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Chapitre 2 - Les transgressions de Juda et d'Israël - Deuxième partie

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Ce chapitre poursuit la série de réprimandes d'Amos, et le glaive se tourne désormais vers Israël lui-même. Le prophète énumère leurs fautes selon les trois péchés capitaux : le meurtre, les unions interdites et l'idolâtrie, et montre comment ils ont poussé la perversion à l'extrême dans chacun de ces domaines. Ensuite, le Saint, béni soit-Il, leur rappelle tous les préparatifs et toutes les prévenances qu'Il avait mis en œuvre précisément pour leur éviter de succomber à ces péchés, avant de conclure par la description de l'oppression et du châtiment qui s'abattront sur eux. Nous étudierons ici les versets allant du septième verset jusqu'à la fin du chapitre.

« Eux qui convoitent la poussière de la terre » - Le piétinement des indigents et le dévoiement de la justice
הַשֹּׁאֲפִים עַל עֲפַר אֶרֶץ בְּרֹאשׁ דַּלִּים וְדֶרֶךְ עֲנָוִים יַטּוּ וְאִישׁ וְאָבִיו יֵלְכוּ אֶל הַנַּעֲרָה לְמַעַן חַלֵּל אֶת שֵׁם קָדְשִׁי׃ - Eux qui convoitent de voir la poussière de la terre sur la tête des indigents et qui font dévier le chemin des humbles ; l'homme et son père vont vers la même jeune fille, afin de profaner Mon saint Nom.

Le Radak explique que ces paroles s'adressent aux juges. Ils guettent, convoitent et font en sorte que la poussière de la terre se retrouve sur la tête des miséreux : ils contraignent le pauvre à payer, perçoivent par la force, et s'il refuse, les huissiers et sbires le saisissent par les cheveux, le jettent à terre et le piétinent. Voilà littéralement « la poussière de la terre sur la tête des pauvres ». Cela fait écho à ce que disait Mikha : « et contre quiconque ne met rien dans leur bouche, ils déclarent la guerre sainte » - un ordre de payer a été émis et il ne paye pas, aussitôt ce sont des méthodes de pègre et ils lui déclarent la guerre.

« Et qui font dévier le chemin des humbles » - ils faussent leur jugement lors des procès, en raison des pots-de-vin que les riches versaient aux juges. Et le terme « chemin » (dérekh), explique le Radak, s'entend ici au sens de conduite, de cause et de droit de l'homme, comme dans « le chemin dans lequel ils doivent marcher » ou « le juste poursuit sa voie ». En d'autres termes, ils dévient la voie droite, le droit et la droiture. « L'homme et son père vont vers la même jeune fille » - le fils n'a pas honte d'avoir commerce avec la femme que son père a connue, et c'est là profaner Mon saint Nom : Je leur ai dit « Soyez saints, car Je suis saint, Moi, l'Éternel qui vous sanctifie », et ils profanent leur sainteté. Vous portez Mon Nom, « Car tu es un peuple saint pour l'Éternel ton Dieu », et lorsque tu profanes le Nom divin par tes actes, tu profanes le Nom du Saint, béni soit-Il.

