TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 6 - Les insouciants de Sion et leur exil - Deuxième partie

Lire l'original

Introduction

Dans cette partie du chapitre, le prophète Amos passe de la réprimande sur l'insouciance et la recherche des plaisirs au décret divin lui-même : le serment d'Hachem décrétant l'exil, la description effroyable de l'épidémie qui frappera les maisons, la parabole des chevaux sur le roc, et le règlement de comptes avec cette génération qui se réjouissait de ses victoires militaires en les attribuant à sa propre force. Nous suivrons l'ordre des versets, en mettant principalement en lumière le commentaire du Malbim aux côtés de Rachi et du Radak.

« J'ai en horreur l'orgueil de Jacob » - Le serment d'Hachem

נִשְׁבַּע אֲדֹנָי יֱהֹוִה בְּנַפְשׁוֹ נְאֻם־יְהֹוָה אֱלֹהֵי צְבָאוֹת, מְתָאֵב אָנֹכִי אֶת גְּאוֹן יַעֲקֹב וְאַרְמְנֹתָיו שָׂנֵאתִי, וְהִסְגַּרְתִּי עִיר וּמְלֹאָהּ׃ - Le Seigneur D.ieu a juré par Lui-même, oracle de l'Éternel, D.ieu des armées : J'ai en horreur l'orgueil de Jacob et j'ai pris ses palais en haine ; Je livrerai la ville et tout ce qu'elle contient.

« Le Seigneur D.ieu a juré par Lui-même » (littéralement : par Son âme) - cela désigne Sa volonté, car c'est la volonté d'Hachem qui accomplit tout. « J'ai en horreur l'orgueil de Jacob » - Je n'ai plus aucun désir ni agrément en lui. Et qu'est-ce que « l'orgueil de Jacob » ? C'est le Beth Hamikdach. Le Saint, béni soit-Il, dit pour ainsi dire : Je n'en veux plus. C'est pourquoi « j'ai pris ses palais en haine », et Je livrerai la ville et tout ce qu'elle contient aux mains de l'ennemi.

Le Malbim s'interroge : de quelle racine dérive le mot « Meta'ev » (מתאב) ? Il explique qu'il s'agit de l'antonyme de « J'ai désiré Tes préceptes » (תָּאַבְתִּי לְפִקֻּדֶיךָ). En hébreu (Lachon Hakodech), certains verbes portent un sens privatif ou inversé, comme « dessoucher » (משרש) qui s'oppose à « enraciner », ou « épierrer » (לסקל) qui consiste à ôter les pierres. Il en va de même ici : « Ta'avti » exprime le désir ardent d'une chose, et « Meta'ev » exprime le contraire : Je ne la désire point. Rachi, quant à lui, explique que le mot « Meta'ev » présente une permutation de la lettre Aleph avec un Ayin, c'est-à-dire qu'il équivaut à « Méta'ev » (מתעב - abhorrer, détester), ce qui concorde avec le Targoum Yonatan qui traduit par « mépriser ». Il en résulte qu'à l'origine, Hachem désirait ardemment le Beth Hamikdach, mais Il déclare désormais : Je n'en veux plus. Quant aux palais, Il les a haïs dès le début.

« S'il reste dix hommes dans une même maison »

וְהָיָה אִם־יִוָּתְרוּ עֲשָׂרָה אֲנָשִׁים בְּבַיִת אֶחָד וָמֵתוּ׃ - Et s'il reste dix hommes dans une même maison, ils mourront.

Rachi explique : s'il reste de la peste et de l'épée dix hommes dans une même maison, ils finiront par mourir, car les ennemis brûleront leurs maisons sur eux. Ainsi, même celui qui aura survécu à l'épidémie par la miséricorde d'Hachem périra dans l'incendie. Le Malbim, au contraire, explique l'inverse : si dix hommes survivent au carnage de l'ennemi et restent retranchés dans une maison - par exemple le père et ses neuf fils - ils mourront tous de la peste qui sévira dans la ville. Le Radak ajoute que le chiffre de « dix » n'est pas rigoureusement littéral, mais sert à souligner l'ampleur du malheur : même les rescapés mourront.

