruits abondants, et il offrait de la nourriture à tous ; sous son ombre s'abritaient les bêtes des champs, dans ses rameaux demeuraient les oiseaux du ciel, et toute chair se nourrissait de lui.

Ici, le roi décrit les caractéristiques de l'arbre : « afyé chafire », ses branches sont magnifiques ; « ve'inbé sagui », ses fruits sont très nombreux (« inbé » renvoie à la notion de « tenouva », la production de l'arbre) ; « oumazone lekola vé », au point que la nourriture qu'il portait suffisait à toutes les créatures. « Teh'otoï tatlel h'eyvat bara », sous lui venaient chercher refuge à son ombre les bêtes des champs ; « ouve'anfoï yedourane tsipré chemaya », et dans ses branches nichaient et s'abritaient les oiseaux du ciel. « Ouminé yitazine kol bissra » : le roi vit d'abord qu'il recelait une nourriture potentielle, par la profusion de ses fruits, puis il constata qu'en pratique, toute chair et tous les animaux de la terre se nourrissaient effectivement de cet arbre.

En résumé : Nevoukhadnetsar ouvre sa lettre en témoignant de sa sérénité intérieure et de sa quiétude extérieure, afin de prouver que le rêve qu'il a eu ne provenait pas des pensées de son cœur, mais constituait une vision authentique. Au départ, il convoqua les sages de Babylone - qui avaient été autorisés à se présenter de nouveau devant lui après que Daniel eut fait annuler le décret d'exécution -, car il pensait qu'il s'agissait d'un songe ordinaire relevant des forces inférieures ; et ce n'est que face à leur échec qu'il comprit que le rêve émanait d'En haut et appela Daniel, en qui réside l'esprit des anges saints. Il lui demanda à la fois le songe et son interprétation, car la connaissance de Daniel procède de la cause vers l'effet, une connaissance claire et absolue, et non comme celle d'un être de chair et de sang qui tente de déduire la cause à partir de l'effet et commet des erreurs. Quant au songe lui-même : un arbre gigantesque, épais et s'élevant jusqu'au ciel, visible des extrémités de toute la terre, gorgé de fruits et de nourriture, à l'ombre duquel s'abritent les bêtes des champs, dans les branches duquel logent les oiseaux du ciel, et dont toute chair se nourrit.