Le Malbim analyse avec précision le terme « hachoafim » (ceux qui convoitent, qui aspirent). L'aspiration exprime un désir ardent d'engloutir une chose, à la manière dont on aspire l'air en soi, ou au sens des ambitions que l'on nourrit. C'est le sens du verset : « Comme l'esclave aspire à l'ombre ». On a parfois fait remarquer avec humour que ce verset pourrait s'appliquer au fumeur invétéré : il aspire comme un esclave, esclave de sa cigarette, sans scrupule à répandre sa fumée et à intoxiquer son entourage. Mais selon le sens littéral du texte, le Malbim nous enseigne ici qui étaient ces hommes qui versaient des pots-de-vin et soudoyaient de faux témoins. C'étaient ceux qui convoitaient ardemment la terre : le pauvre possédait une parcelle de terrain, et le riche brûlait de s'en emparer. Que faisait-il ? Il forgeait une calomnie contre le malheureux, et sur la base de cette accusation fallacieuse, on décapitait le pauvre en le mettant à mort, et le riche mettait ainsi la main sur sa terre. C'est le sens de « ceux qui convoitent la poussière de la terre au prix de la tête des indigents » - il aspire à obtenir la poussière du sol d'un tel, et donne en échange la tête du pauvre. Il corrompt le juge et s'approprie le terrain. C'est pourquoi ils soudoyaient faux témoins et juges iniques, « et ils font dévier le chemin des humbles » - détournant leur sort pour les condamner à mort et les assassiner, car le sang versé était à leurs yeux chose légère. On voit ici jusqu'où s'étendait la gravité de leur crime de meurtre.

Deuxième point : en matière d'immoralité sexuelle, ils ont poussé le dérèglement à son comble - « l'homme et son père vont vers la même jeune fille » fiancée. Cela dénote, souligne le Malbim, une débauche extrême et une absence totale de pudeur, au point que l'homme n'a même plus honte devant son propre père. Et tout cela « afin de profaner Mon saint Nom », car cet acte procédait d'une provocation délibérée et d'une hérésie, et non pas d'une simple pulsion.

« Et sur des vêtements pris en gage ils s'étendent » - Le péché d'idolâtrie mêlé à la spoliation
וְעַל בְּגָדִים חֲבֻלִים יַטּוּ אֵצֶל כָּל מִזְבֵּחַ וְיֵין עֲנוּשִׁים יִשְׁתּוּ בֵּית אֱלֹהֵיהֶם׃ - Et sur des vêtements pris en gage ils s'étendent auprès de chaque autel, et le vin de ceux qu'ils ont frappés d'amendes, ils le boivent dans la maison de leurs dieux.

Le Targoum Yonatan traduit : « ils s'étendent sur des lits faits de gages » : ils accordaient un prêt au pauvre, mais que pouvait donner le pauvre en garantie ? Son vêtement et sa literie, car c'est tout ce qu'il possède. Il n'a aucun bien de valeur à déposer en gage, seulement le strict nécessaire vital. Ils s'emparaient de ce vêtement, en faisaient une litière et s'y accoudaient pour festoyer. Le terme « autel » (mizbéa'h), selon Rachi, évoque ici le festin, comme dans l'expression « faire un sacrifice (zévakh) », où il s'agit d'abattre une bête pour la consommation. De plus : « et le vin de ceux qu'ils ont frappés d'amendes, ils le boivent dans la maison de leurs dieux » - c'est dans le temple païen, le lieu d'idolâtrie, qu'ils buvaient ce vin. En d'autres termes, ils infligeaient des amendes financières injustes aux gens, et avec cet argent confisqué, ils achetaient du vin pour le boire dans la maison de leurs idoles.

Le Malbim explique que le prophète aborde ici le thème de l'idolâtrie. Il a d'abord dénoncé la gravité du meurtre, puis celle des unions illicites - « l'homme et son père vont vers la même jeune fille » - et traite à présent de la gravité de l'idolâtrie. Les « vêtements pris en gage » (béghadim 'havoulim) sont les habits saisis chez le pauvre en garantie, le gage étant désigné dans le Targoum sous le nom de « 'havoulia », tout comme dans l'interdiction « On ne prendra pas en gage (lo ya'havol) une meule ». Sur ces vêtements, ils s'accoudaient à la manière des convives qui festoient, et ils les consacraient à l'autel de Baal - les étendant près de l'autel pour consommer les sacrifices de leurs divinités. Selon Rachi, il semble que ce banquet se déroulait dans leurs maisons privées, tandis que selon le Malbim, la fête avait lieu dans le temple païen lui-même, auprès de l'autel, pour consommer les offrandes sacrificielles. Il en allait de même du vin qu'ils buvaient dans la maison d'idolâtrie en l'honneur des faux dieux, comme il est écrit : « Eux qui mangeaient la graisse de leurs sacrifices et buvaient le vin de leurs libations » - ils mangeaient et buvaient la viande et le vin offerts en sacrifice aux idoles. Et ce vin est qualifié de « vin des condamnés à l'amende » : d'où venait l'argent qui a servi à payer ce vin ? Des justes frappés de sanctions financières abusives. On constate ainsi qu'au péché d'idolâtrie se mêlait le crime de spoliation, de pillage des indigents et d'oppression des pauvres.