« Son oncle et son incinérateur l'emporteront » - Un verset obscur

וּנְשָׂאוֹ דּוֹדוֹ וּמְסָרְפוֹ לְהוֹצִיא עֲצָמִים מִן־הַבַּיִת, וְאָמַר לַאֲשֶׁר בְּיַרְכְּתֵי הַבַּיִת הַעוֹד עִמָּךְ, וְאָמַר אָפֶס, וְאָמַר הָס כִּי לֹא לְהַזְכִּיר בְּשֵׁם יְהֹוָה׃ - Son parent proche l'emportera, avec celui qui le brûle, pour sortir les ossements de la maison ; et il dira à celui qui est au fond de la maison : En reste-t-il encore avec toi ? Il répondra : Plus personne ! Et il dira : Silence ! Car il ne faut pas mentionner le Nom de l'Éternel.

Ce verset est complexe et exige une analyse approfondie. Il renferme des termes rares dans les Écritures, sans équivalent par ailleurs, ce qui accroît la difficulté de l'interprétation. Le Radak rapporte au nom de certains commentateurs que « Mesarfo » désigne l'oncle maternel : en effet, le terme simple de « Dodo » renvoie à l'oncle paternel, et lorsque le texte ajoute « Ou-mésarfo », il faut comprendre qu'il s'agit d'une autre catégorie d'oncle - le frère de la mère. On ne trouve aucun parallèle textuel ni source extérieure pour étayer cela, cette déduction reposant uniquement sur l'analyse intrinsèque du texte biblique.

Selon cela : l'oncle emporte le mort « pour sortir les ossements de la maison » - il s'agit d'une maison brûlée et détruite, et il vient en retirer des objets. « Et il dira à celui qui est au fond de la maison : Y a-t-il encore quelqu'un avec toi ? » - il demande s'il reste encore quelqu'un à l'intérieur, « et il dira : Personne » - il ne reste plus personne ici. Et que signifie « Et il dira : Silence ! Car il ne faut pas mentionner le Nom de l'Éternel » ? Le Radak explique : son compagnon lui dit silence, tais-toi, ne te lamente pas. Et pourquoi ? Parce que c'est précisément la cause du malheur : quiconque mentionnait autrefois le Nom de l'Éternel était réduit au silence ; on lui disait tais-toi, ne parle pas, ne mentionne pas le Nom de l'Éternel. C'est à cause de cela que le malheur nous a frappés, et c'est pourquoi je te dis : mettons la main sur la bouche, souffrons et taisons-nous. Nous récoltons ce que nous avons semé.

Il existe une autre raison de ne pas se lamenter : afin de ne pas briser le cœur du peuple. Les lamentations engendrent une crise et le sentiment que tout est fini et qu'il ne reste plus qu'à pleurer. C'est pourquoi, en temps de guerre, on ne s'assoit pas pour pleurer les morts, car cela instille de la faiblesse et un sentiment de défaitisme ; on pleurera les morts après la guerre, mais pendant les combats, il faut garder toute la vaillance nécessaire pour vaincre.

Et une troisième raison : pour que les ennemis ne l'entendent pas. Lorsque les ennemis apprennent et constatent nos tourments et nos épreuves, ils s'en réjouissent. Comme il est dit : « Ne l'annoncez pas dans Gath, ne le publiez pas dans les rues d'Ashkelon, de peur que ne se réjouissent les filles des Philistins, de peur que ne jubilent les filles des incirconcis ». La lamentation elle-même, dès lors que l'ennemi en a connaissance, devient pour lui une source de joie et d'allégresse. Cette conception est d'ailleurs très répandue jusqu'à ce jour chez les Arabes : lorsqu'un des leurs est tué au combat, ils ne mènent pas de deuil, au contraire, ils organisent des cortèges joyeux et distribuent des friandises, car la lamentation exprime à leurs yeux de la faiblesse. Inversement, quand on pleure chez nous, ils diffusent les images de soldats en larmes pour afficher une supposée faiblesse. Chez nous, les larmes sont l'expression de l'humanité : un homme capable de tenir bon sur le champ de bataille est aussi capable de pleurer un compagnon disparu ; tandis que chez eux, c'est considéré comme une faiblesse. Ces Philistins incirconcis s'inscrivaient dans cette même logique.

Rachi rapporte que « Has » (silence) signifie : abandonne tout et ne parle pas, car ils n'ont reçu cela que pour avoir refusé de mentionner le Nom de l'Éternel. Il s'avère donc qu'il s'agit d'un réquisitoire contre ceux qui se trouvaient dans la maison : ils l'ont bien mérité, ils ont reçu ce qui leur était dû.