« Et pourtant J'ai détruit l'Amorrhéen » - La première prévenance divine
וְאָנֹכִי הִשְׁמַדְתִּי אֶת הָאֱמֹרִי מִפְּנֵיהֶם אֲשֶׁר כְּגֹבַהּ אֲרָזִים גָּבְהוֹ וְחָסֹן הוּא כָּאַלּוֹנִים וָאַשְׁמִיד פִּרְיוֹ מִמַּעַל וְשָׁרָשָׁיו מִתָּחַת׃ - Et pourtant, c'est Moi qui ai anéanti devant eux l'Émorite, dont la taille égalait la hauteur des cèdres et qui était robuste comme les chênes ; J'ai détruit ses fruits par en haut et ses racines par en bas.

Il convient de prêter attention à la lecture exacte : « ve-charachav » (וְשָׁרָשָׁיו), et non « ve-chorachav ». De même que l'on dit « kodech » au singulier mais « kodachim » au pluriel, on dit « chorech » et au pluriel « charachav », telle est la règle en langue sainte. Rachi explique : « J'ai détruit ses fruits par en haut » - ce sont les princes célestes ; J'ai anéanti l'ange protecteur de l'Émorite dans les cieux, car toute guerre ici-bas commence d'abord par un affrontement en haut. C'est pourquoi nous trouvons qu'avant la mort des Égyptiens, il est dit : « Israël vit l'Égypte morte sur le rivage de la mer », et nos Sages ont précisé qu'il s'agissait du prince protecteur de l'Égypte. « Et ses racines par en bas » - ce sont les dirigeants d'en bas, les rois d'ici-bas. Rachi rapporte une autre explication : il s'agit du frelon, qui leur crevait les yeux en haut et les rendait stériles par le bas. C'est ainsi qu'Hachem a frappé l'Émorite, une destruction de haut en bas, aussi bien par l'aveuglement que par l'émasculation.

Le Malbim explique que le Saint, béni soit-Il, leur adresse ici un reproche majeur : vous avez sombré au degré le plus grave dans l'idolâtrie, l'immoralité sexuelle et le meurtre, alors même que J'avais pris toutes les dispositions pour que vous ne trébuchiez pas sous l'influence des nations locales. J'avais mis en place deux préparations. La première : « J'ai anéanti l'Émorite devant eux ». Les Émorites s'adonnaient à toutes ces abominations, c'est pourquoi il est dit : « Vous n'agirez point selon les coutumes du pays d'Égypte [...] et vous n'agirez point selon les coutumes du pays de Canaan » : les Égyptiens, au lieu où résidait Israël, et les Émorites, dans les contrées conquises par Israël, étaient souillés et corrompus par toutes ces turpitudes au plus haut point. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, nous a fait sortir d'Égypte pour que nous n'imitions pas leurs actes, car c'est là que résidait la plus grande perversion, et Il nous a introduits en terre d'Israël en y exterminant l'Émorite afin que nous ne prenions pas exemple sur ses mœurs. Comme l'enseigne le Torat Cohanim, Il a préparé cette génération coupable afin qu'Israël vienne exécuter la justice contre elle. Dès lors, comment pouvez-vous commettre les abominations mêmes pour lesquelles Je les ai anéantis ? Je vous ai conduits ici pour que vous soyez des justes, et vous retombez dans leurs turpitudes !

Et si vous veniez à prétendre : Hachem ne les a pas anéantis à cause de leurs méfaits, mais nous les avons vaincus par la force des armes, Josué le grand stratège a mené des guerres et les a conquis. À cela, le verset répond : sachez qu'il était naturellement impossible de vaincre l'Émorite. « Dont la taille égalait la hauteur des cèdres » - sur le plan de la royauté et du pouvoir, « et qui était robuste comme les chênes » - sur le plan de la force et de la vaillance physique. Cette hauteur, souligne le Malbim, caractérise également leur prince protecteur céleste, car ils possédaient une force tutélaire redoutable dans les mondes supérieurs ; il était donc humainement hors d'atteinte de les subjuguer, leur constellation et leur destin étant au zénith du succès. Dès lors, leur destruction relevait du pur miracle : « J'ai détruit ses fruits par en haut » - J'ai d'abord brisé leur influence astrale et leur pouvoir céleste, puis J'ai effacé leurs racines en bas, c'est-à-dire les Émorites ici sur terre. Tout s'est opéré par des voies surnaturelles, afin que vous en tiriez une leçon de conduite.

וְאָנֹכִי הֶעֱלֵיתִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם וָאוֹלֵךְ אֶתְכֶם בַּמִּדְבָּר אַרְבָּעִים שָׁנָה לָרֶשֶׁת אֶת אֶרֶץ הָאֱמֹרִי׃ - Et Moi, Je vous ai fait monter du pays d'Égypte et vous ai conduits dans le désert pendant quarante ans, pour vous faire hériter du pays de l'Émorite.

Le Radak explique : avant de vous introduire en cette terre, Je vous ai fait sortir d'Égypte, d'une maison d'esclaves, et Je vous ai guidés quarante ans dans le désert sans que vous ne manquiez de rien ; Je vous ai familiarisés avec Mes lois afin que vous n'adoptiez point les coutumes de l'Émorite en prenant possession de son territoire - et voilà que vous êtes retombés dans toutes leurs turpitudes !

Le Malbim explique que tel était le dessein premier de la sortie d'Égypte, car vous aviez assimilé les vices des Égyptiens. C'est ainsi que Moché Rabbénou a plaidé la cause d'Israël après la faute du veau d'or : « Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : c'est pour leur malheur qu'Il les a fait sortir ? » Quel rapport avec la sortie d'Égypte ? Moché disait en fait : Maître du monde, qu'attends-Tu de ce peuple ? Tu viens à peine de le tirer d'Égypte, et l'Égypte regorgeait de toutes les abominations et de toutes les formes d'idolâtrie. Que pouvait-on espérer d'eux ? De longues années durant, ils ont baigné dans l'idolâtrie et les turpitudes égyptiennes, et ils ne font que reproduire ce qu'ils ont appris ! Le Malbim poursuit : sachant pertinemment que vous arriviez avec ce lourd conditionnement né de votre séjour en Égypte - « car vous savez comment nous avons habité dans le pays d'Égypte, et vous avez vu leurs abominations » -, Hachem a fait errer Israël quarante ans dans le désert, jusqu'à ce que s'éteigne la génération qui avait été témoin de ces perversions. Et leurs enfants qui se sont levés après eux, une génération nouvelle qui n'avait point vu les turpitudes d'Égypte, qu'ont-ils contemplé ? Ils ont vu la providence divine et les œuvres grandioses d'Hachem. Hachem les a affinés et éprouvés au désert : au moindre écart de conduite - épidémie, fléaux, incendie ou mort. Ils y ont traversé une véritable épuration, jusqu'à ce qu'advienne une génération neuve ignorant tout des vices d'Égypte. Hachem proclame donc : J'ai mis en place toutes les dispositions possibles pour faire de vous des êtres parfaits dans le service divin, et comment pouvez-vous répéter toutes les abominations d'Égypte ?