L'explication du Malbim : l'oncle héritier et le serviteur au fond de la maison

Le Malbim explique le verset d'une manière tout à fait différente. Il dépeint une situation où le père, ses fils et ses frères - tous les proches aptes à succéder selon les lois de l'héritage - ont tous péri de la peste, dans le prolongement de la description de l'épidémie mentionnée plus haut. Il ne reste aucun parent pour prendre soin des défunts et les enterrer, ni aucun proche pour hériter d'eux. Le seul survivant est l'oncle du maître de maison. Or, selon la Halakha, l'oncle hérite, comme il est dit : « Et si son père n'a point de frères, vous donnerez son héritage au parent qui lui est le plus proche » - et d'après l'ordre des versets, on déduit que les frères du père héritent. C'est ce que dit le texte : il ne reste plus que l'oncle, et c'est lui qui va l'emporter pour la sépulture.

Et que signifie « Ou-mésarfo » ? Selon le Malbim, la notion d'oncle maternel n'existe nulle part dans le Tanakh sous ce terme, mais « mésarfo » vient de la racine désignant l'action de brûler (saraf). Même si le verbe brûler s'écrit généralement avec un Shin et qu'il figure ici avec un Samekh, ce n'est pas une difficulté majeure, car nous trouvons en de nombreux endroits l'interchangeabilité du Shin et du Samekh, comme pour le mot chaux (Sid) et d'autres exemples semblables. Et pourquoi est-il appelé ainsi ? Parce que c'est lui qui consume ou traite les ossements, comme il est dit à propos de la dépouille de Saül : « Ils prirent le corps de Saül... et les brûlèrent ». Nous ne sommes pas des non-Juifs qui incinèrent les morts, mais le Radak explique que l'embaumement des ossements avec des aromates, au moyen desquels on séchait les os, est ce que l'on appelle « brûler », car brûler signifie dessécher - le feu brûle et assèche. C'est particulièrement vrai ici, en période d'épidémie : la première mesure prise lors d'une peste consiste à traiter les cadavres, faute de quoi la putréfaction aggraverait la contagion et l'infection ; on versait donc de la chaux vive sur les ossements afin d'empêcher le fléau de se propager davantage.

« Pour sortir les ossements de la maison » - étant donné que l'oncle est l'héritier, il souhaite sortir les biens situés dans la maison, et pour cela, il doit d'abord la purifier des ossements. « Et il dira à celui qui est au fond de la maison » - il reste un serviteur de la maison qui a survécu et qui se trouve au fond de la demeure. Et qu'appelle-t-on le fond de la maison ? Le Malbim explique qu'ils possédaient une grande maison et, attenante à celle-ci, une petite maison ; le serviteur s'était réfugié dans la petite maison à l'arrière, car l'on craignait de séjourner dans la grande maison de peur qu'elle ne s'effondre. L'oncle se tient lui aussi à l'extérieur sans entrer, et demande depuis le dehors : « Y a-t-il encore quelqu'un avec toi ? » - reste-t-il un rescapé de l'épidémie ? Et le serviteur répond : « Personne » - il ne reste plus personne.

Alors le serviteur dit à l'oncle : « Silence ! Car il ne faut pas mentionner le Nom de l'Éternel ». Comment cela ? La coutume était d'invoquer le Nom divin lors d'un décès et de justifier le décret : « Le Rocher, Son œuvre est parfaite, car toutes Ses voies sont justice ». Bien plus encore : un homme dont le parent décède et dont il hérite récite la bénédiction Chéhé'héyanou. Chose étonnante : son parent vient de mourir et il bénit Chéhé'héyanou ? En effet, car en mourant il lui a transmis des moyens d'existence en lui laissant un héritage conséquent. Telle est d'ailleurs la Halakha dans le Choul'han Aroukh : on récite « Dayan HaÉmet » sur la disparition de son père, et l'on récite « Chéhé'héyanou » sur l'héritage qui nous échoit. Or, le serviteur voit l'oncle sur le point de prononcer la bénédiction et lui dit : silence, ce n'est pas le moment de mentionner le Nom de l'Éternel.

« Et Il frappera la grande maison en débris »

כִּי־הִנֵּה יְהֹוָה מְצַוֶּה, וְהִכָּה הַבַּיִת הַגָּדוֹל רְסִיסִים וְהַבַּיִת הַקָּטֹן בְּקִעִים׃ - Car voici que l'Éternel ordonne : Il frappera la grande maison en débris, et la petite maison en brèches.