« J'ai suscité parmi vos fils des prophètes » - La seconde préparation
וָאָקִים מִבְּנֵיכֶם לִנְבִיאִים וּמִבַּחוּרֵיכֶם לִנְזִרִים הַאַף אֵין זֹאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם יְהֹוָה׃ - J'ai suscité parmi vos fils des prophètes, et parmi vos jeunes gens des nazirs. N'en est-il pas ainsi, enfants d'Israël ? dit l'Éternel.

Telle est la seconde mesure arrêtée par le Saint, béni soit-Il, pour vous préserver de la déchéance de l'Égypte et de celle de l'Émorite. Afin d'éviter que vous ne soyez attirés par l'idolâtrie, Je vous ai accordé des fils voués à la prophétie. En effet, une large part des cultes païens consistait à sonder l'avenir à travers les teraphim, les sortilèges et les forces d'impureté. Le Saint, béni soit-Il, vous dit : vous n'avez nul besoin de cela. Il ne vous est point nécessaire d'invoquer les morts ni de vouer un culte aux idoles solaires pour connaître l'avenir. « Qu'il ne se trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, nul devin... », « car ces nations que tu déposséderas écoutent les astrologues et les devins ; mais à toi, l'Éternel ton Dieu ne l'a pas permis : c'est un prophète issu du milieu de toi, d'entre tes frères, que l'Éternel ton Dieu te suscitera ». Les peuples reçoivent des révélations issues des forces extérieures et des écorces, des annonces vagues et incertaines, tandis que vous disposez de prophéties rigoureuses émanant d'Hachem. Si un prophète manquait sa prédiction d'une seule minute, affirmant une chose qui ne survenait qu'une minute plus tard, il était tenu pour faux prophète et passible de mort. La prophétie divine est exacte à cent pour cent ; votre privilège dépassait donc de loin leurs pratiques. « J'ai suscité parmi vos fils des prophètes » - pour vous garder de courir après les faux prophètes.

Et pour vous prémunir contre l'inconduite sexuelle : « et parmi vos jeunes gens des nazirs ». Qu'est-ce que le naziréat ? Un détachement des mœurs dissolues. Comme l'ont souligné nos Sages : pourquoi le passage de la sota jouxte-t-il celui du nazir ? Parce que quiconque est témoin de la déchéance d'une sota doit s'imposer l'abstinence du vin par le vœu de naziréat, le vin conduisant à la débauche. Le Radak ajoute : même chez les jeunes hommes, enclins par nature aux plaisirs de la chair et aux excès du vin, J'ai insufflé un esprit de pureté pour qu'ils s'abstiennent de vin et Me soient sanctifiés. C'est à dessein que Je vous ai mis à part : pour que vous demeuriez saints et ne vous souilliez point au contact de l'impureté des Émorites qui peuplaient la terre.

« N'en est-il pas ainsi, enfants d'Israël ? » - non seulement vous n'avez pas gardé Mes commandements et avez failli dans l'idolâtrie et l'immoralité, mais vous avez également balayé les remparts que J'avais établis pour vous préserver de ces fautes. Car regardez donc : il n'y a plus aujourd'hui parmi vous ni prophètes ni nazirs, et pourquoi ? Parce que vous avez anéanti ce que J'avais édifié pour votre bien. Et Rachi d'interpréter cette parole : « N'en est-il pas ainsi ? » - pourriez-vous seulement le nier ? N'est-ce point la vérité même ?

וַתַּשְׁקוּ אֶת הַנְּזִרִים יָיִן וְעַל הַנְּבִיאִים צִוִּיתֶם לֵאמֹר לֹא תִּנָּבְאוּ׃ - Mais vous avez fait boire du vin aux nazirs, et aux prophètes vous avez ordonné en disant : Ne prophétisez point !