Telle est la raison du serviteur : puisque l'Éternel ordonne et frappe la grande maison en débris, ce n'est point le moment de prier ni de bénir, mais un temps de péril, car la maison menace de s'écrouler. C'est pourquoi le serviteur s'était installé dans la petite maison située à l'arrière, où le danger était moindre, car la petite maison ne sera frappée que de brèches - de simples fissures - sans être réduite en débris comme la grande. Par conséquent, il lui dit : pour quoi bénis-tu Chéhé'héyanou, pour l'héritage ? Tu vas bientôt constater qu'il ne te reste rien, que la maison va s'effondrer et que tu n'hériteras de rien. Dès lors, il n'y a pas lieu de prononcer de bénédiction.

« Les chevaux courent-ils sur le rocher ? » - La parabole de la terre et du cœur

הַיְרֻצוּן בַּסֶּלַע סוּסִים אִם־יַחֲרוֹשׁ בַּבְּקָרִים, כִּי־הֲפַכְתֶּם לְרֹאשׁ מִשְׁפָּט וּפְרִי צְדָקָה לְלַעֲנָה׃ - Les chevaux courent-ils sur le rocher, ou y laboure-t-on avec des bœufs, pour que vous ayez changé le droit en poison et le fruit de la justice en absinthe ?

Le rocher est une montagne dure et escarpée, impropre à tout usage. Il est impossible d'y frayer un chemin où galoperaient des chevaux - les chevaux trébucheraient sur ses aspérités. Les chevaux seraient-ils des biches pour courir sur les rochers ? Et si l'on supposait qu'il soit propice au labour et aux cultures - « ou y laboure-t-on avec des bœufs ? », est-il concevable d'établir des champs de blé sur un rocher ? Quant à l'application de la parabole : la terre est devenue pour vous semblable à un roc, dure comme le silex. En ce lieu, vous ne pourrez pas combattre pour échapper à l'épée - car les chevaux représentent les montures de guerre - et en ce lieu, vous ne pourrez pas semer de céréales pour échapper à la famine.

D'une manière plus intérieure, le Malbim explique qu'il s'agit d'une allusion à leur cœur devenu semblable à un rocher : un cœur insensible, dur comme la pierre, incapable de tenir bon dans la lutte contre le mauvais penchant. Le moussar est comme une graine semée en terre qui fait germer de beaux arbres, mais chez vous, même si l'on sème la graine du moussar, elle se dessèche, comme celui qui sème sur la roche et dans un sol aride qui ne produit rien.

Et de quoi cela dépend-il ? « Car vous avez changé le droit en poison et le fruit de la justice en absinthe ». Le Malbim explique : la condition de la victoire à la guerre est que l'on applique la justice dans les relations humaines (entre l'homme et son prochain), à l'instar de ce que nous trouvons chez Yehoshaphat dans Divrei HaYamim II (chapitres 19-20), qui, en établissant des juges dans chaque ville, vainquit ses ennemis. De même, nos Sages ont dit : le glaive vient dans le monde à cause de la perversion du jugement. Dès lors que vous n'appliquez pas la justice, le glaive s'abat et la guerre éclate. « Roch » désigne un poison, un breuvage mortel, comme dans le verset « Il nous abreuve d'une eau empoisonnée ». La justice adoucit toutes les amertumes ; car lorsqu'il y a du droit, la vie est ordonnée, digne et droite, et chacun sait que s'il agit malhonnêtement, il devra rendre des comptes - « Par la justice, le roi affermit le pays ». Or, vous avez transformé ce qui était doux en amertume.

Et pour que les semailles réussissent et que les récoltes poussent, il faut le mérite de la Tsedaka. Or la Tsedaka, comme nous l'avons expliqué à maintes reprises, concerne la relation entre l'homme et le Créateur (Bein Adam LaMakom) - non pas au sens ordinaire du don d'argent à son prochain, mais au sens d'être un tsaddik, un homme intègre. C'est pourquoi ces deux notions vont toujours de pair : Tsedaka et Michpat. La Tsedaka consiste à être juste entre soi et Hachem et à justifier ses actions ; le Michpat consiste à agir avec droiture envers autrui. Et lorsqu'il y a cette droiture envers le Ciel, vous priez et le Saint, béni soit-Il, fait descendre la pluie, et par conséquent les champs produisent leurs récoltes. Mais vous avez transformé le fruit de la justice en absinthe : vous avez servi l'idolâtrie, et l'absinthe est comparable à un poison mortel et à l'amertume. Et dès lors qu'il n'y a plus de pluie, la terre devient désolée.