Vous êtes allés faire boire du vin aux nazirs, et dès lors, il n'y a plus personne pour enseigner la voie de l'abstinence et du détachement des passions matérielles, puisque celui qui était censé être nazir, vous l'avez déjà enivré. De plus, comme le souligne Rachi, il est interdit à un homme ivre d'enseigner ; ce nazir ne peut donc certainement plus instruire qui que ce soit sous l'emprise de la boisson. Et au prophète qui désire vous transmettre une parole de la part de Hachem, on ordonne : tais-toi, ne dis rien, ne viens pas nous effrayer ! Vous ne cherchez qu'à faire peur, à parler de Gog et Magog et de prédictions apocalyptiques, de ruine du monde, d'anéantissement, de châtiments et d'exil - taisez-vous et gardez le silence ! N'est-ce pas exactement ainsi qu'agissent les médias ? Chaque fois qu'un rabbin intervient pour éveiller les consciences, on le fait taire pour l'empêcher de parler. Tout cela afin que Mon esprit saint ne réside plus en Israël, qu'il ne reste personne pour rappeler la foi authentique ni pour mettre en garde contre l'idolâtrie. Rachi rapporte d'ailleurs que c'est précisément ce qui est arrivé à Amos lui-même, lorsqu'Amatsia, le prêtre idolâtre de Beth-El, lui lança : « Voyant, va-t'en, fuis au pays de Juda ! » - nous ne voulons pas de tes prophéties, fuis en terre de Juda et ne nous adresse ici aucun oracle.

« Voici que Je vais vous faire ployer sur place » - Description de l'oppression
הִנֵּה אָנֹכִי מֵעִיק תַּחְתֵּיכֶם כַּאֲשֶׁר תָּעִיק הָעֲגָלָה הַמְלֵאָה לָהּ עָמִיר׃ - Voici que Je vais vous faire ployer sur place, comme ploie le chariot surchargé de javelles.

« Voici que Je vais vous faire ployer sur place » : le Radak explique qu'à l'endroit même où vous vous tenez, Je vous oppresserai. Le terme hébraïque « 'aka », traduit par « 'akata » dans le Targoum, désigne une détresse, à l'image du verset « devant l'oppression du méchant » (mipené 'akat racha) - une chose pesante, une angoisse et un tourment. Il convient toutefois de préciser : le chariot en lui-même n'oppresse personne ; que signifie donc « comme ploie le chariot » (kaacher ta'ik ha'agala) ? Le sens est passif, comme s'il était écrit « tou'ak » : c'est le chariot lui-même qui subit l'écrasement. De quelle manière ? Lorsqu'on le charge d'épis coupés et que les ridelles latérales retiennent la récolte, si l'on en empile une quantité démesurée, les planches de bois semblent sur le point de rompre sous la pression de la paille tassée. Il s'agit précisément de javelles, qui sont peu denses mais volumineuses ; on ne cesse donc d'en tasser le contenu pour charger au maximum le chariot, si bien que celui-ci semble gonfler et se trouve pris dans un étau sous la pression de son chargement. Telle est l'explication du Radak.

Le Malbim, quant à lui, propose une autre approche : le mot « ta'ik » ne dérive pas ici du mot détresse (mou'aka), mais du mot barrière ou garde-corps (ma'aké). On aménage sur le chariot une barrière pour empêcher les gerbes de tomber, et celles-ci se retrouvent dès lors confinées et comprimées à l'extrême à l'intérieur du véhicule par cette même ridelle. De la même manière, dit Hachem, Je vais vous encercler d'une contrainte semblable à un enclos, si bien que vous ne pourrez plus bouger de votre place, ni pour combattre, ni pour échapper au glaive de l'ennemi.

וְאָבַד מָנוֹס מִקָּל וְחָזָק לֹא יְאַמֵּץ כֹּחוֹ וְגִבּוֹר לֹא יְמַלֵּט נַפְשׁוֹ׃ - Tout refuge disparaîtra pour l'homme agile, le fort ne pourra affermir sa vigueur, et le héros ne sauvera point sa vie.