« Ceux qui se réjouissent pour un rien » - La grande illusion de cette génération

הַשְּׂמֵחִים לְלֹא דָבָר, הָאֹמְרִים הֲלוֹא בְחָזְקֵנוּ לָקַחְנוּ לָנוּ קַרְנָיִם׃ - Vous qui vous réjouissez pour un rien, vous qui dites : « N'est-ce pas par notre propre force que nous avons acquis de la puissance ? »

Le Malbim apporte en préambule un passage de Melakhim II (chapitre 14), au sujet de Yarov'am ben Yoash. Bien qu'il fît partie de ces rois qui commirent ce qui est mal aux yeux d'Hachem, et malgré cette longue période d'iniquité, il est rapporté qu'à son époque régnait une grande prospérité : « C'est lui qui rétablit la frontière d'Israël depuis l'entrée de 'Hamat jusqu'à la mer de la Arava, selon la parole qu'Hachem, Dieu d'Israël, avait prononcée par l'intermédiaire de Son serviteur le prophète Yona ben Amitaï, de Gat-Ha'hefer... Car Hachem avait vu la détresse infiniment amère d'Israël... Or Hachem n'avait point parlé d'effacer le nom d'Israël de dessous les cieux, et Il les sauva par la main de Yarov'am ben Yoash ». Si l'on cherchait des mérites, d'où tiraient-ils le droit de rétablir les frontières d'Israël, de remporter des victoires militaires et de multiplier les conquêtes ? Il s'agissait pourtant d'une génération impie !

Le Malbim répond : la raison en est que le décret n'avait pas encore été scellé contre eux. Le verdict de l'exil ne fut arrêté qu'à l'époque d'Amos, et c'est en ses jours que le décret devint irrévocable. C'est ce qui est dit dans Yechayahu (chapitre 7) : « Encore soixante-cinq ans, et Ephraïm sera brisé et cessera d'être un peuple » - dans soixante-cinq ans surviendra l'exil. Or, si l'on compte à partir du moment où Amos a prophétisé « Israël sera déporté loin de sa terre », on constate que leur sentence d'exil fut fixée pour soixante-cinq ans plus tard. Mais à l'époque de Yarov'am ben Yoash, le décret n'existait pas encore, et c'est pourquoi il est écrit : « Or Hachem n'avait point parlé d'effacer le nom d'Israël » - aucune parole n'avait encore été prononcée pour les anéantir. Hachem vit qu'ils étaient au comble de l'affliction, et que s'Il les abandonnait aux lois de la nature et aux forces en présence, ils périraient d'eux-mêmes. Or, ils ne méritaient pas encore une telle destruction, car elle n'avait point été décrétée. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, les sauva par l'intermédiaire d'un homme qui n'en était pas digne, afin d'éviter l'anéantissement, et Il Se trouva pour ainsi dire contraint de les secourir avant l'heure.

Cette délivrance avait d'ailleurs été annoncée d'avance par une prophétie de Yona ben Amitaï - le même Yona que nous connaissons du livre de Jonas, et qui est également mentionné dans Melakhim II (chapitre 14). Il leur déclara : sachez que si Hachem vous a sauvés, ce n'est nullement en vertu de vos mérites, mais parce qu'Hachem n'avait pas résolu de vous anéantir. Puisque la destruction n'avait pas été décrétée contre vous, Il vous a délivrés ; car si la ruine avait été décidée, quel sens y aurait-il eu à sauver quelqu'un voué à périr sur-le-champ ?

C'est précisément là que résidait leur erreur. Ils se réjouissaient « pour un rien » (LeLo Davar, littéralement « pour une absence de parole ») - du fait qu'il n'y avait pas eu de parole divine, pas de décret porté contre eux. Ils ne pensaient pas que leurs victoires sur l'ennemi et le rétablissement de la frontière d'Israël depuis l'entrée de 'Hamat jusqu'à la mer de la Arava découlaient d'un ordre exprès d'Hachem de les délivrer, mais ils en concluaient que Dieu s'était, pour ainsi dire, simplement abstenu de parler et n'avait point ordonné leur chute. En d'autres termes, à leurs yeux, ce salut n'était dû qu'à une passivité divine : Il n'avait pas décrété notre défaite. Et s'Il n'a pas décrété notre chute, grâce à quoi avons-nous triomphé ? « Ma force et la vigueur de ma main m'ont acquis cette puissance ». Puisque Dieu n'était intervenu ni pour nous faire réussir ni pour nous faire échouer, le succès nous appartenait en propre.