« Tout refuge disparaîtra pour l'homme agile » : vous ne pourrez plus fuir, toute issue sera fermée, il n'y aura nulle part où se réfugier. Même pour l'homme prompt à la course, dont le premier réflexe devant le péril est l'esquive, tout moyen de fuite s'évanouira. Sur le ton de l'humour, on rapporte l'histoire d'un homme qui entra dans un vestiaire, y aperçut un manteau somptueux muni d'un mot : « Ce manteau appartient au boxeur le plus puissant du monde, champion du monde de boxe » - le propriétaire croyait ainsi mettre son bien à l'abri. Un autre arriva, déroba le manteau et laissa ce message : « Le manteau appartient désormais au champion du monde de course de fond, essaie donc de me rattraper ! » Quoi qu'il en soit, le premier réflexe de l'homme agile reste la fuite. Mais Hachem prévient : l'oppression sera si terrible que « tout refuge disparaîtra pour l'homme agile » ; il ne sera capable ni de tenir tête à l'ennemi au combat, ni de s'enfuir. « Et le fort ne pourra affermir sa vigueur » : l'homme fort ne s'enfuit pas, il rassemble son énergie pour livrer bataille. « Et le héros ne sauvera point sa vie » : le guerrier d'élite combat pour arracher sa vie à la mort par ses prouesses, mais lui non plus ne parviendra pas à se sauver.

Le Malbim s'arrête sur la nuance exacte de l'expression : « le fort ne pourra affermir sa vigueur » (ve'hazak lo ye'amets ko'ho). En plusieurs passages, le Malbim souligne la distinction entre « 'hazak » (fort) et « amits » (robuste, constant) : « 'hazak » qualifie la possession de la force, tandis qu'« amits » désigne celui qui maintient sa force sans fléchir. La force ('hozèk) est l'énergie brute, tandis que le raffermissement (imouts) est la persistance dans l'effort, comme dans l'injonction « Sois fort et prends courage » ('hazak ve'emats) : sois fort et persévère dans ta force, affermis ton cœur pour conserver cette vigueur. C'est pourquoi le verset énonce : le fort ne pourra affermir sa force - il dispose certes d'une force réelle, mais il sera incapable de la maintenir.

וְתֹפֵשׂ הַקֶּשֶׁת לֹא יַעֲמֹד וְקַל בְּרַגְלָיו לֹא יְמַלֵּט וְרֹכֵב הַסּוּס לֹא יְמַלֵּט נַפְשׁוֹ׃ - Celui qui manie l'arc ne tiendra pas ferme, l'homme aux pieds agiles ne sauvera point, et le cavalier ne sauvera point sa vie.

« Celui qui manie l'arc ne tiendra pas ferme » : il ne résistera pas devant l'ennemi, car il n'aura plus la vigueur de bander son arc pour décocher ses flèches ; ainsi, même l'archer sera dans l'incapacité de se battre. « L'homme aux pieds agiles ne sauvera point » : bien que le mot « sa vie » ne figure pas expressément ici, le Radak indique que le verset sous-entend « sa propre vie ». En effet, la forme intransitive « ne s'échappera pas » (lo yimalet) aurait été plus directe, or l'emploi de la forme transitive « lo yemalet » (il ne sauvera pas) suggère l'action de sauver quelqu'un d'autre. Le Radak l'explique donc ainsi : il ne sauvera pas sa propre personne, son âme étant ici considérée grammaticalement comme un tiers, et l'homme aux pieds légers ne pourra pas prendre la fuite. « Et le cavalier ne sauvera point sa vie » : bien qu'il lui soit aisé de fuir au galop, il ne sauvera pas sa vie, car même si la monture est rapide, « le cheval n'est qu'un leurre pour le salut », rappelle le Radak, dès lors qu'Hachem ne décrète point la délivrance.

Le Malbim propose une lecture différente : les archers se postent parfois en arrière-garde pour freiner l'ennemi, dans le but précis de donner le temps à l'homme agile de prendre la fuite. Autrement dit : « Je te couvre en tirant des flèches pour ralentir l'assaillant, pendant que toi, tu t'enfuis. » C'est dans cette optique que le texte affirme : « Celui qui manie l'arc ne tiendra pas ferme » - il ne tiendra pas sa ligne mais désertera immédiatement, « et l'homme aux pieds agiles ne sauvera point » : en d'autres termes, l'archer ne pourra pas sauver l'homme rapide en faisant rempart. Puisque celui qui devait retarder l'ennemi cède aussitôt la place, comment le coureur aurait-il le temps de s'échapper ? La justification grammaticale du Malbim repose sur le fait que « lo yemalet » est un verbe transitif régissant un complément d'objet externe : il ne sauvera pas autrui, en l'occurrence l'homme agile à la course. S'il s'était agi de sa propre personne, le verset aurait nécessairement précisé « il ne sauvera pas sa vie » ou « il ne se sauvera pas lui-même ». Il s'agit donc bien de secourir un tiers, et ce tiers est le coureur agile. Enfin, « et le cavalier ne sauvera point sa vie » : malgré l'avantage indéniable de sa monture, il n'échappera pas non plus au décret.

וְאַמִּיץ לִבּוֹ בַּגִּבּוֹרִים עָרוֹם יָנוּס בַּיּוֹם הַהוּא נְאֻם יְהֹוָה׃ - Et le plus intrépide de cœur parmi les vaillants fuira nu en ce jour-là, oracle de l'Éternel.

Celui dont le cœur est le plus intrépide parmi les braves, qui possède une véritable vaillance intérieure, verra lui aussi son courage défaillir en ce jour de combat : incapable de tenir tête à l'ennemi, il s'enfuira nu. Et que signifie « nu » ? Rachi explique : sans armes, dépourvu de tout équipement de combat. Le Radak précise qu'il retirera même ses vêtements car ils l'alourdissent ; au sens simple, il s'agit des pièces les plus pesantes, car ils partaient en guerre vêtus d'une armure ou de protections semblables, dont il se dépouillera pour courir plus vite. Sa bravoure ne lui sera d'aucun secours, « nu il fuira en ce jour-là » - il cherchera uniquement à sauver sa vie, sans même tenter de préserver ses biens ou ses habits, n'ayant d'autre préoccupation que d'avoir la vie sauve comme unique butin, sans accorder la moindre pensée au reste. Cela illustre l'ampleur de l'oppression et de la détresse appelées à fondre sur eux par suite de leurs fautes.

En résumé :

Le prophète énumère la déchéance d'Israël à travers les trois fautes capitales : l'effusion de sang par des machinations et de faux témoins pour spolier la terre de l'indigent, les unions interdites consommées sans la moindre pudeur, et l'idolâtrie mêlée au vol des pauvres - les vêtements pris en gage sont étalés près de l'autel de Baal et le vin acheté avec l'argent des amendes iniques est bu dans la maison de leurs dieux. En regard de cela, le Saint, béni soit-Il, rappelle les deux grandes dispositions qu'Il avait prises en leur faveur : l'anéantissement miraculeux de l'Amorrhéen, de fond en comble, ainsi que la sortie d'Égypte et notre purification dans le désert durant quarante ans ; d'autre part, la désignation de prophètes à la place des devins et de nezirim comme rempart contre l'immoralité. Cependant, Israël a dédaigné jusqu'à ces bienfaits mêmes : ils ont fait boire du vin aux nezirim et ont ordonné aux prophètes de ne point prophétiser. C'est pourquoi vient le châtiment de l'oppression : telle la ridelle qui comprime les gerbes sur le chariot, Hachem les enserrera au point que nul homme rapide ni nul héros ne pourra s'échapper, ni l'archer ni le cavalier sur sa monture, et même le plus vaillant des guerriers s'enfuira nu, n'ayant d'autre perspective que de sauver sa seule vie.