Mais c'est une erreur totale, et ils n'ont pas compris les paroles du prophète Yona. Car son intention était précisément l'inverse : Hachem avait décrété votre succès, et cela allait à l'encontre de l'ordre naturel des choses - car selon le déterminisme astral, c'est-à-dire selon les lois de la nature, vous auriez dû échouer ; mais le Saint, béni soit-Il, a parlé et décrété votre victoire, car Il ne voulait pas votre anéantissement. Eux, en revanche, l'ont interprété ainsi : Hachem n'a simplement pas décrété notre défaite, et la réussite provient de notre propre force. C'est le sens de « ceux qui se réjouissent pour un néant, qui disent : N'est-ce pas par notre force que nous nous sommes acquis des cornes ? » - c'est-à-dire par notre propre puissance. Les cornes symbolisent la force de frappe, comme dans l'expression sur la corne de David terrassant ses ennemis. En d'autres termes : c'est par notre propre vigueur que nous avons rétabli la frontière d'Israël depuis l'entrée de 'Hamat jusqu'à la mer de la Arava, et non par un décret d'Hachem, Lui s'étant simplement abstenu de décréter notre chute.

« Car voici que Je suscite contre vous... une nation » - Mesure pour mesure

כִּי הִנְנִי מֵקִים עֲלֵיכֶם בֵּית יִשְׂרָאֵל נְאֻם־יְהֹוָה אֱלֹהֵי הַצְּבָאוֹת גּוֹי, וְלָחֲצוּ אֶתְכֶם מִלְּבוֹא חֲמָת עַד־נַחַל הָעֲרָבָה׃ - Car voici que Je suscite contre vous, maison d'Israël, oracle de l'Éternel, Dieu des armées, une nation, et ils vous opprimeront depuis l'entrée de 'Hamat jusqu'au torrent de la Arava.

Le Saint, béni soit-Il, déclare : cela se fera envers vous mesure pour mesure. La nation que Je susciterai contre vous ne viendra pas « sans parole », sans décret divin, mais il y aura ici une parole divine explicite - « oracle de l'Éternel, Dieu des armées » - car Je proclame, J'ordonne et Je tranche le décret qu'une nation se lèvera et vous opprimera depuis l'entrée de 'Hamat jusqu'au torrent de la Arava. Précisément à l'intérieur de ces mêmes frontières que vous aviez acquises par la force de Ma parole ! Car non seulement Je n'avais pas décrété de malheur, mais J'avais au contraire décrété le bien, et vous en aviez bénéficié. Et vous, au lieu de manifester de la reconnaissance et de l'estime, vous avez affirmé qu'Hachem s'était simplement abstenu de vous nuire et qu'au fond, vous aviez triomphé par votre propre force. Dès lors, dit Hachem : Je vais vous montrer que Je parle - et par la force de Ma parole, vous perdrez ce que vous aviez reçu par la force de Ma parole. Tout comme c'est la parole divine qui vous avait alors restitué ce territoire et vous avait accordé la victoire militaire, de même il y aura à présent une parole divine décrétant que vous perdrez ces mêmes frontières et que vous serez vaincus dans la guerre.

En conclusion :

Le prophète jure au nom d'Hachem qu'Il n'a plus aucun désir pour « l'orgueil de Jacob », et dépeint la destruction des demeures ainsi que l'épidémie qui ne laissera derrière elle qu'un oncle héritier venant retirer les ossements d'une maison sur le point de s'effondrer, où il n'y a même plus de place pour une bénédiction ni pour mentionner le Nom divin. La parabole des chevaux courant sur le roc enseigne que leur terre est devenue pour eux semblable à un rocher où l'on ne peut ni livrer bataille ni labourer, et que leur cœur est devenu un roc imperméable à tout reproche moral - tout cela parce qu'ils ont changé le droit en poison et le fruit de la justice en absinthe. Enfin se dévoile la racine de la déchéance : une génération qui se réjouit « sans parole divine », qui a attribué le salut opéré par Yarov'am ben Yoash à sa propre force et à sa propre vaillance, plutôt qu'à la parole d'Hachem qui les avait sauvés de l'anéantissement. C'est pourquoi la rétribution s'applique mesure pour mesure : cette fois, il y aura une parole explicite - « oracle de l'Éternel, Dieu des armées » - pour susciter contre eux une nation qui les opprimera exactement à l'intérieur de ces mêmes frontières.